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Trois Verts, bonjour les dégâts!


Les nouveaux maires écolos veulent faire de leurs villes des fabriques de l’homme nouveau. Conjuguant mépris du populo et détestation de la France, ils sont aussi sensibles au malheur des bêtes qu’ils sont insensibles au bonheur des hommes.


Leur rêve est notre cauchemar. Et il est en train de devenir réalité. Les écolos qui, lors des municipales de mars et juin, ont ravi au socialisme bourgeois les métropoles les plus riches de France – à l’exception de Paris, mais c’est tout comme – n’en font pas mystère. Nos grands maires ne font pas que du vélo. Les villes sont leurs laboratoires, le chaudron où ils inventent le monde magique de demain. Et bien sûr, nous sommes, au choix, les papillons ou les grenouilles sur lesquels ces savants fous testent leurs diaboliques inventions. De notre alimentation à nos déplacements (on dit mobilité), du bureau à la chambre à coucher, ils s’évertuent donc à placer toute l’existence sous surveillance.

C’est nous qu’il s’agit de régénérer, reprogrammer, recalibrer, afin que nous devenions de dignes enfants du Progrès.

Mais il ne leur suffit pas de changer la vie et la ville, ce qui signifie d’abord pourrir l’une et l’autre en transformant tout itinéraire urbain en parcours d’obstacles, et cela que l’on soit automobiliste, piéton ou même cycliste. C’est nous qu’il s’agit de régénérer, reprogrammer, recalibrer, afin que nous devenions de dignes enfants du Progrès. Pas besoin de manipulation génétique : sous prétexte de sauver la planète, les savants fous que nous avons élus (enfin, que la minorité d’électeurs qui s’est déplacée a élus, mais tant pis pour les autres) sont engagés dans une démentielle manipulation anthropologique de l’espèce. Et ils en sont fiers. Insensibles au réel et sourds à la logique, ils prétendent préserver en éradiquant, humaniser en ensauvageant, convaincre en interdisant, revenir au local en rompant tout ancrage, faire de la démocratie participative à coups de sanctions. Les Verts, c’est la révolution de l’oxymore. Ils réinventent la roue. En carré.

À lire aussi: « La guerre culturelle est déclarée »

Ils parlent une langue inconnue, truffée de jargon citoyenniste – co-construction, co-décision, interpellation, pétition – et de résilience, mise à toutes les sauces, notamment dans les intitulés des postes d’adjoint – « à la ville résiliente », « à la résilience alimentaire », « à l’urbanisme résilient ». Tout est « résilient », à l’exception bien sûr des charpentes symboliques et langagières qui soutiennent les sociétés humaines. Tout doit être durable et tout doit disparaître.

Les maires Verts veulent effacer et détruire le passé

Pour créer de toute pièce une nouvelle nature humaine, il faut d’abord faire place nette. L’écologie façon Piolle, Doucet ou Hurmic, est d’abord une vaste entreprise d’effacement du passé. En philosophe passionnée par la beauté du monde et l’éternité des choses, Bérénice Levet décrypte  : « La nature leur sert d’alibi pour mieux anéantir la culture, de sorte qu’ils s’autorisent de “l’urgence climatique” pour abolir les modes de vie, les usages, les traditions. » Sans oublier le français, sommé de devenir le véhicule de la propagande LGBTQI et compagnie. Il est significatif que l’une des premières décisions de tous les nouveaux maires ait été d’adopter l’écriture inclusive, qui est, selon l’Académie française, « un péril mortel pour la langue française ».

Sans se concerter, mais avec le même instinct sûr de destruction, les nouveaux édiles ont dirigé leur fureur vers quelques symboles qu’affectionne la France des bistrots et des clochers, des lotissements et des zones commerciales désertées, en un mot le vieux monde machiste, homophobe, raciste et genré : Tour de France et sapin de Noël, Vœux aux Échevins et delphinarium.

En clair, ça tombe toujours sur les mêmes. Ceux qui ne font pas de safaris et ne nagent pas dans les mers chaudes et qui pour voir des dauphins ou des tigres ont le choix entre internet et le cirque de passage.

Les écolos contre les classes populaires

Pointe avancée du camp du Progrès, les écolos n’aiment pas le populo qui, précisément, veut pouvoir chérir son héritage. Ils vomissent son esprit étroit, ses distractions ringardes et ses activités polluantes. Pour l’élu parisien Jacques Boutault, écolo tendance salafiste, les amoureux du Tour sont des abrutis qui « restent dans leur canapé à rêver à des exploits de types hyper dopés qui ne gagnent que parce qu’ils se font changer leur sang dans des cliniques. » Lesquels évoquent furieusement les ploucs qui « fument des clopes et roulent au diésel », de Benjamin Griveaux. « Mépris de classe », s’énerve Isabelle Saporta, qui ne manque pas une occasion de tirer à boulets rouges sur le parti de son compagnon, Yannick Jadot (pages 60-62). Des « rabat-joie qui détestent tout ce qui fait plaisir aux gens », résume Marlène Schiappa. Avec, en prime, un petit côté ligue de vertu, qui leur vient de leurs alliées néoféministes. Ainsi Éric Piolle, le précurseur grenoblois, qui entame son deuxième mandat, ironise-t-il sur la 5G, qui servirait, selon lui, à regarder du porno dans un ascenseur. Quand bien même, on ne voit pas ce que cela aurait de répréhensible (qu’est-ce qui est le plus grave, le porno ou l’ascenseur ?)

Les Verts veulent voir des vélos partout, sauf sur la Grande Boucle. Leur truc, c’est le sport mondialisé et conscientisé, pas le sport terroir, avec baisers aux coureurs et spécialités régionales. D’après une excellente enquête de Judith Waintraub, le maire de Rennes a refusé, sous la pression de ses alliés verts, d’accueillir le départ du Tour 2021, une manifestation qui fait pourtant la joie des populations. En revanche, la Cyclonudista naturiste et écologiste aura bien lieu. On respire.

Le maire de Lyon Grégory Doucet assiste à la cérémonie du podium de la 14ème étape du Tour de France, 12 septembre 2020.© Anne-Christine POUJOULAT/AFP
Le maire de Lyon Grégory Doucet assiste à la cérémonie du podium de la 14ème étape du Tour de France, 12 septembre 2020.© Anne-Christine POUJOULAT/AFP

On l’aura compris, ce que les Verts détestent dans le Tour de France, c’est la France. « Ce qu’ils haïssent, de moins en moins secrètement, c’est notre France chaleureuse, celle qui croit en quelque chose, qui s’émerveille naïvement devant un maillot jaune, qui chérit ses statues », s’enflamme le maire de Béziers Robert Ménard, non sans quelque naïveté (pages 58-59). La France, pays des mâles blancs et de l’électricité nucléaire, de Colbert et de Zemmour est vouée à disparaître dans l’empire du bien écologique.

L’enfer vert est évidemment pavé de bonnes intentions, voire de nobles causes. Qu’il faille se préoccuper de pollution, de réchauffement climatique, de protection des espèces et des paysages, nul n’en disconvient. Le diable est dans la méthode.

De ce point de vue, l’affaire des animaux de cirque est révélatrice. C’est Barbara Pompili, la sémillante ministre de la Transition écologique passée d’EELV à la Macronie, qui, en plein foutoir sanitaire s’est emparée de ce sujet brûlant, mais la plupart des maires écolos avaient déjà banni tigres, lions et autres éléphants encagés, de même d’ailleurs que 400 villes en France. Nous avons tous pleuré sur le sort cruel de l’éléphant Dumbo. Peut-être les animaux du cirque sont-ils condamnés par notre sensibilité nouvelle au bien-être animal. Alors qu’il en reste 500 se produisant dans une centaine de cirques, on aurait pu s’en remettre à la désaffection croissante du public, faire confiance à l’évolution des mentalités. Mais non, il faut passer en force et trompeter qu’on va en finir avec cette survivance odieuse.

Les dérives des Verts suscitent le rejet

De plus, avec les Verts on ne sait jamais où ça s’arrête, ou plutôt, on ne le sait que trop : ça ne s’arrête pas. Pourquoi ne pas interdire l’équitation dans la foulée ? Après tout, il n’est pas naturel, pour un cheval, d’avoir un homme sur le dos. Combien de temps faudra-t-il avant qu’ils ne réclament la fermeture des zoos, ces prisons animales ? Il est tout de même curieux d’être si attentif au malheur des bêtes et si peu soucieux du bonheur des hommes. On a même l’impression fâcheuse que certains maires prennent un plaisir pervers à brutaliser la société, en tout cas la fraction qui résiste à leur ambition démiurgique. Que ces déplorables aillent polluer hors de nos centres-villes.

À lire aussi : Le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Cet activisme écolo a au moins une vertu, c’est qu’il devrait, en toute logique, barrer la route de l’Élysée aux plus délirants. Comme le dit Saporta : « Ce n’est pas avec une idée à la con par jour qu’on rassemblera les Français. » À en croire les sondages, ceux-ci n’apprécient guère la créativité de leurs maires, même quand ils ont voté pour eux. Au demeurant, Yannick Jadot semble l’avoir parfaitement compris, lui qui entend réconcilier croissance et écologie, lutte contre le réchauffement climatique et technologie. Dans un entretien paru dans L’Obs, il s’est aussi clairement démarqué de la complaisance envers l’islamisme affichée par Piolle comme de la tendance excusiste de nombre de ses camarades de parti qui pensent que l’insécurité n’existe pas, mais qu’elle est un produit de la domination sociale. Bien qu’il ne soit pas allé jusqu’à parler à Causeur, son pas de côté lui a immédiatement valu des attaques en règle de ses chers camarades. Frédéric Ferney se demande si Jadot, en plus d’un projet raisonnable, possède l’ambition folle qui lui permettrait peut-être de le réaliser (pages 64-65). Il est possible qu’on ne le sache jamais, en tout cas pas en 2022. On peut en effet compter sur le tempérament suicidaire de nos écolos pour leur faire préférer un candidat n’ayant aucune chance d’être élu.

Après l’effroi, la France craint que Samuel Paty soit mort pour rien

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Un texte d’Ingrid Riocreux, spécialiste du langage médiatique


L’hommage national, c’est bien. Mais la plus belle manière d’honorer la mémoire de notre courageux collègue n’est-elle pas de faire en sorte qu’il ne soit pas mort pour rien? De tirer les leçons de son assassinat pour qu’il soit le seul et non le premier?

Je croyais qu’on avait décidé de nommer les choses. Alors pourquoi entendons-nous encore nombre de journalistes, de professeurs et d’hommes politiques affirmer : « il faut reconnaître que dans certains quartiers, il est difficile d’aborder certains sujets avec certains élèves ». Ce qui est certain, c’est qu’en reconnaissant cela, on ne reconnaît rien du tout.

La parole officielle, c’est-à-dire le discours dominant, et lexicalement prescriptif, porté par la sphère politico-médiatique tente de maintenir la distinction entre islam et islamisme comme entre deux communautés étanches, à tout prix. Au prix même du sang. Plus surprenant, sur les forums de discussion entre professeurs et dans les messages syndicaux, l’une des principales préoccupations semble être encore et toujours d’éviter les amalgames.

A lire aussi, Céline Pina: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

Le lendemain de l’assassinat, nous professeurs avons reçu beaucoup de messages sur notre boîte électronique professionnelle, dont la teneur pouvait faire bondir. Je cite un extrait du message de la FSU (fédération syndical unitaire) : « [la FSU] demande que chacun s’abstienne de toute instrumentalisation politique. Elle refusera toute stigmatisation des musulmans. » Or, qui sont les « certains élèves » avec qui il est difficile de traiter « certains » sujets? Sont-ce des islamistes, de dangereux extrémistes fanatiques et sanguinaires, des « barbares » comme on le dit aussi par une métaphore aussi pudique que grandiloquente? Non, bien sûr, ce sont de simples musulmans. La plupart d’entre eux ne feraient pas de mal à une mouche et n’auraient jamais tué un professeur… mais peuvent approuver son assassinat. Cette mise à mort atroce a fait exploser la frontière artificielle savamment construite par le discours officiel de la grande presse et des politiciens pusillanimes entre islam et islamisme. L’assassin n’a été que le bras armé d’une révolte lancée par des musulmans outrés qui ne s’offusquent pas tous (ou pas tous réellement) de l’issue du scandale.

Bien entendu, nous aurons droit à quelques mesurettes de circonstance dont l’inefficacité n’aura d’égale que la mousse médiatique qui les entourera. Mais comme beaucoup de mes collègues, je n’ai plus guère d’espoir que la situation s’améliore. Je la crois condamnée à empirer inexorablement. Et comment ne pas déplorer, au demeurant, la réaction de tant de professeurs qui affirment fièrement qu’ils « continueront à éveiller l’esprit critique des élèves pour en faire des citoyens libres ». Continuez, vous avez raison : cela marche si bien. Il me semble qu’on prend comme une incitation à persévérer un événement qui devrait, tout au contraire, nous inciter à changer de méthode, et vite.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

Rentrant de weekend dimanche soir, mon mari et moi traversions en voiture un quartier résidentiel tranquille non loin de chez nous et sommes tombés sur la sortie du dimanche d’une classe de caté coranique. Alors que la radio relatait en édition spéciale les manifestations d’hommage à Samuel Paty, cette vision nous a laissés bien pensifs et fort inquiets. Rien d’illégal, juste un grand barbu en djellaba bleue entouré d’une nuée d’enfants, rien qui puisse justifier un signalement à la police mais tout pour engendrer une forme de malaise chez quiconque assistait à ce spectacle. Et chez nous particulièrement : parce que les enfants qui faisaient cette sortie du dimanche avec leur terrifiant catéchiste, avec ce barbu bleu qui leur a sans doute répété que « tuer un professeur est mal mais se moquer du prophète est pire », ces enfants, dans dix ans, seront élèves dans le lycée où nous enseignons tous les deux. Et nous avons eu cette vision de notre gros lycée public sans histoire, notre gros lycée sympathique et agréable parce que nos élèves ne sont pas des bourgeois arrogants pourris d’argent mais des enfants issus des classes populaires ou de familles immigrées qui croient encore en l’école, où les groupes d’amis font encore merveilleusement fi des appartenances ethniques, où la religion donne lieu à des taquineries innocentes entre élèves, entre profs et même entre profs et élèves, notre lycée, nous avons entrevu ce qu’il sera dans dix ans, gangrené par la peur, rendu triste et sombre par les élèves du grand barbu en djellaba bleue, devenus grands, devenus dangereux.

Et Samuel Paty sera mort pour rien.

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Le dialogue, cette nouvelle idole

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Après la décapitation de Samuel Paty, les pédagogues invitent les professeurs français à instaurer le sacro-saint dialogue dans les salles de cours à la rentrée. Analyse.


On dit que l’argent devient une idole à partir du moment où on le désire pour lui-même et non en vue de faire le bien. Ainsi en va-t-il aussi de son proche parent: le pouvoir. Mais ne peut-on pas en dire autant du dialogue?

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, les journalistes posent à tout va la question, très légitime, de l’organisation de la rentrée. Éditorialistes, professeurs, politiques, tous rivalisent de circonvolutions pour ne pas dire ce que chacun sait : une minute de silence serait l’occasion d’ajouter du mal au mal. Tous se souviennent de la minute de silence organisée après la tuerie de Charlie et des élèves qui ont refusé d’y participer, quand ils ne se sont pas livrés à des provocations ignobles. Alors, nous dit-on, « il faut préparer et accompagner cette minute de silence ». Mais bien sûr… Et en clair, cela signifie? Interrogé à ce sujet sur France Info deux jours après la décapitation du professeur, Philippe Meirieu répond à cette question et beaucoup d’autres lui emboîtent le pas : il faut « que le dialogue s’instaure », il faut « encadrer la prise de parole », il faut « engager le débat ». Les jolies formules pleuvent mais se rend-on bien compte des énormités que l’on profère? Ainsi, il faudrait engager le débat pour savoir s’il est admissible de décapiter quelqu’un ? Mais enfin, quel débat? Quel dialogue? Quand aura-t-on la lucidité d’admettre que le dialogue est un signe de faiblesse face à des gens qui n’ont pas la moindre envie de parvenir à un consensus de vie commune et ne conçoivent notre cohabitation que sur le mode de la soumission?

Ce qui va arriver aux collègues pleins de bonne volonté qui tenteront le dialogue, nous le savons bien : peut-être ne perdront-ils pas le contrôle de leur classe, peut-être ne se feront-ils pas malmener, peut-être parviendront-ils à rester maîtres de la situation et à distribuer la parole que leurs élèves, bien courtoisement, demanderont en levant la main. Mais que feront-ils lorsqu’un petit Mohammed exposera son point de vue en disant « je sais que je vais vous choquer, m’sieur et j’vous demande pardon mais sérieux, c’est trop bien fait pour lui ». Le dialogue s’engagera et le charmant bambin concèdera que « d’accord, l’autre, il aurait pas dû photographier sa tête et la balancer sur les réseaux, ça c’est gore et c’est pas sympa ». Rien à redire sur le comportement; la prise de parole est courtoise et l’opinion exposée sans violence. C’est une légitimation de l’horreur, polie et civile, qu’il est impossible de punir, car elle entre parfaitement dans le cadre du dialogue voulu, de la parole qui se libère pour laisser entendre les opinions et permettre le débat. Mais jusqu’à la fin de l’année, le professeur saura qu’il a en face de lui quelqu’un qui l’a par avance condamné à la décapitation s’il ose un propos incompatible avec sa religion.

Je me souviens avoir recueilli, en début de carrière, les témoignages de collègues qui avaient deux ou trois ans de plus que moi et qui avaient connu les « débriefings de stage » avec les formateurs: la petite prof qui s’effondre en larmes parce qu’un élève l’a traitée de grosse pute, et le formateur qui l’invite à se reprendre en lui expliquant qu’elle ne doit pas recevoir cette insulte de manière personnelle car c’est seulement son statut de professeur qui est visé, ajoutant qu’elle aurait dû engager le dialogue avec l’élève pour comprendre les raisons de son mal-être. Dans le contexte où travaillent…

>>> Lire la fin de l’article sur le blog d’Ingrid Riocreux, la voix de nos maîtres <<<

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Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Séparatisme : entre le RN et la majorité, Damien Abad veut rendre Les Républicains audibles


Le patron des députés LR, Damien Abad, a dévoilé au Parisien le 19 octobre des propositions pour endiguer l’islamisme et protéger les professeurs. Alors que l’électorat conservateur français est ulcéré par la politique de la bougie, la droite essaie de se faire une petite place. 


L’assassinat de Samuel Paty à quelques centaines de mètres du collège dans lequel il enseignait, pour avoir montré des caricatures, a bouleversé la France. Reste maintenant a trouver des solutions pour éviter qu’un autre professeur ne soit tué par un fou d’Allah. La classe politique s’agite. Par la voix de Gérald Darmanin, le gouvernement promet d’expulser 231 étrangers fichés S et d’interdire le CCIF (Conseil Contre l’Islamophobie en France) et l’association humanitaire islamiste Baraka City.

Lundi, Marine Le Pen à quant à elle réclamé la mise en place d’une « législation de guerre », et même Mélenchon a osé parler d’islamisme, avant de s’en prendre à la communauté tchétchène qu’il avait déjà vilipendée suite aux évènements de Dijon…

Damien Abad polémique dans le Parisien

Du côté des Républicains, c’est donc Damien Abad, président du groupe LR de l’Assemblée nationale, qui s’est livré à des propositions. Pour lui, la question n’est pas nouvelle : il avait mis en place un groupe de travail sur le projet de loi sur le séparatisme, lequel doit être dévoilé le 9 décembre par la majorité. L’actualité l’a poussé à dévoiler plus tôt certaines de ses propositions. D’abord, il a proposé de faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Mais comme beaucoup dans son parti, il a souligné que « les rassemblements et les hommages, nécessaires, ne suffisent plus ». Il appelle donc à « crever l’abcès », encore de mise quand il s’agit du problème islamiste en France.

À lire aussi : Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

Le président du groupe LR a dévoilé au Parisien les propositions d’urgence que son parti entend porter après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Pour la rentrée du 2 novembre, Damien Abad demande que tous les collégiens et lycéens « aient des débats sur ce qui s’est passé » vendredi dernier. Et le député LR a prévu une réponse si des propos tendancieux étaient tenus : « En cas de manifestation d’une forme ou d’une autre de soutien à cette action barbare, il faudra convoquer les parents et un conseil de discipline ! »

Il ne s’agit pas d’agir que dans le cadre de la rentrée. Damien Abad souhaite « la mise en place d’un numéro vert d’urgence relié à une cellule interministérielle Éducation nationale/Intérieur pour que les enseignants puissent signaler toutes les atteintes à la laïcité ». Ce qui devrait aussi permettre de mieux les protéger, alors que les établissements ne sont pas toujours au soutien, ou à l’écoute de leurs professeurs. Le député veut contraindre les établissements à « interdire les menus confessionnels » et mener une enquête administrative « préalable à l’embauche de tout agent du service public ». Enfin, Damien Abad veut « instaurer des cours sur les valeurs de la République et la laïcité », mais surtout que « ces cours soient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet pour être certain qu’ils soient donnés ». Dans les collèges à problèmes cela s’annonce sportif.

Attaques contre l’immobilisme du gouvernement

Problème: ce que le président Macron appelle « le séparatisme », ne se cantonne pas au milieu scolaire. Il s’agit de lutter, de contrer, la propagation de l’intégrisme islamique dans le pays.

À lire aussi, Alexis Brunet : « S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

Damien Abad craint ainsi que la loi contre le séparatisme n’aille pas assez loin. A l’assemblée nationale, il s’est surtout distingué en rappelant les refus du gouvernement et de la majorité à adopter certaines dispositions envisagées par LR pour contrer l’islamisme depuis trois ans. « Expulser les étrangers fichés pour radicalisation et terrorisme de notre territoire national ? Refusé ! Fermer les 100 mosquées salafistes et les salles de prières radicalisées ? Refusé ! Expulser les imams radicalisés ? Refusé ! Etc… » La liste était longue.

Dans le Parisien le député LR confirme vouloir fermer l’ensemble des salles de prières et mosquées radicalisées, et même changer la Constitution pour pénaliser la consultation de sites djihadistes ou permettre la rétention des individus radicalisés sortis de prison après y avoir effectué leur peine. Les Républicains, souvent inaudibles politiquement, coincés entre le Rassemblement National et la République en marche, parviendront-ils à se faire entendre dans la lutte contre l’islamisme ?

Pourquoi les tarifs de l’électricité ont augmenté depuis dix ans (et pourquoi ce n’est pas fini)

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Depuis dix ans, les tarifs de l’électricité augmentent en France avec l’envolée des taxes. Cela va continuer dans les prochaines années. Il faut financer 100 milliards d’euros d’infrastructures nécessaires pour intégrer les renouvelables aux réseaux.


Il ne sera pas possible d’échapper dans les prochaines années à une augmentation des prix de l’électricité tant les investissements à financer sont lourds dans les renouvelables et dans l’adaptation des réseaux à ses sources d’électricité nombreuses, intermittentes et aléatoires. «Chaque année, l’équivalent en énergies renouvelables de deux tranches nucléaires est raccordé par Enedis et RTE, réparti sur tout le territoire et sur des milliers de sites», résume Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Plus de 100 milliards d’euros à investir dans les réseaux

Les opérateurs RTE et Enedis ont ainsi demandé à la CRE une hausse annuelle de 1,4% des tarifs réseaux de l’électricité sur la période 2021-2024. Cela représentera en 2024 une augmentation de 50 euros de la ligne «tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité» (Turpe) que les particuliers trouvent sur leurs factures.

A lire ensuite, du même auteur: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

La hausse finale sera sans doute plus limitée, d’une vingtaine d’euros. Une consultation est en cours avec les opérateurs et devrait se terminer avant la fin du mois de novembre. La CRE prendra sa décision au début de l’année prochaine. «Faire moins que 20 euros, ce sera compliqué. L’ampleur des investissements à venir pèsera inévitablement sur la facture. La CRE doit toutefois veiller à ce que ces hausses restent maîtrisées. Il y va de l’acceptabilité même de la transition énergétique dans son ensemble», a déclaré au Figaro Jean-François Carenco. Le nouveau tarif entrera en vigueur le 1er août 2021.

A lire aussi, Lucien Rabouille: Proust à l’ombre des éoliennes

Les investissements d’infrastructures à venir sont très importants et dépassent 100 milliards d’euros. Ils représentent pour Enedis et sur les 15 prochaines années autour de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

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La laïcité “ouverte” promue par l’Observatoire de la Laïcité créé en 2013 n’est pas pour rien dans nos malheurs. Il est reproché à cet organisme d’être plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Céline Pina explique en quoi le renvoi de Jean-Louis Bianco enverrait un message fort à ceux qui veulent des responsabilités où la lâcheté n’a pas sa place


Nous avons appris en ce mercredi 21 octobre que Jean-Louis Bianco, président du très controversé Observatoire de la Laïcité était convoqué à Matignon. 

L’heure de vérité

Le microcosme bruisse de la fin de l’impunité accordée à un haut fonctionnaire qui s’était permis de s’asseoir sur tous les devoirs de sa charge, de s’en prendre au Premier ministre dont il dépendait (Manuel Valls), et qui a plus abîmé la laïcité qu’il ne l’a défendue. C’est donc à un moment de vérité que nous pourrions assister. Si ce gouvernement n’est pas capable de démettre Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène alors qu’ils ne sont rien et n’ont pas de pouvoir de nuisance, il va lui être difficile de prétendre combattre l’islamisme.

A lire ensuite: Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble

Jean-Louis Bianco est déconsidéré et a trahi sa mission en signant une tribune avec des islamistes, en préfaçant le livre d’un avocat islamiste défenseur du CCIF, en s’alliant avec Coexister (teneurs de porte patentés des Frères musulmans), en travaillant avec le CCIF, en attaquant les laïques plutôt qu’en défendant les fonctionnaires confrontés aux violences sur le terrain. Aujourd’hui, Bianco est tellement peu clair, qu’alors que sa fonction devrait en faire des adversaires résolus, il est soutenu par les grandes figures de l’islamisme dont Tariq Ramadan. Ces soutiens, n’ayant peu d’éléments objectifs pour le défendre, arguent d’une « persécution », l’homme serait une « victime ». Le problème c’est qu’il s’agit d’un vieil homme qui n’a pas loin de 78 ans et qui s’accroche à un poste qui n’est pourtant pas un viatique, comme la bernique à son rocher.

Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes? 

Pourtant nulle chasse aux sorcières là-dedans, mais la juste sanction de la trahison de ses devoirs et de sa mission par ce haut fonctionnaire, enfant gâté de la Mitterrandie. Il termine sa carrière dans l’opprobre, mais c’est lui qui l’a choisi. Parce que disons-le clairement, tous les laïques espèrent qu’à la sortie de ce rendez-vous à Matignon, ni Jean-Louis Bianco, ni Nicolas Cadène ne continueront un jour de plus à abîmer cet élément-clé de notre contrat social qu’est la laïcité, eux qui ont réussi à faire de cet observatoire la Société Protectrice des Religions ! On espère donc que le Premier ministre mettra fin aux hésitations et atermoiements qui ont caractérisé la gestion de ce dossier en prenant les décisions qui s’imposent, aussi froidement que fermement.

Remettre un peu d’ordre juste dans la défense des valeurs françaises

Il ne faut jamais hésiter à agir quand le choix est juste, que la décision ne coûte rien politiquement et ne met personne en danger. Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes ? Cette histoire d’Observatoire peut paraître anecdotique. Elle ne l’est pas. Elle est plus fondamentale qu’il n’y parait. Virer Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène a du sens dans le cadre de la lutte contre le séparatisme.

Pourquoi ?

Parce que la proximité avec les islamistes rend puissant, là où défendre notre civilisation vous expose. Les alliés des islamistes ne sont attaqués par personne, leurs adversaires vivent sous protection. Une illustration ? En cas de critiques, vous accusez vos détracteurs de faire le jeu de l’extrême-droite, vous vous chargez en vertu, l’autre en opprobre et vous sortez avec l’aura du « Social justice Warrior », et votre adversaire avec une cible dans le dos. 

Casser la logique victimaire

Mais si les choses s’inversent, si être en lien avec des islamistes ou ambigu avec eux signe la fin des carrières, la mort des ambitions, et devient le tombeau de l’influence et du pouvoir, alors les puissants ne seront plus complaisants, les discours vont changer, les doctrines évoluer et nous serons enfin capables de faire face à la menace en étant vraiment unis. Nombre de personnages ont leur rond de serviette dans les institutions ou au sein des médias et font le service après-vente des islamistes à chaque attentat. Ce service après-vente, qui vise à effacer l’horreur commise pour installer la rhétorique victimaire à l’égard des musulmans est toujours assuré de la même manière : 

  1. On met sur le même niveau le crime terroriste et la riposte de la police: c’est ce qu’ont fait Mediapart et le New York Times. Pour eux, un suspect a été abattu par la police. L’article du blog de Mediapart évoquant même une « barbarie policière ».
  1. Sur internet des militants s’empressent de relayer le message « à qui profite le crime ? » Sous-entendu, ce crime profiterait aux laïques qui l’instrumentent pour faire la « chasse aux musulmans ». Grâce à ce tour de passe-passe, on occulte l’existence de tout un écosystème brassant islamistes et musulmans dans lesquels ceux qui donnent le ton sont les plus radicalisés et les plus virulents. Écosystème qui brasse jusqu’à se rendre fou les thématiques de la persécution et qui a abouti au drame de Conflans-Sainte Honorine. Posez un questionnement en apparence innocent à ces militants : « quelles pouvaient être les intentions de l’enseignant en montrant les caricatures ? », la liberté d’expression est vite évacuée pour installer l’idée qu’il s’agissait ici d’humilier les musulmans, de les blesser. Ils font comme si l’école était un menu à la carte, et voient un enseignement qui les dérange comme une offense personnelle.
  1. Les relais de l’islamisme et les officines liées aux Frères musulmans déroulent cette complainte de la persécution, de la France raciste et trouvent des relais complaisants dans les médias pour expliquer que ceux qui s’indignent de la mort de Samuel Paty et font un lien entre la radicalisation constatée d’une partie de la communauté musulmane et la violence terroriste, sont d’infâmes suppôts de l’extrême-droite. 
  1. Enfin, l’affaire est portée devant des juridictions internationales dévoyées où ils bénéficient de relais et de complicités. Ce qui leur permet de s’attaquer à l’État de droit en ayant l’air de le respecter, et de continuer à s’en prendre à la souveraineté des pays. C’est toujours gagnant-gagnant. Soit les séparatistes imposent leur vue et les peuples voyant des obscurantistes violents imposer leur idéologie contre les mœurs du pays par le biais de structures internationales contestables et contestées, finiront par répliquer et par voter pour des partis qui assument la stratégie de l’affrontement. Soit ils perdent et cela nourrit leur stratégie et leur discours de persécution.

Aurélien Taché pense que l’on sort de la démocratie

Et toutes ces stratégies sont relayées par des élus de la République, des journalistes… Un exemple emblématique : le député Aurélien Taché. Face à la mort de Samuel Paty ce dernier ne sait que tweeter « on est en train de dérouler le tapis rouge à Marine Le Pen », le tout parce que le Président veut réagir à ceux qui nous tuent. Pire encore, sur le possible limogeage de Jean-Louis Bianco, voilà ce qu’écrit ce député qui a au moins le courage de tout oser, y compris le mensonge : « On arrête des gens pour faire passer un message. C’est l’agenda d’une droite nationaliste qui s’assoit sur les droits de l’homme. On sort de la démocratie ». Quelqu’un pour expliquer au député que nul fonctionnaire n’est propriétaire de sa charge ? Que si Jean-Louis Bianco est sur la sellette, c’est pour avoir failli à sa mission ? Quelqu’un pour lui dire que limoger quelqu’un n’est pas le plonger dans un cul de basse fosse ? Et qu’ici la sanction témoigne d’une volonté de justice et non d’un abus de pouvoir ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’aimerais que ce soit un sursaut moral et civilisationnel qui nous sauve, mais la victoire qui vient s’annonce toujours par les retournements massifs des vestes des opportunistes. Mais pour cela il faut que ce soit dans leur intérêt. Être islamiste, les soutenir, en être proche, dans les quartiers comme au plus haut niveau doit devenir coûteux. Cela doit vous exclure de la table. Vous rendre infréquentable et sulfureux. Ce genre de message est plus profond qu’on ne le croit et ceux à qui il s’adresse savent le reconnaître.

Un renvoi qui serait un message fort

Cela fait partie de la protection que la France doit accorder à ses citoyens que d’arrêter que les alliés des Frères musulmans fassent la loi dans certaines disciplines de l’université, noyautent des institutions, soient considérés comme des interlocuteurs crédibles… La preuve, des « d’intellectuels » soutenant Jean-Louis Bianco essaient encore de contester une œuvre de salubrité publique consistant à se débarrasser d’un homme qui a relayé l’idée d’une persécution des musulmans (alors que ce mensonge est patent : ceux qui se font agresser au titre de leur religion en France sont avant tout les chrétiens et les juifs), plutôt que de défendre nos principes. Son renvoi mérité sera tout le mal qui lui sera fait. Pour le reste il gardera sa retraite et ses avantages et ne répondra pas de ses fautes. On est bien loin du martyr.

Voilà pourquoi, symboliquement, il faut se débarrasser tout de suite de Jean-Louis Bianco. C’est la partie la plus facile du programme. Après il va falloir s’intéresser au CNRS, à la fonction publique et faire passer le message que ne pas faire son travail quand un professeur est confronté à des islamistes, c’est pouvoir risquer la révocation, en tout cas de sérieux ennuis en termes de carrière. Il ne s’agit pas ici de chasse aux sorcières, mais d’exigences liées à la fonction. Quand on veut le pouvoir et les responsabilités, on les exerce et la lâcheté n’a pas sa place. C’est ce que le limogeage du président de l’Observatoire doit transmettre comme message.

Silence coupable

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Deux morts, deux mesures

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Si l’on ne peut pas mettre sur le même plan les meurtres de Samuel Paty en France et de George Floyd aux États-Unis, les réactions de la presse internationale à ces deux drames sont riches d’enseignements.


George Floyd, Samuel Paty : deux pères de famille, deux assassinats atroces, deux actes d’une cruauté insoutenable, suscitant des tollés d’indignation parfaitement justifiées.

Pourtant, tandis que le crime commis aux États-Unis a fait l’objet de condamnations de tous les horizons politiques, et a provoqué des manifestations presque dans le monde entier, celui commis en France n’a eu pour la plupart que des échos atténués et polis au-delà des frontières hexagonales. Certes, les comparaisons sont délicates, mais il s’agit dans les deux cas de meurtres ayant une portée sociale et symbolique, interrogeant l’état de droit et l’égalité devant la loi dans nos pays démocratiques. C’est ainsi que l’extraordinaire disparité, au niveau international, dans les réactions, que ce soit celles des politiques ou des citoyens, incite à la réflexion. Est-ce la différence entre, d’une part, un crime commis par un Blanc et, d’autre part, un crime commis sur un Blanc ? Est-ce parce que l’égalité entre les communautés est tellement plus importante que la liberté d’expression ? Ou parce que, obscurément, beaucoup de gens pensent qu’une victime de la police est d’emblée innocente, tandis qu’une victime du fanatisme religieux est forcément complice de son propre assassinat ?

La France traverse une épreuve terrible

Certes, la plupart des médias étrangers ont couvert l’abomination de vendredi dernier et la manifestation de dimanche. Peut-on dire que les gouvernements étrangers ont réagi de manière idoine ? Ce ne sont pas les états les plus proches de la France en termes d’alliance ou de géographie qui se sont empressés d’exprimer leur condamnation sans réserve à la fois du crime et de l’extrémisme sectaire, mais l’Arabie saoudite et l’Égypte. Celui que les bien-pensants considèrent comme le plus grand méchant de la planète, Donald Trump, a trouvé le temps, au milieu de sa folle tournée électorale, d’adresser un message de solidarité à la France, exprimée dans un langage bien à lui : « Au nom des États-Unis, je voudrais présenter mes plus sincères condoléances à mon ami, le Président Macron de France ; (…) La France traverse une épreuve terrible et Macron est un gars formidable. » Plus près de nous, Ursula van der Leyen s’est fendue d’un tweet convenu, aussi lénifiant que de l’eau savonneuse tiède, mettant l’accent sur le rôle essentiel de l’éducation dans une société démocratique, plutôt que sur l’influence néfaste de l’intolérance fanatique.

Au moins ces exemples font preuve d’une certaine conscience de l’énormité de cet événement et du fait qu’il constitue un calvaire que subit une nation entière. C’est tout le contraire de la réaction d’une partie de la gauche anglo-saxonne qui se met en quatre pour minimiser l’importance de l’atrocité ou pour maquiller un véritable crime politique en simple fait divers. Tout le monde connaît déjà le scandale provoqué par l’article du New York Times, publié initialement sous le titre : « La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. »[tooltips content= »L’original est toujours visible ici: https://flipboard.com/@newyorktimes/french-police-shoot-and-kill-man-after-a-fatal-knife-attack-on-the-street/a-Tc-KFlVsQnKodgOGqchh5w%3Aa%3A3195393-ade546e7a6%2Fnytimes.com »](1)[/tooltips] Maladresse passagère ou parti pris doctrinaire ? Le titre a été modifié depuis, mais le journal, en la personne de son correspondant parisien, Adam Nossiter, persiste et signe dans ce tour de passe-passe idéologique. Lundi, il met l’accent sur la nature brutale et systématique des mesures prises par les autorités françaises contre les organisations islamistes, sous le titre : « Après la décapitation d’un enseignant, la France lance une campagne de répression générale contre « l’ennemi interne. » » Quant au site du grand média américain, NBC, il a publié un article qui se focalise sur le fait que des élèves auraient prévenu Samuel Paty des conséquences possibles de son acte – sous-texte : il est donc en partie responsable de son sort. Le titre est le suivant : « On a averti l’enseignant français décapité des dangers de montrer les images du prophète Mohammed avant l’attaque « islamiste. » » Le fait que le dernier mot soit mis entre guillemets jette un doute sur la véritable nature du crime.

Gauche hypocrite

Ce n’est guère mieux quand les syndicats d’enseignants tentent de se montrer solidaires avec leurs collègues français. Le Syndicat national de l’éducation (NEU) britannique, commet un tweet qui s’efforce d’exprimer sa solidarité avec le SNESFSU français tout en évitant soigneusement d’évoquer le crime lui-même. Au lieu de parler de l’acte abominable, le texte très court fait référence à « this sad day » – ce « jour de tristesse » – comme s’il s’agissait d’un simple enterrement. Est-il nécessaire de préciser que ces représentants d’une gauche hypocrite sont prêts à tout pour ne pas froisser ceux qu’ils considèrent comme des alliés politiques en dépit de l’absence de valeurs communes ? À moins que cette absence ne soit qu’apparente… Car, tandis que certains à gauche s’adonnent à des acrobaties dialectiques pour ne pas dire qu’il s’agit d’un acte de fanatisme religieux, leurs complices intégristes s’en donnent à cœur joie, dénonçant ouvertement tout, depuis la liberté d’expression et la laïcité jusqu’à la France et la civilisation occidentale décadente… Un Kurde établi en Angleterre, Dana Nawzar Jaf, pur produit du système universitaire anglo-américain, se décrivant comme « chercheur, acteur et militant », a tweeté sa « condamnation totale » de « l’assassinat brutal et insensé » du… suspect musulman « par la police française » et de « l’utilisation d’une force disproportionnée contre quelqu’un qui est soupçonné de crime à l’arme blanche » (voir notre image).

tweet-dnjTwitter a finalement eu la décence humaine d’effacer son tweet, mais, dans le passé, l’auteur en question a publié dans la très respectable revue hebdomadaire de gauche, The New Statesman. Aussi respectable au premier abord et moins censuré par Twitter, Roshan M. Salih, rédacteur du site d’actualités musulmanes, 5Pillars, de réputation modérée, n’y va pas par quatre chemins non plus. Dès vendredi soir, il avertit que « La France est sur une pente très obscure. L’oppression et la brutalisation des musulmans ne connaissent plus de limites. Et la violence terrible semble destinée à se perpétuer. »

Le lendemain matin, il enchaîne en appelant à la dissolution de Charlie Hebdo – « ce torchon raciste, islamophobe » – par les autorités françaises.

Répondant à l’argument selon lequel les chrétiens pour leur part supportent le droit au blasphème, il explique que « c’est parce que le christianisme est une religion défaite (au moins en Europe) et qu’il a abandonné ses valeurs il y a longtemps. Pas surprenant si les églises sont vides : nous devrions les appeler, comme les pubs, de futures mosquées. »

Ses alliés de gauche, ennemis déclarés de toute forme de patriarcat, seront-ils d’accord avec la conversion des chapelles et des bars en lieux de culte d’une religion aussi patriarcale, lieux que tout le monde sera obligé de fréquenter, puisqu’il s’agit ici, à l’évidence, de convertir les citoyens, sans exception, à cette foi apparemment intransigeante?

L’indulgence coupable d’une grande partie de la gauche internationale à l’égard du crime d’Éragny risque d’avoir deux conséquences préjudiciables : d’abord, elle encourage les extrémistes islamistes à persister dans leur tentative de démolition de la civilisation moderne ; ensuite, elle donne l’impression – peut-être à dessein – que toute critique de cet extrémisme vient de la droite, voire de l’extrême droite. Pourtant, le combat pour les valeurs qu’incarnait le professeur assassiné est un combat qui devrait rassembler tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques, leur religion ou leur pays. C’est un combat qui devrait être aussi universel, aussi planétaire, que celui de Georges Floyd.

« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

On ne touche pas - Prix du Premier Roman 2020

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Proust à l’ombre des éoliennes


Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

A lire aussi: Proust: le scandale du prix Goncourt 1919

Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

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Un bien étrange corps enseignant


Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.

Trois Verts, bonjour les dégâts!

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Éric Piolle, au lendemain de sa réélection à la mairie de Grenoble, 30 juin 2020 © ALLILI MOURAD/SIPA 00970154_000022

Les nouveaux maires écolos veulent faire de leurs villes des fabriques de l’homme nouveau. Conjuguant mépris du populo et détestation de la France, ils sont aussi sensibles au malheur des bêtes qu’ils sont insensibles au bonheur des hommes.


Leur rêve est notre cauchemar. Et il est en train de devenir réalité. Les écolos qui, lors des municipales de mars et juin, ont ravi au socialisme bourgeois les métropoles les plus riches de France – à l’exception de Paris, mais c’est tout comme – n’en font pas mystère. Nos grands maires ne font pas que du vélo. Les villes sont leurs laboratoires, le chaudron où ils inventent le monde magique de demain. Et bien sûr, nous sommes, au choix, les papillons ou les grenouilles sur lesquels ces savants fous testent leurs diaboliques inventions. De notre alimentation à nos déplacements (on dit mobilité), du bureau à la chambre à coucher, ils s’évertuent donc à placer toute l’existence sous surveillance.

C’est nous qu’il s’agit de régénérer, reprogrammer, recalibrer, afin que nous devenions de dignes enfants du Progrès.

Mais il ne leur suffit pas de changer la vie et la ville, ce qui signifie d’abord pourrir l’une et l’autre en transformant tout itinéraire urbain en parcours d’obstacles, et cela que l’on soit automobiliste, piéton ou même cycliste. C’est nous qu’il s’agit de régénérer, reprogrammer, recalibrer, afin que nous devenions de dignes enfants du Progrès. Pas besoin de manipulation génétique : sous prétexte de sauver la planète, les savants fous que nous avons élus (enfin, que la minorité d’électeurs qui s’est déplacée a élus, mais tant pis pour les autres) sont engagés dans une démentielle manipulation anthropologique de l’espèce. Et ils en sont fiers. Insensibles au réel et sourds à la logique, ils prétendent préserver en éradiquant, humaniser en ensauvageant, convaincre en interdisant, revenir au local en rompant tout ancrage, faire de la démocratie participative à coups de sanctions. Les Verts, c’est la révolution de l’oxymore. Ils réinventent la roue. En carré.

À lire aussi: « La guerre culturelle est déclarée »

Ils parlent une langue inconnue, truffée de jargon citoyenniste – co-construction, co-décision, interpellation, pétition – et de résilience, mise à toutes les sauces, notamment dans les intitulés des postes d’adjoint – « à la ville résiliente », « à la résilience alimentaire », « à l’urbanisme résilient ». Tout est « résilient », à l’exception bien sûr des charpentes symboliques et langagières qui soutiennent les sociétés humaines. Tout doit être durable et tout doit disparaître.

Les maires Verts veulent effacer et détruire le passé

Pour créer de toute pièce une nouvelle nature humaine, il faut d’abord faire place nette. L’écologie façon Piolle, Doucet ou Hurmic, est d’abord une vaste entreprise d’effacement du passé. En philosophe passionnée par la beauté du monde et l’éternité des choses, Bérénice Levet décrypte  : « La nature leur sert d’alibi pour mieux anéantir la culture, de sorte qu’ils s’autorisent de “l’urgence climatique” pour abolir les modes de vie, les usages, les traditions. » Sans oublier le français, sommé de devenir le véhicule de la propagande LGBTQI et compagnie. Il est significatif que l’une des premières décisions de tous les nouveaux maires ait été d’adopter l’écriture inclusive, qui est, selon l’Académie française, « un péril mortel pour la langue française ».

Sans se concerter, mais avec le même instinct sûr de destruction, les nouveaux édiles ont dirigé leur fureur vers quelques symboles qu’affectionne la France des bistrots et des clochers, des lotissements et des zones commerciales désertées, en un mot le vieux monde machiste, homophobe, raciste et genré : Tour de France et sapin de Noël, Vœux aux Échevins et delphinarium.

En clair, ça tombe toujours sur les mêmes. Ceux qui ne font pas de safaris et ne nagent pas dans les mers chaudes et qui pour voir des dauphins ou des tigres ont le choix entre internet et le cirque de passage.

Les écolos contre les classes populaires

Pointe avancée du camp du Progrès, les écolos n’aiment pas le populo qui, précisément, veut pouvoir chérir son héritage. Ils vomissent son esprit étroit, ses distractions ringardes et ses activités polluantes. Pour l’élu parisien Jacques Boutault, écolo tendance salafiste, les amoureux du Tour sont des abrutis qui « restent dans leur canapé à rêver à des exploits de types hyper dopés qui ne gagnent que parce qu’ils se font changer leur sang dans des cliniques. » Lesquels évoquent furieusement les ploucs qui « fument des clopes et roulent au diésel », de Benjamin Griveaux. « Mépris de classe », s’énerve Isabelle Saporta, qui ne manque pas une occasion de tirer à boulets rouges sur le parti de son compagnon, Yannick Jadot (pages 60-62). Des « rabat-joie qui détestent tout ce qui fait plaisir aux gens », résume Marlène Schiappa. Avec, en prime, un petit côté ligue de vertu, qui leur vient de leurs alliées néoféministes. Ainsi Éric Piolle, le précurseur grenoblois, qui entame son deuxième mandat, ironise-t-il sur la 5G, qui servirait, selon lui, à regarder du porno dans un ascenseur. Quand bien même, on ne voit pas ce que cela aurait de répréhensible (qu’est-ce qui est le plus grave, le porno ou l’ascenseur ?)

Les Verts veulent voir des vélos partout, sauf sur la Grande Boucle. Leur truc, c’est le sport mondialisé et conscientisé, pas le sport terroir, avec baisers aux coureurs et spécialités régionales. D’après une excellente enquête de Judith Waintraub, le maire de Rennes a refusé, sous la pression de ses alliés verts, d’accueillir le départ du Tour 2021, une manifestation qui fait pourtant la joie des populations. En revanche, la Cyclonudista naturiste et écologiste aura bien lieu. On respire.

Le maire de Lyon Grégory Doucet assiste à la cérémonie du podium de la 14ème étape du Tour de France, 12 septembre 2020.© Anne-Christine POUJOULAT/AFP
Le maire de Lyon Grégory Doucet assiste à la cérémonie du podium de la 14ème étape du Tour de France, 12 septembre 2020.© Anne-Christine POUJOULAT/AFP

On l’aura compris, ce que les Verts détestent dans le Tour de France, c’est la France. « Ce qu’ils haïssent, de moins en moins secrètement, c’est notre France chaleureuse, celle qui croit en quelque chose, qui s’émerveille naïvement devant un maillot jaune, qui chérit ses statues », s’enflamme le maire de Béziers Robert Ménard, non sans quelque naïveté (pages 58-59). La France, pays des mâles blancs et de l’électricité nucléaire, de Colbert et de Zemmour est vouée à disparaître dans l’empire du bien écologique.

L’enfer vert est évidemment pavé de bonnes intentions, voire de nobles causes. Qu’il faille se préoccuper de pollution, de réchauffement climatique, de protection des espèces et des paysages, nul n’en disconvient. Le diable est dans la méthode.

De ce point de vue, l’affaire des animaux de cirque est révélatrice. C’est Barbara Pompili, la sémillante ministre de la Transition écologique passée d’EELV à la Macronie, qui, en plein foutoir sanitaire s’est emparée de ce sujet brûlant, mais la plupart des maires écolos avaient déjà banni tigres, lions et autres éléphants encagés, de même d’ailleurs que 400 villes en France. Nous avons tous pleuré sur le sort cruel de l’éléphant Dumbo. Peut-être les animaux du cirque sont-ils condamnés par notre sensibilité nouvelle au bien-être animal. Alors qu’il en reste 500 se produisant dans une centaine de cirques, on aurait pu s’en remettre à la désaffection croissante du public, faire confiance à l’évolution des mentalités. Mais non, il faut passer en force et trompeter qu’on va en finir avec cette survivance odieuse.

Les dérives des Verts suscitent le rejet

De plus, avec les Verts on ne sait jamais où ça s’arrête, ou plutôt, on ne le sait que trop : ça ne s’arrête pas. Pourquoi ne pas interdire l’équitation dans la foulée ? Après tout, il n’est pas naturel, pour un cheval, d’avoir un homme sur le dos. Combien de temps faudra-t-il avant qu’ils ne réclament la fermeture des zoos, ces prisons animales ? Il est tout de même curieux d’être si attentif au malheur des bêtes et si peu soucieux du bonheur des hommes. On a même l’impression fâcheuse que certains maires prennent un plaisir pervers à brutaliser la société, en tout cas la fraction qui résiste à leur ambition démiurgique. Que ces déplorables aillent polluer hors de nos centres-villes.

À lire aussi : Le coup de gueule de Robert Ménard contre les maires écolos

Cet activisme écolo a au moins une vertu, c’est qu’il devrait, en toute logique, barrer la route de l’Élysée aux plus délirants. Comme le dit Saporta : « Ce n’est pas avec une idée à la con par jour qu’on rassemblera les Français. » À en croire les sondages, ceux-ci n’apprécient guère la créativité de leurs maires, même quand ils ont voté pour eux. Au demeurant, Yannick Jadot semble l’avoir parfaitement compris, lui qui entend réconcilier croissance et écologie, lutte contre le réchauffement climatique et technologie. Dans un entretien paru dans L’Obs, il s’est aussi clairement démarqué de la complaisance envers l’islamisme affichée par Piolle comme de la tendance excusiste de nombre de ses camarades de parti qui pensent que l’insécurité n’existe pas, mais qu’elle est un produit de la domination sociale. Bien qu’il ne soit pas allé jusqu’à parler à Causeur, son pas de côté lui a immédiatement valu des attaques en règle de ses chers camarades. Frédéric Ferney se demande si Jadot, en plus d’un projet raisonnable, possède l’ambition folle qui lui permettrait peut-être de le réaliser (pages 64-65). Il est possible qu’on ne le sache jamais, en tout cas pas en 2022. On peut en effet compter sur le tempérament suicidaire de nos écolos pour leur faire préférer un candidat n’ayant aucune chance d’être élu.

Après l’effroi, la France craint que Samuel Paty soit mort pour rien

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Paris, 21 octobre 2020, hommage national à l'enseignant d'histoire décapité, Samuel Paty © Francois Mori/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22504966_000016

Un texte d’Ingrid Riocreux, spécialiste du langage médiatique


L’hommage national, c’est bien. Mais la plus belle manière d’honorer la mémoire de notre courageux collègue n’est-elle pas de faire en sorte qu’il ne soit pas mort pour rien? De tirer les leçons de son assassinat pour qu’il soit le seul et non le premier?

Je croyais qu’on avait décidé de nommer les choses. Alors pourquoi entendons-nous encore nombre de journalistes, de professeurs et d’hommes politiques affirmer : « il faut reconnaître que dans certains quartiers, il est difficile d’aborder certains sujets avec certains élèves ». Ce qui est certain, c’est qu’en reconnaissant cela, on ne reconnaît rien du tout.

La parole officielle, c’est-à-dire le discours dominant, et lexicalement prescriptif, porté par la sphère politico-médiatique tente de maintenir la distinction entre islam et islamisme comme entre deux communautés étanches, à tout prix. Au prix même du sang. Plus surprenant, sur les forums de discussion entre professeurs et dans les messages syndicaux, l’une des principales préoccupations semble être encore et toujours d’éviter les amalgames.

A lire aussi, Céline Pina: Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

Le lendemain de l’assassinat, nous professeurs avons reçu beaucoup de messages sur notre boîte électronique professionnelle, dont la teneur pouvait faire bondir. Je cite un extrait du message de la FSU (fédération syndical unitaire) : « [la FSU] demande que chacun s’abstienne de toute instrumentalisation politique. Elle refusera toute stigmatisation des musulmans. » Or, qui sont les « certains élèves » avec qui il est difficile de traiter « certains » sujets? Sont-ce des islamistes, de dangereux extrémistes fanatiques et sanguinaires, des « barbares » comme on le dit aussi par une métaphore aussi pudique que grandiloquente? Non, bien sûr, ce sont de simples musulmans. La plupart d’entre eux ne feraient pas de mal à une mouche et n’auraient jamais tué un professeur… mais peuvent approuver son assassinat. Cette mise à mort atroce a fait exploser la frontière artificielle savamment construite par le discours officiel de la grande presse et des politiciens pusillanimes entre islam et islamisme. L’assassin n’a été que le bras armé d’une révolte lancée par des musulmans outrés qui ne s’offusquent pas tous (ou pas tous réellement) de l’issue du scandale.

Bien entendu, nous aurons droit à quelques mesurettes de circonstance dont l’inefficacité n’aura d’égale que la mousse médiatique qui les entourera. Mais comme beaucoup de mes collègues, je n’ai plus guère d’espoir que la situation s’améliore. Je la crois condamnée à empirer inexorablement. Et comment ne pas déplorer, au demeurant, la réaction de tant de professeurs qui affirment fièrement qu’ils « continueront à éveiller l’esprit critique des élèves pour en faire des citoyens libres ». Continuez, vous avez raison : cela marche si bien. Il me semble qu’on prend comme une incitation à persévérer un événement qui devrait, tout au contraire, nous inciter à changer de méthode, et vite.

A lire ensuite, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

Rentrant de weekend dimanche soir, mon mari et moi traversions en voiture un quartier résidentiel tranquille non loin de chez nous et sommes tombés sur la sortie du dimanche d’une classe de caté coranique. Alors que la radio relatait en édition spéciale les manifestations d’hommage à Samuel Paty, cette vision nous a laissés bien pensifs et fort inquiets. Rien d’illégal, juste un grand barbu en djellaba bleue entouré d’une nuée d’enfants, rien qui puisse justifier un signalement à la police mais tout pour engendrer une forme de malaise chez quiconque assistait à ce spectacle. Et chez nous particulièrement : parce que les enfants qui faisaient cette sortie du dimanche avec leur terrifiant catéchiste, avec ce barbu bleu qui leur a sans doute répété que « tuer un professeur est mal mais se moquer du prophète est pire », ces enfants, dans dix ans, seront élèves dans le lycée où nous enseignons tous les deux. Et nous avons eu cette vision de notre gros lycée public sans histoire, notre gros lycée sympathique et agréable parce que nos élèves ne sont pas des bourgeois arrogants pourris d’argent mais des enfants issus des classes populaires ou de familles immigrées qui croient encore en l’école, où les groupes d’amis font encore merveilleusement fi des appartenances ethniques, où la religion donne lieu à des taquineries innocentes entre élèves, entre profs et même entre profs et élèves, notre lycée, nous avons entrevu ce qu’il sera dans dix ans, gangrené par la peur, rendu triste et sombre par les élèves du grand barbu en djellaba bleue, devenus grands, devenus dangereux.

Et Samuel Paty sera mort pour rien.

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Le dialogue, cette nouvelle idole

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Philippe Meirieu en 2016. A la différence du spécialiste des sciences de l'éducation et de la pédagogie Philippe Meirieu, Ingrid Riocreux estime vain d'entamer le dialogue suite à l'assassinat du professeur de Conflans Sainte Honorine © Hannah ASSOULINE

Après la décapitation de Samuel Paty, les pédagogues invitent les professeurs français à instaurer le sacro-saint dialogue dans les salles de cours à la rentrée. Analyse.


On dit que l’argent devient une idole à partir du moment où on le désire pour lui-même et non en vue de faire le bien. Ainsi en va-t-il aussi de son proche parent: le pouvoir. Mais ne peut-on pas en dire autant du dialogue?

Depuis l’assassinat de Samuel Paty, les journalistes posent à tout va la question, très légitime, de l’organisation de la rentrée. Éditorialistes, professeurs, politiques, tous rivalisent de circonvolutions pour ne pas dire ce que chacun sait : une minute de silence serait l’occasion d’ajouter du mal au mal. Tous se souviennent de la minute de silence organisée après la tuerie de Charlie et des élèves qui ont refusé d’y participer, quand ils ne se sont pas livrés à des provocations ignobles. Alors, nous dit-on, « il faut préparer et accompagner cette minute de silence ». Mais bien sûr… Et en clair, cela signifie? Interrogé à ce sujet sur France Info deux jours après la décapitation du professeur, Philippe Meirieu répond à cette question et beaucoup d’autres lui emboîtent le pas : il faut « que le dialogue s’instaure », il faut « encadrer la prise de parole », il faut « engager le débat ». Les jolies formules pleuvent mais se rend-on bien compte des énormités que l’on profère? Ainsi, il faudrait engager le débat pour savoir s’il est admissible de décapiter quelqu’un ? Mais enfin, quel débat? Quel dialogue? Quand aura-t-on la lucidité d’admettre que le dialogue est un signe de faiblesse face à des gens qui n’ont pas la moindre envie de parvenir à un consensus de vie commune et ne conçoivent notre cohabitation que sur le mode de la soumission?

Ce qui va arriver aux collègues pleins de bonne volonté qui tenteront le dialogue, nous le savons bien : peut-être ne perdront-ils pas le contrôle de leur classe, peut-être ne se feront-ils pas malmener, peut-être parviendront-ils à rester maîtres de la situation et à distribuer la parole que leurs élèves, bien courtoisement, demanderont en levant la main. Mais que feront-ils lorsqu’un petit Mohammed exposera son point de vue en disant « je sais que je vais vous choquer, m’sieur et j’vous demande pardon mais sérieux, c’est trop bien fait pour lui ». Le dialogue s’engagera et le charmant bambin concèdera que « d’accord, l’autre, il aurait pas dû photographier sa tête et la balancer sur les réseaux, ça c’est gore et c’est pas sympa ». Rien à redire sur le comportement; la prise de parole est courtoise et l’opinion exposée sans violence. C’est une légitimation de l’horreur, polie et civile, qu’il est impossible de punir, car elle entre parfaitement dans le cadre du dialogue voulu, de la parole qui se libère pour laisser entendre les opinions et permettre le débat. Mais jusqu’à la fin de l’année, le professeur saura qu’il a en face de lui quelqu’un qui l’a par avance condamné à la décapitation s’il ose un propos incompatible avec sa religion.

Je me souviens avoir recueilli, en début de carrière, les témoignages de collègues qui avaient deux ou trois ans de plus que moi et qui avaient connu les « débriefings de stage » avec les formateurs: la petite prof qui s’effondre en larmes parce qu’un élève l’a traitée de grosse pute, et le formateur qui l’invite à se reprendre en lui expliquant qu’elle ne doit pas recevoir cette insulte de manière personnelle car c’est seulement son statut de professeur qui est visé, ajoutant qu’elle aurait dû engager le dialogue avec l’élève pour comprendre les raisons de son mal-être. Dans le contexte où travaillent…

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Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Séparatisme : entre le RN et la majorité, Damien Abad veut rendre Les Républicains audibles

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Damien Abad lors des journées parlementaires du groupes LR, au sein de l'Assemblée Nationale le 8 octobre 2020. © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 00984975_000009

Le patron des députés LR, Damien Abad, a dévoilé au Parisien le 19 octobre des propositions pour endiguer l’islamisme et protéger les professeurs. Alors que l’électorat conservateur français est ulcéré par la politique de la bougie, la droite essaie de se faire une petite place. 


L’assassinat de Samuel Paty à quelques centaines de mètres du collège dans lequel il enseignait, pour avoir montré des caricatures, a bouleversé la France. Reste maintenant a trouver des solutions pour éviter qu’un autre professeur ne soit tué par un fou d’Allah. La classe politique s’agite. Par la voix de Gérald Darmanin, le gouvernement promet d’expulser 231 étrangers fichés S et d’interdire le CCIF (Conseil Contre l’Islamophobie en France) et l’association humanitaire islamiste Baraka City.

Lundi, Marine Le Pen à quant à elle réclamé la mise en place d’une « législation de guerre », et même Mélenchon a osé parler d’islamisme, avant de s’en prendre à la communauté tchétchène qu’il avait déjà vilipendée suite aux évènements de Dijon…

Damien Abad polémique dans le Parisien

Du côté des Républicains, c’est donc Damien Abad, président du groupe LR de l’Assemblée nationale, qui s’est livré à des propositions. Pour lui, la question n’est pas nouvelle : il avait mis en place un groupe de travail sur le projet de loi sur le séparatisme, lequel doit être dévoilé le 9 décembre par la majorité. L’actualité l’a poussé à dévoiler plus tôt certaines de ses propositions. D’abord, il a proposé de faire entrer Samuel Paty au Panthéon. Mais comme beaucoup dans son parti, il a souligné que « les rassemblements et les hommages, nécessaires, ne suffisent plus ». Il appelle donc à « crever l’abcès », encore de mise quand il s’agit du problème islamiste en France.

À lire aussi : Il faut armer les enseignants contre l’islamisme

Le président du groupe LR a dévoilé au Parisien les propositions d’urgence que son parti entend porter après l’attentat de Conflans-Sainte-Honorine. Pour la rentrée du 2 novembre, Damien Abad demande que tous les collégiens et lycéens « aient des débats sur ce qui s’est passé » vendredi dernier. Et le député LR a prévu une réponse si des propos tendancieux étaient tenus : « En cas de manifestation d’une forme ou d’une autre de soutien à cette action barbare, il faudra convoquer les parents et un conseil de discipline ! »

Il ne s’agit pas d’agir que dans le cadre de la rentrée. Damien Abad souhaite « la mise en place d’un numéro vert d’urgence relié à une cellule interministérielle Éducation nationale/Intérieur pour que les enseignants puissent signaler toutes les atteintes à la laïcité ». Ce qui devrait aussi permettre de mieux les protéger, alors que les établissements ne sont pas toujours au soutien, ou à l’écoute de leurs professeurs. Le député veut contraindre les établissements à « interdire les menus confessionnels » et mener une enquête administrative « préalable à l’embauche de tout agent du service public ». Enfin, Damien Abad veut « instaurer des cours sur les valeurs de la République et la laïcité », mais surtout que « ces cours soient sanctionnés par une épreuve obligatoire au brevet pour être certain qu’ils soient donnés ». Dans les collèges à problèmes cela s’annonce sportif.

Attaques contre l’immobilisme du gouvernement

Problème: ce que le président Macron appelle « le séparatisme », ne se cantonne pas au milieu scolaire. Il s’agit de lutter, de contrer, la propagation de l’intégrisme islamique dans le pays.

À lire aussi, Alexis Brunet : « S’il ne trouve pas en face de lui des gens assez fermes, l’islam n’a aucune raison de cesser d’avancer »

Damien Abad craint ainsi que la loi contre le séparatisme n’aille pas assez loin. A l’assemblée nationale, il s’est surtout distingué en rappelant les refus du gouvernement et de la majorité à adopter certaines dispositions envisagées par LR pour contrer l’islamisme depuis trois ans. « Expulser les étrangers fichés pour radicalisation et terrorisme de notre territoire national ? Refusé ! Fermer les 100 mosquées salafistes et les salles de prières radicalisées ? Refusé ! Expulser les imams radicalisés ? Refusé ! Etc… » La liste était longue.

Dans le Parisien le député LR confirme vouloir fermer l’ensemble des salles de prières et mosquées radicalisées, et même changer la Constitution pour pénaliser la consultation de sites djihadistes ou permettre la rétention des individus radicalisés sortis de prison après y avoir effectué leur peine. Les Républicains, souvent inaudibles politiquement, coincés entre le Rassemblement National et la République en marche, parviendront-ils à se faire entendre dans la lutte contre l’islamisme ?

Pourquoi les tarifs de l’électricité ont augmenté depuis dix ans (et pourquoi ce n’est pas fini)

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Image d'illustration © GILE MICHEL/SIPA Numéro de reportage: 00896908_000005.

Depuis dix ans, les tarifs de l’électricité augmentent en France avec l’envolée des taxes. Cela va continuer dans les prochaines années. Il faut financer 100 milliards d’euros d’infrastructures nécessaires pour intégrer les renouvelables aux réseaux.


Il ne sera pas possible d’échapper dans les prochaines années à une augmentation des prix de l’électricité tant les investissements à financer sont lourds dans les renouvelables et dans l’adaptation des réseaux à ses sources d’électricité nombreuses, intermittentes et aléatoires. «Chaque année, l’équivalent en énergies renouvelables de deux tranches nucléaires est raccordé par Enedis et RTE, réparti sur tout le territoire et sur des milliers de sites», résume Jean-François Carenco, le président de la Commission de régulation de l’énergie (CRE).

Plus de 100 milliards d’euros à investir dans les réseaux

Les opérateurs RTE et Enedis ont ainsi demandé à la CRE une hausse annuelle de 1,4% des tarifs réseaux de l’électricité sur la période 2021-2024. Cela représentera en 2024 une augmentation de 50 euros de la ligne «tarif d’utilisation des réseaux publics d’électricité» (Turpe) que les particuliers trouvent sur leurs factures.

A lire ensuite, du même auteur: La Commission européenne préparerait le démantèlement d’EDF

La hausse finale sera sans doute plus limitée, d’une vingtaine d’euros. Une consultation est en cours avec les opérateurs et devrait se terminer avant la fin du mois de novembre. La CRE prendra sa décision au début de l’année prochaine. «Faire moins que 20 euros, ce sera compliqué. L’ampleur des investissements à venir pèsera inévitablement sur la facture. La CRE doit toutefois veiller à ce que ces hausses restent maîtrisées. Il y va de l’acceptabilité même de la transition énergétique dans son ensemble», a déclaré au Figaro Jean-François Carenco. Le nouveau tarif entrera en vigueur le 1er août 2021.

A lire aussi, Lucien Rabouille: Proust à l’ombre des éoliennes

Les investissements d’infrastructures à venir sont très importants et dépassent 100 milliards d’euros. Ils représentent pour Enedis et sur les 15 prochaines années autour de…

>>> Lire la fin de l’article sur le site de la revue Transitions & Energies <<<

Ce que Matignon peut reprocher à Jean-Louis Bianco

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Le socialiste Jean-Louis Bianco, président de l'Observatoire de la laïcitén image d'archive © REVELLI-BEAUMONT/SIPA Numéro de reportage: 00617074_000015

 


La laïcité “ouverte” promue par l’Observatoire de la Laïcité créé en 2013 n’est pas pour rien dans nos malheurs. Il est reproché à cet organisme d’être plus préoccupé par la lutte contre la stigmatisation des musulmans que par la défense de la laïcité. Céline Pina explique en quoi le renvoi de Jean-Louis Bianco enverrait un message fort à ceux qui veulent des responsabilités où la lâcheté n’a pas sa place


Nous avons appris en ce mercredi 21 octobre que Jean-Louis Bianco, président du très controversé Observatoire de la Laïcité était convoqué à Matignon. 

L’heure de vérité

Le microcosme bruisse de la fin de l’impunité accordée à un haut fonctionnaire qui s’était permis de s’asseoir sur tous les devoirs de sa charge, de s’en prendre au Premier ministre dont il dépendait (Manuel Valls), et qui a plus abîmé la laïcité qu’il ne l’a défendue. C’est donc à un moment de vérité que nous pourrions assister. Si ce gouvernement n’est pas capable de démettre Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène alors qu’ils ne sont rien et n’ont pas de pouvoir de nuisance, il va lui être difficile de prétendre combattre l’islamisme.

A lire ensuite: Coexister: les bonnes affaires du vivre-ensemble

Jean-Louis Bianco est déconsidéré et a trahi sa mission en signant une tribune avec des islamistes, en préfaçant le livre d’un avocat islamiste défenseur du CCIF, en s’alliant avec Coexister (teneurs de porte patentés des Frères musulmans), en travaillant avec le CCIF, en attaquant les laïques plutôt qu’en défendant les fonctionnaires confrontés aux violences sur le terrain. Aujourd’hui, Bianco est tellement peu clair, qu’alors que sa fonction devrait en faire des adversaires résolus, il est soutenu par les grandes figures de l’islamisme dont Tariq Ramadan. Ces soutiens, n’ayant peu d’éléments objectifs pour le défendre, arguent d’une « persécution », l’homme serait une « victime ». Le problème c’est qu’il s’agit d’un vieil homme qui n’a pas loin de 78 ans et qui s’accroche à un poste qui n’est pourtant pas un viatique, comme la bernique à son rocher.

Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes? 

Pourtant nulle chasse aux sorcières là-dedans, mais la juste sanction de la trahison de ses devoirs et de sa mission par ce haut fonctionnaire, enfant gâté de la Mitterrandie. Il termine sa carrière dans l’opprobre, mais c’est lui qui l’a choisi. Parce que disons-le clairement, tous les laïques espèrent qu’à la sortie de ce rendez-vous à Matignon, ni Jean-Louis Bianco, ni Nicolas Cadène ne continueront un jour de plus à abîmer cet élément-clé de notre contrat social qu’est la laïcité, eux qui ont réussi à faire de cet observatoire la Société Protectrice des Religions ! On espère donc que le Premier ministre mettra fin aux hésitations et atermoiements qui ont caractérisé la gestion de ce dossier en prenant les décisions qui s’imposent, aussi froidement que fermement.

Remettre un peu d’ordre juste dans la défense des valeurs françaises

Il ne faut jamais hésiter à agir quand le choix est juste, que la décision ne coûte rien politiquement et ne met personne en danger. Si l’État n’a pas le courage d’inviter Jean-Louis Bianco à une retraite plus que méritée, que va-t-il pouvoir faire en face des fascistes islamistes ? Cette histoire d’Observatoire peut paraître anecdotique. Elle ne l’est pas. Elle est plus fondamentale qu’il n’y parait. Virer Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène a du sens dans le cadre de la lutte contre le séparatisme.

Pourquoi ?

Parce que la proximité avec les islamistes rend puissant, là où défendre notre civilisation vous expose. Les alliés des islamistes ne sont attaqués par personne, leurs adversaires vivent sous protection. Une illustration ? En cas de critiques, vous accusez vos détracteurs de faire le jeu de l’extrême-droite, vous vous chargez en vertu, l’autre en opprobre et vous sortez avec l’aura du « Social justice Warrior », et votre adversaire avec une cible dans le dos. 

Casser la logique victimaire

Mais si les choses s’inversent, si être en lien avec des islamistes ou ambigu avec eux signe la fin des carrières, la mort des ambitions, et devient le tombeau de l’influence et du pouvoir, alors les puissants ne seront plus complaisants, les discours vont changer, les doctrines évoluer et nous serons enfin capables de faire face à la menace en étant vraiment unis. Nombre de personnages ont leur rond de serviette dans les institutions ou au sein des médias et font le service après-vente des islamistes à chaque attentat. Ce service après-vente, qui vise à effacer l’horreur commise pour installer la rhétorique victimaire à l’égard des musulmans est toujours assuré de la même manière : 

  1. On met sur le même niveau le crime terroriste et la riposte de la police: c’est ce qu’ont fait Mediapart et le New York Times. Pour eux, un suspect a été abattu par la police. L’article du blog de Mediapart évoquant même une « barbarie policière ».
  1. Sur internet des militants s’empressent de relayer le message « à qui profite le crime ? » Sous-entendu, ce crime profiterait aux laïques qui l’instrumentent pour faire la « chasse aux musulmans ». Grâce à ce tour de passe-passe, on occulte l’existence de tout un écosystème brassant islamistes et musulmans dans lesquels ceux qui donnent le ton sont les plus radicalisés et les plus virulents. Écosystème qui brasse jusqu’à se rendre fou les thématiques de la persécution et qui a abouti au drame de Conflans-Sainte Honorine. Posez un questionnement en apparence innocent à ces militants : « quelles pouvaient être les intentions de l’enseignant en montrant les caricatures ? », la liberté d’expression est vite évacuée pour installer l’idée qu’il s’agissait ici d’humilier les musulmans, de les blesser. Ils font comme si l’école était un menu à la carte, et voient un enseignement qui les dérange comme une offense personnelle.
  1. Les relais de l’islamisme et les officines liées aux Frères musulmans déroulent cette complainte de la persécution, de la France raciste et trouvent des relais complaisants dans les médias pour expliquer que ceux qui s’indignent de la mort de Samuel Paty et font un lien entre la radicalisation constatée d’une partie de la communauté musulmane et la violence terroriste, sont d’infâmes suppôts de l’extrême-droite. 
  1. Enfin, l’affaire est portée devant des juridictions internationales dévoyées où ils bénéficient de relais et de complicités. Ce qui leur permet de s’attaquer à l’État de droit en ayant l’air de le respecter, et de continuer à s’en prendre à la souveraineté des pays. C’est toujours gagnant-gagnant. Soit les séparatistes imposent leur vue et les peuples voyant des obscurantistes violents imposer leur idéologie contre les mœurs du pays par le biais de structures internationales contestables et contestées, finiront par répliquer et par voter pour des partis qui assument la stratégie de l’affrontement. Soit ils perdent et cela nourrit leur stratégie et leur discours de persécution.

Aurélien Taché pense que l’on sort de la démocratie

Et toutes ces stratégies sont relayées par des élus de la République, des journalistes… Un exemple emblématique : le député Aurélien Taché. Face à la mort de Samuel Paty ce dernier ne sait que tweeter « on est en train de dérouler le tapis rouge à Marine Le Pen », le tout parce que le Président veut réagir à ceux qui nous tuent. Pire encore, sur le possible limogeage de Jean-Louis Bianco, voilà ce qu’écrit ce député qui a au moins le courage de tout oser, y compris le mensonge : « On arrête des gens pour faire passer un message. C’est l’agenda d’une droite nationaliste qui s’assoit sur les droits de l’homme. On sort de la démocratie ». Quelqu’un pour expliquer au député que nul fonctionnaire n’est propriétaire de sa charge ? Que si Jean-Louis Bianco est sur la sellette, c’est pour avoir failli à sa mission ? Quelqu’un pour lui dire que limoger quelqu’un n’est pas le plonger dans un cul de basse fosse ? Et qu’ici la sanction témoigne d’une volonté de justice et non d’un abus de pouvoir ?

A lire aussi, Elisabeth Lévy: La tribune à laquelle vous avez échappé (provisoirement?)

J’aimerais que ce soit un sursaut moral et civilisationnel qui nous sauve, mais la victoire qui vient s’annonce toujours par les retournements massifs des vestes des opportunistes. Mais pour cela il faut que ce soit dans leur intérêt. Être islamiste, les soutenir, en être proche, dans les quartiers comme au plus haut niveau doit devenir coûteux. Cela doit vous exclure de la table. Vous rendre infréquentable et sulfureux. Ce genre de message est plus profond qu’on ne le croit et ceux à qui il s’adresse savent le reconnaître.

Un renvoi qui serait un message fort

Cela fait partie de la protection que la France doit accorder à ses citoyens que d’arrêter que les alliés des Frères musulmans fassent la loi dans certaines disciplines de l’université, noyautent des institutions, soient considérés comme des interlocuteurs crédibles… La preuve, des « d’intellectuels » soutenant Jean-Louis Bianco essaient encore de contester une œuvre de salubrité publique consistant à se débarrasser d’un homme qui a relayé l’idée d’une persécution des musulmans (alors que ce mensonge est patent : ceux qui se font agresser au titre de leur religion en France sont avant tout les chrétiens et les juifs), plutôt que de défendre nos principes. Son renvoi mérité sera tout le mal qui lui sera fait. Pour le reste il gardera sa retraite et ses avantages et ne répondra pas de ses fautes. On est bien loin du martyr.

Voilà pourquoi, symboliquement, il faut se débarrasser tout de suite de Jean-Louis Bianco. C’est la partie la plus facile du programme. Après il va falloir s’intéresser au CNRS, à la fonction publique et faire passer le message que ne pas faire son travail quand un professeur est confronté à des islamistes, c’est pouvoir risquer la révocation, en tout cas de sérieux ennuis en termes de carrière. Il ne s’agit pas ici de chasse aux sorcières, mais d’exigences liées à la fonction. Quand on veut le pouvoir et les responsabilités, on les exerce et la lâcheté n’a pas sa place. C’est ce que le limogeage du président de l’Observatoire doit transmettre comme message.

Silence coupable

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Deux morts, deux mesures

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Un tag en hommage à George Floyd à Minneapolis, Etats-Unis © Amy arris/Shutterstock/SIPA Numéro de reportage : Shutterstock40790875_000038

Si l’on ne peut pas mettre sur le même plan les meurtres de Samuel Paty en France et de George Floyd aux États-Unis, les réactions de la presse internationale à ces deux drames sont riches d’enseignements.


George Floyd, Samuel Paty : deux pères de famille, deux assassinats atroces, deux actes d’une cruauté insoutenable, suscitant des tollés d’indignation parfaitement justifiées.

Pourtant, tandis que le crime commis aux États-Unis a fait l’objet de condamnations de tous les horizons politiques, et a provoqué des manifestations presque dans le monde entier, celui commis en France n’a eu pour la plupart que des échos atténués et polis au-delà des frontières hexagonales. Certes, les comparaisons sont délicates, mais il s’agit dans les deux cas de meurtres ayant une portée sociale et symbolique, interrogeant l’état de droit et l’égalité devant la loi dans nos pays démocratiques. C’est ainsi que l’extraordinaire disparité, au niveau international, dans les réactions, que ce soit celles des politiques ou des citoyens, incite à la réflexion. Est-ce la différence entre, d’une part, un crime commis par un Blanc et, d’autre part, un crime commis sur un Blanc ? Est-ce parce que l’égalité entre les communautés est tellement plus importante que la liberté d’expression ? Ou parce que, obscurément, beaucoup de gens pensent qu’une victime de la police est d’emblée innocente, tandis qu’une victime du fanatisme religieux est forcément complice de son propre assassinat ?

La France traverse une épreuve terrible

Certes, la plupart des médias étrangers ont couvert l’abomination de vendredi dernier et la manifestation de dimanche. Peut-on dire que les gouvernements étrangers ont réagi de manière idoine ? Ce ne sont pas les états les plus proches de la France en termes d’alliance ou de géographie qui se sont empressés d’exprimer leur condamnation sans réserve à la fois du crime et de l’extrémisme sectaire, mais l’Arabie saoudite et l’Égypte. Celui que les bien-pensants considèrent comme le plus grand méchant de la planète, Donald Trump, a trouvé le temps, au milieu de sa folle tournée électorale, d’adresser un message de solidarité à la France, exprimée dans un langage bien à lui : « Au nom des États-Unis, je voudrais présenter mes plus sincères condoléances à mon ami, le Président Macron de France ; (…) La France traverse une épreuve terrible et Macron est un gars formidable. » Plus près de nous, Ursula van der Leyen s’est fendue d’un tweet convenu, aussi lénifiant que de l’eau savonneuse tiède, mettant l’accent sur le rôle essentiel de l’éducation dans une société démocratique, plutôt que sur l’influence néfaste de l’intolérance fanatique.

Au moins ces exemples font preuve d’une certaine conscience de l’énormité de cet événement et du fait qu’il constitue un calvaire que subit une nation entière. C’est tout le contraire de la réaction d’une partie de la gauche anglo-saxonne qui se met en quatre pour minimiser l’importance de l’atrocité ou pour maquiller un véritable crime politique en simple fait divers. Tout le monde connaît déjà le scandale provoqué par l’article du New York Times, publié initialement sous le titre : « La police française abat un homme après une attaque mortelle au couteau dans la rue. »[tooltips content= »L’original est toujours visible ici: https://flipboard.com/@newyorktimes/french-police-shoot-and-kill-man-after-a-fatal-knife-attack-on-the-street/a-Tc-KFlVsQnKodgOGqchh5w%3Aa%3A3195393-ade546e7a6%2Fnytimes.com »](1)[/tooltips] Maladresse passagère ou parti pris doctrinaire ? Le titre a été modifié depuis, mais le journal, en la personne de son correspondant parisien, Adam Nossiter, persiste et signe dans ce tour de passe-passe idéologique. Lundi, il met l’accent sur la nature brutale et systématique des mesures prises par les autorités françaises contre les organisations islamistes, sous le titre : « Après la décapitation d’un enseignant, la France lance une campagne de répression générale contre « l’ennemi interne. » » Quant au site du grand média américain, NBC, il a publié un article qui se focalise sur le fait que des élèves auraient prévenu Samuel Paty des conséquences possibles de son acte – sous-texte : il est donc en partie responsable de son sort. Le titre est le suivant : « On a averti l’enseignant français décapité des dangers de montrer les images du prophète Mohammed avant l’attaque « islamiste. » » Le fait que le dernier mot soit mis entre guillemets jette un doute sur la véritable nature du crime.

Gauche hypocrite

Ce n’est guère mieux quand les syndicats d’enseignants tentent de se montrer solidaires avec leurs collègues français. Le Syndicat national de l’éducation (NEU) britannique, commet un tweet qui s’efforce d’exprimer sa solidarité avec le SNESFSU français tout en évitant soigneusement d’évoquer le crime lui-même. Au lieu de parler de l’acte abominable, le texte très court fait référence à « this sad day » – ce « jour de tristesse » – comme s’il s’agissait d’un simple enterrement. Est-il nécessaire de préciser que ces représentants d’une gauche hypocrite sont prêts à tout pour ne pas froisser ceux qu’ils considèrent comme des alliés politiques en dépit de l’absence de valeurs communes ? À moins que cette absence ne soit qu’apparente… Car, tandis que certains à gauche s’adonnent à des acrobaties dialectiques pour ne pas dire qu’il s’agit d’un acte de fanatisme religieux, leurs complices intégristes s’en donnent à cœur joie, dénonçant ouvertement tout, depuis la liberté d’expression et la laïcité jusqu’à la France et la civilisation occidentale décadente… Un Kurde établi en Angleterre, Dana Nawzar Jaf, pur produit du système universitaire anglo-américain, se décrivant comme « chercheur, acteur et militant », a tweeté sa « condamnation totale » de « l’assassinat brutal et insensé » du… suspect musulman « par la police française » et de « l’utilisation d’une force disproportionnée contre quelqu’un qui est soupçonné de crime à l’arme blanche » (voir notre image).

tweet-dnjTwitter a finalement eu la décence humaine d’effacer son tweet, mais, dans le passé, l’auteur en question a publié dans la très respectable revue hebdomadaire de gauche, The New Statesman. Aussi respectable au premier abord et moins censuré par Twitter, Roshan M. Salih, rédacteur du site d’actualités musulmanes, 5Pillars, de réputation modérée, n’y va pas par quatre chemins non plus. Dès vendredi soir, il avertit que « La France est sur une pente très obscure. L’oppression et la brutalisation des musulmans ne connaissent plus de limites. Et la violence terrible semble destinée à se perpétuer. »

Le lendemain matin, il enchaîne en appelant à la dissolution de Charlie Hebdo – « ce torchon raciste, islamophobe » – par les autorités françaises.

Répondant à l’argument selon lequel les chrétiens pour leur part supportent le droit au blasphème, il explique que « c’est parce que le christianisme est une religion défaite (au moins en Europe) et qu’il a abandonné ses valeurs il y a longtemps. Pas surprenant si les églises sont vides : nous devrions les appeler, comme les pubs, de futures mosquées. »

Ses alliés de gauche, ennemis déclarés de toute forme de patriarcat, seront-ils d’accord avec la conversion des chapelles et des bars en lieux de culte d’une religion aussi patriarcale, lieux que tout le monde sera obligé de fréquenter, puisqu’il s’agit ici, à l’évidence, de convertir les citoyens, sans exception, à cette foi apparemment intransigeante?

L’indulgence coupable d’une grande partie de la gauche internationale à l’égard du crime d’Éragny risque d’avoir deux conséquences préjudiciables : d’abord, elle encourage les extrémistes islamistes à persister dans leur tentative de démolition de la civilisation moderne ; ensuite, elle donne l’impression – peut-être à dessein – que toute critique de cet extrémisme vient de la droite, voire de l’extrême droite. Pourtant, le combat pour les valeurs qu’incarnait le professeur assassiné est un combat qui devrait rassembler tous les citoyens, quelles que soient leurs opinions politiques, leur religion ou leur pays. C’est un combat qui devrait être aussi universel, aussi planétaire, que celui de Georges Floyd.

« On ne touche pas », de Ketty Rouf: le strip-tease contre le désir

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L'auteur Ketty Rouf © Marion Vallée

D’aucuns sont si facilement choqués, ces temps-ci, par une ombre de sein dans un décolleté ou une étoile apposée sur l’anus du Prophète qu’il est temps de se demander quel est notre présent rapport au corps et à la nudité.

Le prétexte de cette chronique si nécessaire est un roman nouvellement sorti, signé Ketty Rouf, et intitulé On ne touche pas. On me l’avait conseillé, je l’ai lu — et ça se lit vite, c’est au moins un bon point : l’auteur (et non, je n’écris pas « autrice », on s’efforce de parler français, sur Bonnet d’âne[tooltips content= »Bonnet d’âne est le blog de Jean-Paul Brighelli, hébergé par Causeur« ]*[/tooltips] !) use et abuse des phrases nominales, averbales, mises en rejet à la ligne — une bonne manière de gagner de la place, Alexandre Dumas en a usé et abusé si bien qu’on ne lui rémunérait plus que les lignes remplies au moins aux trois-quarts. À ce compte, Ketty Rouf ne devrait toucher que 50% de ses droits d’auteur…

En deux mots : une prof de philo entre un peu par hasard, ce dieu des romanciers maladroits, dans une boîte à strip-tease de Pigalle et, séduite par ce qu’elle y trouve, en fait sa profession du soir, espoir. « Belle de nuit » — mais justement, même dans les « danses privées », on effleure, on suscite mais on ne suce pas. Je veux bien, même si la référence moderne du strip, le numéro éblouissant que fait Elisabeth Berkeley face à Kyle MacLachlan dans Showgirls, cet hymne au pole dancing (il faudra que je me livre un jour à l’apologie de Verhoeven, cinéaste majeur de notre temps, tant dans sa période hollandaise que dans ses années américaines) s’opère certes sans consommation, l’effeuilleuse restant à quelques millimètres du prédateur devenu proie, mais n’est-il pas plus obscène au fond de jouir dans sa culotte que dans un espace clos approprié ?

Le roman n’est pas mal écrit, dans le genre pseudo-autofiction qui a envahi la littérature contemporaine. Il y manque une analyse des motivations de l’héroïne : on aimerait savoir ce qui la pousse ainsi à s’exhiber. Un peu comme dans ces romans SM où l’on ne sait jamais ce qui pousse « Laïka » (c’est dans le Lien, signé Vanessa Duriès) à encaisser ce qu’elle encaisse. Tiens, tant qu’à faire, je préfère Dolorosa soror, de Florence Dugas — aux Editions Blanche également.

Ajoutez aux numéros de strip des scènes plus purement pédagogiques (tiens, l’héroïne a remarqué elle aussi que le niveau des élèves…) et même un  court roman par lettres intégré au récit : notre philosophe échange des missives qui pratiquent elles aussi le teasing (to tease, c’est taquiner, et pas davantage) avec un élève qui, comble de la fiction, écrit sans fautes d’orthographe. Là non plus il ne se passera pas grand-chose, l’érotisme du roman est très mesuré, limité à des tentations lesbiennes et des frotti-frotta sans conséquence. « Joséphine », à qui l’on a envie de chanter du Bashung pendant tout le livre (« Osez, osez Joséphine »), se fait dragouiller par un certain Martin, un prof avec qui elle échange des mots doux et des livres, des bisous aux commissures de peau lisse, personnage improbable incapable de coucher dans son lit au bout de trois mois une collègue qui s’offre quand même assez clairement à lui.

Mais revenons au strip-tease.

Mon expérience dans le domaine est limitée. J’ai vu dans le temps l’inoubliable Rita Renoir, qui transcenda le genre. Et sortant un jour à Paris un cousin de province avide de ce Paris by night stéréotypé qui fait l’admiration des béotiens, nous nous sommes retrouvés confrontés au très beau numéro de Dita von Teese au Crazy Horse.

Sinon, bien sûr, il y a le strip-tease privé de Kim Basinger face à Mickey Rourke dans 9 semaines 1/2, sur You can leave your hat on de Joe Cocker. Un must, assez éloigné de la réalité des boîtes à strip.

Sinon, vous pouvez toujours relire les pages essentielles que Barthes consacre à cet art de l’effeuillage dans Mythologies, remarquant dès les premières lignes que  «  le strip-tease — du moins le strip-tease parisien — est fondé sur une contradiction : désexualiser la femme dans le moment même où on la dénude. » Et que c’est finalement dans les strip-teases non professionnels, dans les concours de province organisés (on est dans les années 1950) dans des bastringues agricoles que l’érotisme ressuscite, dans l’embarras des concurrentes : « Des pas maladroits, des danses insuffisantes, la fille sans cesse guettée par l’immobilité, et surtout un embarras « technique » (résistance du slip, de la robe, du soutien-gorge) qui donne aux gestes du dévoilement une importance inattendue, refusant à la femme l’alibi de l’art et le refuge de l’objet, l’enserrant dans une condition de faiblesse et d’apeurement. » 

Il en est d’ailleurs de même dans les strip-teases masculins. Les Chippendales, en vrais professionnels, ne se battent pas avec leurs chaussettes sur le bord du lit où les attend, en se retenant de rire, une créature rongeant son impatience. Mais justement, la perfection du geste gâche l’émergence du désir potentiel, qui comme chacun sait s’alimente au voilé bien plus qu’au dévoilement. 

Regardez en peinture. Edward J. Poynter avait d’abord peint sa Diaduménè nue (1883). Dix ans plus tard, il la voile, comprenant qu’il tirera bien plus d’effets de ces transparences que de la chair directement livrée sans invitation à deviner plutôt qu’à voir. Madeleine Lemaire en fait autant, avec ses deux versions du Sommeil de Manon, d’abord déshabillée, puis partiellement cachée par une transparence qui en dit davantage que la chair exhibée.

Je pourrais multiplier les exemples : la robe rose qui « déshabille si bien » la femme qui la porte et à qui Gautier adresse un poème célèbre est, comme la tunique transparente de Sabina Poppea ou les lumières qui rhabillent sans cesse les corps au Crazy Horse. C’est le style qui enrobe le récit — et qui manque un peu au roman de Ketty Rouf. 

Ce qui nous ramène à notre rapport au corps — dont la pudeur contemporaine, et plus encore la pudibonderie musulmane, exaltent au fond le paradoxe. Nous dévoilons volontiers, mais il faudrait que ce soit à distance, comme dans un strip-tease observé à la longue vue (il y a une scène de ce genre à la fin du Chevalier Des Touches, de Barbey d’Aurevilly). Que passe dans la rue une fille au jean serré ou à la jupe trop courte (et le « trop » commence juste au-dessus du genou), et voici nos modernes censeurs prêts à dégainer. C’est moins la pudeur qu’il faut enseigner que la mesure exacte du désir, qui s’alimente au caché bien plus qu’au dévoilé. 

Quant aux malades mentaux qui voient une provocation dans le moindre bout de peau dévoilé — au sens wahhabite du terme cette fois —, il faut les rééduquer d’urgence. Les traîner dans les musées, les amener au strip-tease, et leur faire lire le petit roman sympathique de Ketty Rouf, pour leur faire comprendre à quoi s’alimente le désir en France. En France et pas en Arabie Saoudite, pays charmant que je ne saurais trop conseiller, et vite, aux amateurs de voiles en tous genres.

Ketty Rouf, On ne touche pas, Albin Michel

On ne touche pas - Prix du Premier Roman 2020

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Proust à l’ombre des éoliennes

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D.R.

Vingt-huit éoliennes, réparties en quatre parcs, doivent être implantées dans un rayon de cinq kilomètres autour d’Illiers-Combray, bourgade d’Eure-et-Loir accueillant la maison de la « Tante Léonie » et aujourd’hui musée Marcel-Proust…


Une pétition circule sur le net pour s’opposer à « l’encerclement et la profanation de l’un des plus célèbres paysages littéraires au monde ». Les pétitionnaires rappellent l’attachement de l’auteur de la Recherche au lieu comme son potentiel touristique. Le clocher de Saint-Hilaire, les hublots qui donnent sur la mer nue, les vagues polies et translucides… des lieux nobles et des tendres souvenirs pour Proust ; là où l’administration voit des réservoirs d’énergie verte.

Loin des plages normandes, on parle aussi de 24 éoliennes sur la montagne Sainte-Victoire chère à Paul Cézanne. Assez logiquement, les lieux où souffle l’esprit sont ceux où souffle le vent. Et les parapentistes ont depuis longtemps investi la colline de Sion en Lorraine, que Barrès disait « inspirée » avec une litanie d’autres « lieux qui tirent l’âme de sa léthargie ».

A lire aussi: Proust: le scandale du prix Goncourt 1919

Ces projets farfelus partent peut-être d’un bon sentiment : permettre à la littérature de répondre à l’urgence climatique. Mais à l’examen, faire de Proust un auteur écoresponsable sans trahir son œuvre n’est pas simple. Faut-il remplacer les éoliennes par des panneaux photovoltaïques au toit de sa maison normande ? Proust redoutait le soleil ! Il confesse dans À l’ombre des jeunes filles en fleurs : « À cause de la trop grande lumière, je gardais fermés le plus longtemps possible les grands rideaux violets. » Extraire de ses écrits une invitation à moins souvent utiliser son véhicule individuel ? Proust était fort amoureux de son chauffeur personnel, Alfred Agostinelli… Contraindre le romancier à « changer ses habitudes », ce n’est guère compatible avec ses grandes exigences. Avant de l’habiter en consommateur, responsable ou irresponsable, l’homme proustien habite la terre en poète.

A lire aussi: Juif et homosexuel: Proust le maudit

Un bien étrange corps enseignant

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Sylvain Hélaine, alias"Freaky Hoody" lors d'une interview © Capture d'écran/D.R.

Sylvain Hélaine, 35 ans, est l’homme le plus tatoué de France mais aussi instituteur en école élémentaire. Il jure que son apparence n’est pas une provocation, mais certains parents sont dérangés par son physique.  


Quand il n’expose pas son torse tatoué en boîte de nuit, Sylvain Hélaine, alias « Freaky Hoody », enseigne à nos enfants à lire et à compter. Fier mercenaire de l’Éducation nationale, l’homme le plus tatoué de France est professeur remplaçant depuis douze ans, tant en maternelle qu’en élémentaire, et a aussi exercé dans la très branchée ville de Londres, s’est-il vanté.

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Des tatouages pas du goût de tous les parents d’élèves

Cependant, sa passion pour les artifices floraux sur le crâne ou jusque dans le blanc des yeux n’est pas du goût de tous les parents d’élèves. Certains auraient même envoyé une lettre à sa hiérarchie avec des photos de lui nu trouvées sur internet, provoquant sa mise à pied pendant sept semaines. Suite à de nouvelles plaintes de parents d’élèves indignés, l’inspection académique de l’Essonne vient de le priver définitivement des joies de l’instruction en maternelle.

Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes

Une éviction au parfum de purge ? « L’inspection veut juste être tranquille, ce que je peux comprendre », a sobrement commenté l’instituteur aux allures de Marvel Comics. « Avec les enfants, une fois passée la surprise, on travaille bien et on trouve que je suis le plus cool, […] ça leur ouvre l’esprit et ça leur apprend la tolérance. […] Quand ils seront adultes, il y aura peut-être plus de chances qu’ils ne soient pas racistes ou homophobes », assure-t-il aussi. Un super-héros marvélien héraut des minorités ? Sylvain Hélaine assure s’être entièrement tatoué pour son seul plaisir et se défend de toute démarche militante, assimilée de près ou de loin à des caprices de minorités bruyantes. Quant aux tatoués, rappelons qu’un des plus adulés ne fut autre que notre phénix national, un certain Johnny Hallyday.