Entre deux entretiens où elle dénonce le racisme d’État, la militante indigéniste travaille pour la Commission nationale du débat public (CNDP), garante de l’impartialité des pouvoirs publics.


Elle se nomme Fatima Ouassak, elle est Française d’origine marocaine, et elle a publié le 27 août à la Découverte un bref essai intitulé La Puissance des mères. Le fil conducteur de son analyse est que les mères des quartiers populaires doivent se transformer en « dragons » dans l’intérêt de leurs enfants, appelés à grandir dans un pays structurellement raciste. « Je lutte pour mes enfants. J’y pense tout le temps. J’ai vraiment peur qu’on me les prenne pour les mettre dans un train. J’estime que l’on se dirige vers un régime autoritaire et que du jour au lendemain, il peut devenir fasciste », déclarait la jeune femme au magazine Reporterre le 15 juin 2019. Dans une tribune publiée en février 2017, elle évoquait une société française « hiérarchisée racialement », dans laquelle « les Blancs font en sorte d’être privilégiés dans l’accès à la propriété, au pouvoir, aux soins, à la reconnaissance ou au confort, au détriment des Non-Blancs qui voient leur accès à ces ressources constamment entravé. » Un pays capitaliste-raciste, dirigé par un appareil d’État qui ne le serait pas moins. En deux mots, l’Afrique du Sud.

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Fatima Ouassak travaille pourtant en ce moment pour une entité publique qui n’avait pas vraiment d’équivalent à Pretoria au temps de l’Apartheid. Elle est garante au sein de la Commission nationale du débat public (CNDP). Créé en 1995, la CNDP est une autorité administrative indépendante, qui organise des consultations sur de grands projets d’aménagement, dans un esprit d’impartialité absolue, garantie par des dispositions statutaires très détaillées. Elle est composée de parlementaires, d’élus locaux, de membres du Conseil d’État, de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, du patronat, des syndicats, etc. Bref, elle incarne cette superstructure étatique dont Fatima Ouassak s’époumone à dénoncer le racisme.

Les garants des débats ne sont pas en contrat à durée indéterminée. Ils interviennent ponctuellement, « avec impartialité, équité et intégrité », dit leur charte d’éthique. Le nom de Fatima Ouassak apparait dans plusieurs dossiers, dont deux qui concernent précisément des secteurs populaires présumés « racisés ». Il y a d’abord eu le complexe de loisirs et de commerce EuropaCity dans le Val D’Oise, en 2015-2016 (projet abandonné en 2019). Pour l’heure, elle travaille sur les consultations liées au grand centre hospitalier qui doit sortir de terre à Saint-Ouen en 2027. Si jamais l’AP-HP, maitre d’ouvrage, décidait de rafler les habitants expropriables pour les entasser dans des wagons plombés afin d’accélérer le chantier, Fatima Ouassak serait rapidement avertie.

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Croit-elle vraiment à ses propres outrances ? Causeur lui a posé la question. Elle n’a pas trouvé le temps de nous répondre, mais son parcours parle un peu pour elle. Fille d’immigré, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Lille. À son poste de garante, elle voit tourner au jour le jour la machine lente, lourde, impersonnelle et impartiale de l’administration française. L’entretien qu’elle avait accordé à Reporterre contient une phrase lucide : « c’est typique de la France, on peut avoir un discours radical à partir du moment où il est hors-sol ». Sur ce point précis, son intégration semble tout à fait aboutie.

Le CV de la militante est consultable ici: 

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