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L’enfance, cause toujours?

Le devenir de nos enfants semble être devenu le cadet des soucis des décisionnaires politiques. Quand Facebook annonce réfléchir à la création d’un Instagram pour les enfants toutefois, il y a tout de même enfin quelques réactions inquiètes. Analyse


L’enfance n’est pas un âge de la vie. C’est un royaume. À son sujet, l’écrivain Mathieu Terence écrivit un jour cette phrase magnifique : « j’y aurai passé, quoi qu’il arrive, la moitié de ma vie ».

Dans une époque qui n’aime rien tant que les grandes causes et les questions d’avenir, l’enfance devrait être l’un de nos sujets de préoccupation. Bien sûr l’enfance malade, l’enfance handicapée, l’enfance maltraitée… Mais aussi, pour elle-même et sans avoir besoin de rien qui vienne l’accabler pour nous en soucier, l’enfance tout court…

Des signes inquiétants

Les violences inouïes et répétées commises par des adolescents ou de très jeunes adultes ne sont pas de simples faits divers à la marge de la société. Elles sont autant de signes extrêmes et tristement concrets d’un délitement singulier des instances par lesquelles les enfants entrent dans la vie et se construisent avec les normes qu’une société leur inculque. Depuis de nombreuses années, les lanceurs d’alerte n’ont pas manqué – psychiatres, psychologues, enseignants, éducateurs, parents, acteurs associatifs, etc. – pour exprimer l’inquiétude qui monte, la casse qui est en jeu et les causes qui devraient nous sauter aux yeux.

Les causes ? On les sait… La violence totalitaire des écrans, consommés sans restriction dès le plus jeune âge, le prisme délétère que ces derniers – qui sont tout sauf une fenêtre sur le monde dans ce contexte – offrent à des enfants ou à de jeunes adolescents, consommateurs addictifs et désœuvrés. Jeux vidéo toxiques, images violentes ou dérisoires, voyeurisme, emprises conversationnelles sur les réseaux sociaux… sont devenus leur quotidien. L’appauvrissement des rêves et des imaginaires, l’appauvrissement cognitif et culturel, l’appauvrissement de l’expérience de l’altérité, eux, sont bien réels.

Convoquons aussi, bien sûr, la désanctuarisation de l’école républicaine, victime de laxismes successifs, aussi bien sur les apprentissages, et ce qu’ils engagent de relation à l’autorité et à l’Histoire, que sur le respect d’un cadre de valeurs universelles et humanistes.

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Ces phénomènes structurels, couplés à une société dans laquelle la frustration n’a plus droit de cité, livrent le monde au régime des pulsions. Nous sommes la société dans laquelle les adultes font de la trottinette et où les enfants regardent du porno. Cette infantilisation par le haut, dans une société qui n’a que bienveillance et bien-être à la bouche, est le reflet inversé du phénomène. Platon dit de la démocratie extrême qu’elle traite les enfants comme des hommes et les hommes comme des enfants. Nous y sommes…

Des questions jamais à l’agenda et pourtant capitales

Dans Tocqueville et la nature de la démocratie, Pierre Manent évoque la nécessité de « modérer la démocratie ». Force est de de constater que les enfants sont devenus, à l’école et ailleurs, les premières victimes du dévoiement de l’égalité démocratique. Le constat s’applique d’évidence aux adolescents et aux jeunes adultes. En témoigne toute cette littérature de bazar qui nous explique comment la société doit s’adapter aux codes de la génération Z pour répondre à ses attentes (le Chef de l’État, jouant à la blagouille, a manifestement sa petite idée sur la question), alors que nous devrions, au contraire, nous interroger sur la façon d’assimiler ces jeunes dans la société qui les accueille et qui vaut « référence » (dût-elle être questionnée par eux).

Facebook a annoncé en mars dernier réfléchir à la création d’un Instagram pour les enfants, avec bien sûr les meilleures intentions du monde et des promesses en matière de garde fous (pour les données, on verra). Nous devons craindre que ce qui sortirait d’une telle idée tienne davantage du concours de mini-miss que de la bibliothèque verte. Les procureurs généraux de près de cinquante États américains ont d’ailleurs exprimé leur désaccord et écrit à Mark Zuckerberg pour lui demander de renoncer à ce projet.

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La fabrique de l’Homme semble être devenu le cadet de nos soucis. Les politiques ne s’intéressent pas aux enfants (qui ne votent pas) et finalement bien peu à l’éducation ; ils s’intéressent (parfois) aux jeunes. La grande question, avec ces derniers, c’est la formation et l’emploi (et un peu la culture, mot fourre-tout, pour faire bien). Parce que, les grands sujets, c’est le chômage, le travail, la consommation, bref la société qu’il faut faire tourner… Quitte à en oublier les fondations.

Il se joue là une responsabilité individuelle et collective, et il serait bien que ces questions soient mises parfois à l’agenda – Ne parlons pas des grandes élections qui passent systématiquement à la trappe ces enjeux qui, comme les enfants, sont appelés à grandir.

Jacques Dutronc, roi du cool

Une biographie de Frédéric Quinonero, Jacques Dutronc l’insolent donne à voir un artiste qui a porté la désinvolture au rang des beaux-arts.


On disait de Steve McQueen qu’il était « le roi du cool ». On peut reprendre l’expression et l’appliquer à Jacques Dutronc. Le mec est décontracté, insaisissable, en permanence prêt à un bon mot, un canular, pour chasser l’esprit de sérieux qui nous flanque le bourbon. Pardon le bourdon. C’est contagieux. 

Une biographie rigoureuse

La phrase qui résume le mieux cet artiste complet : « Il s’appelle Van Gogh et il n’en a rien à foutre. » On remplace le nom du peintre de génie par Dutronc et on a la philosophie existentielle de celui qui a toujours fait croire qu’il ne bossait pas alors que c’est un perfectionniste. Du reste, il est magistral dans le film de Maurice Pialat, Van Gogh. Précis, épuré, à l’os. Pour le rôle, il a obtenu le César du meilleur acteur en 1992. Il a également tourné avec Lelouch, Deville, Godard ou encore Chabrol. Sur le tournage du chef-d’œuvre de Pialat, Dutronc souffre d’un mal insidieux lié au sevrage alcoolique. 

Frédérique Quinonero, l’auteur de cette biographie rigoureuse et enlevée, cite les propos de Dutronc : « Lorsque j’ai eu un jour des problèmes intérieurs grâce à quelques manques, j’ai été ensuite le plus heureux des hommes lorsque j’ai eu mal aux dents. Parce que j’avais un mal bien défini. » 

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Dutronc traîne un mal être qu’il cache derrière le paravent de l’autodérision. Et puis de l’insolence. En ce qui concerne la chanson, il n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’un « métier d’escroc ». On ne pardonne généralement pas aux artistes qui crachent dans la soupe. Mais avec Dutronc, ça passe. Les Ray-Ban Aviator et les gros cigares lui permettent de composer un personnage atypique. D’abord guitariste (sa première guitare électrique est une Egmond de couleur rouge), ce Parisien né le 28 avril 1943, va rencontrer Jacques Lanzmann, homme de gauche, écrivain talentueux, en 1965. Les deux hommes forment un duo exceptionnel dont le premier succès se nomme « Et moi, et moi, et moi. » La carrière de Dutronc est alors lancée. Il devient un anar de droite dénonçant les dérives de la société consumériste. 

Les formules sont percutantes, les paroles indémodables. Citons « L’Opportuniste » (1968) : « Il y en a qui contestent/Qui revendiquent et qui protestent/Moi je ne fais qu’un seul geste/Je retourne ma veste/Toujours du bon côté ».

Françoise Hardy et lui

Grâce à de nombreux témoignages inédits, Frédéric Quinonero parvient à cerner la personnalité du chanteur, plus complexe qu’il n’y paraît. Celui de Françoise Hardy est particulièrement éclairant. Les deux artistes débutent une relation en septembre 1967. Durant six ans le couple ne fait que se croiser. Une situation qui déplait à Françoise, trop dépendante du garçon. Ils ne vivent pas ensemble, se voient une à deux fois par mois, une semaine dans le meilleur des cas. Le couple, malgré des hauts et beaucoup de bas, finit par avoir un fils, Thomas, en 1973. Ce dernier signe une pétillante préface à cette biographie. Jacques accepte d’emménager avec Françoise un an après la naissance de Thomas. Cerise sur le gâteau : chacun possède son propre étage. Jacques est infidèle, il blesse Françoise. Ce qui la sauve : chanter sa peine. L’un de ses plus célèbres textes, écrit avec Michel Berger, étant « Message personnel » puisque la partie parlée évoque sa douloureuse relation avec Jacques. Le couple se marie néanmoins en 1981. 

La séparation est officielle en 1988 quand Françoise tombe amoureuse d’un autre homme. Les deux artistes sont pourtant toujours mariés. Françoise confie à Quinonero : « Aujourd’hui notre relation s’est apaisée, et il y a encore beaucoup d’amour et une infinie tendresse entre nous. » Comme l’écrit Marguerite Yourcenar : « Il y a entre nous mieux qu’un amour : une complicité. »

Dutronc vit en Corse avec Sylvie, sa compagne depuis vingt ans. Il regarde les chats et les arbres. « Par moments, je me laisse un peu aller. Il me faut du courage pour reprendre le dessus », confie-t-il en mâchouillant son havane. Il manie toujours l’ironie douce-amère. Sinon la vie serait insupportable, même sous le soleil méditerranéen.

Allez, je vais me faire plaisir!

C’est une véritable épidémie! Insidieuse, elle frappe sans discernement. Si elle ne tue pas l’hôte, c’est bien la langue française qui est en danger de mort. Face à cette autre pandémie, pas de gestes barrières qui tiennent, nous sommes tous cas contacts.


Tous en sont atteints ! Je parle du virus destructeur de la langue française ! Ses symptômes : la pauvreté sémantique, les tics de langage, les fautes de « syntaxe » (non ce n’est pas une nouvelle chaîne YouTube), les liaisons maltapropos (il n’y a plus que dans Gala que cela prend un sens), l’accent tonique, le vocabulaire branchouille… La seule innovation à laquelle certains s’accrochent comme au radeau de la méduse, c’est l’écriture inclusive ! Là au moins on est tranquille : impossible de respecter le moindre accord grammatical ! Dorénavant, on ne mettra plus en marge des copies « dyslexique » mais « écriture inclusive », et le correcteur lâchera pour tout : top !

« Là, on est sur du lourd » ! Vous attendez la suite ? On part sur quoi ? Mais sur ce que vous voulez, le tout c’est de partir et d’être accompagné de votre interlocuteur, il faut être em-pa-thi-que, ensemble on vous dit ! Ainsi suis-je toujours troublée lorsque chez le kiné on me dit « on va se retourner maintenant », je me demande comment la séance va se poursuivre si le kiné me tourne le dos… Solidaire aussi la manucure qui me questionne sur le vernis à choisir « aujourd’hui on met du rouge ou on reste sur l’incolore ? » je regarde ses ongles d’un joli bleu. Elle conclura positive « alors au final on part sur le rouge ? ».

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Car ce qui structure notre pensée et encadre bien le déroulement de l’exposé c’est la précision « à la base », pour conclure par une chute qui ne laissera pas de doute : « au final » ; exemple : « A la base, je partais au bureau quand j’ai vu le bus passer, au final, je l’ai raté. »

Ces ponctuations verbales sont particulièrement prisées des ados et lorsqu’une expression leur plaît attendez-vous à une déferlante. Les parents commencent par protester puis la contagion gagne et ils s’appliquent eux-mêmes à bien intégrer l’expression, forcément ça rajeunit ! Les profs aussi imitent leurs élèves pas seulement pour les tatouages, le clouté, les jeans ou les fautes d’orthographe… mais aussi pour leur qualité d’expressions chiadées. Souvenez-vous du fameux « j’aime trop ça ». On a tenté de lutter contre le TROP qui perdait son statut de comparatif. Terminé, la France entière est passée au « c’est trop bien » … Même moi !

Et puis, il y a les amabilités, la bienveillance attentive inversement propositionnelle à l’agressivité croissante subie. Ainsi dans le secteur de l’hôtellerie, de l’esthétique, des voyages, on ne jure que par « le cocooning », on va vous chouchouter, on vous le promet, au spa, dans les salons, pour la déco de la chambre, c’est écrit sur le prospectus… promis, le personnel vous cocoonera jusqu’à la moelle, cette promiscuité affectio-sensorielle est « au final » assez répugnante, mais quand on aime on ne compte pas, c’est le client qui paie ! Et nous, « on kiffe grave » le cocooning.

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Pour marquer votre consentement : oui, est désormais une approbation misérable : yes, c’est déjà mieux mais moins bien que « ça marche » qui témoigne de l’énergie qui va être déployée pour s’exécuter, prendre le dossier qu’on vous tend… ou aller acheter le pain. Certains y verront peut-être l’influence d’un parti politique -ou l’inverse- ; aux militants de transformer l’essai en clamant « ça marche » à Macron à la moindre occasion. Un truc de ouf !

Vous avez passé de bonnes vacances ? Vous répondrez que « c’était que du bonheur » ce qui sublime vos vacances, implicitement cinq étoiles luxe.

Contents ? Les sportifs, les jeunes, les chanteurs…  Ils psalmodieront « je me suis fait plaisir » avec comme une allusion profonde à une forme de masturbation psychique. Les mêmes, s’ils participent à une quelconque compétition, jurent qu’ils vont tout déchirer grave, si vous doutez, ils vous rassurent, ils « ne lâcheront rien », et ensuite (quand ils ont raté) pas grave ils ont tout donné, le héros ajoute : « Le principal, c’est que j’me suis éclaté ». On est contents pour lui.

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La bouffe ? « A la base, c’est « gavé bon ». La profusion, elle, se traduit par « open bar » ! Ne croyez pas qu’il s’agît d’éthylisme avec promesse de boissons, il peut s’agir de l’armoire des fournitures au bureau ou de la garde-robe de votre copine, vous pouvez y aller : c’est « open bar » et gratos forcément.

Pour célébrer ce plaisir de l’appétit, on vous le souhaite et on vous le re-souhaite : « Bonne dégustation »… « Bonne continuation d’appétit »… En fait vous n’aviez aucune intention de « déguster » juste de vous nourrir. Devant une telle implication du personnel de restauration, on s’étonne en revanche que lorsque vous demanderez une carafe d’eau il vous soit répondu un : « pas de souci » triomphant ; en quoi pourrait-il donc y avoir un souci ? Quoique vous demandiez d’ailleurs et où que ce soit, on vous rassurera : pas de souci ! Ce qui peut s’interpréter si on développe le concept, par : « au final ça va le faire. » Rappelons pour votre bonne conscience écologique que vous vous limiterez à « manger local » ou à « manger bio » et de préférence sans gluten, dont l’humanité a ignoré jusqu’à récemment les atroces méfaits qui durent depuis des millénaires : Remarquez, « j’dis ça j’dis rien ! »

Il leur manque la parole

Si la communication animale permet de transmettre, entre individus de la même espèce, ce qui est vu, senti ou désiré, le langage humain est incomparablement plus ambitieux : il offre la possibilité de se faire l’interprète du monde. N’en déplaise aux antispécistes.


Nous savons que les chimpanzés – pour peu qu’on les y conditionne – peuvent se servir de plusieurs centaines d’unités significatives. Ils utilisent pour cela de grands tableaux dont chaque touche est identifiée par une icône. Lorsqu’ils appuient sur une des touches, le mot correspondant est automatiquement prononcé. Ils peuvent ainsi identifier des objets qu’on leur présente et parfois exiger qu’on les leur apporte. Durant ces quarante dernières années, un nombre assez considérable de recherches ont nourri des théories antispécistes, très en cour chez les bobos. Elles prétendent démontrer que, si les singes communiquent de façon plus rudimentaire que nous, c’est parce que leur organisation sociale n’en exigerait pas plus. Il suffirait alors qu’on leur apprenne un code non vocal (la langue des signes, comme par hasard), palliant leurs insuffisances phonatoires, et qu’on leur ouvre de plus vastes objectifs de communication pour qu’ils entrent « comme un seul singe » dans le cercle des êtres de langage.

Le génie du langage

La question que je veux poser est la suivante : Y a-t-il, ou non, un écart essentiel et irréductible entre le verbe humain et les modes de communication animale, aussi évolués soient-ils ? À cette question, je répondrai sans l’ombre d’une hésitation : oui ! Aucun des résultats de toutes les recherches que j’ai analysés n’a réussi à ébranler le linguiste que je suis. Cet écart n’est pas simplement d’ordre quantitatif. Quelles que soient les sollicitations auxquelles on les soumettra, quel que soit le nombre de signes qu’on leur inculquera, les animaux se contenteront de communiquer le reflet le plus fidèle et le plus immédiat de la réalité qu’ils perçoivent. La communication animale, dont il n’est aucunement question de nier l’existence, se limite en effet à transmettre ce qui est vu, entendu, senti ou désiré. Les abeilles, comme les grands singes, n’ont ni l’ambition ni les moyens d’évoquer un monde dont leurs sens n’attestent pas immédiatement et directement l’existence. En d’autres termes, ce que l’on appelle improprement « langage des animaux » est en fait un instrument qui ne peut que désigner, indiquer, avertir ou exiger. C’est certes plus que le geste qui pointe, mais en aucun cas une langue. Seul le langage possède le pouvoir, propre à l’humain, de créer un monde que jamais nos yeux n’auront vu ni ne verront. Le fait qu’un singe soit effectivement capable de mémoriser plusieurs centaines de signes de nature idéographique ou gestuelle, le fait qu’il soit capable d’en combiner certains, n’est qu’une performance de dressage et de conditionnement. La vraie question se pose à propos de ce qu’il ambitionne d’en faire, c’est-à-dire des enjeux qu’il est capable d’assigner à son instrument de communication. C’est sur ce point que l’écart avec l’être humain s’avère irréductible et essentiel.

Le propre de l’homme est d’avoir construit un instrument d’une folle ambition : permettre à l’homme et seulement à l’homme d’être l’interprète du monde et non d’en être le miroir fidèle ; et toutes les langues du monde témoignent de cette même ambition. Par la grâce du verbe, l’homme est ainsi du côté des créateurs et non des créatures. Le monde parlé n’est pas le monde perçu ; c’est le monde transformé par le pouvoir de l’intelligence humaine ; c’est un monde que l’homme soumet au pouvoir de sa pensée. Il le crée en le disant, il n’en rend pas un compte exact. Le génie du langage, c’est qu’il permet de transmettre tout ce que les imaginations déchaînées des hommes osent évoquer. Penser et dire se confondent, dans un même élan pour libérer l’homme de la dictature des évidences : « je parle, donc je suis » s’oppose au « j’agis, donc je suis » des bonobos. Le langage donne ainsi à l’homme le pouvoir d’aller contre le constat, préférant l’explication (l’expression de la pensée) à la contemplation (la description du perçu). Il élève l’homme au-dessus de sa condition.

Atteindre l’universel

Les hommes, seuls, peuvent ainsi dire ce qui est vrai partout et toujours. Ils accèdent ainsi à l’infini que leur nature animale, par ailleurs, leur interdirait. Ainsi, quand on dit « si on lâche une pierre, elle tombe » ou « lorsqu’on lâche une pierre, elle tombe » ou encore « une pierre tombe pour peu qu’on la lâche », on pose le principe qu’un lien de cause ou de conséquence constant et prévisible, libéré de la conjoncture, unit ces deux processus. Ce qui est affirmé est vrai ici et ailleurs, maintenant, hier et demain ; dégageant ainsi la vérité scientifique de la « gangue » du ici et maintenant pour lui faire atteindre le partout et le toujours. Ainsi la loi de la gravitation universelle selon laquelle deux corps quelconques s’attirent avec une force proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de leur distance s’impose-t-elle aussi bien au caillou qu’on lâche qu’à la force qui maintient la Lune en orbite autour de la Terre. Tout au long de sa genèse, le langage a servi avec le plus grand dévouement la volonté des hommes tentant de dénouer, nœud après nœud, les secrets de la genèse et du fonctionnement du monde. Dépassant le constat ou la banale description, les hommes par la parole et l’écriture ont combattu la tyrannie de l’« immédiat visible ». D’un dialogue respectueux et exigeant, porté par une langue puissante et précise, ont ainsi émergé des conclusions, certes provisoires, mais qui ont fait la richesse de l’intelligence collective ; car c’est bien la construction d’une intelligence collective qui fut et reste le projet des hommes, et seulement des hommes. C’est aussi le langage et l’écriture qui ont permis la création des récits fondateurs, profanes ou sacrés, qui furent autant de réponses à la conscience douloureuse de l’homme d’être et de devoir un jour n’être plus.

Alain Bentolila, Nous ne sommes pas des bonobos : créateurs et créatures, Odile Jacob, 2021.

Mois décolonial à Grenoble: crétins des Alpes

Le « mois décolonial » aura lieu à Grenoble courant juin. L’événement est co-organisé par des associations locales. Le logo de la ville de Grenoble est présent sur l’affiche de l’événement, mais celle-ci a demandé qu’il en soit retiré.


Du 10 au 30 juin 2021, un événement majeur va se dérouler dans la ville d’Éric Piolle. Le “Mois décolonial”, soutenu par des associations locales et la ville de Grenoble, Sciences Po et l’Université Grenoble Alpes, recevra des invités prestigieux, entre autres : Saïd Bouamama, cofondateur du Mouvement des Indigènes de la République (précurseur du PIR), co-auteur d’un livre intitulé Nique la France – Devoir d’insolence ; Taha Bouhafs, journaliste / activiste très apprécié de Mediapart, d’Éric Coquerel ou de Danièle Obono, qui a qualifié d’“Arabe de service” la syndicaliste de police Linda Kebbab et qui soutient Assa Traoré ; Rokhaya Diallo, militante antiraciste, féministe, pour les camps décoloniaux et les réunions non-mixtes mais contre l’utilisation d’anciennes affiches dégradantes pour les Noirs (type publicité Banania), sauf quand c’est elle qui les utilise (contre Rachel Khan qui critique, justement, la pensée décoloniale).

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Les thèses décolonialistes en vogue à la fac

Que ce “mois décolonial” soit soutenu par l’Université de Grenoble et par Sciences Po Grenoble souligne l’avancée des thèses décolonialistes dans ces lieux qui tentent péniblement de donner aux théories les plus fumeuses sur le décolonialisme, mais aussi sur le féminisme, le racisme ou la théorie du genre, l’aspect d’un travail honorable, au lieu de transmettre de véritables savoirs. Le vernis de sérieux qui recouvre ces paresseuses théories pseudo-révolutionnaires est assez mince. C’est que le concept principal est d’une grande simplicité : les hommes blancs occidentaux, après avoir dépouillé leurs anciennes colonies, ruiné la biodiversité, réduit à moins que rien les femmes, continueraient d’appliquer aujourd’hui les méthodes racistes, sexistes et colonialistes d’antan pour dominer les femmes, la nature, les descendants des anciennes colonies ou les actuels migrants venus s’installer en France.

“L’intersectionnalité” des causes permet d’appeler à la rescousse une multitude de “victimes” soi-disant ostracisées à cause de leur sexe, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, de leur religion, voire de leur surpoids, de leur accent ou de leur handicap, et de cibler un seul adversaire. Dans un mélange des genres qui masque difficilement le vide des idées, on voit ainsi se tenir des colloques décolonialistes avec un peu d’écologie ou de féminisme, des réunions féministes avec un zeste d’antiracisme ou d’écologie, des symposiums écologistes avec une pincée de féminisme ou de combat contre l’islamophobie, etc. Nombre de sociologues de troisième zone ou de Paris 8 participent à ces colloques. Très régulièrement, des représentants de LFI ou d’EELV traînent dans les parages de ces réunions.

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Les ambassadeurs de ces alliances douteuses ont décidé de faire gober les thèses les plus bêtes et, pour ce faire, utilisent tous les artifices. Par exemple, ils écrivent tous en… écriture inclusive, laquelle, censée féminiser la langue, fonctionne ici comme un signe de reconnaissance, ou le code d’entrée du digicode de l’immeuble des crétineries à la mode. Françoise Vergès, championne du monde des décolonisations à tout-va, fait en ce moment des prouesses dans ce domaine : « Alors pourquoi les esclaves étaient-iels toustes noir.e.s? », twitte-t-elle le 15 mai. Puis, le 25 mai : « Éboueurs, femmes de ménage, balayeurs : celleux qui nettoient le monde, sans qui rien ne fonctionnerait, mais qui sont sous payé.e.s, exploité.e.s se révoltent !!! » Plus inclusif, tu meurs !

Monde ancien contre monde nouveau

Le projet du « mois décolonial » grenoblois est présenté sur le site de l’association Contre-Courant (association étudiante de Sciences Politiques). Il y est question d’un monde ancien (celui des privilégiés, des dominants, des Blancs…) et d’un monde nouveau en gestation (celui d’après la libération de tous les dominés, en particulier les “racisés”). Les promoteurs de l’événement annoncent qu’ils s’attacheront « à déconstruire l’imaginaire post-colonial » (sic). Les thèmes proposés donnent une idée du travail de déconstruction à la pelleteuse envisagé : Décolonisons les arts (je renvoie à mon papier sur David Bobée), Décolonisons les savoirs, Écologie décoloniale, Féminisme, Racisme systémique, Violences policières, etc. Faisant cacophoniquement allusion aux Printemps arabes, à Black Lives Matter ou à Fridays For Future, il est écrit : « Partout dans le monde, les peuples expriment leur désir d’émancipation, de liberté, de renouveau et d’égalité. Partout, cette énergie stimulante et cette dynamique salutaire sont confrontées aux postures défensives d’une minorité bien assise, arc-boutée sur ses privilèges hérités d’un autre âge. »

Un militantisme politique

Il est évident que le déconstructionnisme tous azimuts, l’antiracisme à la manière de Thuram et Diallo, le décolonialisme et l’islamo-gauchisme marchent main dans la main et ont envahi les amphithéâtres. Les “académo-militants” (Nathalie Heinich) (dé)forment les journalistes, les enseignants, les représentants politiques, les élites de demain. L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires note que les termes de décolonialisme, genre, islamophobie, intersectionnalité, etc., sont présents dans une part de plus en plus importante des thèses et des colloques universitaires (50% du corpus !). Aucun savoir n’est transmis dans ces derniers, aucune neutralité axiologique (Max Weber) ne préside à l’élaboration de ces thèses, il n’est question que de militantisme politique et de transformation révolutionnaire du monde. Il suffit de jeter un œil sur les différents “travaux” sur le genre, le racisme ou le décolonialisme d’une université comme Paris 8 pour voir très exactement ce qu’entend par “contributions académiques” le sociologue Éric Fassin.

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Au milieu de ce marasme, une petite éclaircie : sur le site appelant à contribution pour financer ce “mois décolonial”, à l’heure où nous écrivons ces lignes, seuls 14 donateurs ont réuni en quinze jours la somme de… 225 euros. Les Français ne sont pas tous devenus fous. Il est probable que nombre d’étudiants de Grenoble éviteront comme la peste ce “mois décolonial”. C’est la raison pour laquelle leurs aînés ne doivent pas baisser les bras, doivent montrer l’exemple et rester à leurs côtés pour combattre ces idéologies. « Le combat contre l’obscurantisme implique une résistance permanente au chant des sirènes du grégarisme, qui paralyse la pensée et remplace l’esprit critique par le ressassement des dogmes en cours. […] on doit faire preuve d’un certain courage pour refuser publiquement cette médiocrité habillée de paillettes », écrit Pierre-André Taguieff dans son excellent livre L’imposture décoloniale. De son côté, notre ami québécois Mathieu Bock-Côté en est convaincu : « La France résiste ! » Ne le décevons pas.

Loi Taubira: l’histoire en noir et blanc

Depuis vingt ans, la « loi Taubira » est le cadre légal de la haine des Blancs. En choisissant de taire les traites africaines et musulmanes, elle stigmatise les seuls Européens pour communautariser la mémoire de l’esclavage. Le cri d’alarme d’un affranchi.


Le 21 mai 2001, la France promulguait la loi reconnaissant la traite et l’esclavage pratiqués par les Européens contre les populations africaines comme crime contre l’humanité, dite « loi Taubira ». Pour le vingtième anniversaire de cette loi, quelques universitaires et militants expliqueront qu’elle a été une grande avancée : elle aura permis de parler de l’esclavage, il y a eu plus de thèses, la date du 10 mai a été instaurée et une centaine de commémorations organisées çà et là… Oui, certes, mais pour l’essentiel, ces initiatives sont restées confinées à des milieux initiés et des publics limités. Face à un bilan maigre en résultats probants, la loi a surtout eu pour effet de créer un climat sociétal désastreux sur la question de la mémoire de l’esclavage.

Crime contre l’humanité à la tête du client

Y a-t-il une différence entre un esclave qui meurt à la tâche dans une plantation aux Antilles, un autre qui tombe d’épuisement dans une galère en Méditerranée, et un autre qui, castré, agonise vidé de son sang au Moyen-Orient ? Tout esprit sain condamne sans la moindre distinction ces traitements inhumains ! La loi Taubira établit pourtant une hiérarchie dans l’horreur. Si l’esclave est noir africain et l’esclavagiste blanc européen, alors il y a bien crime contre l’humanité. Mais si l’esclave est noir et l’esclavagiste arabo-musulman ou si l’esclave est blanc catholique et l’esclavagiste arabo-musulman ? Pas de crime, donc pas de cérémonie officielle, pas d’enseignement à l’école.

La criminalisation de la seule traite transatlantique européenne à l’exclusion des traites arabo-musulmanes ou barbaresques, tout aussi meurtrières ou cruelles (sans compter les autres traites humaines qui préexistaient à l’esclavage moderne), est une tache indélébile sur cette loi de 2001. Si le crime contre l’humanité est fonction de la couleur de peau et de la religion de l’esclave et de l’esclavagiste, alors il ne peut y avoir de mémoire apaisée et partagée. Au contraire, la stigmatisation des seuls Européens ne peut que susciter le rejet de ce texte.

Pourquoi les Provençaux, Corses, Languedociens, Catalans qui ont vécu dans la hantise des raids et de l’esclavage des Barbaresques pendant trois cent cinquante ans seraient-ils obligés de commémorer la traite négrière transatlantique, dans laquelle ils n’ont quasiment pas été impliqués (seuls 2 % des expéditions négrières françaises sont parties de Marseille), alors que des centaines de milliers d’entre eux ont eu des ancêtres déportés et morts dans les geôles et galères des beys de Tunis, d’Alger ou de Tripoli ?

La réponse de Madame Taubira est sans ambiguïté : s’il est préférable de passer sous silence la traite négrière musulmane, c’est pour que les « jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes », déclarait-elle dans L’Express du 4 mai 2006. On l’aura compris, il faut a contrario dénoncer les traites occidentales pour que les jeunes Blancs portent tout le poids des méfaits de leurs ancêtres. Dans ces conditions, des milliers de municipalités ont refusé de s’associer à une mémoire partielle, partiale, accusatoire et racialisée. Et elles ont eu bien raison.

Quelques vérités qui fâchent les amis de Christiane Taubira

Contrairement à la légende, la loi de 2001 n’est pas l’acte fondateur d’une renaissance mémorielle, l’histoire de la traite et de l’esclavage n’ayant jamais été occultée auparavant. Les principales initiatives mémorielles existaient depuis longtemps dans les territoires (Nantes, La Rochelle, les sites de l’est de la France, en outre-mer…), et on n’en a guère vu apparaître de nouvelles depuis la loi. Celle-ci est née de la grande contestation mémorielle du printemps 1998 : plus de 40 000 Ultramarins manifestent à l’initiative de quelques associations. Un peu plus tard, un premier projet de loi est proposé par Bernard Birsinger, puis par les députés de la Réunion Huguette Bello, Claude et Élie Hoarau.

Christiane Taubira ne participe en rien à cette mobilisation. C’est seulement en février 1999 qu’elle s’invite dans le débat avec un nouveau texte. Il a largement été inspiré et co-écrit par le Collectif des filles et fils d’Africains déportés (Coffad), organisation extrémiste dont la vice-présidente est une ancienne porte-parole du Parti des indigènes de la République et une ancienne colistière de Dieudonné aux législatives, celui qui se plaît à accuser les juifs d’être responsable de la traite négrière. Au demeurant, la loi Taubira a été acclamée à la conférence mondiale de l’ONU à Durban par les mouvements obsédés par la lutte contre « l’ennemi sioniste » qui ont fait de cette réunion dédiée au racisme un sidérant festival antisémite.

Une mémoire « réservée » aux Noirs ?

À l’Assemblée nationale, la loi a été votée par 80 députés présents sur 577 soit 15 %, essentiellement ultramarins et communistes. On conviendra que cela ne témoigne pas d’un élan national. Dès le départ, il s’agit de satisfaire des revendications identitaires et régionalistes. Le comité pour la mémoire de l’esclavage issu de la loi est rattaché au ministère des Outre-mer. Dans les nombreuses réunions et auditions organisées, les Ultramarins sont très largement majoritaires, au détriment des acteurs métropolitains.

En 2014, plus de 120 élus de villes abritant des sites et lieux de mémoire liés à l’esclavage ont demandé que la cérémonie officielle du 10 mai devienne itinérante et se tienne chaque année dans un lieu différent. Le ministère des Outre-mer s’est violemment opposé à cette proposition, décrétant : « Il faut faire le 10 mai à Paris parce que c’est là qu’il y a le plus de Noirs. » Pas étonnant alors que de nombreux acteurs provinciaux aient déserté ce « bantoustan mémoriel ».

Entre autres effets pervers, la loi Taubira a ouvert la porte à une foultitude d’opportunistes boutiques mémorielles et entreprises identitaires : CRAN, SOS Racisme, Coffad, Comité du 10 Mai, CIPN, MIR, LDNA en ont profité pour envahir l’espace public avec toutes sortes de revendications.

On a assisté à une déferlante de buzz et happenings : procédures judiciaires contre l’État français pour obtenir réparation du crime de l’esclavage, propos outranciers ou plaintes contre le chef de l’État et des ministres pour crime et recel de crime contre l’humanité, menaces de procès contre la Caisse des Dépôts pour le remboursement de la dette d’Haïti, poursuites engagées contre des entreprises accusées de s’être enrichies sous la colonisation, chantages exercés sur des descendants d’armateurs négriers, sommés de réparer en espèces sonnantes et trébuchantes le crime de leurs ancêtres sous peine de procès (cela s’apparente à une tentative d’extorsion de fonds et cela relève du pénal). On en arrive maintenant au vandalisme avec les destructions de statues.

La République rend hommage au… CON !!!

Le résultat le plus pathétique de cette loi : la journée de commémoration nationale du 10 mai qui se tient depuis 2006 dans les jardins du Luxembourg à Paris et dont le temps fort est le dépôt d’une gerbe par le président de la République ou le Premier ministre au pied d’une œuvre intitulée Le Cri, l’Écrit.

La loi Taubira n’a pu qu’exacerber l’agacement d’une opinion lassée par les mises en accusation et la repentance forcée

Elle représente trois anneaux de chaînes d’esclave : celui du dessus, brisé, symbolise l’abolition, le deuxième, fermé, l’esclavage et le troisième, à moitié enterré, les racines. L’ennui, c’est que n’importe quel quidam passant devant le monument voit apparaître clairement, écrit de haut en bas, le mot « con » ! On peut faire crédit à l’artiste de n’avoir pas vu ce qu’il faisait. Reste que, chaque année, un des plus hauts représentants de l’État s’incline devant un monument au CON. Une humiliation pour la République et pour les Ultramarins : non seulement le martyr de leurs ancêtres est commémoré par une statue involontairement ridicule, mais elle se trouve au Sénat qui poussa Napoléon à rétablir l’esclavage dans toutes les colonies et pas seulement dans certaines en 1802.

Une mémoire qui fracture les acteurs, les territoires et la société

La loi Taubira est le produit de choix idéologiques conjugués au clientélisme communautaire : elle a concédé la mémoire de l’esclavage à un comité sans moyens, débordé par des entrepreneurs identitaires. Elle n’a pu qu’exacerber l’agacement d’une opinion lassée par les mises en accusation et la repentance forcée. Au nom de la nouvelle doxa qui veut que les Noirs aient été leurs propres libérateurs, les acteurs de l’abolition ont été évincés et la statue de Victor Schœlcher à la Martinique attaquée. La date du 10 mai a d’ailleurs été imposée par le lobby réparationniste contre la date du 27 avril, celle de la signature du décret d’abolition rédigé par Schœlcher, pourtant préférée par la quasi-unanimité des historiens et acteurs mémoriels. Par ailleurs, toutes les initiatives locales et régionales ont été sabotées. Enfin, on a évidemment assisté à la compétition des lobbys pour la lumière mémorielle, les Réunionnais ayant été, par exemple, largement marginalisés au profit des Antillais.

Et voilà qu’en prime revient la revendication de faire du 10 mai un jour férié. Cette idée loufoque née dans quelques cervelles névrosées ne répond à aucune demande. Du reste, elle est ridiculisée par les faits : en 2015, une pétition en ce sens avait recueilli 143 signatures. Une nouvelle, lancée en janvier 2021, et visant 100 000 signatures, en avait recueilli moins de 50 lorsque notre magazine de mai est parti à l’imprimerie.

Cela n’empêchera pas, ce 10 mai, comme les autres, nos dirigeants de faire de grands discours[1] sur cette merveilleuse loi de « réconciliation des mémoires » quand n’importe qui peut voir qu’elle a transformé le débat en nouveau procès de l’homme blanc.

[1] Le silence d’Emmanuel Macron cette année a été très mal pris par Christiane Taubira. NDLR

Ligue des champions culinaire: la France battue par les Anglais?

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La France serait-elle dépassée sur le terrain de la gastronomie par son voisin d’outre-Manche ? C’est du moins la thèse proposée par Jonathan Miller, conseiller municipal d’un village héraultais, dans un article publié dans la prestigieuse – et normalement très francophile – revue londonienne, The Spectator. Il a gracieusement consenti à ce que les lecteurs de Causeur puissent soupeser ses arguments, avant que la fin de la pandémie ne nous permette d’aller juger sur place à Londres…


Il y a 50 ans, la nourriture au Royaume-Uni était tout simplement mauvaise – il n’y a pas d’autre mot. Seuls les snacks Wimpy offraient un endroit où l’on pouvait décemment inviter sa petite amie. Le fish and chips représentait le fin mot en matière de plats à emporter ; à défaut de trouver un chippy dans le coin, il vous restait – si vous aviez de la chance – un paquet de chips (« crisps » ) au pub. Tout ce qui était français, que ce soit le pain, le vin, le fromage, les restaurants, les bistrots, les cafés… était tout simplement meilleur – il n’y a pas d’autre mot.

La République de la malbouffe!

Aujourd’hui, la situation s’est inversée : le Royaume-Uni est le pays de l’innovation culinaire, toutes les cuisines du monde y sont représentées, déconstruites et réinventées. Lors de la réouverture post-Covid, malgré les nombreuses faillites provoquées par la pandémie, le pays était prêt à rebondir grâce à la diversité (non intersectionnelle) et à la qualité de son offre culinaire : pubs dits gastronomiques (« gastro pubs »), petits restos du coin, cuisine ethnique, bars à tapas, artisans boulangers faisant du pain au levain, sushis végétariens, cafés fusion asiatiques, falafels de Jérusalem… le tout arrosé de vins provenant de tous les coins du monde – y compris du Surrey. En revanche la France, qui a rouvert les terrasses de ses restaurants la semaine dernière, donne une impression du pareil au même : la tradition des grands gourmets s’est endormie ; chaque région, autrefois si distincte, est maintenant dominée par des chaînes de fastfood monolithiques. Le réalisateur de cinéma Jacques Goldstein résume bien la situation : la France est devenue « la république de la malbouffe ».

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Trop de brasseries françaises traditionnelles sont devenues de simples théâtres qui font semblant d’être des restaurants. Elles servent du pot-au-feu sous vide fourni par des sous-traitants industriels dirigés fatalement par des fonds d’investissement américains. La nourriture est réchauffée par un technicien de cuisine payé au salaire minimum. Le service est du même niveau que la nourriture. Il n’y a jamais assez de serveurs parce que le code du travail rend très chère l’embauche du personnel. Étant donné les heures d’ouverture limitées et parfois même imprévisibles, il n’est pas toujours évident de trouver un restaurant ouvert. Venez dans mon village et essayez d’en trouver un ouvert à 13h30 pour le déjeuner. Vous allez mourir de faim.

Français, ne me lynchez pas!

Le déclin de la cuisine française a suivi exactement la même courbe que le déclin de l’économie du pays au cours des 40 dernières années. L’heure de la grande réouverture des terrasses aurait dû signaler une véritable renaissance après des mois de privation culinaire. Mais la manie de l’État français de tout sur-réglementer a gâché la fête. Des règles tout juste compréhensibles ont été imposées pour la distance entre les tables et les limites d’accueil du public permissibles. Les charges sociales restent toujours aussi élevées, le niveau des impôts punitif et l’inflexibilité concernant les heures de travail draconienne. Voilà de quoi décourager toute personne qui envisagerait d’investir dans le secteur de la restauration. Toutefois, ce n’est pas l’État qui impose aux restaurateurs des menus aussi prévisibles que les heures d’ouverture sont  imprévisibles. Le consommateur français a lui-même une part de responsabilité pour ce manque d’ambition dans la mesure où sa curiosité s’étend rarement au-delà des steak-frites, cassoulet ou confit de canard habituels. Les Français qui ne sont pas issus de l’immigration apprécient insuffisamment les arômes culinaires en provenance de leurs anciennes colonies, alors que les Britanniques, sans se poser de questions, se sont approprié les cuisines – et les chefs de cuisine – de leur ancien empire.

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Le grand âge d’or de la cuisine française était le produit de grands chefs, que ce soit Georges-Auguste Escoffier, Paul Bocuse ou votre grand-mère. Ses gloires ont inspiré un genre littéraire, de la Physiologie du Goût, de Jean-Anthelme Brillat-Savarin à Bon vivant ! (en anglais, Between Meals) de l’Américain, A. J. Liebling, correspondant parisien du New Yorker et gourmet remarquable. Il y a toujours de bonnes tables en France, mais il faut avoir un portefeuille bien garni ou bien il faut savoir exactement où chercher. Au sommet de la pyramide, on trouve les temples consacrés par le guide Michelin où on peut s’attendre à une facture de 200 à 300 euros par personne, si on limite sa consommation en vin. Ne voulant pas être lynché dans ma propre commune, j’avoue qu’on peut bien manger dans de nombreux cafés de village. Et pour les initiés, on trouve de temps en temps des pépites comme le minuscule restaurant bien caché dans un village près de chez moi en Occitanie. Le mari est en cuisine, sa femme en salle. À eux deux, ils produisent des miracles dans une assiette au tiers du prix d’un repas équivalent à Londres. Évidemment, par discrétion, je ne révélerai ni son nom ni où il se trouve. Mon argument est cependant que c’est une exception.

McDo, pizzas, kebabs…

Faisons appel à l’objectivité des chiffres. Ils nous révèlent que McDonald’s est la plus grosse chaîne de restaurants en France, servant un million de hamburgers par jour dans ses 1 442 établissements. Même pendant le confinement, McDo a continué à les servir dans les centaines de McDrive, provoquant ainsi d’énormes embouteillages, les clients désespérés attendant jusqu’à trois heures pour être servis. Les restaurants à pizzas et à kebabs sont très importants ici, bien que le modèle commercial soit basé sur des milliers d’indépendants et non sur une  chaîne géante. On trouve un camion à pizzas dans tous les villages. La pizza, pour rester charitable, est souvent une horreur faite avec une mauvaise farine et un fromage inadapté, l’emmental remplaçant la mozzarella. La pizza est meilleure à Nice où il y a beaucoup d’Italiens. Depuis 20 ans, le kebab progresse inéluctablement et est très apprécié dans les cités. Gira Conseil, un organisme de consultants estime que 360 millions de kebabs sont vendus par an en France. On peut toujours manger chez soi, mais les repas traditionnels en famille sont en train d’être supplantés par les repas réchauffés au micro-ondes de chez Picard, le vendeur de produits surgelés qu’on trouve partout. J’ai été invité à des dîners somptueux en France, mais également à d’autres qui ne seraient pas dignes d’un repas anglais.

« Fish and chips » Photo d’illustration Unsplash

Avec la publication de la version française de cet article, je risque d’avoir des ennuis. Je dis du mal de la France, mais je refuse de présenter des excuses. Les Français ont eu tort de se reposer sur leurs lauriers culinaires sans voir que le reste du monde était en train de les rattraper. Je ne prétends pas que la nourriture britannique soit toujours géniale. Le Royaume Uni a lui aussi des McDonald’s et des kebabs. Mais le fish and chips, aujourd’hui populaire à Paris, ne représente plus l’alpha et l’oméga de la gastronomie anglaise.

Source: The Spectator

Deux managers sur trois observent une immixtion du phénomène religieux dans leur entreprise

Une récente étude de l’institut Montaigne sur la pratique religieuse en entreprise inquiète. Alors que l’on se déchire autour du séparatisme, cette étude révèle la forte progression du fait religieux rigoriste en entreprise et son origine majoritairement musulmane. Les secteurs les plus atteints sont les transports, le BTP, la logistique et la sécurité.


Devant son augmentation et les problèmes qu’il pose aux Français, le phénomène ne pourra plus être ignoré longtemps. Même du bout des lèvres, les instituts de données statistiques reconnaissent la forte augmentation du « fait religieux en entreprise ». C’est notamment le cas de l’institut Montaigne avec son baromètre annuel, dont le titre se veut cette année rassurant « Religion au travail, croire au dialogue », alors qu’il révèle que deux répondants sur trois ont déjà observé de tels phénomènes. L’étude interroge 25 000 cadres et managers.

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Pour l’auteur de l’étude, Lionel Honoré, directeur de l’observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), le prosélytisme se retrouve beaucoup chez les pratiquants évangéliques, mais il doit bien reconnaitre que la plupart des manifestations « les plus problématiques et dysfonctionnelles » proviennent des employés musulmans. Alors si certains tentent d’expliquer le phénomène par le caractère bien plus ostentatoire de cette religion (que ce soit dans la vêture, l’apparence, et par le grand nombre de pratiques obligatoires qu’elle implique), ne s’arrêter qu’à cette unique explication reviendrait à nier la tentation prosélyte (et la pression sur les employés musulmans non pratiquants) de cette religion, et les nécessaires revendications sur le lieu de travail qu’une pratique rigoureuse entraîne.

De vraies difficultés

Certes, la majorité des pratiques relevées ne pose fondamentalement que pas ou peu de problèmes, mais le reste soulève de vraies difficultés. Il est notamment question de relations avec les femmes, de revendications pour user des locaux de l’entreprise pour prier, de signes ostentatoires, ou, plus anecdotique mais révélateur du fossé qui peut se creuser et de l’incompréhension mutuelle qui peut régner, de l’usage des sanitaires. Le patron d’une entreprise témoigne ainsi dans le Figaro les trouver inondés à répétition par les copieuses ablutions rituelles ! À en croire les forums où se retrouvent les salariés musulmans discutant de ces questions, la majorité recherchent la discrétion et sacrifient volontiers leur emploi à leurs pratiques. Mais il suffit d’une petite minorité aux grandes revendications pour rendre visible le problème.

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Alors pour certains, expliquer, comme le fait Lionel Honoré, que les difficultés sont plus visibles avec la religion musulmane, du fait de la plus grande importance des signes extérieurs, est insuffisant. C’est ce qu’affirme Adel Paul Boulaud, auteur du livre « Le Tabou de l’entrisme islamique en entreprise. Guide du Manager » dans lequel il dénonce l’entrisme d’une partie des salariés musulmans qui poursuivent une politique délibérée de communautarisation. En fait, on pourrait parler de séparatisme, presque physique, avec des endroits et des créneaux différents, voire de stratégie de conquête. Des radicaux cherchent à adapter l’entreprise à la religion, avec mille exigences impossibles (comme ne pas vouloir livrer de l’alcool et du porc alors que l’employeur est… un transporteur). Cela peut créer un climat délétère. Car au-delà de la question des relations avec les femmes, il ne faut pas oublier les autres employés, de culture musulmane, soumis à la pression de leurs collègues ou supérieurs bien plus pratiquants. En suivant le ramadan scrupuleusement ou en portant le voile ils signalent – même malgré eux- aux autres qu’ils ne sont pas de « bons musulmans ». Ce problème est exacerbé lorsque la proportion de salariés musulmans est très élevée. C’est le cas dans un certain nombre de métiers, souvent à forte demande de main d’œuvre peu qualifiée, comme la maintenance, la logistique, la sécurité ou les transports. Dans ces derniers, particulièrement à la RATP, le phénomène est très important et fait l’objet d’une attention toute particulière dernièrement suite à de nombreuses polémiques, notamment de par le caractère public de l’entreprise, qui doit donc assurer une certaine neutralité.

La peur des patrons

Si les instituts et les responsables politiques peuvent encore avoir du mal à le reconnaître, les patrons, eux, sont en première ligne. Depuis l’affaire de la crèche Baby-Loup, les patrons confrontés à ces problématiques se font accompagner juridiquement à toutes les étapes, pour éviter de coûteuses condamnations, et privilégient, quand ils le peuvent, la négociation, et, surtout, les accommodements. Dans le cadre juridique en place, on indique bien qu’il faut rester sur ce terrain et ne pas entrer dans une querelle théologique. Mais face à leur impuissance et au nombre croissant de salariés musulmans, la stratégie choisie par la force des choses est celle des renoncements, ce qui fait craindre un empiètement progressif.

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Pour éviter cela, certaines entreprises utilisent la pratique – illégale rappelons-le – de la discrimination à l’embauche. D’autres rédigent des chartes et des clauses pour fixer leurs “valeurs” et les règles concertées de conduite au sein de l’entreprise. Mais face aux rapports de force dans certains lieux de travail et entreprises, celles-ci, d’une très faible valeur juridique, se révèlent souvent inefficaces sur le terrain.

Macron: le cynisme tranquille

L’opération de communication à destination de la jeunesse sur YouTube d’Emmanuel Macron avec McFly et Carlito est un pas de plus dans la ridiculisation de la fonction présidentielle. Elle ne peut être excusée par les errements de ses prédécesseurs. Plutôt que de rendre la fonction « cool », un peu de grandeur servirait plus à la France, selon Philippe Bilger.


Je n’ai pas l’intention de gloser à nouveau sur la pantalonnade élyséenne ayant réuni le Président, MacFly et Carlito. Si elle a peut-être amusé une certaine jeunesse de 15 à 23 ans, elle a certainement détourné encore davantage des citoyens de tous âges de la politique et de celui qui a été choisi en 2017 pour avoir l’honneur de nous représenter. Plus gravement, je me demande quel crédit des monstres sacrés de la vie internationale – par exemple Poutine, Erdogan, Khamenei – accorderont à un président capable de ruiner sa réputation et son influence dans les rapports de force avec de telles légèretés.

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Je voudrais aborder autrement cet épisode et m’interroger sur les responsabilités présidentielles qui, après le mandat écourté de Georges Pompidou, ont peu ou prou banalisé, avec certains comportements pour le moins discutables, voire vulgaires, ce qu’on était en droit d’attendre de nos chefs d’État et de l’allure que leur fonction requérait. En effet, au cours des débats concernant cette péripétie qu’on croit excuser en la qualifiant de ludique, on m’a répliqué principalement que tous les présidents avaient commis des agissements similaires et que par conséquent il ne fallait pas s’indigner de ce présent à cause du passé et que la sagesse civique était de relativiser.

Concours des indécences

Je ne contesterai pas que, s’il y avait un concours des indécences, provocations, détournements et scandales présidentiels, aucun de ceux que je vais nommer n’aurait été mal placé dans des registres différents. Que ce soit François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et notre président en lice pour 2022, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de rappeler les hauts faits de ces messieurs, ils demeurent dans la mémoire collective. Emmanuel Macron pourrait ne pas être éloigné de la première place avec cette photographie aux Antilles où il est encadré, très souriant, par deux voyous torse nu et dont l’un fait un doigt d’honneur.

©Twitter/DR

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Ce qui est anormal, dans notre République, est qu’on considère ce délitement comme une fatalité, cette dégradation de la majesté du pouvoir comme une obligation pour « faire jeune », favoriser le rapprochement avec les citoyens. Alors que le gouffre est aussi grand entre cette démagogie et la vraie simplicité qu’entre, par exemple, Jean-Marie Bigard et Alain Finkielkraut.

Les errements des prédécesseurs ne sont pas des justifications

Cette manière pour les présidents – chacun bénéficiant de l’indulgence ou du sourire tolérant accordé au prédécesseur – de s’inscrire, pour le pire, dans le fil du temps, révèle un aveuglement délibéré, un cynisme tranquille, une désinvolture royale pour continuer à profiter de dérives insupportables. Elles ne deviennent pas légitimes à force d’avoir été pratiquées contrairement à la justification paresseuse de chaque monarque républicain. Ce nouveau monde promis par Emmanuel Macron, le temps d’un verbe de candidat, n’aurait-il pas été bienvenu au cours de ces années ?

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Était-il donc inconcevable qu’un président, saisi par l’abaissement structurel de la morale et de la dignité publiques, le culte des abus et privautés s’appropriant les droits en reléguant les devoirs, le mépris des apparences, et jugeant résistibles ces processus délétères, s’écriât un jour : « Un président ne devrait pas faire ça » et marquât un heureux et brutal coup d’arrêt dans le laxisme du pouvoir élyséen ?

Une nécessaire dignité

Je n’ai aucun moyen de démontrer la pertinence de mon intuition et je crains fort qu’elle relève de ces songes auxquels les sujets ont le droit de se livrer pour se consoler des maîtres, mais je suis persuadé que s’accorder avec la hauteur non seulement ne ferait rien perdre mais tout gagner. La tenue paie toujours. C’est mépriser le pays que de s’imaginer qu’il a besoin d’un « président cool » – Olivier Faure a raison sur ce plan – et qu’il aspire à des intervalles histrioniques non seulement médiocres mais, pire, contradictoires : quel rapport entre eux et la leçon justifiée donnée à un adolescent qui aurait dû l’appeler « monsieur le président »!

Un président ne devrait pas faire ça. C’est trop tard pour Emmanuel Macron mais le suivant peut-être, qui sait ?

Jean-Pierre Obin dans le viseur des antiracistes

Dans les colonnes des Cahiers pédagogiques, l’ancien inspecteur de l’Éducation nationale est pris à partie par un formateur académique qui l’accuse – trop vite – de sous-estimer la formation à la laïcité du corps enseignant.


Le 10 mars, Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l’Éducation nationale et auteur du fameux « rapport Obin », était auditionné au Sénat dans le cadre de la « loi séparatisme ». Il a notamment souligné que, depuis l’écriture de Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école, la situation a encore empiré. Il n’en a pas fallu plus pour que le sang d’un « formateur académique » de l’Inspe (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) d’Aix-Marseille ne fasse qu’un tour.

Dans une tribune intitulée « Misère du débat public sur l’école », parue dans la revue Les cahiers pédagogiques, ce professeur s’est indigné que l’ancien inspecteur ose prétendre que l’école soit « menacée par le fondamentalisme de certains élèves » et l’accuse d’avoir « les élèves musulmans français dans le viseur ». Ce n’est pas tout. Jean-Pierre Obin n’aurait même pas eu un mot, ô sacrilège, pour « les recherches empiriques récentes menées sur le sujet des religions ou de la laïcité en milieu scolaire ».

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Enfin, l’insolent inspecteur a eu l’audace de suggérer d’«améliorer la formation à la laïcité des enseignants et chefs d’établissements ». La goutte de trop ! « On le comprend, il s’agit de mettre au pas la formation laïcité proposée par les Inspé », ironise le formateur, par ailleurs adepte de luttes pour les #mémoires et contre les #discriminations sur Twitter. Obin a répondu ensuite dans la même revue. « Tout compte fait, rarement un texte n’aura aussi bien illustré son titre », conclut-il dans sa réponse. Où en est-on dans ces fameuses « formations à la laïcité » ? À titre d’exemple, dans un Inspe situé au sud du Rhône, ladite formation pour les futurs enseignants du secondaire était sur toute l’année scolaire de… trois heures, ceci dans le cadre d’une journée portant également sur la « bienveillance » et les nouvelles technologies. Et un inspecteur à la retraite envisager de changer cela ? Face au mammouth à la dérive, le chevalier Obin va devoir redoubler d’efforts. 

L’enfance, cause toujours?

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Le devenir de nos enfants semble être devenu le cadet des soucis des décisionnaires politiques. Quand Facebook annonce réfléchir à la création d’un Instagram pour les enfants toutefois, il y a tout de même enfin quelques réactions inquiètes. Analyse


L’enfance n’est pas un âge de la vie. C’est un royaume. À son sujet, l’écrivain Mathieu Terence écrivit un jour cette phrase magnifique : « j’y aurai passé, quoi qu’il arrive, la moitié de ma vie ».

Dans une époque qui n’aime rien tant que les grandes causes et les questions d’avenir, l’enfance devrait être l’un de nos sujets de préoccupation. Bien sûr l’enfance malade, l’enfance handicapée, l’enfance maltraitée… Mais aussi, pour elle-même et sans avoir besoin de rien qui vienne l’accabler pour nous en soucier, l’enfance tout court…

Des signes inquiétants

Les violences inouïes et répétées commises par des adolescents ou de très jeunes adultes ne sont pas de simples faits divers à la marge de la société. Elles sont autant de signes extrêmes et tristement concrets d’un délitement singulier des instances par lesquelles les enfants entrent dans la vie et se construisent avec les normes qu’une société leur inculque. Depuis de nombreuses années, les lanceurs d’alerte n’ont pas manqué – psychiatres, psychologues, enseignants, éducateurs, parents, acteurs associatifs, etc. – pour exprimer l’inquiétude qui monte, la casse qui est en jeu et les causes qui devraient nous sauter aux yeux.

Les causes ? On les sait… La violence totalitaire des écrans, consommés sans restriction dès le plus jeune âge, le prisme délétère que ces derniers – qui sont tout sauf une fenêtre sur le monde dans ce contexte – offrent à des enfants ou à de jeunes adolescents, consommateurs addictifs et désœuvrés. Jeux vidéo toxiques, images violentes ou dérisoires, voyeurisme, emprises conversationnelles sur les réseaux sociaux… sont devenus leur quotidien. L’appauvrissement des rêves et des imaginaires, l’appauvrissement cognitif et culturel, l’appauvrissement de l’expérience de l’altérité, eux, sont bien réels.

Convoquons aussi, bien sûr, la désanctuarisation de l’école républicaine, victime de laxismes successifs, aussi bien sur les apprentissages, et ce qu’ils engagent de relation à l’autorité et à l’Histoire, que sur le respect d’un cadre de valeurs universelles et humanistes.

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Ces phénomènes structurels, couplés à une société dans laquelle la frustration n’a plus droit de cité, livrent le monde au régime des pulsions. Nous sommes la société dans laquelle les adultes font de la trottinette et où les enfants regardent du porno. Cette infantilisation par le haut, dans une société qui n’a que bienveillance et bien-être à la bouche, est le reflet inversé du phénomène. Platon dit de la démocratie extrême qu’elle traite les enfants comme des hommes et les hommes comme des enfants. Nous y sommes…

Des questions jamais à l’agenda et pourtant capitales

Dans Tocqueville et la nature de la démocratie, Pierre Manent évoque la nécessité de « modérer la démocratie ». Force est de de constater que les enfants sont devenus, à l’école et ailleurs, les premières victimes du dévoiement de l’égalité démocratique. Le constat s’applique d’évidence aux adolescents et aux jeunes adultes. En témoigne toute cette littérature de bazar qui nous explique comment la société doit s’adapter aux codes de la génération Z pour répondre à ses attentes (le Chef de l’État, jouant à la blagouille, a manifestement sa petite idée sur la question), alors que nous devrions, au contraire, nous interroger sur la façon d’assimiler ces jeunes dans la société qui les accueille et qui vaut « référence » (dût-elle être questionnée par eux).

Facebook a annoncé en mars dernier réfléchir à la création d’un Instagram pour les enfants, avec bien sûr les meilleures intentions du monde et des promesses en matière de garde fous (pour les données, on verra). Nous devons craindre que ce qui sortirait d’une telle idée tienne davantage du concours de mini-miss que de la bibliothèque verte. Les procureurs généraux de près de cinquante États américains ont d’ailleurs exprimé leur désaccord et écrit à Mark Zuckerberg pour lui demander de renoncer à ce projet.

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La fabrique de l’Homme semble être devenu le cadet de nos soucis. Les politiques ne s’intéressent pas aux enfants (qui ne votent pas) et finalement bien peu à l’éducation ; ils s’intéressent (parfois) aux jeunes. La grande question, avec ces derniers, c’est la formation et l’emploi (et un peu la culture, mot fourre-tout, pour faire bien). Parce que, les grands sujets, c’est le chômage, le travail, la consommation, bref la société qu’il faut faire tourner… Quitte à en oublier les fondations.

Il se joue là une responsabilité individuelle et collective, et il serait bien que ces questions soient mises parfois à l’agenda – Ne parlons pas des grandes élections qui passent systématiquement à la trappe ces enjeux qui, comme les enfants, sont appelés à grandir.

Jacques Dutronc, roi du cool

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Jacques Dutronc en 1996 © SANCHEZ OLIVIER/SIPA Numéro de reportage : 00285843_000004

Une biographie de Frédéric Quinonero, Jacques Dutronc l’insolent donne à voir un artiste qui a porté la désinvolture au rang des beaux-arts.


On disait de Steve McQueen qu’il était « le roi du cool ». On peut reprendre l’expression et l’appliquer à Jacques Dutronc. Le mec est décontracté, insaisissable, en permanence prêt à un bon mot, un canular, pour chasser l’esprit de sérieux qui nous flanque le bourbon. Pardon le bourdon. C’est contagieux. 

Une biographie rigoureuse

La phrase qui résume le mieux cet artiste complet : « Il s’appelle Van Gogh et il n’en a rien à foutre. » On remplace le nom du peintre de génie par Dutronc et on a la philosophie existentielle de celui qui a toujours fait croire qu’il ne bossait pas alors que c’est un perfectionniste. Du reste, il est magistral dans le film de Maurice Pialat, Van Gogh. Précis, épuré, à l’os. Pour le rôle, il a obtenu le César du meilleur acteur en 1992. Il a également tourné avec Lelouch, Deville, Godard ou encore Chabrol. Sur le tournage du chef-d’œuvre de Pialat, Dutronc souffre d’un mal insidieux lié au sevrage alcoolique. 

Frédérique Quinonero, l’auteur de cette biographie rigoureuse et enlevée, cite les propos de Dutronc : « Lorsque j’ai eu un jour des problèmes intérieurs grâce à quelques manques, j’ai été ensuite le plus heureux des hommes lorsque j’ai eu mal aux dents. Parce que j’avais un mal bien défini. » 

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Dutronc traîne un mal être qu’il cache derrière le paravent de l’autodérision. Et puis de l’insolence. En ce qui concerne la chanson, il n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’un « métier d’escroc ». On ne pardonne généralement pas aux artistes qui crachent dans la soupe. Mais avec Dutronc, ça passe. Les Ray-Ban Aviator et les gros cigares lui permettent de composer un personnage atypique. D’abord guitariste (sa première guitare électrique est une Egmond de couleur rouge), ce Parisien né le 28 avril 1943, va rencontrer Jacques Lanzmann, homme de gauche, écrivain talentueux, en 1965. Les deux hommes forment un duo exceptionnel dont le premier succès se nomme « Et moi, et moi, et moi. » La carrière de Dutronc est alors lancée. Il devient un anar de droite dénonçant les dérives de la société consumériste. 

Les formules sont percutantes, les paroles indémodables. Citons « L’Opportuniste » (1968) : « Il y en a qui contestent/Qui revendiquent et qui protestent/Moi je ne fais qu’un seul geste/Je retourne ma veste/Toujours du bon côté ».

Françoise Hardy et lui

Grâce à de nombreux témoignages inédits, Frédéric Quinonero parvient à cerner la personnalité du chanteur, plus complexe qu’il n’y paraît. Celui de Françoise Hardy est particulièrement éclairant. Les deux artistes débutent une relation en septembre 1967. Durant six ans le couple ne fait que se croiser. Une situation qui déplait à Françoise, trop dépendante du garçon. Ils ne vivent pas ensemble, se voient une à deux fois par mois, une semaine dans le meilleur des cas. Le couple, malgré des hauts et beaucoup de bas, finit par avoir un fils, Thomas, en 1973. Ce dernier signe une pétillante préface à cette biographie. Jacques accepte d’emménager avec Françoise un an après la naissance de Thomas. Cerise sur le gâteau : chacun possède son propre étage. Jacques est infidèle, il blesse Françoise. Ce qui la sauve : chanter sa peine. L’un de ses plus célèbres textes, écrit avec Michel Berger, étant « Message personnel » puisque la partie parlée évoque sa douloureuse relation avec Jacques. Le couple se marie néanmoins en 1981. 

La séparation est officielle en 1988 quand Françoise tombe amoureuse d’un autre homme. Les deux artistes sont pourtant toujours mariés. Françoise confie à Quinonero : « Aujourd’hui notre relation s’est apaisée, et il y a encore beaucoup d’amour et une infinie tendresse entre nous. » Comme l’écrit Marguerite Yourcenar : « Il y a entre nous mieux qu’un amour : une complicité. »

Dutronc vit en Corse avec Sylvie, sa compagne depuis vingt ans. Il regarde les chats et les arbres. « Par moments, je me laisse un peu aller. Il me faut du courage pour reprendre le dessus », confie-t-il en mâchouillant son havane. Il manie toujours l’ironie douce-amère. Sinon la vie serait insupportable, même sous le soleil méditerranéen.

Allez, je vais me faire plaisir!

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Sophie de Menthon © IBO/SIPA

C’est une véritable épidémie! Insidieuse, elle frappe sans discernement. Si elle ne tue pas l’hôte, c’est bien la langue française qui est en danger de mort. Face à cette autre pandémie, pas de gestes barrières qui tiennent, nous sommes tous cas contacts.


Tous en sont atteints ! Je parle du virus destructeur de la langue française ! Ses symptômes : la pauvreté sémantique, les tics de langage, les fautes de « syntaxe » (non ce n’est pas une nouvelle chaîne YouTube), les liaisons maltapropos (il n’y a plus que dans Gala que cela prend un sens), l’accent tonique, le vocabulaire branchouille… La seule innovation à laquelle certains s’accrochent comme au radeau de la méduse, c’est l’écriture inclusive ! Là au moins on est tranquille : impossible de respecter le moindre accord grammatical ! Dorénavant, on ne mettra plus en marge des copies « dyslexique » mais « écriture inclusive », et le correcteur lâchera pour tout : top !

« Là, on est sur du lourd » ! Vous attendez la suite ? On part sur quoi ? Mais sur ce que vous voulez, le tout c’est de partir et d’être accompagné de votre interlocuteur, il faut être em-pa-thi-que, ensemble on vous dit ! Ainsi suis-je toujours troublée lorsque chez le kiné on me dit « on va se retourner maintenant », je me demande comment la séance va se poursuivre si le kiné me tourne le dos… Solidaire aussi la manucure qui me questionne sur le vernis à choisir « aujourd’hui on met du rouge ou on reste sur l’incolore ? » je regarde ses ongles d’un joli bleu. Elle conclura positive « alors au final on part sur le rouge ? ».

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Car ce qui structure notre pensée et encadre bien le déroulement de l’exposé c’est la précision « à la base », pour conclure par une chute qui ne laissera pas de doute : « au final » ; exemple : « A la base, je partais au bureau quand j’ai vu le bus passer, au final, je l’ai raté. »

Ces ponctuations verbales sont particulièrement prisées des ados et lorsqu’une expression leur plaît attendez-vous à une déferlante. Les parents commencent par protester puis la contagion gagne et ils s’appliquent eux-mêmes à bien intégrer l’expression, forcément ça rajeunit ! Les profs aussi imitent leurs élèves pas seulement pour les tatouages, le clouté, les jeans ou les fautes d’orthographe… mais aussi pour leur qualité d’expressions chiadées. Souvenez-vous du fameux « j’aime trop ça ». On a tenté de lutter contre le TROP qui perdait son statut de comparatif. Terminé, la France entière est passée au « c’est trop bien » … Même moi !

Et puis, il y a les amabilités, la bienveillance attentive inversement propositionnelle à l’agressivité croissante subie. Ainsi dans le secteur de l’hôtellerie, de l’esthétique, des voyages, on ne jure que par « le cocooning », on va vous chouchouter, on vous le promet, au spa, dans les salons, pour la déco de la chambre, c’est écrit sur le prospectus… promis, le personnel vous cocoonera jusqu’à la moelle, cette promiscuité affectio-sensorielle est « au final » assez répugnante, mais quand on aime on ne compte pas, c’est le client qui paie ! Et nous, « on kiffe grave » le cocooning.

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Pour marquer votre consentement : oui, est désormais une approbation misérable : yes, c’est déjà mieux mais moins bien que « ça marche » qui témoigne de l’énergie qui va être déployée pour s’exécuter, prendre le dossier qu’on vous tend… ou aller acheter le pain. Certains y verront peut-être l’influence d’un parti politique -ou l’inverse- ; aux militants de transformer l’essai en clamant « ça marche » à Macron à la moindre occasion. Un truc de ouf !

Vous avez passé de bonnes vacances ? Vous répondrez que « c’était que du bonheur » ce qui sublime vos vacances, implicitement cinq étoiles luxe.

Contents ? Les sportifs, les jeunes, les chanteurs…  Ils psalmodieront « je me suis fait plaisir » avec comme une allusion profonde à une forme de masturbation psychique. Les mêmes, s’ils participent à une quelconque compétition, jurent qu’ils vont tout déchirer grave, si vous doutez, ils vous rassurent, ils « ne lâcheront rien », et ensuite (quand ils ont raté) pas grave ils ont tout donné, le héros ajoute : « Le principal, c’est que j’me suis éclaté ». On est contents pour lui.

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La bouffe ? « A la base, c’est « gavé bon ». La profusion, elle, se traduit par « open bar » ! Ne croyez pas qu’il s’agît d’éthylisme avec promesse de boissons, il peut s’agir de l’armoire des fournitures au bureau ou de la garde-robe de votre copine, vous pouvez y aller : c’est « open bar » et gratos forcément.

Pour célébrer ce plaisir de l’appétit, on vous le souhaite et on vous le re-souhaite : « Bonne dégustation »… « Bonne continuation d’appétit »… En fait vous n’aviez aucune intention de « déguster » juste de vous nourrir. Devant une telle implication du personnel de restauration, on s’étonne en revanche que lorsque vous demanderez une carafe d’eau il vous soit répondu un : « pas de souci » triomphant ; en quoi pourrait-il donc y avoir un souci ? Quoique vous demandiez d’ailleurs et où que ce soit, on vous rassurera : pas de souci ! Ce qui peut s’interpréter si on développe le concept, par : « au final ça va le faire. » Rappelons pour votre bonne conscience écologique que vous vous limiterez à « manger local » ou à « manger bio » et de préférence sans gluten, dont l’humanité a ignoré jusqu’à récemment les atroces méfaits qui durent depuis des millénaires : Remarquez, « j’dis ça j’dis rien ! »

Il leur manque la parole

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La femelle gorille Gypsy tient son premier bébé de quatre semaines, au parc zoologique de Saint-Martin-la-Plaine, 20 février 2019 © JEAN-PHILIPPE KSIAZEK / AFP

Si la communication animale permet de transmettre, entre individus de la même espèce, ce qui est vu, senti ou désiré, le langage humain est incomparablement plus ambitieux : il offre la possibilité de se faire l’interprète du monde. N’en déplaise aux antispécistes.


Nous savons que les chimpanzés – pour peu qu’on les y conditionne – peuvent se servir de plusieurs centaines d’unités significatives. Ils utilisent pour cela de grands tableaux dont chaque touche est identifiée par une icône. Lorsqu’ils appuient sur une des touches, le mot correspondant est automatiquement prononcé. Ils peuvent ainsi identifier des objets qu’on leur présente et parfois exiger qu’on les leur apporte. Durant ces quarante dernières années, un nombre assez considérable de recherches ont nourri des théories antispécistes, très en cour chez les bobos. Elles prétendent démontrer que, si les singes communiquent de façon plus rudimentaire que nous, c’est parce que leur organisation sociale n’en exigerait pas plus. Il suffirait alors qu’on leur apprenne un code non vocal (la langue des signes, comme par hasard), palliant leurs insuffisances phonatoires, et qu’on leur ouvre de plus vastes objectifs de communication pour qu’ils entrent « comme un seul singe » dans le cercle des êtres de langage.

Le génie du langage

La question que je veux poser est la suivante : Y a-t-il, ou non, un écart essentiel et irréductible entre le verbe humain et les modes de communication animale, aussi évolués soient-ils ? À cette question, je répondrai sans l’ombre d’une hésitation : oui ! Aucun des résultats de toutes les recherches que j’ai analysés n’a réussi à ébranler le linguiste que je suis. Cet écart n’est pas simplement d’ordre quantitatif. Quelles que soient les sollicitations auxquelles on les soumettra, quel que soit le nombre de signes qu’on leur inculquera, les animaux se contenteront de communiquer le reflet le plus fidèle et le plus immédiat de la réalité qu’ils perçoivent. La communication animale, dont il n’est aucunement question de nier l’existence, se limite en effet à transmettre ce qui est vu, entendu, senti ou désiré. Les abeilles, comme les grands singes, n’ont ni l’ambition ni les moyens d’évoquer un monde dont leurs sens n’attestent pas immédiatement et directement l’existence. En d’autres termes, ce que l’on appelle improprement « langage des animaux » est en fait un instrument qui ne peut que désigner, indiquer, avertir ou exiger. C’est certes plus que le geste qui pointe, mais en aucun cas une langue. Seul le langage possède le pouvoir, propre à l’humain, de créer un monde que jamais nos yeux n’auront vu ni ne verront. Le fait qu’un singe soit effectivement capable de mémoriser plusieurs centaines de signes de nature idéographique ou gestuelle, le fait qu’il soit capable d’en combiner certains, n’est qu’une performance de dressage et de conditionnement. La vraie question se pose à propos de ce qu’il ambitionne d’en faire, c’est-à-dire des enjeux qu’il est capable d’assigner à son instrument de communication. C’est sur ce point que l’écart avec l’être humain s’avère irréductible et essentiel.

Le propre de l’homme est d’avoir construit un instrument d’une folle ambition : permettre à l’homme et seulement à l’homme d’être l’interprète du monde et non d’en être le miroir fidèle ; et toutes les langues du monde témoignent de cette même ambition. Par la grâce du verbe, l’homme est ainsi du côté des créateurs et non des créatures. Le monde parlé n’est pas le monde perçu ; c’est le monde transformé par le pouvoir de l’intelligence humaine ; c’est un monde que l’homme soumet au pouvoir de sa pensée. Il le crée en le disant, il n’en rend pas un compte exact. Le génie du langage, c’est qu’il permet de transmettre tout ce que les imaginations déchaînées des hommes osent évoquer. Penser et dire se confondent, dans un même élan pour libérer l’homme de la dictature des évidences : « je parle, donc je suis » s’oppose au « j’agis, donc je suis » des bonobos. Le langage donne ainsi à l’homme le pouvoir d’aller contre le constat, préférant l’explication (l’expression de la pensée) à la contemplation (la description du perçu). Il élève l’homme au-dessus de sa condition.

Atteindre l’universel

Les hommes, seuls, peuvent ainsi dire ce qui est vrai partout et toujours. Ils accèdent ainsi à l’infini que leur nature animale, par ailleurs, leur interdirait. Ainsi, quand on dit « si on lâche une pierre, elle tombe » ou « lorsqu’on lâche une pierre, elle tombe » ou encore « une pierre tombe pour peu qu’on la lâche », on pose le principe qu’un lien de cause ou de conséquence constant et prévisible, libéré de la conjoncture, unit ces deux processus. Ce qui est affirmé est vrai ici et ailleurs, maintenant, hier et demain ; dégageant ainsi la vérité scientifique de la « gangue » du ici et maintenant pour lui faire atteindre le partout et le toujours. Ainsi la loi de la gravitation universelle selon laquelle deux corps quelconques s’attirent avec une force proportionnelle au produit de leur masse et inversement proportionnelle au carré de leur distance s’impose-t-elle aussi bien au caillou qu’on lâche qu’à la force qui maintient la Lune en orbite autour de la Terre. Tout au long de sa genèse, le langage a servi avec le plus grand dévouement la volonté des hommes tentant de dénouer, nœud après nœud, les secrets de la genèse et du fonctionnement du monde. Dépassant le constat ou la banale description, les hommes par la parole et l’écriture ont combattu la tyrannie de l’« immédiat visible ». D’un dialogue respectueux et exigeant, porté par une langue puissante et précise, ont ainsi émergé des conclusions, certes provisoires, mais qui ont fait la richesse de l’intelligence collective ; car c’est bien la construction d’une intelligence collective qui fut et reste le projet des hommes, et seulement des hommes. C’est aussi le langage et l’écriture qui ont permis la création des récits fondateurs, profanes ou sacrés, qui furent autant de réponses à la conscience douloureuse de l’homme d’être et de devoir un jour n’être plus.

Alain Bentolila, Nous ne sommes pas des bonobos : créateurs et créatures, Odile Jacob, 2021.

Mois décolonial à Grenoble: crétins des Alpes

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Affiche de l'événement du mois décolonial provenant de la page Facebook Mois décolonial

Le « mois décolonial » aura lieu à Grenoble courant juin. L’événement est co-organisé par des associations locales. Le logo de la ville de Grenoble est présent sur l’affiche de l’événement, mais celle-ci a demandé qu’il en soit retiré.


Du 10 au 30 juin 2021, un événement majeur va se dérouler dans la ville d’Éric Piolle. Le “Mois décolonial”, soutenu par des associations locales et la ville de Grenoble, Sciences Po et l’Université Grenoble Alpes, recevra des invités prestigieux, entre autres : Saïd Bouamama, cofondateur du Mouvement des Indigènes de la République (précurseur du PIR), co-auteur d’un livre intitulé Nique la France – Devoir d’insolence ; Taha Bouhafs, journaliste / activiste très apprécié de Mediapart, d’Éric Coquerel ou de Danièle Obono, qui a qualifié d’“Arabe de service” la syndicaliste de police Linda Kebbab et qui soutient Assa Traoré ; Rokhaya Diallo, militante antiraciste, féministe, pour les camps décoloniaux et les réunions non-mixtes mais contre l’utilisation d’anciennes affiches dégradantes pour les Noirs (type publicité Banania), sauf quand c’est elle qui les utilise (contre Rachel Khan qui critique, justement, la pensée décoloniale).

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Les thèses décolonialistes en vogue à la fac

Que ce “mois décolonial” soit soutenu par l’Université de Grenoble et par Sciences Po Grenoble souligne l’avancée des thèses décolonialistes dans ces lieux qui tentent péniblement de donner aux théories les plus fumeuses sur le décolonialisme, mais aussi sur le féminisme, le racisme ou la théorie du genre, l’aspect d’un travail honorable, au lieu de transmettre de véritables savoirs. Le vernis de sérieux qui recouvre ces paresseuses théories pseudo-révolutionnaires est assez mince. C’est que le concept principal est d’une grande simplicité : les hommes blancs occidentaux, après avoir dépouillé leurs anciennes colonies, ruiné la biodiversité, réduit à moins que rien les femmes, continueraient d’appliquer aujourd’hui les méthodes racistes, sexistes et colonialistes d’antan pour dominer les femmes, la nature, les descendants des anciennes colonies ou les actuels migrants venus s’installer en France.

“L’intersectionnalité” des causes permet d’appeler à la rescousse une multitude de “victimes” soi-disant ostracisées à cause de leur sexe, de la couleur de leur peau, de leur origine ethnique, de leur religion, voire de leur surpoids, de leur accent ou de leur handicap, et de cibler un seul adversaire. Dans un mélange des genres qui masque difficilement le vide des idées, on voit ainsi se tenir des colloques décolonialistes avec un peu d’écologie ou de féminisme, des réunions féministes avec un zeste d’antiracisme ou d’écologie, des symposiums écologistes avec une pincée de féminisme ou de combat contre l’islamophobie, etc. Nombre de sociologues de troisième zone ou de Paris 8 participent à ces colloques. Très régulièrement, des représentants de LFI ou d’EELV traînent dans les parages de ces réunions.

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Les ambassadeurs de ces alliances douteuses ont décidé de faire gober les thèses les plus bêtes et, pour ce faire, utilisent tous les artifices. Par exemple, ils écrivent tous en… écriture inclusive, laquelle, censée féminiser la langue, fonctionne ici comme un signe de reconnaissance, ou le code d’entrée du digicode de l’immeuble des crétineries à la mode. Françoise Vergès, championne du monde des décolonisations à tout-va, fait en ce moment des prouesses dans ce domaine : « Alors pourquoi les esclaves étaient-iels toustes noir.e.s? », twitte-t-elle le 15 mai. Puis, le 25 mai : « Éboueurs, femmes de ménage, balayeurs : celleux qui nettoient le monde, sans qui rien ne fonctionnerait, mais qui sont sous payé.e.s, exploité.e.s se révoltent !!! » Plus inclusif, tu meurs !

Monde ancien contre monde nouveau

Le projet du « mois décolonial » grenoblois est présenté sur le site de l’association Contre-Courant (association étudiante de Sciences Politiques). Il y est question d’un monde ancien (celui des privilégiés, des dominants, des Blancs…) et d’un monde nouveau en gestation (celui d’après la libération de tous les dominés, en particulier les “racisés”). Les promoteurs de l’événement annoncent qu’ils s’attacheront « à déconstruire l’imaginaire post-colonial » (sic). Les thèmes proposés donnent une idée du travail de déconstruction à la pelleteuse envisagé : Décolonisons les arts (je renvoie à mon papier sur David Bobée), Décolonisons les savoirs, Écologie décoloniale, Féminisme, Racisme systémique, Violences policières, etc. Faisant cacophoniquement allusion aux Printemps arabes, à Black Lives Matter ou à Fridays For Future, il est écrit : « Partout dans le monde, les peuples expriment leur désir d’émancipation, de liberté, de renouveau et d’égalité. Partout, cette énergie stimulante et cette dynamique salutaire sont confrontées aux postures défensives d’une minorité bien assise, arc-boutée sur ses privilèges hérités d’un autre âge. »

Un militantisme politique

Il est évident que le déconstructionnisme tous azimuts, l’antiracisme à la manière de Thuram et Diallo, le décolonialisme et l’islamo-gauchisme marchent main dans la main et ont envahi les amphithéâtres. Les “académo-militants” (Nathalie Heinich) (dé)forment les journalistes, les enseignants, les représentants politiques, les élites de demain. L’Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires note que les termes de décolonialisme, genre, islamophobie, intersectionnalité, etc., sont présents dans une part de plus en plus importante des thèses et des colloques universitaires (50% du corpus !). Aucun savoir n’est transmis dans ces derniers, aucune neutralité axiologique (Max Weber) ne préside à l’élaboration de ces thèses, il n’est question que de militantisme politique et de transformation révolutionnaire du monde. Il suffit de jeter un œil sur les différents “travaux” sur le genre, le racisme ou le décolonialisme d’une université comme Paris 8 pour voir très exactement ce qu’entend par “contributions académiques” le sociologue Éric Fassin.

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Au milieu de ce marasme, une petite éclaircie : sur le site appelant à contribution pour financer ce “mois décolonial”, à l’heure où nous écrivons ces lignes, seuls 14 donateurs ont réuni en quinze jours la somme de… 225 euros. Les Français ne sont pas tous devenus fous. Il est probable que nombre d’étudiants de Grenoble éviteront comme la peste ce “mois décolonial”. C’est la raison pour laquelle leurs aînés ne doivent pas baisser les bras, doivent montrer l’exemple et rester à leurs côtés pour combattre ces idéologies. « Le combat contre l’obscurantisme implique une résistance permanente au chant des sirènes du grégarisme, qui paralyse la pensée et remplace l’esprit critique par le ressassement des dogmes en cours. […] on doit faire preuve d’un certain courage pour refuser publiquement cette médiocrité habillée de paillettes », écrit Pierre-André Taguieff dans son excellent livre L’imposture décoloniale. De son côté, notre ami québécois Mathieu Bock-Côté en est convaincu : « La France résiste ! » Ne le décevons pas.

Loi Taubira: l’histoire en noir et blanc

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Le président de la République François Hollande et le président du Sénat Jean-Pierre Bel se recueillent devant le monument de la mémoire de l'esclavage dans les jardins du Luxembourg, Paris, 10 mai 2013 © GONZALO FUENTES / POOL / AFP

Depuis vingt ans, la « loi Taubira » est le cadre légal de la haine des Blancs. En choisissant de taire les traites africaines et musulmanes, elle stigmatise les seuls Européens pour communautariser la mémoire de l’esclavage. Le cri d’alarme d’un affranchi.


Le 21 mai 2001, la France promulguait la loi reconnaissant la traite et l’esclavage pratiqués par les Européens contre les populations africaines comme crime contre l’humanité, dite « loi Taubira ». Pour le vingtième anniversaire de cette loi, quelques universitaires et militants expliqueront qu’elle a été une grande avancée : elle aura permis de parler de l’esclavage, il y a eu plus de thèses, la date du 10 mai a été instaurée et une centaine de commémorations organisées çà et là… Oui, certes, mais pour l’essentiel, ces initiatives sont restées confinées à des milieux initiés et des publics limités. Face à un bilan maigre en résultats probants, la loi a surtout eu pour effet de créer un climat sociétal désastreux sur la question de la mémoire de l’esclavage.

Crime contre l’humanité à la tête du client

Y a-t-il une différence entre un esclave qui meurt à la tâche dans une plantation aux Antilles, un autre qui tombe d’épuisement dans une galère en Méditerranée, et un autre qui, castré, agonise vidé de son sang au Moyen-Orient ? Tout esprit sain condamne sans la moindre distinction ces traitements inhumains ! La loi Taubira établit pourtant une hiérarchie dans l’horreur. Si l’esclave est noir africain et l’esclavagiste blanc européen, alors il y a bien crime contre l’humanité. Mais si l’esclave est noir et l’esclavagiste arabo-musulman ou si l’esclave est blanc catholique et l’esclavagiste arabo-musulman ? Pas de crime, donc pas de cérémonie officielle, pas d’enseignement à l’école.

La criminalisation de la seule traite transatlantique européenne à l’exclusion des traites arabo-musulmanes ou barbaresques, tout aussi meurtrières ou cruelles (sans compter les autres traites humaines qui préexistaient à l’esclavage moderne), est une tache indélébile sur cette loi de 2001. Si le crime contre l’humanité est fonction de la couleur de peau et de la religion de l’esclave et de l’esclavagiste, alors il ne peut y avoir de mémoire apaisée et partagée. Au contraire, la stigmatisation des seuls Européens ne peut que susciter le rejet de ce texte.

Pourquoi les Provençaux, Corses, Languedociens, Catalans qui ont vécu dans la hantise des raids et de l’esclavage des Barbaresques pendant trois cent cinquante ans seraient-ils obligés de commémorer la traite négrière transatlantique, dans laquelle ils n’ont quasiment pas été impliqués (seuls 2 % des expéditions négrières françaises sont parties de Marseille), alors que des centaines de milliers d’entre eux ont eu des ancêtres déportés et morts dans les geôles et galères des beys de Tunis, d’Alger ou de Tripoli ?

La réponse de Madame Taubira est sans ambiguïté : s’il est préférable de passer sous silence la traite négrière musulmane, c’est pour que les « jeunes Arabes ne portent pas sur leur dos tout le poids de l’héritage des méfaits des Arabes », déclarait-elle dans L’Express du 4 mai 2006. On l’aura compris, il faut a contrario dénoncer les traites occidentales pour que les jeunes Blancs portent tout le poids des méfaits de leurs ancêtres. Dans ces conditions, des milliers de municipalités ont refusé de s’associer à une mémoire partielle, partiale, accusatoire et racialisée. Et elles ont eu bien raison.

Quelques vérités qui fâchent les amis de Christiane Taubira

Contrairement à la légende, la loi de 2001 n’est pas l’acte fondateur d’une renaissance mémorielle, l’histoire de la traite et de l’esclavage n’ayant jamais été occultée auparavant. Les principales initiatives mémorielles existaient depuis longtemps dans les territoires (Nantes, La Rochelle, les sites de l’est de la France, en outre-mer…), et on n’en a guère vu apparaître de nouvelles depuis la loi. Celle-ci est née de la grande contestation mémorielle du printemps 1998 : plus de 40 000 Ultramarins manifestent à l’initiative de quelques associations. Un peu plus tard, un premier projet de loi est proposé par Bernard Birsinger, puis par les députés de la Réunion Huguette Bello, Claude et Élie Hoarau.

Christiane Taubira ne participe en rien à cette mobilisation. C’est seulement en février 1999 qu’elle s’invite dans le débat avec un nouveau texte. Il a largement été inspiré et co-écrit par le Collectif des filles et fils d’Africains déportés (Coffad), organisation extrémiste dont la vice-présidente est une ancienne porte-parole du Parti des indigènes de la République et une ancienne colistière de Dieudonné aux législatives, celui qui se plaît à accuser les juifs d’être responsable de la traite négrière. Au demeurant, la loi Taubira a été acclamée à la conférence mondiale de l’ONU à Durban par les mouvements obsédés par la lutte contre « l’ennemi sioniste » qui ont fait de cette réunion dédiée au racisme un sidérant festival antisémite.

Une mémoire « réservée » aux Noirs ?

À l’Assemblée nationale, la loi a été votée par 80 députés présents sur 577 soit 15 %, essentiellement ultramarins et communistes. On conviendra que cela ne témoigne pas d’un élan national. Dès le départ, il s’agit de satisfaire des revendications identitaires et régionalistes. Le comité pour la mémoire de l’esclavage issu de la loi est rattaché au ministère des Outre-mer. Dans les nombreuses réunions et auditions organisées, les Ultramarins sont très largement majoritaires, au détriment des acteurs métropolitains.

En 2014, plus de 120 élus de villes abritant des sites et lieux de mémoire liés à l’esclavage ont demandé que la cérémonie officielle du 10 mai devienne itinérante et se tienne chaque année dans un lieu différent. Le ministère des Outre-mer s’est violemment opposé à cette proposition, décrétant : « Il faut faire le 10 mai à Paris parce que c’est là qu’il y a le plus de Noirs. » Pas étonnant alors que de nombreux acteurs provinciaux aient déserté ce « bantoustan mémoriel ».

Entre autres effets pervers, la loi Taubira a ouvert la porte à une foultitude d’opportunistes boutiques mémorielles et entreprises identitaires : CRAN, SOS Racisme, Coffad, Comité du 10 Mai, CIPN, MIR, LDNA en ont profité pour envahir l’espace public avec toutes sortes de revendications.

On a assisté à une déferlante de buzz et happenings : procédures judiciaires contre l’État français pour obtenir réparation du crime de l’esclavage, propos outranciers ou plaintes contre le chef de l’État et des ministres pour crime et recel de crime contre l’humanité, menaces de procès contre la Caisse des Dépôts pour le remboursement de la dette d’Haïti, poursuites engagées contre des entreprises accusées de s’être enrichies sous la colonisation, chantages exercés sur des descendants d’armateurs négriers, sommés de réparer en espèces sonnantes et trébuchantes le crime de leurs ancêtres sous peine de procès (cela s’apparente à une tentative d’extorsion de fonds et cela relève du pénal). On en arrive maintenant au vandalisme avec les destructions de statues.

La République rend hommage au… CON !!!

Le résultat le plus pathétique de cette loi : la journée de commémoration nationale du 10 mai qui se tient depuis 2006 dans les jardins du Luxembourg à Paris et dont le temps fort est le dépôt d’une gerbe par le président de la République ou le Premier ministre au pied d’une œuvre intitulée Le Cri, l’Écrit.

La loi Taubira n’a pu qu’exacerber l’agacement d’une opinion lassée par les mises en accusation et la repentance forcée

Elle représente trois anneaux de chaînes d’esclave : celui du dessus, brisé, symbolise l’abolition, le deuxième, fermé, l’esclavage et le troisième, à moitié enterré, les racines. L’ennui, c’est que n’importe quel quidam passant devant le monument voit apparaître clairement, écrit de haut en bas, le mot « con » ! On peut faire crédit à l’artiste de n’avoir pas vu ce qu’il faisait. Reste que, chaque année, un des plus hauts représentants de l’État s’incline devant un monument au CON. Une humiliation pour la République et pour les Ultramarins : non seulement le martyr de leurs ancêtres est commémoré par une statue involontairement ridicule, mais elle se trouve au Sénat qui poussa Napoléon à rétablir l’esclavage dans toutes les colonies et pas seulement dans certaines en 1802.

Une mémoire qui fracture les acteurs, les territoires et la société

La loi Taubira est le produit de choix idéologiques conjugués au clientélisme communautaire : elle a concédé la mémoire de l’esclavage à un comité sans moyens, débordé par des entrepreneurs identitaires. Elle n’a pu qu’exacerber l’agacement d’une opinion lassée par les mises en accusation et la repentance forcée. Au nom de la nouvelle doxa qui veut que les Noirs aient été leurs propres libérateurs, les acteurs de l’abolition ont été évincés et la statue de Victor Schœlcher à la Martinique attaquée. La date du 10 mai a d’ailleurs été imposée par le lobby réparationniste contre la date du 27 avril, celle de la signature du décret d’abolition rédigé par Schœlcher, pourtant préférée par la quasi-unanimité des historiens et acteurs mémoriels. Par ailleurs, toutes les initiatives locales et régionales ont été sabotées. Enfin, on a évidemment assisté à la compétition des lobbys pour la lumière mémorielle, les Réunionnais ayant été, par exemple, largement marginalisés au profit des Antillais.

Et voilà qu’en prime revient la revendication de faire du 10 mai un jour férié. Cette idée loufoque née dans quelques cervelles névrosées ne répond à aucune demande. Du reste, elle est ridiculisée par les faits : en 2015, une pétition en ce sens avait recueilli 143 signatures. Une nouvelle, lancée en janvier 2021, et visant 100 000 signatures, en avait recueilli moins de 50 lorsque notre magazine de mai est parti à l’imprimerie.

Cela n’empêchera pas, ce 10 mai, comme les autres, nos dirigeants de faire de grands discours[1] sur cette merveilleuse loi de « réconciliation des mémoires » quand n’importe qui peut voir qu’elle a transformé le débat en nouveau procès de l’homme blanc.

[1] Le silence d’Emmanuel Macron cette année a été très mal pris par Christiane Taubira. NDLR

Ligue des champions culinaire: la France battue par les Anglais?

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La France serait-elle dépassée sur le terrain de la gastronomie par son voisin d’outre-Manche ? C’est du moins la thèse proposée par Jonathan Miller, conseiller municipal d’un village héraultais, dans un article publié dans la prestigieuse – et normalement très francophile – revue londonienne, The Spectator. Il a gracieusement consenti à ce que les lecteurs de Causeur puissent soupeser ses arguments, avant que la fin de la pandémie ne nous permette d’aller juger sur place à Londres…


Il y a 50 ans, la nourriture au Royaume-Uni était tout simplement mauvaise – il n’y a pas d’autre mot. Seuls les snacks Wimpy offraient un endroit où l’on pouvait décemment inviter sa petite amie. Le fish and chips représentait le fin mot en matière de plats à emporter ; à défaut de trouver un chippy dans le coin, il vous restait – si vous aviez de la chance – un paquet de chips (« crisps » ) au pub. Tout ce qui était français, que ce soit le pain, le vin, le fromage, les restaurants, les bistrots, les cafés… était tout simplement meilleur – il n’y a pas d’autre mot.

La République de la malbouffe!

Aujourd’hui, la situation s’est inversée : le Royaume-Uni est le pays de l’innovation culinaire, toutes les cuisines du monde y sont représentées, déconstruites et réinventées. Lors de la réouverture post-Covid, malgré les nombreuses faillites provoquées par la pandémie, le pays était prêt à rebondir grâce à la diversité (non intersectionnelle) et à la qualité de son offre culinaire : pubs dits gastronomiques (« gastro pubs »), petits restos du coin, cuisine ethnique, bars à tapas, artisans boulangers faisant du pain au levain, sushis végétariens, cafés fusion asiatiques, falafels de Jérusalem… le tout arrosé de vins provenant de tous les coins du monde – y compris du Surrey. En revanche la France, qui a rouvert les terrasses de ses restaurants la semaine dernière, donne une impression du pareil au même : la tradition des grands gourmets s’est endormie ; chaque région, autrefois si distincte, est maintenant dominée par des chaînes de fastfood monolithiques. Le réalisateur de cinéma Jacques Goldstein résume bien la situation : la France est devenue « la république de la malbouffe ».

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Trop de brasseries françaises traditionnelles sont devenues de simples théâtres qui font semblant d’être des restaurants. Elles servent du pot-au-feu sous vide fourni par des sous-traitants industriels dirigés fatalement par des fonds d’investissement américains. La nourriture est réchauffée par un technicien de cuisine payé au salaire minimum. Le service est du même niveau que la nourriture. Il n’y a jamais assez de serveurs parce que le code du travail rend très chère l’embauche du personnel. Étant donné les heures d’ouverture limitées et parfois même imprévisibles, il n’est pas toujours évident de trouver un restaurant ouvert. Venez dans mon village et essayez d’en trouver un ouvert à 13h30 pour le déjeuner. Vous allez mourir de faim.

Français, ne me lynchez pas!

Le déclin de la cuisine française a suivi exactement la même courbe que le déclin de l’économie du pays au cours des 40 dernières années. L’heure de la grande réouverture des terrasses aurait dû signaler une véritable renaissance après des mois de privation culinaire. Mais la manie de l’État français de tout sur-réglementer a gâché la fête. Des règles tout juste compréhensibles ont été imposées pour la distance entre les tables et les limites d’accueil du public permissibles. Les charges sociales restent toujours aussi élevées, le niveau des impôts punitif et l’inflexibilité concernant les heures de travail draconienne. Voilà de quoi décourager toute personne qui envisagerait d’investir dans le secteur de la restauration. Toutefois, ce n’est pas l’État qui impose aux restaurateurs des menus aussi prévisibles que les heures d’ouverture sont  imprévisibles. Le consommateur français a lui-même une part de responsabilité pour ce manque d’ambition dans la mesure où sa curiosité s’étend rarement au-delà des steak-frites, cassoulet ou confit de canard habituels. Les Français qui ne sont pas issus de l’immigration apprécient insuffisamment les arômes culinaires en provenance de leurs anciennes colonies, alors que les Britanniques, sans se poser de questions, se sont approprié les cuisines – et les chefs de cuisine – de leur ancien empire.

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Le grand âge d’or de la cuisine française était le produit de grands chefs, que ce soit Georges-Auguste Escoffier, Paul Bocuse ou votre grand-mère. Ses gloires ont inspiré un genre littéraire, de la Physiologie du Goût, de Jean-Anthelme Brillat-Savarin à Bon vivant ! (en anglais, Between Meals) de l’Américain, A. J. Liebling, correspondant parisien du New Yorker et gourmet remarquable. Il y a toujours de bonnes tables en France, mais il faut avoir un portefeuille bien garni ou bien il faut savoir exactement où chercher. Au sommet de la pyramide, on trouve les temples consacrés par le guide Michelin où on peut s’attendre à une facture de 200 à 300 euros par personne, si on limite sa consommation en vin. Ne voulant pas être lynché dans ma propre commune, j’avoue qu’on peut bien manger dans de nombreux cafés de village. Et pour les initiés, on trouve de temps en temps des pépites comme le minuscule restaurant bien caché dans un village près de chez moi en Occitanie. Le mari est en cuisine, sa femme en salle. À eux deux, ils produisent des miracles dans une assiette au tiers du prix d’un repas équivalent à Londres. Évidemment, par discrétion, je ne révélerai ni son nom ni où il se trouve. Mon argument est cependant que c’est une exception.

McDo, pizzas, kebabs…

Faisons appel à l’objectivité des chiffres. Ils nous révèlent que McDonald’s est la plus grosse chaîne de restaurants en France, servant un million de hamburgers par jour dans ses 1 442 établissements. Même pendant le confinement, McDo a continué à les servir dans les centaines de McDrive, provoquant ainsi d’énormes embouteillages, les clients désespérés attendant jusqu’à trois heures pour être servis. Les restaurants à pizzas et à kebabs sont très importants ici, bien que le modèle commercial soit basé sur des milliers d’indépendants et non sur une  chaîne géante. On trouve un camion à pizzas dans tous les villages. La pizza, pour rester charitable, est souvent une horreur faite avec une mauvaise farine et un fromage inadapté, l’emmental remplaçant la mozzarella. La pizza est meilleure à Nice où il y a beaucoup d’Italiens. Depuis 20 ans, le kebab progresse inéluctablement et est très apprécié dans les cités. Gira Conseil, un organisme de consultants estime que 360 millions de kebabs sont vendus par an en France. On peut toujours manger chez soi, mais les repas traditionnels en famille sont en train d’être supplantés par les repas réchauffés au micro-ondes de chez Picard, le vendeur de produits surgelés qu’on trouve partout. J’ai été invité à des dîners somptueux en France, mais également à d’autres qui ne seraient pas dignes d’un repas anglais.

« Fish and chips » Photo d’illustration Unsplash

Avec la publication de la version française de cet article, je risque d’avoir des ennuis. Je dis du mal de la France, mais je refuse de présenter des excuses. Les Français ont eu tort de se reposer sur leurs lauriers culinaires sans voir que le reste du monde était en train de les rattraper. Je ne prétends pas que la nourriture britannique soit toujours géniale. Le Royaume Uni a lui aussi des McDonald’s et des kebabs. Mais le fish and chips, aujourd’hui populaire à Paris, ne représente plus l’alpha et l’oméga de la gastronomie anglaise.

Source: The Spectator

Deux managers sur trois observent une immixtion du phénomène religieux dans leur entreprise

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Une femme voilée dans les rues de Lyon, France, avril 2021 © ROMAIN DOUCELIN/SIPA, Numéro de reportage : 01016155_000004

Une récente étude de l’institut Montaigne sur la pratique religieuse en entreprise inquiète. Alors que l’on se déchire autour du séparatisme, cette étude révèle la forte progression du fait religieux rigoriste en entreprise et son origine majoritairement musulmane. Les secteurs les plus atteints sont les transports, le BTP, la logistique et la sécurité.


Devant son augmentation et les problèmes qu’il pose aux Français, le phénomène ne pourra plus être ignoré longtemps. Même du bout des lèvres, les instituts de données statistiques reconnaissent la forte augmentation du « fait religieux en entreprise ». C’est notamment le cas de l’institut Montaigne avec son baromètre annuel, dont le titre se veut cette année rassurant « Religion au travail, croire au dialogue », alors qu’il révèle que deux répondants sur trois ont déjà observé de tels phénomènes. L’étude interroge 25 000 cadres et managers.

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Pour l’auteur de l’étude, Lionel Honoré, directeur de l’observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), le prosélytisme se retrouve beaucoup chez les pratiquants évangéliques, mais il doit bien reconnaitre que la plupart des manifestations « les plus problématiques et dysfonctionnelles » proviennent des employés musulmans. Alors si certains tentent d’expliquer le phénomène par le caractère bien plus ostentatoire de cette religion (que ce soit dans la vêture, l’apparence, et par le grand nombre de pratiques obligatoires qu’elle implique), ne s’arrêter qu’à cette unique explication reviendrait à nier la tentation prosélyte (et la pression sur les employés musulmans non pratiquants) de cette religion, et les nécessaires revendications sur le lieu de travail qu’une pratique rigoureuse entraîne.

De vraies difficultés

Certes, la majorité des pratiques relevées ne pose fondamentalement que pas ou peu de problèmes, mais le reste soulève de vraies difficultés. Il est notamment question de relations avec les femmes, de revendications pour user des locaux de l’entreprise pour prier, de signes ostentatoires, ou, plus anecdotique mais révélateur du fossé qui peut se creuser et de l’incompréhension mutuelle qui peut régner, de l’usage des sanitaires. Le patron d’une entreprise témoigne ainsi dans le Figaro les trouver inondés à répétition par les copieuses ablutions rituelles ! À en croire les forums où se retrouvent les salariés musulmans discutant de ces questions, la majorité recherchent la discrétion et sacrifient volontiers leur emploi à leurs pratiques. Mais il suffit d’une petite minorité aux grandes revendications pour rendre visible le problème.

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Alors pour certains, expliquer, comme le fait Lionel Honoré, que les difficultés sont plus visibles avec la religion musulmane, du fait de la plus grande importance des signes extérieurs, est insuffisant. C’est ce qu’affirme Adel Paul Boulaud, auteur du livre « Le Tabou de l’entrisme islamique en entreprise. Guide du Manager » dans lequel il dénonce l’entrisme d’une partie des salariés musulmans qui poursuivent une politique délibérée de communautarisation. En fait, on pourrait parler de séparatisme, presque physique, avec des endroits et des créneaux différents, voire de stratégie de conquête. Des radicaux cherchent à adapter l’entreprise à la religion, avec mille exigences impossibles (comme ne pas vouloir livrer de l’alcool et du porc alors que l’employeur est… un transporteur). Cela peut créer un climat délétère. Car au-delà de la question des relations avec les femmes, il ne faut pas oublier les autres employés, de culture musulmane, soumis à la pression de leurs collègues ou supérieurs bien plus pratiquants. En suivant le ramadan scrupuleusement ou en portant le voile ils signalent – même malgré eux- aux autres qu’ils ne sont pas de « bons musulmans ». Ce problème est exacerbé lorsque la proportion de salariés musulmans est très élevée. C’est le cas dans un certain nombre de métiers, souvent à forte demande de main d’œuvre peu qualifiée, comme la maintenance, la logistique, la sécurité ou les transports. Dans ces derniers, particulièrement à la RATP, le phénomène est très important et fait l’objet d’une attention toute particulière dernièrement suite à de nombreuses polémiques, notamment de par le caractère public de l’entreprise, qui doit donc assurer une certaine neutralité.

La peur des patrons

Si les instituts et les responsables politiques peuvent encore avoir du mal à le reconnaître, les patrons, eux, sont en première ligne. Depuis l’affaire de la crèche Baby-Loup, les patrons confrontés à ces problématiques se font accompagner juridiquement à toutes les étapes, pour éviter de coûteuses condamnations, et privilégient, quand ils le peuvent, la négociation, et, surtout, les accommodements. Dans le cadre juridique en place, on indique bien qu’il faut rester sur ce terrain et ne pas entrer dans une querelle théologique. Mais face à leur impuissance et au nombre croissant de salariés musulmans, la stratégie choisie par la force des choses est celle des renoncements, ce qui fait craindre un empiètement progressif.

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Pour éviter cela, certaines entreprises utilisent la pratique – illégale rappelons-le – de la discrimination à l’embauche. D’autres rédigent des chartes et des clauses pour fixer leurs “valeurs” et les règles concertées de conduite au sein de l’entreprise. Mais face aux rapports de force dans certains lieux de travail et entreprises, celles-ci, d’une très faible valeur juridique, se révèlent souvent inefficaces sur le terrain.

Macron: le cynisme tranquille

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Image: capture d'écran YouTube

L’opération de communication à destination de la jeunesse sur YouTube d’Emmanuel Macron avec McFly et Carlito est un pas de plus dans la ridiculisation de la fonction présidentielle. Elle ne peut être excusée par les errements de ses prédécesseurs. Plutôt que de rendre la fonction « cool », un peu de grandeur servirait plus à la France, selon Philippe Bilger.


Je n’ai pas l’intention de gloser à nouveau sur la pantalonnade élyséenne ayant réuni le Président, MacFly et Carlito. Si elle a peut-être amusé une certaine jeunesse de 15 à 23 ans, elle a certainement détourné encore davantage des citoyens de tous âges de la politique et de celui qui a été choisi en 2017 pour avoir l’honneur de nous représenter. Plus gravement, je me demande quel crédit des monstres sacrés de la vie internationale – par exemple Poutine, Erdogan, Khamenei – accorderont à un président capable de ruiner sa réputation et son influence dans les rapports de force avec de telles légèretés.

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Je voudrais aborder autrement cet épisode et m’interroger sur les responsabilités présidentielles qui, après le mandat écourté de Georges Pompidou, ont peu ou prou banalisé, avec certains comportements pour le moins discutables, voire vulgaires, ce qu’on était en droit d’attendre de nos chefs d’État et de l’allure que leur fonction requérait. En effet, au cours des débats concernant cette péripétie qu’on croit excuser en la qualifiant de ludique, on m’a répliqué principalement que tous les présidents avaient commis des agissements similaires et que par conséquent il ne fallait pas s’indigner de ce présent à cause du passé et que la sagesse civique était de relativiser.

Concours des indécences

Je ne contesterai pas que, s’il y avait un concours des indécences, provocations, détournements et scandales présidentiels, aucun de ceux que je vais nommer n’aurait été mal placé dans des registres différents. Que ce soit François Mitterrand, Jacques Chirac, Nicolas Sarkozy, François Hollande et notre président en lice pour 2022, je ne crois pas qu’il soit nécessaire de rappeler les hauts faits de ces messieurs, ils demeurent dans la mémoire collective. Emmanuel Macron pourrait ne pas être éloigné de la première place avec cette photographie aux Antilles où il est encadré, très souriant, par deux voyous torse nu et dont l’un fait un doigt d’honneur.

©Twitter/DR

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Ce qui est anormal, dans notre République, est qu’on considère ce délitement comme une fatalité, cette dégradation de la majesté du pouvoir comme une obligation pour « faire jeune », favoriser le rapprochement avec les citoyens. Alors que le gouffre est aussi grand entre cette démagogie et la vraie simplicité qu’entre, par exemple, Jean-Marie Bigard et Alain Finkielkraut.

Les errements des prédécesseurs ne sont pas des justifications

Cette manière pour les présidents – chacun bénéficiant de l’indulgence ou du sourire tolérant accordé au prédécesseur – de s’inscrire, pour le pire, dans le fil du temps, révèle un aveuglement délibéré, un cynisme tranquille, une désinvolture royale pour continuer à profiter de dérives insupportables. Elles ne deviennent pas légitimes à force d’avoir été pratiquées contrairement à la justification paresseuse de chaque monarque républicain. Ce nouveau monde promis par Emmanuel Macron, le temps d’un verbe de candidat, n’aurait-il pas été bienvenu au cours de ces années ?

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Était-il donc inconcevable qu’un président, saisi par l’abaissement structurel de la morale et de la dignité publiques, le culte des abus et privautés s’appropriant les droits en reléguant les devoirs, le mépris des apparences, et jugeant résistibles ces processus délétères, s’écriât un jour : « Un président ne devrait pas faire ça » et marquât un heureux et brutal coup d’arrêt dans le laxisme du pouvoir élyséen ?

Une nécessaire dignité

Je n’ai aucun moyen de démontrer la pertinence de mon intuition et je crains fort qu’elle relève de ces songes auxquels les sujets ont le droit de se livrer pour se consoler des maîtres, mais je suis persuadé que s’accorder avec la hauteur non seulement ne ferait rien perdre mais tout gagner. La tenue paie toujours. C’est mépriser le pays que de s’imaginer qu’il a besoin d’un « président cool » – Olivier Faure a raison sur ce plan – et qu’il aspire à des intervalles histrioniques non seulement médiocres mais, pire, contradictoires : quel rapport entre eux et la leçon justifiée donnée à un adolescent qui aurait dû l’appeler « monsieur le président »!

Un président ne devrait pas faire ça. C’est trop tard pour Emmanuel Macron mais le suivant peut-être, qui sait ?

Jean-Pierre Obin dans le viseur des antiracistes

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Jean-Pierre Obin lors d'une interview sur France Inter en septembre 2020. Capture d'écran YouTube

Dans les colonnes des Cahiers pédagogiques, l’ancien inspecteur de l’Éducation nationale est pris à partie par un formateur académique qui l’accuse – trop vite – de sous-estimer la formation à la laïcité du corps enseignant.


Le 10 mars, Jean-Pierre Obin, ancien inspecteur de l’Éducation nationale et auteur du fameux « rapport Obin », était auditionné au Sénat dans le cadre de la « loi séparatisme ». Il a notamment souligné que, depuis l’écriture de Comment on a laissé l’islamisme pénétrer l’école, la situation a encore empiré. Il n’en a pas fallu plus pour que le sang d’un « formateur académique » de l’Inspe (Institut national supérieur du professorat et de l’éducation) d’Aix-Marseille ne fasse qu’un tour.

Dans une tribune intitulée « Misère du débat public sur l’école », parue dans la revue Les cahiers pédagogiques, ce professeur s’est indigné que l’ancien inspecteur ose prétendre que l’école soit « menacée par le fondamentalisme de certains élèves » et l’accuse d’avoir « les élèves musulmans français dans le viseur ». Ce n’est pas tout. Jean-Pierre Obin n’aurait même pas eu un mot, ô sacrilège, pour « les recherches empiriques récentes menées sur le sujet des religions ou de la laïcité en milieu scolaire ».

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Enfin, l’insolent inspecteur a eu l’audace de suggérer d’«améliorer la formation à la laïcité des enseignants et chefs d’établissements ». La goutte de trop ! « On le comprend, il s’agit de mettre au pas la formation laïcité proposée par les Inspé », ironise le formateur, par ailleurs adepte de luttes pour les #mémoires et contre les #discriminations sur Twitter. Obin a répondu ensuite dans la même revue. « Tout compte fait, rarement un texte n’aura aussi bien illustré son titre », conclut-il dans sa réponse. Où en est-on dans ces fameuses « formations à la laïcité » ? À titre d’exemple, dans un Inspe situé au sud du Rhône, ladite formation pour les futurs enseignants du secondaire était sur toute l’année scolaire de… trois heures, ceci dans le cadre d’une journée portant également sur la « bienveillance » et les nouvelles technologies. Et un inspecteur à la retraite envisager de changer cela ? Face au mammouth à la dérive, le chevalier Obin va devoir redoubler d’efforts.