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Joseph Conrad, la tempête humaine

Pourquoi relire Conrad ? Pour respirer l’air du large et pour se faire peur. Pour le plaisir ! Et ne serait-ce que pour répondre à cette question : qu’est-ce qu’un écrivain métaphysique ?


Un aimable skipper à l’encre bleue ? Non, je le vois comme un sphinx. Un petit-cousin de Stevenson du côté de l’obscur, et qui s’accointe aux énigmes, aux premiers émois, aux ardeurs juvéniles. Il court sur Joseph Conrad une promesse d’îles, une rumeur de périple et d’or perdu qui vous submerge comme une vague. Sans parler de ces mots qu’il sème dans ses phrases comme des cailloux enchantés : amers, amures, beaupré, ralingue, brion, brigantin, chouque, suroît, estrope, wharf !

Des histoires d’honneur, des défections, des idées fixes, des errances éperdues, des naufrages. Des ovations soudaines, des clameurs muettes, des relents de goudron et d’épices. Des fleuves noirs, des peaux brunes, des fièvres. Un vent des tropiques, brrr ! coupé par les glaces du Titanic. 

On sait tout de suite qu’on n’est pas dans un roman de François Mauriac ou de Jacques Chardonne. Avec Conrad, tôt ou tard, ce sera panique à bord, et on aura le mal de mer. On s’échappe, on s’échoue, on se dépayse. On est emporté non pas dans un pays inconnu ni même sur une autre planète, mais dans un abîme intérieur, au cœur des ténèbres ; et l’on apprend qu’il y a une ivresse dans l’effroi.

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Fils d’un insurgé polonais en rébellion contre le tsar, élevé par un oncle, Conrad s’engage à 17 ans dans la marine marchande britannique ; il ne parle alors que quelques mots d’anglais. Vingt ans plus tard, il écrit en anglais son premier livre, La Folie Almayer, qui est déjà l’histoire d’une malédiction. S’il est devenu entre-temps citoyen britannique, sa patrie, c’est l’océan. Ce n’est pas un écrivain qui voyage, c’est un marin qui raconte, et qui se réjouit des écueils : il nous parle moins de la mer que de la solitude, des poisons nocturnes qui irriguent la mémoire, et de la panique qui s’ensuit.

Cela suffit à le distinguer du capitaine Haddock.

Sur une photographie datée de 1923, un an avant sa mort, accoudé au bastingage d’un transatlantique, le SS Tuscania, accostant à New York, Conrad pose avec une élégance lasse et rêveuse. Belle tête de père noble en col dur. Chapeau melon, gants, canne à pommeau, barbiche d’officier ou de professeur. Ni un clochard céleste à la Kerouac, ni un baroudeur à la Cendrars. On dirait un collègue d’Aristide Briand en mission diplomatique pour la SDN.

Pas commode, le pépère.

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En France, Joseph Conrad a bénéficié d’un parrainage précoce. Gide se souvient d’un déjeuner à Paris, en 1911 : « … comme je ne sais quel convive parlait avec enthousiasme de Kipling, Claudel eut un sourire dédaigneux et jeta le nom de Conrad. “Que faut-il lire de lui ?” demanda quelqu’un. “Tout”, dit Claudel », qui a la passion de l’Orient et vient d’achever Partage de midi. Gide, pourtant peu enclin à s’émouvoir, sera conquis et traduira Typhon en français. « Ce que j’aimais le plus en lui, écrit-il, c’est une sorte de native noblesse, âpre… et quelque peu désespérée, celle même qu’il prête à Lord Jim. »

On peut toujours, si on en a les moyens, s’offrir les œuvres complètes de Joseph Conrad en cinq tomes dans la Pléiade. Ce nouveau volume – présenté amoureusement par Dominique Le Brun sous le titre Le Romancier de la mer – a le mérite, dans l’allure d’une petite anthologie et dans un format accessible, de placer l’auteur dans une autre lumière. Il comprend : Jeunesse, La Miroir de la mer, Le Nègre du Narcisse, Lord Jim et Le Frère-de-la-Côte. Ce n’est pas un mauvais choix.

Chez Conrad, on reconnaît le héros à la noblesse désespérée de ses refus et à la beauté vaine de son sacrifice. Je n’oublie pas qu’il est l’auteur de Nostromo, le roman le plus fou du xxe siècle – le plus ample, « le plus anxieusement médité », le plus hermétique aussi qu’il ait écrit. Le cinéaste Joseph Losey qui essaya en vain de l’adapter au cinéma prétendait qu’on ne pouvait le lire que si on l’avait déjà lu !

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Né en 1857, Conrad semble entrevoir les désastres d’une histoire qu’il n’a pas connue : dictatures, guerres, génocides. Kipling et Stevenson sont d’un autre temps. Conrad, lui, est déjà du nôtre, compromis dans le désenchantement du monde. Il dénonce au Congo la cupidité et les crimes des colons à une époque où la plupart des Européens sont aveugles. S’il navigue à la croisée des derniers grands voiliers et des premiers vapeurs, il ne croit au progrès que dans une forme consubstantielle au cauchemar.

Car le thème dominant, sorcier, obsessionnel, chez Conrad, c’est la peur : « Un homme peut tout anéantir en lui, l’amour, la haine, la foi, et même le doute, lit-on dans Un avant-poste du progrès ; mais aussi longtemps qu’il s’accroche à la vie, il ne peut anéantir la peur. » Conrad sait de quoi il parle, il s’épuise à nommer ce tumulte qu’il détecte au plus profond de son corps : « Vous savez, écrit-il à son éditeur et confident Edward Garnett en 1898, comme il est désagréable de sentir son foie et ses poumons. Eh bien, je sens mon cerveau… Mon histoire s’y trouve sous une forme fluide – qui m’échappe… Tout est là – sur le point d’éclater, mais je ne peux pas plus la saisir qu’on ne peut retenir une poignée d’eau. »

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De sa voix mortelle et douce, Virginia Woolf qui n’était pas si gentille, étant si triste, a accusé Conrad d’écrire l’anglais comme une vache espagnole et de sombrer dans le mélodrame. Je ne lui ai jamais pardonné, à cette pimbêche neurasthénique, qui n’avait jamais vu la mer que du haut d’un phare. Pourquoi relire Conrad ? Pour le plaisir bien sûr, mais aussi pour répondre à la question : qu’est-ce qu’un écrivain métaphysique ? Avant lui, il y a Dante, puis Emily Brontë et Melville. Après lui, il y aura Hermann Broch et Musil. 

Et puis c’est tout.


Joseph Conrad, Le Romancier de la mer : romans et souvenirs (prés. Dominique Le Brun, trad. G. Jean-Aubry), Omnibus/Presses de la Cité, 2021.

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L’accès à l’information juridique: un nouvel enjeu démocratique?

Rendue au nom du peuple, la justice est censée lui être librement et facilement accessible. En France, pourtant, cet accès n’est que théorique. Dans les faits, 1 % seulement des décisions de justice sont disponibles en ligne, et les efforts d’une myriade de start-up de la Legal Tech pour libéraliser ce secteur se heurtent à de nombreuses réticences. Une opacité nuisible au bon fonctionnement de notre démocratie. 


Les praticiens du droit ne le savent que trop bien : l’accès aux décisions de justice en France est souvent malaisé. Et encore plus pour les non-initiés qui n’ont pas la chance de bien connaître les méandres de notre système judiciaire. Trouver sur internet une décision de première instance, qui ne soit pas issue de la Cour d’Appel, des suprêmes Conseil d’État ou Cour de cassation, relève parfois du parcours du combattant. Et ce n’est donc pas sans raison que la France a été classée dernière par l’UE (27ème) en matière d’accès du justiciable aux décisions de justice. Cette même Union qui encourage pourtant les États membres à faciliter toujours plus l’accès de leurs citoyens en la matière. 

L’émergence d’une French Legal Tech

C’est sur la base de ce constat que l’on voit fleurir depuis quelques années pléthore de nouveaux acteurs qui forment ce que l’on surnomme désormais la French Legal Tech. Après le secteur du transport ou de la médecine, c’est au tour des professions juridiques d’être impactées par les start-ups alliant intelligence artificielle et Big Data. Le marché du droit en France était estimé à 32 milliards d’euros en 2017 (il devrait atteindre les 1000 milliards fin 2021 à l’échelle mondiale). “​L’émergence de champions français de la Legal Tech, capables de se développer et de s’exporter rapidement, représente un potentiel immense en matière de croissance et de création d’emplois” indiquait il y a quelque temps Frédéric Mazzella, co-président du réseau France Digitale, qui réunit notamment les start-up légales.

Aussi, a-t-on vu émerger un certain nombre d’entrepreneurs du droit dont le but est justement de simplifier la vie des professionnels et des justiciables en proposant des solutions innovantes, technologiques et bien souvent efficaces, n’en déplaise à une arrière-garde parfois récalcitrante. Que l’on parle de Lexbase (moteur de recherche, de veille et de statistiques juridiques), de CaseLaw Analytics (qui évalue le risque juridique de votre dossier en simulant les issues possibles d’une procédure), d’HyperLex (outil de gestion des contrats) ou encore de Doctrine.fr (moteur de recherche juridique structuré), ces jeunes pousses françaises représentent indéniablement l’avenir de la pratique du droit. 

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Leur succès en est d’ailleurs la meilleure illustration. En moins de trois ans, Doctrine.fr est ainsi devenu le deuxième site d’information juridique le plus visité en France après Légifrance, affichant une des plus belles croissances de la French Tech. Plus qu’un simple outil de simplification, son président co-fondateur Nicolas Bustamante y voit un véritable « enjeu démocratique pour les justiciables et une réponse concrète aux problématiques des milliers d’avocats et juristes qui ne parviennent pas à trouver l’information dont ils ont besoin pour conseiller et défendre efficacement leurs clients, ou encore pour valoriser leur expertise en ligne ». 

Plus de transparence pour plus de démocratie 

La résistance reste néanmoins forte contre ces nouveaux entrants. Le Conseil National des Barreaux et le Barreau de Paris ont multiplié les plaintes à l’encontre de ces jeunes start-up au motif officiel que, s’ils sont favorables au développement de la French Legal Tech, ils ne le sont pas à n’importe quelles conditions. Une réticence qui interroge : est-il logique que ces institutions, supposées garantes de l’efficacité de la justice, soient celles qui s’opposent à un mouvement censé apporter davantage de transparence et de démocratie en facilitant l’accès à l’information du justiciable ? Si la justice française semble davantage être une justice d’initiés, ne faudrait-il pas encourager la transition vers un système judiciaire qui soit plus « populaire » ?

Les avantages d’une population et d’une sphère professionnelle ayant une bonne compréhension de leur système judiciaire ne sont plus à démontrer. Un meilleur accès à la législation permet de rester dans la légalité ; un accès plus large aux décisions de justice offre, quant à lui, davantage de prévisibilité pour le justiciable comme pour son conseil, représente une mine de connaissance pour les étudiants, chercheurs, universitaires, une source de savoir non déformé et vérifiable pour les journalistes d’investigation, mais induit également des juridictions désengorgées grâce à des actions en justice évitées ainsi qu’une réduction des coûts de fonctionnement de la justice grâce à plus de performance. 

Dans un rapport daté de 2019, la Commission européenne ne dit pas autre chose : « L’accès en ligne aux décisions judiciaires renforce la transparence des systèmes judiciaires, aide les citoyens et les entreprises à comprendre leurs droits et peut contribuer à la cohérence de la jurisprudence [l’ensemble des décisions de justice, ndlr]. Les pratiques en matière de publication en ligne des décisions judiciaires sont essentielles pour créer des fonctions de recherche conviviales, qui rendent la jurisprudence plus accessible aux praticiens du droit et au grand public ». La liste est longue des améliorations que les start-up de la Legal Tech peuvent générer pour un secteur dont on connait l’inertie et le conservatisme, tout en garantissant la protection des données personnelles et l’anonymisation des contenus. 

Un phénomène mondial

Le phénomène ne se limite pas à nos frontières et le monde entier assiste à ce même mouvement. Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni et, bien évidemment, la Chine qui a déposé la moitié des brevets en matière de Legal Tech en 2019. Il paraît donc évident qu’au lieu de tergiverser et de mettre des bâtons dans les circuits de notre astucieuse Legal Tech, il est primordial de la soutenir et de l’encourager si l’on ne veut pas qu’à terme tous les acteurs du secteur soient étrangers.

La France doit revoir sa politique dans le Caucase

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Lettre ouverte à Monsieur le président de la République française Emmanuel Macron


Bakou, le 26 mai 2021

Monsieur le président, 

Nous sommes des citoyens français entretenant des liens d’amitié, professionnels ou encore familiaux forts avec l’Azerbaïdjan et son peuple. Certains d’entre nous y résident de façon permanente depuis quelques années et attachent donc une grande importance à la bonne santé des relations franco-azerbaïdjanaises sur tous les plans.  

D’origines socioprofessionnelles diverses, nous nous efforçons tous, chacun à son niveau, à participer au rayonnement de notre pays et de la francophonie dans cette région du monde. De plus, nous avons une certaine idée de la France, celle d’un pays dont la voix dans le monde compte et dont nous sommes extrêmement soucieux de l’image à l’étranger.  

Si nous nous adressons aujourd’hui directement à vous, c’est d’abord parce qu’il est devenu extrêmement difficile de faire entendre notre voix en France, la quasi-totalité de nos représentants élus, toutes tendances politiques confondues, ayant choisi, dans un contexte d’élections à venir, l’opportunisme, le clientélisme quand ce n’est pas l’idéologie, au détriment des intérêts supérieurs de la France et des Français. 

Ensuite et surtout, parce qu’en tant que chef de l’Etat, vous incarnez la politique étrangère de la France et définissez en dernière instance quelle doit être l’orientation de notre pays en la matière. Il nous paraît donc important que vous puissiez prendre certaines décisions futures qui engageraient durablement notre pays, à la lumière de certaines réalités. 

Comme vous vous en doutez, une partie d’entre nous se trouvait en Azerbaïdjan lors des évènements d’octobre-novembre derniers, lorsque se sont affrontées durant 44 jours l’armée azerbaïdjanaise et les forces séparatistes du Haut-Karabagh soutenues militairement par l’Arménie, période durant laquelle nous avons été particulièrement exposés.

Exposés en premier lieu du fait des actes de guerre commis par les forces armées arméniennes – sans équivalent côté azerbaïdjanais, soulignons-le – ayant visé à plusieurs reprises de façon délibérée des populations civiles situées hors des zones de combats, dont nous aurions pu être les victimes collatérales : double bombardement de Gandja, deuxième ville du pays, les 11 et 18 octobre, bombardement de Barda les 27-28 octobre, entrainant la mort d’une centaine de civils, et tentative de bombardement visant la capitale Bakou déjouée au dernier moment le 10 novembre au matin, quelques heures avant la signature de l’accord de cessez-le-feu. 

Exposés ensuite par les retombées de la crise diplomatique entre nos deux pays, que vous n’ignorez pas, provoquée par des postures et des déclarations extrêmement maladroites et partiales de notre diplomatie, qui ont eu de sérieuses conséquences sur l’image de la France véhiculée en Azerbaïdjan – jusque-là excellente – hélas loin d’être redorée à ce jour.  Nous vous renvoyons à l’article publié par le site du journal Le Monde, le 15 avril dernier, « Vexé par le soutien aux Arméniens, Bakou snobe les sociétés françaises », qui rend parfaitement compte de la situation sur place sur le plan économique notamment. 

Exposés enfin dans notre propre pays d’origine, notre « proximité avec Bakou » faisant de nous et de nos proches les cibles potentielles de certaines franges radicales de la diaspora arménienne en France, qui n’hésitent pas à intimider et à menacer physiquement tout soutien affiché à l’Azerbaïdjan. Ce « soutien affiché » peut comprendre le simple fait de rappeler ce qu’était traditionnellement la position française depuis 1993 en matière de droit international, à la suite du vote des quatre résolutions de l’ONU (822, 853, 874 et 884) qui prévoyaient le « retrait immédiat et inconditionnel des forces arméniennes présentes sur le territoire de l’Azerbaïdjan ». 

A ce sujet permettez-nous de nous interroger, à l’heure des débats sur la lutte contre le « séparatisme » ou de la défense de la liberté d’expression qui vous sont chers, sur l’impunité dont semble jouir ces groupuscules communautaires sur notre sol depuis plusieurs mois : pressions et menaces physiques sur des élus (Jérôme Lambert, député de la 3e circonscription de Charente, Nathalie Goulet sénatrice de l’Orne, ou encore Thierry Mariani, député européen), atteinte à la liberté de la presse (pression sur la chaîne de télévision TF1 suite à la diffusion d’un reportage de Liseron Boudoul sur la ligne de front côté azerbaïdjanais, elle-même menacée de mort), troubles à l’ordre public en plein état d’urgence sanitaire (manifestations régulière à Paris devant l’Ambassade d’Azerbaïdjan en France dès le 27 septembre, blocage de l’autoroute A7 le 28 octobre 2020), agressions de citoyens franco-turcs (agression violente de quatre membres d’une famille d’origine turque, le 25 avril à Saint-Dié-des-Vosges, par un groupe de plus d’une dizaine d’individus). 

Nous espérions tous que l’arrêt des combats et le cessez-le-feu du 10 novembre permettraient de tourner la page de cette période compliquée et d’amener une normalisation des relations franco-azerbaïdjanaises.  Or, depuis la signature de cet accord, nous assistons à une incessante campagne médiatique de désinformation et de dénigrement à l’endroit de l’Azerbaïdjan dans la presse française, à d’intenses activités de diplomatie parallèle faites de visites régulières de parlementaires et de personnalités politiques françaises de premier plan en Arménie (y compris sur le territoire souverain de l’Azerbaïdjan actuellement sous contrôle des soldats de la paix russes, donc illégales) n’allant nullement dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation, ou encore à des actes de provocations politiques défiant le droit international et jetant de l’huile sur le feu. Nous pensons bien évidemment au scandaleux texte sans fondement juridique voté par le Sénat le 25 novembre 2020 intitulé « Proposition de résolution, portant sur la nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabagh », qui a logiquement déclenché une tempête médiatique en Azerbaïdjan, a déshonoré notre pays et a enterré définitivement notre légitimité à être médiateur du conflit en tant que co-président du Groupe de Minsk. 

Nous voudrions à ce sujet rappeler que nous avions écrit – par l’intermédiaire de notre représentant consulaire pour la circonscription Asie centrale et Moyen-Orient basé à Téhéran (Iran), Monsieur Armand Meimand, également signataire de la présente lettre et qui a beaucoup fait pour les Français établis en Azerbaïdjan ces derniers mois – au président du Sénat, Monsieur Gérard Larcher, quelques jours avant le vote de ce texte pour lui faire part de nos inquiétudes en cas d’adoption de celui-ci et de notre refus d’être les otages de ces prises de position hasardeuses. Cette initiative est malheureusement restée sans suite, le sort des Français résidant en Azerbaïdjan et nos (nombreux) intérêts nationaux sur place n’ayant visiblement eu aucune influence sur le vote. 

Relevant certes de la liberté de la presse et du droit souverain de la France d’entretenir des relations d’amitié avec l’Arménie, tout ceci est perçu à juste titre par l’Azerbaïdjan comme une défiance et une volonté claire de saborder le processus de paix à n’importe quel prix. Pire, l’ensemble de la classe politico-médiatique de notre pays apparaît de toute évidence comme sous l’influence de certains groupes de pressions communautaires – dont nous avons précédemment dénoncé les agissements – entretenant un ressentiment multiséculaire à l’endroit des peuples turcs et un esprit de revanche qui menace la stabilité de la région et le processus de paix, encore fragile. Il en résulte logiquement des discussions régulières du côté azerbaïdjanais sur la réévaluation de nos relations diplomatiques et économiques – dont il est question dans l’article du journal Le Monde évoqué plus haut – voire sur une rupture totale et définitive si l’exécutif en venait à entériner les résolutions prises par le Sénat et l’Assemblée nationale.

Nous prenons évidemment très au sérieux les récentes déclarations du président du Sénat Monsieur Gérard Larcher, évoquant la préparation imminente d’un nouveau texte visant à reconnaître une entité séparatiste sur le territoire azerbaïdjanais, ce qui constituerait une nouvelle provocation et ouvrirait une crise majeure. 

Cette lettre ayant vocation à être rendue publique, permettez-nous avant de conclure notre propos, de porter à la connaissance de nos compatriotes en France certaines réalités, afin que ces derniers puissent avoir une idée précise de ce qui est désormais en jeu. 

Tout d’abord, rappelons encore une fois que le Haut-Karabagh et ses sept districts environnants, aujourd’hui libérés, font partie du territoire reconnu internationalement – donc par la France – de la République d’Azerbaïdjan. En 1993, quatre résolutions de l’ONU (822, 853, 874 et 884) avaient été votées (et par la France), prévoyant le « retrait immédiat et inconditionnel des forces arméniennes présentes sur le territoire de l’Azerbaïdjan ». 

Notons que l’Azerbaïdjan, comme la France, a toujours été une nation attachée au droit international et au principe de l’intangibilité des frontières nationales et l’a démontré à plusieurs reprises. Il a notamment, comme nous, condamné le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en 2014, et, malgré sa très grande amitié et proximité avec la Turquie, il ne reconnaît pas la « république turque de Chypre du Nord ». Hélas, le multilatéralisme ayant échoué à trouver une solution pacifique pour la résolution de ce conflit, l’Azerbaïdjan a choisi le 27 septembre dernier de prendre son destin en main pour mettre en œuvre lui-même les résolutions de l’ONU évoquées plus haut.

Comme avec l’Arménie, nous avons des relations historiques, diplomatiques, culturelles, économiques et commerciales anciennes et de qualité avec l’Azerbaïdjan : 

La France a notamment été le premier pays, après la Turquie, à reconnaître l’indépendance de l’Azerbaïdjan en 1992, et c’est la France que Heydar Aliyev (père de l’actuel président) a choisie pour effectuer sa première visite d’Etat en 1993.

Sur le plan de l’Histoire et de la mémoire, rappelons que lors de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs Azerbaïdjanais soviétiques ont été des héros de la Résistance, ayant principalement combattu dans le Maquis de Cabertat (aux environs de Montauban), au premier rang desquels un certain Ahmadiyya Jabrayilov (dit « Ahmed Michel ») hélas pratiquement oublié chez nous, mais dont la mémoire est chaque année honorée en Azerbaïdjan le 9 mai, le Jour de la Victoire contre le régime nazi. 

Et lorsque le général De Gaulle s’est rendu à Moscou à la fin du mois de novembre 1944 pour s’entretenir avec Staline, ce dernier et sa délégation ont fait escale à Bakou pour une nuit. Une plaque en souvenir de la (brève) venue du général a été installée par le gouvernement azerbaïdjanais à la fin des années 90, sur la façade d’un bâtiment de l’une des principale avenue de la capitale, ce qui témoigne de l’affection qui nous est portée en Azerbaïdjan.

Aujourd’hui, nous avons un lycée français, un Institut français (IFA) et une université française (UFAZ) à Bakou qui participent au rayonnement de la France et de la francophonie.

De nombreux Azerbaïdjanais sont francophones et francophiles, et tout autant que nous sont profondément déçus et attristés par la situation. Beaucoup ont étudié en France et continuent de choisir notre pays pour leurs études, et ce, malgré les tensions diplomatiques actuelles et les risques d’être pris pour cibles des mêmes groupuscules évoqués plus haut. 

Sur le plan économique et commercial, des trois pays du Caucase du Sud, l’Azerbaïdjan est notre premier partenaire. Plusieurs grandes entreprises françaises dans différents secteurs sont présentes sur place et y sont bien positionnées, notamment Total, Engie, Société Générale, Thales, Schneider, Alstom, CNIM, GDF Suez et Suez Environnement et de nombreuses franchises (Go Sport, Courir, Occitanie, Yves Delorme, Yves Rocher, etc.) et marques dans différents domaines (cosmétique, alimentaire, électroménager, prêt-à-porter, etc.) sont présentes. Une Chambre de Commerce et d’Industrie Azerbaïdjan-France (CCIAF) existe également depuis quelques années.

Enfin, et on ne le répètera jamais assez, l’Azerbaïdjan est un pays civilisé qui a une vraie culture (musicale, littéraire, lyrique, etc.), une histoire, une géographie, des paysages et beaucoup d’autres choses à offrir en plus des hydrocarbures. 

De nombreuses ethnies non-azéries (Lezghiens, Talyshs, Avars, Russes, Tatars, Juifs, etc.) vivent en Azerbaïdjan en parfaite harmonie. Sur le plan religieux, l’Azerbaïdjan est un pays profondément laïc et séculier. C’est peut-être le seul pays au monde où cohabitent pacifiquement autant de religions (musulmans chiites et sunnites, chrétiens et juifs). 

Rappelons ici que le Fonds Heydar A liyev a alloué des fonds il y a quelques années pour des travaux de restauration d’édifices religieux chrétiens en France, notamment ceux de la Cathédrale de Strasbourg ou encore d’églises du xiie et xive siècle du département de l’Orne. 

Nous sommes évidemment très loin de l’image absolument déplorable véhiculée ces derniers temps par un grand nombre de personnalités politiques et médias français n’ayant pour la plupart que très peu de réelles connaissances sur le sujet, dépeignant l’Azerbaïdjan comme une « effroyable dictature corrompue », pratiquant la « diplomatie du caviar », « anti-chrétienne », sinon « expansionniste et génocidaire ». Nous, Français établis en Azerbaïdjan, témoignons du contraire et en profitons pour exprimer ici notre gratitude au peuple azerbaïdjanais qui a su garantir notre sécurité pendant la guerre de 44 jours et qui continue à faire preuve de bienveillance à notre égard malgré les tensions diplomatiques.

Monsieur le Président, vous avez à de nombreuses reprises, au nom de la France, rappelé notre amitié éternelle pour l’Arménie et pour son peuple, ce que nous ne souhaitons nullement remettre en question ici. 

Quels sont désormais vos mots pour les Français établis en Azerbaïdjan, qui participent chaque jour au rayonnement de la France et à l’amitié entre les peuples ? Et quel message d’amitié avez-vous pour les Azerbaïdjanais, pour qui, à l’instar de bien d’autres peuples dans le monde, la voix de la France et les idéaux qu’elle porte comptent énormément ? 

Dans l’attente de gestes forts de votre part et restant à votre disposition pour travailler avec vous à la normalisation des relations franco-azerbaïdjanaise, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération. 

Les signataires,

Martin Ryan (Entrepreneur, Chef d’entreprise)

Serge Bainvel (Entrepreneur, Chef d’entreprise)

Alban Claude (Descendant en France de Zeinalabdin Tagiyev, philanthrope azerbaïdjanais de la fin du XIXème – début du XXème siècle)

Antoine Liagre (Analyste)

Armand Meimand (Représentant consulaire pour la circonscription Asie centrale et Moyen-Orient)

Damien Gasneray (Cadre commercial)

Maxime Gauin (Historien, Chercheur au Center For Eurasian Studies) 

Gérard Cardonne (Ecrivain, Essayiste) 

Aymeric Housez (Ingénieur)

Féminisme algorithmique

Les féministes ne manquent pas d’initiatives. Mais, elles n’avaient pas encore d’école d’informatique… C’est chose faite !


Ces dernières semaines le pays a été durement éprouvé par des vagues féministes spectaculaires… Les Français ont d’abord pris connaissance du mouvement « femelliste » porté par la très mesurée antispéciste Solveig Halloin, se plaignant partout du patriarcat libéral qui ferait des femmes et du bétail les mêmes victimes sacrificielles de notre société décadente. En même temps, la très dispensable performeuse Olympe de G. a annoncé bruyamment qu’elle entamait une « grève de l’hétérosexualité » afin de faire avancer la cause des femmes.

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Simultanément le mouvement Nous toutes appelait à « Rompre le tabou de l’hétérosexualité », à travers une tonitruante conférence féministe en ligne visant à mettre en évidence que l’« hétérosexualité comme construction sociale, est un système politique au cœur du sexisme et vecteur de violences sexistes et sexuelles. » Le féminisme c’est aussi un business : on a vu fleurir sur Facebook ces causeries virtuelles payantes sur des sujets du genre « Pratiquer la sororité », « Qu’est-ce que le féminisme juridique ? », « Et si le féminisme boostait votre carrière ? » Les militantes aux cheveux bleus refont le monde sur Zoom. Le média en ligne Brut nous dressait aussi le portrait d’une Américaine qui s’est tout simplement mariée… avec elle-même, afin d’avancer sur le chemin de croix de l’émancipation égocentrique et de la condamnation du couple castrateur ! Bien sûr la pratique n’est pas vraiment reconnue par la loi, mais bien des névroses se résolvent en des cérémonies fastueuses.

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Il ne manquait qu’une école de code… féministe : la Providence nous l’offre sous la forme de l’Ada Tech School. Cette école de code mixte-et-paritaire, si on en croit sa brochure « est la première en Europe à la culture féministe et inclusive, ouverte à tous les profils. Neuf mois de formation et un an d’alternance avec une pédagogie unique pour lancer sa carrière dans la Tech en toute confiance. » Une gestation un peu longue, aux forceps, mais fructueuse. L’établissement se dit « pensé pour les femmes, mais ouvert à tous. » A la clé : l’empowerment par la création de valeur, la data, l’agilité, les applis, l’IA et la start-up nation ! La promesse est alléchante : « plus de confiance, plus de sens, plus de filles » ! J’approuve. Reste à savoir maintenant comment appliquer l’écriture inclusive aux langages de programmation… Après l’informatique, il faudra s’attaquer au BTP et aux métiers du funéraire ! Une aube radieuse se lève sur le féminisme 2 ou 3.0.

Football: l’idéologie diversitaire à l’offensive en Équipe de France

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Dans la sélection de Karim Benzema en Équipe de France et dans le choix du rappeur Youssoupha pour la chanson des Bleus, Jean Messiha a vu une offensive de l’idéologie diversitaire. Il compte ne pas regarder la compétition. Tribune.


Pendant la soirée des César 2020, l’actrice Aïssa Maïga, invitée pour remettre le prix du meilleur espoir féminin, déclarait devant le gotha du showbiz français « compter le nombre de Noirs dans la salle », citant tour à tour les quelques personnes de couleur présentes, comme le réalisateur des « Misérables » Ladj Ly. Je me suis donc permis de faire pareil, mais cette fois-ci de compter les « Blancs » plutôt que les « Noirs » et de le faire dans le foot et non pas dans le cinéma.

Le ballon rond est une passion populaire presque partout dans le monde. Y échappent les États-Unis, plus adeptes de leur forme ultra-violente de rugby, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, terres de vrai rugby, ainsi que les pays du sous-continent indien qui, de leur côté, ont fait du cricket leur sport national. 

Ailleurs, et bien sûr en France, c’est le foot. C’est un sport populaire. Son exercice est peu coûteux : une paire de chaussures à crampons, un short, un t-shirt, un ballon que l’on peut se partager à plusieurs et hop, le match peut commencer. Il faut certes des terrains. Mais notre pays en compte des milliers depuis longtemps et en particulier dans les quartiers populaires. Universellement, ce sport est à l’image de son peuple. En France, plus que tout autre domaine, le football reflète le changement de peuple en version accélérée. La dernière sélection, celle annoncée par Didier Deschamps il y a quelques jours compte neuf joueurs d’origine européenne, c’est-à-dire « blancs », comme dirait un certain Youssoupha. Neuf… sur 26 ! Je les nomme Hugo Lloris, Benjamin Pavard, Léo Dubois, Clément Lenglet, Lucas Hernandez, Lucas Digne, Adrien Rabiot, Antoine Griezman et Olivier Giroud. Tous les autres sont d’origine africaine, récente ou lointaine, ou encore maghrébine. Cela ne remet évidemment pas en cause leurs qualités de jeu et la légitimité de leur sélection. Mais dans un pays où il devient de bon ton de compter les Blancs, de leur reprocher à demi-mots d’être encore là, c’est assez parlant.

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Say no to racism

Ce lent et inexorable déclin de la présence de joueurs d’origine européenne au point de devenir franchement minoritaire dans un pays dont plus de 80% du territoire et 96% de la population est sur le continent européen est exceptionnelle. Aucun autre pays participant à l’Euro de foot ne présente une telle caractéristique. Pas même la Belgique, pourtant ancienne puissance coloniale fortement marquée par une immigration extra-européenne. Pas même l’Angleterre et sa « diversité » légendaire. Il faut dire la vérité : le foot français a fait l’objet d’un véritable nettoyage ethnique, savamment et patiemment entrepris depuis des années par le milieu des associations sportives pétries d’immigrationnisme et de discrimination positive en faveur des minorités. Le tout supervisé par la Fédération Française de Football (FFF). Être un jeune Blanc dans les clubs des quartiers populaires est, à la longue, devenue une erreur de casting. À moins d’avoir des parents qui peuvent vous payer une école de foot, mieux vaut oublier pouvoir y briller. La doctrine « progressiste » a posé le postulat que ce sport, où l’on peut gagner beaucoup et devenir une star, devienne le domaine de prédilection des jeunes « racisés » afin de créer ce que les Anglos-saxons appellent les « role models ». Mais comme il faut ne pas trahir l’idéologie immigrationniste et malgré le fait que notre pays compte un nombre considérable de talents pétris de rêves de gloire sportive, la France va continuellement chercher en Afrique noire et au Maghreb de nouveaux joueurs pour la Ligue 1, la Ligue 2 et même la ligue nationale, ex- troisième division, qui compte quelques clubs pro. Une immigration du sport totalement irrationnelle. 

Cette année, à l’occasion de l’Euro 2021, nous avons également eu droit à une initiative de la Fédération Française de Football, initiative destinée à acter le basculement de ce sport dans l’après-France. Le choix d’un rappeur congolo-français, né à Kinshasa et vivant en Côte-d’Ivoire, Youssoupha Mabiki Zola, pour interpréter l’hymne des « Bleus » à l’Euro 2021, était tout sauf le fruit du hasard.  Soyons juste : l’homme est certes injurieux, racialiste, sexiste au point d’en être ordurier (contre Marine Le Pen), haineux et menaçant (contre Eric Zemmour), anti-flics et anti-France, mais ses textes sont plutôt plus riches et moins débiles que la grande majorité du rap. Cela lui vaut d’être vénéré par tout ce que la France compte de francophobes. C’est ainsi depuis des années : quand un immigré noir ou maghrébin rappe son vomi et souvent sa haine sur notre pays, les femmes, les forces de l’ordre et les Blancs de façon outrageusement grossière et dans une langue de décharge, il fait frissonner de joie les apôtres de l’humanisme, les grands prêtres de la bienveillance et les souverains-pontifes de la tolérance. Quand même : ils doivent reconnaitre que c’est trash, même pour eux. Avec Youssoupha on a à peu près le même type de message, mais avec toutefois plus de mots en français et qui arrivent à s’aligner dans des phrases. Mais oui, mais oui : des phrases, miracle ! Alors, il faut le mettre à l’honneur. Une équipe de France majoritairement non-Blanche soutenue par la chanson d’un rappeur noir :  le rêve pour l’extrême-gauche, la gauche ou ce qu’il en reste et bien sûr la macronie qui a envoyé sa ministre des sports Roxana Maricineanu promouvoir ce « coup » de la FFF.  Et puis il y a Karim Benzema, l’Algérien de cœur et d’âme, suspecté d’être maître chanteur dans une affaire de sextape, qui préférerait jouer pour « son pays », celui de ses parents, l’Algérie, mais qui, comme le pognon est de ce côté-ci de la Méditerranée, n’a pas eu à hésiter. Le cœur au Maghreb, le portefeuille en Europe.     

Offensive diversitaire

L’objet de cette tribune n’est pas de demander le changement de composition de notre équipe nationale de football. Dans l’absolu, nous pourrions exiger une discrimination positive qui favorise l’accès des Blancs à l’équipe de France. Car après tout, pourquoi la discrimination positive serait-elle réservée à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sauf au Blanc ? Malgré cela, nous ne sommes pas pour les quotas, à la différence des racialistes qui les réclament en faveur des non-blancs. Les Français qui en ont marre de cette imposture peuvent faire le choix très simple de ne plus la regarder à la télévision. Un tel boycott serait plus que symbolique. Ce sport-business devenu l’étendard du remplacement ne vit, en effet, que de l’énorme manne financière rapportée par les recettes télévisuelles. Il ne survivrait pas à la « grève » des remplacés qui l’alimentent avec leur pognon. À chacun de se déterminer. Personnellement, je regarderai autre chose. 

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Au-delà de la façon dont nous voulons réagir à cette offensive diversitaire, il reste que cette formation illustre de façon aveuglante la réalité du changement de peuple. Mais en version accélérée. On nous dira qu’elle a toujours compté des immigrés comme Michel Platini, Youri Djorkaeff et bien d’autres. Je le sais bien, moi qui fus longtemps un fan de nos Bleus. Mais ils étaient issus de l’immigration européenne que nous considérons depuis très longtemps comme une mixité naturelle à l’échelle de notre continent commun, l’Europe. Elle comptait aussi des joueurs géniaux issus de la diversité extra-européenne comme les Marius Trésor, Jean Tigana, Marcel Desailly ou encore le formidable Zinédine Zidane. Mais à l’époque, la France en bleu ressemblait encore à la France. Aujourd’hui, elle représente à la fois une réussite et une étape de plus dans la marche vers l’annihilation identitaire de la France historique. Pourquoi une étape ? Car lorsque l’on regarde les équipes de la « relève » alignée par la FFF, les U19 ou U20, nous pouvons programmer la quasi-disparition des joueurs européens dans l’équipe de France d’ici la fin de la décennie. La France Black-Beur. Amputée de ses Blancs. Le rêve ultime de la grande majorité de ces élites qui nous demandent de leur redonner cinq ans de plus en 2022 pour continuer le boulot. On me dira que la France a bien d’autres problèmes que la couleur de son équipe de foot. C’est vrai. Mais alors qu’ils cessent de nous dire que nous fantasmons le « grand remplacement ». Qu’ils admettent sa réalité au lieu de le nier de façon grotesque. Sans cela, il sera impossible d’avoir un débat politique honnête sur l’immigration et l’identité. Ce débat interdit laisse la France interdite.

Le Hamas, le Jihad Islamique et le Hezbollah sont des milices mercenaires de l’Iran

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Dans Dix Petits Mensonges et leurs Grandes Conséquences (Editions l’Artilleur, 2021), Yves Mamou s’attaque à l’antisionisme. L’ancien journaliste du Monde postule qu’une série de mensonges déforme la perception de l’État d’Israël en Europe. Il a recensé dix de ces mensonges et démontre qu’ils ont un effet dévastateur qui va bien au-delà de la mauvaise perception que nous avons de l’État hébreu : les Français et les Européens sont désarmés face au djihad.


Causeur. Quel regard portez-vous sur les récentes attaques du Hamas et sur la riposte d’Israël ?
Yves Mamou. C’est un cas d’école. J’explique dans Dix Petits Mensonges que la « cause palestinienne » dont on se gargarise en Europe a cessé d’être une cause arabe et même palestinienne. Le Hamas, le Jihad Islamique palestinien et le Hezbollah sont des milices mercenaires conseillées et armées par l’Iran. Toute la puissance de feu palestinienne vient de l’Iran et s’exerce à son bénéfice. La fonction de ces milices palestiniennes ou propalestiniennes consiste à chauffer à blanc les opinions publiques arabes contre les « sionistes ». Pour les Ayatollahs, il s’agit d’empêcher les dirigeants arabes (les Émirats, Bahreïn, l’Arabie Saoudite…) d’organiser un front commun avec Israël… contre l’Iran précisément. Vue d’Europe, l’attaque du Hamas contre Israël a la même fonction : elle chauffe à blanc l’opinion publique immigrée musulmane – et il y une opinion publique musulmane en France, en Allemagne ou en Angleterre – et empêche les gouvernements européens de manifester leur solidarité avec Israël. J’en veux pour preuve que les pays d’Europe qui refusent l’immigration musulmane sont les seuls à avoir pleinement manifesté leur solidarité à Israël.

Yves Mamou © D.R.

Comment interprétez-vous le cessez-le-feu, et qui voyez-vous en vainqueur de cette confrontation ?
Sur le plan militaire, le vainqueur est Israël. Les tunnels du Hamas sont hors d’usage, l’appareil de production de missiles en a pris un coup et nombre de miliciens islamistes ont péri dans les tunnels où ils s’étaient réfugiés. Il faudra plusieurs années au Hamas pour reconstituer sa puissance de feu. Tout ceci a été obtenu sans rentrer dans Gaza.
Sur le plan politique, le bilan est plus mitigé. Israël a été mis à l’arrêt pendant onze jours et les Israéliens ont dû dormir et travailler dans les abris. Mais le plus grave est ailleurs. Au-delà du trauma dû à des alertes incessantes, nous sommes revenus dans une configuration géostratégique classique, la même depuis 1967 : il n’y aurait pas de paix possible entre Israël et les pays arabes sans un règlement de la « question palestinienne ». La bonne vieille « solution à deux États » qui n’a jamais fonctionné et n’a produit que des guerres est à nouveau sur la table. Les Palestiniens vont pouvoir continuer de bloquer la paix au profit de l’Iran d’un côté et du djihad mondial (salafisme, Al-Qaïda, Qatar, Frères Musulmans…) de l’autre.
Dans Dix Petits Mensonges, je montre que les organisations internationales n’ont pas le rôle d’arbitre qui devrait être le leur. L’ONU, l’UNESCO ou l’OMS mènent une guerre d’un nouveau genre contre Israël. Une guerre par le droit s’y exerce – lawfare comme disent les Américains – pour déposséder Israël du bénéfice politique de ses victoires militaires. Cette guerre par le droit est tout aussi dévastatrice que les roquettes du Hamas. Si le Dôme de Fer américain (à savoir le droit de veto que les Américains utilisent souvent pour éviter une condamnation d’Israël au conseil de sécurité de l’ONU) cessait de bénéficier à Israël, l’État hébreu deviendrait rapidement un État paria.

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Dans nombre de médias internationaux, Israël est déjà un paria. Vous parlez dans votre livre de mediafare …
En se faisant le relais du discours victimaire palestinien, les médias sont devenus acteur du conflit. Ils ont renoncé à leur sens critique. Par idéologie, depuis quarante ans, les médias formatent les consciences à l’antisionisme. Si les médias ne s’attaquaient qu’à Israël, le mal serait circonscrit. Mais cette politique éditoriale a des prolongements préjudiciables à tous. En France et en Europe, les médias victimisent les islamistes, diabolisent tout regard critique sur l’immigration et ne remettent jamais en question la psychiatrisation du djihad qu’opèrent les autorités. Il n’est pas admissible que les médias ne remettent pas en question la ligne politique officielle qui classe les décapiteurs d’enseignants, les égorgeurs de flics ou les agresseurs de chrétiens dans les églises comme des « déséquilibrés ». 

On peut aussi voir des messages associant Israël aux nazis. Comment les interpréter ?
Depuis la fin des années 1990, les Palestiniens tentent de se faire passer pour les « Juifs » du Moyen Orient. Par effet de bascule, les Juifs israéliens sont catapultés dans le camp des nazis. Les messages qui en Europe « associent Israël aux nazis » soulignent le succès de cette stratégie victimaire. Tout le conflit israélo-arabe est structuré par une série de leurres (ce sont mes « Dix Petits Mensonges ») qui, avec le temps, ont acquis la solidité du béton.
Le problème est que ces « petits mensonges » ont des prolongements en France et en Europe. À Paris, on a vu des femmes islamistes manifester avec l’étoile jaune au côté gauche de leur vêtement. Et au centre de l’étoile jaune, il y avait écrit « muslim ». Quand les islamistes se font passer pour des Juifs, cela signifie qu’ils accusent les Français non-musulmans de vouloir les exterminer. Et si les islamistes se persuadent que vous voulez les exterminer, alors ils s’arrogent le droit moral de passer à l’attaque pour se « défendre ».  Islamistes, Palestiniens… n’attaquent jamais, ils se « défendent ». Et les médias qui les victimisent leur en donnent confirmation.

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Comment expliquer que ce sont essentiellement des groupes de gauche ou d’extrême gauche qui diffusent de tels arguments en France ?
Comment la gauche française et européenne en est-elle venue à soutenir un mouvement terroriste islamiste comme le Hamas ? Ces errements politiques sont la conséquence d’une tragédie intellectuelle et morale européenne. Après la Seconde Guerre mondiale, la gauche chrétienne et la gauche politique ont perdu la foi en Dieu pour les uns et la foi dans le socialisme pour les autres. Les églises ont été désertées au moment même où le socialisme soviétique s’est effondré. Ce double effondrement de la croyance religieuse et de la croyance en un paradis communiste, a placé des millions de personnes en déshérence morale. Elles n’avaient rien à quoi se raccrocher. Plutôt que de s’inventer une morale sans Dieu, elles se sont rabattues sur une croyance de remplacement : le palestinisme et l’immigrationnisme musulman.

Au-delà de la gauche, pourquoi l’Union européenne ne soutient-elle pas Israël face au fascisme islamique ?
Nous vivons dans un univers façonné par la Deuxième Guerre mondiale et l’extermination des Juifs. Pour que pareils désastres ne se reproduisent plus, les dirigeants européens ont choisi de briser les nations en Europe, d’extirper la plus petite trace de culture nationale et de favoriser l’arrivée du plus grand nombre possible de migrants musulmans africains, nord-africains, turcs et asiatiques. La présence massive de l’islam est censée apporter la preuve aux dirigeants européens que le chauvinisme français, l’impérialisme allemand ou la bigoterie espagnole ont été éradiqués. Cette haine de la nation considérée comme la cause de tous les maux, les amène bien logiquement à considérer qu’Israël, structuré comme une nation (des frontières, un peuple, un drapeau) se conduit comme un nazi dès qu’il se défend. Peut-être assistons-nous aux derniers soubresauts de ces croyances de remplacement, mais je n’en suis pas sûr. Le mouvement woke a tout d’un millénarisme résolu à ne pas laisser une pierre debout en Occident.

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L’amplification de ce discours victimaire change-t-il la donne dans les réactions à ce premier conflit d’importance depuis quelques années en Israël ?
La victimisation est au fondement des conflits asymétriques d’aujourd’hui. Le Hamas ne fait pas le poids au plan militaire face à Israël, mais sa faiblesse (relative) contribue à lui valoir la sympathie des médias et de la gauche islamisée en Europe et aux États-Unis. À cela s’ajoute la racialisation du rapport social en Occident. L’antiracisme dominant empêche de comprendre que les bourreaux d’aujourd’hui sont parfois basanés et souvent musulmans !
Dix Petits Mensonges est une généalogie du passé proche. J’ai voulu montrer que l’antisionisme qui a pour fonction de délégitimer la présence juive en Palestine a été la matrice de l’antiracisme qui stigmatise les conservateurs, les libres penseurs de droite et de gauche, les critiques de l’immigration, les classes populaires blanches… Tous sont campés en colonisateurs et en racistes. L’antiracisme légitime le déboulonnage des statues érigées par les « racistes », réécrit les épisodes jugés « racistes » du passé historique européen et met au rancart une partie de leur littérature. L’antiracisme actuel a pour but de faire du « raciste » un étranger dans son propre pays. Cela a été ma grande découverte : la délégitimation du Juif en Israël entre en résonance avec la délégitimation du Français de souche. Des citoyens nés en France de deux parents eux-mêmes nés en France, peuvent, par le jeu de l’antiracisme, être transformés en étrangers dans leur propre pays.  L’antiracisme transforme les « de souche » en nouveaux Juifs ! C’est l’ère du Tous Juifs ! Ce système de dingue va-t-il perdurer ? Il durera tant que la gauche n’en sera pas elle-même victime. Elle a commencé d’en souffrir, mais elle ne veut pas encore le savoir.

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Benoît Hamon, invité permanent de la radio publique

Il l’annonce solennellement: il ne débattra jamais avec Éric Zemmour.


Surnommé Requiem dans certains milieux pour avoir jeté la dernière et très légère pelletée de bulletins de vote sur la tombe du PS, le conseiller régional Benoît Hamon se présente sur la liste de Julien Bayou pour les prochaines élections régionales. Il bénéficie d’un traitement de faveur sur la radio publique : quatre invitations sur France Info et France Inter en un peu plus d’un mois, un record. Les deux tiers de ses interventions sont apocalyptiques : « La France s’apprête à revêtir son costume sombre » qu’elle « a déjà revêtu dans le passé. » « Un costume de malheur », ajoutera-t-il en sortant sa patte de lapin et son fer à cheval sur France Info, le 16 avril. Le lendemain, sur France Inter, après avoir ciré les tresses de Greta Thunberg et les pompes des écologistes français qui, « au pire, ont le droit de préférer les vélos aux avions » (sic), Benoît Hamon dira s’être difficilement remis des déclarations du ministre de l’Éducation nationale à propos de l’Unef et lâchera ce qu’il croit être encore une bombe et qui n’est plus qu’un pétard mouillé : « Quand on entre dans ce jeu-là, on entre dans le jeu de… l’extrême-droite. »

Ce lundi 24 mai, il était l’invité du Grand Entretien sur France Inter. L’homme qui n’a pas hésité à déclarer que « Greta Thunberg est le génie européen » a compris qu’il ne servait à rien de “complexifier” les choses et revient avec un programme de plus en plus simple tenant en trois points : 1) instaurer le revenu universel ; 2) empêcher le retour du fascisme ; 3) ne pas débattre sur C News avec Zemmour. 

La société de rêve de Benoît Hamon

La grande idée de Hamon reste celle de l’instauration d’un revenu universel. En plus de ce revenu, reprenant les thèses de Thomas Piketty, il préconise un “capital d’émancipation” consistant en le versement d’une somme de trois cents euros dès la naissance, répartie comme suit : deux cents euros pour les parents, cent euro sur un compte dont l’enfant deviendra le bénéficiaire à sa majorité. Hormis le fait que les entreprises les plus rapaces n’attendent que ça pour augmenter les prix de leurs produits et pour expliquer à leurs salariés pour quelles raisons leurs salaires ne seront pas augmentés pendant un bon bout de temps, on voit par là que Benoît Hamon est synchrone avec la conception des technocrates européens qui se sont faits à l’idée d’une prochaine société divisée inégalement en deux, d’un côté celle qui travaillera pour « l’économie immatérielle » ou « capitalisme cognitif » (20 % de la population environ) et, de l’autre côté, celle des corvéables à merci peu rétribués et des chômeurs qu’il faudra occuper et nourrir, même chichement, pour avoir la paix sociale (le reste). Le peu qui reste des liens traditionnels d’entraide familiale, amicale ou générationnelle sera définitivement détruit par une prise en charge financière exclusivement étatique, froide et comptable. L’État désiré par Benoît Hamon est ce “monstre froid” qui vous prend égalitairement dans ses bras dès le berceau, qui vous nourrit et vous distrait égalitairement tout au long de votre vie, qui vous accompagne égalitairement jusqu’à votre égalitaire euthanasie. La place manque pour développer les autres effets délétères de cette fausse bonne idée : la fin programmée de la liberté individuelle, les surenchères électoralistes et les appels d’air migratoires, entre autres.

La deuxième idée de Hamon n’est pas nouvelle. Elle prend aujourd’hui une ampleur inédite du fait que de plus en plus d’anciens électeurs de gauche, trahis par elle, ne votent plus ou votent RN. Plus soulagesien que jamais, Benoît Hamon noircit le tableau : il ne prendra pas « une seconde le risque que [ses] enfants connaissent le fascisme dans ce pays » car « la tradition du fascisme en France (sic) et en Europe est une tradition qui n’est pas une tradition cool. » (sic) Benoît Hamon est licencié d’histoire. Il doit donc savoir de quoi il parle quand il parle d’une « tradition du fascisme en France. » Il est bien le seul. De plus, il perçoit dans la société française une « diabolisation de la gauche et des écologistes » (sic), et redoute une « hégémonie culturelle des idées conservatrices, de la détestation de la gauche, de la préférence pour les discriminations, de la haine pour l’égalité. » (sic, sic et resic). D’où son troisième point : C News et Zemmour.

Hamon préfère débattre avec Lilian Thuram et Ali Rabeh

Comme tous les hommes de gauche, Benoît Hamon est pour le débat d’idées. Il suffit que les idées développées lors du débat soient les siennes pour que le débat soit dit démocratique et pluraliste. Si les idées déployées lors de ce débat pluraliste ne sont pas celles de la gauche en général et de Hamon en particulier, elles seront alors systématiquement dites « ultra-conservatrices, discriminatoires, islamophobes, parfois racistes. » Une grande partie des radios et télévisions publiques étant acquise à l’idée du débat selon Hamon, ce dernier continuera de débattre avec lui-même sur France Inter. Par contre, il ne débattra pas avec Zemmour sur C News, car Zemmour énonce des « contre-vérités historiques » régulièrement dénoncées. Hamon préfère débattre sur sa chaîne de TV numérique SENSTV avec des invités triés sur le volet, des interlocuteurs un peu plus nuancés et intelligents que Zemmour. Ainsi, il a disserté avec le philosophe à crampons Lilian Thuram sur « la difficulté pour les Blancs de politiser leur couleur » ; débattu avec la géniale Alice Coffin qui a livré « une réflexion passionnante sur le patriarcat et sur les voies et moyens de se libérer de cette emprise » ; échangé avec Ali Rabeh sur la « machine médiatique » qui a amplifié l’affaire Didier Lemaire dans le seul but de disqualifier le gentil maire de Trappes.

Il est quand même regrettable que Benoît Hamon refuse de débattre avec Éric Zemmour sur C News. 

La chaîne, qui approche régulièrement les 800 000 téléspectateurs à l’heure de Face à l’info, aurait sûrement atteint le million. Benoît Hamon rate là l’occasion de faire étalage de ses connaissances historiques, de son intelligence politique et de son art oratoire, et d’écrabouiller Zemmour (intellectuellement, bien entendu) devant un large public. Mais bon, tout est encore possible car, comme dit l’adage, il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis…

La France contre les dingos

La France résiste ! Et plus qu’on le croit. La perplexité, le bon sens et notre art de vivre sont nos meilleurs armes contre le progressisme made in USA. Une nation qui vénère Fabrice Luchini ne pourra jamais être complètement woke.


Pour un Québécois, il n’y a rien de plus beau à voir que la saine perplexité du Français, qu’il soit de gauche ou de droite, devant les manifestations de la révolution woke qui traverse en ce moment l’Atlantique. Elle fait sa force dans une époque qui a perdu la tête. Il est naturel de ne pas vraiment comprendre un théoricien surdiplômé ou un militant fanatisé à peine sorti de la crèche, expliquant de manière pontifiante que l’homme et la femme n’existent pas et que la nouvelle norme en matière d’identité sexuelle est la fluidité identitaire. Il est naturel de ne pas comprendre cette forme inédite d’antiracisme fondée sur le procès de l’universalisme et la survalorisation d’une conscience raciale revendicatrice et revancharde poussant chacun à s’enfermer dans son silo ethnique. Il est naturel de sursauter quand on apprend que les grandes entreprises américaines imposent à leurs employés des stages pour apprendre à devenir moins blancs et qu’on découvre que certaines universités veulent décoloniser l’enseignement des mathématiques ou de la physique. Et il est tout aussi naturel de pousser un grand soupir d’exaspération devant les délires de l’écriture inclusive et de se rassurer en disant que cette sottise, comme tant d’autres, finira bien par passer. On veut croire que la folie idéologique se dissipe avec l’âge et qu’en prenant de la bedaine, on prend aussi de la raison, ce qui était peut-être vrai autrefois, mais l’est malheureusement moins maintenant.

Résumons : il est naturel de se gratter la tête devant la gauche religieuse américaine et d’en venir à la conclusion que les campus d’outre-Atlantique sont des asiles à ciel ouvert. Ce n’est pas une mauvaise conclusion, d’ailleurs. Cette perplexité française est une force. Elle témoigne d’une forme de bon sens au moins résiduel face à une époque partant en vrille et convaincue que 2 + 2 ne font pas nécessairement 4.

La France tient bon face à l’invasion woke

Mais cette perplexité, hélas, est aussi une faiblesse à sa manière et pousse trop souvent les Français à se croire naturellement immunisés contre ce virus idéologique américain. Car le wokisme progresse et pénètre peu à peu la société française, qu’il s’agisse de l’université, des médias, comme on le constate chaque fois dès qu’on s’aventure sur le terrain du service public, où l’on s’entête à normaliser cette idéologie toxique de facture lyssenkiste en présentant comme de grands savants et des intellectuels stimulants les Éric Fassin, Geoffroy de Lagasnerie, Maboula Soumahoro et autres figures du même acabit. On le voit aussi dans le milieu des arts, à chaque cérémonie des Césars. On le voit même en politique, quand de grandes figures de la République commencent à parler de privilège blanc et de racisme systémique. Le Français ordinaire, pour peu qu’il ouvre sa télévision, sent bien qu’il subit une propagande permanente et culpabilisatrice pour le convaincre qu’il est tout à la fois raciste, sexiste, régressif, réactionnaire, machiste, phallocratique, et peut-être même porté sur la culture du viol.

Et pourtant, la France résiste ! Et plus qu’elle ne le croit ! De cela, je suis convaincu. Elle tient tête notamment à la révolution racialiste qui déferle sur l’Occident, comme en témoigne le traitement qui lui est réservé dans la presse américaine, et plus particulièrement dans le New York Times, authentique Pravda du régime diversitaire, qui se la représente à la manière d’une nation réfractaire s’accrochant au monde d’hier. Caricaturée à la manière d’une URSS écrasant au bulldozer de la laïcité ses minorités, on ne pardonne pas à la France de ne pas sacraliser les communautarismes et de ne pas chanter les vertus du multiculturalisme : il est bien vu de discerner dans cette circonspection une forme de péché contre le sens de l’histoire, d’entêtement retardataire dans la modernité diversitaire, de manque de respect pour les populations immigrées voulant se délivrer de la tyrannie de la majorité, nécessairement blanche et suprémaciste. Dans les grands journaux américains, d’ailleurs, on accueille à la manière d’exilés raciaux les figures médiatiques de l’indigénisme français, comme si elles trouvaient enfin aux États-Unis un endroit où vivre librement leur « diversité ». L’heure est venue, comme j’aime le dire, du destin vendéen de la France républicaine qui en vient, bien malgré elle, à incarner une posture contre-révolutionnaire. C’est elle qui fait obstacle au progrès, au nom de ses libertés concrètes, notamment celle d’organiser sa vie publique selon ses propres principes, on dira même, et j’y reviendrai, à partir de sa propre culture.

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Mais quels sont les ressorts de cette résistance ? Telle est la question. De passage en France malgré la pandémie à la mi-avril, nombre de mes amis, de toutes les allégeances et de tous les partis, m’ont interrogé sur ma certitude, qu’ils voudraient bien partager. D’où me vient cette idée que la France, de mille manières, moins par idéologie que par une simple réaction du corps social, résiste mentalement à l’invasion culturelle américaine ? Est-ce dans son attachement à l’universalisme qu’elle trouve sa force ? Comment leur répondre que rien n’est plus français que de se croire aussi immédiatement universel ? Assurément, l’universalisme français a de grandes vertus : il permet à chacun, à travers la culture française, d’embrasser une certaine manière d’habiter le monde, et même, une certaine idée de l’humanité. Mais qui soutient cela doit se rappeler immédiatement que cette aspiration à l’universel ne vaut pas grand-chose si on ne tient pas d’abord compte des mœurs qui l’alimentent, de la culture sur laquelle elle repose et travaille à son tour. L’universel français se voit dans la manière qu’a la France de transformer un étranger en Français de souche en l’espace d’une vie.

Le banquet à la française

Je théorise peut-être trop, et je sens bien que la vérité est ailleurs. Elle se trouve, je crois, dans ce qu’on appellera le banquet à la française, et dans l’art de la conversation qui le caractérise. Je veux croire, en fait, j’en suis convaincu, que cette résistance tient dans ce que je nommerai à défaut de trouver mieux la qualité du lien humain en France. Il y a en France, dans tous les milieux que j’ai fréquentés, une manière de vivre les rapports humains qui est tout à fait unique, et qui contredit l’esprit dominant de notre temps. On ne prend jamais autant conscience de la richesse de la culture française et de ses mille possibilités qu’en ayant le bonheur de participer chez un ami à la vie française avec un dîner français, qui se termine toujours à des heures impossibles pour un Américain, et où tous les tabous de notre temps sont transgressés en quelques instants.

Prenons l’exemple du débat d’idées. L’étranger qui regarde la France, au fond de lui-même, jalouse ce peuple qui a su placer l’art de la conversation au cœur de la vie publique, et qui sait, d’une étrange manière, faire de la controverse un théâtre, sans s’enfermer dans l’esprit de sérieux, car tous sont appelés, au fond d’eux-mêmes, à devenir causeurs. Comment ne pas voir dans cet art du banquet, de la chanson, de la conversation à la fois sérieuse et grivoise, une formidable manière de résister à l’esprit de sérieux ? Les idées les plus étonnantes peuvent être lancées au cœur de la soirée, pour le simple plaisir de la provocation, et la mauvaise foi s’en mêlant, on comprend que la vie s’accompagne d’une part de théâtre, et qu’elle ne saurait jamais être complètement soumise à l’empire des idéologues. Les Français s’engueulent, s’insultent, même, puis rigolent, ce qui trouble l’Occident ordinaire qui n’est pas habitué à de tels contrastes dans une seule soirée. Peut-être faut-il y voir aussi l’héritage d’un peuple fondamentalement politique qui au fil de ses luttes et de son histoire, a su transformer la moindre querelle en matière à débat.

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Autre chose étrange dans une soirée française : il arrive que les convives, sans qu’on les y force, parlent littérature, et échangent des vers. Même ceux qui n’en savent rien font semblant de participer à l’échange, et citent à la manière de livres préférés des titres qu’ils n’ont pas lus : voyons-y un hommage admirable à la culture. Théorisons : au cœur de la culture, on trouve donc une place spéciale accordée à la littérature, qui n’est pas simplement le domaine de la non-fiction, comme disent les Anglo-Saxons, mais une manière privilégiée d’aborder le monde avec ses nuances, ses chatoiements, ses contradictions, et qui refuse de l’enfermer dans une série de tableaux statistiques que des sociologues titularisés interpréteront comme des oracles ou des sorciers. À la quête obsessionnelle du chiffre, le Français peut répondre par le passage d’un grand roman, sans jamais se croire ridicule : c’est plutôt l’obsédé du tableau Excel qui semblera étrange. Une nation qui vénère Fabrice Luchini ne sera jamais complètement woke.

Une relation hommes-femmes unique au monde

Osons un regard sur une autre excentricité française : je parle évidemment du rapport entre les hommes et les femmes, qui heurte tant le puritanisme anglo-saxon, lequel voit dans la simple expression du désir d’un sexe pour l’autre le commencement d’une relation coupable. Il suffit pourtant, dans un dîner, de voir les deux sexes se parler, se séduire, se draguer, avec finesse, pour comprendre que la culture française a construit et su approfondir avec cinquante nuances de désir les rapports entre les sexes. Ceux-ci échappent à l’étranger de passage qui n’atteindra jamais en la matière un tel degré de sophistication. Comment convaincre un peuple qui sait distinguer entre un frottement d’épaule et une agression sexuelle que la moindre tentative de rapprochement d’un homme vers une femme est une première étape vers une relation de domination ? Plus encore, la France ne fixe pas dans un scénario écrit d’avance l’homme dans le rôle du prédateur et la femme dans le rôle de la victime : elle comprend d’instinct et de culture la complexité des rapports entre les sexes et refuse dès lors de les enfermer dans un logiciel qui viendrait transformer en histoire sordide leur complicité compliquée.

La France, par son génie intrinsèque, résiste au wokisme et donne envie à bien des gens de par le monde de la rejoindre, dans l’espoir de s’y faire adopter

S’il y a dîner à la française, c’est qu’il y a art de recevoir à la française, et un sens de l’amitié à la française. On me répondra que partout sur terre, les amis se reçoivent, et d’une manière ou d’une autre, gardent le contact au fil de l’existence, conservant entre eux un lien vivant. D’un point de vue nord-américain, une telle affirmation serait à nuancer. Il existe une profondeur propre à l’amitié à la française, des liens qui peuvent prendre du temps à se nouer, mais qui semblent aussi se nouer définitivement. Autant le Nord-Américain devient votre ami l’espace d’une soirée, autant il oublie le lendemain l’ami de la veille. Ce n’est pas ainsi que fonctionne l’amitié à la française. On peut y voir la manifestation d’une culture qui a su s’inscrire dans les profondeurs de l’âme humaine, parce qu’elle en comprend les besoins les plus intimes. Les sceptiques y verront viles flatteries envers la France. À tort. Je l’écris à la manière d’une confession admirative.

Alors je reviens avec mes grosses pattes théoriques. Ce dont j’essaie péniblement de parler, ici, c’est de la culture française, de l’identité française, des mœurs françaises. Elles ne sont pas intégralement contractualisables, et on ne saurait dresser la liste de leurs manifestations sans les rendre très rapidement absurdes. C’est le fantasme destructeur des modernes : la contractualisation intégrale de l’existence. L’étrange manie de fixer sur un formulaire administratif ou un contrat républicain les moindres détails de l’existence. La volonté de réduire à un tout intellectualisable la vie qui débordera toujours de toutes les catégories où on cherche à l’enfermer, à la systématiser. Les Français sont uniques. Tant qu’ils seront encore maîtres chez eux, la France, par son génie intrinsèque, résistera au wokisme et donnera envie à bien des hommes et des femmes de par le monde de la rejoindre, dans l’espoir de s’y faire adopter. Ce qui fait le génie de la France, en dernière instance, me semble-t-il, ce sont les Français.

Delenda est Gaza


On se souvient du cri par lequel Caton l’Ancien finissait tous ses discours : « Delenda est Carthago », il faut détruire Carthage. Au début du printemps 146 av. JC, Scipion Émilien décida de prendre au mot le vieil orateur mort trois ans auparavant et lança l’assaut final contre la cité carthaginoise. Les combats s’éternisant, et comme il ne disposait pas encore de la bombe atomique, le général romain fit incendier la ville. Plutôt que d’être esclave du vainqueur, l’épouse du chef carthaginois, un incapable du nom d’Hasdrubal qui quémandait merci, se jeta dans les flammes avec ses enfants.

Les Romains massacrèrent l’essentiel des habitants, et emmenèrent en esclavage ceux qui avaient survécu. Puis ils rasèrent la ville, répandirent du sel sur les ruines fumantes, et prononcèrent une damnatio memoriae, interdiction d’évoquer le nom même de la cité détruite, dont longtemps les archéologues cherchèrent la trace. L’historien Ben Kiernan y voit le premier exemple de génocide calculé.

Des intifadas qui se répètent

Après la guerre israélo-arabe de 1948-1949, près de 750 000 Palestiniens, sur 900 000, émigrèrent vers la Jordanie ou le Liban — exode connu sous le nom de Nakba. Les Israéliens n’ont pas vitrifié la région, ils ont laissé les revendications territoriales remonter, jusqu’à la guerre des Six jours. Là encore, alors qu’ils en avaient l’occasion, ils n’ont pas anéanti l’adversaire — une solution politique leur paraissait plus prometteuse. Résultat, une nouvelle guerre éclata en octobre 1973. Et là encore, les Israéliens eurent la victoire modeste. Sans doute le grand frère américain ne voulait pas se mettre à dos sa clientèle du Golfe. S’ensuivirent diverses intifadas en 1987-1993, puis en 2000, et enfin ces derniers jours. Israël a choisi chaque fois une solution politique.

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Le temps n’est peut-être plus aux solutions radicales à la romaine. Mais l’idée en revient chaque fois que des missiles sont lancés sur les populations civiles de l’État hébreu : ceux qui accusent Israël d’être un État fasciste, colonisateur, sioniste, totalitaire, devraient lire l’histoire romaine. Ils ont bien de la chance que Scipion Émilien ne soit pas à la tête de Tsahal. Évidemment, pour Israël, il est plus intéressant de mener des représailles mesurées, de façon à ne pas braquer les régimes arabes avec lesquelles l’État juif passe des traités bilatéraux, comme les récents Accords d’Abraham. Et lesdits pays arabes préfèrent à tout prendre négocier avec des Juifs que soutenir des mouvements terroristes qui sont des émanations des hezbollahs iraniens.

Les Palestiniens sont les dindons de cette farce politique. Ce ne sont d’ailleurs pas les Israéliens qui les ont prioritairement massacrés. Ce sont les Arabes. Les Jordaniens (avec lesquels les Palestiniens auraient pu s’entendre en 1949, s’ils avaient eu deux sous de jugeote) ou les Libanais en ont tué tant et plus — et bien davantage que l’armée israélienne.

Quid d’un État palestinien ?

Le miroir aux alouettes de ce poker menteur pour lequel quelques milliers de personnes meurent de loin en loin est l’établissement, toujours repoussé, d’un État palestinien qui ne correspond à rien, ni historiquement (il n’y a jamais eu d’État palestinien, les habitants de ces contrées ont toujours été sous obédience arabe, anglaise, ou française — ou turque) ni économiquement : Gaza est une enclave moribonde, une réserve d’indigènes que les Israéliens ont préservés au lieu de les éradiquer. Il y a un État israélien et des États arabes — quoi que l’on pense de la pertinence de la politique des uns et des autres, ou du rapport élastique à la démocratie de certains.

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Quant à ceux qui en Europe, et en France en particulier, s’en vont dans les rues aux cris de « Palestine vaincra », il est évident que leur agenda ne concerne pas les Palestiniens, mais qu’ils sautent sur l’opportunité de s’offrir un petit prurit antisémite aux frais des Gazaouites. Et, en période pré-électorale, d’affirmer encore une fois leur souci de ces communautés dont ils ont fait les nouveaux prolétaires — vu que les anciens prolos ont massivement viré vers le RN —, espérant fortifier leur implantation çà et là. Un beau calcul dont Jean-Luc Mélenchon et ses partenaires comptent faire leurs choux électoraux. Ainsi, l’inénarrable Danièle Obono a théâtralement quitté l’antenne quand un membre du Parti travailliste israélien, Laurent Cigé, lui a lancé : « Je crois que vous devriez rebaptiser votre parti, non pas La France insoumise, mais la France soumise aux islamistes (…) Vous représentez un parti qui n’est pas antisioniste, (…) mais carrément un parti antisémite. »  Il fallait que cela fût dit.

Des Palestiniens, tout le monde se fiche. Ils survivent de subventions qu’on finira bien par leur couper — avec l’eau potable. Un procédé d’éradication auquel n’avait pas pensé Scipion Émilien. C’est ça, le progrès.

« Il ne manque que la mer à la Seine-Saint-Denis pour devenir la Californie » (Macron) !

Jupiter est tout puissant. Nous pouvons lui faire confiance pour changer la géographie de la France.


Le président de la République s’est confié à Zadig. Un magazine dégoulinant de crème pâtissière bien-pensante. Pauvre Voltaire ! Mais il n’est plus là pour protester.

Macron a communiqué aux lecteurs de Zadig sa vision de la France qu’il aime. Il a évoqué Amiens, le berceau où il a grandi. Puis il s’est attardé sur le 9-3 à qui, selon lui, « il ne manque que la mer pour devenir la Californie ».

À l’appui de cette superbe envolée lyrique, il a avancé deux arguments. La Seine-Saint-Denis est, a-t-il dit, « le département le plus jeune de France ». Il a toutefois oublié de préciser que le 9-3 était surtout très « jeunes ». Deuxième argument : « la Seine-Saint-Denis est le département qui compte le plus grand nombre de créations de start-up par habitant ». C’est tout à fait exact si l’on range dans cette catégorie les points de deal.

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Zadig est un magazine niais. Pour être au diapason de ses lecteurs, le chef de l’État a bien compris qu’il lui fallait, lui aussi, être niais. Et dans ce registre, il a été excellent. La mer, Macron ira la chercher avec les dents. La plus proche du 9-3, c’est la Manche. Mais ses eaux sont froides et la population du 9-3 est frileuse. Ce sera donc la Méditerranée, plus chaude et plus propice à l’épanouissement des Dionysiens.

Macron est un démagogue éprouvé. Quand il lui faut parler d’insécurité, il fait un pas vers la droite. Quand il évoque les Français qui sont à la peine, il lorgne vers la gauche. Mais il n’est jamais aussi inspiré que quand il se penche amoureusement sur la banlieue jeune, vigoureuse et virile.

Pour conclure, j’emprunte une formule à un tenant de la fachosphère : « ce serait déjà bien si la Seine-Saint-Denis ressemblait à la France ». Je lui laisse la responsabilité de ses propos insupportables.

Joseph Conrad, la tempête humaine

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Joseph Conrad (1857-1924) © Granger collection/Bridgeman images

Pourquoi relire Conrad ? Pour respirer l’air du large et pour se faire peur. Pour le plaisir ! Et ne serait-ce que pour répondre à cette question : qu’est-ce qu’un écrivain métaphysique ?


Un aimable skipper à l’encre bleue ? Non, je le vois comme un sphinx. Un petit-cousin de Stevenson du côté de l’obscur, et qui s’accointe aux énigmes, aux premiers émois, aux ardeurs juvéniles. Il court sur Joseph Conrad une promesse d’îles, une rumeur de périple et d’or perdu qui vous submerge comme une vague. Sans parler de ces mots qu’il sème dans ses phrases comme des cailloux enchantés : amers, amures, beaupré, ralingue, brion, brigantin, chouque, suroît, estrope, wharf !

Des histoires d’honneur, des défections, des idées fixes, des errances éperdues, des naufrages. Des ovations soudaines, des clameurs muettes, des relents de goudron et d’épices. Des fleuves noirs, des peaux brunes, des fièvres. Un vent des tropiques, brrr ! coupé par les glaces du Titanic. 

On sait tout de suite qu’on n’est pas dans un roman de François Mauriac ou de Jacques Chardonne. Avec Conrad, tôt ou tard, ce sera panique à bord, et on aura le mal de mer. On s’échappe, on s’échoue, on se dépayse. On est emporté non pas dans un pays inconnu ni même sur une autre planète, mais dans un abîme intérieur, au cœur des ténèbres ; et l’on apprend qu’il y a une ivresse dans l’effroi.

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Fils d’un insurgé polonais en rébellion contre le tsar, élevé par un oncle, Conrad s’engage à 17 ans dans la marine marchande britannique ; il ne parle alors que quelques mots d’anglais. Vingt ans plus tard, il écrit en anglais son premier livre, La Folie Almayer, qui est déjà l’histoire d’une malédiction. S’il est devenu entre-temps citoyen britannique, sa patrie, c’est l’océan. Ce n’est pas un écrivain qui voyage, c’est un marin qui raconte, et qui se réjouit des écueils : il nous parle moins de la mer que de la solitude, des poisons nocturnes qui irriguent la mémoire, et de la panique qui s’ensuit.

Cela suffit à le distinguer du capitaine Haddock.

Sur une photographie datée de 1923, un an avant sa mort, accoudé au bastingage d’un transatlantique, le SS Tuscania, accostant à New York, Conrad pose avec une élégance lasse et rêveuse. Belle tête de père noble en col dur. Chapeau melon, gants, canne à pommeau, barbiche d’officier ou de professeur. Ni un clochard céleste à la Kerouac, ni un baroudeur à la Cendrars. On dirait un collègue d’Aristide Briand en mission diplomatique pour la SDN.

Pas commode, le pépère.

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En France, Joseph Conrad a bénéficié d’un parrainage précoce. Gide se souvient d’un déjeuner à Paris, en 1911 : « … comme je ne sais quel convive parlait avec enthousiasme de Kipling, Claudel eut un sourire dédaigneux et jeta le nom de Conrad. “Que faut-il lire de lui ?” demanda quelqu’un. “Tout”, dit Claudel », qui a la passion de l’Orient et vient d’achever Partage de midi. Gide, pourtant peu enclin à s’émouvoir, sera conquis et traduira Typhon en français. « Ce que j’aimais le plus en lui, écrit-il, c’est une sorte de native noblesse, âpre… et quelque peu désespérée, celle même qu’il prête à Lord Jim. »

On peut toujours, si on en a les moyens, s’offrir les œuvres complètes de Joseph Conrad en cinq tomes dans la Pléiade. Ce nouveau volume – présenté amoureusement par Dominique Le Brun sous le titre Le Romancier de la mer – a le mérite, dans l’allure d’une petite anthologie et dans un format accessible, de placer l’auteur dans une autre lumière. Il comprend : Jeunesse, La Miroir de la mer, Le Nègre du Narcisse, Lord Jim et Le Frère-de-la-Côte. Ce n’est pas un mauvais choix.

Chez Conrad, on reconnaît le héros à la noblesse désespérée de ses refus et à la beauté vaine de son sacrifice. Je n’oublie pas qu’il est l’auteur de Nostromo, le roman le plus fou du xxe siècle – le plus ample, « le plus anxieusement médité », le plus hermétique aussi qu’il ait écrit. Le cinéaste Joseph Losey qui essaya en vain de l’adapter au cinéma prétendait qu’on ne pouvait le lire que si on l’avait déjà lu !

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Né en 1857, Conrad semble entrevoir les désastres d’une histoire qu’il n’a pas connue : dictatures, guerres, génocides. Kipling et Stevenson sont d’un autre temps. Conrad, lui, est déjà du nôtre, compromis dans le désenchantement du monde. Il dénonce au Congo la cupidité et les crimes des colons à une époque où la plupart des Européens sont aveugles. S’il navigue à la croisée des derniers grands voiliers et des premiers vapeurs, il ne croit au progrès que dans une forme consubstantielle au cauchemar.

Car le thème dominant, sorcier, obsessionnel, chez Conrad, c’est la peur : « Un homme peut tout anéantir en lui, l’amour, la haine, la foi, et même le doute, lit-on dans Un avant-poste du progrès ; mais aussi longtemps qu’il s’accroche à la vie, il ne peut anéantir la peur. » Conrad sait de quoi il parle, il s’épuise à nommer ce tumulte qu’il détecte au plus profond de son corps : « Vous savez, écrit-il à son éditeur et confident Edward Garnett en 1898, comme il est désagréable de sentir son foie et ses poumons. Eh bien, je sens mon cerveau… Mon histoire s’y trouve sous une forme fluide – qui m’échappe… Tout est là – sur le point d’éclater, mais je ne peux pas plus la saisir qu’on ne peut retenir une poignée d’eau. »

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De sa voix mortelle et douce, Virginia Woolf qui n’était pas si gentille, étant si triste, a accusé Conrad d’écrire l’anglais comme une vache espagnole et de sombrer dans le mélodrame. Je ne lui ai jamais pardonné, à cette pimbêche neurasthénique, qui n’avait jamais vu la mer que du haut d’un phare. Pourquoi relire Conrad ? Pour le plaisir bien sûr, mais aussi pour répondre à la question : qu’est-ce qu’un écrivain métaphysique ? Avant lui, il y a Dante, puis Emily Brontë et Melville. Après lui, il y aura Hermann Broch et Musil. 

Et puis c’est tout.


Joseph Conrad, Le Romancier de la mer : romans et souvenirs (prés. Dominique Le Brun, trad. G. Jean-Aubry), Omnibus/Presses de la Cité, 2021.

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L’accès à l’information juridique: un nouvel enjeu démocratique?

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Illustration , le nouveau Palais de justice de Paris © CHAMUSSY/SIPA

Rendue au nom du peuple, la justice est censée lui être librement et facilement accessible. En France, pourtant, cet accès n’est que théorique. Dans les faits, 1 % seulement des décisions de justice sont disponibles en ligne, et les efforts d’une myriade de start-up de la Legal Tech pour libéraliser ce secteur se heurtent à de nombreuses réticences. Une opacité nuisible au bon fonctionnement de notre démocratie. 


Les praticiens du droit ne le savent que trop bien : l’accès aux décisions de justice en France est souvent malaisé. Et encore plus pour les non-initiés qui n’ont pas la chance de bien connaître les méandres de notre système judiciaire. Trouver sur internet une décision de première instance, qui ne soit pas issue de la Cour d’Appel, des suprêmes Conseil d’État ou Cour de cassation, relève parfois du parcours du combattant. Et ce n’est donc pas sans raison que la France a été classée dernière par l’UE (27ème) en matière d’accès du justiciable aux décisions de justice. Cette même Union qui encourage pourtant les États membres à faciliter toujours plus l’accès de leurs citoyens en la matière. 

L’émergence d’une French Legal Tech

C’est sur la base de ce constat que l’on voit fleurir depuis quelques années pléthore de nouveaux acteurs qui forment ce que l’on surnomme désormais la French Legal Tech. Après le secteur du transport ou de la médecine, c’est au tour des professions juridiques d’être impactées par les start-ups alliant intelligence artificielle et Big Data. Le marché du droit en France était estimé à 32 milliards d’euros en 2017 (il devrait atteindre les 1000 milliards fin 2021 à l’échelle mondiale). “​L’émergence de champions français de la Legal Tech, capables de se développer et de s’exporter rapidement, représente un potentiel immense en matière de croissance et de création d’emplois” indiquait il y a quelque temps Frédéric Mazzella, co-président du réseau France Digitale, qui réunit notamment les start-up légales.

Aussi, a-t-on vu émerger un certain nombre d’entrepreneurs du droit dont le but est justement de simplifier la vie des professionnels et des justiciables en proposant des solutions innovantes, technologiques et bien souvent efficaces, n’en déplaise à une arrière-garde parfois récalcitrante. Que l’on parle de Lexbase (moteur de recherche, de veille et de statistiques juridiques), de CaseLaw Analytics (qui évalue le risque juridique de votre dossier en simulant les issues possibles d’une procédure), d’HyperLex (outil de gestion des contrats) ou encore de Doctrine.fr (moteur de recherche juridique structuré), ces jeunes pousses françaises représentent indéniablement l’avenir de la pratique du droit. 

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Leur succès en est d’ailleurs la meilleure illustration. En moins de trois ans, Doctrine.fr est ainsi devenu le deuxième site d’information juridique le plus visité en France après Légifrance, affichant une des plus belles croissances de la French Tech. Plus qu’un simple outil de simplification, son président co-fondateur Nicolas Bustamante y voit un véritable « enjeu démocratique pour les justiciables et une réponse concrète aux problématiques des milliers d’avocats et juristes qui ne parviennent pas à trouver l’information dont ils ont besoin pour conseiller et défendre efficacement leurs clients, ou encore pour valoriser leur expertise en ligne ». 

Plus de transparence pour plus de démocratie 

La résistance reste néanmoins forte contre ces nouveaux entrants. Le Conseil National des Barreaux et le Barreau de Paris ont multiplié les plaintes à l’encontre de ces jeunes start-up au motif officiel que, s’ils sont favorables au développement de la French Legal Tech, ils ne le sont pas à n’importe quelles conditions. Une réticence qui interroge : est-il logique que ces institutions, supposées garantes de l’efficacité de la justice, soient celles qui s’opposent à un mouvement censé apporter davantage de transparence et de démocratie en facilitant l’accès à l’information du justiciable ? Si la justice française semble davantage être une justice d’initiés, ne faudrait-il pas encourager la transition vers un système judiciaire qui soit plus « populaire » ?

Les avantages d’une population et d’une sphère professionnelle ayant une bonne compréhension de leur système judiciaire ne sont plus à démontrer. Un meilleur accès à la législation permet de rester dans la légalité ; un accès plus large aux décisions de justice offre, quant à lui, davantage de prévisibilité pour le justiciable comme pour son conseil, représente une mine de connaissance pour les étudiants, chercheurs, universitaires, une source de savoir non déformé et vérifiable pour les journalistes d’investigation, mais induit également des juridictions désengorgées grâce à des actions en justice évitées ainsi qu’une réduction des coûts de fonctionnement de la justice grâce à plus de performance. 

Dans un rapport daté de 2019, la Commission européenne ne dit pas autre chose : « L’accès en ligne aux décisions judiciaires renforce la transparence des systèmes judiciaires, aide les citoyens et les entreprises à comprendre leurs droits et peut contribuer à la cohérence de la jurisprudence [l’ensemble des décisions de justice, ndlr]. Les pratiques en matière de publication en ligne des décisions judiciaires sont essentielles pour créer des fonctions de recherche conviviales, qui rendent la jurisprudence plus accessible aux praticiens du droit et au grand public ». La liste est longue des améliorations que les start-up de la Legal Tech peuvent générer pour un secteur dont on connait l’inertie et le conservatisme, tout en garantissant la protection des données personnelles et l’anonymisation des contenus. 

Un phénomène mondial

Le phénomène ne se limite pas à nos frontières et le monde entier assiste à ce même mouvement. Etats-Unis, Canada, Royaume-Uni et, bien évidemment, la Chine qui a déposé la moitié des brevets en matière de Legal Tech en 2019. Il paraît donc évident qu’au lieu de tergiverser et de mettre des bâtons dans les circuits de notre astucieuse Legal Tech, il est primordial de la soutenir et de l’encourager si l’on ne veut pas qu’à terme tous les acteurs du secteur soient étrangers.

La France doit revoir sa politique dans le Caucase

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Bakou, capitale de l'Azerbaïdjan, 2020 © Kommersant/SIPA Numéro de reportage : SIPAUSA30246902_000084

Lettre ouverte à Monsieur le président de la République française Emmanuel Macron


Bakou, le 26 mai 2021

Monsieur le président, 

Nous sommes des citoyens français entretenant des liens d’amitié, professionnels ou encore familiaux forts avec l’Azerbaïdjan et son peuple. Certains d’entre nous y résident de façon permanente depuis quelques années et attachent donc une grande importance à la bonne santé des relations franco-azerbaïdjanaises sur tous les plans.  

D’origines socioprofessionnelles diverses, nous nous efforçons tous, chacun à son niveau, à participer au rayonnement de notre pays et de la francophonie dans cette région du monde. De plus, nous avons une certaine idée de la France, celle d’un pays dont la voix dans le monde compte et dont nous sommes extrêmement soucieux de l’image à l’étranger.  

Si nous nous adressons aujourd’hui directement à vous, c’est d’abord parce qu’il est devenu extrêmement difficile de faire entendre notre voix en France, la quasi-totalité de nos représentants élus, toutes tendances politiques confondues, ayant choisi, dans un contexte d’élections à venir, l’opportunisme, le clientélisme quand ce n’est pas l’idéologie, au détriment des intérêts supérieurs de la France et des Français. 

Ensuite et surtout, parce qu’en tant que chef de l’Etat, vous incarnez la politique étrangère de la France et définissez en dernière instance quelle doit être l’orientation de notre pays en la matière. Il nous paraît donc important que vous puissiez prendre certaines décisions futures qui engageraient durablement notre pays, à la lumière de certaines réalités. 

Comme vous vous en doutez, une partie d’entre nous se trouvait en Azerbaïdjan lors des évènements d’octobre-novembre derniers, lorsque se sont affrontées durant 44 jours l’armée azerbaïdjanaise et les forces séparatistes du Haut-Karabagh soutenues militairement par l’Arménie, période durant laquelle nous avons été particulièrement exposés.

Exposés en premier lieu du fait des actes de guerre commis par les forces armées arméniennes – sans équivalent côté azerbaïdjanais, soulignons-le – ayant visé à plusieurs reprises de façon délibérée des populations civiles situées hors des zones de combats, dont nous aurions pu être les victimes collatérales : double bombardement de Gandja, deuxième ville du pays, les 11 et 18 octobre, bombardement de Barda les 27-28 octobre, entrainant la mort d’une centaine de civils, et tentative de bombardement visant la capitale Bakou déjouée au dernier moment le 10 novembre au matin, quelques heures avant la signature de l’accord de cessez-le-feu. 

Exposés ensuite par les retombées de la crise diplomatique entre nos deux pays, que vous n’ignorez pas, provoquée par des postures et des déclarations extrêmement maladroites et partiales de notre diplomatie, qui ont eu de sérieuses conséquences sur l’image de la France véhiculée en Azerbaïdjan – jusque-là excellente – hélas loin d’être redorée à ce jour.  Nous vous renvoyons à l’article publié par le site du journal Le Monde, le 15 avril dernier, « Vexé par le soutien aux Arméniens, Bakou snobe les sociétés françaises », qui rend parfaitement compte de la situation sur place sur le plan économique notamment. 

Exposés enfin dans notre propre pays d’origine, notre « proximité avec Bakou » faisant de nous et de nos proches les cibles potentielles de certaines franges radicales de la diaspora arménienne en France, qui n’hésitent pas à intimider et à menacer physiquement tout soutien affiché à l’Azerbaïdjan. Ce « soutien affiché » peut comprendre le simple fait de rappeler ce qu’était traditionnellement la position française depuis 1993 en matière de droit international, à la suite du vote des quatre résolutions de l’ONU (822, 853, 874 et 884) qui prévoyaient le « retrait immédiat et inconditionnel des forces arméniennes présentes sur le territoire de l’Azerbaïdjan ». 

A ce sujet permettez-nous de nous interroger, à l’heure des débats sur la lutte contre le « séparatisme » ou de la défense de la liberté d’expression qui vous sont chers, sur l’impunité dont semble jouir ces groupuscules communautaires sur notre sol depuis plusieurs mois : pressions et menaces physiques sur des élus (Jérôme Lambert, député de la 3e circonscription de Charente, Nathalie Goulet sénatrice de l’Orne, ou encore Thierry Mariani, député européen), atteinte à la liberté de la presse (pression sur la chaîne de télévision TF1 suite à la diffusion d’un reportage de Liseron Boudoul sur la ligne de front côté azerbaïdjanais, elle-même menacée de mort), troubles à l’ordre public en plein état d’urgence sanitaire (manifestations régulière à Paris devant l’Ambassade d’Azerbaïdjan en France dès le 27 septembre, blocage de l’autoroute A7 le 28 octobre 2020), agressions de citoyens franco-turcs (agression violente de quatre membres d’une famille d’origine turque, le 25 avril à Saint-Dié-des-Vosges, par un groupe de plus d’une dizaine d’individus). 

Nous espérions tous que l’arrêt des combats et le cessez-le-feu du 10 novembre permettraient de tourner la page de cette période compliquée et d’amener une normalisation des relations franco-azerbaïdjanaises.  Or, depuis la signature de cet accord, nous assistons à une incessante campagne médiatique de désinformation et de dénigrement à l’endroit de l’Azerbaïdjan dans la presse française, à d’intenses activités de diplomatie parallèle faites de visites régulières de parlementaires et de personnalités politiques françaises de premier plan en Arménie (y compris sur le territoire souverain de l’Azerbaïdjan actuellement sous contrôle des soldats de la paix russes, donc illégales) n’allant nullement dans le sens de l’apaisement et de la réconciliation, ou encore à des actes de provocations politiques défiant le droit international et jetant de l’huile sur le feu. Nous pensons bien évidemment au scandaleux texte sans fondement juridique voté par le Sénat le 25 novembre 2020 intitulé « Proposition de résolution, portant sur la nécessité de reconnaître la République du Haut-Karabagh », qui a logiquement déclenché une tempête médiatique en Azerbaïdjan, a déshonoré notre pays et a enterré définitivement notre légitimité à être médiateur du conflit en tant que co-président du Groupe de Minsk. 

Nous voudrions à ce sujet rappeler que nous avions écrit – par l’intermédiaire de notre représentant consulaire pour la circonscription Asie centrale et Moyen-Orient basé à Téhéran (Iran), Monsieur Armand Meimand, également signataire de la présente lettre et qui a beaucoup fait pour les Français établis en Azerbaïdjan ces derniers mois – au président du Sénat, Monsieur Gérard Larcher, quelques jours avant le vote de ce texte pour lui faire part de nos inquiétudes en cas d’adoption de celui-ci et de notre refus d’être les otages de ces prises de position hasardeuses. Cette initiative est malheureusement restée sans suite, le sort des Français résidant en Azerbaïdjan et nos (nombreux) intérêts nationaux sur place n’ayant visiblement eu aucune influence sur le vote. 

Relevant certes de la liberté de la presse et du droit souverain de la France d’entretenir des relations d’amitié avec l’Arménie, tout ceci est perçu à juste titre par l’Azerbaïdjan comme une défiance et une volonté claire de saborder le processus de paix à n’importe quel prix. Pire, l’ensemble de la classe politico-médiatique de notre pays apparaît de toute évidence comme sous l’influence de certains groupes de pressions communautaires – dont nous avons précédemment dénoncé les agissements – entretenant un ressentiment multiséculaire à l’endroit des peuples turcs et un esprit de revanche qui menace la stabilité de la région et le processus de paix, encore fragile. Il en résulte logiquement des discussions régulières du côté azerbaïdjanais sur la réévaluation de nos relations diplomatiques et économiques – dont il est question dans l’article du journal Le Monde évoqué plus haut – voire sur une rupture totale et définitive si l’exécutif en venait à entériner les résolutions prises par le Sénat et l’Assemblée nationale.

Nous prenons évidemment très au sérieux les récentes déclarations du président du Sénat Monsieur Gérard Larcher, évoquant la préparation imminente d’un nouveau texte visant à reconnaître une entité séparatiste sur le territoire azerbaïdjanais, ce qui constituerait une nouvelle provocation et ouvrirait une crise majeure. 

Cette lettre ayant vocation à être rendue publique, permettez-nous avant de conclure notre propos, de porter à la connaissance de nos compatriotes en France certaines réalités, afin que ces derniers puissent avoir une idée précise de ce qui est désormais en jeu. 

Tout d’abord, rappelons encore une fois que le Haut-Karabagh et ses sept districts environnants, aujourd’hui libérés, font partie du territoire reconnu internationalement – donc par la France – de la République d’Azerbaïdjan. En 1993, quatre résolutions de l’ONU (822, 853, 874 et 884) avaient été votées (et par la France), prévoyant le « retrait immédiat et inconditionnel des forces arméniennes présentes sur le territoire de l’Azerbaïdjan ». 

Notons que l’Azerbaïdjan, comme la France, a toujours été une nation attachée au droit international et au principe de l’intangibilité des frontières nationales et l’a démontré à plusieurs reprises. Il a notamment, comme nous, condamné le rattachement de la Crimée à la Fédération de Russie en 2014, et, malgré sa très grande amitié et proximité avec la Turquie, il ne reconnaît pas la « république turque de Chypre du Nord ». Hélas, le multilatéralisme ayant échoué à trouver une solution pacifique pour la résolution de ce conflit, l’Azerbaïdjan a choisi le 27 septembre dernier de prendre son destin en main pour mettre en œuvre lui-même les résolutions de l’ONU évoquées plus haut.

Comme avec l’Arménie, nous avons des relations historiques, diplomatiques, culturelles, économiques et commerciales anciennes et de qualité avec l’Azerbaïdjan : 

La France a notamment été le premier pays, après la Turquie, à reconnaître l’indépendance de l’Azerbaïdjan en 1992, et c’est la France que Heydar Aliyev (père de l’actuel président) a choisie pour effectuer sa première visite d’Etat en 1993.

Sur le plan de l’Histoire et de la mémoire, rappelons que lors de la Seconde Guerre mondiale, plusieurs Azerbaïdjanais soviétiques ont été des héros de la Résistance, ayant principalement combattu dans le Maquis de Cabertat (aux environs de Montauban), au premier rang desquels un certain Ahmadiyya Jabrayilov (dit « Ahmed Michel ») hélas pratiquement oublié chez nous, mais dont la mémoire est chaque année honorée en Azerbaïdjan le 9 mai, le Jour de la Victoire contre le régime nazi. 

Et lorsque le général De Gaulle s’est rendu à Moscou à la fin du mois de novembre 1944 pour s’entretenir avec Staline, ce dernier et sa délégation ont fait escale à Bakou pour une nuit. Une plaque en souvenir de la (brève) venue du général a été installée par le gouvernement azerbaïdjanais à la fin des années 90, sur la façade d’un bâtiment de l’une des principale avenue de la capitale, ce qui témoigne de l’affection qui nous est portée en Azerbaïdjan.

Aujourd’hui, nous avons un lycée français, un Institut français (IFA) et une université française (UFAZ) à Bakou qui participent au rayonnement de la France et de la francophonie.

De nombreux Azerbaïdjanais sont francophones et francophiles, et tout autant que nous sont profondément déçus et attristés par la situation. Beaucoup ont étudié en France et continuent de choisir notre pays pour leurs études, et ce, malgré les tensions diplomatiques actuelles et les risques d’être pris pour cibles des mêmes groupuscules évoqués plus haut. 

Sur le plan économique et commercial, des trois pays du Caucase du Sud, l’Azerbaïdjan est notre premier partenaire. Plusieurs grandes entreprises françaises dans différents secteurs sont présentes sur place et y sont bien positionnées, notamment Total, Engie, Société Générale, Thales, Schneider, Alstom, CNIM, GDF Suez et Suez Environnement et de nombreuses franchises (Go Sport, Courir, Occitanie, Yves Delorme, Yves Rocher, etc.) et marques dans différents domaines (cosmétique, alimentaire, électroménager, prêt-à-porter, etc.) sont présentes. Une Chambre de Commerce et d’Industrie Azerbaïdjan-France (CCIAF) existe également depuis quelques années.

Enfin, et on ne le répètera jamais assez, l’Azerbaïdjan est un pays civilisé qui a une vraie culture (musicale, littéraire, lyrique, etc.), une histoire, une géographie, des paysages et beaucoup d’autres choses à offrir en plus des hydrocarbures. 

De nombreuses ethnies non-azéries (Lezghiens, Talyshs, Avars, Russes, Tatars, Juifs, etc.) vivent en Azerbaïdjan en parfaite harmonie. Sur le plan religieux, l’Azerbaïdjan est un pays profondément laïc et séculier. C’est peut-être le seul pays au monde où cohabitent pacifiquement autant de religions (musulmans chiites et sunnites, chrétiens et juifs). 

Rappelons ici que le Fonds Heydar A liyev a alloué des fonds il y a quelques années pour des travaux de restauration d’édifices religieux chrétiens en France, notamment ceux de la Cathédrale de Strasbourg ou encore d’églises du xiie et xive siècle du département de l’Orne. 

Nous sommes évidemment très loin de l’image absolument déplorable véhiculée ces derniers temps par un grand nombre de personnalités politiques et médias français n’ayant pour la plupart que très peu de réelles connaissances sur le sujet, dépeignant l’Azerbaïdjan comme une « effroyable dictature corrompue », pratiquant la « diplomatie du caviar », « anti-chrétienne », sinon « expansionniste et génocidaire ». Nous, Français établis en Azerbaïdjan, témoignons du contraire et en profitons pour exprimer ici notre gratitude au peuple azerbaïdjanais qui a su garantir notre sécurité pendant la guerre de 44 jours et qui continue à faire preuve de bienveillance à notre égard malgré les tensions diplomatiques.

Monsieur le Président, vous avez à de nombreuses reprises, au nom de la France, rappelé notre amitié éternelle pour l’Arménie et pour son peuple, ce que nous ne souhaitons nullement remettre en question ici. 

Quels sont désormais vos mots pour les Français établis en Azerbaïdjan, qui participent chaque jour au rayonnement de la France et à l’amitié entre les peuples ? Et quel message d’amitié avez-vous pour les Azerbaïdjanais, pour qui, à l’instar de bien d’autres peuples dans le monde, la voix de la France et les idéaux qu’elle porte comptent énormément ? 

Dans l’attente de gestes forts de votre part et restant à votre disposition pour travailler avec vous à la normalisation des relations franco-azerbaïdjanaise, nous vous prions de croire, Monsieur le Président de la République, en l’expression de notre haute considération. 

Les signataires,

Martin Ryan (Entrepreneur, Chef d’entreprise)

Serge Bainvel (Entrepreneur, Chef d’entreprise)

Alban Claude (Descendant en France de Zeinalabdin Tagiyev, philanthrope azerbaïdjanais de la fin du XIXème – début du XXème siècle)

Antoine Liagre (Analyste)

Armand Meimand (Représentant consulaire pour la circonscription Asie centrale et Moyen-Orient)

Damien Gasneray (Cadre commercial)

Maxime Gauin (Historien, Chercheur au Center For Eurasian Studies) 

Gérard Cardonne (Ecrivain, Essayiste) 

Aymeric Housez (Ingénieur)

Féminisme algorithmique

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Manifestation féministe pour la journée mondiale des droits des femmes à Paris, le 8 Mars 2021 © NICOLAS MESSYASZ/SIPA Numéro de reportage : 01009464_000034

Les féministes ne manquent pas d’initiatives. Mais, elles n’avaient pas encore d’école d’informatique… C’est chose faite !


Ces dernières semaines le pays a été durement éprouvé par des vagues féministes spectaculaires… Les Français ont d’abord pris connaissance du mouvement « femelliste » porté par la très mesurée antispéciste Solveig Halloin, se plaignant partout du patriarcat libéral qui ferait des femmes et du bétail les mêmes victimes sacrificielles de notre société décadente. En même temps, la très dispensable performeuse Olympe de G. a annoncé bruyamment qu’elle entamait une « grève de l’hétérosexualité » afin de faire avancer la cause des femmes.

À lire aussi : Solveig Halloin: la France orange psychiatrique

Simultanément le mouvement Nous toutes appelait à « Rompre le tabou de l’hétérosexualité », à travers une tonitruante conférence féministe en ligne visant à mettre en évidence que l’« hétérosexualité comme construction sociale, est un système politique au cœur du sexisme et vecteur de violences sexistes et sexuelles. » Le féminisme c’est aussi un business : on a vu fleurir sur Facebook ces causeries virtuelles payantes sur des sujets du genre « Pratiquer la sororité », « Qu’est-ce que le féminisme juridique ? », « Et si le féminisme boostait votre carrière ? » Les militantes aux cheveux bleus refont le monde sur Zoom. Le média en ligne Brut nous dressait aussi le portrait d’une Américaine qui s’est tout simplement mariée… avec elle-même, afin d’avancer sur le chemin de croix de l’émancipation égocentrique et de la condamnation du couple castrateur ! Bien sûr la pratique n’est pas vraiment reconnue par la loi, mais bien des névroses se résolvent en des cérémonies fastueuses.

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Il ne manquait qu’une école de code… féministe : la Providence nous l’offre sous la forme de l’Ada Tech School. Cette école de code mixte-et-paritaire, si on en croit sa brochure « est la première en Europe à la culture féministe et inclusive, ouverte à tous les profils. Neuf mois de formation et un an d’alternance avec une pédagogie unique pour lancer sa carrière dans la Tech en toute confiance. » Une gestation un peu longue, aux forceps, mais fructueuse. L’établissement se dit « pensé pour les femmes, mais ouvert à tous. » A la clé : l’empowerment par la création de valeur, la data, l’agilité, les applis, l’IA et la start-up nation ! La promesse est alléchante : « plus de confiance, plus de sens, plus de filles » ! J’approuve. Reste à savoir maintenant comment appliquer l’écriture inclusive aux langages de programmation… Après l’informatique, il faudra s’attaquer au BTP et aux métiers du funéraire ! Une aube radieuse se lève sur le féminisme 2 ou 3.0.

Football: l’idéologie diversitaire à l’offensive en Équipe de France

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Le choix du rappeur Youssoupha (photo) pour l'hymne de l'équipe de France de foot est critiqué © SADAKA EDMOND/SIPA Numéro de reportage : 00777135_000025

Dans la sélection de Karim Benzema en Équipe de France et dans le choix du rappeur Youssoupha pour la chanson des Bleus, Jean Messiha a vu une offensive de l’idéologie diversitaire. Il compte ne pas regarder la compétition. Tribune.


Pendant la soirée des César 2020, l’actrice Aïssa Maïga, invitée pour remettre le prix du meilleur espoir féminin, déclarait devant le gotha du showbiz français « compter le nombre de Noirs dans la salle », citant tour à tour les quelques personnes de couleur présentes, comme le réalisateur des « Misérables » Ladj Ly. Je me suis donc permis de faire pareil, mais cette fois-ci de compter les « Blancs » plutôt que les « Noirs » et de le faire dans le foot et non pas dans le cinéma.

Le ballon rond est une passion populaire presque partout dans le monde. Y échappent les États-Unis, plus adeptes de leur forme ultra-violente de rugby, l’Australie et la Nouvelle-Zélande, terres de vrai rugby, ainsi que les pays du sous-continent indien qui, de leur côté, ont fait du cricket leur sport national. 

Ailleurs, et bien sûr en France, c’est le foot. C’est un sport populaire. Son exercice est peu coûteux : une paire de chaussures à crampons, un short, un t-shirt, un ballon que l’on peut se partager à plusieurs et hop, le match peut commencer. Il faut certes des terrains. Mais notre pays en compte des milliers depuis longtemps et en particulier dans les quartiers populaires. Universellement, ce sport est à l’image de son peuple. En France, plus que tout autre domaine, le football reflète le changement de peuple en version accélérée. La dernière sélection, celle annoncée par Didier Deschamps il y a quelques jours compte neuf joueurs d’origine européenne, c’est-à-dire « blancs », comme dirait un certain Youssoupha. Neuf… sur 26 ! Je les nomme Hugo Lloris, Benjamin Pavard, Léo Dubois, Clément Lenglet, Lucas Hernandez, Lucas Digne, Adrien Rabiot, Antoine Griezman et Olivier Giroud. Tous les autres sont d’origine africaine, récente ou lointaine, ou encore maghrébine. Cela ne remet évidemment pas en cause leurs qualités de jeu et la légitimité de leur sélection. Mais dans un pays où il devient de bon ton de compter les Blancs, de leur reprocher à demi-mots d’être encore là, c’est assez parlant.

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Say no to racism

Ce lent et inexorable déclin de la présence de joueurs d’origine européenne au point de devenir franchement minoritaire dans un pays dont plus de 80% du territoire et 96% de la population est sur le continent européen est exceptionnelle. Aucun autre pays participant à l’Euro de foot ne présente une telle caractéristique. Pas même la Belgique, pourtant ancienne puissance coloniale fortement marquée par une immigration extra-européenne. Pas même l’Angleterre et sa « diversité » légendaire. Il faut dire la vérité : le foot français a fait l’objet d’un véritable nettoyage ethnique, savamment et patiemment entrepris depuis des années par le milieu des associations sportives pétries d’immigrationnisme et de discrimination positive en faveur des minorités. Le tout supervisé par la Fédération Française de Football (FFF). Être un jeune Blanc dans les clubs des quartiers populaires est, à la longue, devenue une erreur de casting. À moins d’avoir des parents qui peuvent vous payer une école de foot, mieux vaut oublier pouvoir y briller. La doctrine « progressiste » a posé le postulat que ce sport, où l’on peut gagner beaucoup et devenir une star, devienne le domaine de prédilection des jeunes « racisés » afin de créer ce que les Anglos-saxons appellent les « role models ». Mais comme il faut ne pas trahir l’idéologie immigrationniste et malgré le fait que notre pays compte un nombre considérable de talents pétris de rêves de gloire sportive, la France va continuellement chercher en Afrique noire et au Maghreb de nouveaux joueurs pour la Ligue 1, la Ligue 2 et même la ligue nationale, ex- troisième division, qui compte quelques clubs pro. Une immigration du sport totalement irrationnelle. 

Cette année, à l’occasion de l’Euro 2021, nous avons également eu droit à une initiative de la Fédération Française de Football, initiative destinée à acter le basculement de ce sport dans l’après-France. Le choix d’un rappeur congolo-français, né à Kinshasa et vivant en Côte-d’Ivoire, Youssoupha Mabiki Zola, pour interpréter l’hymne des « Bleus » à l’Euro 2021, était tout sauf le fruit du hasard.  Soyons juste : l’homme est certes injurieux, racialiste, sexiste au point d’en être ordurier (contre Marine Le Pen), haineux et menaçant (contre Eric Zemmour), anti-flics et anti-France, mais ses textes sont plutôt plus riches et moins débiles que la grande majorité du rap. Cela lui vaut d’être vénéré par tout ce que la France compte de francophobes. C’est ainsi depuis des années : quand un immigré noir ou maghrébin rappe son vomi et souvent sa haine sur notre pays, les femmes, les forces de l’ordre et les Blancs de façon outrageusement grossière et dans une langue de décharge, il fait frissonner de joie les apôtres de l’humanisme, les grands prêtres de la bienveillance et les souverains-pontifes de la tolérance. Quand même : ils doivent reconnaitre que c’est trash, même pour eux. Avec Youssoupha on a à peu près le même type de message, mais avec toutefois plus de mots en français et qui arrivent à s’aligner dans des phrases. Mais oui, mais oui : des phrases, miracle ! Alors, il faut le mettre à l’honneur. Une équipe de France majoritairement non-Blanche soutenue par la chanson d’un rappeur noir :  le rêve pour l’extrême-gauche, la gauche ou ce qu’il en reste et bien sûr la macronie qui a envoyé sa ministre des sports Roxana Maricineanu promouvoir ce « coup » de la FFF.  Et puis il y a Karim Benzema, l’Algérien de cœur et d’âme, suspecté d’être maître chanteur dans une affaire de sextape, qui préférerait jouer pour « son pays », celui de ses parents, l’Algérie, mais qui, comme le pognon est de ce côté-ci de la Méditerranée, n’a pas eu à hésiter. Le cœur au Maghreb, le portefeuille en Europe.     

Offensive diversitaire

L’objet de cette tribune n’est pas de demander le changement de composition de notre équipe nationale de football. Dans l’absolu, nous pourrions exiger une discrimination positive qui favorise l’accès des Blancs à l’équipe de France. Car après tout, pourquoi la discrimination positive serait-elle réservée à toutes les couleurs de l’arc-en-ciel sauf au Blanc ? Malgré cela, nous ne sommes pas pour les quotas, à la différence des racialistes qui les réclament en faveur des non-blancs. Les Français qui en ont marre de cette imposture peuvent faire le choix très simple de ne plus la regarder à la télévision. Un tel boycott serait plus que symbolique. Ce sport-business devenu l’étendard du remplacement ne vit, en effet, que de l’énorme manne financière rapportée par les recettes télévisuelles. Il ne survivrait pas à la « grève » des remplacés qui l’alimentent avec leur pognon. À chacun de se déterminer. Personnellement, je regarderai autre chose. 

A lire aussi: Pour un débat dépassionné sur l’immigration

Au-delà de la façon dont nous voulons réagir à cette offensive diversitaire, il reste que cette formation illustre de façon aveuglante la réalité du changement de peuple. Mais en version accélérée. On nous dira qu’elle a toujours compté des immigrés comme Michel Platini, Youri Djorkaeff et bien d’autres. Je le sais bien, moi qui fus longtemps un fan de nos Bleus. Mais ils étaient issus de l’immigration européenne que nous considérons depuis très longtemps comme une mixité naturelle à l’échelle de notre continent commun, l’Europe. Elle comptait aussi des joueurs géniaux issus de la diversité extra-européenne comme les Marius Trésor, Jean Tigana, Marcel Desailly ou encore le formidable Zinédine Zidane. Mais à l’époque, la France en bleu ressemblait encore à la France. Aujourd’hui, elle représente à la fois une réussite et une étape de plus dans la marche vers l’annihilation identitaire de la France historique. Pourquoi une étape ? Car lorsque l’on regarde les équipes de la « relève » alignée par la FFF, les U19 ou U20, nous pouvons programmer la quasi-disparition des joueurs européens dans l’équipe de France d’ici la fin de la décennie. La France Black-Beur. Amputée de ses Blancs. Le rêve ultime de la grande majorité de ces élites qui nous demandent de leur redonner cinq ans de plus en 2022 pour continuer le boulot. On me dira que la France a bien d’autres problèmes que la couleur de son équipe de foot. C’est vrai. Mais alors qu’ils cessent de nous dire que nous fantasmons le « grand remplacement ». Qu’ils admettent sa réalité au lieu de le nier de façon grotesque. Sans cela, il sera impossible d’avoir un débat politique honnête sur l’immigration et l’identité. Ce débat interdit laisse la France interdite.

Le Hamas, le Jihad Islamique et le Hezbollah sont des milices mercenaires de l’Iran

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Manifestation à Barcelone, 14 mai 2021 © SOPA Images/SIPA Numéro de reportage : 01019232_000014

Dans Dix Petits Mensonges et leurs Grandes Conséquences (Editions l’Artilleur, 2021), Yves Mamou s’attaque à l’antisionisme. L’ancien journaliste du Monde postule qu’une série de mensonges déforme la perception de l’État d’Israël en Europe. Il a recensé dix de ces mensonges et démontre qu’ils ont un effet dévastateur qui va bien au-delà de la mauvaise perception que nous avons de l’État hébreu : les Français et les Européens sont désarmés face au djihad.


Causeur. Quel regard portez-vous sur les récentes attaques du Hamas et sur la riposte d’Israël ?
Yves Mamou. C’est un cas d’école. J’explique dans Dix Petits Mensonges que la « cause palestinienne » dont on se gargarise en Europe a cessé d’être une cause arabe et même palestinienne. Le Hamas, le Jihad Islamique palestinien et le Hezbollah sont des milices mercenaires conseillées et armées par l’Iran. Toute la puissance de feu palestinienne vient de l’Iran et s’exerce à son bénéfice. La fonction de ces milices palestiniennes ou propalestiniennes consiste à chauffer à blanc les opinions publiques arabes contre les « sionistes ». Pour les Ayatollahs, il s’agit d’empêcher les dirigeants arabes (les Émirats, Bahreïn, l’Arabie Saoudite…) d’organiser un front commun avec Israël… contre l’Iran précisément. Vue d’Europe, l’attaque du Hamas contre Israël a la même fonction : elle chauffe à blanc l’opinion publique immigrée musulmane – et il y une opinion publique musulmane en France, en Allemagne ou en Angleterre – et empêche les gouvernements européens de manifester leur solidarité avec Israël. J’en veux pour preuve que les pays d’Europe qui refusent l’immigration musulmane sont les seuls à avoir pleinement manifesté leur solidarité à Israël.

Yves Mamou © D.R.

Comment interprétez-vous le cessez-le-feu, et qui voyez-vous en vainqueur de cette confrontation ?
Sur le plan militaire, le vainqueur est Israël. Les tunnels du Hamas sont hors d’usage, l’appareil de production de missiles en a pris un coup et nombre de miliciens islamistes ont péri dans les tunnels où ils s’étaient réfugiés. Il faudra plusieurs années au Hamas pour reconstituer sa puissance de feu. Tout ceci a été obtenu sans rentrer dans Gaza.
Sur le plan politique, le bilan est plus mitigé. Israël a été mis à l’arrêt pendant onze jours et les Israéliens ont dû dormir et travailler dans les abris. Mais le plus grave est ailleurs. Au-delà du trauma dû à des alertes incessantes, nous sommes revenus dans une configuration géostratégique classique, la même depuis 1967 : il n’y aurait pas de paix possible entre Israël et les pays arabes sans un règlement de la « question palestinienne ». La bonne vieille « solution à deux États » qui n’a jamais fonctionné et n’a produit que des guerres est à nouveau sur la table. Les Palestiniens vont pouvoir continuer de bloquer la paix au profit de l’Iran d’un côté et du djihad mondial (salafisme, Al-Qaïda, Qatar, Frères Musulmans…) de l’autre.
Dans Dix Petits Mensonges, je montre que les organisations internationales n’ont pas le rôle d’arbitre qui devrait être le leur. L’ONU, l’UNESCO ou l’OMS mènent une guerre d’un nouveau genre contre Israël. Une guerre par le droit s’y exerce – lawfare comme disent les Américains – pour déposséder Israël du bénéfice politique de ses victoires militaires. Cette guerre par le droit est tout aussi dévastatrice que les roquettes du Hamas. Si le Dôme de Fer américain (à savoir le droit de veto que les Américains utilisent souvent pour éviter une condamnation d’Israël au conseil de sécurité de l’ONU) cessait de bénéficier à Israël, l’État hébreu deviendrait rapidement un État paria.

À lire aussi, Yves Mamou: “Le Monde”, Israël et le Maroc… parlons en le moins possible, j’ai mal à la tête!

Dans nombre de médias internationaux, Israël est déjà un paria. Vous parlez dans votre livre de mediafare …
En se faisant le relais du discours victimaire palestinien, les médias sont devenus acteur du conflit. Ils ont renoncé à leur sens critique. Par idéologie, depuis quarante ans, les médias formatent les consciences à l’antisionisme. Si les médias ne s’attaquaient qu’à Israël, le mal serait circonscrit. Mais cette politique éditoriale a des prolongements préjudiciables à tous. En France et en Europe, les médias victimisent les islamistes, diabolisent tout regard critique sur l’immigration et ne remettent jamais en question la psychiatrisation du djihad qu’opèrent les autorités. Il n’est pas admissible que les médias ne remettent pas en question la ligne politique officielle qui classe les décapiteurs d’enseignants, les égorgeurs de flics ou les agresseurs de chrétiens dans les églises comme des « déséquilibrés ». 

On peut aussi voir des messages associant Israël aux nazis. Comment les interpréter ?
Depuis la fin des années 1990, les Palestiniens tentent de se faire passer pour les « Juifs » du Moyen Orient. Par effet de bascule, les Juifs israéliens sont catapultés dans le camp des nazis. Les messages qui en Europe « associent Israël aux nazis » soulignent le succès de cette stratégie victimaire. Tout le conflit israélo-arabe est structuré par une série de leurres (ce sont mes « Dix Petits Mensonges ») qui, avec le temps, ont acquis la solidité du béton.
Le problème est que ces « petits mensonges » ont des prolongements en France et en Europe. À Paris, on a vu des femmes islamistes manifester avec l’étoile jaune au côté gauche de leur vêtement. Et au centre de l’étoile jaune, il y avait écrit « muslim ». Quand les islamistes se font passer pour des Juifs, cela signifie qu’ils accusent les Français non-musulmans de vouloir les exterminer. Et si les islamistes se persuadent que vous voulez les exterminer, alors ils s’arrogent le droit moral de passer à l’attaque pour se « défendre ».  Islamistes, Palestiniens… n’attaquent jamais, ils se « défendent ». Et les médias qui les victimisent leur en donnent confirmation.

À lire aussi: Israël-Palestine: cette Shoah qui ne passe toujours pas

Comment expliquer que ce sont essentiellement des groupes de gauche ou d’extrême gauche qui diffusent de tels arguments en France ?
Comment la gauche française et européenne en est-elle venue à soutenir un mouvement terroriste islamiste comme le Hamas ? Ces errements politiques sont la conséquence d’une tragédie intellectuelle et morale européenne. Après la Seconde Guerre mondiale, la gauche chrétienne et la gauche politique ont perdu la foi en Dieu pour les uns et la foi dans le socialisme pour les autres. Les églises ont été désertées au moment même où le socialisme soviétique s’est effondré. Ce double effondrement de la croyance religieuse et de la croyance en un paradis communiste, a placé des millions de personnes en déshérence morale. Elles n’avaient rien à quoi se raccrocher. Plutôt que de s’inventer une morale sans Dieu, elles se sont rabattues sur une croyance de remplacement : le palestinisme et l’immigrationnisme musulman.

Au-delà de la gauche, pourquoi l’Union européenne ne soutient-elle pas Israël face au fascisme islamique ?
Nous vivons dans un univers façonné par la Deuxième Guerre mondiale et l’extermination des Juifs. Pour que pareils désastres ne se reproduisent plus, les dirigeants européens ont choisi de briser les nations en Europe, d’extirper la plus petite trace de culture nationale et de favoriser l’arrivée du plus grand nombre possible de migrants musulmans africains, nord-africains, turcs et asiatiques. La présence massive de l’islam est censée apporter la preuve aux dirigeants européens que le chauvinisme français, l’impérialisme allemand ou la bigoterie espagnole ont été éradiqués. Cette haine de la nation considérée comme la cause de tous les maux, les amène bien logiquement à considérer qu’Israël, structuré comme une nation (des frontières, un peuple, un drapeau) se conduit comme un nazi dès qu’il se défend. Peut-être assistons-nous aux derniers soubresauts de ces croyances de remplacement, mais je n’en suis pas sûr. Le mouvement woke a tout d’un millénarisme résolu à ne pas laisser une pierre debout en Occident.

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L’amplification de ce discours victimaire change-t-il la donne dans les réactions à ce premier conflit d’importance depuis quelques années en Israël ?
La victimisation est au fondement des conflits asymétriques d’aujourd’hui. Le Hamas ne fait pas le poids au plan militaire face à Israël, mais sa faiblesse (relative) contribue à lui valoir la sympathie des médias et de la gauche islamisée en Europe et aux États-Unis. À cela s’ajoute la racialisation du rapport social en Occident. L’antiracisme dominant empêche de comprendre que les bourreaux d’aujourd’hui sont parfois basanés et souvent musulmans !
Dix Petits Mensonges est une généalogie du passé proche. J’ai voulu montrer que l’antisionisme qui a pour fonction de délégitimer la présence juive en Palestine a été la matrice de l’antiracisme qui stigmatise les conservateurs, les libres penseurs de droite et de gauche, les critiques de l’immigration, les classes populaires blanches… Tous sont campés en colonisateurs et en racistes. L’antiracisme légitime le déboulonnage des statues érigées par les « racistes », réécrit les épisodes jugés « racistes » du passé historique européen et met au rancart une partie de leur littérature. L’antiracisme actuel a pour but de faire du « raciste » un étranger dans son propre pays. Cela a été ma grande découverte : la délégitimation du Juif en Israël entre en résonance avec la délégitimation du Français de souche. Des citoyens nés en France de deux parents eux-mêmes nés en France, peuvent, par le jeu de l’antiracisme, être transformés en étrangers dans leur propre pays.  L’antiracisme transforme les « de souche » en nouveaux Juifs ! C’est l’ère du Tous Juifs ! Ce système de dingue va-t-il perdurer ? Il durera tant que la gauche n’en sera pas elle-même victime. Elle a commencé d’en souffrir, mais elle ne veut pas encore le savoir.

Dix petits mensonges et leurs grandes conséquences

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Benoît Hamon, invité permanent de la radio publique

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Benoît Hamon en 2019 © Mathieu Pattier/SIPA Numéro de reportage : 00909259_000013

Il l’annonce solennellement: il ne débattra jamais avec Éric Zemmour.


Surnommé Requiem dans certains milieux pour avoir jeté la dernière et très légère pelletée de bulletins de vote sur la tombe du PS, le conseiller régional Benoît Hamon se présente sur la liste de Julien Bayou pour les prochaines élections régionales. Il bénéficie d’un traitement de faveur sur la radio publique : quatre invitations sur France Info et France Inter en un peu plus d’un mois, un record. Les deux tiers de ses interventions sont apocalyptiques : « La France s’apprête à revêtir son costume sombre » qu’elle « a déjà revêtu dans le passé. » « Un costume de malheur », ajoutera-t-il en sortant sa patte de lapin et son fer à cheval sur France Info, le 16 avril. Le lendemain, sur France Inter, après avoir ciré les tresses de Greta Thunberg et les pompes des écologistes français qui, « au pire, ont le droit de préférer les vélos aux avions » (sic), Benoît Hamon dira s’être difficilement remis des déclarations du ministre de l’Éducation nationale à propos de l’Unef et lâchera ce qu’il croit être encore une bombe et qui n’est plus qu’un pétard mouillé : « Quand on entre dans ce jeu-là, on entre dans le jeu de… l’extrême-droite. »

Ce lundi 24 mai, il était l’invité du Grand Entretien sur France Inter. L’homme qui n’a pas hésité à déclarer que « Greta Thunberg est le génie européen » a compris qu’il ne servait à rien de “complexifier” les choses et revient avec un programme de plus en plus simple tenant en trois points : 1) instaurer le revenu universel ; 2) empêcher le retour du fascisme ; 3) ne pas débattre sur C News avec Zemmour. 

La société de rêve de Benoît Hamon

La grande idée de Hamon reste celle de l’instauration d’un revenu universel. En plus de ce revenu, reprenant les thèses de Thomas Piketty, il préconise un “capital d’émancipation” consistant en le versement d’une somme de trois cents euros dès la naissance, répartie comme suit : deux cents euros pour les parents, cent euro sur un compte dont l’enfant deviendra le bénéficiaire à sa majorité. Hormis le fait que les entreprises les plus rapaces n’attendent que ça pour augmenter les prix de leurs produits et pour expliquer à leurs salariés pour quelles raisons leurs salaires ne seront pas augmentés pendant un bon bout de temps, on voit par là que Benoît Hamon est synchrone avec la conception des technocrates européens qui se sont faits à l’idée d’une prochaine société divisée inégalement en deux, d’un côté celle qui travaillera pour « l’économie immatérielle » ou « capitalisme cognitif » (20 % de la population environ) et, de l’autre côté, celle des corvéables à merci peu rétribués et des chômeurs qu’il faudra occuper et nourrir, même chichement, pour avoir la paix sociale (le reste). Le peu qui reste des liens traditionnels d’entraide familiale, amicale ou générationnelle sera définitivement détruit par une prise en charge financière exclusivement étatique, froide et comptable. L’État désiré par Benoît Hamon est ce “monstre froid” qui vous prend égalitairement dans ses bras dès le berceau, qui vous nourrit et vous distrait égalitairement tout au long de votre vie, qui vous accompagne égalitairement jusqu’à votre égalitaire euthanasie. La place manque pour développer les autres effets délétères de cette fausse bonne idée : la fin programmée de la liberté individuelle, les surenchères électoralistes et les appels d’air migratoires, entre autres.

La deuxième idée de Hamon n’est pas nouvelle. Elle prend aujourd’hui une ampleur inédite du fait que de plus en plus d’anciens électeurs de gauche, trahis par elle, ne votent plus ou votent RN. Plus soulagesien que jamais, Benoît Hamon noircit le tableau : il ne prendra pas « une seconde le risque que [ses] enfants connaissent le fascisme dans ce pays » car « la tradition du fascisme en France (sic) et en Europe est une tradition qui n’est pas une tradition cool. » (sic) Benoît Hamon est licencié d’histoire. Il doit donc savoir de quoi il parle quand il parle d’une « tradition du fascisme en France. » Il est bien le seul. De plus, il perçoit dans la société française une « diabolisation de la gauche et des écologistes » (sic), et redoute une « hégémonie culturelle des idées conservatrices, de la détestation de la gauche, de la préférence pour les discriminations, de la haine pour l’égalité. » (sic, sic et resic). D’où son troisième point : C News et Zemmour.

Hamon préfère débattre avec Lilian Thuram et Ali Rabeh

Comme tous les hommes de gauche, Benoît Hamon est pour le débat d’idées. Il suffit que les idées développées lors du débat soient les siennes pour que le débat soit dit démocratique et pluraliste. Si les idées déployées lors de ce débat pluraliste ne sont pas celles de la gauche en général et de Hamon en particulier, elles seront alors systématiquement dites « ultra-conservatrices, discriminatoires, islamophobes, parfois racistes. » Une grande partie des radios et télévisions publiques étant acquise à l’idée du débat selon Hamon, ce dernier continuera de débattre avec lui-même sur France Inter. Par contre, il ne débattra pas avec Zemmour sur C News, car Zemmour énonce des « contre-vérités historiques » régulièrement dénoncées. Hamon préfère débattre sur sa chaîne de TV numérique SENSTV avec des invités triés sur le volet, des interlocuteurs un peu plus nuancés et intelligents que Zemmour. Ainsi, il a disserté avec le philosophe à crampons Lilian Thuram sur « la difficulté pour les Blancs de politiser leur couleur » ; débattu avec la géniale Alice Coffin qui a livré « une réflexion passionnante sur le patriarcat et sur les voies et moyens de se libérer de cette emprise » ; échangé avec Ali Rabeh sur la « machine médiatique » qui a amplifié l’affaire Didier Lemaire dans le seul but de disqualifier le gentil maire de Trappes.

Il est quand même regrettable que Benoît Hamon refuse de débattre avec Éric Zemmour sur C News. 

La chaîne, qui approche régulièrement les 800 000 téléspectateurs à l’heure de Face à l’info, aurait sûrement atteint le million. Benoît Hamon rate là l’occasion de faire étalage de ses connaissances historiques, de son intelligence politique et de son art oratoire, et d’écrabouiller Zemmour (intellectuellement, bien entendu) devant un large public. Mais bon, tout est encore possible car, comme dit l’adage, il n’y a que les imbéciles qui ne changent jamais d’avis…

La France contre les dingos

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"Le déjeuner d'huîtres", Jean-François de Troy, 1735. "On ne prend jamais autant conscience de la richesse de la culture française qu'en ayant le bonheur de participer à un dîner français." © Harry Brejat / RMN / Wikimedia Commons

La France résiste ! Et plus qu’on le croit. La perplexité, le bon sens et notre art de vivre sont nos meilleurs armes contre le progressisme made in USA. Une nation qui vénère Fabrice Luchini ne pourra jamais être complètement woke.


Pour un Québécois, il n’y a rien de plus beau à voir que la saine perplexité du Français, qu’il soit de gauche ou de droite, devant les manifestations de la révolution woke qui traverse en ce moment l’Atlantique. Elle fait sa force dans une époque qui a perdu la tête. Il est naturel de ne pas vraiment comprendre un théoricien surdiplômé ou un militant fanatisé à peine sorti de la crèche, expliquant de manière pontifiante que l’homme et la femme n’existent pas et que la nouvelle norme en matière d’identité sexuelle est la fluidité identitaire. Il est naturel de ne pas comprendre cette forme inédite d’antiracisme fondée sur le procès de l’universalisme et la survalorisation d’une conscience raciale revendicatrice et revancharde poussant chacun à s’enfermer dans son silo ethnique. Il est naturel de sursauter quand on apprend que les grandes entreprises américaines imposent à leurs employés des stages pour apprendre à devenir moins blancs et qu’on découvre que certaines universités veulent décoloniser l’enseignement des mathématiques ou de la physique. Et il est tout aussi naturel de pousser un grand soupir d’exaspération devant les délires de l’écriture inclusive et de se rassurer en disant que cette sottise, comme tant d’autres, finira bien par passer. On veut croire que la folie idéologique se dissipe avec l’âge et qu’en prenant de la bedaine, on prend aussi de la raison, ce qui était peut-être vrai autrefois, mais l’est malheureusement moins maintenant.

Résumons : il est naturel de se gratter la tête devant la gauche religieuse américaine et d’en venir à la conclusion que les campus d’outre-Atlantique sont des asiles à ciel ouvert. Ce n’est pas une mauvaise conclusion, d’ailleurs. Cette perplexité française est une force. Elle témoigne d’une forme de bon sens au moins résiduel face à une époque partant en vrille et convaincue que 2 + 2 ne font pas nécessairement 4.

La France tient bon face à l’invasion woke

Mais cette perplexité, hélas, est aussi une faiblesse à sa manière et pousse trop souvent les Français à se croire naturellement immunisés contre ce virus idéologique américain. Car le wokisme progresse et pénètre peu à peu la société française, qu’il s’agisse de l’université, des médias, comme on le constate chaque fois dès qu’on s’aventure sur le terrain du service public, où l’on s’entête à normaliser cette idéologie toxique de facture lyssenkiste en présentant comme de grands savants et des intellectuels stimulants les Éric Fassin, Geoffroy de Lagasnerie, Maboula Soumahoro et autres figures du même acabit. On le voit aussi dans le milieu des arts, à chaque cérémonie des Césars. On le voit même en politique, quand de grandes figures de la République commencent à parler de privilège blanc et de racisme systémique. Le Français ordinaire, pour peu qu’il ouvre sa télévision, sent bien qu’il subit une propagande permanente et culpabilisatrice pour le convaincre qu’il est tout à la fois raciste, sexiste, régressif, réactionnaire, machiste, phallocratique, et peut-être même porté sur la culture du viol.

Et pourtant, la France résiste ! Et plus qu’elle ne le croit ! De cela, je suis convaincu. Elle tient tête notamment à la révolution racialiste qui déferle sur l’Occident, comme en témoigne le traitement qui lui est réservé dans la presse américaine, et plus particulièrement dans le New York Times, authentique Pravda du régime diversitaire, qui se la représente à la manière d’une nation réfractaire s’accrochant au monde d’hier. Caricaturée à la manière d’une URSS écrasant au bulldozer de la laïcité ses minorités, on ne pardonne pas à la France de ne pas sacraliser les communautarismes et de ne pas chanter les vertus du multiculturalisme : il est bien vu de discerner dans cette circonspection une forme de péché contre le sens de l’histoire, d’entêtement retardataire dans la modernité diversitaire, de manque de respect pour les populations immigrées voulant se délivrer de la tyrannie de la majorité, nécessairement blanche et suprémaciste. Dans les grands journaux américains, d’ailleurs, on accueille à la manière d’exilés raciaux les figures médiatiques de l’indigénisme français, comme si elles trouvaient enfin aux États-Unis un endroit où vivre librement leur « diversité ». L’heure est venue, comme j’aime le dire, du destin vendéen de la France républicaine qui en vient, bien malgré elle, à incarner une posture contre-révolutionnaire. C’est elle qui fait obstacle au progrès, au nom de ses libertés concrètes, notamment celle d’organiser sa vie publique selon ses propres principes, on dira même, et j’y reviendrai, à partir de sa propre culture.

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Mais quels sont les ressorts de cette résistance ? Telle est la question. De passage en France malgré la pandémie à la mi-avril, nombre de mes amis, de toutes les allégeances et de tous les partis, m’ont interrogé sur ma certitude, qu’ils voudraient bien partager. D’où me vient cette idée que la France, de mille manières, moins par idéologie que par une simple réaction du corps social, résiste mentalement à l’invasion culturelle américaine ? Est-ce dans son attachement à l’universalisme qu’elle trouve sa force ? Comment leur répondre que rien n’est plus français que de se croire aussi immédiatement universel ? Assurément, l’universalisme français a de grandes vertus : il permet à chacun, à travers la culture française, d’embrasser une certaine manière d’habiter le monde, et même, une certaine idée de l’humanité. Mais qui soutient cela doit se rappeler immédiatement que cette aspiration à l’universel ne vaut pas grand-chose si on ne tient pas d’abord compte des mœurs qui l’alimentent, de la culture sur laquelle elle repose et travaille à son tour. L’universel français se voit dans la manière qu’a la France de transformer un étranger en Français de souche en l’espace d’une vie.

Le banquet à la française

Je théorise peut-être trop, et je sens bien que la vérité est ailleurs. Elle se trouve, je crois, dans ce qu’on appellera le banquet à la française, et dans l’art de la conversation qui le caractérise. Je veux croire, en fait, j’en suis convaincu, que cette résistance tient dans ce que je nommerai à défaut de trouver mieux la qualité du lien humain en France. Il y a en France, dans tous les milieux que j’ai fréquentés, une manière de vivre les rapports humains qui est tout à fait unique, et qui contredit l’esprit dominant de notre temps. On ne prend jamais autant conscience de la richesse de la culture française et de ses mille possibilités qu’en ayant le bonheur de participer chez un ami à la vie française avec un dîner français, qui se termine toujours à des heures impossibles pour un Américain, et où tous les tabous de notre temps sont transgressés en quelques instants.

Prenons l’exemple du débat d’idées. L’étranger qui regarde la France, au fond de lui-même, jalouse ce peuple qui a su placer l’art de la conversation au cœur de la vie publique, et qui sait, d’une étrange manière, faire de la controverse un théâtre, sans s’enfermer dans l’esprit de sérieux, car tous sont appelés, au fond d’eux-mêmes, à devenir causeurs. Comment ne pas voir dans cet art du banquet, de la chanson, de la conversation à la fois sérieuse et grivoise, une formidable manière de résister à l’esprit de sérieux ? Les idées les plus étonnantes peuvent être lancées au cœur de la soirée, pour le simple plaisir de la provocation, et la mauvaise foi s’en mêlant, on comprend que la vie s’accompagne d’une part de théâtre, et qu’elle ne saurait jamais être complètement soumise à l’empire des idéologues. Les Français s’engueulent, s’insultent, même, puis rigolent, ce qui trouble l’Occident ordinaire qui n’est pas habitué à de tels contrastes dans une seule soirée. Peut-être faut-il y voir aussi l’héritage d’un peuple fondamentalement politique qui au fil de ses luttes et de son histoire, a su transformer la moindre querelle en matière à débat.

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Autre chose étrange dans une soirée française : il arrive que les convives, sans qu’on les y force, parlent littérature, et échangent des vers. Même ceux qui n’en savent rien font semblant de participer à l’échange, et citent à la manière de livres préférés des titres qu’ils n’ont pas lus : voyons-y un hommage admirable à la culture. Théorisons : au cœur de la culture, on trouve donc une place spéciale accordée à la littérature, qui n’est pas simplement le domaine de la non-fiction, comme disent les Anglo-Saxons, mais une manière privilégiée d’aborder le monde avec ses nuances, ses chatoiements, ses contradictions, et qui refuse de l’enfermer dans une série de tableaux statistiques que des sociologues titularisés interpréteront comme des oracles ou des sorciers. À la quête obsessionnelle du chiffre, le Français peut répondre par le passage d’un grand roman, sans jamais se croire ridicule : c’est plutôt l’obsédé du tableau Excel qui semblera étrange. Une nation qui vénère Fabrice Luchini ne sera jamais complètement woke.

Une relation hommes-femmes unique au monde

Osons un regard sur une autre excentricité française : je parle évidemment du rapport entre les hommes et les femmes, qui heurte tant le puritanisme anglo-saxon, lequel voit dans la simple expression du désir d’un sexe pour l’autre le commencement d’une relation coupable. Il suffit pourtant, dans un dîner, de voir les deux sexes se parler, se séduire, se draguer, avec finesse, pour comprendre que la culture française a construit et su approfondir avec cinquante nuances de désir les rapports entre les sexes. Ceux-ci échappent à l’étranger de passage qui n’atteindra jamais en la matière un tel degré de sophistication. Comment convaincre un peuple qui sait distinguer entre un frottement d’épaule et une agression sexuelle que la moindre tentative de rapprochement d’un homme vers une femme est une première étape vers une relation de domination ? Plus encore, la France ne fixe pas dans un scénario écrit d’avance l’homme dans le rôle du prédateur et la femme dans le rôle de la victime : elle comprend d’instinct et de culture la complexité des rapports entre les sexes et refuse dès lors de les enfermer dans un logiciel qui viendrait transformer en histoire sordide leur complicité compliquée.

La France, par son génie intrinsèque, résiste au wokisme et donne envie à bien des gens de par le monde de la rejoindre, dans l’espoir de s’y faire adopter

S’il y a dîner à la française, c’est qu’il y a art de recevoir à la française, et un sens de l’amitié à la française. On me répondra que partout sur terre, les amis se reçoivent, et d’une manière ou d’une autre, gardent le contact au fil de l’existence, conservant entre eux un lien vivant. D’un point de vue nord-américain, une telle affirmation serait à nuancer. Il existe une profondeur propre à l’amitié à la française, des liens qui peuvent prendre du temps à se nouer, mais qui semblent aussi se nouer définitivement. Autant le Nord-Américain devient votre ami l’espace d’une soirée, autant il oublie le lendemain l’ami de la veille. Ce n’est pas ainsi que fonctionne l’amitié à la française. On peut y voir la manifestation d’une culture qui a su s’inscrire dans les profondeurs de l’âme humaine, parce qu’elle en comprend les besoins les plus intimes. Les sceptiques y verront viles flatteries envers la France. À tort. Je l’écris à la manière d’une confession admirative.

Alors je reviens avec mes grosses pattes théoriques. Ce dont j’essaie péniblement de parler, ici, c’est de la culture française, de l’identité française, des mœurs françaises. Elles ne sont pas intégralement contractualisables, et on ne saurait dresser la liste de leurs manifestations sans les rendre très rapidement absurdes. C’est le fantasme destructeur des modernes : la contractualisation intégrale de l’existence. L’étrange manie de fixer sur un formulaire administratif ou un contrat républicain les moindres détails de l’existence. La volonté de réduire à un tout intellectualisable la vie qui débordera toujours de toutes les catégories où on cherche à l’enfermer, à la systématiser. Les Français sont uniques. Tant qu’ils seront encore maîtres chez eux, la France, par son génie intrinsèque, résistera au wokisme et donnera envie à bien des hommes et des femmes de par le monde de la rejoindre, dans l’espoir de s’y faire adopter. Ce qui fait le génie de la France, en dernière instance, me semble-t-il, ce sont les Français.

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Delenda est Gaza

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Des Palestiniens marchent au milieu des ruines de bâtiments et de magasins à la suite des frappes israéliennes à Gaza, 25 mai 2021 © SOPA Images/SIPA Numéro de reportage : 01021104_000012

On se souvient du cri par lequel Caton l’Ancien finissait tous ses discours : « Delenda est Carthago », il faut détruire Carthage. Au début du printemps 146 av. JC, Scipion Émilien décida de prendre au mot le vieil orateur mort trois ans auparavant et lança l’assaut final contre la cité carthaginoise. Les combats s’éternisant, et comme il ne disposait pas encore de la bombe atomique, le général romain fit incendier la ville. Plutôt que d’être esclave du vainqueur, l’épouse du chef carthaginois, un incapable du nom d’Hasdrubal qui quémandait merci, se jeta dans les flammes avec ses enfants.

Les Romains massacrèrent l’essentiel des habitants, et emmenèrent en esclavage ceux qui avaient survécu. Puis ils rasèrent la ville, répandirent du sel sur les ruines fumantes, et prononcèrent une damnatio memoriae, interdiction d’évoquer le nom même de la cité détruite, dont longtemps les archéologues cherchèrent la trace. L’historien Ben Kiernan y voit le premier exemple de génocide calculé.

Des intifadas qui se répètent

Après la guerre israélo-arabe de 1948-1949, près de 750 000 Palestiniens, sur 900 000, émigrèrent vers la Jordanie ou le Liban — exode connu sous le nom de Nakba. Les Israéliens n’ont pas vitrifié la région, ils ont laissé les revendications territoriales remonter, jusqu’à la guerre des Six jours. Là encore, alors qu’ils en avaient l’occasion, ils n’ont pas anéanti l’adversaire — une solution politique leur paraissait plus prometteuse. Résultat, une nouvelle guerre éclata en octobre 1973. Et là encore, les Israéliens eurent la victoire modeste. Sans doute le grand frère américain ne voulait pas se mettre à dos sa clientèle du Golfe. S’ensuivirent diverses intifadas en 1987-1993, puis en 2000, et enfin ces derniers jours. Israël a choisi chaque fois une solution politique.

À lire aussi : Oui il faudrait (quoi qu’il en coûte à Israël) que naisse un Etat palestinien…

Le temps n’est peut-être plus aux solutions radicales à la romaine. Mais l’idée en revient chaque fois que des missiles sont lancés sur les populations civiles de l’État hébreu : ceux qui accusent Israël d’être un État fasciste, colonisateur, sioniste, totalitaire, devraient lire l’histoire romaine. Ils ont bien de la chance que Scipion Émilien ne soit pas à la tête de Tsahal. Évidemment, pour Israël, il est plus intéressant de mener des représailles mesurées, de façon à ne pas braquer les régimes arabes avec lesquelles l’État juif passe des traités bilatéraux, comme les récents Accords d’Abraham. Et lesdits pays arabes préfèrent à tout prendre négocier avec des Juifs que soutenir des mouvements terroristes qui sont des émanations des hezbollahs iraniens.

Les Palestiniens sont les dindons de cette farce politique. Ce ne sont d’ailleurs pas les Israéliens qui les ont prioritairement massacrés. Ce sont les Arabes. Les Jordaniens (avec lesquels les Palestiniens auraient pu s’entendre en 1949, s’ils avaient eu deux sous de jugeote) ou les Libanais en ont tué tant et plus — et bien davantage que l’armée israélienne.

Quid d’un État palestinien ?

Le miroir aux alouettes de ce poker menteur pour lequel quelques milliers de personnes meurent de loin en loin est l’établissement, toujours repoussé, d’un État palestinien qui ne correspond à rien, ni historiquement (il n’y a jamais eu d’État palestinien, les habitants de ces contrées ont toujours été sous obédience arabe, anglaise, ou française — ou turque) ni économiquement : Gaza est une enclave moribonde, une réserve d’indigènes que les Israéliens ont préservés au lieu de les éradiquer. Il y a un État israélien et des États arabes — quoi que l’on pense de la pertinence de la politique des uns et des autres, ou du rapport élastique à la démocratie de certains.

À lire aussi : Israël-Palestine: cette Shoah qui ne passe toujours pas

Quant à ceux qui en Europe, et en France en particulier, s’en vont dans les rues aux cris de « Palestine vaincra », il est évident que leur agenda ne concerne pas les Palestiniens, mais qu’ils sautent sur l’opportunité de s’offrir un petit prurit antisémite aux frais des Gazaouites. Et, en période pré-électorale, d’affirmer encore une fois leur souci de ces communautés dont ils ont fait les nouveaux prolétaires — vu que les anciens prolos ont massivement viré vers le RN —, espérant fortifier leur implantation çà et là. Un beau calcul dont Jean-Luc Mélenchon et ses partenaires comptent faire leurs choux électoraux. Ainsi, l’inénarrable Danièle Obono a théâtralement quitté l’antenne quand un membre du Parti travailliste israélien, Laurent Cigé, lui a lancé : « Je crois que vous devriez rebaptiser votre parti, non pas La France insoumise, mais la France soumise aux islamistes (…) Vous représentez un parti qui n’est pas antisioniste, (…) mais carrément un parti antisémite. »  Il fallait que cela fût dit.

Des Palestiniens, tout le monde se fiche. Ils survivent de subventions qu’on finira bien par leur couper — avec l’eau potable. Un procédé d’éradication auquel n’avait pas pensé Scipion Émilien. C’est ça, le progrès.

« Il ne manque que la mer à la Seine-Saint-Denis pour devenir la Californie » (Macron) !

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Emmanuel Macron pendant une conférence de presse lors du sommet européen du 25 mai 2021 © John Thys/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22570473_000178

Jupiter est tout puissant. Nous pouvons lui faire confiance pour changer la géographie de la France.


Le président de la République s’est confié à Zadig. Un magazine dégoulinant de crème pâtissière bien-pensante. Pauvre Voltaire ! Mais il n’est plus là pour protester.

Macron a communiqué aux lecteurs de Zadig sa vision de la France qu’il aime. Il a évoqué Amiens, le berceau où il a grandi. Puis il s’est attardé sur le 9-3 à qui, selon lui, « il ne manque que la mer pour devenir la Californie ».

À l’appui de cette superbe envolée lyrique, il a avancé deux arguments. La Seine-Saint-Denis est, a-t-il dit, « le département le plus jeune de France ». Il a toutefois oublié de préciser que le 9-3 était surtout très « jeunes ». Deuxième argument : « la Seine-Saint-Denis est le département qui compte le plus grand nombre de créations de start-up par habitant ». C’est tout à fait exact si l’on range dans cette catégorie les points de deal.

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Zadig est un magazine niais. Pour être au diapason de ses lecteurs, le chef de l’État a bien compris qu’il lui fallait, lui aussi, être niais. Et dans ce registre, il a été excellent. La mer, Macron ira la chercher avec les dents. La plus proche du 9-3, c’est la Manche. Mais ses eaux sont froides et la population du 9-3 est frileuse. Ce sera donc la Méditerranée, plus chaude et plus propice à l’épanouissement des Dionysiens.

Macron est un démagogue éprouvé. Quand il lui faut parler d’insécurité, il fait un pas vers la droite. Quand il évoque les Français qui sont à la peine, il lorgne vers la gauche. Mais il n’est jamais aussi inspiré que quand il se penche amoureusement sur la banlieue jeune, vigoureuse et virile.

Pour conclure, j’emprunte une formule à un tenant de la fachosphère : « ce serait déjà bien si la Seine-Saint-Denis ressemblait à la France ». Je lui laisse la responsabilité de ses propos insupportables.