Home Édition Abonné Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?


Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?

"La surconsommation récréative de numérique provoque des dégats irréparables"

Nos enfants-rois victimes des écrans-rois?
Une jeune fille en train d'utiliser une tablette chez elle. CHAMUSSY/SYPA/1710011926

Michel Desmurget alerte sur les dangers des écrans dans La fabrique du crétin digital. Il recommande de proscrire tout écran jusqu’à l’âge de 6 ans.


« Dès 2 ans, les enfants des pays occidentaux cumulent chaque jour presque 3 heures d’écran en moyenne. Entre 8 et 12 ans, ils passent à près de 4 h 45. Entre 13 et 18 ans, ils effleurent les 6 h 45. […] Exprimé en fraction du temps quotidien de veille, cela donne respectivement un quart, un tiers et 40 %. »

Chercheur en neurosciences à l’Inserm, Michel Desmurget tire la sonnette d’alarme. Dans La Fabrique du crétin digital, qui paraît ces jours-ci, il montre que cette surconsommation récréative de numérique (tablettes, smartphone, jeux vidéo, télévision…) par les enfants provoque des dégâts irréparables. Comme le chantait Trust, le temps perdu ne se rattrape plus. « Les grandes périodes de plasticité cérébrale propres à l’enfance et à l’adolescence ne sont pas éternelles. Une fois refermées, elles ne ressuscitent plus. Ce qui a été gâché est à jamais perdu » – alors que l’initiation au numérique peut se faire à tout âge.

A lire aussi, Ingrid Riocreux: L’inintelligence de la main

La concentration sur les écrans du temps de cerveau disponible sape les trois piliers essentiels au développement de l’enfant. Premièrement, elle pénalise les interactions humaines en réduisant le volume et la qualité des échanges familiaux. Or, écrit Desmurget, «  pour le développement, l’écran est une fournaise quand l’humain est une forge ». Deuxièmement, elle ralentit l’acquisition et la maîtrise du langage et entrave « l’entrée dans le monde de l’écrit », alors qu’au-delà « d’un socle fondamental, oralement construit au cours des premiers âges de la vie, c’est dans les livres et seulement dans les livres que l’enfant va pouvoir enrichir pleinement son langage ». Enfin, elle pèse sur la concentration et « inscrit l’inattention au cœur du cerveau ».

Quoi qu’en disent les fervents technophiles, aucune étude scientifique ne démontre que l’exposition précoce aux écrans développe les capacités. « Le cerveau humain est parfaitement incapable de faire deux choses à la fois sans perdre en précision, justesse et productivité. »

Michel Desmurget propose donc – rien que ça – de proscrire tout écran au moins jusqu’à six ans et de limiter ensuite l’exposition des enfants à une heure par jour. Pour y parvenir, il suggère de chapitrer sa progéniture quant aux dangers des écrans. Espérons que la prévention digitale sera plus efficace que les sermons antidrogue.

La fabrique du crétin digital : Les dangers des écrans pour nos enfants

Price: 20,00 €

23 used & new available from 9,48 €

Septembre 2019 - Causeur #71

Article extrait du Magazine Causeur


Previous article Tulipes de Koons: financées par l’impôt, rentabilisées par la finance de l’art
Next article La gauche olfactive cible Raphaël Enthoven
est journaliste.

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération