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Deux managers sur trois observent une immixtion du phénomène religieux dans leur entreprise

Le "baromètre annuel du fait religieux en entreprise" de l'Institut Montaigne est inquiétant

Deux managers sur trois observent une immixtion du phénomène religieux dans leur entreprise
Une femme voilée dans les rues de Lyon, France, avril 2021 © ROMAIN DOUCELIN/SIPA, Numéro de reportage : 01016155_000004

Une récente étude de l’institut Montaigne sur la pratique religieuse en entreprise inquiète. Alors que l’on se déchire autour du séparatisme, cette étude révèle la forte progression du fait religieux rigoriste en entreprise et son origine majoritairement musulmane. Les secteurs les plus atteints sont les transports, le BTP, la logistique et la sécurité.


Devant son augmentation et les problèmes qu’il pose aux Français, le phénomène ne pourra plus être ignoré longtemps. Même du bout des lèvres, les instituts de données statistiques reconnaissent la forte augmentation du « fait religieux en entreprise ». C’est notamment le cas de l’institut Montaigne avec son baromètre annuel, dont le titre se veut cette année rassurant « Religion au travail, croire au dialogue », alors qu’il révèle que deux répondants sur trois ont déjà observé de tels phénomènes. L’étude interroge 25 000 cadres et managers.

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Pour l’auteur de l’étude, Lionel Honoré, directeur de l’observatoire du fait religieux en entreprise (OFRE), le prosélytisme se retrouve beaucoup chez les pratiquants évangéliques, mais il doit bien reconnaitre que la plupart des manifestations « les plus problématiques et dysfonctionnelles » proviennent des employés musulmans. Alors si certains tentent d’expliquer le phénomène par le caractère bien plus ostentatoire de cette religion (que ce soit dans la vêture, l’apparence, et par le grand nombre de pratiques obligatoires qu’elle implique), ne s’arrêter qu’à cette unique explication reviendrait à nier la tentation prosélyte (et la pression sur les employés musulmans non pratiquants) de cette religion, et les nécessaires revendications sur le lieu de travail qu’une pratique rigoureuse entraîne.

De vraies difficultés

Certes, la majorité des pratiques relevées ne pose fondamentalement que pas ou peu de problèmes, mais le reste soulève de vraies difficultés. Il est notamment question de relations avec les femmes, de revendications pour user des locaux de l’entreprise pour prier, de signes ostentatoires, ou, plus anecdotique mais révélateur du fossé qui peut se creuser et de l’incompréhension mutuelle qui peut régner, de l’usage des sanitaires. Le patron d’une entreprise témoigne ainsi dans le Figaro les trouver inondés à répétition par les copieuses ablutions rituelles ! À en croire les forums où se retrouvent les salariés musulmans discutant de ces questions, la majorité recherchent la discrétion et sacrifient volontiers leur emploi à leurs pratiques. Mais il suffit d’une petite minorité aux grandes revendications pour rendre visible le problème.

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Alors pour certains, expliquer, comme le fait Lionel Honoré, que les difficultés sont plus visibles avec la religion musulmane, du fait de la plus grande importance des signes extérieurs, est insuffisant. C’est ce qu’affirme Adel Paul Boulaud, auteur du livre « Le Tabou de l’entrisme islamique en entreprise. Guide du Manager » dans lequel il dénonce l’entrisme d’une partie des salariés musulmans qui poursuivent une politique délibérée de communautarisation. En fait, on pourrait parler de séparatisme, presque physique, avec des endroits et des créneaux différents, voire de stratégie de conquête. Des radicaux cherchent à adapter l’entreprise à la religion, avec mille exigences impossibles (comme ne pas vouloir livrer de l’alcool et du porc alors que l’employeur est… un transporteur). Cela peut créer un climat délétère. Car au-delà de la question des relations avec les femmes, il ne faut pas oublier les autres employés, de culture musulmane, soumis à la pression de leurs collègues ou supérieurs bien plus pratiquants. En suivant le ramadan scrupuleusement ou en portant le voile ils signalent – même malgré eux- aux autres qu’ils ne sont pas de « bons musulmans ». Ce problème est exacerbé lorsque la proportion de salariés musulmans est très élevée. C’est le cas dans un certain nombre de métiers, souvent à forte demande de main d’œuvre peu qualifiée, comme la maintenance, la logistique, la sécurité ou les transports. Dans ces derniers, particulièrement à la RATP, le phénomène est très important et fait l’objet d’une attention toute particulière dernièrement suite à de nombreuses polémiques, notamment de par le caractère public de l’entreprise, qui doit donc assurer une certaine neutralité.

La peur des patrons

Si les instituts et les responsables politiques peuvent encore avoir du mal à le reconnaître, les patrons, eux, sont en première ligne. Depuis l’affaire de la crèche Baby-Loup, les patrons confrontés à ces problématiques se font accompagner juridiquement à toutes les étapes, pour éviter de coûteuses condamnations, et privilégient, quand ils le peuvent, la négociation, et, surtout, les accommodements. Dans le cadre juridique en place, on indique bien qu’il faut rester sur ce terrain et ne pas entrer dans une querelle théologique. Mais face à leur impuissance et au nombre croissant de salariés musulmans, la stratégie choisie par la force des choses est celle des renoncements, ce qui fait craindre un empiètement progressif.

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Pour éviter cela, certaines entreprises utilisent la pratique – illégale rappelons-le – de la discrimination à l’embauche. D’autres rédigent des chartes et des clauses pour fixer leurs “valeurs” et les règles concertées de conduite au sein de l’entreprise. Mais face aux rapports de force dans certains lieux de travail et entreprises, celles-ci, d’une très faible valeur juridique, se révèlent souvent inefficaces sur le terrain.


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