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« Dans la situation désastreuse dans laquelle se trouve notre pays, être conformiste c’est participer à sa lente disparition »

Féru de débats et abonné aux polémiques, Jean Messiha était l’invité d’honneur de la quatrième “petite conférence” prévue le 2 juin, un concours d’éloquence de jeunes avocats. Il a été sèchement décommandé. Il réagit et regrette cet ostracisme.


Causeur. Vous avez été invité à siéger ce 2 juin à la table du jury de « la petite conférence », concours d’éloquence destiné aux élèves de l’École de formation du barreau. En quoi consistait votre rôle ?

Jean Messiha. Maître Mourad Battikh avec lequel j’ai débattu dans l’émission TPMP sur C8 cette semaine m’a sollicité à la sortie du plateau pour présider le jury de la « petite conférence ». C’est le rôle dévolu à l’invité d’honneur. Maître Battikh a immédiatement placé cette invitation sous les auspices de la liberté d’expression, ayant invité des personnalités de tous les horizons politiques et professionnels. 

Je suis intégralement républicain, Français, démocrate, ultra-tolérant et totalement humaniste

Avant de vous répondre sur le fond, il convient de rappeler que « la petite conférence » a déjà accueilli comme invité d’honneur des personnalités pour le moins sulfureuses comme Yassine Belattar ou Edwy Pleyel. Plus généralement, on ne demande à personne d’être d’accord avec toutes les idées. Inviter quelqu’un ne signifie pas cautionner son courant de pensée ou ses déclarations. Qualifier d’extrémiste un contradicteur uniquement parce qu’on n’est pas d’accord avec lui relève d’un subterfuge insultant et pour tout dire scandaleux. 

Bien évidemment que je ne suis pas d’extrême-droite. Combattre une invasion, une colonisation de peuplement et défendre l’identité historique d’un peuple n’est pas être d’extrême-droite. D’autant que je n’appartiens pas initialement à ce peuple historique français. Si défendre les droits d’un peuple à rester ce qu’il est c’est être d’extrême-droite, alors tous ceux qui défendent les Canaques, les tribus amérindiennes, les Tibétains et tous les peuples non-blancs contre l’aliénation culturelle sont d’extrême-droite. La palme de la sottise revient, en l’espèce, à une avocate, Maître Julia Courvoisier pour ne pas la nommer, qui fut à la pointe du combat contre ma présence au motif, écrit-elle sur Twitter que « la maison des avocats est celle des droits de la défense de la tolérance et de l’humanisme ». Donc si on suit la logique de cette avocate des guillemets, au nom des droits de la défense de la tolérance et de l’humanisme… on coupe le sifflet à une personne, moi en l’occurrence, parce qu’on n’est pas d’accord avec elle. L’ironie du propos de Madame Courvoisier est tellement épaisse qu’on s’en étoufferait et il faudrait davantage qu’un verre de cognac du même nom pour en saisir la logique. 

Je suis intégralement républicain, Français, démocrate, ultra-tolérant et totalement humaniste. Je suis profondément attaché aux institutions de la Vème République, à l’État de droit et à toutes les libertés publiques. Ce qui dérange profondément mes opposants, c’est que je combats la désintégration identitaire de la France par la colonisation de peuplement arabo-afro-musulmane. J’ai toujours affirmé mon plus profond respect pour tous les peuples et toutes leurs civilisations. Mais chez eux. Ici c’est la France : si des Français devenant minoritaires, comme le montrent les sondages, fantasment le « vivre-avec-tout-le-monde-venant-de-partout-et-restant-ici-de là bas » eh bien qu’ils aillent vivre leur brûlante démangeaison de métissage et de mélange dans les pays en question. L’avantage est qu’ils le feront à leurs frais au lieu d’imposer à la France de financer leurs penchants.  Tout cela pour dire que j’ai été choqué par leur attitude. S’ils n’étaient pas d’accord avec moi, c’eût été une belle occasion de débattre. Au lieu de quoi, ils ont préféré déclarer forfait. Mais je voudrais ajouter quelque chose d’important. Celui qui m’a invité, maître Bouttikh, est un Français de la diversité avec qui je suis en désaccord sur tout. Et je lui sais gré de m’avoir invité. Je suis convaincu qu’il a dû céder à la pression nauséabonde d’une camarilla de gaucho-immigrationnistes, dont la majorité sont des « Blancs » terme qu’il est devenu d’usage d’utiliser.                                

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Est ce que vous avez été contacté depuis par l’un des organisateurs ? Avez-vous eu une explication concernant ce qui a motivé l’annulation de l’évènement ?

Absolument aucune nouvelle. Et c’est peut-être cela le pire du pire. Non seulement ces gens sont des sectaires odieux, mais ils n’ont de surcroît pas le courage de leur attitude. Personne n’a osé m’appeler pour s’excuser et me dire que finalement l’invitation ne tenait plus. Je l’ai appris sur Twitter au même moment que tous les autres. Mais là encore, les mêmes diront que c’est au nom de la bienveillance, de la tolérance et de l’humanisme !

Vous accusez les « islamo-gauchistes » d’être responsables de la décision des organisateurs (les 12 secrétaires de la conférence) de vous décommander. Selon vous, cette décision serait donc politique. N’est-ce pas plus simplement un rétropédalage destiné à « ne pas faire de vague » afin d’étouffer les contestations peu importe d’où elles viennent, par lâcheté ?

Non je crois qu’il y a une vraie idéologie derrière cette décision. Il y a le refus de parler ou de laisser parler ceux dont on rejette ou réprouve les idées. Car pour eux il y a les idées acceptables comme le droit à envahir la France, à violer ses frontières, à la voler, à l’insulter, à la « niquer », à attaquer son peuple et ses forces de l’ordre. Et puis il y a les idées inacceptables, celles qui consistent à s’opposer aux idées précédentes. Je laisse à vos lecteurs le soin d’apprécier qui est extrémiste dans tout cela…

Que vous évoque l’idée d’un élève avocat qui refuse catégoriquement d’échanger voire de débattre avec quelqu’un avec qui il n’est pas d‘accord ?

Il n’est pas compréhensible que des avocats, dont la nature même du métier est le contradictoire, refusent fanatiquement le contradictoire dans leur propre conférence ! Ce sont des Staliniens au petit pied. Dans un prétoire où ils ne risquent rien, si ce n’est le froncement de sourcils du Président, ils font des effets de manche et haussent le ton. Je voudrais bien les voir en face de racailles dans la rue ou même dans une émission  avec des contradicteurs et un public hostiles. En me décommandant c’est en partie cela qu’ils ont cherché à éviter. Ce sont donc des lâches et des couards, en plus d’être des sectaires.

À l’occasion de cette 4ème séance, deux sujets au choix ont été proposés aux candidats. 
« Doit-on marcher seul ? » « Faut-il modérer son propos ? »
Ces sujets semblaient taillés pour vous. Le premier faisant effectivement référence à votre récente démission du Rassemblement National pour lancer votre propre mouvement, le second étant un clin d’œil à vos sorties médiatiques qui provoquent régulièrement buzz et bad-buzz sur les réseaux sociaux. Pensez-vous que ceux qui ont appelé à vous boycotter ont fait le rapprochement et saisi la pertinence du choix des organisateurs ? Si oui, comment expliquer qu’ils choisissent malgré tout de se priver d’un enseignement que leurs aînés ont jugé essentiel à leur formation ?

Je ne sais pas si ces sujets ont été choisis pour moi ou si c’est parce qu’ils ont été choisis qu’on a pensé à m’inviter. Toujours est-il qu’il y cette vieille formule qui dit : « être conforme ça forme des cons ».  Ces gens sont si conformes. Moi pas. Dans la situation désastreuse dans laquelle se trouve notre pays, être conforme c’est participer à sa lente disparition. Je refuse catégoriquement le conformisme et encore plus à l’heure où l’essentiel, c’est-à-dire ce que nous sommes, est menacé. Du coup, la citation que je préfère quand même c’est celle-ci et elle est tellement d’actualité quand on voit qui occupe le poste de Garde des Sceaux : « ce qui est surprenant avec les jeunes cons c’est leur capacité à devenir des vieux cons ». Le seul reproche que je fais à cette citation c’est de ne pas respecter la parité homme-femme.  

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Si l’annulation de l’événement est effectivement due à « la pression des islamo-gauchistes », qu’est-ce que cette politisation des élèves avocats qui ont appelé à vous boycotter dit de l’avenir de la défense ? Si à leurs yeux vous n’avez pas le droit comme tout autre citoyen à la liberté d’expression, pensez-vous qu’ils puissent accepter que vous soyez un justiciable comme un autre ?

Non, cela ne m’inquiète pas. Les avocats sont payés pour défendre et défendent qui les paient. Les gens qui n’ont pas voulu de moi à leur concours d’éloquence iront sans états d’âmes défendre avec fougue voleurs, fraudeurs, escrocs, agresseurs, violeurs, tueurs, tout en étant souvent absolument convaincus de leur culpabilité. Mais c’est très bien comme cela car c’est un fondement de notre démocratie. Et en plus parfois il y a des vrais innocents.        

Les « islamo-gauchistes » sont réputés pour être de grands défenseurs des minorités ethniques, sexuelles et religieuses contre la domination et l’oppression  « blantriarcales». En étant non-blanc, vous avez déjà fait la moitié du chemin. Pourquoi refusez-vous de « modérer vos propos » afin de gagner une audience auprès d’eux afin de ne plus « marcher seul »? 

En France, nous sommes dans ce paradoxe à la fois extraordinaire et inquiétant où la seule minorité qui n’a aucun droit c’est… la majorité ! À titre personnel, je ne me suis jamais senti non-blanc. C’est sans doute car la France ne m’a jamais traité en non-blanc. Et c’est justement parce que la France des années 80 et 90 a donné sa chance à cet enfant d’Égypte au look méditerannéen et lui a permis de non seulement s’intégrer mais de devenir un Français à part entière, ce qui est donné à tous par l’envie et l’effort, que je combats sans répit toute la racaille. Quant à modérer mon propos, cela signifierait qu’il est excessif. Or, n’en déplaise à ces alburostres, c’est la réalité qui est excessive et non les mots qui la décrivent. Et pour se donner une chance de changer les choses, encore faut-il les nommer justement. Dire les choses ne suffit certes pas à les changer. Mais les taire c’est participer à leur détérioration.

Mais j’ai une confiance inébranlable dans le vrai peuple francais blanc ou non-blanc. Il finira par se dresser et faire politiquement la peau à tous les fourriers de la France et de la République. 

Maigret se met à table

Simenon n’était pas seulement un chaud lapin, c’était aussi un gourmand, un amateur de bons petits plats et, à travers les enquêtes de son commissaire Maigret, un ardent défenseur de cette culture française qui passe (passait ?) immanquablement par la case bistrot.


Au journaliste gastronomique Robert Courtine, qui avait recensé en 1971 toutes les recettes de Mme Maigret (Simenon et Maigret passent à table, la Table Ronde), Simenon confiait que, pour lui, la cuisine était probablement l’art le plus ancien et le plus primitif, le seul capable de ressusciter le paradis de l’enfance : « Je suis sûr qu’il y a un élément venu du fond de notre enfance, qui nous manque pour la vie : c’est la cuisine familiale. »

Louise Maigret, de ce point de vue, est l’idéal amoureux de Simenon – et le nôtre, par la même occasion ! Cette Alsacienne est un fin cordon bleu qui aime son mari bourru et taiseux, et lui prépare les plats mijotés qu’il préfère : coq au vin parfumé à l’eau-de-vie de prunelle, gratin de macaronis (le mardi), pot-au-feu (le jeudi), bœuf bourguignon, bouillabaisse, choucroute, pintade en croûte de sel, flan, gâteau de semoule aux raisins de Corinthe (les desserts que la mère de Simenon lui servait, à Liège, chaque semaine)…

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Dangereusement réactionnaire et misogyne!

Chaste, fidèle et routinier, le commissaire Maigret est un homme du peuple de 110 kg pour 1 m 80, « un homme qui se sent bien dans sa peau d’homme », écrivit un jour une admiratrice à Simenon mais ça, c’était avant « balance ton porc ». Et son plus grand plaisir, chaque soir, quand il revient du Quai des Orfèvres, est de savourer la cuisine de sa femme.

Ainsi, c’est dans les Maigret que le lien inavoué entre plaisir sexuel et plaisirs de la table est le plus évident. Ces enquêtes, écrites de 1930 à 1972, ont superbement vieilli, mieux que les films qu’elles ont inspirés. Les Maigret nous plongent dans la poésie du quotidien d’un pays lointain qui s’appelait la France, avec ses odeurs de cire et de ragoût, ses paysages, ses accents et ses argots, ses péniches tirées par des chevaux (Le Charretier de la Providence), ses bordels, ses marchandes des quatre-saisons, ses chapeliers, ses clochards philosophes qui ne croient pas en la justice et nos institutions, et qui éprouvent de la sympathie pour ce commissaire, « gilet jaune » avant l’heure et allergique aux jeunes préfets arrogants (Maigret et le Clochard). Ces livres permettent de mesurer la destruction du lien social qui tenait notre société : Simenon décrit ainsi, à travers d’innombrables détails observés, une société vivante et humaine basée sur le service, avec des concierges qui « tirent le cordon », la nuit, pour ouvrir la porte de l’immeuble, des boulangers qui apportent les croissants du matin, des serveurs de brasserie qui livrent chaque jour bières et sandwichs au commissaire et à ses inspecteurs, sans oublier les bistrots, ouverts de six heures du matin à minuit, et qui sont, pour Simenon, le pouls, le centre de gravité de nos villes et de nos villages…

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La sensualité intense des Maigret s’exprime d’abord à travers les odeurs : « Chaque petit restaurant de Paris a son odeur propre. Par exemple, sur un arrière-fond d’apéritifs, un connaisseur aura discerné le fumet un peu aigu des vins de la Loire, l’estragon et la ciboulette. » (La Colère de Maigret). Quand Maigret rentre chez lui, à pied, boulevard Richard-Lenoir, il frétille comme un gardon : « Il y avait de la quiche lorraine à dîner, il le savait par l’odeur qui émanait de la cuisine. » (Maigret et le Client du samedi).

Comme des grands vins…

La poésie réside dans le charme de la répétition et de la routine, dans la douce complicité qui relie Jules et Louise, sans laquelle Maigret ne pourrait exister. Une femme au foyer qui fait jouir son mari avec de la brandade de morue aux truffes… c’est largement suffisant pour faire de Simenon un écrivain à censurer : dangereusement réactionnaire et misogyne ! Dans Maigret et le Fantôme, le commissaire, dont l’un des inspecteurs vient d’être abattu à Montmartre, demande à sa femme d’aller réconforter l’épouse de la victime puis l’invite à déjeuner chez Manière, un restaurant montmartrois fréquenté par les peintres. Il y commande une andouillette aux frites pendant que Madame opte pour un homard mayonnaise, plus raffiné. Louise est aux anges, car non seulement manger au restaurant est pour elle exceptionnel, mais elle a aussi le sentiment d’aider son mari qui, dans cette enquête, patauge dans la semoule : « Ce déjeuner chez Manière resterait comme un de ses plus beaux souvenirs. »

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Simenon a toujours désiré s’enraciner et partager la vie des habitants des pays et des régions qu’il sillonnait. Ainsi, en Vendée, pendant l’Occupation, il se fait paysan, cuit son pain, cultive ses ruches, élève ses cochons, cueille des cèpes. Comme lui, Maigret a des goûts simples, mais n’aime pas les vulgaires grillades sans identité, auxquelles il préfère les plats de terroir mijotés lentement qui ont une histoire, comme le cassoulet et la choucroute. La lenteur est d’ailleurs ce qui caractérise ses enquêtes et ses interrogatoires : il faut « cuisiner » le suspect à petit feu jusqu’à ce qu’il « se mette à table » et se décide à « manger » ou à « cracher le morceau ». Les odeurs de rôti brûlé et les mayonnaises qui sentent la savonnette ont aussi une valeur symbolique et prémonitoire : il va y avoir un drame, une arrestation… Épanouis comme des grands vins, les Maigret nous ramènent à une cuisine française oubliée qui, du vivant de Simenon, était déjà menacée de disparition. Une cuisine de femmes, conçue comme un acte d’amour, qu’appréciait par-dessus tout Simenon, à une époque où les hommes prétendaient détenir le monopole de la « grande gastronomie » ! En avance sur son temps, le père de Maigret fut aussi l’un des premiers à dénoncer l’apparition des plats préparés, la disparition des petits paysans et l’inhumanité des grandes surfaces « qui ont pris la suite du cultivateur qui venait lui-même apporter ses légumes, sa volaille et ses chèvres au marché. » (Un banc au soleil). Bienvenue dans le monde d’avant.

Mabrouk s’en va-t-en guerre…

Cette semaine, la journaliste Sonia Mabrouk a renvoyé dans les cordes l’inquisiteur professionnel Yann Barthès, lequel tentait de lui faire dire du mal de la chaîne C News. Philippe Bilger raconte et analyse cette réjouissante joute verbale.


Il y a parfois, au soir de journées tragiques et criminelles qui révèlent une nouvelle fois la faillite de l’exécution des peines et l’impuissance régalienne du pouvoir, des hasards d’allure et de pugnacité qui rassurent sur le courage intellectuel et médiatique.

Je m’apprête le 28 mai à éteindre mon ordinateur quand sur le site de Valeurs actuelles je peux prendre connaissance de la teneur d’échanges, le 25 mai, sur le plateau de Quotidien, entre Sonia Mabrouk et Yann Barthès.

Retour à l’envoyeur

Ils ne pourraient pas être mieux résumés que par mon titre si on veut bien admettre qu’il y a des guerres de velours et des combattantes de soie, des acidités élégantes et des ripostes de classe. Sonia Mabrouk a usé de toute cette palette pour défendre C News et, bien au-delà, pour montrer un art élémentaire mais trop peu pratiqué dans le domaine du verbe, ce que je pourrais familièrement nommer : le retour à l’envoyeur.

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Pour résumer, Yann Barthès lui demande s’il y a une idéologie à C News. « Absolument pas », répond-elle. « Et il y en a une à Quotidien ? » « Euh non, pas spécialement », réplique Yann Barthès. « Vous êtes sûr ? », continue Sonia Mabrouk avec le sourire. « Ouais, ouais », affirme Yann Barthès qui interroge : « Vous semblez en douter ? » Et Sonia Mabrouk de conclure : « Pas du tout ; comme vous vous ne doutez pas ».

Dupond-Moretti boycotte C News

Ce petit bijou d’intelligence et de rhétorique a été enrichi, si j’ose dire, par une autre partie du dialogue où Yann Barthès invoquait, pour incriminer C News, le fait que le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti ne voulait pas venir sur cette chaîne. Victoire facile de Sonia Mabrouk qui se contentait de souligner que d’autres ministres – et pas des moindres, notamment Bruno Le Maire et Gabriel Attal – n’avaient plus ces pudeurs médiatiques, prenant acte de la qualité et de l’impact des questionnements.

Prendre l’abstention de Eric Dupond-Moretti pour le signe d’une avancée démocratique était assez comique quand on sait la manière dont le ministre de la Justice, dans sa campagne partisane pour les régionales, se permet de traiter Marine Le Pen. Je n’ose imaginer les tombereaux d’insultes qui se déverseraient sur le locuteur si la victime de ces grossièretés était une femme de LREM, du PS ou de LFI. Et ce serait normal.

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La joute entre Yann Barthès et Sonia Mabrouk démontre que la pire des attitudes est d’accepter le procès qu’on vous intente comme s’il était légitime. Alors qu’il convient au contraire de dénoncer l’ambiguïté de celui ou de celle qui s’érige en juge. Eric Zemmour maîtrise à la perfection cette technique qui conduit à se servir contre son contradicteur de l’arme avec laquelle il prétend vous atteindre. Sonia Mabrouk s’est contentée – mais c’est décisif – de mettre en lumière que C News n’est pas plus gangrenée d’idéologie que tous les bons apôtres qui s’arrogent le droit de l’accabler. C News est composée d’une pluralité de libertés dont le concert, parfois, fait apparaître une vision conservatrice de la politique, de la Justice, de l’Homme et de la société. Et alors ?

Inquisiteurs professionnels

Ce que Sonia Mabrouk a su faire remarquablement en déplaçant la charge de l’inquisition sur Quotidien devrait être mis en œuvre à l’encontre de tous ceux oubliant de balayer l’idéologie devant leur porte, trop préoccupés de la soupçonner là où elle n’est pas. Je songe notamment au Monde, à Libération, à France Inter ou à Mediapart qui malgré leurs qualités pâtissent d’une vision hémiplégique, ostensiblement orientée, manifestant sans l’ombre d’une mauvaise conscience leur choix, parti pris et préjugés.

Ce n’est pas un crime mais cela devrait leur interdire au moins de se quitter trop vite de la critique pour se consacrer exclusivement à C News ou à Valeurs actuelles. Il y a de la volupté à voir des inquisiteurs professionnels renvoyés dans leurs cordes ! Qui peut se permettre de donner des leçons dans l’espace médiatique français ? C’est au fond l’interrogation que la vigueur souriante de Sonia Mabrouk a fait surgir. On sait maintenant que Quotidien a une idéologie. Il faut se méfier quand Sonia Mabrouk s’en va-t-en guerre…

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Cummings contre Johnson: Règlement de comptes entre Brexiteurs

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Le duo dynamique responsable du Brexit, s’est déchiré au cours de la crise sanitaire en 2020. Évincé de Downing Street en novembre 2020, Dominic Cummings se venge aujourd’hui devant un comité de parlementaires, en dénonçant le Premier ministre comme totalement incompétent.


À une certaine époque, leur complicité semblait totale. Boris Johnson était le grand Premier ministre qui conduisait son peuple vers la liberté en sortant le Royaume Uni de l’Union européenne. Dominic Cummings était le stratège visionnaire et non conventionnel qui conseillait BoJo au jour le jour en lui permettant d’éviter tous les écueils. Mais leur association, lancée en juillet 2019, s’est terminée dramatiquement en novembre dernier lorsque Cummings et sa bande ont été virés de Downing Street par la bande à Carrie, le groupe des amis de Carrie Symonds, la fiancée de Boris Johnson et première dame officieuse du Royaume Uni.

À lire aussi : Un affreux «Bojo»

On savait que le gourou machiavélique n’attendait que la meilleure opportunité pour se venger et plonger sa dague dans la poitrine – ou le dos – de BoJo, comme dans une de ces tragédies sanglantes qui florissaient dans les théâtres londoniens à l’époque de Shakespeare, où des conspirateurs perfides se trahissaient les uns après les autres, tandis que les cadavres s’empilaient sur scène et le faux sang coulait à flots. Mercredi 26 mai, l’occasion si longtemps attendue s’est enfin présentée à Cummings. La mise en scène n’avait pas le côté sombre mais sublime des drames d’autrefois, privilégiant plutôt le sérieux procédural des rouages de la démocratie moderne. Car Cummings était interrogé, en tant qu’ancien membre de l’équipe du Premier ministre, par des députés membres de deux comités de la Maison des Communes, celui responsable des questions de santé et celui s’occupant de science et de technologie. Il témoignait officiellement sur la gestion de la pandémie au cours de l’année dernière, surtout pendant les phases initiales, les plus difficiles précédant l’arrivée des vaccins.

Critiques de la gestion du Covid

Chauve comme Monsieur Propre, l’ancien courtisan, dévoré par la rancune, ne s’est pas fait prier pour vider son sac de fiel. Sans y aller par quatre chemins, Cummings a asséné que BoJo n’avait pas du tout les compétences requises pour le poste de Premier ministre. La preuve ? La lenteur avec laquelle le gouvernement, au début de la pandémie, a réagi à la menace que représentait le Covid 19. Jusqu’au mois de mars, Johnson changeait d’avis cent fois par jour. Selon Cummings, le Premier ministre prenait la situation si peu au sérieux, était si réticent à mettre en danger l’économie, qu’il a parlé de la possibilité de se faire injecter avec le virus devant les caméras pour montrer à la population que le Covid 19 n’était pas dangereux. Une journée mémorable aurait été marquée, d’un côté, par des demandes de la part de Donald Trump que les Britanniques participent à une campagne de bombardement au Moyen-Orient, et de l’autre, par une crise de nerfs de la part de Carrie Symonds, contrariée par un article de presse à propos de son chien, Dilyn. Tiré tantôt par ci, tantôt par là, Johnson vacillait sur les mesures à prendre contre le coronavirus, persistant dans son espoir que l’immunité collective serait atteinte avant qu’un confinement général soit nécessaire. Même quand l’idée d’un confinement s’est imposée, le gouvernement, manquant totalement de cohérence, a tardé à fermer les frontières.

BoJo n’est pas le seul à prendre des coups

Son poignard tout cramoisi du sang de Boris Johnson, Cummings n’a pas hésité à le plonger entre les omoplates du Ministre de la santé, Matt Hancock, le Véran britannique. Le qualifiant de tout à fait incompétent et enclin à des déclarations mensongères, Cummings le considère comme responsable de la décision catastrophique de renvoyer dans les Ephad les personnes âgées se trouvant dans les hôpitaux pour d’autres traitements au commencement de la crise sanitaire. Cummings se présente comme étant, dès le début, un partisan des confinements, à la différence de Johnson. Il aurait été en faveur d’un deuxième confinement au mois de septembre, alors que Johnson privilégiait la réouverture de l’économie. Cummings va jusqu’à prétendre que, lors d’une réunion au mois d’octobre, Johnson aurait dit qu’il préférait que les cadavres s’amoncellent plutôt que de refermer l’économie. Quant à son propre évincement de Downing Street le mois suivant, Cummings n’hésite pas à accuser Carrie Symonds d’exploiter son influence sur le Premier ministre pour contourner les mécanismes officiels de nomination des fonctionnaires du gouvernement afin de le faire remplacer.

À lire aussi : Post-Brexit: retour au régalien

Témoignant de la sorte pendant sept heures, l’ex-conseiller retors a-t-il porté un coup mortel à son ancien maître ? Entre le jour qui a précédé son témoignage et le jour qui y a succédé, les sondages ont enregistré des gains pour le gouvernement conservateur par rapport à l’opposition travailliste. Conclusion : beaucoup de bruit pour rien.

Garçon chiffon: Ouin-ouin flonflon

Pour son premier film, Nicolas Maury a utilisé 10% de son talent.


Nicolas Maury est une présence singulière du jeune cinéma français souvent utilisée comme condiment exotique avec sa voix haut perchée et ses manières de drama queen à la Jacques Chazot. Comédien de qualité au théâtre, il a tardivement explosé à la télévision avec la série 10%.

Succès et reconnaissance aidant, le voilà qui sort son premier film où, faisant d’une pierre deux coups, il s’est réservé le premier rôle. On aurait pu penser que ce serait l’occasion de sortir de son emploi, celui de folle perdue, et d’explorer d’autres facettes de son talent, avec par exemple un musical-claquettes consacré à la chute de Saddam Hussein ou un drame naturaliste sur le combat d’un paysan dyslexique rêvant de cultiver des ananas dans le Minervois ou encore, plus simplement, une biographie de Simone Veil, le véhicule parfait pour délivrer dans le rôle principal toutes les nuances de son jeu.

Autobiographie à peine déguisée

On a tout faux : Garçon chiffon est une autobiographie à peine déguisée où Maury joue Jérémy, comédien jaloux à fleur de peau qui se fait quitter par son ami vétérinaire excédé, et part se ressourcer chez sa mère tenancière de gîte rural, tout en préparant une audition pour l’Éveil du printemps où il doit jouer – évidemment – Moritz, le garçon « sensible ». Il y rencontrera un jeune métis sublime mais hétéro…

Et alors ? 

Et voilà… 

Dégoulinure terminale du Moi, Garçon chiffon rentrera peut-être dans le livre des records, puisque Maury doit monopoliser à lui seul, en gros ou très gros plan, une heure de présence à l’écran (sur 1h46) ; je laisse de côté par pure bonté, les plans larges un peu dénudés, notamment celui parfaitement gratuit où il potasse son rôle allongé sur le ventre, en slip blanc pour faire ressortir ses fesses (clairement un atout).

Téchiné kitsch

Aussi narcissique que niais, Garçon chiffon évoque la rencontre monstrueuse, mais en moins faux-cul, des Garçons et Guillaume à table avec Yann Gonzalez (grosse promotion sur les néons roses lors de la confession déchirante-féministe de Nathalie Baye). Un peu de Rendez-vous, ce vieux Téchiné kitschos, une pincée de Ducastel/Martineau – la déclaration d’amour chantée finale -, et hop !, ma fadaise-falbala est prête, c’est-y-pas beau ? Garçon chiffon fait repenser avec honte aux beaux films cruels et introspectifs de Jacques Nolot (dont Avant que j’oublie, probable chef-d’œuvre), Nolot, qui ne réalisera plus jamais.

La seule bonne idée à porter au crédit de Maury est d’avoir choisi Jérémy comme prénom de son héros, préparant clairement le spectateur à ce qui l’attend : une interminable suite de jérémiades et de pleurnicheries avec toutou hémorragique, mère victime et cœurs brisés.

Garçon chiffon de Nicolas Maury, en salle depuis le 19 mai

Goethe, les garçons et les filles

Le billet du vaurien


Dans Poésie et Vérité, souvenirs de sa vie, Goethe évoque sur un ton très naturel sa bisexualité : « C’est vrai que j’ai fait l’amour aussi avec des garçons, mais je leur préférais les filles, car quand elles me lassaient en tant que fille, je pouvais m’en servir en tant que garçon. » Voilà une confidence qui ferait sourire Gabriel Matzneff et qui me laisse indifférent, n’ayant jamais partagé ce goût pour les garçons dont, par ailleurs, Goethe se plaint en disant qu’ils sont souvent mal élevés et sans gêne, agissant en tyrans comme s’ils étaient les maîtres. Et, la nuit, Dieu qu’ils sont encombrants : « Combien de fois n’ai-je pas été expulsé de ma couche pour me retrouver par terre ! », se plaint-il.

L’amour glu

Ce qui, en revanche, ne lui est jamais arrivé avec une fille, ses maîtresses préférant souvent dormir au pied de son lit, tel un chien veillant sur son maître, ce qui n’est pas un avantage négligeable, ajoute-t-il, surtout pour lui qui a un sommeil léger. Oserai-je avouer que mon expérience personnelle confirme celle de Goethe : rien de pire qu’une fille qui veut dormir collée contre vous. Ce n’est plus de l’amour, c’est de la glu.

Ce qui a séduit Goethe chez sa future épouse, Christiane Vulpus, c’est sa grâce équivoque, quasi hermaphrodite, son corps qui ressemble à celui d’un jeune garçon. Il goûte son côté femme-enfant et la traite comme telle. Il est ému par ses fautes d’orthographe et par ses taches d’encre d’écolière. Mais la grâce hermaphrodite de Christiane Vulpus disparaîtra bien vite sous des couches de graisse. Elle est un véritable cordon-bleu selon Goethe, cuisinant à merveille des plats succulents auxquels elle sacrifiera son culte de la minceur et du même coup l’ardeur qu’elle inspirait à Goethe qui reviendra à ses anciennes amours, la fidélité n’ayant jamais été son fort.

Quand sonne l’heure de la fermeture

Paul Valéry expliquait sa versatilité sentimentale par une quête éperdue de l’éternel féminin dont chacun pressent la vanité, mais à laquelle nul ne veut renoncer. Et Goethe moins que quiconque, lui qui, à soixante-quatorze ans, rêve encore de posséder Ulrike von Levetzow, une gracieuse adolescente qu’il demandera même solennellement en mariage. Hélas pour lui il se heurtera à un refus : c’est à ce genre d’humiliations qu’on se rend compte que l’heure de fermeture a sonné.

Le Monde d'avant: Journal 1983-1988

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Gueorgui Demidov, le rescapé du Goulag

Les récits saisissants dans Doubar (Editions des Syrtes) placent Gueorgui Demidov à la hauteur de Chalamov et de Soljenitsyne.


C’est là une réelle résurrection que connaît aujourd’hui l’écrivain russe Gueorgui Demidov (1908-1987), physicien de formation, victime de la Grande Terreur de 1938. Comme des centaines de milliers d’autres innocents, il fut arrêté et condamné, lui pour « terrorisme trotskyste », un crime contre-révolutionnaire passible du fameux article 58 du Code de l’URSS. Déporté dans les camps de la Kolyma, il survécut à l’un des endroits les plus glacés et les plus terrifiants du globe, là où, disent les zeks (les détenus), « même les corbeaux ne font pas de vieux os », parce que, dans cet archipel concentrationnaire, « l’hiver dure douze mois, tout le reste c’est l’été ».

Manuscrits confisqués par le KGB

Après avoir purgé ses huit ans à extraire de l’or et à chasser des morses, Demidov reçut un supplément de dix ans pour n’être relâché qu’en 1951, et réhabilité en 1958. Vingt ans de perdus, mais la vie sauve, ce qui, dans le monde de Staline, était une chance. Le jeune déporté s’était promis de survivre pour pouvoir un jour témoigner. Une fois libre, il se mit à écrire « pour le tiroir » et les amis et, dans les années 70, pour le samizdat, la presse clandestine. Surveillé par la police politique, Demidov vit ses manuscrits confisqués par le KGB. Il mourut sans savoir ce qu’il en adviendrait. L’expérience des camps est évidemment hallucinante ; elle l’emporte sur tout en horreur… mais de songer que, après pareil enfer, l’écrivain a vu disparaître ses manuscrits dans les coffres de l’État vous donne comme un coup de grâce…

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Au Goulag, Demidov fut l’ami de Varlam Chalamov (1907-1982), l’immense auteur des Récits de la Kolyma, l’un des principaux écrivains de la Terreur avec Soljenitsyne, dont il se distingue par un nihilisme absolu, quasi insoutenable. Chalamov croyait que Demidov n’avait pas survécu ; il disait de lui que c’était l’un des hommes les plus nobles et les plus intelligents qu’il ait rencontrés.

Gueorgui Demidov et sa fille à Oukhta à la fin des années cinquante © Valentina Demidova.

La glasnost gorbatchévienne permit à ces manuscrits confisqués de réapparaître et à ces écrivains, Chalamov comme Demidov, de sortir des oubliettes. Doubar et autres récits est donc un livre sauvé par miracle de la destruction ; par sa puissance, il se place au niveau des récits de Chalamov, en version humaniste, ou de Soljenitsyne, en version agnostique.

Enterrements à la sauvette

Le lecteur y partage la vie quotidienne des détenus dans ces camps désolés, où les « crevards » tombent par milliers, où les assassins et les voleurs sont considérés par les gardes comme « socialement proches », alors que les politiques sont destinés à agoniser. Demidov montre bien que l’intention du système est d’exterminer sans bruit des pans entiers de la population et ce de façon aléatoire, les crimes étant le plus souvent imaginaires, pour ne pas dire absurdes.

L’enterrement à la sauvette, par moins soixante, du cadavre (doubar, dans l’argot des camps) d’un nouveau-né, la folie meurtrière d’un bourreau tatar, les naïves illusions d’un jeune procureur qui va voir Vychinski pour dénoncer « les fascistes infiltrés dans le NKVD » dans un climat de paranoïa générale et de cynisme obligatoire, tous ces récits font revivre une époque horrible avec une lucidité, une intelligence sensible qui forcent l’admiration.  

Guergui Demidov, Doubar et autres récits du Goulag, Editions des Syrtes.

Françoise Vergès et ses aïeux esclavagistes

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La présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage descend d’une famille qui possédait en 1848 la bagatelle de 121 esclaves.


Début mai 2021, le CNRS a mis en ligne une base de données permettant de vérifier qui étaient les personnes indemnisées par l’État français au moment de l’abolition de l’esclavage dans les colonies. Les esclaves retrouvaient la liberté, mais les propriétaires perdaient un capital humain. La logique de l’époque, peut-être discutable, a été d’indemniser ces derniers. Bien conscient que le terrain est idéologiquement miné et que la thématique se prête à toutes les instrumentalisations, le CNRS souligne dès la page de garde présentant son moteur de recherche Repairs que 30% des personnes indemnisées étaient elles-mêmes de couleur. Il n’entre pas davantage dans les détails, réservant aux curieux quelques surprises détonantes.

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L’une d’entre elles concerne Françoise Vergès, présidente du Comité national pour la mémoire de l’esclavage, nièce du célèbre avocat Jacques Vergès (1924-2013), fille de Paul Vergès (1925-2016), député PCF, sénateur, président du conseil régional de la Réunion, berceau de la famille.

Une plantation à la Ravine Saint-Jean

Le nom de famille « Vergès » ne fait ressortir aucun propriétaire d’esclave indemnisé à la Réunion. Il en va tout autrement avec « Million des Marquets » (ou Million Desmarquets, dans le moteur de recherche). Beaucoup moins connu que Vergès, c’est celui que portait la grand-mère de Paul et Jacques. Née en 1832, Marie Hermelinde Million des Marquets avait fait semble-t-il un mariage d’amour, en dessous de sa condition sociale. Elle avait épousé un commis de marine nommé Adolphe Vergès, alors qu’elle était issue d’une famille fortunée. Les Million des Marquets étaient des planteurs, installés dans l’île depuis le 18e siècle. Au total, en 1848, la famille a perçu 88 000 francs à titre de dédommagement suite à l’abolition. La somme correspondait à la perte de 121 esclaves, dont 66 créoles, 12 malgaches, 39 mozambicains et quatre indiens ou malais. C’était la main d’œuvre nécessaire pour exploiter une plantation d’une vingtaine d’hectares située à la Ravine Saint-Jean, à Saint-André. Il est très difficile de convertir la somme en euros actuels, mais en tout état de cause, elle était considérable : sous la monarchie de Juillet, 50 000 francs de rente permettaient de vivre très confortablement à Paris, sans travailler…

L’information n’était pas à proprement parler secrète. Le regretté Robert Chaudenson (1937-avril 2020), linguiste spécialiste des parlers créoles, en avait fait un billet doucement ironique en 2016. C’était peu après le décès de Paul Vergès. Celui-ci avait légué aux archives départementales les documents relatifs à l’histoire de la famille, dont le recensement de leurs esclaves à la date de 1848, avec leur prénom, leur nom quand ils en avaient un, leur âge et leur taille. Le moteur de recherche du CNRS n’est pas aussi détaillé, pour le moment.

L’ironie mordante de Robert Chaudenson

Françoise Vergès n’a pas souhaité commenter, mais elle n’ignore évidemment rien de ce passé. « Elle a pour parler de l’esclavage un titre, dont par modestie sans doute, elle ne fait nulle part état », ironisait Robert Chaudenson. « Loin d’être une descendante, fût-ce lointaine, d’esclaves réunionnais, ce que pourrait donner à penser sa physionomie quelque peu orientale et ses coiffures exotiques, la seule véritable ascendance réunionnaise dont elle puisse faire état n’est nullement du côté des esclaves, comme on l’a vu, mais, bien au contraire, des esclavagistes de la Réunion. Voilà donc une femme que tout désigne pour parler, avec émotion et compétence, des horreurs de l’esclavage ! »

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Avec cette ascendance en mémoire, il est assez instructif de relire ce que Françoise Vergès a pu dire à propos des réparations éventuellement exigibles par les descendants d’esclaves. Elle si prompte à l’hyperbole (elle réclamait dans 20 minutes du 13 janvier 2021 l’abolition de l’armée et des prisons…) a toujours été sur le sujet d’une prudence de sioux. Déboulonner les statuts de Colbert, oui. « Déblanchir » les élites françaises, oui encore. « Décoloniser » la République, bien entendu. Sortir le chéquier, tout de même pas. Le problème est que certains, dans la mouvance décoloniale, jouent dangereusement avec cette idée. En 2013, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a attaqué la Caisse des dépôts pour complicité de crime contre l’humanité, sur le fondement de la loi Taubira sur la traite négrière, au motif que la CDC a « profité de l’esclavage ». Le Cran n’a plus jamais parlé de cette plainte (il n’est même pas sûr qu’elle ait été déposée), dont le but était de populariser l’idée de réparation. Mais pourquoi s’arrêter aux personnes morales, dans cette logique ? Faudra-t-il, demain, que les descendants des Million de Marquets payent, pour avoir « profité de l’esclavage « ?

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Je vous salue Marianne, pleine de grâce

Marianne Faithfull a eu plusieurs vies et plusieurs morts. Romantique et romanesque en diable, la chanteuse semble même dépassée par sa légende. Preuve que ce phénix rayonne toujours : She Walks in Beauty, son nouvel album.


Recevoir un coup de fil de Marianne Faithfull, c’est irréel. C’est tout un pan de l’histoire du XXe siècle, de la Mitteleuropa jusqu’au Swinging London, qui surgit de l’autre côté du téléphone. En effet, sa mère, aristocrate autrichienne, était parente avec Sacher-Masoch, l’auteur de La Vénus à la fourrure. Quant à Marianne, elle fut l’icône que l’on sait : la petite amie de Mick Jagger bien sûr, mais aussi ce phénix qui n’en finit jamais de renaître de ses cendres. Elle a survécu à de multiples overdoses, au cancer et récemment au Covid.

Les Français m’ont toujours plus respectée que les Anglais!

« Je suis très fatiguée, j’ai du mal à respirer et des pertes de mémoire », me confie-t-elle. Sa célèbre voix rauque est devenue presque un murmure, et j’aurai parfois du mal à distinguer ses propos. « J’étais dans le noir, cela ressemblait à la mort. » Je lui rétorque que nous avons maintenant la preuve qu’elle est immortelle. « Mais non, je ne le suis pas », dit-elle. À regret. La preuve qu’elle est vivante, c’est son dernier album : She Walks in Beauty, qui est sorti le 30 avril, se compose de poèmes d’auteurs romantiques anglais, de Shelley à Byron en passant par Keats. Le tout mis en musique par Warren Ellis, qui jouait dans les Bad Seeds avec Nick Cave. Ont également participé à l’album le cultissime Brian Eno et le violoncelliste Vincent Ségal. Comme toujours, Marianne sait s’entourer.

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Cet album, elle le portait en elle depuis toujours. Depuis l’époque où, élève au couvent St Joseph à Reading, elle croyait que les poèmes que Mrs Simpson, son professeur, lui faisait découvrir, avaient été écrits pour elle. « Je n’ai jamais oublié ces textes. Après toutes ses années, je les ai décortiqués et ils ont une signification et une résonnance plus forte. Je crois que c’est parce que j’ai maintenant l’expérience de la vie. De la vie et de la mort imminente, plusieurs vies et plusieurs morts ! Pas juste une. » Pourtant, lorsque je lui souffle qu’elle pourrait avoir été la muse d’un de ces poètes, elle qui interpréta Ophélie dans Hamlet, elle qui eut une vie infiniment romanesque, à la fois lumineuse et sombre, elle qui vécut et dans la rue et dans des palaces avec des rock stars – elle s’en défend de manière presque véhémente. « Non ce n’est pas moi, il n’y a aucune identification ! »

Une artiste exigeante

Mais qu’elle me pardonne, il est difficile de ne pas voir dans la jeune femme qui se jette d’un pont dans The Bridge of Sighs de Thomas Hood la Marianne homeless et junkie qui vivait sur un mur à Soho. Et comment ne pas se rappeler que c’est à une party londonienne que la rockeuse fut découverte par Andrew Loog Oldham, le manager des Stones qui vit en elle « un ange à gros seins », quand on écoute She Walks in Beauty, où Byron parle d’une jeune fille dont il tombe éperdument amoureux à un bal. Quant à la Belle Dame sans merci, de Keats, inquiétante femme fatale, elle pourrait incarner l’aspect vénéneux de la douce Marianne qui a toujours navigué entre mort et séduction. Qu’elle le veuille ou pas, Marianne Faithfull est romantique et romanesque en diable. Peut-être que sa légende la dépasse, est même allée jusqu’à l’engloutir. Elle ne veut plus entendre parler de la jeune fille qui accompagnait Mick Jagger partout, et qui fit la une des tabloïds lorsqu’elle apparut nue sous un manteau de fourrure, entourée de policiers. C’est pour cela qu’elle s’est toujours sentie bien en France, où la petite fiancée de Jagger a vite laissé place à l’artiste exigeante qu’elle n’a jamais cessé d’être. « Je ne sais pas pourquoi, les Français m’ont toujours davantage respectée que les Anglais. » Elle a vécu quelque temps à Paris avec son compagnon et manager François Ravard.

Le statut de muse, c’est de la merde 

Exigeante, elle le fut durant toute sa carrière. En 1979, alors qu’on ne l’entendait plus, elle fait un come-back fracassant avec l’album Broken English, considéré à raison comme son meilleur. Elle y reprend le Working Class Hero de Lennon et surtout la sublime Ballad of Lucy Jordan. Cette chanson, qui raconte l’histoire d’une femme au foyer qui perd doucement la raison, lui colle tellement à la peau que je la croyais écrite par elle, mais l’auteur en est Shel Silverstein : « Je me suis toujours appropriée les chansons que je reprends, je ne sais pas, c’est inconscient », me dit-elle.

Elle a aussi été l’auteur de quelques merveilles, dont le déchirant Sister Morphine, coécrit avec Jagger, qui se l’est d’ailleurs attribué. Mais on n’efface pas Marianne si facilement. Elle a déclaré au Guardian : « Le statut de muse, c’est de la merde », mais elle reconnaît cependant avoir eu beaucoup de chance d’avoir inspiré les plus talentueux. Y compris Mick. Et cela continue avec She Walks in Beauty. Warren Ellis, le producteur, a dit avoir passé un des meilleurs moments de sa vie à travailler sur ce disque. Ce ne fut pourtant pas facile, car le Covid, que l’artiste a contracté pendant l’enregistrement, est venu compliquer les choses.

Sa voix semble venir d’ailleurs

Ellis n’a pas composé à proprement parler des musiques, mais des atmosphères, des collages musicaux, un mélange de bruits de rue et de musique concrète : « Je n’étais pas contraint par des mélodies ou des accords. Je pouvais prendre beaucoup de liberté, il ne s’agissait pas de composer quelque chose qui suit le texte ou le décrit – c’était très libre de ce point de vue-là –, le plus important c’était de ne pas gêner les mots. » Cela donne un résultat étonnant, où l’on imagine la campagne anglaise embrumée comme dans un tableau préraphaélite. C’est quelquefois inquiétant, quelquefois plus doux. La voix de Marianne plus rauque que jamais, un peu affaiblie par l’âge, semble venir d’un autre monde. Elle y tient beaucoup à cet album, me demande plusieurs fois ce que j’en ai pensé, me répète, encore et toujours la chance qu’elle a eue d’être si bien entourée.

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Nous finissons l’entretien en parlant de choses et d’autres, presque comme des amies. Nous sommes le 8 mars, alors je lui pose la question du féminisme : « Je n’ai jamais été féministe, ma mère l’était, moi je n’en ai jamais compris l’utilité. » J’évoque également la « cancel culture », de laquelle elle ne semble pas avoir entendu parler : « Mais Gainsbourg était un homme adorable ! Pourquoi lui en vouloir ? » Bienheureuse Marianne Faithfull, qui semble vivre loin de l’absurdité de notre monde.

« Je ne regrette qu’une chose, ce sont mes excès, si j’avais su, je n’aurais jamais bu, ni fumé, ni pris de drogues », me dit-elle pour finir. Elle me fait même un peu la morale quand je lui avoue être une grosse fumeuse. Le 8 mars sera dorénavant pour moi le jour où Marianne Faithfull m’a conseillé d’arrêter de fumer.

Zizanie dans le métro

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, le 17 mai, la campagne d’affichage orchestrée par Santé publique France divise. Ceux qui réagissent ne sont pas ceux qu’on croit…


Une toute nouvelle campagne d’affichage orne les couloirs du métro parisien ou les arrêts de bus depuis peu. Sur les images, deux personnes se pressent dans les bras, au mépris de toute distanciation sociale, et le sourire radieux de leur visage souligne l’absence de masque. Une campagne pour la vaccination, voulant convaincre en montrant la joie qu’on aurait à se retrouver ? Non, à l’occasion de la journée de lutte contre l’homophobie, c’est contre cette dernière et tous ses variants que ces affiches sont censées nous vacciner. Une fois tombé le masque de l’intolérance, le sujet peut s’écrier « oui mon pote est gay » et l’enlacer de toutes ses forces.

Une campagne qui nous ressemble

Le but de la campagne étant de défendre l’inclusion, ses concepteurs se sont efforcés de respecter au maximum le principe de diversité, en représentant sur les affiches des situations variées, un peu comme un jeu de cartes tolérant à collectionner. L’opprimé est donc soit un « gay », une « lesbienne » ou un « trans », et il peut être notre « père », « fille », « petite-fille », « pote » ou « coloc ». Tout le monde s’y retrouve. La campagne est pilotée par Santé publique France, et bénéficie du précieux soutien d’Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, d’Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre (…)[1] et de la DILCRAH[2], qui vise à lutter « contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et identité de genre et leur impact sur la santé »[3]. À nous de nous engager, nous sommes tous concernés. À cet égard, le sous-titre des affiches est éloquent, déclarant « face à l’intolérance, à nous de faire la différence », avant de nous inviter à trouver témoignages et conseils sur le site QuestionSexualité.fr. Car face à l’homophobie, on ne rechigne pas à la dépense. En plus des affiches ou du site, a été lancé un clip vidéo, sur l’air de « Nous les amoureux », qui voit des personnes victimes de violences homophobes du quotidien secourues et soutenues par des chevaliers blancs de la tolérance.

Un intolérable virtue signaling

Et c’est là où les choses se gâtent. En effet, cette campagne passe mal auprès d’un certain public. Qui donc ? Eh bien, loin d’être satisfait de cette campagne, tout ce qui compte d’influent dans les milieux LGBT dénonce une intolérable opération de communication. Cette dernière mettrait en avant les cisgenre, dont on voit les seuls sourires, en les désignant comme la norme qu’il faudrait applaudir d’accepter son petit quota de diversité et dont, finalement, la tolérance servirait plus à leur propre considération qu’à lutter contre l’homophobie. C’est par exemple le cas du compte twitter Le coin des LGBT+, comptant plus de 20 000 abonnés et consacré à « l’histoire, la culture et l’actualité de la communauté LGBT+ » qui s’écrie « Ben oui, on oublie trop souvent de dire merci aux cis-hétéro qui ont le cœur sur la main et qui nous tolèrent dans leur coloc’ sans nous taper » et conclut, malin « Vraie question : est-ce qu’une asso LGBT+ a été consultée pour cette campagne de « sensibilisation » nationale ? ».

On n’oublie pas non plus, comme Gary, sur Twitter, de souligner que certaines catégories comme les bisexuels, contrairement aux prétentions de la campagne ont été scandaleusement oubliées :

Mauvais calcul donc pour la Santé Publique, puisque si certains préfèrent s’amuser de sa campagne et la détourner, ses alliés naturels dénoncent aux yeux de tous la malignité de cette opération de virtue signaling. Le pire, c’est que cette campagne déjà orwellienne acquiert un caractère encore plus orwellien qu’Orwell lui-même : sans doute honteux de montrer des comportements aussi imprudents, et croyant probablement trop en l’influence qu’ont sur les gens ces morceaux de papiers exposés au vent et au désintérêt général, les auteurs laissent apparaître au bas de l’affiche la mention suivante : « Continuons de respecter les gestes barrières. Portons un masque quand cela est nécessaire ».


[1] (…) chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances

[2] Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT

[3] https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2021/nouvelle-campagne-contre-les-discriminations-et-violences-subies-par-les-personnes-lgbt-face-a-l-intolerance-a-nous-de-faire-la-difference

« Dans la situation désastreuse dans laquelle se trouve notre pays, être conformiste c’est participer à sa lente disparition »

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Jean Messiha. Image: capture d'écran YouTube / C8

Féru de débats et abonné aux polémiques, Jean Messiha était l’invité d’honneur de la quatrième “petite conférence” prévue le 2 juin, un concours d’éloquence de jeunes avocats. Il a été sèchement décommandé. Il réagit et regrette cet ostracisme.


Causeur. Vous avez été invité à siéger ce 2 juin à la table du jury de « la petite conférence », concours d’éloquence destiné aux élèves de l’École de formation du barreau. En quoi consistait votre rôle ?

Jean Messiha. Maître Mourad Battikh avec lequel j’ai débattu dans l’émission TPMP sur C8 cette semaine m’a sollicité à la sortie du plateau pour présider le jury de la « petite conférence ». C’est le rôle dévolu à l’invité d’honneur. Maître Battikh a immédiatement placé cette invitation sous les auspices de la liberté d’expression, ayant invité des personnalités de tous les horizons politiques et professionnels. 

Je suis intégralement républicain, Français, démocrate, ultra-tolérant et totalement humaniste

Avant de vous répondre sur le fond, il convient de rappeler que « la petite conférence » a déjà accueilli comme invité d’honneur des personnalités pour le moins sulfureuses comme Yassine Belattar ou Edwy Pleyel. Plus généralement, on ne demande à personne d’être d’accord avec toutes les idées. Inviter quelqu’un ne signifie pas cautionner son courant de pensée ou ses déclarations. Qualifier d’extrémiste un contradicteur uniquement parce qu’on n’est pas d’accord avec lui relève d’un subterfuge insultant et pour tout dire scandaleux. 

Bien évidemment que je ne suis pas d’extrême-droite. Combattre une invasion, une colonisation de peuplement et défendre l’identité historique d’un peuple n’est pas être d’extrême-droite. D’autant que je n’appartiens pas initialement à ce peuple historique français. Si défendre les droits d’un peuple à rester ce qu’il est c’est être d’extrême-droite, alors tous ceux qui défendent les Canaques, les tribus amérindiennes, les Tibétains et tous les peuples non-blancs contre l’aliénation culturelle sont d’extrême-droite. La palme de la sottise revient, en l’espèce, à une avocate, Maître Julia Courvoisier pour ne pas la nommer, qui fut à la pointe du combat contre ma présence au motif, écrit-elle sur Twitter que « la maison des avocats est celle des droits de la défense de la tolérance et de l’humanisme ». Donc si on suit la logique de cette avocate des guillemets, au nom des droits de la défense de la tolérance et de l’humanisme… on coupe le sifflet à une personne, moi en l’occurrence, parce qu’on n’est pas d’accord avec elle. L’ironie du propos de Madame Courvoisier est tellement épaisse qu’on s’en étoufferait et il faudrait davantage qu’un verre de cognac du même nom pour en saisir la logique. 

Je suis intégralement républicain, Français, démocrate, ultra-tolérant et totalement humaniste. Je suis profondément attaché aux institutions de la Vème République, à l’État de droit et à toutes les libertés publiques. Ce qui dérange profondément mes opposants, c’est que je combats la désintégration identitaire de la France par la colonisation de peuplement arabo-afro-musulmane. J’ai toujours affirmé mon plus profond respect pour tous les peuples et toutes leurs civilisations. Mais chez eux. Ici c’est la France : si des Français devenant minoritaires, comme le montrent les sondages, fantasment le « vivre-avec-tout-le-monde-venant-de-partout-et-restant-ici-de là bas » eh bien qu’ils aillent vivre leur brûlante démangeaison de métissage et de mélange dans les pays en question. L’avantage est qu’ils le feront à leurs frais au lieu d’imposer à la France de financer leurs penchants.  Tout cela pour dire que j’ai été choqué par leur attitude. S’ils n’étaient pas d’accord avec moi, c’eût été une belle occasion de débattre. Au lieu de quoi, ils ont préféré déclarer forfait. Mais je voudrais ajouter quelque chose d’important. Celui qui m’a invité, maître Bouttikh, est un Français de la diversité avec qui je suis en désaccord sur tout. Et je lui sais gré de m’avoir invité. Je suis convaincu qu’il a dû céder à la pression nauséabonde d’une camarilla de gaucho-immigrationnistes, dont la majorité sont des « Blancs » terme qu’il est devenu d’usage d’utiliser.                                

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Est ce que vous avez été contacté depuis par l’un des organisateurs ? Avez-vous eu une explication concernant ce qui a motivé l’annulation de l’évènement ?

Absolument aucune nouvelle. Et c’est peut-être cela le pire du pire. Non seulement ces gens sont des sectaires odieux, mais ils n’ont de surcroît pas le courage de leur attitude. Personne n’a osé m’appeler pour s’excuser et me dire que finalement l’invitation ne tenait plus. Je l’ai appris sur Twitter au même moment que tous les autres. Mais là encore, les mêmes diront que c’est au nom de la bienveillance, de la tolérance et de l’humanisme !

Vous accusez les « islamo-gauchistes » d’être responsables de la décision des organisateurs (les 12 secrétaires de la conférence) de vous décommander. Selon vous, cette décision serait donc politique. N’est-ce pas plus simplement un rétropédalage destiné à « ne pas faire de vague » afin d’étouffer les contestations peu importe d’où elles viennent, par lâcheté ?

Non je crois qu’il y a une vraie idéologie derrière cette décision. Il y a le refus de parler ou de laisser parler ceux dont on rejette ou réprouve les idées. Car pour eux il y a les idées acceptables comme le droit à envahir la France, à violer ses frontières, à la voler, à l’insulter, à la « niquer », à attaquer son peuple et ses forces de l’ordre. Et puis il y a les idées inacceptables, celles qui consistent à s’opposer aux idées précédentes. Je laisse à vos lecteurs le soin d’apprécier qui est extrémiste dans tout cela…

Que vous évoque l’idée d’un élève avocat qui refuse catégoriquement d’échanger voire de débattre avec quelqu’un avec qui il n’est pas d‘accord ?

Il n’est pas compréhensible que des avocats, dont la nature même du métier est le contradictoire, refusent fanatiquement le contradictoire dans leur propre conférence ! Ce sont des Staliniens au petit pied. Dans un prétoire où ils ne risquent rien, si ce n’est le froncement de sourcils du Président, ils font des effets de manche et haussent le ton. Je voudrais bien les voir en face de racailles dans la rue ou même dans une émission  avec des contradicteurs et un public hostiles. En me décommandant c’est en partie cela qu’ils ont cherché à éviter. Ce sont donc des lâches et des couards, en plus d’être des sectaires.

À l’occasion de cette 4ème séance, deux sujets au choix ont été proposés aux candidats. 
« Doit-on marcher seul ? » « Faut-il modérer son propos ? »
Ces sujets semblaient taillés pour vous. Le premier faisant effectivement référence à votre récente démission du Rassemblement National pour lancer votre propre mouvement, le second étant un clin d’œil à vos sorties médiatiques qui provoquent régulièrement buzz et bad-buzz sur les réseaux sociaux. Pensez-vous que ceux qui ont appelé à vous boycotter ont fait le rapprochement et saisi la pertinence du choix des organisateurs ? Si oui, comment expliquer qu’ils choisissent malgré tout de se priver d’un enseignement que leurs aînés ont jugé essentiel à leur formation ?

Je ne sais pas si ces sujets ont été choisis pour moi ou si c’est parce qu’ils ont été choisis qu’on a pensé à m’inviter. Toujours est-il qu’il y cette vieille formule qui dit : « être conforme ça forme des cons ».  Ces gens sont si conformes. Moi pas. Dans la situation désastreuse dans laquelle se trouve notre pays, être conforme c’est participer à sa lente disparition. Je refuse catégoriquement le conformisme et encore plus à l’heure où l’essentiel, c’est-à-dire ce que nous sommes, est menacé. Du coup, la citation que je préfère quand même c’est celle-ci et elle est tellement d’actualité quand on voit qui occupe le poste de Garde des Sceaux : « ce qui est surprenant avec les jeunes cons c’est leur capacité à devenir des vieux cons ». Le seul reproche que je fais à cette citation c’est de ne pas respecter la parité homme-femme.  

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Si l’annulation de l’événement est effectivement due à « la pression des islamo-gauchistes », qu’est-ce que cette politisation des élèves avocats qui ont appelé à vous boycotter dit de l’avenir de la défense ? Si à leurs yeux vous n’avez pas le droit comme tout autre citoyen à la liberté d’expression, pensez-vous qu’ils puissent accepter que vous soyez un justiciable comme un autre ?

Non, cela ne m’inquiète pas. Les avocats sont payés pour défendre et défendent qui les paient. Les gens qui n’ont pas voulu de moi à leur concours d’éloquence iront sans états d’âmes défendre avec fougue voleurs, fraudeurs, escrocs, agresseurs, violeurs, tueurs, tout en étant souvent absolument convaincus de leur culpabilité. Mais c’est très bien comme cela car c’est un fondement de notre démocratie. Et en plus parfois il y a des vrais innocents.        

Les « islamo-gauchistes » sont réputés pour être de grands défenseurs des minorités ethniques, sexuelles et religieuses contre la domination et l’oppression  « blantriarcales». En étant non-blanc, vous avez déjà fait la moitié du chemin. Pourquoi refusez-vous de « modérer vos propos » afin de gagner une audience auprès d’eux afin de ne plus « marcher seul »? 

En France, nous sommes dans ce paradoxe à la fois extraordinaire et inquiétant où la seule minorité qui n’a aucun droit c’est… la majorité ! À titre personnel, je ne me suis jamais senti non-blanc. C’est sans doute car la France ne m’a jamais traité en non-blanc. Et c’est justement parce que la France des années 80 et 90 a donné sa chance à cet enfant d’Égypte au look méditerannéen et lui a permis de non seulement s’intégrer mais de devenir un Français à part entière, ce qui est donné à tous par l’envie et l’effort, que je combats sans répit toute la racaille. Quant à modérer mon propos, cela signifierait qu’il est excessif. Or, n’en déplaise à ces alburostres, c’est la réalité qui est excessive et non les mots qui la décrivent. Et pour se donner une chance de changer les choses, encore faut-il les nommer justement. Dire les choses ne suffit certes pas à les changer. Mais les taire c’est participer à leur détérioration.

Mais j’ai une confiance inébranlable dans le vrai peuple francais blanc ou non-blanc. Il finira par se dresser et faire politiquement la peau à tous les fourriers de la France et de la République. 

Maigret se met à table

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Jean Gabin dans Maigret et l'affaire Saint-Fiacre réalisé par Jean Delanoy en 1959. L'amour de la table de Maigret lui est venu de son enfance et de la cuisine familiale pleine d'odeurs qui y régnait. Mais c'est son épouse alsacienne qui l'initie et l'éduque au raffinement de la cuisine bourgeoise mijotée et mitonnée de la France de l'après-guerre © Marcel Dole/Jean Bridgeman Images

Simenon n’était pas seulement un chaud lapin, c’était aussi un gourmand, un amateur de bons petits plats et, à travers les enquêtes de son commissaire Maigret, un ardent défenseur de cette culture française qui passe (passait ?) immanquablement par la case bistrot.


Au journaliste gastronomique Robert Courtine, qui avait recensé en 1971 toutes les recettes de Mme Maigret (Simenon et Maigret passent à table, la Table Ronde), Simenon confiait que, pour lui, la cuisine était probablement l’art le plus ancien et le plus primitif, le seul capable de ressusciter le paradis de l’enfance : « Je suis sûr qu’il y a un élément venu du fond de notre enfance, qui nous manque pour la vie : c’est la cuisine familiale. »

Louise Maigret, de ce point de vue, est l’idéal amoureux de Simenon – et le nôtre, par la même occasion ! Cette Alsacienne est un fin cordon bleu qui aime son mari bourru et taiseux, et lui prépare les plats mijotés qu’il préfère : coq au vin parfumé à l’eau-de-vie de prunelle, gratin de macaronis (le mardi), pot-au-feu (le jeudi), bœuf bourguignon, bouillabaisse, choucroute, pintade en croûte de sel, flan, gâteau de semoule aux raisins de Corinthe (les desserts que la mère de Simenon lui servait, à Liège, chaque semaine)…

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Dangereusement réactionnaire et misogyne!

Chaste, fidèle et routinier, le commissaire Maigret est un homme du peuple de 110 kg pour 1 m 80, « un homme qui se sent bien dans sa peau d’homme », écrivit un jour une admiratrice à Simenon mais ça, c’était avant « balance ton porc ». Et son plus grand plaisir, chaque soir, quand il revient du Quai des Orfèvres, est de savourer la cuisine de sa femme.

Ainsi, c’est dans les Maigret que le lien inavoué entre plaisir sexuel et plaisirs de la table est le plus évident. Ces enquêtes, écrites de 1930 à 1972, ont superbement vieilli, mieux que les films qu’elles ont inspirés. Les Maigret nous plongent dans la poésie du quotidien d’un pays lointain qui s’appelait la France, avec ses odeurs de cire et de ragoût, ses paysages, ses accents et ses argots, ses péniches tirées par des chevaux (Le Charretier de la Providence), ses bordels, ses marchandes des quatre-saisons, ses chapeliers, ses clochards philosophes qui ne croient pas en la justice et nos institutions, et qui éprouvent de la sympathie pour ce commissaire, « gilet jaune » avant l’heure et allergique aux jeunes préfets arrogants (Maigret et le Clochard). Ces livres permettent de mesurer la destruction du lien social qui tenait notre société : Simenon décrit ainsi, à travers d’innombrables détails observés, une société vivante et humaine basée sur le service, avec des concierges qui « tirent le cordon », la nuit, pour ouvrir la porte de l’immeuble, des boulangers qui apportent les croissants du matin, des serveurs de brasserie qui livrent chaque jour bières et sandwichs au commissaire et à ses inspecteurs, sans oublier les bistrots, ouverts de six heures du matin à minuit, et qui sont, pour Simenon, le pouls, le centre de gravité de nos villes et de nos villages…

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La sensualité intense des Maigret s’exprime d’abord à travers les odeurs : « Chaque petit restaurant de Paris a son odeur propre. Par exemple, sur un arrière-fond d’apéritifs, un connaisseur aura discerné le fumet un peu aigu des vins de la Loire, l’estragon et la ciboulette. » (La Colère de Maigret). Quand Maigret rentre chez lui, à pied, boulevard Richard-Lenoir, il frétille comme un gardon : « Il y avait de la quiche lorraine à dîner, il le savait par l’odeur qui émanait de la cuisine. » (Maigret et le Client du samedi).

Comme des grands vins…

La poésie réside dans le charme de la répétition et de la routine, dans la douce complicité qui relie Jules et Louise, sans laquelle Maigret ne pourrait exister. Une femme au foyer qui fait jouir son mari avec de la brandade de morue aux truffes… c’est largement suffisant pour faire de Simenon un écrivain à censurer : dangereusement réactionnaire et misogyne ! Dans Maigret et le Fantôme, le commissaire, dont l’un des inspecteurs vient d’être abattu à Montmartre, demande à sa femme d’aller réconforter l’épouse de la victime puis l’invite à déjeuner chez Manière, un restaurant montmartrois fréquenté par les peintres. Il y commande une andouillette aux frites pendant que Madame opte pour un homard mayonnaise, plus raffiné. Louise est aux anges, car non seulement manger au restaurant est pour elle exceptionnel, mais elle a aussi le sentiment d’aider son mari qui, dans cette enquête, patauge dans la semoule : « Ce déjeuner chez Manière resterait comme un de ses plus beaux souvenirs. »

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Simenon a toujours désiré s’enraciner et partager la vie des habitants des pays et des régions qu’il sillonnait. Ainsi, en Vendée, pendant l’Occupation, il se fait paysan, cuit son pain, cultive ses ruches, élève ses cochons, cueille des cèpes. Comme lui, Maigret a des goûts simples, mais n’aime pas les vulgaires grillades sans identité, auxquelles il préfère les plats de terroir mijotés lentement qui ont une histoire, comme le cassoulet et la choucroute. La lenteur est d’ailleurs ce qui caractérise ses enquêtes et ses interrogatoires : il faut « cuisiner » le suspect à petit feu jusqu’à ce qu’il « se mette à table » et se décide à « manger » ou à « cracher le morceau ». Les odeurs de rôti brûlé et les mayonnaises qui sentent la savonnette ont aussi une valeur symbolique et prémonitoire : il va y avoir un drame, une arrestation… Épanouis comme des grands vins, les Maigret nous ramènent à une cuisine française oubliée qui, du vivant de Simenon, était déjà menacée de disparition. Une cuisine de femmes, conçue comme un acte d’amour, qu’appréciait par-dessus tout Simenon, à une époque où les hommes prétendaient détenir le monopole de la « grande gastronomie » ! En avance sur son temps, le père de Maigret fut aussi l’un des premiers à dénoncer l’apparition des plats préparés, la disparition des petits paysans et l’inhumanité des grandes surfaces « qui ont pris la suite du cultivateur qui venait lui-même apporter ses légumes, sa volaille et ses chèvres au marché. » (Un banc au soleil). Bienvenue dans le monde d’avant.

Mabrouk s’en va-t-en guerre…

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Sonia Mabrouk et Yann Barthès. Image: capture d'écran MyTF1.

Cette semaine, la journaliste Sonia Mabrouk a renvoyé dans les cordes l’inquisiteur professionnel Yann Barthès, lequel tentait de lui faire dire du mal de la chaîne C News. Philippe Bilger raconte et analyse cette réjouissante joute verbale.


Il y a parfois, au soir de journées tragiques et criminelles qui révèlent une nouvelle fois la faillite de l’exécution des peines et l’impuissance régalienne du pouvoir, des hasards d’allure et de pugnacité qui rassurent sur le courage intellectuel et médiatique.

Je m’apprête le 28 mai à éteindre mon ordinateur quand sur le site de Valeurs actuelles je peux prendre connaissance de la teneur d’échanges, le 25 mai, sur le plateau de Quotidien, entre Sonia Mabrouk et Yann Barthès.

Retour à l’envoyeur

Ils ne pourraient pas être mieux résumés que par mon titre si on veut bien admettre qu’il y a des guerres de velours et des combattantes de soie, des acidités élégantes et des ripostes de classe. Sonia Mabrouk a usé de toute cette palette pour défendre C News et, bien au-delà, pour montrer un art élémentaire mais trop peu pratiqué dans le domaine du verbe, ce que je pourrais familièrement nommer : le retour à l’envoyeur.

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Pour résumer, Yann Barthès lui demande s’il y a une idéologie à C News. « Absolument pas », répond-elle. « Et il y en a une à Quotidien ? » « Euh non, pas spécialement », réplique Yann Barthès. « Vous êtes sûr ? », continue Sonia Mabrouk avec le sourire. « Ouais, ouais », affirme Yann Barthès qui interroge : « Vous semblez en douter ? » Et Sonia Mabrouk de conclure : « Pas du tout ; comme vous vous ne doutez pas ».

Dupond-Moretti boycotte C News

Ce petit bijou d’intelligence et de rhétorique a été enrichi, si j’ose dire, par une autre partie du dialogue où Yann Barthès invoquait, pour incriminer C News, le fait que le garde des Sceaux Eric Dupond-Moretti ne voulait pas venir sur cette chaîne. Victoire facile de Sonia Mabrouk qui se contentait de souligner que d’autres ministres – et pas des moindres, notamment Bruno Le Maire et Gabriel Attal – n’avaient plus ces pudeurs médiatiques, prenant acte de la qualité et de l’impact des questionnements.

Prendre l’abstention de Eric Dupond-Moretti pour le signe d’une avancée démocratique était assez comique quand on sait la manière dont le ministre de la Justice, dans sa campagne partisane pour les régionales, se permet de traiter Marine Le Pen. Je n’ose imaginer les tombereaux d’insultes qui se déverseraient sur le locuteur si la victime de ces grossièretés était une femme de LREM, du PS ou de LFI. Et ce serait normal.

A lire aussi, grand entretien: Sonia Mabrouk: Mon mariage d’amour avec la culture française

La joute entre Yann Barthès et Sonia Mabrouk démontre que la pire des attitudes est d’accepter le procès qu’on vous intente comme s’il était légitime. Alors qu’il convient au contraire de dénoncer l’ambiguïté de celui ou de celle qui s’érige en juge. Eric Zemmour maîtrise à la perfection cette technique qui conduit à se servir contre son contradicteur de l’arme avec laquelle il prétend vous atteindre. Sonia Mabrouk s’est contentée – mais c’est décisif – de mettre en lumière que C News n’est pas plus gangrenée d’idéologie que tous les bons apôtres qui s’arrogent le droit de l’accabler. C News est composée d’une pluralité de libertés dont le concert, parfois, fait apparaître une vision conservatrice de la politique, de la Justice, de l’Homme et de la société. Et alors ?

Inquisiteurs professionnels

Ce que Sonia Mabrouk a su faire remarquablement en déplaçant la charge de l’inquisition sur Quotidien devrait être mis en œuvre à l’encontre de tous ceux oubliant de balayer l’idéologie devant leur porte, trop préoccupés de la soupçonner là où elle n’est pas. Je songe notamment au Monde, à Libération, à France Inter ou à Mediapart qui malgré leurs qualités pâtissent d’une vision hémiplégique, ostensiblement orientée, manifestant sans l’ombre d’une mauvaise conscience leur choix, parti pris et préjugés.

Ce n’est pas un crime mais cela devrait leur interdire au moins de se quitter trop vite de la critique pour se consacrer exclusivement à C News ou à Valeurs actuelles. Il y a de la volupté à voir des inquisiteurs professionnels renvoyés dans leurs cordes ! Qui peut se permettre de donner des leçons dans l’espace médiatique français ? C’est au fond l’interrogation que la vigueur souriante de Sonia Mabrouk a fait surgir. On sait maintenant que Quotidien a une idéologie. Il faut se méfier quand Sonia Mabrouk s’en va-t-en guerre…

Insoumission française: Décoloniaux, écologistes radicaux, islamo-compatibles... : les véritables menaces

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Cummings contre Johnson: Règlement de comptes entre Brexiteurs

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Le duo dynamique responsable du Brexit, s’est déchiré au cours de la crise sanitaire en 2020. Évincé de Downing Street en novembre 2020, Dominic Cummings se venge aujourd’hui devant un comité de parlementaires, en dénonçant le Premier ministre comme totalement incompétent.


À une certaine époque, leur complicité semblait totale. Boris Johnson était le grand Premier ministre qui conduisait son peuple vers la liberté en sortant le Royaume Uni de l’Union européenne. Dominic Cummings était le stratège visionnaire et non conventionnel qui conseillait BoJo au jour le jour en lui permettant d’éviter tous les écueils. Mais leur association, lancée en juillet 2019, s’est terminée dramatiquement en novembre dernier lorsque Cummings et sa bande ont été virés de Downing Street par la bande à Carrie, le groupe des amis de Carrie Symonds, la fiancée de Boris Johnson et première dame officieuse du Royaume Uni.

À lire aussi : Un affreux «Bojo»

On savait que le gourou machiavélique n’attendait que la meilleure opportunité pour se venger et plonger sa dague dans la poitrine – ou le dos – de BoJo, comme dans une de ces tragédies sanglantes qui florissaient dans les théâtres londoniens à l’époque de Shakespeare, où des conspirateurs perfides se trahissaient les uns après les autres, tandis que les cadavres s’empilaient sur scène et le faux sang coulait à flots. Mercredi 26 mai, l’occasion si longtemps attendue s’est enfin présentée à Cummings. La mise en scène n’avait pas le côté sombre mais sublime des drames d’autrefois, privilégiant plutôt le sérieux procédural des rouages de la démocratie moderne. Car Cummings était interrogé, en tant qu’ancien membre de l’équipe du Premier ministre, par des députés membres de deux comités de la Maison des Communes, celui responsable des questions de santé et celui s’occupant de science et de technologie. Il témoignait officiellement sur la gestion de la pandémie au cours de l’année dernière, surtout pendant les phases initiales, les plus difficiles précédant l’arrivée des vaccins.

Critiques de la gestion du Covid

Chauve comme Monsieur Propre, l’ancien courtisan, dévoré par la rancune, ne s’est pas fait prier pour vider son sac de fiel. Sans y aller par quatre chemins, Cummings a asséné que BoJo n’avait pas du tout les compétences requises pour le poste de Premier ministre. La preuve ? La lenteur avec laquelle le gouvernement, au début de la pandémie, a réagi à la menace que représentait le Covid 19. Jusqu’au mois de mars, Johnson changeait d’avis cent fois par jour. Selon Cummings, le Premier ministre prenait la situation si peu au sérieux, était si réticent à mettre en danger l’économie, qu’il a parlé de la possibilité de se faire injecter avec le virus devant les caméras pour montrer à la population que le Covid 19 n’était pas dangereux. Une journée mémorable aurait été marquée, d’un côté, par des demandes de la part de Donald Trump que les Britanniques participent à une campagne de bombardement au Moyen-Orient, et de l’autre, par une crise de nerfs de la part de Carrie Symonds, contrariée par un article de presse à propos de son chien, Dilyn. Tiré tantôt par ci, tantôt par là, Johnson vacillait sur les mesures à prendre contre le coronavirus, persistant dans son espoir que l’immunité collective serait atteinte avant qu’un confinement général soit nécessaire. Même quand l’idée d’un confinement s’est imposée, le gouvernement, manquant totalement de cohérence, a tardé à fermer les frontières.

BoJo n’est pas le seul à prendre des coups

Son poignard tout cramoisi du sang de Boris Johnson, Cummings n’a pas hésité à le plonger entre les omoplates du Ministre de la santé, Matt Hancock, le Véran britannique. Le qualifiant de tout à fait incompétent et enclin à des déclarations mensongères, Cummings le considère comme responsable de la décision catastrophique de renvoyer dans les Ephad les personnes âgées se trouvant dans les hôpitaux pour d’autres traitements au commencement de la crise sanitaire. Cummings se présente comme étant, dès le début, un partisan des confinements, à la différence de Johnson. Il aurait été en faveur d’un deuxième confinement au mois de septembre, alors que Johnson privilégiait la réouverture de l’économie. Cummings va jusqu’à prétendre que, lors d’une réunion au mois d’octobre, Johnson aurait dit qu’il préférait que les cadavres s’amoncellent plutôt que de refermer l’économie. Quant à son propre évincement de Downing Street le mois suivant, Cummings n’hésite pas à accuser Carrie Symonds d’exploiter son influence sur le Premier ministre pour contourner les mécanismes officiels de nomination des fonctionnaires du gouvernement afin de le faire remplacer.

À lire aussi : Post-Brexit: retour au régalien

Témoignant de la sorte pendant sept heures, l’ex-conseiller retors a-t-il porté un coup mortel à son ancien maître ? Entre le jour qui a précédé son témoignage et le jour qui y a succédé, les sondages ont enregistré des gains pour le gouvernement conservateur par rapport à l’opposition travailliste. Conclusion : beaucoup de bruit pour rien.

Garçon chiffon: Ouin-ouin flonflon

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Nicolas Maury dans "Garçon chiffon" (2021) © les FIlms du losange

Pour son premier film, Nicolas Maury a utilisé 10% de son talent.


Nicolas Maury est une présence singulière du jeune cinéma français souvent utilisée comme condiment exotique avec sa voix haut perchée et ses manières de drama queen à la Jacques Chazot. Comédien de qualité au théâtre, il a tardivement explosé à la télévision avec la série 10%.

Succès et reconnaissance aidant, le voilà qui sort son premier film où, faisant d’une pierre deux coups, il s’est réservé le premier rôle. On aurait pu penser que ce serait l’occasion de sortir de son emploi, celui de folle perdue, et d’explorer d’autres facettes de son talent, avec par exemple un musical-claquettes consacré à la chute de Saddam Hussein ou un drame naturaliste sur le combat d’un paysan dyslexique rêvant de cultiver des ananas dans le Minervois ou encore, plus simplement, une biographie de Simone Veil, le véhicule parfait pour délivrer dans le rôle principal toutes les nuances de son jeu.

Autobiographie à peine déguisée

On a tout faux : Garçon chiffon est une autobiographie à peine déguisée où Maury joue Jérémy, comédien jaloux à fleur de peau qui se fait quitter par son ami vétérinaire excédé, et part se ressourcer chez sa mère tenancière de gîte rural, tout en préparant une audition pour l’Éveil du printemps où il doit jouer – évidemment – Moritz, le garçon « sensible ». Il y rencontrera un jeune métis sublime mais hétéro…

Et alors ? 

Et voilà… 

Dégoulinure terminale du Moi, Garçon chiffon rentrera peut-être dans le livre des records, puisque Maury doit monopoliser à lui seul, en gros ou très gros plan, une heure de présence à l’écran (sur 1h46) ; je laisse de côté par pure bonté, les plans larges un peu dénudés, notamment celui parfaitement gratuit où il potasse son rôle allongé sur le ventre, en slip blanc pour faire ressortir ses fesses (clairement un atout).

Téchiné kitsch

Aussi narcissique que niais, Garçon chiffon évoque la rencontre monstrueuse, mais en moins faux-cul, des Garçons et Guillaume à table avec Yann Gonzalez (grosse promotion sur les néons roses lors de la confession déchirante-féministe de Nathalie Baye). Un peu de Rendez-vous, ce vieux Téchiné kitschos, une pincée de Ducastel/Martineau – la déclaration d’amour chantée finale -, et hop !, ma fadaise-falbala est prête, c’est-y-pas beau ? Garçon chiffon fait repenser avec honte aux beaux films cruels et introspectifs de Jacques Nolot (dont Avant que j’oublie, probable chef-d’œuvre), Nolot, qui ne réalisera plus jamais.

La seule bonne idée à porter au crédit de Maury est d’avoir choisi Jérémy comme prénom de son héros, préparant clairement le spectateur à ce qui l’attend : une interminable suite de jérémiades et de pleurnicheries avec toutou hémorragique, mère victime et cœurs brisés.

Garçon chiffon de Nicolas Maury, en salle depuis le 19 mai

Goethe, les garçons et les filles

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© ICONO/SIPA Numéro de reportage : 00363402_000002

Le billet du vaurien


Dans Poésie et Vérité, souvenirs de sa vie, Goethe évoque sur un ton très naturel sa bisexualité : « C’est vrai que j’ai fait l’amour aussi avec des garçons, mais je leur préférais les filles, car quand elles me lassaient en tant que fille, je pouvais m’en servir en tant que garçon. » Voilà une confidence qui ferait sourire Gabriel Matzneff et qui me laisse indifférent, n’ayant jamais partagé ce goût pour les garçons dont, par ailleurs, Goethe se plaint en disant qu’ils sont souvent mal élevés et sans gêne, agissant en tyrans comme s’ils étaient les maîtres. Et, la nuit, Dieu qu’ils sont encombrants : « Combien de fois n’ai-je pas été expulsé de ma couche pour me retrouver par terre ! », se plaint-il.

L’amour glu

Ce qui, en revanche, ne lui est jamais arrivé avec une fille, ses maîtresses préférant souvent dormir au pied de son lit, tel un chien veillant sur son maître, ce qui n’est pas un avantage négligeable, ajoute-t-il, surtout pour lui qui a un sommeil léger. Oserai-je avouer que mon expérience personnelle confirme celle de Goethe : rien de pire qu’une fille qui veut dormir collée contre vous. Ce n’est plus de l’amour, c’est de la glu.

Ce qui a séduit Goethe chez sa future épouse, Christiane Vulpus, c’est sa grâce équivoque, quasi hermaphrodite, son corps qui ressemble à celui d’un jeune garçon. Il goûte son côté femme-enfant et la traite comme telle. Il est ému par ses fautes d’orthographe et par ses taches d’encre d’écolière. Mais la grâce hermaphrodite de Christiane Vulpus disparaîtra bien vite sous des couches de graisse. Elle est un véritable cordon-bleu selon Goethe, cuisinant à merveille des plats succulents auxquels elle sacrifiera son culte de la minceur et du même coup l’ardeur qu’elle inspirait à Goethe qui reviendra à ses anciennes amours, la fidélité n’ayant jamais été son fort.

Quand sonne l’heure de la fermeture

Paul Valéry expliquait sa versatilité sentimentale par une quête éperdue de l’éternel féminin dont chacun pressent la vanité, mais à laquelle nul ne veut renoncer. Et Goethe moins que quiconque, lui qui, à soixante-quatorze ans, rêve encore de posséder Ulrike von Levetzow, une gracieuse adolescente qu’il demandera même solennellement en mariage. Hélas pour lui il se heurtera à un refus : c’est à ce genre d’humiliations qu’on se rend compte que l’heure de fermeture a sonné.

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Gueorgui Demidov, le rescapé du Goulag

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Gueorgui Demidov © Valentina Demidova.

Les récits saisissants dans Doubar (Editions des Syrtes) placent Gueorgui Demidov à la hauteur de Chalamov et de Soljenitsyne.


C’est là une réelle résurrection que connaît aujourd’hui l’écrivain russe Gueorgui Demidov (1908-1987), physicien de formation, victime de la Grande Terreur de 1938. Comme des centaines de milliers d’autres innocents, il fut arrêté et condamné, lui pour « terrorisme trotskyste », un crime contre-révolutionnaire passible du fameux article 58 du Code de l’URSS. Déporté dans les camps de la Kolyma, il survécut à l’un des endroits les plus glacés et les plus terrifiants du globe, là où, disent les zeks (les détenus), « même les corbeaux ne font pas de vieux os », parce que, dans cet archipel concentrationnaire, « l’hiver dure douze mois, tout le reste c’est l’été ».

Manuscrits confisqués par le KGB

Après avoir purgé ses huit ans à extraire de l’or et à chasser des morses, Demidov reçut un supplément de dix ans pour n’être relâché qu’en 1951, et réhabilité en 1958. Vingt ans de perdus, mais la vie sauve, ce qui, dans le monde de Staline, était une chance. Le jeune déporté s’était promis de survivre pour pouvoir un jour témoigner. Une fois libre, il se mit à écrire « pour le tiroir » et les amis et, dans les années 70, pour le samizdat, la presse clandestine. Surveillé par la police politique, Demidov vit ses manuscrits confisqués par le KGB. Il mourut sans savoir ce qu’il en adviendrait. L’expérience des camps est évidemment hallucinante ; elle l’emporte sur tout en horreur… mais de songer que, après pareil enfer, l’écrivain a vu disparaître ses manuscrits dans les coffres de l’État vous donne comme un coup de grâce…

A lire aussi, Jeremy Stubbs: Andy Ngo: un inflitré chez les antifas

Au Goulag, Demidov fut l’ami de Varlam Chalamov (1907-1982), l’immense auteur des Récits de la Kolyma, l’un des principaux écrivains de la Terreur avec Soljenitsyne, dont il se distingue par un nihilisme absolu, quasi insoutenable. Chalamov croyait que Demidov n’avait pas survécu ; il disait de lui que c’était l’un des hommes les plus nobles et les plus intelligents qu’il ait rencontrés.

Gueorgui Demidov et sa fille à Oukhta à la fin des années cinquante © Valentina Demidova.

La glasnost gorbatchévienne permit à ces manuscrits confisqués de réapparaître et à ces écrivains, Chalamov comme Demidov, de sortir des oubliettes. Doubar et autres récits est donc un livre sauvé par miracle de la destruction ; par sa puissance, il se place au niveau des récits de Chalamov, en version humaniste, ou de Soljenitsyne, en version agnostique.

Enterrements à la sauvette

Le lecteur y partage la vie quotidienne des détenus dans ces camps désolés, où les « crevards » tombent par milliers, où les assassins et les voleurs sont considérés par les gardes comme « socialement proches », alors que les politiques sont destinés à agoniser. Demidov montre bien que l’intention du système est d’exterminer sans bruit des pans entiers de la population et ce de façon aléatoire, les crimes étant le plus souvent imaginaires, pour ne pas dire absurdes.

L’enterrement à la sauvette, par moins soixante, du cadavre (doubar, dans l’argot des camps) d’un nouveau-né, la folie meurtrière d’un bourreau tatar, les naïves illusions d’un jeune procureur qui va voir Vychinski pour dénoncer « les fascistes infiltrés dans le NKVD » dans un climat de paranoïa générale et de cynisme obligatoire, tous ces récits font revivre une époque horrible avec une lucidité, une intelligence sensible qui forcent l’admiration.  

Guergui Demidov, Doubar et autres récits du Goulag, Editions des Syrtes.

Françoise Vergès et ses aïeux esclavagistes

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La présidente du Comité national pour la mémoire et l’histoire de l’esclavage descend d’une famille qui possédait en 1848 la bagatelle de 121 esclaves.


Début mai 2021, le CNRS a mis en ligne une base de données permettant de vérifier qui étaient les personnes indemnisées par l’État français au moment de l’abolition de l’esclavage dans les colonies. Les esclaves retrouvaient la liberté, mais les propriétaires perdaient un capital humain. La logique de l’époque, peut-être discutable, a été d’indemniser ces derniers. Bien conscient que le terrain est idéologiquement miné et que la thématique se prête à toutes les instrumentalisations, le CNRS souligne dès la page de garde présentant son moteur de recherche Repairs que 30% des personnes indemnisées étaient elles-mêmes de couleur. Il n’entre pas davantage dans les détails, réservant aux curieux quelques surprises détonantes.

A lire aussi: Loi Taubira: l’histoire en noir et blanc

L’une d’entre elles concerne Françoise Vergès, présidente du Comité national pour la mémoire de l’esclavage, nièce du célèbre avocat Jacques Vergès (1924-2013), fille de Paul Vergès (1925-2016), député PCF, sénateur, président du conseil régional de la Réunion, berceau de la famille.

Une plantation à la Ravine Saint-Jean

Le nom de famille « Vergès » ne fait ressortir aucun propriétaire d’esclave indemnisé à la Réunion. Il en va tout autrement avec « Million des Marquets » (ou Million Desmarquets, dans le moteur de recherche). Beaucoup moins connu que Vergès, c’est celui que portait la grand-mère de Paul et Jacques. Née en 1832, Marie Hermelinde Million des Marquets avait fait semble-t-il un mariage d’amour, en dessous de sa condition sociale. Elle avait épousé un commis de marine nommé Adolphe Vergès, alors qu’elle était issue d’une famille fortunée. Les Million des Marquets étaient des planteurs, installés dans l’île depuis le 18e siècle. Au total, en 1848, la famille a perçu 88 000 francs à titre de dédommagement suite à l’abolition. La somme correspondait à la perte de 121 esclaves, dont 66 créoles, 12 malgaches, 39 mozambicains et quatre indiens ou malais. C’était la main d’œuvre nécessaire pour exploiter une plantation d’une vingtaine d’hectares située à la Ravine Saint-Jean, à Saint-André. Il est très difficile de convertir la somme en euros actuels, mais en tout état de cause, elle était considérable : sous la monarchie de Juillet, 50 000 francs de rente permettaient de vivre très confortablement à Paris, sans travailler…

L’information n’était pas à proprement parler secrète. Le regretté Robert Chaudenson (1937-avril 2020), linguiste spécialiste des parlers créoles, en avait fait un billet doucement ironique en 2016. C’était peu après le décès de Paul Vergès. Celui-ci avait légué aux archives départementales les documents relatifs à l’histoire de la famille, dont le recensement de leurs esclaves à la date de 1848, avec leur prénom, leur nom quand ils en avaient un, leur âge et leur taille. Le moteur de recherche du CNRS n’est pas aussi détaillé, pour le moment.

L’ironie mordante de Robert Chaudenson

Françoise Vergès n’a pas souhaité commenter, mais elle n’ignore évidemment rien de ce passé. « Elle a pour parler de l’esclavage un titre, dont par modestie sans doute, elle ne fait nulle part état », ironisait Robert Chaudenson. « Loin d’être une descendante, fût-ce lointaine, d’esclaves réunionnais, ce que pourrait donner à penser sa physionomie quelque peu orientale et ses coiffures exotiques, la seule véritable ascendance réunionnaise dont elle puisse faire état n’est nullement du côté des esclaves, comme on l’a vu, mais, bien au contraire, des esclavagistes de la Réunion. Voilà donc une femme que tout désigne pour parler, avec émotion et compétence, des horreurs de l’esclavage ! »

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Avec cette ascendance en mémoire, il est assez instructif de relire ce que Françoise Vergès a pu dire à propos des réparations éventuellement exigibles par les descendants d’esclaves. Elle si prompte à l’hyperbole (elle réclamait dans 20 minutes du 13 janvier 2021 l’abolition de l’armée et des prisons…) a toujours été sur le sujet d’une prudence de sioux. Déboulonner les statuts de Colbert, oui. « Déblanchir » les élites françaises, oui encore. « Décoloniser » la République, bien entendu. Sortir le chéquier, tout de même pas. Le problème est que certains, dans la mouvance décoloniale, jouent dangereusement avec cette idée. En 2013, le Conseil représentatif des associations noires (Cran) a attaqué la Caisse des dépôts pour complicité de crime contre l’humanité, sur le fondement de la loi Taubira sur la traite négrière, au motif que la CDC a « profité de l’esclavage ». Le Cran n’a plus jamais parlé de cette plainte (il n’est même pas sûr qu’elle ait été déposée), dont le but était de populariser l’idée de réparation. Mais pourquoi s’arrêter aux personnes morales, dans cette logique ? Faudra-t-il, demain, que les descendants des Million de Marquets payent, pour avoir « profité de l’esclavage « ?

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Je vous salue Marianne, pleine de grâce

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Marianne Faithfull, 2021 © Rosie Matheson

Marianne Faithfull a eu plusieurs vies et plusieurs morts. Romantique et romanesque en diable, la chanteuse semble même dépassée par sa légende. Preuve que ce phénix rayonne toujours : She Walks in Beauty, son nouvel album.


Recevoir un coup de fil de Marianne Faithfull, c’est irréel. C’est tout un pan de l’histoire du XXe siècle, de la Mitteleuropa jusqu’au Swinging London, qui surgit de l’autre côté du téléphone. En effet, sa mère, aristocrate autrichienne, était parente avec Sacher-Masoch, l’auteur de La Vénus à la fourrure. Quant à Marianne, elle fut l’icône que l’on sait : la petite amie de Mick Jagger bien sûr, mais aussi ce phénix qui n’en finit jamais de renaître de ses cendres. Elle a survécu à de multiples overdoses, au cancer et récemment au Covid.

Les Français m’ont toujours plus respectée que les Anglais!

« Je suis très fatiguée, j’ai du mal à respirer et des pertes de mémoire », me confie-t-elle. Sa célèbre voix rauque est devenue presque un murmure, et j’aurai parfois du mal à distinguer ses propos. « J’étais dans le noir, cela ressemblait à la mort. » Je lui rétorque que nous avons maintenant la preuve qu’elle est immortelle. « Mais non, je ne le suis pas », dit-elle. À regret. La preuve qu’elle est vivante, c’est son dernier album : She Walks in Beauty, qui est sorti le 30 avril, se compose de poèmes d’auteurs romantiques anglais, de Shelley à Byron en passant par Keats. Le tout mis en musique par Warren Ellis, qui jouait dans les Bad Seeds avec Nick Cave. Ont également participé à l’album le cultissime Brian Eno et le violoncelliste Vincent Ségal. Comme toujours, Marianne sait s’entourer.

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Cet album, elle le portait en elle depuis toujours. Depuis l’époque où, élève au couvent St Joseph à Reading, elle croyait que les poèmes que Mrs Simpson, son professeur, lui faisait découvrir, avaient été écrits pour elle. « Je n’ai jamais oublié ces textes. Après toutes ses années, je les ai décortiqués et ils ont une signification et une résonnance plus forte. Je crois que c’est parce que j’ai maintenant l’expérience de la vie. De la vie et de la mort imminente, plusieurs vies et plusieurs morts ! Pas juste une. » Pourtant, lorsque je lui souffle qu’elle pourrait avoir été la muse d’un de ces poètes, elle qui interpréta Ophélie dans Hamlet, elle qui eut une vie infiniment romanesque, à la fois lumineuse et sombre, elle qui vécut et dans la rue et dans des palaces avec des rock stars – elle s’en défend de manière presque véhémente. « Non ce n’est pas moi, il n’y a aucune identification ! »

Une artiste exigeante

Mais qu’elle me pardonne, il est difficile de ne pas voir dans la jeune femme qui se jette d’un pont dans The Bridge of Sighs de Thomas Hood la Marianne homeless et junkie qui vivait sur un mur à Soho. Et comment ne pas se rappeler que c’est à une party londonienne que la rockeuse fut découverte par Andrew Loog Oldham, le manager des Stones qui vit en elle « un ange à gros seins », quand on écoute She Walks in Beauty, où Byron parle d’une jeune fille dont il tombe éperdument amoureux à un bal. Quant à la Belle Dame sans merci, de Keats, inquiétante femme fatale, elle pourrait incarner l’aspect vénéneux de la douce Marianne qui a toujours navigué entre mort et séduction. Qu’elle le veuille ou pas, Marianne Faithfull est romantique et romanesque en diable. Peut-être que sa légende la dépasse, est même allée jusqu’à l’engloutir. Elle ne veut plus entendre parler de la jeune fille qui accompagnait Mick Jagger partout, et qui fit la une des tabloïds lorsqu’elle apparut nue sous un manteau de fourrure, entourée de policiers. C’est pour cela qu’elle s’est toujours sentie bien en France, où la petite fiancée de Jagger a vite laissé place à l’artiste exigeante qu’elle n’a jamais cessé d’être. « Je ne sais pas pourquoi, les Français m’ont toujours davantage respectée que les Anglais. » Elle a vécu quelque temps à Paris avec son compagnon et manager François Ravard.

Le statut de muse, c’est de la merde 

Exigeante, elle le fut durant toute sa carrière. En 1979, alors qu’on ne l’entendait plus, elle fait un come-back fracassant avec l’album Broken English, considéré à raison comme son meilleur. Elle y reprend le Working Class Hero de Lennon et surtout la sublime Ballad of Lucy Jordan. Cette chanson, qui raconte l’histoire d’une femme au foyer qui perd doucement la raison, lui colle tellement à la peau que je la croyais écrite par elle, mais l’auteur en est Shel Silverstein : « Je me suis toujours appropriée les chansons que je reprends, je ne sais pas, c’est inconscient », me dit-elle.

Elle a aussi été l’auteur de quelques merveilles, dont le déchirant Sister Morphine, coécrit avec Jagger, qui se l’est d’ailleurs attribué. Mais on n’efface pas Marianne si facilement. Elle a déclaré au Guardian : « Le statut de muse, c’est de la merde », mais elle reconnaît cependant avoir eu beaucoup de chance d’avoir inspiré les plus talentueux. Y compris Mick. Et cela continue avec She Walks in Beauty. Warren Ellis, le producteur, a dit avoir passé un des meilleurs moments de sa vie à travailler sur ce disque. Ce ne fut pourtant pas facile, car le Covid, que l’artiste a contracté pendant l’enregistrement, est venu compliquer les choses.

Sa voix semble venir d’ailleurs

Ellis n’a pas composé à proprement parler des musiques, mais des atmosphères, des collages musicaux, un mélange de bruits de rue et de musique concrète : « Je n’étais pas contraint par des mélodies ou des accords. Je pouvais prendre beaucoup de liberté, il ne s’agissait pas de composer quelque chose qui suit le texte ou le décrit – c’était très libre de ce point de vue-là –, le plus important c’était de ne pas gêner les mots. » Cela donne un résultat étonnant, où l’on imagine la campagne anglaise embrumée comme dans un tableau préraphaélite. C’est quelquefois inquiétant, quelquefois plus doux. La voix de Marianne plus rauque que jamais, un peu affaiblie par l’âge, semble venir d’un autre monde. Elle y tient beaucoup à cet album, me demande plusieurs fois ce que j’en ai pensé, me répète, encore et toujours la chance qu’elle a eue d’être si bien entourée.

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Nous finissons l’entretien en parlant de choses et d’autres, presque comme des amies. Nous sommes le 8 mars, alors je lui pose la question du féminisme : « Je n’ai jamais été féministe, ma mère l’était, moi je n’en ai jamais compris l’utilité. » J’évoque également la « cancel culture », de laquelle elle ne semble pas avoir entendu parler : « Mais Gainsbourg était un homme adorable ! Pourquoi lui en vouloir ? » Bienheureuse Marianne Faithfull, qui semble vivre loin de l’absurdité de notre monde.

« Je ne regrette qu’une chose, ce sont mes excès, si j’avais su, je n’aurais jamais bu, ni fumé, ni pris de drogues », me dit-elle pour finir. Elle me fait même un peu la morale quand je lui avoue être une grosse fumeuse. Le 8 mars sera dorénavant pour moi le jour où Marianne Faithfull m’a conseillé d’arrêter de fumer.

Zizanie dans le métro

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Image: affiche Santé publique France, ref: DT0429121A et DT0428821A

A l’occasion de la journée internationale de lutte contre l’homophobie, le 17 mai, la campagne d’affichage orchestrée par Santé publique France divise. Ceux qui réagissent ne sont pas ceux qu’on croit…


Une toute nouvelle campagne d’affichage orne les couloirs du métro parisien ou les arrêts de bus depuis peu. Sur les images, deux personnes se pressent dans les bras, au mépris de toute distanciation sociale, et le sourire radieux de leur visage souligne l’absence de masque. Une campagne pour la vaccination, voulant convaincre en montrant la joie qu’on aurait à se retrouver ? Non, à l’occasion de la journée de lutte contre l’homophobie, c’est contre cette dernière et tous ses variants que ces affiches sont censées nous vacciner. Une fois tombé le masque de l’intolérance, le sujet peut s’écrier « oui mon pote est gay » et l’enlacer de toutes ses forces.

Une campagne qui nous ressemble

Le but de la campagne étant de défendre l’inclusion, ses concepteurs se sont efforcés de respecter au maximum le principe de diversité, en représentant sur les affiches des situations variées, un peu comme un jeu de cartes tolérant à collectionner. L’opprimé est donc soit un « gay », une « lesbienne » ou un « trans », et il peut être notre « père », « fille », « petite-fille », « pote » ou « coloc ». Tout le monde s’y retrouve. La campagne est pilotée par Santé publique France, et bénéficie du précieux soutien d’Olivier Véran, ministre des Solidarités et de la Santé, d’Élisabeth Moreno, ministre déléguée auprès du Premier ministre (…)[1] et de la DILCRAH[2], qui vise à lutter « contre les discriminations liées à l’orientation sexuelle et identité de genre et leur impact sur la santé »[3]. À nous de nous engager, nous sommes tous concernés. À cet égard, le sous-titre des affiches est éloquent, déclarant « face à l’intolérance, à nous de faire la différence », avant de nous inviter à trouver témoignages et conseils sur le site QuestionSexualité.fr. Car face à l’homophobie, on ne rechigne pas à la dépense. En plus des affiches ou du site, a été lancé un clip vidéo, sur l’air de « Nous les amoureux », qui voit des personnes victimes de violences homophobes du quotidien secourues et soutenues par des chevaliers blancs de la tolérance.

Un intolérable virtue signaling

Et c’est là où les choses se gâtent. En effet, cette campagne passe mal auprès d’un certain public. Qui donc ? Eh bien, loin d’être satisfait de cette campagne, tout ce qui compte d’influent dans les milieux LGBT dénonce une intolérable opération de communication. Cette dernière mettrait en avant les cisgenre, dont on voit les seuls sourires, en les désignant comme la norme qu’il faudrait applaudir d’accepter son petit quota de diversité et dont, finalement, la tolérance servirait plus à leur propre considération qu’à lutter contre l’homophobie. C’est par exemple le cas du compte twitter Le coin des LGBT+, comptant plus de 20 000 abonnés et consacré à « l’histoire, la culture et l’actualité de la communauté LGBT+ » qui s’écrie « Ben oui, on oublie trop souvent de dire merci aux cis-hétéro qui ont le cœur sur la main et qui nous tolèrent dans leur coloc’ sans nous taper » et conclut, malin « Vraie question : est-ce qu’une asso LGBT+ a été consultée pour cette campagne de « sensibilisation » nationale ? ».

On n’oublie pas non plus, comme Gary, sur Twitter, de souligner que certaines catégories comme les bisexuels, contrairement aux prétentions de la campagne ont été scandaleusement oubliées :

Mauvais calcul donc pour la Santé Publique, puisque si certains préfèrent s’amuser de sa campagne et la détourner, ses alliés naturels dénoncent aux yeux de tous la malignité de cette opération de virtue signaling. Le pire, c’est que cette campagne déjà orwellienne acquiert un caractère encore plus orwellien qu’Orwell lui-même : sans doute honteux de montrer des comportements aussi imprudents, et croyant probablement trop en l’influence qu’ont sur les gens ces morceaux de papiers exposés au vent et au désintérêt général, les auteurs laissent apparaître au bas de l’affiche la mention suivante : « Continuons de respecter les gestes barrières. Portons un masque quand cela est nécessaire ».


[1] (…) chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, de la Diversité et de l’Égalité des chances

[2] Délégation Interministérielle à la Lutte Contre le Racisme, l’Antisémitisme et la Haine anti-LGBT

[3] https://www.santepubliquefrance.fr/presse/2021/nouvelle-campagne-contre-les-discriminations-et-violences-subies-par-les-personnes-lgbt-face-a-l-intolerance-a-nous-de-faire-la-difference