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Jacques Dutronc, roi du cool

Frédéric Quinonero publie "Jacques Dutronc l’insolent"

Jacques Dutronc, roi du cool
Jacques Dutronc en 1996 © SANCHEZ OLIVIER/SIPA Numéro de reportage : 00285843_000004

Une biographie de Frédéric Quinonero, Jacques Dutronc l’insolent donne à voir un artiste qui a porté la désinvolture au rang des beaux-arts.


On disait de Steve McQueen qu’il était « le roi du cool ». On peut reprendre l’expression et l’appliquer à Jacques Dutronc. Le mec est décontracté, insaisissable, en permanence prêt à un bon mot, un canular, pour chasser l’esprit de sérieux qui nous flanque le bourbon. Pardon le bourdon. C’est contagieux. 

Une biographie rigoureuse

La phrase qui résume le mieux cet artiste complet : « Il s’appelle Van Gogh et il n’en a rien à foutre. » On remplace le nom du peintre de génie par Dutronc et on a la philosophie existentielle de celui qui a toujours fait croire qu’il ne bossait pas alors que c’est un perfectionniste. Du reste, il est magistral dans le film de Maurice Pialat, Van Gogh. Précis, épuré, à l’os. Pour le rôle, il a obtenu le César du meilleur acteur en 1992. Il a également tourné avec Lelouch, Deville, Godard ou encore Chabrol. Sur le tournage du chef-d’œuvre de Pialat, Dutronc souffre d’un mal insidieux lié au sevrage alcoolique. 

Frédérique Quinonero, l’auteur de cette biographie rigoureuse et enlevée, cite les propos de Dutronc : « Lorsque j’ai eu un jour des problèmes intérieurs grâce à quelques manques, j’ai été ensuite le plus heureux des hommes lorsque j’ai eu mal aux dents. Parce que j’avais un mal bien défini. » 

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Dutronc traîne un mal être qu’il cache derrière le paravent de l’autodérision. Et puis de l’insolence. En ce qui concerne la chanson, il n’hésite pas à dire qu’il s’agit d’un « métier d’escroc ». On ne pardonne généralement pas aux artistes qui crachent dans la soupe. Mais avec Dutronc, ça passe. Les Ray-Ban Aviator et les gros cigares lui permettent de composer un personnage atypique. D’abord guitariste (sa première guitare électrique est une Egmond de couleur rouge), ce Parisien né le 28 avril 1943, va rencontrer Jacques Lanzmann, homme de gauche, écrivain talentueux, en 1965. Les deux hommes forment un duo exceptionnel dont le premier succès se nomme « Et moi, et moi, et moi. » La carrière de Dutronc est alors lancée. Il devient un anar de droite dénonçant les dérives de la société consumériste. 

Les formules sont percutantes, les paroles indémodables. Citons « L’Opportuniste » (1968) : « Il y en a qui contestent/Qui revendiquent et qui protestent/Moi je ne fais qu’un seul geste/Je retourne ma veste/Toujours du bon côté ».

Françoise Hardy et lui

Grâce à de nombreux témoignages inédits, Frédéric Quinonero parvient à cerner la personnalité du chanteur, plus complexe qu’il n’y paraît. Celui de Françoise Hardy est particulièrement éclairant. Les deux artistes débutent une relation en septembre 1967. Durant six ans le couple ne fait que se croiser. Une situation qui déplait à Françoise, trop dépendante du garçon. Ils ne vivent pas ensemble, se voient une à deux fois par mois, une semaine dans le meilleur des cas. Le couple, malgré des hauts et beaucoup de bas, finit par avoir un fils, Thomas, en 1973. Ce dernier signe une pétillante préface à cette biographie. Jacques accepte d’emménager avec Françoise un an après la naissance de Thomas. Cerise sur le gâteau : chacun possède son propre étage. Jacques est infidèle, il blesse Françoise. Ce qui la sauve : chanter sa peine. L’un de ses plus célèbres textes, écrit avec Michel Berger, étant « Message personnel » puisque la partie parlée évoque sa douloureuse relation avec Jacques. Le couple se marie néanmoins en 1981. 

La séparation est officielle en 1988 quand Françoise tombe amoureuse d’un autre homme. Les deux artistes sont pourtant toujours mariés. Françoise confie à Quinonero : « Aujourd’hui notre relation s’est apaisée, et il y a encore beaucoup d’amour et une infinie tendresse entre nous. » Comme l’écrit Marguerite Yourcenar : « Il y a entre nous mieux qu’un amour : une complicité. »

Dutronc vit en Corse avec Sylvie, sa compagne depuis vingt ans. Il regarde les chats et les arbres. « Par moments, je me laisse un peu aller. Il me faut du courage pour reprendre le dessus », confie-t-il en mâchouillant son havane. Il manie toujours l’ironie douce-amère. Sinon la vie serait insupportable, même sous le soleil méditerranéen.

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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