Nouvelles révélations sanglantes (2/2)


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Causeur. À l’heure où certains souillent les statues de Victor Hugo, Napoléon et du Général de Gaulle, vous préférez vous attaquer à celle de François Mitterrand, prolongeant ainsi l’œuvre destructrice et autodestructrice de Jean-Edern Hallier. Est-ce une façon comme une autre de perpétuer son « combat » ?

Jean-Pierre Thiollet. J’éprouve une certaine circonspection à l’égard des statues comme des noms de rues. Comme le rappelle Georg Christoph Lichtenberg, celui qui doit l’immortalité à une statue est indigne, même d’une statue… Et il n’est pas rare en France, où le recyclage de vichystes grand teint en « résistants en peau de lapin » est l’une des spécialités, que les attributions de noms à des rues soient sujettes à caution ou constituent de véritables impostures. Dans l’espace public, les statues n’ont à mon sens aucun caractère sacré. Elles peuvent avoir une valeur artistique, éminemment respectable, mais aussi une dimension politique, qui, elle, peut être très discutable. S’agissant de M. Mitterrand, j’estime que le double fait qu’une station de métro et que l’un des sites de la Bibliothèque nationale de France portent son nom est une honte. La République française a d’ailleurs tout à perdre à persister dans un déni de réalité à ce sujet. Hors du territoire hexagonal, le monde entier sait que le nom de Mitterrand est associé au crime contre l’humanité commis au Rwanda en 1994 et aux massacres qui l’ont précédé entre 1990 et 1994. Alors forcément, qui peut s’étonner que les discours sur les « valeurs » de la République française finissent par sonner de plus en plus creux et qu’il n’y ait souvent plus grand monde, en dehors des « autorités » et autres « officiels », pour assister aux cérémonies du 14 juillet… En son temps, Jean-Edern Hallier, ce visionnaire extraordinaire, avait vu juste. Il avait subodoré l’énormité, l’extrême gravité de l’imposture que constituait Mitterrand. Son intuition fut, suivant la formule attribuée à Henri Bernstein, l’intelligence qui fait un extraordinaire excès de vitesse. Pour un gain de temps de plusieurs décennies. Chapeau, l’artiste !

L’œuvre de Jean-Edern Hallier est-elle toujours hautement radioactive ? On attend en vain un numéro spécial ou un grand dossier dédié à son œuvre par une revue littéraire. Redoutent-ils encore en 2020 que les foudres de la Mitterrandie s’abattent sur leur tête s’ils venaient à consacrer Hallier ? Pourtant, le bougre a tout de même écrit plus de vingt livres et sa mémoire continue d’être saluée par des écrivains de renom. De quoi cette chape de plomb maintenue sur J.-E. Hallier par une certaine intelligentsia est-elle le nom ?

Aussi curieux que cela puisse paraître, Jean-Edern Hallier reste, près d’un quart de siècle après sa mort, un nom sulfureux. Quelques journalistes, plus ou moins bien placés dans l’environnement médiatique, le mentionnent de temps à autre. Mais il est frappant de constater qu’ils sont tous, si je puis dire, blanchis sous le harnais, pré-retraités ou retraités… Les journalistes qui font partie des générations montantes se gardent bien de prendre le moindre risque et de faire preuve de curiosité. Comme le nom de Hallier ne leur évoque souvent rien ou pas grand-chose et qu’il paraît relever d’un univers de dinosauriens, ils considèrent qu’il en va de même pour les téléspectateurs, auditeurs ou lecteurs. Enfin, les derniers tenants de la Mitterrandie, pour reprendre votre mot, veillent d’autant plus au maintien de la chape de plomb qu’ils ont conscience que le temps joue contre eux, que le système de tartufferie politico-médiatique dont ils ont amplement profité a pris un sacré coup de vieux, et qu’à terme, le combat entre Jean-Edern Hallier et M. Mitterrand, l’un des plus sinistres politiciens français du XXe siècle, se soldera par le triomphe du premier.

Vous avez créé le Cercle InterHallier, qui se réunit une fois par an à Paris pour célébrer la mémoire de l’écrivain maudit. Pouvez-vous nous en dire deux mots ?

Le Cercle InterHallier est effectivement né à mon initiative le 1er mars 2017. Un premier carré d’une centaine de personnes s’était donné rendez-vous ce jour-là au Dada, un établissement de l’avenue des Ternes que fréquenta Hallier durant les dernières années de sa vie. L’ambition de ce Cercle est triple. D’abord, bien sûr, célébrer l’écrivain. Ensuite, faire un pied de nez, dans un style un brin potache, au Cercle de l’Union Interalliée, tout en essayant de maintenir un esprit néo-hallierien de dénonciation des impostures. Enfin, contribuer à promouvoir la Littérature, mais pas seulement, c’est-à-dire l’Art sous toutes ses formes. Le Cercle InterHallier s’élargit de manière très naturelle et transversale, par cooptation souvent mais aussi sur simple demande. Sa composition compte aujourd’hui plus de 300 membres, aux « profils » diversifiés et aux origines variées.

Vous dédiez ce troisième volume à Emmanuel Macron. On peut donc être Ederniste pratiquant et en même temps macronien convaincu ?

Oui, je le crois. Emmanuel Macron n’est ni Jupiter ni Atlas. Mais il a son nom associé à une loi qui revêt un caractère historique. En outre, il s’efforce de réaliser ou d’entreprendre à peu près tout ce que les dirigeants et partis au pouvoir durant quarante ans n’ont pas eu le courage de faire… Il ne peut qu’être la « bête noire » des lobbies les plus réactionnaires qui ont sévi (et continuent de sévir) sur le territoire français — Sénat, Conseil supérieur du notariat, entre autres —, de tous ceux et celles qui aspirent à l’immobilisme ou n’ont qu’une envie : réformer les réformes qui ont pu être initiées depuis son arrivée au pouvoir et pouvoir revenir d’urgence à leur cher statu quo ante… Alors oui, on peut être « ederniste pratiquant » et « macronien convaincu ». En son temps, Jean-Edern, l’énergumène « gauchiste », accorda son soutien à Jacques Chirac et fit même efficacement campagne pour lui. Aujourd’hui, peut-être serait-il très favorable à Emmanuel Macron, sans renoncer le moins du monde à son esprit critique, provocateur ou «disruptif»…

Jean-Pierre Thiollet, Hallier. Edernellement vôtre (Éditions Néva)

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