Le billet du vaurien


De ma fenêtre du Lausanne-Palace, je distingue la statue d’Alexandre Vinet. Sur son socle, je peux lire : « Le christianisme est dans le monde l’immortelle semence de la Liberté. » Ce théologien protestant de la première moitié du dix-neuvième siècle professait une passion indéfectible pour la liberté et, sans doute, une profession de foi comme celle-ci nous parlerait-elle plus aujourd’hui : « Quand tous les périls seraient dans la liberté, toute la tranquillité dans la servitude, je préférerais encore la liberté, car la liberté, c’est la vie et la servitude, c’est la mort. »

Protestant, entre foi et incrédulité

Professeur de théologie et de littérature à l’université de Lausanne, où il fut l’ami et le collègue de Sainte-Beuve, Alexandre Vinet avait pour modèle Pascal dont les Pensées conciliaient l’exigence éthique et l’exigence esthétique. Il voyait en lui l’exemple même d’une « individualité » qu’il opposait à l’individualisme d’un Montaigne. Il ne concevait pas la littérature comme une activité autonome, se suffisant à elle-même, mais comme une voie vers la création de l’être spirituel en chacun.

Henri-Frédéric Amiel qui en fit d’abord son père spirituel, avant de prendre ses distances et de le critiquer sans ménagement , lui reprocha une ingénuité qui consiste à enfoncer des portes ouvertes et à découvrir laborieusement ce que tout le monde sait : « Il n’écrit pas pour les hommes, mais pour les pensionnats de demoiselles et de dames pieuses », asséna encore Amiel tout en reconnai

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