Ce matin je me suis branché sur France Inter entre 9 et 10. Je n’ai pas été déçu.

Première émission : Boomerang, invitée Adèle Haenel. Un bon petit bain d’intersectionnalité, de féminisme et de convergence des luttes. Ce que dit et pense Adèle Haenel n’ajoute pas grand-chose à la grandissante idéologie qui menace de transformer nos sociétés en un vaste camp de rééducation. Je note au passage que Madame Haenel est une fervente admiratrice de la pasionaria auto proclamée de l’antiracisme (ou de la lutte contre les “violences policières”, ou des deux puisque de toute façon toutes les luttes convergent), j’ai nommé Assa Traoré.

La différence France inter

Mais ce que pense ou fait Adèle Haenel c’est son problème, sa liberté, et en cela elle mérite d’être respectée. Ce qui ici est choquant (mais pas surprenant), c’est la position de soutien affirmé, chaleureux, attentif de l’animateur, Augustin Trapenard, qui tout au long de l’interview se place en co-militant des causes défendues par l’actrice. On sait bien que France Inter est une chaîne militante du gentil nouveau monde qui nous attend. Mais quand même, on a du mal à s’habituer à ce que les impôts du citoyen financent un médium si ouvertement marqué politiquement.

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Deuxième émission, l’Instant M qu’anime une autre militante : Sonia Devillers. Cette fois-ci on monte encore d’un cran par rapport à l’émission précédente avec un invité de choix, le président du CSA Roch-Olivier Maistre. Un thème semble révolter notre animatrice : comment se fait-il qu’Eric Zemmour, condamné par la justice, soit encore à l’antenne ? …  “Le débat cathodique se radicalise, mais que fait le CSA?” demande la journaliste dans le générique. Madame Devillers réclame implicitement l’interdiction d’antenne pour le polémiste, son excommunication de l’église médiatique, et si le bûcher existait encore je pense qu’il pourrait commencer à avoir chaud. Ce n’est pas dit tel quel, l’indignation s’exprime sur un ton douceureux, on réclame une tête mais calmement, avec cette pointe d’émotion consternée qui s’harmonise si bien avec les bons sentiments.

L’idéologie diversitaire a trouvé sa fréquence, pas le pluralisme

Suite du « débat » : la diversité dans les médias. À ce moment, ça devient carrément angoissant. Du dialogue entre Devillers et Maistre, qui évidemment militent pour la sacrosainte diversité, se dégagent les contours d’un nouveau monde et les moyens d’y parvenir. Et ces moyens sont simples : il va falloir orienter, quantifier, imposer et contrôler dans toute la création audiovisuelle la présence de toutes les minorités, à juste proportion de leur place dans la société. Et il ne faudra pas oublier non plus d’appliquer un traitement particulier pour chaque minorité, qui prenne en compte des parcours de vie spécifiques… Ce qui revient à dire que nous allons entrer dans un régime bureaucratique qui dictera ce que doit être la création et qui vérifiera la conformité de celle-ci aux objectifs fixés. Les médias finalement vont voir leur rôle redéfini : ils seront là pour éduquer le peuple et lui apprendre à bien penser. Et malheur à qui osera faire un pas de côté. Autant dire que c’est une condamnation de toute création libre, pléonasme. C’est tellement absurde que ça ne tiendra jamais, mais ils vont essayer, d’ailleurs ils ont déjà commencé.

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Les médias en liberté surveillée

Je ne sais pas quelle forme prendra ce nouvel Argus aux cent yeux qui va observer toutes les productions. Nos démocraties occidentales sont choquées (à juste titre) par l’univers de surveillance généralisée que semble mettre en place le régime chinois. 

C’est pourtant bien vers un enfer comparable, pavé de bonnes intentions égalitaristes, que nous semblons nous diriger progressivement. Pour l’instant nous sommes un peu comme la grenouille mise dans la casserole d’eau froide, à petit feu. L’eau commence à tiédir lentement… Espérons que nous saurons sauter avant qu’elle ne soit bouillante.

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