Dans une série de conférences, de San Francisco à Rome, Peter Thiel annonce la venue de l’Apocalypse sous les traits d’un État-monde régulateur. Un langage théologique alambiqué qui cache mal les intérêts très terrestres du magnat de la high-tech, occupé à bâtir les outils de l’ordre mondial qu’il prétend redouter.
Le pape « travaille pour les communistes chinois ». Ces propos, rapportés par CNN en juillet, sont de Peter Thiel, fondateur de PayPal et de Palantir, mentor de Sam Altman et de J. D. Vance. Il répond à l’encyclique de Léon XIV appelant à « désarmer » l’intelligence artificielle. Pour le milliardaire, une telle attitude de prudence menace de freiner les États-Unis dans la course à l’IA avec la Chine. Cette saillie n’est que le dernier épisode de sa croisade. Depuis l’automne 2025, Peter Thiel donne une série de conférences sur l’Antéchrist, notamment à Rome, à deux pas du Vatican. Dernière étape en date : Nashville, le 28 septembre, en pleine mobilisation locale contre les data centers. Bien qu’elles se déroulent à huis clos et sans presse, The Guardian a pu obtenir des enregistrements. Il y expose sa vision : l’Antéchrist ne serait pas une personne, mais un système, un gouvernement mondial unique qui s’imposerait au nom de la « paix et de la sécurité », en jouant sur la peur de l’IA. Selon lui, la voie vers l’Antéchrist passe par l’appel à « arrêter la science ».
A lire aussi: Diana, le filon inépuisable du spectacle
Il y oppose sa conception du « katechon » (dans la Bible, une puissance destinée à entraver la venue de l’Antéchrist) qui serait la force retardatrice des États-nations empêchant la venue de l’État-monde. Dans ce schéma, toute régulation de l’IA, du nucléaire ou de la finance est un pas vers la tyrannie universelle. Par une curieuse providence, cette eschatologie sert admirablement ses affaires. La fortune personnelle de Peter Thiel dépend de l’accélération technologique sans frein. Il reste un investisseur d’OpenAI, et sa firme Palantir vend des outils de surveillance de masse au Pentagone et à l’ICE. Or, ce libertarien prêche la vision d’une technique émancipatrice alors qu’elle peut tout autant asservir. L’homme qui redoute un système totalitaire mondial est aussi celui qui en construit, avec Palantir, les fondations technologiques les plus abouties. Faut-il rappeler que la figure de l’Antéchrist est d’abord celle d’un imposteur ?




