Accusé par Mediapart d’avoir tenu des propos antisémites en 2013, Jordan Bardella conteste fermement l’authenticité des messages qu’il qualifie de « faux grossiers ». Marine Le Pen dénonce de son côté une « dinguerie » et une « barbouzerie ».
Mediapart publie des messages antisémites datant de 2013 qu’il attribue à Jordan Bardella et affirme les avoir authentifiés. Bardella nie formellement les avoir écrits, parle de « faux grossiers » et porte plainte. Pour l’instant, voilà les faits.
Mais les faits ne sont déjà plus seuls en scène. Bardella et l’antisémitisme ont été rapprochés et, puisque la campagne présidentielle commence, ce rapprochement va vivre, être repris, commenté, utilisé, jusqu’à cette phrase que l’on entendra sans doute : « Bardella ? Il y a quand même cette histoire d’antisémitisme révélée par Mediapart… »
Alain Soral apparaît aussi dans le dossier. Sa logorrhée a séduit une partie de la jeune droite. Qu’un garçon de dix-sept ans ait pu en être impressionné n’aurait rien d’extraordinaire. Et alors ? Cela ne dit pas ce qu’il pense treize ans plus tard et ne prouve surtout pas qu’il ait écrit les messages qu’il conteste.
Quand les mots deviennent des faits
Les représentations survivent parfois à ce qui les a fait naître. Les Protocoles des Sages de Sion sont un faux depuis longtemps établi ; l’imaginaire qu’ils ont nourri leur a survécu. Le même pouvoir des mots se retrouve, autrement, lorsque « l’accusation de génocide à Gaza » devient simplement « le génocide à Gaza » : non que les réalités soient comparables, mais une qualification disputée a déjà changé de statut dans le langage.
Reste à savoir d’où viennent ces messages et pourquoi ils arrivent maintenant. Dans un parti engagé dans une bataille présidentielle, les intérêts, les rivalités et les ambitions ne manquent jamais ; il serait imprudent d’en tirer un scénario, mais tout autant d’oublier que cette réalité existe.
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Mediapart, en revanche, est depuis longtemps un adversaire journalistique et idéologique déclaré du Rassemblement national, qui enquête sur lui, combat ses idées et entend mettre au jour ce qu’il considère comme sa véritable nature. Cela ne dit pas d’où vient l’information. Cela dit ce que Mediapart en fait. Son titre est d’ailleurs sans ambiguïté : non pas des messages « attribués à Bardella », mais « Jordan Bardella face à ses écrits antisémites ». L’attribution est contestée ; dans le titre, elle ne l’est déjà plus.
Et le moment compte. Le RN tente depuis des années de rompre avec l’antisémitisme qui a marqué l’histoire du Front national. C’est là que l’affaire vient le frapper, au commencement d’une campagne où elle sera reprise et utilisée. Bardella. Antisémitisme. L’authenticité des messages est contestée. Leur provenance reste inconnue. Mediapart a choisi son titre. Et la campagne ne fait que commencer.
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