L’affaire Bardella tombe à pic, quand Marine Le Pen semble indétrônable. Edwy Plenel, le fondateur de Mediapart, est passé d’apologiste de la terreur à 20 ans, à procureur de Bardella à 70, observe Elisabeth Lévy dans sa chronique. Nous vous proposons de l’écouter.
Mediapart accuse Jordan Bardella d’antisémitisme, Bardella parle de faux grossiers. Bien sûr, à part les intéressés, nul ne connait le fin mot de l’affaire. Reste qu’elle tombe à pic quand Marine Le Pen semble indétrônable dans les sondages. Pendant la campagne il va y avoir du sang sur les murs.
Dans un article interminable et passablement indigeste truffé de témoignages anonymes, Mediapart publie cinq fragments prétendument authentifiés (par qui, on n’en sait rien) censés provenir d’échanges privés écrits entre 2013 et 2015. Bardella, alors simple encarté, avait entre 17 et 19 ans.
Échantillon : « Toutes les banques sont détenues par des Juifs » ; « le Juif doit dominé [sic] les autres peuples, les écraser et les voler. » On notera au passage que ces propos se rattachent plutôt à l’antisémitisme de gauche (le « socialisme des imbéciles ») qui consiste à penser que les Juifs sont aux commandes du capitalisme, lui-même si maléfique. Il n’y a aucun document, aucune source. Pas une capture d’écran. On ne sait pas s’il s’agit de courriels, d’échanges sur des messageries. Cependant, on sait que Mediapart adore feuilletonner. Peut-être y aura-t-il une deuxième salve aujourd’hui — restons prudents.
Puisque Bardella, qui semble réellement ulcéré, porte plainte, on se dit que la justice tranchera – et sera invitée une fois encore dans la campagne présidentielle. En réalité, dans ce genre d’affaires, il ne faut pas trop compter sur la justice pour connaître la vérité. Imaginons que Mediapart ait bidonné (on n’ose y croire) ou se soit fait rouler dans la farine, il ne sera pas nécessairement condamné. En matière de diffamation, il suffit de démontrer qu’on a enquêté. Si vous avez raconté des craques sans le faire exprès, par exemple que Dominique Baudis organisait des parties fines, ce n’est pas grave. Tant pis pour les vies piétinées et les lecteurs abusés.
Bardella était assez convaincant dans son démenti. Supposons cependant, pour les besoins du raisonnement, que les affirmations de Mediapart soient ne serait-ce qu’en partie vraies et qu’il ait été l’auteur de ces propos débiles. D’abord, à moins que Mediapart publie des choses beaucoup plus compromettantes, dix phrases antisémites en trois ans, ça ne permet pas de parler d’antisémitisme obsessionnel. Ensuite, une grande partie de la génération Bardella, particulièrement les plus politisés à droite et à gauche, a adoré (et certains adorent encore) Alain Soral. Yannis Ezziadi l’a raconté dans Causeur: Soral, qui a très vite maîtrisé les codes du numérique, fournissait dans une langue jeune une explication universelle et simple des malheurs du monde : c’est la faute des Juifs. Dans les années 2010, c’était assez tendance dans certaines salles des profs. Écouter Soral, c’était faire partie de ceux à qui on ne la faisait pas. Imaginons que le jeune Jordan ait vaguement cru à ces conneries : il n’y aurait pas de quoi s’étrangler dix ans après. On n’est pas sérieux quand on a 17 ans.
Du reste, il n’est pas sûr que ce cirque antifasciste prenne dans le pays. Pour la plupart des gens, et peut-être pour pas mal de juifs, l’important, c’est ce que disent et font les politiques aujourd’hui, pas les idioties qu’ils disaient ou pensaient peut-être hier. Les saillies crypto-antisémites des Insoumis d’aujourd’hui qui sont pour beaucoup un permis de haïr les juifs, sont bien plus dangereuses que — pardonnez-moi — les éventuelles conneries de jeunesse.
Les drama queens qui voient la bête immonde partout et se signent pour conjurer des propos dont on ne sait même pas s’ils ont été tenus et par qui, font moins de manières avec d’anciens adorateurs de Mao (70 millions de morts) ou des admirateurs à peine cachés du 7-Octobre. Quant à Edwy Plenel, que tant de jeunes journalistes vénèrent, après l’assassinat de douze athlètes israéliens aux JO de Munich en 1972, il écrivait : « Aucun révolutionnaire ne devrait se désolidariser de Septembre noir. » Il avait 20 ans. Ça n’a pas franchement nui à sa carrière.
Retrouvez Elisabeth Lévy au micro de Jacques Cardoze dans la matinale de Sud Radio
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