En attendant une labellisation officielle des médias, l’éditorialiste de France inter Patrick Cohen prétend distinguer, au nom de la vérité, le bon du mauvais journalisme. La main sur le cœur, il jure que l’audiovisuel public est pluraliste, honnête et, surtout, impartial. Les médias Bolloré, en revanche…
Patrick Cohen ne manque pas de culot. C’est à ça qu’on le reconnaît. Il y a dix jours, sur France Inter, il consacrait son édito politique[1] à l’affaire Charles Sapin en reprenant à son compte les arguties des syndicats de gauche de la Maison Ronde demandant le renvoi du journaliste de Valeurs Actuelles : « Les grévistes se tuent à le répéter : le problème, ce n’est pas la droite, ce n’est pas Sapin, ni le contenu de ses premières chroniques sur Inter, c’est son nouveau journal. Trois fois condamné pour provocation à la haine raciale ou injure raciste. » Chacun se souvient, entre autres, de la manipulation politico-médiatique qui mena à la condamnation de VA pour injure raciste contre Danièle Obono[2]. Plus condescendant et insidieux que jamais, Patrick Cohen se targue d’être un journaliste impartial et accuse Charles Sapin de n’être qu’un « emblème appartenant à un emblème contestable : Valeurs Actuelles ». D’après lui, l’impartialité – c’est-à-dire « l’absence de parti pris, de préjugé, de préférence ou d’idée préconçue », précise-t-il – est une notion spécifique à l’audiovisuel public, une « valeur supérieure à celle du pluralisme » qui lui tient particulièrement à cœur. Or, dit-il pour conclure son édito, « qu’est-ce que le pluralisme sans impartialité ? Une simple diversité d’opinions sans socle factuel commun, sans le souci d’exactitude des faits. En un mot : sans journalisme. En une phrase : on ne construit pas l’impartialité en additionnant des partialités ».
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Leçons de morale
Cet homme nous prend pour des buses ou des poissons rouges ; il nous croit demeurés ou amnésiques ; il est persuadé que nous avons oublié toutes les fois où lui-même s’est assis sur « l’exactitude des faits », quand il ne les a pas tout simplement oblitérés, pour distiller, avec la morgue qui le caractérise, ses leçons de morale. Le pluralisme sans impartialité ne peut mener qu’à un dangereux relativisme, dit-il en substance, relayant de surcroît la thèse qui court en ce moment dans les arrière-boutiques médiatiques : le pluralisme est un confusionnisme qui fait le jeu de qui vous savez ; toute personne qui contredit ou questionne le système en place doit par conséquent être muselée. À l’instar du journaliste Éric Le Boucher, Patrick Cohen pense qu’une certaine élite politico-médiatique détient la vérité et que tout discours allant à son encontre ne peut qu’embrouiller un électorat guidé principalement par ses émotions, ce dont, selon lui, profiterait « l’extrême droite ». Dans un éditorial paru dans Les Échos[3]et titré « Désormais, les démocrates doivent mentir », le dénommé Le Boucher ne fait pas dans la dentelle. Sa thèse est la suivante : le peuple, à qui il manque le bon sens et la raison qui font la force des élites au pouvoir, s’est laissé aveugler par « les propositions des populistes [qui] relèvent de la fausse magie ». Par conséquent, « les partis de la raison (les partis sociaux-libéraux et centristes) qui, par essence et par vertu, se faisaient fort de dire la vérité doivent, l’âme renversée, admettre que, pour espérer être élus, il leur faut désormais mentir. » Il est entendu que les médias devront nécessairement participer à cette salutaire tromperie. M. Le Boucher ne se contente pas de mépriser ses concitoyens, il manipule la réalité lorsqu’il affirme que les « partis de la raison » leur disent depuis toujours la vérité, d’où leur échec prévisible aux prochaines élections. En fait, par crainte de perdre le pouvoir, ces partis mentent depuis des décennies aux Français ; et le parti macroniste, que M. Le Boucher chérit depuis son apparition sur la scène politique, aura sûrement été le plus menteur de tous. Avec l’appui de médias aux ordres, il aura menti sur tout – l’économie, l’immigration, l’insécurité, l’UE – et dans de telles proportions qu’il est devenu impossible, à quiconque subit la réalité de ce pays ruiné, de ne pas s’apercevoir qu’il a été trompé. Nombre de journalistes, MM. Cohen et Le Boucher en tête, ont participé et participent encore à cette gigantesque supercherie. Demander aux menteurs de mentir encore plus, voilà au fond la proposition de M. Le Boucher ! Mais (presque) plus personne n’est dupe. Ayant de plus en plus de mal à dissimuler ses mystifications, le petit monde politico-médiatique expose outrancièrement sa vertu en prétendant combattre les héritiers présumés du fascisme et du nazisme. Dernier exemple en date : Roselyne Bachelot et Éric Dupond-Moretti, bonimenteurs et membres éminents de la coterie progressiste, faisant le tour des popotes médiatiques pour présenter leur livre intitulé Décidément non ! Le RN : Ce que nous ne pouvons pas taire. Il paraît que cet ouvrage regorge d’humour. Effectivement, la quatrième de couverture qualifie les auteurs de « Résistants ». Quant au vocabulaire pour dénoncer la droite nationale, il ne varie guère : « Néo-nazis », « racistes », « fachos », « parfum de collaboration », etc. Sur RTL, Mme Bachelot, toujours aussi élégante, imagine que si le RN a des chances de gagner la prochaine élection présidentielle, c’est parce qu’« il y a cette idée : on a tout essayé, on va essayer ceux-là. Comme disent les Bidochons, on a essayé les gens intelligents, si on essayait les cons ? » Dupond-Moretti opine du chef. Le mépris de ces gens pour les Français me semble incommensurable.
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La parole anti-RN traquée
Dans son édito du 23 septembre[4], Patrick Cohen s’interroge (sans parti pris et sans idée préconçue, cela va sans dire) : « Est-il encore permis de s’engager contre le Rassemblement national ? » On se pince… Il existerait une « traque de la parole anti-RN » dont seraient victimes les sportifs et les artistes qui ont le malheur d’exprimer leur « angoisse face à la progression de l’extrême droite. » « L’exercice n’est plus sans risque », s’inquiète l’éditorialiste. Celui qui est supposé mettre en danger ces belles âmes s’appelle Pascal Praud. Il officie sur CNews et Europe 1. Autrement dit, il est le suppôt d’un potentat médiatique, le fer de lance d’une idéologie nauséabonde resurgie des temps anciens, le « bras armé de l’extrême droite ». Le but de cet horrible personnage et des médias qui l’emploient ? « Harceler, terroriser, réduire au silence » les adversaires politiques et « promouvoir les partis d’extrême droite », selon M. Cohen qui lâche, épouvanté : « C’est du jamais vu en France. » Ni en France, ni à France Inter où aucune tendance politique n’est privilégiée et où aucun journaliste n’a été harcelé et réduit au silence récemment.
Quant aux artistes engagés que M. Cohen défend avec tant d’ardeur, ils ont quand même plutôt intérêt à s’engager du bon côté, à le faire savoir avec force trémolos dans la voix, à désigner clairement l’ennemi. Sur le plateau de Quotidien, l’apathique Paul Mirabel a failli oublier ces règles élémentaires. Heureusement, l’inquisition journalistique veillait. La scène est redoutable. Sommé de dire si, oui ou non, il participera au débat politique entourant les prochaines élections, l’humoriste hésite, bégaie, puis se jette mollement à l’eau en ânonnant de vagues platitudes sur « les choses qui [lui] font peur » et la nécessité de « faire barrage contre certains partis ». Sans doute pense-t-il à ce moment-là avoir fait l’essentiel. Mais l’acharnée qui l’interroge ne compte pas en rester là : « Pour être clair, quel parti tu vises ? » L’air aussi inspiré qu’un abricot confit, Paul Mirabel pointe du doigt sa droite pour désigner « un certain côté qu’on n’aime pas trop, et voilà ». Suit un verbiage soporifique sur les « discours politiques de haine » auxquels, bredouille-t-il, il s’opposera « avec grand plaisir ». N’en déplaise à M. Cohen, avant d’être évoquée par Pascal Praud sur CNews, la vidéo avait déjà fait le tour des réseaux sociaux. L’affligeant Mirabel y prend quelques tartes. Sa mollesse, sa lâcheté et sa difficulté à rabâcher les poncifs les plus rudimentaires de l’antifascisme de théâtre ont inspiré les internautes. L’un d’entre eux pense avoir deviné les arrière-pensées du « castor à tête d’endive » : « Je me sentirais mal de ne pas faire barrage. Traduction : Mon agent m’a dit que si je ne disais rien, je ne passerais plus sur France Inter. » Pas mal vu ! Un autre s’étonne : Paul Mirabel, dans un entretien accordé à la Tribune Dimanche, affirme en effet avoir été identifié HPI (Haut Potentiel Intellectuel). « Il y a plein de choses chez moi qui tendent vers ça », a expliqué celui que de méchantes langues surnomment, depuis son intervention face à Yann Barthès, la « courge ». Un plaisantin a par ailleurs proposé une nouvelle et savoureuse signification au sigle HPI : Hypocrite Politiquement Insignifiant…
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Pascal Praud n’a fait que relayer l’opinion d’une majorité de Français, une opinion qui enfle à mesure que le temps passe et que de plus en plus d’artistes et de sportifs se sentent obligés ou se voient contraints de prêcher la bonne parole politique. Et gare à celui qui exprime un doute ou refuse de prendre position, c’est-à-dire, en l’occurrence, de rejoindre la cohorte des castors « républicains » : pour avoir voulu rester neutre, le nageur Léon Marchand s’est vu reprocher sur les réseaux sociaux de « ne pas s’opposer au fascisme » et s’est fait traiter de « sale blanc » et de « nazi ». Je ne me souviens pas avoir entendu M. Cohen apporter son soutien au jeune sportif ou même évoquer ce fait assez symptomatique de l’ambiance actuelle. Ce sera sans doute pour plus tard. Circonspect, l’éditorialiste attend vraisemblablement que l’exactitude des faits de harcèlement contre notre champion de natation soit parfaitement, véritablement et indubitablement établie…
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[1] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mardi-15-septembre-2026-3933191
[2] Pour se remémorer ce grand moment de catharsis antiraciste de pacotille, je renvoie à mon papier du 7 septembre 2020 : https://www.causeur.fr/image-ecrit-valeurs-actuelles-181423
[3] https://www.lesechos.fr/idees-debats/editos-analyses/desormais-les-democrates-doivent-mentir-2251003
[4] https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-edito-politique/l-edito-politique-du-mercredi-23-septembre-2026-7182163
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