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Zohra Bitan au secours du peuple abandonné

"Un peuple abandonné" (éditions Ellipses, 2026)


Zohra Bitan au secours du peuple abandonné
Zohra Bitan, chroniqueuse dans les Grandes Gueules et militante politique française.

Grande gueule de la radio et fière « Française de branche », Zohra Bitan n’a jamais eu la langue dans sa poche. Dans Un peuple abandonné, elle met cette liberté de parole au service de ceux que les élites redécouvrent à chaque élection: les Français ordinaires.


Romain Gary disait qu’il n’avait pas une goutte de sang français, mais que la France coulait dans ses veines. C’est exactement ce que décrit, autrement, le dernier livre de Zohra Bitan, Un peuple abandonné, qui paraît le 29 septembre chez Ellipses.

Il y a des gens qui surlignent ce qu’ils lisent : les formules qui ont pris une idée sauvage au lasso de leur précision, les expressions si claires qu’elles en disent plus que mille images, les informations à ne pas oublier, les aphorismes qu’on aurait voulu inventer. Une fois que je l’ai terminé, Un peuple abandonné était presque uniformément jaune. Le sous-titre, Une déclaration d’amour, de colère et de vérité, cite le trio coupable du bandeau qu’a ajouté l’éditeur : « Le livre que les élites vous déconseillent ».

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Celui qui a illustré ainsi la couverture du livre de Zohra Bitan a devancé l’accueil que la critique ne manquera pas de faire, moins pour l’amour et la colère qu’à cause de la vérité. La vérité est devenue un élément du discours comme un autre, un aléa qu’il faut souvent évacuer tant il se fait politiquement incorrect. « Le parti a toujours raison, c’est la vérité qui a tort », disait feu ma tante Isa, qui a vécu trente ans sous le joug soviétique. Elle n’aurait pas été dépaysée dans la France d’aujourd’hui.

La vérité, envers et contre tous

Ceux qui parlent du peuple dans les universités d’été des partis ne l’ont jamais rencontré. Zohra, si : elle parle de ceux « qui vivent dans ce pays sans jamais être vraiment au centre de ce pays », ceux qui possèdent un « radar social et leur capacité à flairer en trois secondes le faux, le condescendant, le bourgeois humanitaire, le militant de confort, le professionnel du sauvetage à distance ». Le peuple, sait Zohra, « habite le réel quand d’autres habitent le commentaire, la posture, l’abstraction. » Elle se sent proche de « ceux qu’on célèbre dans les discours et qu’on oublie dans les arbitrages. Ceux qu’on infantilise, qu’on moralise, qu’on culpabilise, qu’on caricature, puis qu’on redécouvre soudain, un soir d’élection, comme s’il s’agissait d’un mystère anthropologique. »

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Zohra Bitan parcourt la France pour s’adresser aux « djeun’s » en perdition. Elle leur apporte des mots, des « tiroirs de mots » dans lesquels piocher pour exprimer leur colère, leur désarroi, leurs rêves, autrement que dans des passages à l’acte. « Les mots, c’est une force. Les mots, c’est une arme. Les mots, c’est une clé. Les mots, c’est un passeport. » Les mots sont des outils pour « scier les barreaux de leur tête », qui les emprisonnent dans une identité, dans une victimitude, dans une assignation à absence d’avenir.

Les mots pour scier les barreaux

Son livre n’est pas une liste de plaintes ou un catalogue de yaka faukon, c’est un cri d’amour, c’est le bourdonnement d’un colibri qui arrose, goutte après goutte, le feu dans la maison France. Certains ne voient dans le racisme qu’une invention de l’extrême droite. D’autres ont « transformé des blessures réelles en religion politique, en rente de ressentiment ». Zohra est « de cette génération qui a connu les deux vérités à la fois », qui a conquis « le droit d’exister sans demander ». Elle veut aider les enfants perdus à trouver le chemin de l’émancipation : « les voir réussir, s’élever, … leur ouvrir les portes. »

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C’est une déçue de la gauche, qu’elle a quittée, et de ses apparatchiks, qui ne l’ont pas oubliée : elle voulait ouvrir aux immigrés les portes sur la culture et la civilisation, « eux, ils voulaient aménager le couloir. » Elle est née en France, mais porte l’immigration sur le visage et dans la mémoire. Elle aurait pu suivre la route confortable d’une gentille Beurette de service, acceptant cette « industrie de l’indignation sélective, qui choisit ses causes et ses victimes en fonction de leur rentabilité militante. » Mais cette gauche qui « s’est éteinte de l’intérieur » ne l’intéresse plus. Elle a préféré prendre « l’autoroute vers la lumière », un autre nom, dans sa bouche, pour la République.

Après Le casse du siècle, de Sarah Knafo, il faut lire Un peuple abandonné : il raconte LA casse de la France et donne des pistes de réparation, comme autant de pistes d’envol sur un aéroport.

Un peuple abandonné, Zohra Bitan, éditions Ellipses, 160 pages. Le 29 septembre.

Un peuple abandonné: Une déclaration d'amour, de colère et de vérité

Prix: 16,50 €

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essayiste, conférencière, traductrice, auteur de plus de 30 ouvrages, dont plusieurs sur les conflits du Moyen-Orient

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