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Soyons fiers d’être attachés à nos racines gréco-romaines!

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Et il s’agit bien d’y être attachés: nous n’avons aucun mérite à ce que nos racines soient ce qu’elles sont, mais nous pouvons très légitimement être fiers d’avoir conscience de leur valeur, de la responsabilité qu’entraîne le fait d’en être dépositaires, de les aimer, et de l’élan qui nous entraîne à y puiser, à nous y ressourcer, à nous en inspirer. N’en déplaise à France Inter et à Florence Dupont.


« Préférant la subversion à la version » – pour celle à qui j’emprunte ces termes, c’était un compliment – Florence Dupont, relayée avec une délectation évidente par France Inter, affirme que « rien n’est plus faux que d’admettre l’expression des racines gréco-latines de l’Europe ». Quand un raisonnement conduit à prétendre que la Terre est plate, nul besoin d’être un spécialiste du sujet pour savoir que ce raisonnement est faux. De même pour une « analyse » qui conduit à nier l’évidence du rôle crucial de la Grèce et de Rome dans la construction de la weltanschauung de ce que nous appelons l’Europe. On pourrait donc s’arrêter là. Reste que lorsque certains s’acharnent à vouloir nous déposséder de ce qu’il y a de plus beau et de plus noble dans notre héritage commun, une réflexion de fond s’impose.

La « démonstration » de Florence Dupont a de quoi laisser songeur : en substance, nous dit-elle, nous ne sommes pas la continuation lisse et sans heurts d’une Antiquité gréco-latine monolithique et fantasmée dont les mythes fondateurs seraient à prendre au premier degré, donc nous n’avons pas de racines gréco-latines. Fichtre. Autant dire que puisque l’Empereur du Japon n’est peut-être pas au sens littéral le descendant biologique du petit-fils de la Déesse du Soleil, il n’y a pas de dynastie impériale au Japon, pas de liens culturels entre le Yamato et le Pays du Soleil Levant, et pas de sanctuaire à Ise. Diantre !

Bien sûr, que l’Antiquité n’était pas un bloc simpliste, uniforme et unanime. L’Athènes de Périclès, l’Alexandrie d’Ératosthène, la Rome de Cicéron et celle d’Hadrien ont en commun un foisonnement intellectuel à côté duquel notre époque de politiquement correct et de pseudo-subversion (tous les « subversifs » s’enrôlant en petits soldats des « subversions » à la mode) fait bien pâle figure.

Alors qu’elle se donne pour mission de « déconstruire » l’idée de racines gréco-latines de l’Europe, Florence Dupont affirme les racines gréco-latines de « la philosophie islamique »

Bien sûr, que l’Europe d’aujourd’hui a d’autres racines et d’autres influences qui s’ajoutent à celles gréco-latines : celtes, germaniques, juives, etc, et de multiples rencontres. Être soi n’empêche pas de grandir par le dialogue, apprendre de ses rencontres avec l’autre n’implique nullement que l’on ne soit pas soi.

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Bien sûr, que l’Antiquité n’inspire pas que nous : l’Iranien Sohrawardî était un grand platonicien, il y a au Japon des travaux brillants sur la Grèce (le travail de Kazuo Matsumura sur Amaterasu et Athéna est d’une fulgurance lumineuse), les royaumes gréco-bouddhiques ont irrigué le monde par l’invention mathématique du zéro, etc. Mais aucune autre civilisation, aucune autre aire culturelle, ne doit autant à l’Antiquité gréco-romaine, ni ne s’en revendique autant, ni ne s’en est nourrie autant que nous. On peut débattre de la remarque de Whitehead selon laquelle « toute la philosophie occidentale n’est qu’une note de bas de page aux écrits de Platon », mais on ne peut nier qu’il ne viendrait à l’idée de personne de dire la même chose de la pensée d’autres civilisations, alors qu’il est peut-être simplificateur mais certainement pas absurde de le dire de la nôtre.

Bien sûr, que ce qui nous relie à l’Antiquité n’est pas un long fleuve tranquille, mais une alternance de rivières fécondes, de cascades tourmentées, de ruisseaux boueux, de cours d’eau souterrains, et de résurgences précieuses. Ainsi, alors que l’élargissement de la citoyenneté par l’édit de Caracalla en 212 est une idée logiquement romaine, qu’elle se soit avérée bonne ou mauvaise, on peut estimer que la christianisation de l’Etat fut une véritable trahison de Rome par elle-même, particulièrement la censure puis la fermeture des anciennes écoles philosophiques.

Bien sûr que la « vocation culturelle » de l’Antiquité était universelle : la quête du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien est la grande affaire de la Grèce, continuée en cela par Rome, mais n’a jamais conduit ni les Grecs ni les Romains à nier leur génie propre, ni la distinction entre eux-mêmes et les barbares : il faut lire le remarquable « Pourquoi la Grèce ? » de Jacqueline de Romilly. Qu’un barbare puisse devenir Romain (c’est paradoxalement le sujet même du travail de Florence Dupont sur l’origo et le pèlerinage à Lavinium) suppose un rituel de passage, tout comme un enfant de Rome ne devient un vrai Romain, c’est-à-dire un citoyen, qu’après un autre rituel de passage. Le barbare devenu Romain est transformé par ce rituel, il connaît une forme de « renaissance » comparable à celle d’un initié aux Mystères, et cesse dès lors d’être un barbare. Si l’on veut donner une lecture politique contemporaine de l’Antiquité, Rome, malgré la diversité des cultures présentes dans son empire (toutefois unifiées par des éléments partagés, du moins jusqu’à ce que l’affaiblissement de cette identité commune se conjugue aux invasions pour provoquer l’effondrement), est bien plus une ode à l’assimilation qu’au multiculturalisme.

Bien sûr, enfin, que la connaissance et la compréhension que nous avons eu de nos racines a été pour le moins fluctuante, et l’est d’ailleurs toujours. Personne, jamais, n’aura le dernier mot sur le miracle grec ni sur le génie romain. Socrate, Eschyle, Alexandre, Auguste, Plutarque sont des épiphanies qui dépassent toute prétention à les expliquer par la sociologie des rapports de domination ou les dernières « studies » anachroniques à la mode. Et l’excellent Raphaël Doan a très bien résumé certaines des tensions qui parcourent les études historiques, même sérieuses, tout comme leurs pires dérives.

Mais enfin ! De ces évidences, Florence Dupont prétend tirer des conclusions manifestement plus militantes que rigoureuses, tordant la logique au service d’un évident sous-texte idéologique, d’ailleurs explicitement revendiqué dans son livre « Rome, la ville sans origine. » Peut-être aussi d’une démarche personnelle plus ou moins consciente : je laisse à d’autres le soin de déterminer dans quelle mesure la fille de Pierre Grimal aura consacré sa carrière à « tuer le père », mais je note qu’elle-même avoue « Tout ce que j’ai pu faire se ramène à un besoin de survie, l’activité intellectuelle de déconstruction est pour moi la seule façon de ne pas basculer dans la « folie ».

Sans prétendre apporter une réponse exhaustive aux propos de Florence Dupont rapportés par France Inter, on peut en relever quelques uns.

Ainsi, elle dit que « l’image du Romain, c’est toujours celui qui vient d’ailleurs et non pas celui qui fait partie de. » Non : en réalité, le Romain est celui qui fait partie de, d’où qu’il vienne. Il ne suffit pas de s’implanter à Rome pour être Romain, il faut y accomplir son devoir de citoyen, en respecter les mœurs, participer à ses rites. Florence Dupont aurait-elle oublié que les chrétiens furent à certains moments persécutés pour avoir rejeté certains des rites essentiels qui structuraient l’identité romaine ?

Il est question de « déconstruire » la légende d’Énée… tout en faisant de cette légende un argument central de l’analyse ! Florence Dupont est bien bonne de nous révéler que l’histoire d’Énée n’est probablement pas la description rigoureuse de faits historiques, pas plus d’ailleurs que l’histoire de Romulus et Rémus. Pour un peu, elle nous apprendrait que Tite-Live avait entendu parler des rois étrusques et de Tarquin le Superbe… Venant de quelqu’un qui trouve par ailleurs moyen de dire que « la mythologie grecque chez les poètes romains est un langage vide » (a-t-elle au moins sérieusement réfléchi à ce qu’a écrit Porphyre dans l’Antre des Nymphes ?), cet usage des récits mythiques manque de cohérence : il faut déconstruire la légende et refuser d’y voir un « roman national », mais c’est cette légende qui donnerait la clef du rapport des Romains à leur propre identité (pardon : à l’absence d’identité sensée les définir, puisque « il n’y a pas d’identité latine et Rome n’est pas une identité »).

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Et alors qu’elle se donne pour mission de « déconstruire » l’idée de racines gréco-latines de l’Europe, Florence Dupont affirme les racines gréco-latines de « la philosophie islamique ». Cette expression, si l’on est un minium rigoureux, ne peut désigner que la Falasifa, par laquelle des penseurs comme Al-Kindi ou Al-Farabi ont en effet voulu intégrer dans le monde musulman les outils intellectuels des philosophes antiques. Seulement voilà : l’islam, hélas, a depuis radicalement condamné la Falasifa, et le monde musulman sunnite l’a résolument enterrée. Les œuvres d’Averroès ont été brûlées dès sa mort, alors qu’Al-Ghazali triomphe. Passer ce « détail » sous silence relève de l’escroquerie intellectuelle.

Plus largement, Florence Dupont présente sous un jour positif la « réinterprétation » par d’autres des « lettres latines (et grecques) » mais dans le rapport que nous avons avec ces lettres elle ne voit qu’une « utilisation à des fins idéologiques ». Sachant qu’elle se réfère à Patrick Boucheron, que l’on sait « légèrement » orienté, on notera avec un sourire que, tout en prétendant « déconstruire » les biais idéologiques des autres, elle s’abandonne aux siens propres avec complaisance…

Quant à la question de la continuité entre l’Antiquité et ce que nous appelons aujourd’hui l’Europe, sans nier les évidentes différences, relevons tout de même deux points essentiels.

D’abord, que, du moins jusqu’à ce que la déconstruction se mette à empoisonner les esprits, n’importe quel Européen normalement constitué peut sans beaucoup d’efforts comprendre les arguments de Cicéron, rire des comédies d’Aristophane, ou percevoir le solide bon sens de Plutarque. Tout au plus lui sembleront-ils aussi différents qu’un Italien peut l’être aux yeux d’un Anglais, ou un Strasbourgeois aux yeux d’un Marseillais. Bien sûr, les Anciens avaient une facilité dans leur rapport au sacré que notre modernité a perdue, et une aisance dans leur usage de la raison qui a manqué à la chrétienté, mais même cela ne suffit pas à faire disparaître la familiarité qui nous unit à eux. Bien sûr, nous avons à certaines périodes perdu certains textes et certaines connaissances, mais il y a un souffle né dans la Grèce Antique qui n’a jamais cessé de se transmettre : le refus résolu de l’arbitraire, et la quête (parfois sinueuse, parfois égarée, mais toujours continuée) du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien.

Ensuite, que l’Europe n’a pratiquement jamais cessé de se référer à l’Antiquité, et que ce n’est pas une brusque tabula rasa qui a suivi la mort de Flavius Aetius. Il y a Isidore de Séville travaillant sur Aristote, la volonté permanente dès avant l’an mil d’ancrer la geste arthurienne et plus largement la matière de Bretagne dans des racines gréco-romaines (voir l’Historia Brittonum qui attribue à un certain Brutus, petit-fils d’Enée, la fondation de la Bretagne – c’est-à-dire l’actuelle Angleterre), la matière de Rome est, avec justement la matière de Bretagne et la matière de France, l’une des trois grandes thématiques de la littérature médiévale et des chansons de geste, la renaissance carolingienne se réfère explicitement à Rome, on connaît les figures des Neuf Preux parmi lesquels on trouve Hector de Troie, Alexandre le Grand et Jules César (sans oublier les Neuf Preuses, et dans leurs rangs Penthésilée et Lucrèce côtoient Brigitte de Suède, et plus tard Jeanne d’Arc), et ainsi de suite, jusqu’à la renaissance italienne, la renaissance française, le foisonnement des références à l’Antiquité, à ses mythes et à ses dieux dans la symbolique alchimique, la Vénus de Botticelli, l’École d’Athènes de Raphaël et les statues de Versailles, même la fête de Sainte Démétra là où les Anciens rendaient un culte à Déméter. Antiquité partiellement réinventée, certes, mais toujours revendiquée, simultanément imprégnation inconsciente et volonté européenne permanente d’enracinement dans cette Antiquité.

Enracinement volontaire. C’est bien là l’essentiel. Nous ne pouvons nous prévaloir de nos racines gréco-latines que si nous travaillons activement à les garder vivantes – en cela, les vives réactions aux élucubrations de Florence Dupont et de France Inter, même parfois épidermiques, sont un beau signe d’espérance. Nous sommes les héritiers des libres cités de Grèce et de l’Empire des Césars, si et seulement si nous œuvrons à être à la hauteur.

« Notre cité (….) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture » déclare Isocrate dans son Panégyrique d’Athènes. Et à Lucillius qui s’inquiète de pouvoir aspirer à tendre vers la sagesse alors qu’il n’est pas issu d’une illustre famille (inquiétude qui, au passage, prouve que la question de la lignée n’était pas totalement dénuée d’importance dans la culture romaine), Sénèque écrit « Te voilà chevalier romain, et c’est à force de talent que tu es entré dans cet ordre. (….) Socrate n’était point patricien. Cléanthe louait ses bras pour tirer l’eau dont il arrosait un jardin. La philosophie, en adoptant Platon, ne lui demanda pas ses titres, elle les lui conféra. Pourquoi désespérerais-tu de ressembler à ces grands hommes ? Ils sont tous tes ancêtres, si tu te rends digne d’eux. »

Partager cette culture, non comme une ruine poussiéreuse mais comme une source toujours vive à laquelle puiser. Tenter de se rendre digne des héros et des sages qui fondèrent notre civilisation, et à qui nous devons le meilleur de ce qui nous a été transmis. Savoir qu’en tant qu’héritiers nous n’en sommes pas propriétaires, mais dépositaires. Voilà un chemin bien plus difficile mais aussi bien plus noble que celui de la déconstruction, voilà la seule manière d’être pleinement ce que nous sommes, et d’affirmer dignement l’une des plus belles parts de notre civilisation : nos racines gréco-latines.

Pourquoi la Grèce ?

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Au Louvre, la mort de l’art

La rééducation mentale menée par les woke bénéficie de la complicité de nos plus grands musées. Face aux maîtres anciens, il faut désormais parler féminisme, colonisation et écocide. Preuve au Louvre, avec l’exposition « Les choses. Une histoire de la nature morte », qui se souciait plus d’accuser l’homme de crime contre la nature que de faire honneur aux chefs-d’œuvre qu’elle présentait.


« Les choses : une histoire de la nature morte » : c’est le titre de l’exposition (heureusement) temporaire que le Musée du Louvre propose depuis le 12 octobre à un public enthousiaste à l’idée de retrouver la vie silencieuse des fleurs, fruits, pêche, chasse et objets disposés au fil des siècles par des peintres qui y ont raconté nos croyances, nos goûts, nos habitudes, nos craintes et nos rêves. Le monde évanoui de la nature morte, des vanités de Philippe de Champaigne aux vases de Giorgio Morandi, en passant par la corbeille de fruits du Caravage, le cardon de Sánchez Cotán, le citron pelé de Heda ou la brioche de Chardin, a fait naître des récits de matière et d’âme que nous continuons à écouter du regard. Ces tableaux dont nous sommes absents parlent de nous, mais plus discrètement qu’un portrait ou qu’une peinture d’histoire ne saurait le faire, et, baignés d’une lumière qui ne nous éclaire pas, nous sommes touchés au cœur par la peau des choses.

Ne pas heurter les sensibilités et faire pénitence

C’est justement ce mot – les « choses » – que la commissaire d’exposition Laurence Bertrand Dorléac, historienne de l’art, a désiré substituer à l’appellation « nature morte », jugeant cette dernière « bêtement inventée au XVIIIe siècle », « imbuvable » et « inadaptée à la situation », dans un ouvrage humblement intitulé Pour en finir avec la nature morte (2020) dont l’exposition du Louvre est une forme (heureusement, à nouveau) condensée. Ce curieux tapage sémantique sert une cause admirable : il n’est plus possible, aujourd’hui, de dire de la nature qu’elle est morte et il est temps d’en finir avec une expression si peu ajustée aux nouvelles sensibilités contemporaines. L’écho à l’exposition de 1952, conduite en son temps à l’Orangerie des Tuileries par le conservateur du Louvre Charles Sterling, ne sera donc pas un « remake » (sic) : « Notre projet n’est pas de dresser un panorama de la nature morte, mais de nous intéresser à certains points aveugles ou qui méritent d’être reconsidérés à la lumière de notre sensibilité actuelle. À cet égard, ce seront les artistes contemporains qui nous donneront envie de visiter les temps anciens. » Points aveugles à reconsidérer, sensibilité actuelle, artistes-guides contemporains : le triptyque post-culturel préposé à la rééducation du regard renvoie Charles Sterling et sa magnifique histoire de La Nature morte à une époque qui a « bêtement » cultivé une approche chronologique de la peinture, nourrie d’une profonde connaissance de l’histoire des idées et de leurs représentations. Avec l’exposition « Les choses », une chose est sûre, le public n’est pas convié à une histoire de la nature morte : il est sommé de venir égrener collectivement le chapelet des causes à défendre, de la cause animale à celle des végétaux, en passant par celle des femmes, des colonisés et des perdants du capitalisme.

Hésitant, comme bien d’autres musées, entre la noble tâche de conserver les œuvres des siècles passés et celle, plus contestable, de concerner le public contemporain, le Louvre se plie, avec cette exposition, au cérémonial du mea culpa de la culture occidentale désormais prête à toutes les contorsions pour gagner le purgatoire qui lui est pourtant exclusivement réservé, où elle est priée d’aller se mortifier pour avoir osé croire que ce qu’elle avait peint, écrit, pensé, imaginé par le passé pouvait prétendre à quelque chose, à savoir une certaine représentation du monde.

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Sur le chemin de croix de l’amende honorable, se trouve donc, sans surprise, le laïus sur l’égalité homme-femme dans la peinture de natures mortes, à travers les peintres Louise Moillon (XVIIe siècle) et Anne Vallayer (XVIIIe) dont on apprend qu’elles ont pu « investir librement ce genre délaissé et y prouver leurs très grands talents ». Au pluriel. Laissons de côté l’une des phrases introductives de l’exposition, assez étonnante tout de même, qui précise que « les choses » ont été représentées au fil des siècles « par des hommes, des femmes, peut-être des enfants » (sic), et rappelons-nous ce savoureux passage du Journal d’un génie (1963) de Salvador Dalí où le peintre s’excuse de ne pas pouvoir exhiber d’attendrissants gribouillages enfantins, ayant commencé à dessiner dès son jeune âge à la manière des maîtres de la Renaissance.

La grande morale des « choses »

L’idée étant ici d’appréhender les œuvres classiques à partir de créations plus proches de nous dans le temps, le début de l’exposition fait la part belle aux natures mortes contemporaines, telles que Foodscape de Erró (1964), sorte de paysage apocalyptique de nourriture après éventration d’un hypermarché, Still Life with Dish (2014) de Valérie Belin, amoncellement chaotique d’objets disparates qui font penser à des invendus de brocante, ou encore Europortrait (2002) d’Esther Ferrer, autrement dit portrait d’un homme vomissant des pièces de monnaie en jet continu. La morale – accessible cette fois aux enfants – est que notre société de consommation fait disparaître l’homme derrière la surabondance des objets qu’il ne cesse de convoiter. On se rappelle Sylvie et Jérôme, les deux personnages du roman Les Choses (1965) de Georges Perec : « Ils auront leur divan Chesterfield, leurs fauteuils de cuir naturel souples et racés comme des sièges d’automobiles italiennes, leurs tables rustiques, leurs lutrins, leurs moquettes, leurs tapis de soie, leurs bibliothèques de chêne clair. Ils auront trente ans. Ils auront la vie devant eux. » À force de confondre être et avoir, Sylvie et Jérôme finissent par connaître l’ennui. Leur vie financièrement étriquée leur fait goûter aux largesses des joies simples ; leur aisance les condamne à des existences rétrécies. Apparemment nourrie de cette référence littéraire assez schématique, l’exposition nous renvoie, comme eux, à une condition peu enviable, choses parmi les choses, cernés par l’entassement d’une production devenue incontrôlable, à essayer de donner un sens à nos vies. Et pour les visiteurs qui douteraient de la pertinence de ce petit cours de vanités pour les nuls à proximité des chefs-d’œuvre d’Arcimboldo, Rembrandt, Goya, Manet ou Cézanne, la projection anachronique de cette vision de l’homme sur des œuvres du passé parachève l’ensemble. Il n’est qu’à lire le commentaire de Nature morte aux légumes (1610) de Frans Snyders, dans la partie de l’exposition intitulée, sans aucun sous-entendu, « Accumulation, échange, marché, pillage », pour s’en rendre compte. Le tableau montre un amoncellement de légumes et, dans le coin supérieur droit, au loin, un couple de paysans au travail des champs. Le XVIIe siècle européen a beau avoir été le siècle de l’homme « maître et possesseur de la nature » (Descartes), on pourra se frotter les yeux mais on lira bien : « Le chou, le cardon, le melon ou les carottes forment une montagne de choses qui se déversent sur nous, comme pour annoncer le règne des choses qui prennent le dessus sur l’humain. » Il ne s’agit donc plus de dire que, derrière les magnifiques productions de la nature, il y a le travail nécessaire de l’homme ; mais que l’homme agonise sous une production excessive. Ce n’est bien sûr pas un lamentable contresens, mais un point « reconsidéré à la lumière de notre sensibilité actuelle ».

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Interprétations coupables

Coupable, l’homme occidental l’est de façon hyperbolique devant la nature, et c’est là le deuxième chef d’accusation porté par cette exposition, dont l’objectif n’est pas de nous donner à voir tout un monde de vies silencieuses avec lesquelles dialoguer par le regard, mais de nous chapitrer sur nos manquements à la morale du moment. Les remontrances d’aujourd’hui ne s’adressent plus à l’homme doué de raison, songeur ou mélancolique devant une mort qu’il sait inexorable, telle La Madeleine à la veilleuse de Georges La Tour (1642-1644), mais à l’homme émotionnel, hypersensible, compassionnel, triste de s’être rendu responsable d’un « écocide » sans précédent, mais heureux de pouvoir avouer inlassablement sa faute. Les natures mortes de fleurs coupées, d’animaux sans vie tout juste chassés ou péchés et qui attendent, sur une table de cuisine ou l’étal d’un marchand, d’être finement cuisinés, sont donc les prétextes à un manifeste néo-écologiste qui, loin de chérir le lien qui nous unit aux fleurs, aux fruits ou aux animaux, dresse la nature contre l’homme et, dans un exercice de ventriloquie spectaculaire, lui prête le langage du jugement dernier. C’est ainsi que les célèbres pivoines d’Édouard Manet (1864) exposent tout le « pathétique » de leur « condition de fleur », « déjà condamnée », que Le Bœuf écorché de Rembrandt (1655) « s’abandonne à notre compassion » et nous rappelle « que si on tue une bête on peut tuer un homme, et si la première est morte, le second mourra aussi », et que la Nature morte à la tête de mouton de Goya (1808-1812) est « une représentation frappante, voire inacceptable à notre époque justement sensible à la condition animale ». Dans une langue infantilisante et, disons-le, d’une grande pauvreté sémantique et conceptuelle, l’exposition nous conduit droit aux œuvres d’Andrés Serrano (Tête de vache, 1984) et de Ron Mueck (Still Life, 2009) : sous l’œil accusateur d’une tête de vache et d’un poulet de 2,15 m de haut suspendu par les pattes. L’homme est prié de se tenir tranquille.

Nan Goldin, 1st dey in quarantine, Brooklyn, NY, 2020. Nan Goldin/Marian Goodman Gallery

Arrêtez les confrontations entre le passé et le contemporain

Toute cette gesticulation artistico-morale ne serait rien, au fond, si elle n’était étayée par tout un discours antihumaniste, très dans l’air du temps, qui s’étend de la proposition leitmotiv de « penser comme un arbre », de faire de la mer ou de l’océan le point de départ d’une philosophie de poche, de prendre les prophéties de l’iconique Greta Thunberg (à laquelle la commissaire d’exposition Laurence Bertrand Dorléac consacre un petit ouvrage élogieux, Un ours dans la tête, 2022) comme guide de survie, jusqu’à bâtir des systèmes métaphysiques dits d’« ontologie plate », où le monde est conçu comme le lieu d’égalité formelle et d’égale dignité de toute chose, sans hiérarchie d’aucune sorte entre une table, une brioche, un homme, une pivoine ou un oiseau. Devant ce pitoyable bric-à-brac, que Marcel Gauchet définit dans Le Désenchantement du monde (1985) comme « l’âge de l’idéologie » (c’est-à-dire la quête, dans l’avenir même, d’une contrainte structurante autre que soi), il est temps de revenir à la nature morte, à ce que ce genre pictural nous dit de l’homme et du monde au fil du temps. Pourquoi n’enseigne-t-on pas, dans cette exposition, ce qu’un spectateur du XVIIe siècle comprenait immédiatement devant la représentation d’une guirlande ou d’un bouquet de fleurs ? Pourquoi n’est-il plus intéressant de savoir que le papillon délicatement posé sur un pétale de fleur figure notre âme en suspens ou que l’œillet, symbole de la rédemption, peut côtoyer une châtaigne, dont le fruit, protégé par de puissantes épines, nous renvoie à cette pureté de l’âme que la vie met à dure épreuve ? Pourquoi laisse-t-on le public devant les natures mortes du peintre Sánchez Cotán sans lui indiquer que l’étrange lumière qui éclaire ces légumes sans ombre ne peut être comprise sans référence à la puissance de la mystique dans l’Espagne du XVIe siècle ? Pourquoi n’est-il rien dit de la technique de Rembrandt dont le bœuf écorché, crucifié, illumine d’or et de rubis la sordide cave du boucher, dans un « amas de matière picturale la plus rare qui soit, pâtes crémeuses et grenues » (Charles Sterling).

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Les œuvres du passé n’ont pas vocation à « annoncer » les créations contemporaines, de même que ces dernières n’ont pas à être le fil conducteur de notre confrontation avec les chefs-d’œuvre des temps qui nous ont précédés. Mais pour cela, il faudrait continuer à transmettre des connaissances, celles dont nous avons hérité et dont on semble nous dire qu’elles sont les vraies natures mortes de cette exposition.

Il reste moins d’un mois pour aller au Louvre voir quelques-unes de ces natures mortes. Sans surprise, celle devant laquelle le public, hommes, femmes et enfants cette fois, ne se lasse pas de rester un long moment est Un dessert, de Jan Davidszoon de Heem, œuvre dans la tradition des tables servies, régal des sens, et qui fait partie de la collection permanente du musée. Cruel démenti à toute tentative d’endoctrinement du regard. Continuons donc, collectivement, à appeler ces œuvres des « natures mortes », d’abord parce que la mort déborde le cadre étroit dans lequel on aimerait la contenir, ensuite parce que, pour reprendre la très belle formulation de Charles Sterling, « les mots ne valent que par les associations qui en rayonnent, et il y a sans doute peu de gens aujourd’hui, pour qui le mot de nature morte évoque le contraire de la vie ».

Jean Dutourd au purgatoire

La réédition du monumental roman Les Horreurs de l’amour, par Le Dilettante, nous amène à faire un constat simple. Il est temps de considérer Jean Dutourd (1920-2011) pour ce qu’il est: un des plus grands écrivains du XXe siècle.


On nomme purgatoire, dans l’histoire littéraire, cette période où l’écrivain, à peine mort, tombe dans un trou noir de la postérité. Ce n’est pas forcément très grave, le purgatoire, c’est même un moyen comme un autre d’oublier des auteurs dispensables qui ont encombré le paysage de leur vivant. Certains ont occupé le devant de la scène en laissant dans l’obscurité les génies qui ont comme seule consolation de croire à leur génie. Prenez Stendhal, qui répond à Balzac, un des rares lecteurs de sa Chartreuse de Parme, en 1840 : « Je mets un billet de loterie dont le gros lot se résume à ceci : être lu en 1935. » C’était plutôt bien vu.

Le Dilettante, courageux éditeur

Jean Dutourd, qui est mort en 2011, était un stendhalien. Il reçoit d’ailleurs le prix Stendhal pour son premier livre paru en 1946, Le Complexe de César, qui est, ça tombe bien, un manuel d’égotisme, c’est-à-dire le contraire du nombrilisme. Dutourd fait le tour de lui-même et de son époque en préférant la thématique au chronologique : « De la lecture », « De la paresse », « De la conversation », « De la politique », « De l’amour »…

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Jean Dutourd n’a pas éprouvé le besoin de « mettre un billet de loterie ». Il a peut-être eu tort. Certes, il est bien oublié aujourd’hui. Son époque qu’il s’était fait une profession de détester l’avait pourtant gâté. Il a été un écrivain à la mode, il a même sans doute été un des premiers écrivains médiatiques. Les plus de 50 ans, aujourd’hui, qui s’intéressent un peu à la chose écrite n’ont pas échappé à Dutourd. Ses romans se vendaient bien, il écrivait un billet quotidien dans France-Soir, il était un invité régulier d’« Apostrophes », il a recueilli les lauriers de quelques grands prix et… il a été un pensionnaire régulier des « Grosses Têtes », époque Bouvard. Il y a apporté son inimitable ironie, sa science de la distance amusée et, au milieu des plaisanteries de corps de garde, l’aura de l’Académie française.

Malgré tout, Dutourd est bien au purgatoire. Cela n’empêche pas quelques éditeurs kamikazes de refuser cet oubli et de nous signifier de la plus belle des manières que Dutourd est l’auteur de chefs-d’œuvre. Le Dilettante de Dominique Gaultier vient ainsi de rééditer Les Horreurs de l’amour, un roman de 1963. Il faut un certain courage pour publier sur 550 pages, imprimées petit et joliment illustrées par des dessins de Philippe Dumas, un roman capital mais que plus personne ne lit. Je ne disposais, pour ma part, que de l’édition Folio en deux volumes datant de 1980 et que j’avais d’ailleurs trouvée chez un bouquiniste – le bouquiniste étant l’asile politique, le dernier sanctuaire des écrivains oubliés. Que cet exploit courageux du Dilettante soit souligné. Le Dilettante est le spécialiste des opérations commandos dans le purgatoire. Il en a exfiltré, par exemple, Henri Calet, Raymond Guérin, Georges Hyvernaud, Gabriel Chevallier, Eugène Dabit ou Jean-Pierre Martinet, et encore, je ne cite que mes préférés.

De Dutourd, le Dilettante avait déjà réédité Les Dupes, un recueil de trois nouvelles parues en 1959. C’était un bon choix, un jeu borgésien avec les dangers de la littérature et de la philosophie pour les esprits faibles. Tout Dutourd y est déjà : il décrit les mésaventures d’un jeune homme sartrien qui entretient avec son maître les mêmes liens que Candide avec Pangloss, il invente un philosophe allemand utopiste et fait dialoguer un athée buté avec le Diable. Tout Dutourd y est parce que ce réactionnaire sensible voit les dangers des croyances aveugles et moutonnières dans nos sociétés, et montre à quel point elles peuvent rendre idiot ou malheureux, ce qui va souvent de pair. Évidemment, dans Les Horreurs de l’amour, le titre dit assez l’antiromantisme de l’auteur, le refus de voir dans l’amour-passion autre chose qu’une aliénation.

Inutile de dire que ce discours est difficilement audible aujourd’hui où on ne jure que par son adorable moi, où le naturel est une vertu, l’épanchement sirupeux une marque de sincérité et le développement personnel un horizon indépassable du destin. Dutourd aurait bien ri. Ou plutôt souri. C’est toute sa différence avec le réactionnaire contemporain : un scepticisme bienveillant qui peut avoir la dent dure, mais n’éructe pas.

Un gaullisme de vitrail

Pour comprendre Dutourd, il faut peut-être se rappeler qu’il a une boussole politique : le gaullisme. Mais un gaullisme de vitrail, celui qu’il a rencontré à Londres dans la Résistance et les combats de la libération de Paris. Et le gaullisme, finalement, n’est pas si réactionnaire que ça. C’est d’abord une manière de dire non. Non à des forces qui écrasent et des discours qui dominent sans partage. Quand on se souvient de Dutourd, ce sont souvent de ses pamphlets publiés dans les années 1980 contre la Mitterrandie. Ces textes de circonstances ne sont pas les meilleurs, on a l’impression qu’il est vexé, comme toute la droite à l’époque. Or il vaut mieux que ça, infiniment mieux, et il retrouve ses marques gaulliennes en 1994 dans un admirable petit livre, Le Vieil Homme et la France.

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Parce que ce qui compte, pour Dutourd, c’est la France avant tout. Pas tant par nationalisme, mais parce que ce pays mousquetaire, en bon gaulliste, il le voit comme une donnée spirituelle de l’histoire, un pays qui sait toujours, dans les moments critiques, où est l’honneur et l’indépendance. Et ce n’est pas forcément l’apanage de la droite. On se rappelle par exemple que Les Taxis de la Marne – où Dutourd, né en 1920, raconte la guerre de son père et sa propre entrée en résistance après s’être évadé en entendant l’appel du 18 juin dans un bordel – est dédié à Louis Rossel, un des rares officiers de carrière à estimer en 1871 que la légitimité de la France n’est pas dans l’abaissement versaillais de Thiers, mais du côté des communards. Il faudrait aussi s’intéresser, pour comprendre cet amour de la France, à ce très étrange roman uchronique, Mascareigne ou le Schéma. Mascareigne est un obscur secrétaire d’État qui parvient à s’emparer du pouvoir. Il transforme la France en URSF, Union des républiques socialistes françaises. Il en fait une nation belliqueuse, fière d’elle-même, qui annexe tous les pays francophones. Il restaure un véritable empire mais à la fin, il est assassiné comme César, dans un couloir de l’Assemblée, par… des députés centristes.

Un roman d’amour qui montre que l’amour n’existe pas

Cette liberté est manifeste dans son œuvre prolifique qui aborde tous les genres avec un même amusement, celui du raconteur d’histoires et du brillant causeur. On se souvient bien entendu d’Au bon beurre, son grand succès, sur une famille de crémiers qui fait fortune dans le marché noir. Mais on oublie à chaque fois ce monument que sont Les Horreurs de l’amour. C’est un roman d’amour qui montre que l’amour n’existe pas. Comme Stendhal, encore, Dutourd s’est inspiré d’un fait divers pour raconter les amours tragiques d’un député de la IVe République, Roberti. Il est amoureux de sa secrétaire, Solange, qui le quitte pour se marier. Valentin, le frère de Solange, qui n’est pas au courant de ce mariage, vient demander des comptes à Roberti. Il tombe sur la femme du député et lui dit tout. Roberti se venge et tue Valentin. Drame de l’adultère bourgeois : ça tient sur un ticket de métro.

Mais Dutourd invente une forme unique. Tout le roman est une conversation entre deux personnages, Moi et Lui. Moi, c’est l’écrivain sans imagination, Lui, c’est l’ami qui a de belles histoires, mais est incapable d’écrire. C’est Lui qui raconte. Cela donne un dialogue incessant, peuplé de digressions sur l’amour, bien sûr, mais aussi sur l’art, la littérature, la vieillesse, l’époque, la politique. 550 pages pour une longue promenade dans Paris, du Jardin des plantes au bois de Boulogne, par une lumineuse journée de juin.

Les Horreurs de l’amour est contemporain de Belle du seigneur, autre pavé impressionnant. Dutourd montre les ravages de la passion quand Albert Cohen en montre la fécondité sensuelle. Point commun : dans les deux cas, la passion est une impasse, elle dégénère dans l’ennui chez Cohen, dans le fait divers chez Dutourd. Son humour n’y change rien : à la fin, il reste un goût de cendre. Mais aussi et surtout la foi dans le roman car la parution de son livre est une surprise pour la critique qui fait face à un impérialisme du Nouveau Roman, dont se moque d’ailleurs Les Horreurs de l’amour, qui célèbre au passage le génie de Balzac ou d’Aragon, là où le Nouveau Roman installe un maniérisme du soupçon sur un genre jugé bourgeois et sclérosé dans le psychologisme.

Ce bonheur de redonner au roman sa puissance fondatrice, sa vocation à recréer le monde jusque dans ses moindres détails, il est visible à chaque page des Horreurs de l’amour. Il est temps, donc, que Dutourd sorte du purgatoire et apparaisse pour ce qu’il est : un formidable refondateur du genre romanesque par l’art de la conversation, par la désinvolture heureuse et, en un mot, par la joie.

Cette joie unique qu’il nous donne à le lire.

Jean Dutourd, Les Horreurs de l’amour (dessins de Philippe Dumas, postface de Max Berger), éd. Le Dilettante, 546 p., 2022.

Les Horreurs de l'amour

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Comme un fauteuil Voltaire dans une bibliothèque en ruine

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Jeremy Clarkson: la nouvelle victime des Sussex

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Au royaume de Charles III, une grande figure médiatique est menacée par la cancel culture.


Il s’agit de Jeremy Clarkson, longtemps animateur vedette machiste de l’émission pour amateurs de voitures, « Top Gear », adaptée par d’autres pays dont la France.

Viré par la BBC en 2015 pour avoir frappé un producteur, il a retrouvé son statut de star grâce à Amazon Prime Video. Connu depuis longtemps pour ses dérapages, il est allé très loin dans une de ses chroniques pour le tabloïd The Sun. Le 16 décembre, il exprime non sans humour sa détestation viscérale de Meghan Markle et affirme qu’il rêve de la voir promenée nue dans toutes les villes du pays et bombardée d’excréments par des foules en colère. Après le dépôt de 21 000 plaintes auprès du régulateur officiel de la presse, dont celle des duc et duchesse de Sussex, puis une prise de distance par le Premier ministre (interrogé par la presse, il a commenté: « Les mots sont importants »), Clarkson a présenté ses excuses dans une lettre adressée personnellement au prince Harry. Mais les Sussex ont fait savoir que ses excuses étaient insuffisantes. Amazon Prime a donc annoncé une probable suspension de ses contrats avec Clarkson, dès la fin de la diffusion de la troisième saison de la série de téléréalité « Clarkson’s Farm » et de la saison actuelle de « The Grand Tour », une sorte de « Top Gear »survitaminée.

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La sensibilité à fleur de peau du couple princier peut surprendre, alors que le duc de Sussex vient de publier une autobiographie dans laquelle il accable sa propre famille, mais le duo ne supporte ni la critique ni la contradiction et peut compter sur une meute de néoféministes et d’antiracistes pour vilipender ses adversaires.

En 2021, un autre animateur vedette, Piers Morgan, s’est vu contraint de démissionner de son journal matinal après avoir mis en doute la sincérité de Meghan Markle lorsqu’elle avait évoqué ses problèmes de santé mentale au cours du célèbre entretien avec Oprah Winfrey. Qui sera la prochaine victime de la vindicte des Sussex ?

Statues catholiques déboulonnées: pourquoi tant de haine?

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Un rassemblement se tient aujourd’hui à La Flotte-en-Ré (17), en opposition au démontage demandé par les juges d’une statue de la Vierge Marie.


À bien des égards, la période que traverse la France est douloureuse. Confronté à une succession de crises intérieures et extérieures, désormais presque résigné à renoncer à son ancien statut de « grande puissance », notre pays est, par-dessus le marché, progressivement dépossédé d’une identité dans laquelle il pourrait, pourtant, puiser toute la force vitale nécessaire à sa renaissance. 

À La-Flotte-en-Ré, une statue qui ne dérangeait personne

En témoigne la décision que vient de rendre la cour d’appel administrative de Bordeaux, vendredi 13 janvier : mobilisés par une section locale de La Libre Pensée, les juges bordelais ont intimé l’ordre à une mairie charentaise de retirer une statue de la Vierge-Marie. Plus précisément, c’est la mairie de La-Flotte-en-Ré qui a reçu, manu militari, l’injonction de “procéder à l’enlèvement [de la statue] dans un délai de six mois”. 

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Cette dernière, installée sur un carrefour de la commune depuis 1983, n’avait jusque-là jamais posé de problème à personne. Hélas ! Au printemps 2020, elle avait été sérieusement endommagée lors d’un accident de voiture. La municipalité avait alors décidé de la faire reconstruire à l’identique, puis de la réinstaller au même emplacement. Il n’en fallait pas plus pour que les militants de La Libre Pensée, inquiétés par cette intolérable entorse à la loi de 1905, saisissent la justice avec le succès que l’on sait. 

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

L’histoire toute particulière de cette statue de la Vierge-Marie n’a sans doute pas aidé, disons-le, à amadouer la justice. L’œuvre avait été commandée par une famille locale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, soulagée de voir revenir sains et saufs un père et son fils. Cette intime relation entre la dévotion catholique et l’amour de la France ne pouvait que déplaire ! Souvenons-nous de la lecture, par Emmanuel Macron en 2019, d’une lettre qu’Henri Fertet écrivit à ses parents à la veille de son exécution, en 1943. Le président de la République avait pris le soin de faire retirer les nombreux passages dans lequel le jeune résistant mentionnait très explicitement sa foi. 

Le sort de la statue de La Flotte-en-Ré n’a donc jamais fait le moindre doute : victorieuse sans péril, La Libre Pensée peut triompher sans gloire. Ce n’est pas une première. Il y a bientôt un an aux Sables-d’Olonne, sa section vendéenne avait obtenu de la justice qu’elle ordonne le déboulonnement d’une statue de Saint-Michel. Cette dernière, il est vrai, est fort indument installée devant le parvis de l’église Saint-Michel, elle-même sise au cœur… du quartier Saint-Michel. En 2018, c’est une croix figurant sur une statue de Saint Jean-Paul II dont l’association avait triomphé. 

Des laïques pas inquiétés par le séparatisme islamique

Curieusement, les zélés laïcards de La Libre Pensée semblent avoir fait du catholicisme leur cible exclusive. En tout cas, ils se montrent beaucoup moins regardants lorsqu’il s’agit de l’islam. Par le passé, l’association s’est, par exemple, illustrée en défendant mordicus le maintien de plats sans porc dans les cantines. À l’inverse, elle s’est toujours farouchement opposée à l’ex-loi contre le séparatisme islamiste, ou à toute tentative politique de faire interdire les vêtements islamiques. Allez comprendre… 

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On pourrait s’arrêter à ces tristes constats, et tout au plus s’en lamenter quelques jours sur les plateaux de télévision. Ce n’est pas l’ADN de Reconquête ! : lors de la campagne présidentielle, Éric Zemmour s’était rendu aux Sables-d’Olonne pour manifester son soutien à Yannick Moreau, maire courageux qui, face aux injonctions de La Libre Pensée et grâce au soutien massif de sa population, n’a jamais cédé le moindre centimètre de terrain. 

À leurs exemples, la Génération Z se rend à La-Flotte-en-Ré ce 28 janvier. Elle y portera ce message : il n’appartient pas aux juges et à une poignée de militants vindicatifs de faire effacer les traces de l’histoire de France, si intimement liée à celle du catholicisme. Elle dira également ceci : les statues, les églises et les crèches ne sont pas que l’expression d’un patrimoine désincarné, tout juste bon à remplir les musées. Elles ne sont pas non plus les vestiges d’une civilisation décédée ; elles sont enfin mieux que de simples racines : elles sont l’âme bien vivante, quoiqu’affaiblie, de notre pays. Elles sont la démonstration que tout ce qui est français est, au fond, chrétien – que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas. 

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la haine que portent à ces statues les membres de La Libre Pensée. Mais que ces derniers en soient assurés : quoiqu’il arrive, ils nous trouveront toujours sur leur chemin.

Le français, chef-d’œuvre en péril

Dans Malaise dans la langue française, dirigé par notre ami Sami Biasoni, 12 intellectuels nous alertent sur les menaces qui pèsent sur notre langue. Parmi eux, l’écrivain Boualem Sansal dont nous publions ici de larges extraits de la contribution.


Des temps fastes

« Glücklich wie Gott in Frankreich  », aimaient à dire les Allemands, avec une pointe de jalousie bien teutonne, c’est-à-dire franche et tenace. Ils n’étaient pas les seuls à envier ces Français qui avaient cette chance inouïe d’être Français vivant en France et qui, comble de l’ingratitude, trouvaient à se plaindre de la princesse, mais peut-être voulaient-ils seulement montrer que le bonheur n’est pas que dans l’abondance et la frivolité, il est aussi dans la critique et la dissidence. Dans le monde, jusqu’en ses terres les plus lointaines, on rêvait en toute occasion de cet Éden laïc et chahuteur où tout finit par des chansons, avec l’idée de le visiter un jour, d’y étudier, de s’y installer pourquoi pas, et d’apprendre en théorie et en pratique la recette des amours légères et des plaisirs fins, sans oublier les mille et une jouissives façons de râler à propos de tout et rien.

En ces temps bénis, tout allait de l’avant, l’économie, la culture, la science, l’expansion coloniale, la démographie, et le social aussi malgré tout. Il n’y avait que la religion qui stagnait mais qui s’en plaignait, personne, pas même ses prélats qui avaient trouvé dans la laïcité une porte de sortie pour aller faire leurs petites affaires sans trop se cacher. Lors des Trente Glorieuses, comme pressée par de nouveaux dieux, la France a réussi d’un seul bond en avant à sortir de ses campagnes bucoliques où il faisait bon somnoler après le fromage et le pousse-café pour investir les villes et s’inventer une modernité à l’américaine, tout en Plexiglas et néon mais avec son inimitable french touch. C’était le bon temps, on mangeait à sa faim, on s’amusait comme des fous, on était fiers de son pays, de son histoire, de soi, de ses enfants et de l’avenir on n’attendait que du bon. On s’accommodait plutôt bien de l’étranger, on ne lui demandait que de s’exprimer dans la langue de Molière, de bien cirer ses godasses et de se montrer reconnaissant.

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Et vint le général de Gaulle, qui sera à la France ce que les pyramides ont été à l’Égypte. Quel panache, en un mot, lâché du haut de ses deux mètres sous képi, il lui redonna ce que la République indélicate lui avait arraché, la majesté royale.

à l’indifférent suicide

Sept présidents plus tard, que reste-t-il de cela ? Rien, des choses et des trucs inconsistants. La pauvreté et la petitesse vont leur train, étendant leurs tentacules dans le pays et parsemant l’arrière-pays de méchants fibromes. Les gens font peine à voir, ils sont inquiets, nerveux, groggy, personne ne voit par quel maléfice leur France éternelle en est arrivée là. Ils répètent des mots sans suite : euro, Bruxelles, immigration, racisme, l’islam et ses variants salafiste et frériste, terrorisme, insécurité, banlieues en feu, mondialisation qui égalise par le bas, la droite et ses vieux démons, la gauche et ses nouvelles lubies. […]

Les Français ne sont pas les seuls à voir que la France décline et se meurt. Le monde entier s’étonne de voir ce grand pays qui l’a tant fasciné se suicider aussi bêtement. On ne s’étonne que parce qu’on ne sait pas. Moi je m’étonne de les voir s’étonner, comment ne la voient-ils pas, la cause première qui explique tout, elle est là, sous leurs yeux. […] Si la France va mal, elle ne le doit qu’à elle-même, personne ne l’a poussée au suicide, elle a sapé ce qui était le pilier porteur de sa personnalité, de sa culture, de son histoire, qui l’a fait briller dans le monde des siècles durant, que chacun dans ce vaste monde rêvait de pouvoir apprendre un jour pour dire son amour à la vie, à sa femme, à son pays, à lui-même, j’ai nommé le français, cette langue royale qu’on peut tout à fait croire qu’elle a été inventée par les dieux, par Apollon le musagète peut-être qui avait tant de cordes à son arc et savait si bien le bander. Au commencement était le Verbe, tout le reste est contingent, l’avez-vous oublié, hommes de peu de foi ?

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[…] Le pire est venu lorsque les Français, poussés par je ne sais quelle prétention, sont tombés sur la tête et se sont mis à brader leur trésor royal. Il y eut des appels à la mesure, au respect, rien n’y a fait, la folie ne se guérit pas avec des appels à la raison. Les Français, qui déjà ne l’étaient plus trop, se sont persuadés que leur langue était responsable de tout, du chômage, des inégalités, des injustices, du racisme, du machisme, de la misogynie, du sexisme et de l’homophobie ambiants. Ils l’ont charcutée, tordue, édulcorée, bref, dégradée à ce point qu’elle empoisonne la bouche qui la prononce et brûle le regard qui la lit. À force de masturbation mondaine, ils en vinrent à croire qu’en changeant la langue et ses déclinaisons, ils changeraient la société et la guériraient de ses maux. En mettant des points à la queue des mots, et pas seulement au bout de phrases selon la tradition, ils les neutralisent, les émasculent, les excisent, et font de leur discours un délire orwellien qui parle d’un monde faux, construit sur une histoire qui se réécrit selon les lois de l’offre et de la demande, entendre par là les diktats des uns versus les lâchetés des autres. Cachez ce genre que je ne saurais voir, disent-ils.elles. Et voilà le résultat, la langue est morte mais les maux sont toujours là, plus virulents.

Le coup de grâce arrivera avec la génération montante qui aux points épicènes ajoutera des virgules d’importation, des points doubles et tous ces signes très virils qui vocalisent la belle langue arabe, rabaissée au ras du wesh-wesh. Il n’y a pas que le genre dans la vie, d’autres sacrifient à la race, à la religion, aux mangas, ils voudront eux aussi forniquer en toute légalité avec la langue et lui faire des petits déclarés à l’état civil, à la mosquée ou au Web. Ces envies, ces caprices, ces jeux de vilains coûteront cher à la France. Déjà on n’entend plus personne au monde dire « Glücklich wie Gott in Frankreich », ni en allemand ni dans aucune autre langue. Une fois accompli, le crime est indépassable. […]

Sami Biasoni (dir.), Malaise dans la langue française, éditions du Cerf, 258 p., 2022, 20€.

Le mystère de la baisse du chômage

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Emmanuel Macron avance que la France serait en situation de quasi plein emploi pour justifier sa politique économique. La publication des chiffres du chômage ne fait plus l’objet de commentaires dans la classe politico-médiatique comme autrefois. Philippe Murer dénonce une vaste fumisterie.


Toue la politique de Macron, y compris la retraite à 64 ans, est justifiée par le fait que le chômage baisse et que « nous arrivons presque au plein emploi ». Puisque nous sommes presqu’au « plein emploi », baisser le niveau des allocations chômage pour les précaires, diminuer de 25% la durée de l’allocation chômage, baisser à six mois le taux plein d’allocation chômage pour les cadres est d’ailleurs tout aussi normal que de demander aux Français de travailler deux ans de plus.

La question qui se pose face à un président très malin est: ce « quasi plein emploi » qui justifie toute sa politique est-il réel ?

Première astuce de Macron: utiliser le taux de chômage selon l’Insee et non selon Pole Emploi

Quand on parle de l’Insee, tout de suite ça fait sérieux, fiable, indubitable. Le taux de chômage selon l’Insee affiche 7,3%, quasiment le plus bas depuis 40 ans : nous serions donc au quasi plein emploi.

Le problème est que ce chiffre de l’Insee n’est pas une statistique, c’est un chiffre issu d’un sondage et comme tout journaliste le sait, le chiffre que vous obtenez dépend des questions posées dans le sondage. Ainsi, ce taux de chômage de 7,3% s’accompagne d’un chiffre étonnant de 2,2 millions de chômeurs. Il y aurait donc 2.2 millions de chômeurs selon l’Insee contre environ 3 millions d’inscrits en catégorie A à Pôle Emploi et 6 millions d’inscrits en toute catégorie ? En fait, 4 millions de personnes vont s’actualiser tous les mois à Pole Emploi mais ce ne sont pas des chômeurs ! Cette petite entourloupe pourrait s’appeler : comment prendre 4 millions de Français et les autres pour des idiots.

A lire ensuite, Céline Pina: De quoi le rejet de la réforme des retraites est le nom

D’ailleurs, en pleine panique du Covid, en juin 2020, aucun porte-parole du gouvernement n’a triomphalement annoncé que le taux de chômage selon l’Insee était au plus bas depuis 40 ans. Et pourtant c’était la réalité… de ce chiffre. Normal, cela nous aurait tous mis la puce à l’oreille. Comment le taux de chômage aurait-il pu passer de 8,1% à 7,1% en six mois pendant que le PIB chutait de façon violente, que les entreprises étaient fermées et les Français étaient confinés !

Ce chiffre correspond de façon de plus en plus lointaine à la réalité. Le chiffre en dur de Pôle Emploi, avec des vrais gens qui s’actualisent et donnent leur carte d’identité, montre que l’écart entre les chômeurs selon l’Insee et Pole Emploi est passé de 1,4 millions à 3,5 millions de personnes.

La deuxième astuce du gouvernement est de disperser les chiffres du chômage de Pôle Emploi en cinq catégories afin que plus personne n’y comprenne plus rien

Il y a les chômeurs en catégorie A dont parlent la télévision et le gouvernement, environ 3 millions, et il y a les autres ; ceux qui travaillent quelques heures par semaine mais qui cherchent un emploi à temps plein, ceux qui sont au chômage mais en stage de formation et ceux qui sont dispensés de rechercher un emploi pour une raison ou une autre.

Cette dispersion des chômeurs permet d’afficher un nombre de chômeurs en catégorie A de 3 millions soit un chiffre équivalent à 1995. Quel triomphe pour Macron ! Bizarrement le nombre de chômeurs en catégorie ABCD a augmenté de 2 millions entre 1995 et 2022. Et si l’on rajoute les 2 millions d’allocataires du RSA qui souvent ne sont pas inscrits à Pôle Emploi (ils n’ont pas d’allocations chômage), on arrive à un chiffre de 8 millions de chômeurs correspondant à un taux de chômage d’environ 25%. Ce n’est plus tout à fait le « quasi plein emploi ».

Troisième technique de Macron

En juin 2017, le nombre d’apprentis était d’environ 400 000, il est aujourd’hui de 800 000. C’est normal puisque c’est quasiment gratuit pour les entreprises, l’État payant un an de salaire des apprentis en entreprise. Les chefs d’entreprise profitent à raison de cette main d’œuvre gratuite. Et ça fait 400 000 chômeurs en moins et 400 000 personnes au travail en plus. Souriez, c’est vous qui payez avec vos impôts.

En juin 2017, il y avait environ un million d’auto-entrepreneurs. Les auto-entreprises se créent au rythme de 600 000 par an. On peut évaluer le stock d’auto-entrepreneurs actifs à 2,5 millions. La majeure partie d’entre eux est payée un demi-Smic pour son travail selon l’Insee alors qu’il s’agit de leur unique ressource.

Entre apprentis et auto-entrepreneurs, Macron est arrivé à cacher sous le tapis près de deux millions de chômeurs.

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Il n’y a d’ailleurs pas qu’en France que les chiffres de l’emploi semblent maquillés. Aux États-Unis, les économistes de Wall Street s’arrachent les cheveux. Tous les mois depuis début 2022, l’annonce des chiffres de l’emploi donne deux chiffres très discordants. Ainsi, un chiffre annonçait pour les trois mois du deuxième trimestre 2022 300 000 destructions d’emplois quand l’autre, le chiffre médiatisé, annonçait un million de créations d’emplois et ceci quelques semaines avant l’élection de mi-mandat. La banque centrale de Philadelphie a refait les calculs et annoncé que l’administration Biden avait sans doute surestimé le chiffre de création d’emplois d’un million au deuxième trimestre [1].

L’étrange augmentation de l’emploi quand le PIB stagne

Les chiffres de l’emploi salarié de l’Insee disent que le nombre d’emplois salariés est passé entre fin 2019 et le troisième trimestre 2022 de 25,8 millions à 26,7 millions. Dans le même temps, le PIB n’a quasiment pas augmenté. Cela signifie qu’il faut presque 4% de main d’œuvre en plus pour produire la même chose. Bien sûr, une partie de l’explication réside dans les bidouillages préalablement exposés. Mais il y a une autre explication : la France comme d’autres pays occidentaux subit probablement une baisse de productivité, un des principaux moteurs de la prospérité.

C’est la micro-économie qui nous explique ce mystère. Il suffit de parler avec des salariés et des directeurs dans les moyennes et grandes entreprises. La financiarisation des entreprises, dit plus simplement le fait que nombre d’entreprises sont transformées en machines à fric par les actionnaires secondés par des PDG payés en options sur action, rend les entreprises occidentales malades de leur management. Les meilleurs partent ou sont virés car préoccupés par le client ou le produit et non par les objectifs purement financiers, la perte de sens touche toute l’organisation et la démotivation globale guette.

Si ces hausses d’emplois sans hausse de la richesse créée sont une bonne chose pour ceux qui sont embauchés, c’est pourtant un moteur clé de la prospérité qui semble s’éteindre.

L’étrange pénurie d’emplois

Il suffit d’ouvrir une radio pour entendre l’antienne : nous n’arrivons pas à recruter, il y a une pénurie d’emplois (voire l’insulte « les Français deviennent fainéants »). Je pose la question suivante à ces experts de l’économie de marché, donc de la loi de l’offre et de la demande : connaissez-vous une chose en économie de marché dont la pénurie entraîne une baisse des prix ? Visiblement oui, puisque vous parlez de pénurie de salariés avec « en même temps » une baisse des salaires (les salaires ajustés de l’inflation ont baissé d’environ 4% en France cette année). Miracle, nous venons donc de prouver que la loi de l’offre et de la demande ne fonctionne pas quand il s’agit des salaires et du fameux « marché du travail ».

La réponse réside sans doute dans l’interview vidéo de septembre 2020 du très sérieux économiste Oliver Passet, de l’Institut économique Xerfi : « Les grosses ficelles de la maîtrise du chômage. Tous ces dispositifs ne permettront pas de camoufler intégralement la vague de licenciements qui se profile… À défaut d’agir sur le réel, les économistes sont devenus des maîtres dans l’art de la déconnexion. »


[1] New-York Post: “Biden administration overstated Q2 job growth by 1 million: Philadelphia Fed« 

Guerre russo-ukrainienne: le char seul ne gagne pas la guerre

Les Ukrainiens s’équipent de chars Leopard de fabrication allemande, technologiquement supérieurs aux tanks russes qu’ils vont rencontrer sur le champ de bataille. Mais dans l’orchestre militaire le char ne joue pas tout seul.


Depuis quelques semaines, la couverture médiatique de la guerre en Ukraine met le char au centre de l’attention. Engin prioritaire dans la liste de courses et la communication ukrainiennes, place d’ailleurs que le char a ravie à la fin de l’année précédente aux systèmes sols airs Patriot et autres, il fait que le débat public s’est focalisé sur l’objet « MBT » (main battle tank ; char de combat) comme s’il s’agissait d’une voiture ou d’une moto.

Performances, modèles, prix, les éléments mis en avant n’ont pas permis d’aborder la seule question qui compte : quelle influence pourraient avoir les chars occidentaux (américains, allemands et français) sur les champs de batailles ukrainiens et plus encore sur l’évolution de la guerre ?

Il est intéressant d’apporter à ce débat quelques contributions du côté russe, notamment celle de Ruslan Pukhov. Pukhov a eu droit à son quart d’heure de gloire en octobre dernier quand, lors d’une interview en direct sur la chaine RBK TV, il a dit que « les munitions de rôdeurs russes [les drones, ndlr] utilisées par la Russie sont d’origine iranienne », ajoutant que « nous savons tous qu’elles sont iraniennes, mais les autorités ne le reconnaissent pas ». Directeur du Centre d’analyse des stratégies et des technologies (CAST) basé à Moscou, membre du Conseil public du ministère russe de la Défense, ancien DG de l’Union des armuriers russes qui représente les fabricants russes d’armes légères, Pukhov n’est pas un dissident et jouit à la fois d’une légitimité et d’une certaine liberté de parole, privilège de ceux dont la fidélité au pouvoir n’est pas en question, à condition, bien sûr, de ne pas exagérer. Ce qu’il écrit est donc important pour ceux qui souhaitent comprendre le point de vue russe.

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Dans une interview accordée au quotidien Moskovski Komsomolets, Pukhov affirme que la livraison de chars Abrams à l’Ukraine pourrait aggraver sérieusement la situation des forces russes. Selon lui, même les variantes d’exportation (Abrams est un nom de famille) du char américain sont nettement meilleures que les chars russes en service ou en production de série (c’est-à-dire en dehors du T-90M, qui n’est pas en production en série). Les chars russes déployés en Ukraine, continue Pukhov, utilisent des munitions de l’ère soviétique, suffisantes, à courte distance, contre les chars T-64, T-72 et T-80 [au service de l’armée ukrainienne], mais le problème est que les chars des pays de l’OTAN pourraient les atteindre à distance et les mettre en grande difficulté. Il ajoute que la Russie manque d’un ATGM (anti-tank guided missile) de 3ème génération comme le Javelin américain au service de l’armée ukrainienne. Les forces russes n’ont pas assez des Kornet, l’ATGM russe le plus moderne, et doivent se débrouiller avec des systèmes anciens comme le Konkur et le Fagot, de qualité très inférieure. En conclusion, il note qu’il est peu probable que 30-50 chars changent radicalement la situation, mais qu’en revanche 200-300 pourraient constituer un facteur opérationnel important. La solution, à ses yeux, est la fabrication rapide de systèmes antichars en Russie et leur déploiement.

A cette analyse il faut rajouter une dimension. Comme nous avons pu le constater pendant la campagne de France en 1940 ainsi que pendant l’offensive russe au nord de l’Ukraine, ce n’est pas le char en tant que tel qui fait la différence mais la manière dont il est utilisé. C’est le combat combiné ou interarmes qui permet aux qualités techniques du char de s’exprimer pleinement. Sans logistique, le char ne va pas loin et surtout ne revient pas. Sans défense antiaérienne et le soutien de l’aviation, le char et ses échelons logistiques sont vulnérables. Sans artillerie et sans fantassins, le char est une proie facile pour les missiles antichar et l’artillerie ennemis. En mars 2022 c’est l’artillerie ukrainienne qui a causé le plus des pertes aux blindés russes. Enfin, sans système de guerre électronique, d’interception de communication, de C3 (commande, contrôle, communication) et sans drones, les unités blindées sont aveugles et mal dirigées. 

Mais la technologie n’est pas tout. Une armée, dont les forces sont rompues au combat interarmes (doctrine, équipement, formation, entrainement), équipées de systèmes d’armement qui ne sont pas « dernier cri », se révèle plus performante qu’une armée disposant des systèmes les plus modernes mais mal coordonnés et incapables de produire une synergie. Dans ce domaine, les Ukrainiens se sont montrés bons élèves de l’OTAN et leurs planificateurs et chefs militaires savent manier le combat interarmes à un certain niveau. Enfin, leur organisation est plus souple, leur commandement uni et la qualité de leurs hommes en moyenne bien meilleure. Côté russe, faire face à un matériel supérieur n’est pas en soi un problème insurmontable. Les militaires russes connaissent leurs chars depuis longtemps, et les chaines logistiques, de l’usine jusqu’aux champs de batailles, existent. Un savant mélange d’éléments tactiques et de puissantes concentrations de force pourrait ainsi neutraliser les avantages technologiques. Mais comme toujours, pour faire un bon orchestre il faut beaucoup plus que des instruments de musique de qualité et des bons musiciens…                                           

Zone de confort écolo

Les « zones à faibles émissions » seront imposées dans toutes les agglomérations d’ici 2025. Objectif: bannir les vieilles bagnoles des centres-villes. Tous les Français ne pouvant s’offrir une voiture « propre » seront donc interdits de circulation. Pas sûr que la France qui roule au diesel et fume des clopes se laisse faire sans broncher.


Si le sigle ZFE ne vous dit rien, un peu de patience, vous allez en souper. Ces « zones à faibles émissions » (ZFE ou « ZFE-mobilité »), c’est-à-dire des zones interdites aux vieilles bagnoles, se mettent petit à petit en place. Lorsqu’elles seront pleinement en fonction, des millions de Français, trop pauvres pour se payer une électrique, seront purement et simplement interdits de centre-ville.

Née en Suède en 1996, la ZFE est adoptée dès 2003 par le Royaume-Uni. En France, la loi d’orientation des mobilités (LOM) du 26 décembre 2019, et la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 imposent la mise en place de ces zones avant le 1er janvier 2025 dans toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants.

Danger sanitaire

Selon le gouvernement, il s’agit de nous protéger des effets néfastes sur notre santé des particules fines (PF), une catégorie de particules en suspension dans l’air ambiant. Leurs dimensions et leur persistance durable à l’état d’aérosols leur permettent de s’infiltrer en profondeur dans les voies respiratoires. Selon leur degré de concentration et de toxicité, elles peuvent provoquer des pathologies plus ou moins graves.

Les données supposées légitimer les ZFE sont très alarmantes. En mars 2014, l’Organisation mondiale de la santé estime que la pollution aux PF aurait causé 7 millions de morts prématurées en 2012 dans le monde et, en 2016, l’Agence nationale de santé publique affirme qu’elle est responsable d’au moins 48 000 morts prématurées annuelles en France. Une partie significative de cette mortalité est attribuée aux particules émises notamment par les véhicules à moteur diesel. Ainsi peut-on lire dans Le Monde du 27 février 2019 : « Avec 48 000 morts par an, l’exposition aux particules fines peut réduire l’espérance de vie de deux ans dans les villes les plus polluées, selon une étude de 2016. » En 2022, Santé publique France réévalue l’impact de la pollution atmosphérique sur la mortalité annuelle en France métropolitaine pour la période 2016-2019. Il en ressort que chaque année, près de 40 000 décès seraient attribuables à une exposition aux PF des personnes âgées de 30 ans et plus, qui subiraient une perte d’espérance de vie moyenne de près de huit mois.

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Ces données interrogent, car la mortalité a baissé de plus de 20 % avant la mise en place des ZFE (à part l’expérience parisienne). Concernant Paris, l’ORS (Observatoire régional de santé) Île-de-France a publié le 10 février 2022 des données montrant qu’entre 2010 et 2019, le nombre annuel de décès attribuables à l’exposition prolongée aux particules fines est passé de 10 350 à 6 220 (une baisse de 40 %). Dans ces conditions, on peut d’autant moins attribuer ces résultats à l’introduction de la ZFE en 2015, qu’elle n’est que très moyennement respectée à ce jour.

Les recherches scientifiques en santé publique reflètent cette interrogation. Ce que constate le Journal of Medical Toxicology[1] : « Les données démontrent une relation dose-dépendante entre les PF et les maladies humaines, et l’éloignement d’un environnement riche en PF diminue la prévalence de ces maladies. Bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour élucider les effets de la composition, de la chimie et de l’effet des PF sur les populations sensibles, la majeure partie des données montre que l’exposition aux PF entraîne une augmentation faible mais significative de la morbidité et de la mortalité humaines. »

Évidemment, tout le monde peut s’offrir une nouvelle voiture !

Aujourd’hui des ZFE existent déjà dans une dizaine de métropoles (parmi lesquelles Lyon, Strasbourg, Toulouse, Nice, Marseille, Montpellier, Rouen), mais l’automobiliste impénitent qui n’a pas eu le bon goût de se payer une nouvelle voiture bénéficie encore d’une tolérance. Les verbalisations pour non-respect des restrictions de circulation dans les ZFE tomberont dès la fin de l’année 2024.

Concrètement, comment fonctionnent-elles ? À la base du système se trouve le certificat qualité de l’air (« Crit’Air »), délivré à partir de la carte grise du véhicule, qui atteste de son niveau d’émission de polluants. Tous les véhicules routiers motorisés sont concernés. Ainsi, chacun devra afficher un autocollant coloré (la vignette ou pastille Crit’Air), qu’on pourra commander en ligne.

Instaurée en France en juin 2016, la vignette Crit’Air visait à différencier les véhicules en fonction de leur âge et des normes de pollution auxquelles ils répondent. Les véhicules les moins polluants obtiennent la vignette Crit’Air 0 (réservée aux modèles électriques ou à pile à combustible) alors que les plus polluants reçoivent la vignette Crit’Air 5 ou sont non classés (diesel d’avant 2001 et essence d’avant 1997).

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Le gouvernement prévoit une entrée en vigueur progressive des interdictions à partir de 2023, à quoi s’ajoute un zonage précis dans les quartiers les plus pollués. Cependant, pour de nombreux maires, ces ZFE représentent un casse-tête : comment surveiller le flux ? À terme, les ZFE seront surveillées par des caméras qui assureront la verbalisation des contrevenants, selon le principe contrôle-sanction automatisé. Mais qui paiera l’installation et l’entretien ? La malheureuse affaire des portiques écotaxe est toujours dans les esprits…

Surtout, leur mise en place risque de cristalliser l’opposition de ceux qui n’ont pas les moyens ou l’envie d’acheter un véhicule récent. Même à Bordeaux, où la municipalité écologiste s’active depuis son élection à pénaliser les plaisirs simples comme le sapin de Noël, il n’y a toujours pas de ZFE. Si le périmètre concerné a été défini (il sera limité à l’intérieur de la rocade), des discussions sont encore en cours pour déterminer le calendrier de mise en place et des restrictions/interdictions de circulation afférentes.

Cela ne surprendra pas les Parisiens et les banlieusards qui subissent depuis des années l’idéologie d’Anne Hidalgo et de son équipe, la capitale est à la pointe de ce progrès contestable. Paris a interdit les Crit’Air 4 (diesel d’avant 2006) dès le 1er juillet 2019. Les Crit’Air 3 (moteurs essence d’avant 2011 et diesel d’avant 2006) devaient y être proscrits mais, à en croire le gouvernement, ils viennent de bénéficier d’un sursis jusqu’en 2024, « après les Jeux olympiques ». Dans le calendrier initial, les véhicules à vignette Crit’Air 2 devaient, eux, être interdits dès 2024, mais ils pourraient également bénéficier d’un sursis.

Quartiers privés

À Marseille, depuis le 1er septembre 2022, il n’est plus possible de rouler dans la ZFE avec un véhicule non classé ou Crit’Air 5. Il en sera de même pour les Crit’Air 4 dès le 1er septembre 2023, puis pour les Crit’Air 3 un an plus tard. Lyon suit un calendrier similaire, mais refuse pour l’instant de donner une date d’interdiction précise pour les Crit’Air 3 et Crit’Air 2 (qui seront progressivement interdits entre 2023 et 2026, annonce la mairie). À Rouen comme à Paris, il est déjà interdit de rouler dans la ZFE avec un véhicule Crit’Air 4. À Grenoble, les Crit’Air 5 ne seront proscrits qu’en 2023 et les Crit’Air 4 en 2024. À Toulouse, les premières restrictions arriveront en 2023. Et partout dans le pays, les métropoles prévoient d’interdire toutes les autos n’arborant pas une Crit’Air 0 avant 2030. Ce qui signifie qu’à cette date, il ne sera théoriquement plus possible de rouler dans les ZFE durant la semaine entre 8 et 20 heures avec une voiture équipée d’un moteur thermique.

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En ce début 2023, les véhicules les plus polluants (Crit’Air 3, 4, 5 et non classés) représentent encore presque 40 % du parc français de voitures particulières. D’où le dilemme et les palinodies des pouvoirs publics. D’un côté, le 17 octobre dernier, le Conseil d’État a condamné l’État à payer 20 millions d’euros pour n’avoir pas suffisamment agi contre la pollution de l’air ; et de l’autre, on ne peut exclure des grandes villes ceux qui n’ont pas les moyens d’acquérir une voiture neuve. En tout cas, on ne devrait pas pouvoir, mais on peut envisager que les technos qui nous gouvernent décident sur un coin de table d’interdire les villes aux cochons de pollueurs. Qu’ils aillent se plaindre sur les ronds-points ! Pour le moment, dans la plupart des villes ayant créé leurs ZFE, les verbalisations sont rares. Tout le monde semble attendre l’arrivée, fin 2024, de dispositifs de verbalisation automatique, impliquant la pose de portiques et/ou de caméras. Le tarif pour les contrevenants sera de 68 euros – curieusement, on n’a pas ressuscité l’amende à 135 euros infligée durant le confinement aux sorteurs intempestifs.

L’amélioration de la qualité de l’air – notamment la baisse de la présence de particules émises par les moteurs diesel –, incontestable, est surtout le résultat du renouvellement graduel du parc automobile et du développement de l’offre de transport public – développement aujourd’hui enrayé par la pénurie de conducteurs. Les mesures ZFE, très contraignantes pour les automobilistes, mais aussi pour les municipalités qui devraient les gérer (et les financer), ne présentent donc pas une efficacité particulière. Tout ça pour ça ! Dès lors que le principal problème est le diesel dont les ventes et la part dans le parc automobile ne cessent de baisser et que le moteur thermique est condamné à l’horizon de 2035 (en supposant que cela reste d’actualité), il serait plus simple et moins coûteux d’aider les gens à changer de voiture plutôt que de se barricader à grands frais contre l’invasion fantasmagorique de pollueurs dont la colère, le moment venu, pourrait faire passer les Gilets jaunes pour d’aimables promeneurs du samedi.


[1] Jonathan O. Anderson, Josef G. Thundiyil & Andrew Stolbach, « Clearing the Air: A Review of the Effects of Particulate Matter Air Pollution on Human Health », Journal of Medical Toxicology, 2012

De Louis XVI à Louis Boyard, regardez la France qui tombe

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Le député Léaument (LFI) se réjouit de la décapitation de Louis XVI, le député Boyard (LFI) apparait dans un clip musical où l’on rêve de péter le champ’ à la mort des Le Pen, et Marine Tondelier (Conseillère régionale EELV) passerait bien les milliardaires français à la guillotine… Enfin, le grand ordonnateur de la Nupes, Mélenchon, « maudit » le président Macron. Comme tout ce petit monde est de gauche, nos médias ne trouvent rien à redire.


Pour devenir député sous la bannière de LFI, il est nécessaire d’avoir certaines qualités. La principale est de savoir faire abstraction de la plus grande partie de l’histoire de France pour ne garder et glorifier que celle qui commence avec la Révolution française. C’est d’une très grande bêtise mais cela permet à Antoine Léaument, député de l’Essonne, ou Louis Boyard, député du Val-de-Marne, de se nicher confortablement, avec un minimum de connaissances historiques et sans se faire de nœuds au cerveau, dans le mouvement opaque de Jean-Luc Mélenchon.

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De Louis XVI…

Antoine Léaument a vivement réagi dernièrement aux propos de certains députés rappelant, en la déplorant, la décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793. Il a d’abord twitté : « Louis Capet. Un traître à la patrie, un ennemi du peuple français. “Vive la Révolution et vive la République !” : voilà le mot d’ordre des vrais patriotes ! La France, c’est ça ! » L’avocat Gilles-William Goldnadel ayant eu l’audace de dire qu’il avait, en ce 21 janvier 2023, une pensée pour Louis XVI, « décapité par la bestialité de ces bêtes sans têtes », le même député LFI a twitté derechef : « Mépris de l’Histoire révolutionnaire et républicaine du peuple français. Glorification du traître à la patrie Louis Capet… Ras le bol de cet (sic) extrême droite qui méprise la France du drapeau (bleu-blanc-rouge) républicain et révolutionnaire. » Ces maigres slogans rabâchés depuis deux siècles sont d’une pauvreté absolue mais permettent aux incultes de continuer de le demeurer en ignorant aussi bien l’histoire de France d’avant 1789 que celle, riche et complexe, de la Révolution elle-même. Le petit-bourgeois insoumis a des rêves de Terreur plein la tête : « Comme Jaurès, “Sous ce soleil de juin 93, je suis avec Robespierre” », twitte-il encore. Léaument se prend pour Barère – s’il n’a pas le talent oratoire du rapporteur du Comité de salut public, il semble partager avec ce dernier un goût prononcé pour les peines de mort, les exécutions sommaires, l’élimination des adversaires politiques. La guillotine étant passé de mode, il choisit la manière indirecte, sournoise, moderne et lâche, moins salissante et moins risquée : l’autoproclamé « député You-Tuber » (ça fait quand même moins peur que « député hébertiste ») sévit sur YouTube, Twitch, Instagram, Facebook et TikTok, ces réseaux dits sociaux transformés parfois en ersatz de tribunaux révolutionnaires permettant à des Commissaires de la république de pacotille de se faire mousser un peu. Il est vrai qu’on imagine mal Antoine Léaument en haut d’une barricade, risquant sa vie en offrant sa poitrine aux fusils de la police réactionnaire au cri de « Vive la VIème République ».

… à Louis Boyard.

Le cas de Louis Boyard a été déjà traité dans ces colonnes mais il vaut la peine d’y revenir rapidement. Comme on sait, l’ex-dealer est un ami du rappeur Yanni Benchallal. Dans un clip de ce dernier, le député LFI apparaît, assis à la table d’un kebab, serrant très amicalement la main de cet artiste beuglant ses envies de « péter le champ’ » à la mort de Marine Le Pen et de Marion Maréchal, de planter « le drapeau algérien en mairie », d’utiliser le « taux de natalité, arme démographique » de ses coreligionnaires pour faire peur à « ces bâtards », etc. N’en déplaise aux régicides, c’est ce Louis-là qui déshonore la France, et qui mériterait, non pas la peine capitale (quand on est contre la peine de mort, on applique ce principe à tout le monde, sans aucune exception), mais au moins une peine d’inéligibilité pour manquement grave à sa fonction parlementaire ou déloyauté envers son pays.

Louis Boyard (assis) et le rappeur Yanni. Capture d’écran d’un clip musical (YouTube)

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, tous les milliardaires à la lanterne…

De son côté, EELV a élu sa nouvelle coupeuse de tête. Marine Tondelier a trouvé les coupables de tous les maux qui accablent les Français : les milliardaires. Par conséquent, lors du dernier meeting réunissant les principaux représentants de la Nupes, elle a fait part de son programme : elle veut « une France sans milliardaires ». Au fond, le programme d’EELV, assez proche de celui de LFI, s’il ne peut plus être celui du « sang » est celui du « sans » : une France sans nucléaire, sans contrôle migratoire, sans prisons, sans arsenal judiciaire, sans militaires, sans barrières à ses frontières, sans milliardaires, sans policiers, sans voitures, sans ingénieurs, sans enfants, sans travail et sans… Michel Sardou.

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Les insoumis de LFI et les écologistes d’EELV sont les dignes héritiers de ces petits-bourgeois et intellectuels de gauche de la fin des années 60, adorateurs des pires régimes. Benoît Rayski les range dans la catégorie homo sartrius et distingue deux branches : homo gauchistus et homo ecologistus [1]. C’est, dit-il, deux espèces originales dont les représentants sont réputés incapables de clamer « Vive la France » mais qu’on aurait entendu répéter « quelque chose qui ressemble à “abalafinans” ». Comme leurs illustres prédécesseurs sartriens, ces citoyens-là bénéficient d’un énorme avantage : les médias, majoritairement de gauche ou d’extrême gauche, ne dénoncent jamais leurs exactions, leurs appels à la violence, leurs dénonciations injurieuses ou leurs discours anti-français. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, sur qui ils veulent, de la manière qu’ils veulent. Jean-Luc Mélenchon peut crier, halluciné, l’œil mauvais et la voix vénéneuse, à l’encontre du président de la République (qu’on apprécie ce dernier ou pas, ce n’est pas le sujet ici) : « Soyez maudit ! », ou un député s’afficher avec un « artiste » appelant d’une manière à peine camouflée au meurtre de personnalités politiques, les médias dominants ne bronchent pas. Nous n’osons imaginer leur réaction si un représentant politique du RN ou de « Reconquête ! » s’était exprimé comme le leader de LFI ou, pire encore, était apparu dans le clip d’un rappeur se disant prêt à sabrer le champagne à la mort de Jean-Luc Mélenchon ou de Sandrine Rousseau – nous aurions eu droit alors aux cris d’orfraie sur France Inter et aux lamentations dans les pages du Monde et de Libération sur le retour du fascisme, des heures sombres, des chemises brunes, et tout le tintouin.

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Attirons enfin l’attention de nos députés enragés sur quelques personnalités mortes elles aussi un 21 janvier et auxquelles, au lieu de s’acharner sur ceux qui commémorent la mort de Louis XVI, ils pourront, si le cœur leur en dit, rendre hommage à l’avenir : Marcel Azzola (en 2019), Blaise Cendrars (en 1961), George Orwell (en 1950) et, the last but not least… Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine (en 1924).

[1] Benoît Rayski, Les bâtards de Sartre, Éditions Guillaume de Roux , 2018.

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Elisabeth Lévy: « Louis Boyard cautionne l’appel au meurtre de ses collègues »

Soyons fiers d’être attachés à nos racines gréco-romaines!

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Image: JOËL SAGET / AFP

Et il s’agit bien d’y être attachés: nous n’avons aucun mérite à ce que nos racines soient ce qu’elles sont, mais nous pouvons très légitimement être fiers d’avoir conscience de leur valeur, de la responsabilité qu’entraîne le fait d’en être dépositaires, de les aimer, et de l’élan qui nous entraîne à y puiser, à nous y ressourcer, à nous en inspirer. N’en déplaise à France Inter et à Florence Dupont.


« Préférant la subversion à la version » – pour celle à qui j’emprunte ces termes, c’était un compliment – Florence Dupont, relayée avec une délectation évidente par France Inter, affirme que « rien n’est plus faux que d’admettre l’expression des racines gréco-latines de l’Europe ». Quand un raisonnement conduit à prétendre que la Terre est plate, nul besoin d’être un spécialiste du sujet pour savoir que ce raisonnement est faux. De même pour une « analyse » qui conduit à nier l’évidence du rôle crucial de la Grèce et de Rome dans la construction de la weltanschauung de ce que nous appelons l’Europe. On pourrait donc s’arrêter là. Reste que lorsque certains s’acharnent à vouloir nous déposséder de ce qu’il y a de plus beau et de plus noble dans notre héritage commun, une réflexion de fond s’impose.

La « démonstration » de Florence Dupont a de quoi laisser songeur : en substance, nous dit-elle, nous ne sommes pas la continuation lisse et sans heurts d’une Antiquité gréco-latine monolithique et fantasmée dont les mythes fondateurs seraient à prendre au premier degré, donc nous n’avons pas de racines gréco-latines. Fichtre. Autant dire que puisque l’Empereur du Japon n’est peut-être pas au sens littéral le descendant biologique du petit-fils de la Déesse du Soleil, il n’y a pas de dynastie impériale au Japon, pas de liens culturels entre le Yamato et le Pays du Soleil Levant, et pas de sanctuaire à Ise. Diantre !

Bien sûr, que l’Antiquité n’était pas un bloc simpliste, uniforme et unanime. L’Athènes de Périclès, l’Alexandrie d’Ératosthène, la Rome de Cicéron et celle d’Hadrien ont en commun un foisonnement intellectuel à côté duquel notre époque de politiquement correct et de pseudo-subversion (tous les « subversifs » s’enrôlant en petits soldats des « subversions » à la mode) fait bien pâle figure.

Alors qu’elle se donne pour mission de « déconstruire » l’idée de racines gréco-latines de l’Europe, Florence Dupont affirme les racines gréco-latines de « la philosophie islamique »

Bien sûr, que l’Europe d’aujourd’hui a d’autres racines et d’autres influences qui s’ajoutent à celles gréco-latines : celtes, germaniques, juives, etc, et de multiples rencontres. Être soi n’empêche pas de grandir par le dialogue, apprendre de ses rencontres avec l’autre n’implique nullement que l’on ne soit pas soi.

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Bien sûr, que l’Antiquité n’inspire pas que nous : l’Iranien Sohrawardî était un grand platonicien, il y a au Japon des travaux brillants sur la Grèce (le travail de Kazuo Matsumura sur Amaterasu et Athéna est d’une fulgurance lumineuse), les royaumes gréco-bouddhiques ont irrigué le monde par l’invention mathématique du zéro, etc. Mais aucune autre civilisation, aucune autre aire culturelle, ne doit autant à l’Antiquité gréco-romaine, ni ne s’en revendique autant, ni ne s’en est nourrie autant que nous. On peut débattre de la remarque de Whitehead selon laquelle « toute la philosophie occidentale n’est qu’une note de bas de page aux écrits de Platon », mais on ne peut nier qu’il ne viendrait à l’idée de personne de dire la même chose de la pensée d’autres civilisations, alors qu’il est peut-être simplificateur mais certainement pas absurde de le dire de la nôtre.

Bien sûr, que ce qui nous relie à l’Antiquité n’est pas un long fleuve tranquille, mais une alternance de rivières fécondes, de cascades tourmentées, de ruisseaux boueux, de cours d’eau souterrains, et de résurgences précieuses. Ainsi, alors que l’élargissement de la citoyenneté par l’édit de Caracalla en 212 est une idée logiquement romaine, qu’elle se soit avérée bonne ou mauvaise, on peut estimer que la christianisation de l’Etat fut une véritable trahison de Rome par elle-même, particulièrement la censure puis la fermeture des anciennes écoles philosophiques.

Bien sûr que la « vocation culturelle » de l’Antiquité était universelle : la quête du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien est la grande affaire de la Grèce, continuée en cela par Rome, mais n’a jamais conduit ni les Grecs ni les Romains à nier leur génie propre, ni la distinction entre eux-mêmes et les barbares : il faut lire le remarquable « Pourquoi la Grèce ? » de Jacqueline de Romilly. Qu’un barbare puisse devenir Romain (c’est paradoxalement le sujet même du travail de Florence Dupont sur l’origo et le pèlerinage à Lavinium) suppose un rituel de passage, tout comme un enfant de Rome ne devient un vrai Romain, c’est-à-dire un citoyen, qu’après un autre rituel de passage. Le barbare devenu Romain est transformé par ce rituel, il connaît une forme de « renaissance » comparable à celle d’un initié aux Mystères, et cesse dès lors d’être un barbare. Si l’on veut donner une lecture politique contemporaine de l’Antiquité, Rome, malgré la diversité des cultures présentes dans son empire (toutefois unifiées par des éléments partagés, du moins jusqu’à ce que l’affaiblissement de cette identité commune se conjugue aux invasions pour provoquer l’effondrement), est bien plus une ode à l’assimilation qu’au multiculturalisme.

Bien sûr, enfin, que la connaissance et la compréhension que nous avons eu de nos racines a été pour le moins fluctuante, et l’est d’ailleurs toujours. Personne, jamais, n’aura le dernier mot sur le miracle grec ni sur le génie romain. Socrate, Eschyle, Alexandre, Auguste, Plutarque sont des épiphanies qui dépassent toute prétention à les expliquer par la sociologie des rapports de domination ou les dernières « studies » anachroniques à la mode. Et l’excellent Raphaël Doan a très bien résumé certaines des tensions qui parcourent les études historiques, même sérieuses, tout comme leurs pires dérives.

Mais enfin ! De ces évidences, Florence Dupont prétend tirer des conclusions manifestement plus militantes que rigoureuses, tordant la logique au service d’un évident sous-texte idéologique, d’ailleurs explicitement revendiqué dans son livre « Rome, la ville sans origine. » Peut-être aussi d’une démarche personnelle plus ou moins consciente : je laisse à d’autres le soin de déterminer dans quelle mesure la fille de Pierre Grimal aura consacré sa carrière à « tuer le père », mais je note qu’elle-même avoue « Tout ce que j’ai pu faire se ramène à un besoin de survie, l’activité intellectuelle de déconstruction est pour moi la seule façon de ne pas basculer dans la « folie ».

Sans prétendre apporter une réponse exhaustive aux propos de Florence Dupont rapportés par France Inter, on peut en relever quelques uns.

Ainsi, elle dit que « l’image du Romain, c’est toujours celui qui vient d’ailleurs et non pas celui qui fait partie de. » Non : en réalité, le Romain est celui qui fait partie de, d’où qu’il vienne. Il ne suffit pas de s’implanter à Rome pour être Romain, il faut y accomplir son devoir de citoyen, en respecter les mœurs, participer à ses rites. Florence Dupont aurait-elle oublié que les chrétiens furent à certains moments persécutés pour avoir rejeté certains des rites essentiels qui structuraient l’identité romaine ?

Il est question de « déconstruire » la légende d’Énée… tout en faisant de cette légende un argument central de l’analyse ! Florence Dupont est bien bonne de nous révéler que l’histoire d’Énée n’est probablement pas la description rigoureuse de faits historiques, pas plus d’ailleurs que l’histoire de Romulus et Rémus. Pour un peu, elle nous apprendrait que Tite-Live avait entendu parler des rois étrusques et de Tarquin le Superbe… Venant de quelqu’un qui trouve par ailleurs moyen de dire que « la mythologie grecque chez les poètes romains est un langage vide » (a-t-elle au moins sérieusement réfléchi à ce qu’a écrit Porphyre dans l’Antre des Nymphes ?), cet usage des récits mythiques manque de cohérence : il faut déconstruire la légende et refuser d’y voir un « roman national », mais c’est cette légende qui donnerait la clef du rapport des Romains à leur propre identité (pardon : à l’absence d’identité sensée les définir, puisque « il n’y a pas d’identité latine et Rome n’est pas une identité »).

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Et alors qu’elle se donne pour mission de « déconstruire » l’idée de racines gréco-latines de l’Europe, Florence Dupont affirme les racines gréco-latines de « la philosophie islamique ». Cette expression, si l’on est un minium rigoureux, ne peut désigner que la Falasifa, par laquelle des penseurs comme Al-Kindi ou Al-Farabi ont en effet voulu intégrer dans le monde musulman les outils intellectuels des philosophes antiques. Seulement voilà : l’islam, hélas, a depuis radicalement condamné la Falasifa, et le monde musulman sunnite l’a résolument enterrée. Les œuvres d’Averroès ont été brûlées dès sa mort, alors qu’Al-Ghazali triomphe. Passer ce « détail » sous silence relève de l’escroquerie intellectuelle.

Plus largement, Florence Dupont présente sous un jour positif la « réinterprétation » par d’autres des « lettres latines (et grecques) » mais dans le rapport que nous avons avec ces lettres elle ne voit qu’une « utilisation à des fins idéologiques ». Sachant qu’elle se réfère à Patrick Boucheron, que l’on sait « légèrement » orienté, on notera avec un sourire que, tout en prétendant « déconstruire » les biais idéologiques des autres, elle s’abandonne aux siens propres avec complaisance…

Quant à la question de la continuité entre l’Antiquité et ce que nous appelons aujourd’hui l’Europe, sans nier les évidentes différences, relevons tout de même deux points essentiels.

D’abord, que, du moins jusqu’à ce que la déconstruction se mette à empoisonner les esprits, n’importe quel Européen normalement constitué peut sans beaucoup d’efforts comprendre les arguments de Cicéron, rire des comédies d’Aristophane, ou percevoir le solide bon sens de Plutarque. Tout au plus lui sembleront-ils aussi différents qu’un Italien peut l’être aux yeux d’un Anglais, ou un Strasbourgeois aux yeux d’un Marseillais. Bien sûr, les Anciens avaient une facilité dans leur rapport au sacré que notre modernité a perdue, et une aisance dans leur usage de la raison qui a manqué à la chrétienté, mais même cela ne suffit pas à faire disparaître la familiarité qui nous unit à eux. Bien sûr, nous avons à certaines périodes perdu certains textes et certaines connaissances, mais il y a un souffle né dans la Grèce Antique qui n’a jamais cessé de se transmettre : le refus résolu de l’arbitraire, et la quête (parfois sinueuse, parfois égarée, mais toujours continuée) du Vrai, du Juste, du Beau, du Bien.

Ensuite, que l’Europe n’a pratiquement jamais cessé de se référer à l’Antiquité, et que ce n’est pas une brusque tabula rasa qui a suivi la mort de Flavius Aetius. Il y a Isidore de Séville travaillant sur Aristote, la volonté permanente dès avant l’an mil d’ancrer la geste arthurienne et plus largement la matière de Bretagne dans des racines gréco-romaines (voir l’Historia Brittonum qui attribue à un certain Brutus, petit-fils d’Enée, la fondation de la Bretagne – c’est-à-dire l’actuelle Angleterre), la matière de Rome est, avec justement la matière de Bretagne et la matière de France, l’une des trois grandes thématiques de la littérature médiévale et des chansons de geste, la renaissance carolingienne se réfère explicitement à Rome, on connaît les figures des Neuf Preux parmi lesquels on trouve Hector de Troie, Alexandre le Grand et Jules César (sans oublier les Neuf Preuses, et dans leurs rangs Penthésilée et Lucrèce côtoient Brigitte de Suède, et plus tard Jeanne d’Arc), et ainsi de suite, jusqu’à la renaissance italienne, la renaissance française, le foisonnement des références à l’Antiquité, à ses mythes et à ses dieux dans la symbolique alchimique, la Vénus de Botticelli, l’École d’Athènes de Raphaël et les statues de Versailles, même la fête de Sainte Démétra là où les Anciens rendaient un culte à Déméter. Antiquité partiellement réinventée, certes, mais toujours revendiquée, simultanément imprégnation inconsciente et volonté européenne permanente d’enracinement dans cette Antiquité.

Enracinement volontaire. C’est bien là l’essentiel. Nous ne pouvons nous prévaloir de nos racines gréco-latines que si nous travaillons activement à les garder vivantes – en cela, les vives réactions aux élucubrations de Florence Dupont et de France Inter, même parfois épidermiques, sont un beau signe d’espérance. Nous sommes les héritiers des libres cités de Grèce et de l’Empire des Césars, si et seulement si nous œuvrons à être à la hauteur.

« Notre cité (….) a fait employer le nom de Grecs non plus comme celui de la race, mais comme celui de la culture » déclare Isocrate dans son Panégyrique d’Athènes. Et à Lucillius qui s’inquiète de pouvoir aspirer à tendre vers la sagesse alors qu’il n’est pas issu d’une illustre famille (inquiétude qui, au passage, prouve que la question de la lignée n’était pas totalement dénuée d’importance dans la culture romaine), Sénèque écrit « Te voilà chevalier romain, et c’est à force de talent que tu es entré dans cet ordre. (….) Socrate n’était point patricien. Cléanthe louait ses bras pour tirer l’eau dont il arrosait un jardin. La philosophie, en adoptant Platon, ne lui demanda pas ses titres, elle les lui conféra. Pourquoi désespérerais-tu de ressembler à ces grands hommes ? Ils sont tous tes ancêtres, si tu te rends digne d’eux. »

Partager cette culture, non comme une ruine poussiéreuse mais comme une source toujours vive à laquelle puiser. Tenter de se rendre digne des héros et des sages qui fondèrent notre civilisation, et à qui nous devons le meilleur de ce qui nous a été transmis. Savoir qu’en tant qu’héritiers nous n’en sommes pas propriétaires, mais dépositaires. Voilà un chemin bien plus difficile mais aussi bien plus noble que celui de la déconstruction, voilà la seule manière d’être pleinement ce que nous sommes, et d’affirmer dignement l’une des plus belles parts de notre civilisation : nos racines gréco-latines.

Pourquoi la Grèce ?

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Au Louvre, la mort de l’art

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Sébastien Bonnecroy, Vanité. nature morte, XVIIe siècle © Didier Descouens/Wikimédia

La rééducation mentale menée par les woke bénéficie de la complicité de nos plus grands musées. Face aux maîtres anciens, il faut désormais parler féminisme, colonisation et écocide. Preuve au Louvre, avec l’exposition « Les choses. Une histoire de la nature morte », qui se souciait plus d’accuser l’homme de crime contre la nature que de faire honneur aux chefs-d’œuvre qu’elle présentait.


« Les choses : une histoire de la nature morte » : c’est le titre de l’exposition (heureusement) temporaire que le Musée du Louvre propose depuis le 12 octobre à un public enthousiaste à l’idée de retrouver la vie silencieuse des fleurs, fruits, pêche, chasse et objets disposés au fil des siècles par des peintres qui y ont raconté nos croyances, nos goûts, nos habitudes, nos craintes et nos rêves. Le monde évanoui de la nature morte, des vanités de Philippe de Champaigne aux vases de Giorgio Morandi, en passant par la corbeille de fruits du Caravage, le cardon de Sánchez Cotán, le citron pelé de Heda ou la brioche de Chardin, a fait naître des récits de matière et d’âme que nous continuons à écouter du regard. Ces tableaux dont nous sommes absents parlent de nous, mais plus discrètement qu’un portrait ou qu’une peinture d’histoire ne saurait le faire, et, baignés d’une lumière qui ne nous éclaire pas, nous sommes touchés au cœur par la peau des choses.

Ne pas heurter les sensibilités et faire pénitence

C’est justement ce mot – les « choses » – que la commissaire d’exposition Laurence Bertrand Dorléac, historienne de l’art, a désiré substituer à l’appellation « nature morte », jugeant cette dernière « bêtement inventée au XVIIIe siècle », « imbuvable » et « inadaptée à la situation », dans un ouvrage humblement intitulé Pour en finir avec la nature morte (2020) dont l’exposition du Louvre est une forme (heureusement, à nouveau) condensée. Ce curieux tapage sémantique sert une cause admirable : il n’est plus possible, aujourd’hui, de dire de la nature qu’elle est morte et il est temps d’en finir avec une expression si peu ajustée aux nouvelles sensibilités contemporaines. L’écho à l’exposition de 1952, conduite en son temps à l’Orangerie des Tuileries par le conservateur du Louvre Charles Sterling, ne sera donc pas un « remake » (sic) : « Notre projet n’est pas de dresser un panorama de la nature morte, mais de nous intéresser à certains points aveugles ou qui méritent d’être reconsidérés à la lumière de notre sensibilité actuelle. À cet égard, ce seront les artistes contemporains qui nous donneront envie de visiter les temps anciens. » Points aveugles à reconsidérer, sensibilité actuelle, artistes-guides contemporains : le triptyque post-culturel préposé à la rééducation du regard renvoie Charles Sterling et sa magnifique histoire de La Nature morte à une époque qui a « bêtement » cultivé une approche chronologique de la peinture, nourrie d’une profonde connaissance de l’histoire des idées et de leurs représentations. Avec l’exposition « Les choses », une chose est sûre, le public n’est pas convié à une histoire de la nature morte : il est sommé de venir égrener collectivement le chapelet des causes à défendre, de la cause animale à celle des végétaux, en passant par celle des femmes, des colonisés et des perdants du capitalisme.

Hésitant, comme bien d’autres musées, entre la noble tâche de conserver les œuvres des siècles passés et celle, plus contestable, de concerner le public contemporain, le Louvre se plie, avec cette exposition, au cérémonial du mea culpa de la culture occidentale désormais prête à toutes les contorsions pour gagner le purgatoire qui lui est pourtant exclusivement réservé, où elle est priée d’aller se mortifier pour avoir osé croire que ce qu’elle avait peint, écrit, pensé, imaginé par le passé pouvait prétendre à quelque chose, à savoir une certaine représentation du monde.

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Sur le chemin de croix de l’amende honorable, se trouve donc, sans surprise, le laïus sur l’égalité homme-femme dans la peinture de natures mortes, à travers les peintres Louise Moillon (XVIIe siècle) et Anne Vallayer (XVIIIe) dont on apprend qu’elles ont pu « investir librement ce genre délaissé et y prouver leurs très grands talents ». Au pluriel. Laissons de côté l’une des phrases introductives de l’exposition, assez étonnante tout de même, qui précise que « les choses » ont été représentées au fil des siècles « par des hommes, des femmes, peut-être des enfants » (sic), et rappelons-nous ce savoureux passage du Journal d’un génie (1963) de Salvador Dalí où le peintre s’excuse de ne pas pouvoir exhiber d’attendrissants gribouillages enfantins, ayant commencé à dessiner dès son jeune âge à la manière des maîtres de la Renaissance.

La grande morale des « choses »

L’idée étant ici d’appréhender les œuvres classiques à partir de créations plus proches de nous dans le temps, le début de l’exposition fait la part belle aux natures mortes contemporaines, telles que Foodscape de Erró (1964), sorte de paysage apocalyptique de nourriture après éventration d’un hypermarché, Still Life with Dish (2014) de Valérie Belin, amoncellement chaotique d’objets disparates qui font penser à des invendus de brocante, ou encore Europortrait (2002) d’Esther Ferrer, autrement dit portrait d’un homme vomissant des pièces de monnaie en jet continu. La morale – accessible cette fois aux enfants – est que notre société de consommation fait disparaître l’homme derrière la surabondance des objets qu’il ne cesse de convoiter. On se rappelle Sylvie et Jérôme, les deux personnages du roman Les Choses (1965) de Georges Perec : « Ils auront leur divan Chesterfield, leurs fauteuils de cuir naturel souples et racés comme des sièges d’automobiles italiennes, leurs tables rustiques, leurs lutrins, leurs moquettes, leurs tapis de soie, leurs bibliothèques de chêne clair. Ils auront trente ans. Ils auront la vie devant eux. » À force de confondre être et avoir, Sylvie et Jérôme finissent par connaître l’ennui. Leur vie financièrement étriquée leur fait goûter aux largesses des joies simples ; leur aisance les condamne à des existences rétrécies. Apparemment nourrie de cette référence littéraire assez schématique, l’exposition nous renvoie, comme eux, à une condition peu enviable, choses parmi les choses, cernés par l’entassement d’une production devenue incontrôlable, à essayer de donner un sens à nos vies. Et pour les visiteurs qui douteraient de la pertinence de ce petit cours de vanités pour les nuls à proximité des chefs-d’œuvre d’Arcimboldo, Rembrandt, Goya, Manet ou Cézanne, la projection anachronique de cette vision de l’homme sur des œuvres du passé parachève l’ensemble. Il n’est qu’à lire le commentaire de Nature morte aux légumes (1610) de Frans Snyders, dans la partie de l’exposition intitulée, sans aucun sous-entendu, « Accumulation, échange, marché, pillage », pour s’en rendre compte. Le tableau montre un amoncellement de légumes et, dans le coin supérieur droit, au loin, un couple de paysans au travail des champs. Le XVIIe siècle européen a beau avoir été le siècle de l’homme « maître et possesseur de la nature » (Descartes), on pourra se frotter les yeux mais on lira bien : « Le chou, le cardon, le melon ou les carottes forment une montagne de choses qui se déversent sur nous, comme pour annoncer le règne des choses qui prennent le dessus sur l’humain. » Il ne s’agit donc plus de dire que, derrière les magnifiques productions de la nature, il y a le travail nécessaire de l’homme ; mais que l’homme agonise sous une production excessive. Ce n’est bien sûr pas un lamentable contresens, mais un point « reconsidéré à la lumière de notre sensibilité actuelle ».

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Interprétations coupables

Coupable, l’homme occidental l’est de façon hyperbolique devant la nature, et c’est là le deuxième chef d’accusation porté par cette exposition, dont l’objectif n’est pas de nous donner à voir tout un monde de vies silencieuses avec lesquelles dialoguer par le regard, mais de nous chapitrer sur nos manquements à la morale du moment. Les remontrances d’aujourd’hui ne s’adressent plus à l’homme doué de raison, songeur ou mélancolique devant une mort qu’il sait inexorable, telle La Madeleine à la veilleuse de Georges La Tour (1642-1644), mais à l’homme émotionnel, hypersensible, compassionnel, triste de s’être rendu responsable d’un « écocide » sans précédent, mais heureux de pouvoir avouer inlassablement sa faute. Les natures mortes de fleurs coupées, d’animaux sans vie tout juste chassés ou péchés et qui attendent, sur une table de cuisine ou l’étal d’un marchand, d’être finement cuisinés, sont donc les prétextes à un manifeste néo-écologiste qui, loin de chérir le lien qui nous unit aux fleurs, aux fruits ou aux animaux, dresse la nature contre l’homme et, dans un exercice de ventriloquie spectaculaire, lui prête le langage du jugement dernier. C’est ainsi que les célèbres pivoines d’Édouard Manet (1864) exposent tout le « pathétique » de leur « condition de fleur », « déjà condamnée », que Le Bœuf écorché de Rembrandt (1655) « s’abandonne à notre compassion » et nous rappelle « que si on tue une bête on peut tuer un homme, et si la première est morte, le second mourra aussi », et que la Nature morte à la tête de mouton de Goya (1808-1812) est « une représentation frappante, voire inacceptable à notre époque justement sensible à la condition animale ». Dans une langue infantilisante et, disons-le, d’une grande pauvreté sémantique et conceptuelle, l’exposition nous conduit droit aux œuvres d’Andrés Serrano (Tête de vache, 1984) et de Ron Mueck (Still Life, 2009) : sous l’œil accusateur d’une tête de vache et d’un poulet de 2,15 m de haut suspendu par les pattes. L’homme est prié de se tenir tranquille.

Nan Goldin, 1st dey in quarantine, Brooklyn, NY, 2020. Nan Goldin/Marian Goodman Gallery

Arrêtez les confrontations entre le passé et le contemporain

Toute cette gesticulation artistico-morale ne serait rien, au fond, si elle n’était étayée par tout un discours antihumaniste, très dans l’air du temps, qui s’étend de la proposition leitmotiv de « penser comme un arbre », de faire de la mer ou de l’océan le point de départ d’une philosophie de poche, de prendre les prophéties de l’iconique Greta Thunberg (à laquelle la commissaire d’exposition Laurence Bertrand Dorléac consacre un petit ouvrage élogieux, Un ours dans la tête, 2022) comme guide de survie, jusqu’à bâtir des systèmes métaphysiques dits d’« ontologie plate », où le monde est conçu comme le lieu d’égalité formelle et d’égale dignité de toute chose, sans hiérarchie d’aucune sorte entre une table, une brioche, un homme, une pivoine ou un oiseau. Devant ce pitoyable bric-à-brac, que Marcel Gauchet définit dans Le Désenchantement du monde (1985) comme « l’âge de l’idéologie » (c’est-à-dire la quête, dans l’avenir même, d’une contrainte structurante autre que soi), il est temps de revenir à la nature morte, à ce que ce genre pictural nous dit de l’homme et du monde au fil du temps. Pourquoi n’enseigne-t-on pas, dans cette exposition, ce qu’un spectateur du XVIIe siècle comprenait immédiatement devant la représentation d’une guirlande ou d’un bouquet de fleurs ? Pourquoi n’est-il plus intéressant de savoir que le papillon délicatement posé sur un pétale de fleur figure notre âme en suspens ou que l’œillet, symbole de la rédemption, peut côtoyer une châtaigne, dont le fruit, protégé par de puissantes épines, nous renvoie à cette pureté de l’âme que la vie met à dure épreuve ? Pourquoi laisse-t-on le public devant les natures mortes du peintre Sánchez Cotán sans lui indiquer que l’étrange lumière qui éclaire ces légumes sans ombre ne peut être comprise sans référence à la puissance de la mystique dans l’Espagne du XVIe siècle ? Pourquoi n’est-il rien dit de la technique de Rembrandt dont le bœuf écorché, crucifié, illumine d’or et de rubis la sordide cave du boucher, dans un « amas de matière picturale la plus rare qui soit, pâtes crémeuses et grenues » (Charles Sterling).

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Les œuvres du passé n’ont pas vocation à « annoncer » les créations contemporaines, de même que ces dernières n’ont pas à être le fil conducteur de notre confrontation avec les chefs-d’œuvre des temps qui nous ont précédés. Mais pour cela, il faudrait continuer à transmettre des connaissances, celles dont nous avons hérité et dont on semble nous dire qu’elles sont les vraies natures mortes de cette exposition.

Il reste moins d’un mois pour aller au Louvre voir quelques-unes de ces natures mortes. Sans surprise, celle devant laquelle le public, hommes, femmes et enfants cette fois, ne se lasse pas de rester un long moment est Un dessert, de Jan Davidszoon de Heem, œuvre dans la tradition des tables servies, régal des sens, et qui fait partie de la collection permanente du musée. Cruel démenti à toute tentative d’endoctrinement du regard. Continuons donc, collectivement, à appeler ces œuvres des « natures mortes », d’abord parce que la mort déborde le cadre étroit dans lequel on aimerait la contenir, ensuite parce que, pour reprendre la très belle formulation de Charles Sterling, « les mots ne valent que par les associations qui en rayonnent, et il y a sans doute peu de gens aujourd’hui, pour qui le mot de nature morte évoque le contraire de la vie ».

Jean Dutourd au purgatoire

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Jean Dutourd. © Hannah Assouline

La réédition du monumental roman Les Horreurs de l’amour, par Le Dilettante, nous amène à faire un constat simple. Il est temps de considérer Jean Dutourd (1920-2011) pour ce qu’il est: un des plus grands écrivains du XXe siècle.


On nomme purgatoire, dans l’histoire littéraire, cette période où l’écrivain, à peine mort, tombe dans un trou noir de la postérité. Ce n’est pas forcément très grave, le purgatoire, c’est même un moyen comme un autre d’oublier des auteurs dispensables qui ont encombré le paysage de leur vivant. Certains ont occupé le devant de la scène en laissant dans l’obscurité les génies qui ont comme seule consolation de croire à leur génie. Prenez Stendhal, qui répond à Balzac, un des rares lecteurs de sa Chartreuse de Parme, en 1840 : « Je mets un billet de loterie dont le gros lot se résume à ceci : être lu en 1935. » C’était plutôt bien vu.

Le Dilettante, courageux éditeur

Jean Dutourd, qui est mort en 2011, était un stendhalien. Il reçoit d’ailleurs le prix Stendhal pour son premier livre paru en 1946, Le Complexe de César, qui est, ça tombe bien, un manuel d’égotisme, c’est-à-dire le contraire du nombrilisme. Dutourd fait le tour de lui-même et de son époque en préférant la thématique au chronologique : « De la lecture », « De la paresse », « De la conversation », « De la politique », « De l’amour »…

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Jean Dutourd n’a pas éprouvé le besoin de « mettre un billet de loterie ». Il a peut-être eu tort. Certes, il est bien oublié aujourd’hui. Son époque qu’il s’était fait une profession de détester l’avait pourtant gâté. Il a été un écrivain à la mode, il a même sans doute été un des premiers écrivains médiatiques. Les plus de 50 ans, aujourd’hui, qui s’intéressent un peu à la chose écrite n’ont pas échappé à Dutourd. Ses romans se vendaient bien, il écrivait un billet quotidien dans France-Soir, il était un invité régulier d’« Apostrophes », il a recueilli les lauriers de quelques grands prix et… il a été un pensionnaire régulier des « Grosses Têtes », époque Bouvard. Il y a apporté son inimitable ironie, sa science de la distance amusée et, au milieu des plaisanteries de corps de garde, l’aura de l’Académie française.

Malgré tout, Dutourd est bien au purgatoire. Cela n’empêche pas quelques éditeurs kamikazes de refuser cet oubli et de nous signifier de la plus belle des manières que Dutourd est l’auteur de chefs-d’œuvre. Le Dilettante de Dominique Gaultier vient ainsi de rééditer Les Horreurs de l’amour, un roman de 1963. Il faut un certain courage pour publier sur 550 pages, imprimées petit et joliment illustrées par des dessins de Philippe Dumas, un roman capital mais que plus personne ne lit. Je ne disposais, pour ma part, que de l’édition Folio en deux volumes datant de 1980 et que j’avais d’ailleurs trouvée chez un bouquiniste – le bouquiniste étant l’asile politique, le dernier sanctuaire des écrivains oubliés. Que cet exploit courageux du Dilettante soit souligné. Le Dilettante est le spécialiste des opérations commandos dans le purgatoire. Il en a exfiltré, par exemple, Henri Calet, Raymond Guérin, Georges Hyvernaud, Gabriel Chevallier, Eugène Dabit ou Jean-Pierre Martinet, et encore, je ne cite que mes préférés.

De Dutourd, le Dilettante avait déjà réédité Les Dupes, un recueil de trois nouvelles parues en 1959. C’était un bon choix, un jeu borgésien avec les dangers de la littérature et de la philosophie pour les esprits faibles. Tout Dutourd y est déjà : il décrit les mésaventures d’un jeune homme sartrien qui entretient avec son maître les mêmes liens que Candide avec Pangloss, il invente un philosophe allemand utopiste et fait dialoguer un athée buté avec le Diable. Tout Dutourd y est parce que ce réactionnaire sensible voit les dangers des croyances aveugles et moutonnières dans nos sociétés, et montre à quel point elles peuvent rendre idiot ou malheureux, ce qui va souvent de pair. Évidemment, dans Les Horreurs de l’amour, le titre dit assez l’antiromantisme de l’auteur, le refus de voir dans l’amour-passion autre chose qu’une aliénation.

Inutile de dire que ce discours est difficilement audible aujourd’hui où on ne jure que par son adorable moi, où le naturel est une vertu, l’épanchement sirupeux une marque de sincérité et le développement personnel un horizon indépassable du destin. Dutourd aurait bien ri. Ou plutôt souri. C’est toute sa différence avec le réactionnaire contemporain : un scepticisme bienveillant qui peut avoir la dent dure, mais n’éructe pas.

Un gaullisme de vitrail

Pour comprendre Dutourd, il faut peut-être se rappeler qu’il a une boussole politique : le gaullisme. Mais un gaullisme de vitrail, celui qu’il a rencontré à Londres dans la Résistance et les combats de la libération de Paris. Et le gaullisme, finalement, n’est pas si réactionnaire que ça. C’est d’abord une manière de dire non. Non à des forces qui écrasent et des discours qui dominent sans partage. Quand on se souvient de Dutourd, ce sont souvent de ses pamphlets publiés dans les années 1980 contre la Mitterrandie. Ces textes de circonstances ne sont pas les meilleurs, on a l’impression qu’il est vexé, comme toute la droite à l’époque. Or il vaut mieux que ça, infiniment mieux, et il retrouve ses marques gaulliennes en 1994 dans un admirable petit livre, Le Vieil Homme et la France.

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Parce que ce qui compte, pour Dutourd, c’est la France avant tout. Pas tant par nationalisme, mais parce que ce pays mousquetaire, en bon gaulliste, il le voit comme une donnée spirituelle de l’histoire, un pays qui sait toujours, dans les moments critiques, où est l’honneur et l’indépendance. Et ce n’est pas forcément l’apanage de la droite. On se rappelle par exemple que Les Taxis de la Marne – où Dutourd, né en 1920, raconte la guerre de son père et sa propre entrée en résistance après s’être évadé en entendant l’appel du 18 juin dans un bordel – est dédié à Louis Rossel, un des rares officiers de carrière à estimer en 1871 que la légitimité de la France n’est pas dans l’abaissement versaillais de Thiers, mais du côté des communards. Il faudrait aussi s’intéresser, pour comprendre cet amour de la France, à ce très étrange roman uchronique, Mascareigne ou le Schéma. Mascareigne est un obscur secrétaire d’État qui parvient à s’emparer du pouvoir. Il transforme la France en URSF, Union des républiques socialistes françaises. Il en fait une nation belliqueuse, fière d’elle-même, qui annexe tous les pays francophones. Il restaure un véritable empire mais à la fin, il est assassiné comme César, dans un couloir de l’Assemblée, par… des députés centristes.

Un roman d’amour qui montre que l’amour n’existe pas

Cette liberté est manifeste dans son œuvre prolifique qui aborde tous les genres avec un même amusement, celui du raconteur d’histoires et du brillant causeur. On se souvient bien entendu d’Au bon beurre, son grand succès, sur une famille de crémiers qui fait fortune dans le marché noir. Mais on oublie à chaque fois ce monument que sont Les Horreurs de l’amour. C’est un roman d’amour qui montre que l’amour n’existe pas. Comme Stendhal, encore, Dutourd s’est inspiré d’un fait divers pour raconter les amours tragiques d’un député de la IVe République, Roberti. Il est amoureux de sa secrétaire, Solange, qui le quitte pour se marier. Valentin, le frère de Solange, qui n’est pas au courant de ce mariage, vient demander des comptes à Roberti. Il tombe sur la femme du député et lui dit tout. Roberti se venge et tue Valentin. Drame de l’adultère bourgeois : ça tient sur un ticket de métro.

Mais Dutourd invente une forme unique. Tout le roman est une conversation entre deux personnages, Moi et Lui. Moi, c’est l’écrivain sans imagination, Lui, c’est l’ami qui a de belles histoires, mais est incapable d’écrire. C’est Lui qui raconte. Cela donne un dialogue incessant, peuplé de digressions sur l’amour, bien sûr, mais aussi sur l’art, la littérature, la vieillesse, l’époque, la politique. 550 pages pour une longue promenade dans Paris, du Jardin des plantes au bois de Boulogne, par une lumineuse journée de juin.

Les Horreurs de l’amour est contemporain de Belle du seigneur, autre pavé impressionnant. Dutourd montre les ravages de la passion quand Albert Cohen en montre la fécondité sensuelle. Point commun : dans les deux cas, la passion est une impasse, elle dégénère dans l’ennui chez Cohen, dans le fait divers chez Dutourd. Son humour n’y change rien : à la fin, il reste un goût de cendre. Mais aussi et surtout la foi dans le roman car la parution de son livre est une surprise pour la critique qui fait face à un impérialisme du Nouveau Roman, dont se moque d’ailleurs Les Horreurs de l’amour, qui célèbre au passage le génie de Balzac ou d’Aragon, là où le Nouveau Roman installe un maniérisme du soupçon sur un genre jugé bourgeois et sclérosé dans le psychologisme.

Ce bonheur de redonner au roman sa puissance fondatrice, sa vocation à recréer le monde jusque dans ses moindres détails, il est visible à chaque page des Horreurs de l’amour. Il est temps, donc, que Dutourd sorte du purgatoire et apparaisse pour ce qu’il est : un formidable refondateur du genre romanesque par l’art de la conversation, par la désinvolture heureuse et, en un mot, par la joie.

Cette joie unique qu’il nous donne à le lire.

Jean Dutourd, Les Horreurs de l’amour (dessins de Philippe Dumas, postface de Max Berger), éd. Le Dilettante, 546 p., 2022.

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La vedette de la télévision britannique Jeremy Clarkson, photographiée en 2022 © Brian J Ritchie/Hotsauce/Shutter/SIPA

Au royaume de Charles III, une grande figure médiatique est menacée par la cancel culture.


Il s’agit de Jeremy Clarkson, longtemps animateur vedette machiste de l’émission pour amateurs de voitures, « Top Gear », adaptée par d’autres pays dont la France.

Viré par la BBC en 2015 pour avoir frappé un producteur, il a retrouvé son statut de star grâce à Amazon Prime Video. Connu depuis longtemps pour ses dérapages, il est allé très loin dans une de ses chroniques pour le tabloïd The Sun. Le 16 décembre, il exprime non sans humour sa détestation viscérale de Meghan Markle et affirme qu’il rêve de la voir promenée nue dans toutes les villes du pays et bombardée d’excréments par des foules en colère. Après le dépôt de 21 000 plaintes auprès du régulateur officiel de la presse, dont celle des duc et duchesse de Sussex, puis une prise de distance par le Premier ministre (interrogé par la presse, il a commenté: « Les mots sont importants »), Clarkson a présenté ses excuses dans une lettre adressée personnellement au prince Harry. Mais les Sussex ont fait savoir que ses excuses étaient insuffisantes. Amazon Prime a donc annoncé une probable suspension de ses contrats avec Clarkson, dès la fin de la diffusion de la troisième saison de la série de téléréalité « Clarkson’s Farm » et de la saison actuelle de « The Grand Tour », une sorte de « Top Gear »survitaminée.

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La sensibilité à fleur de peau du couple princier peut surprendre, alors que le duc de Sussex vient de publier une autobiographie dans laquelle il accable sa propre famille, mais le duo ne supporte ni la critique ni la contradiction et peut compter sur une meute de néoféministes et d’antiracistes pour vilipender ses adversaires.

En 2021, un autre animateur vedette, Piers Morgan, s’est vu contraint de démissionner de son journal matinal après avoir mis en doute la sincérité de Meghan Markle lorsqu’elle avait évoqué ses problèmes de santé mentale au cours du célèbre entretien avec Oprah Winfrey. Qui sera la prochaine victime de la vindicte des Sussex ?

Statues catholiques déboulonnées: pourquoi tant de haine?

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Stanislas Rigault à Villepinte, décembre 2021 © Rafael Yaghobzadeh/AP/SIPA

Un rassemblement se tient aujourd’hui à La Flotte-en-Ré (17), en opposition au démontage demandé par les juges d’une statue de la Vierge Marie.


À bien des égards, la période que traverse la France est douloureuse. Confronté à une succession de crises intérieures et extérieures, désormais presque résigné à renoncer à son ancien statut de « grande puissance », notre pays est, par-dessus le marché, progressivement dépossédé d’une identité dans laquelle il pourrait, pourtant, puiser toute la force vitale nécessaire à sa renaissance. 

À La-Flotte-en-Ré, une statue qui ne dérangeait personne

En témoigne la décision que vient de rendre la cour d’appel administrative de Bordeaux, vendredi 13 janvier : mobilisés par une section locale de La Libre Pensée, les juges bordelais ont intimé l’ordre à une mairie charentaise de retirer une statue de la Vierge-Marie. Plus précisément, c’est la mairie de La-Flotte-en-Ré qui a reçu, manu militari, l’injonction de “procéder à l’enlèvement [de la statue] dans un délai de six mois”. 

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Cette dernière, installée sur un carrefour de la commune depuis 1983, n’avait jusque-là jamais posé de problème à personne. Hélas ! Au printemps 2020, elle avait été sérieusement endommagée lors d’un accident de voiture. La municipalité avait alors décidé de la faire reconstruire à l’identique, puis de la réinstaller au même emplacement. Il n’en fallait pas plus pour que les militants de La Libre Pensée, inquiétés par cette intolérable entorse à la loi de 1905, saisissent la justice avec le succès que l’on sait. 

À vaincre sans péril, on triomphe sans gloire

L’histoire toute particulière de cette statue de la Vierge-Marie n’a sans doute pas aidé, disons-le, à amadouer la justice. L’œuvre avait été commandée par une famille locale à la fin de la Seconde Guerre mondiale, soulagée de voir revenir sains et saufs un père et son fils. Cette intime relation entre la dévotion catholique et l’amour de la France ne pouvait que déplaire ! Souvenons-nous de la lecture, par Emmanuel Macron en 2019, d’une lettre qu’Henri Fertet écrivit à ses parents à la veille de son exécution, en 1943. Le président de la République avait pris le soin de faire retirer les nombreux passages dans lequel le jeune résistant mentionnait très explicitement sa foi. 

Le sort de la statue de La Flotte-en-Ré n’a donc jamais fait le moindre doute : victorieuse sans péril, La Libre Pensée peut triompher sans gloire. Ce n’est pas une première. Il y a bientôt un an aux Sables-d’Olonne, sa section vendéenne avait obtenu de la justice qu’elle ordonne le déboulonnement d’une statue de Saint-Michel. Cette dernière, il est vrai, est fort indument installée devant le parvis de l’église Saint-Michel, elle-même sise au cœur… du quartier Saint-Michel. En 2018, c’est une croix figurant sur une statue de Saint Jean-Paul II dont l’association avait triomphé. 

Des laïques pas inquiétés par le séparatisme islamique

Curieusement, les zélés laïcards de La Libre Pensée semblent avoir fait du catholicisme leur cible exclusive. En tout cas, ils se montrent beaucoup moins regardants lorsqu’il s’agit de l’islam. Par le passé, l’association s’est, par exemple, illustrée en défendant mordicus le maintien de plats sans porc dans les cantines. À l’inverse, elle s’est toujours farouchement opposée à l’ex-loi contre le séparatisme islamiste, ou à toute tentative politique de faire interdire les vêtements islamiques. Allez comprendre… 

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On pourrait s’arrêter à ces tristes constats, et tout au plus s’en lamenter quelques jours sur les plateaux de télévision. Ce n’est pas l’ADN de Reconquête ! : lors de la campagne présidentielle, Éric Zemmour s’était rendu aux Sables-d’Olonne pour manifester son soutien à Yannick Moreau, maire courageux qui, face aux injonctions de La Libre Pensée et grâce au soutien massif de sa population, n’a jamais cédé le moindre centimètre de terrain. 

À leurs exemples, la Génération Z se rend à La-Flotte-en-Ré ce 28 janvier. Elle y portera ce message : il n’appartient pas aux juges et à une poignée de militants vindicatifs de faire effacer les traces de l’histoire de France, si intimement liée à celle du catholicisme. Elle dira également ceci : les statues, les églises et les crèches ne sont pas que l’expression d’un patrimoine désincarné, tout juste bon à remplir les musées. Elles ne sont pas non plus les vestiges d’une civilisation décédée ; elles sont enfin mieux que de simples racines : elles sont l’âme bien vivante, quoiqu’affaiblie, de notre pays. Elles sont la démonstration que tout ce qui est français est, au fond, chrétien – que l’on croit au ciel ou que l’on n’y croit pas. 

Il ne faut pas chercher plus loin les raisons de la haine que portent à ces statues les membres de La Libre Pensée. Mais que ces derniers en soient assurés : quoiqu’il arrive, ils nous trouveront toujours sur leur chemin.

Le français, chef-d’œuvre en péril

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Boualem Sansal © Hannah Assouline

Dans Malaise dans la langue française, dirigé par notre ami Sami Biasoni, 12 intellectuels nous alertent sur les menaces qui pèsent sur notre langue. Parmi eux, l’écrivain Boualem Sansal dont nous publions ici de larges extraits de la contribution.


Des temps fastes

« Glücklich wie Gott in Frankreich  », aimaient à dire les Allemands, avec une pointe de jalousie bien teutonne, c’est-à-dire franche et tenace. Ils n’étaient pas les seuls à envier ces Français qui avaient cette chance inouïe d’être Français vivant en France et qui, comble de l’ingratitude, trouvaient à se plaindre de la princesse, mais peut-être voulaient-ils seulement montrer que le bonheur n’est pas que dans l’abondance et la frivolité, il est aussi dans la critique et la dissidence. Dans le monde, jusqu’en ses terres les plus lointaines, on rêvait en toute occasion de cet Éden laïc et chahuteur où tout finit par des chansons, avec l’idée de le visiter un jour, d’y étudier, de s’y installer pourquoi pas, et d’apprendre en théorie et en pratique la recette des amours légères et des plaisirs fins, sans oublier les mille et une jouissives façons de râler à propos de tout et rien.

En ces temps bénis, tout allait de l’avant, l’économie, la culture, la science, l’expansion coloniale, la démographie, et le social aussi malgré tout. Il n’y avait que la religion qui stagnait mais qui s’en plaignait, personne, pas même ses prélats qui avaient trouvé dans la laïcité une porte de sortie pour aller faire leurs petites affaires sans trop se cacher. Lors des Trente Glorieuses, comme pressée par de nouveaux dieux, la France a réussi d’un seul bond en avant à sortir de ses campagnes bucoliques où il faisait bon somnoler après le fromage et le pousse-café pour investir les villes et s’inventer une modernité à l’américaine, tout en Plexiglas et néon mais avec son inimitable french touch. C’était le bon temps, on mangeait à sa faim, on s’amusait comme des fous, on était fiers de son pays, de son histoire, de soi, de ses enfants et de l’avenir on n’attendait que du bon. On s’accommodait plutôt bien de l’étranger, on ne lui demandait que de s’exprimer dans la langue de Molière, de bien cirer ses godasses et de se montrer reconnaissant.

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Et vint le général de Gaulle, qui sera à la France ce que les pyramides ont été à l’Égypte. Quel panache, en un mot, lâché du haut de ses deux mètres sous képi, il lui redonna ce que la République indélicate lui avait arraché, la majesté royale.

à l’indifférent suicide

Sept présidents plus tard, que reste-t-il de cela ? Rien, des choses et des trucs inconsistants. La pauvreté et la petitesse vont leur train, étendant leurs tentacules dans le pays et parsemant l’arrière-pays de méchants fibromes. Les gens font peine à voir, ils sont inquiets, nerveux, groggy, personne ne voit par quel maléfice leur France éternelle en est arrivée là. Ils répètent des mots sans suite : euro, Bruxelles, immigration, racisme, l’islam et ses variants salafiste et frériste, terrorisme, insécurité, banlieues en feu, mondialisation qui égalise par le bas, la droite et ses vieux démons, la gauche et ses nouvelles lubies. […]

Les Français ne sont pas les seuls à voir que la France décline et se meurt. Le monde entier s’étonne de voir ce grand pays qui l’a tant fasciné se suicider aussi bêtement. On ne s’étonne que parce qu’on ne sait pas. Moi je m’étonne de les voir s’étonner, comment ne la voient-ils pas, la cause première qui explique tout, elle est là, sous leurs yeux. […] Si la France va mal, elle ne le doit qu’à elle-même, personne ne l’a poussée au suicide, elle a sapé ce qui était le pilier porteur de sa personnalité, de sa culture, de son histoire, qui l’a fait briller dans le monde des siècles durant, que chacun dans ce vaste monde rêvait de pouvoir apprendre un jour pour dire son amour à la vie, à sa femme, à son pays, à lui-même, j’ai nommé le français, cette langue royale qu’on peut tout à fait croire qu’elle a été inventée par les dieux, par Apollon le musagète peut-être qui avait tant de cordes à son arc et savait si bien le bander. Au commencement était le Verbe, tout le reste est contingent, l’avez-vous oublié, hommes de peu de foi ?

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[…] Le pire est venu lorsque les Français, poussés par je ne sais quelle prétention, sont tombés sur la tête et se sont mis à brader leur trésor royal. Il y eut des appels à la mesure, au respect, rien n’y a fait, la folie ne se guérit pas avec des appels à la raison. Les Français, qui déjà ne l’étaient plus trop, se sont persuadés que leur langue était responsable de tout, du chômage, des inégalités, des injustices, du racisme, du machisme, de la misogynie, du sexisme et de l’homophobie ambiants. Ils l’ont charcutée, tordue, édulcorée, bref, dégradée à ce point qu’elle empoisonne la bouche qui la prononce et brûle le regard qui la lit. À force de masturbation mondaine, ils en vinrent à croire qu’en changeant la langue et ses déclinaisons, ils changeraient la société et la guériraient de ses maux. En mettant des points à la queue des mots, et pas seulement au bout de phrases selon la tradition, ils les neutralisent, les émasculent, les excisent, et font de leur discours un délire orwellien qui parle d’un monde faux, construit sur une histoire qui se réécrit selon les lois de l’offre et de la demande, entendre par là les diktats des uns versus les lâchetés des autres. Cachez ce genre que je ne saurais voir, disent-ils.elles. Et voilà le résultat, la langue est morte mais les maux sont toujours là, plus virulents.

Le coup de grâce arrivera avec la génération montante qui aux points épicènes ajoutera des virgules d’importation, des points doubles et tous ces signes très virils qui vocalisent la belle langue arabe, rabaissée au ras du wesh-wesh. Il n’y a pas que le genre dans la vie, d’autres sacrifient à la race, à la religion, aux mangas, ils voudront eux aussi forniquer en toute légalité avec la langue et lui faire des petits déclarés à l’état civil, à la mosquée ou au Web. Ces envies, ces caprices, ces jeux de vilains coûteront cher à la France. Déjà on n’entend plus personne au monde dire « Glücklich wie Gott in Frankreich », ni en allemand ni dans aucune autre langue. Une fois accompli, le crime est indépassable. […]

Sami Biasoni (dir.), Malaise dans la langue française, éditions du Cerf, 258 p., 2022, 20€.

Le mystère de la baisse du chômage

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Agence Pôle Emploi à Nice, août 2021 © SYSPEO/SIPA

Emmanuel Macron avance que la France serait en situation de quasi plein emploi pour justifier sa politique économique. La publication des chiffres du chômage ne fait plus l’objet de commentaires dans la classe politico-médiatique comme autrefois. Philippe Murer dénonce une vaste fumisterie.


Toue la politique de Macron, y compris la retraite à 64 ans, est justifiée par le fait que le chômage baisse et que « nous arrivons presque au plein emploi ». Puisque nous sommes presqu’au « plein emploi », baisser le niveau des allocations chômage pour les précaires, diminuer de 25% la durée de l’allocation chômage, baisser à six mois le taux plein d’allocation chômage pour les cadres est d’ailleurs tout aussi normal que de demander aux Français de travailler deux ans de plus.

La question qui se pose face à un président très malin est: ce « quasi plein emploi » qui justifie toute sa politique est-il réel ?

Première astuce de Macron: utiliser le taux de chômage selon l’Insee et non selon Pole Emploi

Quand on parle de l’Insee, tout de suite ça fait sérieux, fiable, indubitable. Le taux de chômage selon l’Insee affiche 7,3%, quasiment le plus bas depuis 40 ans : nous serions donc au quasi plein emploi.

Le problème est que ce chiffre de l’Insee n’est pas une statistique, c’est un chiffre issu d’un sondage et comme tout journaliste le sait, le chiffre que vous obtenez dépend des questions posées dans le sondage. Ainsi, ce taux de chômage de 7,3% s’accompagne d’un chiffre étonnant de 2,2 millions de chômeurs. Il y aurait donc 2.2 millions de chômeurs selon l’Insee contre environ 3 millions d’inscrits en catégorie A à Pôle Emploi et 6 millions d’inscrits en toute catégorie ? En fait, 4 millions de personnes vont s’actualiser tous les mois à Pole Emploi mais ce ne sont pas des chômeurs ! Cette petite entourloupe pourrait s’appeler : comment prendre 4 millions de Français et les autres pour des idiots.

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D’ailleurs, en pleine panique du Covid, en juin 2020, aucun porte-parole du gouvernement n’a triomphalement annoncé que le taux de chômage selon l’Insee était au plus bas depuis 40 ans. Et pourtant c’était la réalité… de ce chiffre. Normal, cela nous aurait tous mis la puce à l’oreille. Comment le taux de chômage aurait-il pu passer de 8,1% à 7,1% en six mois pendant que le PIB chutait de façon violente, que les entreprises étaient fermées et les Français étaient confinés !

Ce chiffre correspond de façon de plus en plus lointaine à la réalité. Le chiffre en dur de Pôle Emploi, avec des vrais gens qui s’actualisent et donnent leur carte d’identité, montre que l’écart entre les chômeurs selon l’Insee et Pole Emploi est passé de 1,4 millions à 3,5 millions de personnes.

La deuxième astuce du gouvernement est de disperser les chiffres du chômage de Pôle Emploi en cinq catégories afin que plus personne n’y comprenne plus rien

Il y a les chômeurs en catégorie A dont parlent la télévision et le gouvernement, environ 3 millions, et il y a les autres ; ceux qui travaillent quelques heures par semaine mais qui cherchent un emploi à temps plein, ceux qui sont au chômage mais en stage de formation et ceux qui sont dispensés de rechercher un emploi pour une raison ou une autre.

Cette dispersion des chômeurs permet d’afficher un nombre de chômeurs en catégorie A de 3 millions soit un chiffre équivalent à 1995. Quel triomphe pour Macron ! Bizarrement le nombre de chômeurs en catégorie ABCD a augmenté de 2 millions entre 1995 et 2022. Et si l’on rajoute les 2 millions d’allocataires du RSA qui souvent ne sont pas inscrits à Pôle Emploi (ils n’ont pas d’allocations chômage), on arrive à un chiffre de 8 millions de chômeurs correspondant à un taux de chômage d’environ 25%. Ce n’est plus tout à fait le « quasi plein emploi ».

Troisième technique de Macron

En juin 2017, le nombre d’apprentis était d’environ 400 000, il est aujourd’hui de 800 000. C’est normal puisque c’est quasiment gratuit pour les entreprises, l’État payant un an de salaire des apprentis en entreprise. Les chefs d’entreprise profitent à raison de cette main d’œuvre gratuite. Et ça fait 400 000 chômeurs en moins et 400 000 personnes au travail en plus. Souriez, c’est vous qui payez avec vos impôts.

En juin 2017, il y avait environ un million d’auto-entrepreneurs. Les auto-entreprises se créent au rythme de 600 000 par an. On peut évaluer le stock d’auto-entrepreneurs actifs à 2,5 millions. La majeure partie d’entre eux est payée un demi-Smic pour son travail selon l’Insee alors qu’il s’agit de leur unique ressource.

Entre apprentis et auto-entrepreneurs, Macron est arrivé à cacher sous le tapis près de deux millions de chômeurs.

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Il n’y a d’ailleurs pas qu’en France que les chiffres de l’emploi semblent maquillés. Aux États-Unis, les économistes de Wall Street s’arrachent les cheveux. Tous les mois depuis début 2022, l’annonce des chiffres de l’emploi donne deux chiffres très discordants. Ainsi, un chiffre annonçait pour les trois mois du deuxième trimestre 2022 300 000 destructions d’emplois quand l’autre, le chiffre médiatisé, annonçait un million de créations d’emplois et ceci quelques semaines avant l’élection de mi-mandat. La banque centrale de Philadelphie a refait les calculs et annoncé que l’administration Biden avait sans doute surestimé le chiffre de création d’emplois d’un million au deuxième trimestre [1].

L’étrange augmentation de l’emploi quand le PIB stagne

Les chiffres de l’emploi salarié de l’Insee disent que le nombre d’emplois salariés est passé entre fin 2019 et le troisième trimestre 2022 de 25,8 millions à 26,7 millions. Dans le même temps, le PIB n’a quasiment pas augmenté. Cela signifie qu’il faut presque 4% de main d’œuvre en plus pour produire la même chose. Bien sûr, une partie de l’explication réside dans les bidouillages préalablement exposés. Mais il y a une autre explication : la France comme d’autres pays occidentaux subit probablement une baisse de productivité, un des principaux moteurs de la prospérité.

C’est la micro-économie qui nous explique ce mystère. Il suffit de parler avec des salariés et des directeurs dans les moyennes et grandes entreprises. La financiarisation des entreprises, dit plus simplement le fait que nombre d’entreprises sont transformées en machines à fric par les actionnaires secondés par des PDG payés en options sur action, rend les entreprises occidentales malades de leur management. Les meilleurs partent ou sont virés car préoccupés par le client ou le produit et non par les objectifs purement financiers, la perte de sens touche toute l’organisation et la démotivation globale guette.

Si ces hausses d’emplois sans hausse de la richesse créée sont une bonne chose pour ceux qui sont embauchés, c’est pourtant un moteur clé de la prospérité qui semble s’éteindre.

L’étrange pénurie d’emplois

Il suffit d’ouvrir une radio pour entendre l’antienne : nous n’arrivons pas à recruter, il y a une pénurie d’emplois (voire l’insulte « les Français deviennent fainéants »). Je pose la question suivante à ces experts de l’économie de marché, donc de la loi de l’offre et de la demande : connaissez-vous une chose en économie de marché dont la pénurie entraîne une baisse des prix ? Visiblement oui, puisque vous parlez de pénurie de salariés avec « en même temps » une baisse des salaires (les salaires ajustés de l’inflation ont baissé d’environ 4% en France cette année). Miracle, nous venons donc de prouver que la loi de l’offre et de la demande ne fonctionne pas quand il s’agit des salaires et du fameux « marché du travail ».

La réponse réside sans doute dans l’interview vidéo de septembre 2020 du très sérieux économiste Oliver Passet, de l’Institut économique Xerfi : « Les grosses ficelles de la maîtrise du chômage. Tous ces dispositifs ne permettront pas de camoufler intégralement la vague de licenciements qui se profile… À défaut d’agir sur le réel, les économistes sont devenus des maîtres dans l’art de la déconnexion. »


[1] New-York Post: “Biden administration overstated Q2 job growth by 1 million: Philadelphia Fed« 

Guerre russo-ukrainienne: le char seul ne gagne pas la guerre

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Un soldat ukrainien dans le Donbass, 15 janvier 2023 © SOPA Images/SIPA

Les Ukrainiens s’équipent de chars Leopard de fabrication allemande, technologiquement supérieurs aux tanks russes qu’ils vont rencontrer sur le champ de bataille. Mais dans l’orchestre militaire le char ne joue pas tout seul.


Depuis quelques semaines, la couverture médiatique de la guerre en Ukraine met le char au centre de l’attention. Engin prioritaire dans la liste de courses et la communication ukrainiennes, place d’ailleurs que le char a ravie à la fin de l’année précédente aux systèmes sols airs Patriot et autres, il fait que le débat public s’est focalisé sur l’objet « MBT » (main battle tank ; char de combat) comme s’il s’agissait d’une voiture ou d’une moto.

Performances, modèles, prix, les éléments mis en avant n’ont pas permis d’aborder la seule question qui compte : quelle influence pourraient avoir les chars occidentaux (américains, allemands et français) sur les champs de batailles ukrainiens et plus encore sur l’évolution de la guerre ?

Il est intéressant d’apporter à ce débat quelques contributions du côté russe, notamment celle de Ruslan Pukhov. Pukhov a eu droit à son quart d’heure de gloire en octobre dernier quand, lors d’une interview en direct sur la chaine RBK TV, il a dit que « les munitions de rôdeurs russes [les drones, ndlr] utilisées par la Russie sont d’origine iranienne », ajoutant que « nous savons tous qu’elles sont iraniennes, mais les autorités ne le reconnaissent pas ». Directeur du Centre d’analyse des stratégies et des technologies (CAST) basé à Moscou, membre du Conseil public du ministère russe de la Défense, ancien DG de l’Union des armuriers russes qui représente les fabricants russes d’armes légères, Pukhov n’est pas un dissident et jouit à la fois d’une légitimité et d’une certaine liberté de parole, privilège de ceux dont la fidélité au pouvoir n’est pas en question, à condition, bien sûr, de ne pas exagérer. Ce qu’il écrit est donc important pour ceux qui souhaitent comprendre le point de vue russe.

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Dans une interview accordée au quotidien Moskovski Komsomolets, Pukhov affirme que la livraison de chars Abrams à l’Ukraine pourrait aggraver sérieusement la situation des forces russes. Selon lui, même les variantes d’exportation (Abrams est un nom de famille) du char américain sont nettement meilleures que les chars russes en service ou en production de série (c’est-à-dire en dehors du T-90M, qui n’est pas en production en série). Les chars russes déployés en Ukraine, continue Pukhov, utilisent des munitions de l’ère soviétique, suffisantes, à courte distance, contre les chars T-64, T-72 et T-80 [au service de l’armée ukrainienne], mais le problème est que les chars des pays de l’OTAN pourraient les atteindre à distance et les mettre en grande difficulté. Il ajoute que la Russie manque d’un ATGM (anti-tank guided missile) de 3ème génération comme le Javelin américain au service de l’armée ukrainienne. Les forces russes n’ont pas assez des Kornet, l’ATGM russe le plus moderne, et doivent se débrouiller avec des systèmes anciens comme le Konkur et le Fagot, de qualité très inférieure. En conclusion, il note qu’il est peu probable que 30-50 chars changent radicalement la situation, mais qu’en revanche 200-300 pourraient constituer un facteur opérationnel important. La solution, à ses yeux, est la fabrication rapide de systèmes antichars en Russie et leur déploiement.

A cette analyse il faut rajouter une dimension. Comme nous avons pu le constater pendant la campagne de France en 1940 ainsi que pendant l’offensive russe au nord de l’Ukraine, ce n’est pas le char en tant que tel qui fait la différence mais la manière dont il est utilisé. C’est le combat combiné ou interarmes qui permet aux qualités techniques du char de s’exprimer pleinement. Sans logistique, le char ne va pas loin et surtout ne revient pas. Sans défense antiaérienne et le soutien de l’aviation, le char et ses échelons logistiques sont vulnérables. Sans artillerie et sans fantassins, le char est une proie facile pour les missiles antichar et l’artillerie ennemis. En mars 2022 c’est l’artillerie ukrainienne qui a causé le plus des pertes aux blindés russes. Enfin, sans système de guerre électronique, d’interception de communication, de C3 (commande, contrôle, communication) et sans drones, les unités blindées sont aveugles et mal dirigées. 

Mais la technologie n’est pas tout. Une armée, dont les forces sont rompues au combat interarmes (doctrine, équipement, formation, entrainement), équipées de systèmes d’armement qui ne sont pas « dernier cri », se révèle plus performante qu’une armée disposant des systèmes les plus modernes mais mal coordonnés et incapables de produire une synergie. Dans ce domaine, les Ukrainiens se sont montrés bons élèves de l’OTAN et leurs planificateurs et chefs militaires savent manier le combat interarmes à un certain niveau. Enfin, leur organisation est plus souple, leur commandement uni et la qualité de leurs hommes en moyenne bien meilleure. Côté russe, faire face à un matériel supérieur n’est pas en soi un problème insurmontable. Les militaires russes connaissent leurs chars depuis longtemps, et les chaines logistiques, de l’usine jusqu’aux champs de batailles, existent. Un savant mélange d’éléments tactiques et de puissantes concentrations de force pourrait ainsi neutraliser les avantages technologiques. Mais comme toujours, pour faire un bon orchestre il faut beaucoup plus que des instruments de musique de qualité et des bons musiciens…                                           

Zone de confort écolo

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D.R

Les « zones à faibles émissions » seront imposées dans toutes les agglomérations d’ici 2025. Objectif: bannir les vieilles bagnoles des centres-villes. Tous les Français ne pouvant s’offrir une voiture « propre » seront donc interdits de circulation. Pas sûr que la France qui roule au diesel et fume des clopes se laisse faire sans broncher.


Si le sigle ZFE ne vous dit rien, un peu de patience, vous allez en souper. Ces « zones à faibles émissions » (ZFE ou « ZFE-mobilité »), c’est-à-dire des zones interdites aux vieilles bagnoles, se mettent petit à petit en place. Lorsqu’elles seront pleinement en fonction, des millions de Français, trop pauvres pour se payer une électrique, seront purement et simplement interdits de centre-ville.

Née en Suède en 1996, la ZFE est adoptée dès 2003 par le Royaume-Uni. En France, la loi d’orientation des mobilités (LOM) du 26 décembre 2019, et la loi Climat et Résilience du 22 août 2021 imposent la mise en place de ces zones avant le 1er janvier 2025 dans toutes les agglomérations de plus de 150 000 habitants.

Danger sanitaire

Selon le gouvernement, il s’agit de nous protéger des effets néfastes sur notre santé des particules fines (PF), une catégorie de particules en suspension dans l’air ambiant. Leurs dimensions et leur persistance durable à l’état d’aérosols leur permettent de s’infiltrer en profondeur dans les voies respiratoires. Selon leur degré de concentration et de toxicité, elles peuvent provoquer des pathologies plus ou moins graves.

Les données supposées légitimer les ZFE sont très alarmantes. En mars 2014, l’Organisation mondiale de la santé estime que la pollution aux PF aurait causé 7 millions de morts prématurées en 2012 dans le monde et, en 2016, l’Agence nationale de santé publique affirme qu’elle est responsable d’au moins 48 000 morts prématurées annuelles en France. Une partie significative de cette mortalité est attribuée aux particules émises notamment par les véhicules à moteur diesel. Ainsi peut-on lire dans Le Monde du 27 février 2019 : « Avec 48 000 morts par an, l’exposition aux particules fines peut réduire l’espérance de vie de deux ans dans les villes les plus polluées, selon une étude de 2016. » En 2022, Santé publique France réévalue l’impact de la pollution atmosphérique sur la mortalité annuelle en France métropolitaine pour la période 2016-2019. Il en ressort que chaque année, près de 40 000 décès seraient attribuables à une exposition aux PF des personnes âgées de 30 ans et plus, qui subiraient une perte d’espérance de vie moyenne de près de huit mois.

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Ces données interrogent, car la mortalité a baissé de plus de 20 % avant la mise en place des ZFE (à part l’expérience parisienne). Concernant Paris, l’ORS (Observatoire régional de santé) Île-de-France a publié le 10 février 2022 des données montrant qu’entre 2010 et 2019, le nombre annuel de décès attribuables à l’exposition prolongée aux particules fines est passé de 10 350 à 6 220 (une baisse de 40 %). Dans ces conditions, on peut d’autant moins attribuer ces résultats à l’introduction de la ZFE en 2015, qu’elle n’est que très moyennement respectée à ce jour.

Les recherches scientifiques en santé publique reflètent cette interrogation. Ce que constate le Journal of Medical Toxicology[1] : « Les données démontrent une relation dose-dépendante entre les PF et les maladies humaines, et l’éloignement d’un environnement riche en PF diminue la prévalence de ces maladies. Bien que des études supplémentaires soient nécessaires pour élucider les effets de la composition, de la chimie et de l’effet des PF sur les populations sensibles, la majeure partie des données montre que l’exposition aux PF entraîne une augmentation faible mais significative de la morbidité et de la mortalité humaines. »

Évidemment, tout le monde peut s’offrir une nouvelle voiture !

Aujourd’hui des ZFE existent déjà dans une dizaine de métropoles (parmi lesquelles Lyon, Strasbourg, Toulouse, Nice, Marseille, Montpellier, Rouen), mais l’automobiliste impénitent qui n’a pas eu le bon goût de se payer une nouvelle voiture bénéficie encore d’une tolérance. Les verbalisations pour non-respect des restrictions de circulation dans les ZFE tomberont dès la fin de l’année 2024.

Concrètement, comment fonctionnent-elles ? À la base du système se trouve le certificat qualité de l’air (« Crit’Air »), délivré à partir de la carte grise du véhicule, qui atteste de son niveau d’émission de polluants. Tous les véhicules routiers motorisés sont concernés. Ainsi, chacun devra afficher un autocollant coloré (la vignette ou pastille Crit’Air), qu’on pourra commander en ligne.

Instaurée en France en juin 2016, la vignette Crit’Air visait à différencier les véhicules en fonction de leur âge et des normes de pollution auxquelles ils répondent. Les véhicules les moins polluants obtiennent la vignette Crit’Air 0 (réservée aux modèles électriques ou à pile à combustible) alors que les plus polluants reçoivent la vignette Crit’Air 5 ou sont non classés (diesel d’avant 2001 et essence d’avant 1997).

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Le gouvernement prévoit une entrée en vigueur progressive des interdictions à partir de 2023, à quoi s’ajoute un zonage précis dans les quartiers les plus pollués. Cependant, pour de nombreux maires, ces ZFE représentent un casse-tête : comment surveiller le flux ? À terme, les ZFE seront surveillées par des caméras qui assureront la verbalisation des contrevenants, selon le principe contrôle-sanction automatisé. Mais qui paiera l’installation et l’entretien ? La malheureuse affaire des portiques écotaxe est toujours dans les esprits…

Surtout, leur mise en place risque de cristalliser l’opposition de ceux qui n’ont pas les moyens ou l’envie d’acheter un véhicule récent. Même à Bordeaux, où la municipalité écologiste s’active depuis son élection à pénaliser les plaisirs simples comme le sapin de Noël, il n’y a toujours pas de ZFE. Si le périmètre concerné a été défini (il sera limité à l’intérieur de la rocade), des discussions sont encore en cours pour déterminer le calendrier de mise en place et des restrictions/interdictions de circulation afférentes.

Cela ne surprendra pas les Parisiens et les banlieusards qui subissent depuis des années l’idéologie d’Anne Hidalgo et de son équipe, la capitale est à la pointe de ce progrès contestable. Paris a interdit les Crit’Air 4 (diesel d’avant 2006) dès le 1er juillet 2019. Les Crit’Air 3 (moteurs essence d’avant 2011 et diesel d’avant 2006) devaient y être proscrits mais, à en croire le gouvernement, ils viennent de bénéficier d’un sursis jusqu’en 2024, « après les Jeux olympiques ». Dans le calendrier initial, les véhicules à vignette Crit’Air 2 devaient, eux, être interdits dès 2024, mais ils pourraient également bénéficier d’un sursis.

Quartiers privés

À Marseille, depuis le 1er septembre 2022, il n’est plus possible de rouler dans la ZFE avec un véhicule non classé ou Crit’Air 5. Il en sera de même pour les Crit’Air 4 dès le 1er septembre 2023, puis pour les Crit’Air 3 un an plus tard. Lyon suit un calendrier similaire, mais refuse pour l’instant de donner une date d’interdiction précise pour les Crit’Air 3 et Crit’Air 2 (qui seront progressivement interdits entre 2023 et 2026, annonce la mairie). À Rouen comme à Paris, il est déjà interdit de rouler dans la ZFE avec un véhicule Crit’Air 4. À Grenoble, les Crit’Air 5 ne seront proscrits qu’en 2023 et les Crit’Air 4 en 2024. À Toulouse, les premières restrictions arriveront en 2023. Et partout dans le pays, les métropoles prévoient d’interdire toutes les autos n’arborant pas une Crit’Air 0 avant 2030. Ce qui signifie qu’à cette date, il ne sera théoriquement plus possible de rouler dans les ZFE durant la semaine entre 8 et 20 heures avec une voiture équipée d’un moteur thermique.

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En ce début 2023, les véhicules les plus polluants (Crit’Air 3, 4, 5 et non classés) représentent encore presque 40 % du parc français de voitures particulières. D’où le dilemme et les palinodies des pouvoirs publics. D’un côté, le 17 octobre dernier, le Conseil d’État a condamné l’État à payer 20 millions d’euros pour n’avoir pas suffisamment agi contre la pollution de l’air ; et de l’autre, on ne peut exclure des grandes villes ceux qui n’ont pas les moyens d’acquérir une voiture neuve. En tout cas, on ne devrait pas pouvoir, mais on peut envisager que les technos qui nous gouvernent décident sur un coin de table d’interdire les villes aux cochons de pollueurs. Qu’ils aillent se plaindre sur les ronds-points ! Pour le moment, dans la plupart des villes ayant créé leurs ZFE, les verbalisations sont rares. Tout le monde semble attendre l’arrivée, fin 2024, de dispositifs de verbalisation automatique, impliquant la pose de portiques et/ou de caméras. Le tarif pour les contrevenants sera de 68 euros – curieusement, on n’a pas ressuscité l’amende à 135 euros infligée durant le confinement aux sorteurs intempestifs.

L’amélioration de la qualité de l’air – notamment la baisse de la présence de particules émises par les moteurs diesel –, incontestable, est surtout le résultat du renouvellement graduel du parc automobile et du développement de l’offre de transport public – développement aujourd’hui enrayé par la pénurie de conducteurs. Les mesures ZFE, très contraignantes pour les automobilistes, mais aussi pour les municipalités qui devraient les gérer (et les financer), ne présentent donc pas une efficacité particulière. Tout ça pour ça ! Dès lors que le principal problème est le diesel dont les ventes et la part dans le parc automobile ne cessent de baisser et que le moteur thermique est condamné à l’horizon de 2035 (en supposant que cela reste d’actualité), il serait plus simple et moins coûteux d’aider les gens à changer de voiture plutôt que de se barricader à grands frais contre l’invasion fantasmagorique de pollueurs dont la colère, le moment venu, pourrait faire passer les Gilets jaunes pour d’aimables promeneurs du samedi.


[1] Jonathan O. Anderson, Josef G. Thundiyil & Andrew Stolbach, « Clearing the Air: A Review of the Effects of Particulate Matter Air Pollution on Human Health », Journal of Medical Toxicology, 2012

De Louis XVI à Louis Boyard, regardez la France qui tombe

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De gauche à droite, Louis Boyard (LFI), Marine Tondelier (EELV) et Antoine Léaument (LFI). Images : captures d'écran YouTube Europe 1 / France inter / RFI.

Le député Léaument (LFI) se réjouit de la décapitation de Louis XVI, le député Boyard (LFI) apparait dans un clip musical où l’on rêve de péter le champ’ à la mort des Le Pen, et Marine Tondelier (Conseillère régionale EELV) passerait bien les milliardaires français à la guillotine… Enfin, le grand ordonnateur de la Nupes, Mélenchon, « maudit » le président Macron. Comme tout ce petit monde est de gauche, nos médias ne trouvent rien à redire.


Pour devenir député sous la bannière de LFI, il est nécessaire d’avoir certaines qualités. La principale est de savoir faire abstraction de la plus grande partie de l’histoire de France pour ne garder et glorifier que celle qui commence avec la Révolution française. C’est d’une très grande bêtise mais cela permet à Antoine Léaument, député de l’Essonne, ou Louis Boyard, député du Val-de-Marne, de se nicher confortablement, avec un minimum de connaissances historiques et sans se faire de nœuds au cerveau, dans le mouvement opaque de Jean-Luc Mélenchon.

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De Louis XVI…

Antoine Léaument a vivement réagi dernièrement aux propos de certains députés rappelant, en la déplorant, la décapitation de Louis XVI le 21 janvier 1793. Il a d’abord twitté : « Louis Capet. Un traître à la patrie, un ennemi du peuple français. “Vive la Révolution et vive la République !” : voilà le mot d’ordre des vrais patriotes ! La France, c’est ça ! » L’avocat Gilles-William Goldnadel ayant eu l’audace de dire qu’il avait, en ce 21 janvier 2023, une pensée pour Louis XVI, « décapité par la bestialité de ces bêtes sans têtes », le même député LFI a twitté derechef : « Mépris de l’Histoire révolutionnaire et républicaine du peuple français. Glorification du traître à la patrie Louis Capet… Ras le bol de cet (sic) extrême droite qui méprise la France du drapeau (bleu-blanc-rouge) républicain et révolutionnaire. » Ces maigres slogans rabâchés depuis deux siècles sont d’une pauvreté absolue mais permettent aux incultes de continuer de le demeurer en ignorant aussi bien l’histoire de France d’avant 1789 que celle, riche et complexe, de la Révolution elle-même. Le petit-bourgeois insoumis a des rêves de Terreur plein la tête : « Comme Jaurès, “Sous ce soleil de juin 93, je suis avec Robespierre” », twitte-il encore. Léaument se prend pour Barère – s’il n’a pas le talent oratoire du rapporteur du Comité de salut public, il semble partager avec ce dernier un goût prononcé pour les peines de mort, les exécutions sommaires, l’élimination des adversaires politiques. La guillotine étant passé de mode, il choisit la manière indirecte, sournoise, moderne et lâche, moins salissante et moins risquée : l’autoproclamé « député You-Tuber » (ça fait quand même moins peur que « député hébertiste ») sévit sur YouTube, Twitch, Instagram, Facebook et TikTok, ces réseaux dits sociaux transformés parfois en ersatz de tribunaux révolutionnaires permettant à des Commissaires de la république de pacotille de se faire mousser un peu. Il est vrai qu’on imagine mal Antoine Léaument en haut d’une barricade, risquant sa vie en offrant sa poitrine aux fusils de la police réactionnaire au cri de « Vive la VIème République ».

… à Louis Boyard.

Le cas de Louis Boyard a été déjà traité dans ces colonnes mais il vaut la peine d’y revenir rapidement. Comme on sait, l’ex-dealer est un ami du rappeur Yanni Benchallal. Dans un clip de ce dernier, le député LFI apparaît, assis à la table d’un kebab, serrant très amicalement la main de cet artiste beuglant ses envies de « péter le champ’ » à la mort de Marine Le Pen et de Marion Maréchal, de planter « le drapeau algérien en mairie », d’utiliser le « taux de natalité, arme démographique » de ses coreligionnaires pour faire peur à « ces bâtards », etc. N’en déplaise aux régicides, c’est ce Louis-là qui déshonore la France, et qui mériterait, non pas la peine capitale (quand on est contre la peine de mort, on applique ce principe à tout le monde, sans aucune exception), mais au moins une peine d’inéligibilité pour manquement grave à sa fonction parlementaire ou déloyauté envers son pays.

Louis Boyard (assis) et le rappeur Yanni. Capture d’écran d’un clip musical (YouTube)

Ah ! ça ira, ça ira, ça ira, tous les milliardaires à la lanterne…

De son côté, EELV a élu sa nouvelle coupeuse de tête. Marine Tondelier a trouvé les coupables de tous les maux qui accablent les Français : les milliardaires. Par conséquent, lors du dernier meeting réunissant les principaux représentants de la Nupes, elle a fait part de son programme : elle veut « une France sans milliardaires ». Au fond, le programme d’EELV, assez proche de celui de LFI, s’il ne peut plus être celui du « sang » est celui du « sans » : une France sans nucléaire, sans contrôle migratoire, sans prisons, sans arsenal judiciaire, sans militaires, sans barrières à ses frontières, sans milliardaires, sans policiers, sans voitures, sans ingénieurs, sans enfants, sans travail et sans… Michel Sardou.

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Les insoumis de LFI et les écologistes d’EELV sont les dignes héritiers de ces petits-bourgeois et intellectuels de gauche de la fin des années 60, adorateurs des pires régimes. Benoît Rayski les range dans la catégorie homo sartrius et distingue deux branches : homo gauchistus et homo ecologistus [1]. C’est, dit-il, deux espèces originales dont les représentants sont réputés incapables de clamer « Vive la France » mais qu’on aurait entendu répéter « quelque chose qui ressemble à “abalafinans” ». Comme leurs illustres prédécesseurs sartriens, ces citoyens-là bénéficient d’un énorme avantage : les médias, majoritairement de gauche ou d’extrême gauche, ne dénoncent jamais leurs exactions, leurs appels à la violence, leurs dénonciations injurieuses ou leurs discours anti-français. Ils peuvent dire ce qu’ils veulent, sur qui ils veulent, de la manière qu’ils veulent. Jean-Luc Mélenchon peut crier, halluciné, l’œil mauvais et la voix vénéneuse, à l’encontre du président de la République (qu’on apprécie ce dernier ou pas, ce n’est pas le sujet ici) : « Soyez maudit ! », ou un député s’afficher avec un « artiste » appelant d’une manière à peine camouflée au meurtre de personnalités politiques, les médias dominants ne bronchent pas. Nous n’osons imaginer leur réaction si un représentant politique du RN ou de « Reconquête ! » s’était exprimé comme le leader de LFI ou, pire encore, était apparu dans le clip d’un rappeur se disant prêt à sabrer le champagne à la mort de Jean-Luc Mélenchon ou de Sandrine Rousseau – nous aurions eu droit alors aux cris d’orfraie sur France Inter et aux lamentations dans les pages du Monde et de Libération sur le retour du fascisme, des heures sombres, des chemises brunes, et tout le tintouin.

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Attirons enfin l’attention de nos députés enragés sur quelques personnalités mortes elles aussi un 21 janvier et auxquelles, au lieu de s’acharner sur ceux qui commémorent la mort de Louis XVI, ils pourront, si le cœur leur en dit, rendre hommage à l’avenir : Marcel Azzola (en 2019), Blaise Cendrars (en 1961), George Orwell (en 1950) et, the last but not least… Vladimir Ilitch Oulianov dit Lénine (en 1924).

[1] Benoît Rayski, Les bâtards de Sartre, Éditions Guillaume de Roux , 2018.

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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Elisabeth Lévy: « Louis Boyard cautionne l’appel au meurtre de ses collègues »