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Anne Hidalgo, un bulldozer contre les voitures

La conséquence du Paris sans voiture est un Paris tout vélo, une libéralisation de la « mobilité douce » qui scelle l’oppression du piéton

Anne Hidalgo, un bulldozer contre les voitures
Paris, décembre 2022. Parmi les aménagements aberrants : la rue de Rivoli. Deux tiers de la chaussée sont dédiés aux vélos ! © Paul Maumont

Au nom de la lutte contre la pollution, le maire de Paris ne cesse de repousser les voitures hors de la capitale. Et rien ne semble pouvoir arrêter une idéologie qui ne recule devant aucun moyen pour imposer manu militari un Paris tout vélo. Pendant ce temps, l’Assemblée nationale examine aujourd’hui une proposition de loi du Rassemblement national visant à interdire les Zones à Faibles Émissions (ZFE), une mesure de “séparatisme social”…


N’ayons pas la mémoire courte et ne nous contentons pas d’avance de l’hypothétique Paris de carte postale qu’Anne Hidalgo parviendrait à (re)créer pour la parenthèse des JO de 2024 – et à quel prix. L’histoire retiendra du long règne du maire de la capitale ses exploits en matière de saleté, de manque d’entretien des trottoirs et des chaussées, de constructions de tours et de travaux fantômes, d’abandon du patrimoine et de reconnaissance du langage inclusif, de politiques sociales insensées et de creusement de la dette, de coups tordus et de mensonges continus… mais aussi, et peut-être surtout, le chaos que cette idéologue doctrinaire a réussi à imposer en matière de circulation.

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C’est que Madame le Maire – qui ne se déplace qu’en voiture – n’aime pas la voiture, elle éprouve à son endroit une aversion profonde et nourrit une haine viscérale du véhicule motorisé en général. Après avoir coupé des voies entières, les berges de Seine et de plus en plus de tronçons de rues, elle a subdivisé en couloirs les grandes artères du baron Haussmann qui permettaient jusque-là une fluidité des transports : un grand couloir pour les vélos et un petit pour tous les autres, à l’Hôtel de Ville on appelle ça « un partage équitable de la chaussée [1] ». La conséquence est radicale : des embouteillages permanents, de jour comme de nuit, ont permis d’atteindre l’objectif escompté. De guerre lasse – et à force de rendez-vous manqués – les Parisiens, et plus encore les banlieusards à qui elle est souvent indispensable pour éviter des trajets de plusieurs heures, abandonnent leur voiture. Anne Hidalgo gagne progressivement son pari de bannir les moteurs de la ville, affirment ses thuriféraires (de moins en moins nombreux d’ailleurs). Mais dès lors qu’elle ne pouvait pas perdre, on voit mal où est le « pari ». En effet, elle impose sa vision magique par la force, le seul rapport qu’elle connaît. Son discours ne pouvant être accepté par toute personne censée, ou du moins astreinte à quelque obligation d’une vie quotidienne ou professionnelle – on pense notamment aux banlieusards et aux artisans –, elle barricade les rues et contraint le peuple à coups de blocs de béton et de barrières métalliques. Ainsi parvient-elle à faire respecter des règles physiquement incontournables et à offrir le spectacle d’ambulances et de camions de pompiers immobilisés, sirènes hurlantes, parmi des voitures elles-mêmes bloquées.

C’est de l’amour

Tous ceux qui la critiquent, s’ils ne sont pas d’extrême droite – comme la mairie aime à qualifier ses opposants –, n’ont rien compris à Anne Hidalgo qui œuvre pour notre bien. « Elle n’est pas méchante ! » assure Serge Orru, son ancien conseiller aujourd’hui président du conseil d’orientation de l’Académie du climat, un organe de la municipalité. Selon cet homme, pour le coup fort sympathique, car il conserve quelque chose du monde d’avant, la maire de Paris ne veut qu’une chose, nous sauver de la mort en mettant fin à la pollution « car la pollution tue ». En posant ainsi les enjeux, difficile de nuancer le discours sans apparaître pour un méchant qui veut tuer des petits enfants. « Les particules fines sont des assassins, explique cet amateur repenti de courses de motos et de F1, elles sont partout et proviennent aussi de la poussière de frein des moteurs, de tous les moteurs : voitures, bus, motos. D’où vient la vague de bronchiolite actuelle ? » se questionne-t-il faussement avant d’ajouter : « Visitez un hôpital d’enfants qui souffrent d’asthme, c’est terrible. »

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Retenons nos larmes pour lui faire remarquer que des pics de pollution ont été enregistrés en plein confinement, lorsqu’il n’y avait aucune circulation automobile. La réponse tombe aussi sec qu’un Vélib’ mal garé : « Ces pics correspondent aux périodes d’épandages de produits chimiques dans les champs, ceux de la Beauce notamment, et avec les vents, les particules d’ammoniac, entre autres, se sont retrouvées dans l’air de Paris. Ajoutez à cela les particules des moteurs, même ceux alimentant les chauffages… vous avez l’explication. Tout moteur est source de pollution. » Salauds de paysans ! À bas les frileux ! « À cause de la pollution, le monde de demain sera entre Mad Max et l’abbé Pierre, il y aura quelques riches bien lotis et des pauvres en mauvaise santé. » Heureusement que sainte Hidalgo est là pour nous protéger.

Quid de la « Journée sans voiture », ce fameux dimanche durant lequel même les véhicules électriques sont interdits de sortie ? « C’est pour que les Parisiens aient plus de place ! La surface d’encombrement d’une voiture est d’environ 10 m2 ! Il faut réduire la place de la voiture en ville. » Fallait y penser : si nous sommes à l’étroit et que nous ne pouvons pousser les murs, jetons les meubles par les fenêtres ! Mais qu’on se rassure, nous sommes de moins en moins nombreux dans cette souricière. Face à l’impossibilité grandissante de circuler dans Paris – aux embouteillages hidalguiens s’ajoute la déliquescence du réseau de la RATP – et à la difficulté de trouver un logement, de plus ne plus de Parisiens fuient la ville. Un signe qui ne trompe pas : on y ferme des classes ! À la rentrée 2022, 3 000 élèves ont manqué à l’appel dans le premier degré, ils étaient 6 000 dans ce cas en 2021. Aucune inquiétude à avoir, selon Serge Orru : « La démographie descend, mais elle va remonter, comme partout. »

La conséquence du Paris sans voiture est un Paris tout vélo – et trottinette –, une libéralisation de la « mobilité douce » qui scelle l’oppression du piéton. Quiconque sort de chez soi doit désormais regarder à gauche et à droite, même sur un trottoir. Le nombre d’accidents explose. Le Paris « réenchanté » d’Anne Hidalgo, c’est le danger permanent.

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[1] Rue de Rivoli, la mairie a fait construire deux pistes cyclables, l’une de 6,5 m de large dans le sens est-ouest et une autre de 3,5 m de large dans le sens inverse. Le reste du trafic (bus, taxis, riverains, artisans et livraisons – la rue est interdite aux autres) se retrouve concentré sur une voie de 3,5 m de large. Dix mètres pour les vélos, 3,5 pour les autres. (Le Figaro, 28 avril 2022)

Janvier 2023 – Causeur #108

Article extrait du Magazine Causeur


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Journaliste. Dernière publication "Capitale" (Les éditions du Cerf, 2021)

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