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Cohn-Bendit: et la sobriété idéologique, alors?

Sous les pavés l’immigré

Cohn-Bendit: et la sobriété idéologique, alors?
L'ancien député européen Daniel Cohn-Bendit face à la journaliste Anne-Elisabeth Lemoine, le 12 janvier 2023. Capture d'écran France 5.

Daniel Cohn-Bendit, invité à présenter son nouveau brulot immigrationniste sur France 5, dénonce le “roman national” et tresse des louanges à Zinedine Zidane avant de préciser: « Heureusement, nous sommes entre nous… »


À l’occasion de la sortie de son livre, au titre très subtil, Français mais pas Gaulois, l’inénarrable Dany le rouge – devenu Dany le vert au fil des années – était invité jeudi dans C à vous, l’émission la plus consensuelle du PAF, où le débat ne s’envisage qu’uniquement avec des gens qui pensent comme vous.

Tout comme vous !

Entouré d’une petite élite médiatique au conformisme patent, le rebelle des plateaux TV en a profité pour faire son show, et prêcher doctement son catéchisme immigrationniste qui peut se résumer en deux slogans : « Nous sommes tous des immigrés » et la France, « terre d’immigration », a besoin d’encore plus d’immigrés.


Autant rectifier tout de suite cette dernière erreur historique: non, la France n’a pas toujours été une terre d’immigration, elle a en réalité commencé à accueillir des étrangers à partir de la révolution industrielle vers 1850, au moment où le taux de natalité commençait à décliner.

Mais revenons à notre révolutionnaire embourgeoisé

Tout rassuré qu’il était d’être en de si bonne et respectable compagnie, Daniel Cohn-Bendit a pu se livrer, sans crainte d’être contredit, à des attaques en règle contre le récit national, celui du lien historique qui rattache les Français d’aujourd’hui aux ancêtres d’hier et qui se résume dans la formulation, devenue quasi-blasphématoire : « Nos ancêtres les Gaulois. »

A lire aussi, Elisabeth Lévy: L’humanitarisme n’est pas un humanisme

Ce récit est une « fake news », tacle Cohn-Bendit et son livre en apporte toutes les preuves. En réalité, il faudrait dire au Franco-allemand que cela fait déjà belle lurette que le roman national du Petit Lavisse a été délégitimé et broyé sous les fourches caudines de l’antiracisme doctrinaire pour être grand-remplacé par le récit des origines de ceux qui viennent d’ailleurs et la sacralisation de la diversité bienheureuse !

L’autorité et le roman national, ça se déconstruit, pardi!

Le leader de mai 68, fossoyeur de toute autorité, a-t-il oublié qu’il en a été lui-même l’artisan ? Notre soixante-huitard, devenu « révolutionnaire de canapé » comme dirait un gilet jaune, fait comme si ce roman national était encore enseigné dans toutes les écoles de France. Dire que le roman national est toujours enseigné dans nos écoles, voilà la « fake news ». Mais passons.

« La France a été faite par des immigrés » martèle-t-il ensuite avant de se lancer dans une liste à la Prévert, en piochant parmi les 450 personnalités mentionnées dans son livre. De l’Italien Lino Ventura à la Polonaise Marie Curie en passant par l’Espagnol Pablo Picasso et l’Américaine Joséphine Baker. Shooté à l’utopie diversitaire, notre anar’ soumis au nouvel ordre moral de l’humanitarisme et de l’immigrationnisme, préfère valoriser leurs origines plutôt que de rappeler la flamme patriotique d’une Joséphine Baker ou de dire combien tous ces artistes et scientifiques se sentaient appartenir à la France, ou encore de rappeler qu’à cette époque, notre pays savait encore assimiler. Cette France-là savait fabriquer des Français, et notamment grâce à ce récit national jugé aujourd’hui trop raciste, mais qui était pourtant un puissant vecteur d’assimilation. L’appropriation fictive de « nos ancêtres les Gaulois » a justement permis pendant des décennies à ceux qui venaient d’ailleurs de s’inscrire dans une histoire et une filiation communes au peuple français. Mais cette adhésion des immigrés à la France n’intéresse pas Cohn-Bendit, semble-t-il. Non, ce qui lui importe, c’est apparemment de faire comprendre que tous les immigrés sont interchangeables, qu’ils sont tous des persécutés à l’instar des juifs des années 30, que leur seule identité est victimaire et donc qu’à ce titre ils doivent être accueillis à bras ouverts par la-patrie-des-droits-de-l’homme qui, elle, doit se racheter une bonne conscience pour effacer son infâme passé colonial et collaborationniste.

La machine à amalgames tourne à plein régime, et la sobriété idéologique est renvoyée aux calendes grecques

Par un phénomène d’écrasement de la chronologie historique, tout se passe comme si l’immigration d’aujourd’hui était celle d’hier. Or, les personnalités citées plus haut appartiennent toutes aux premières vagues d’immigration, d’origine euro-chrétienne. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. D’après les derniers chiffres de l’INSEE, en 2021, 47,5% des immigrés vivant en France sont nés en Afrique. Et seulement 33,1% sont nés en Europe. De toute l’Union Européenne, la France est le pays qui accueille le plus d’immigrés en provenance d’Afrique et le moins issus d’autres pays européens, contrairement à nos amis allemands !

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Se rendant probablement compte de sa lecture partiale et dépassée de l’immigration, Daniel Cohn-Bendit finit par citer les nouveaux héros d’aujourd’hui issus de l’immigration extra-européenne ou de confession musulmane comme Mamoudou Gassama, ce jeune Malien sans-papiers, porté aux nues par toute la presse progressiste après avoir sauvé un enfant suspendu dans le vide au quatrième étage d’un immeuble parisien et depuis naturalisé, ou encore Lassana Bathily, ce manutentionnaire de l’Hypercacher qui avait caché des clients durant la prise d’otage d’Amedy Coulibaly, également naturalisé pour son courage.

Personne ne dit que Gassama et Coulibaly ne sont pas courageux, mais Cohn-Bendit croit penser le contraire !

Peu importe, il continue sur sa lancée et évoque les réfugiés ukrainiens, sans préciser qu’il s’agit en grande majorité de femmes et d’enfants dont le seul objectif est de retourner dans leur pays lorsque le conflit avec les Russes prendra fin. Autrement dit: pas grand-chose à voir avec tous ces jeunes hommes immigrés venus d’Afrique du Nord qui fuient des pays qui ne sont pourtant pas en guerre pour venir chercher un avenir, pensent-ils, meilleur en France.

« Soyez réaliste, demandez l’impossible », l’un des slogans de 68 doit toujours lui servir de boussole

En bon européiste, on le sait, Cohn-Bendit ne cesse de citer l’Allemagne en modèle. Alors même que depuis l’affaire des 600 femmes agressées sexuellement le soir du 31 en 2015 à Cologne par des immigrés et l’attentat du marché de Noël de Berlin en 2016 perpétué par un demandeur d’asile tunisien, l’Allemagne a mis un terme au dogme de l’accueil inconditionné des immigrés en limitant à 200 000 par an le nombre de demandeurs d’asile et en menant une politique très exigeante en matière d’intégration. Au fil de son monologue, Cohn-Bendit s’emballe: « Arrêtons avec ces histoires », s’exclame-t-il sous entendant: arrêtons d’évoquer l’autre réalité, la face noire de l’immigration incontrôlée en France, celle qui ensanglante notre quotidien, celle qui est un facteur de la surpopulation carcérale (24% d’étrangers dans nos prisons surpeuplées). Pour rappel, l’émission dont il est question a été diffusée au lendemain de l’attaque au couteau à la Gare du Nord par un étranger clandestin sous le coup d’une OQTF. Mais pas question pour notre gourou libéral libertaire de libérer la parole sur tous les sujets. Sur les OQTF, seul le mutisme semble autorisé. «Arrêtons aussi de croire que les réfugiés sont des êtres merveilleux, il y a autant de cons chez les immigrés que chez les bio Français (sic) », finit-il par concéder.

Les sondages, ces fake news

Le meilleur est pour la fin. Interrogé sur le consensus des citoyens français, qui souhaitent à plus de 70% limiter les flux migratoires, Cohn-Bendit, affectant une moue pleine de dédain, rejette cette opinion d’un revers de main en la traitant de « fake news ».

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Tout émoustillé de voir briller dans le regard de ses comparses de plateau une rassurante complicité idéologique, Cohn Bendit admet: « là, on est entre nous », et se lâche: « si l’identité française ce n’était que le peuple du RN et de Zemmour, alors il faut fuir le pays, c’est horrible ». Voilà comment 15,5 millions de Français (si on additionne les 13 millions d’électeurs qui ont voté pour Marie Le Pen, et les 2,5 pour Eric Zemmour) se font insulter sur une chaine du service public, sans que personne ne s’en offusque !

On aurait pourtant bien aimé que France 5 organise un vrai débat sur pareil sujet, avec des opinions contradictoires. On aurait aimé avoir, par exemple, face à Daniel Cohn-Bendit, Amine Elbahi, ce juriste menacé de mort après le reportage d’Ophélie Meunier sur le communautarisme islamiste à Roubaix, et qui vient d’affirmer haut et fort que la Gare du Nord n’est plus la France et qu’il y a un lien « existentiel » entre l’immigration incontrôlée et l’insécurité…

Mais, ce serait prendre ses désirs pour des réalités !

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