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Que l’exécutif se saisisse vraiment du sujet de l’immigration!

L’immigration est un sujet au cœur des préoccupations des Français, qui ne doit pas rester le monopole des extrêmes. «La France s’apprête à connaître un déclin de sa population que seule l’immigration pourrait combler à court et moyen termes», écrit Bruno Tertrais, dans une note de l’Institut Montaigne publiée hier. Faute d’accord avec les LR au printemps, le projet de loi immigration/travail porté par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt est reporté à l’automne à une date inconnue…


Tout au long de notre histoire, les mouvements migratoires ont fortement influencé les opinions publiques, qui les perçoivent comme autant de menaces pour nos valeurs, notre cohésion nationale et notre sécurité. La captation partisane de ces problématiques par les organisations politiques contribue aussi à une crispation qui rend inaudible toute tentative d’analyse factuelle, toute proposition modérée ou tout simplement réaliste. Entre une droite censément autoritaire et sécuritaire, et une gauche au discours « humaniste » sans contrepartie, les partis traditionnels modérés n’ont cessé de se fracasser au principe de réalité de la situation migratoire. Aux yeux des électeurs, ils n’expriment plus qu’une opinion partagée, aux corrections partisanes minimes, sans influence sur l’évolution globale de la situation.

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La distorsion entre les discours et les actes a considérablement renforcé la suspicion des Français, nourrissant un rejet de la parole politique, et une méfiance à l’encontre des populations intégrées, victimes de tous les amalgames possibles.

Un sujet à risque pour les partis modérés

Au-delà des études comptables des phénomènes migratoires, c’est à la racine des sentiments générés par cette immigration que les pouvoirs publics doivent réfléchir pour produire des politiques efficaces.

Les droites extrêmes l’ont bien compris en s’appuyant sur la puissance des ressentis pour prôner une politique de rejet total fondée sur l’axiome « zéro immigration » sans développer outre mesure des solutions alternatives pour notre économie comme pour notre société. Quant à la théorie des partis d’extrême gauche, elle repose sur une braderie permanente de notre souveraineté et foule au pied les appréhensions légitimes d’une majorité de la population française face à cette question.

Quand bien même elle constitue aujourd’hui pour les partis modérés, l’un des sujets les plus « à risque » politiquement, la politique migratoire ne doit en aucun cas être abandonnée aux prismes idéologiques des extrêmes. Il existe un problème d’immigration en France (et en Europe), le devoir de tout représentant politique consiste donc à s’y confronter, à développer des visions communes et à imaginer des solutions transpartisanes efficaces et durables (le Danemark nous a démontré que c’est possible).

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Mais la recherche de solutions ne peut intervenir qu’après une analyse objective des phénomènes et de leurs conséquences. Trois types d’immigration coexistent aujourd’hui dans notre pays, dont deux sont à combattre et une à encourager.

« Limmigration agressive » se définit comme une immigration délinquante, qui empoisonne la vie des habitants de nombreuses villes et de nombreux quartiers. Il ne se passe pas une semaine sans une agression, un délit ou un crime commis par un étranger, quelquefois sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Les pouvoirs publics ont enfin reconnu un lien entre la délinquance et une partie de l’immigration. Cette réalité visible et invivable nuit à tous, y compris en termes d’image à la majeure partie des étrangers régulièrement installés., La dénonciation de ce phénomène d’immigration agressive et la volonté de lutter contre, en particulier par le biais des expulsions généralisées, doivent être un marqueur fort du pouvoir en place, afin de jouer sur trois leviers majeurs : une diminution sensible de la criminalité, une satisfaction de l’opinion publique qui plébiscite un retour de l’autorité, la fin d’un monopole de parole de la droite extrême sur ce sujet.

La seconde immigration à combattre est « limmigration invasive ». Sondage après sondage, les Français font état d’un malaise face à une arrivée perpétuelle de migrants, qui pousse à un rejet global, incluant là aussi les populations étrangères les mieux intégrées. Avec des augmentations de près de 64% des flux de migrants clandestins en 2022, et près de 50% des demandeurs d’asile en 2021, l’Europe est manifestement incapable aujourd’hui de protéger nos frontières communes. Il y a urgence à ce que les États de l’UE changent collectivement les règles du jeu européen, ou à défaut, agissent individuellement. Le Danemark l’a bien compris en externalisant à la fois ses demandes d’asile et ses prisonniers étrangers dans des pays tiers, orientations menées par les socio-démocrates au pouvoir, qui font l’objet d’un réel consensus entre toutes les formations politiques. Même si la France n’a pas pris la précaution de se prémunir face aux traités européens des mêmes garde-fous que ce pays nordique, les situations ne sont jamais figées et cet exemple est à méditer.

Une opinion publique désabusée

Sur ces deux types d’immigration, il nous faut appliquer un principe de réalité et mener des luttes efficaces, réclamées par nos concitoyens. On ne peut se l’interdire sous prétexte que ces évidences sont déjà dénoncées par d’autres. En clair, il nous faut retrouver un État fort et volontaire.

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Cependant, il est un troisième type d’immigration qui permet aux partis modérés de compléter ce principe de réalité, de façon radicalement différente des thèses extrêmes, qui font peu de cas des considérations humaines ou économiques, c’est « limmigration sélective ». De tout temps, notre civilisation et notre société se sont nourries des apports de l’immigration en termes de main d’œuvre, mais aussi de culture, de savoir, de sciences et techniques. Un apport mesuré et contrôlé de bras et de cerveaux est, aujourd’hui comme hier, nécessaire au développement de nos économies, de notre vie associative et étudiante, de notre dynamisme culturel, sportif et créatif. C’est bien dans cette faille-là, que les partis modérés doivent s’engouffrer en démontrant l’inanité d’affirmations comme le « zéro immigration » ou le « tout immigration ». Mais face à une opinion publique largement désabusée, ils ne pourront être crédibles et efficaces sur cette troisième phase que s’ils s’engagent résolument sur les deux autres.

Les hommes en noir

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«Le Monde» a peur: le RN a décidé de s’intéresser à l’écologie!

Selon un éditorial récent et lunaire du journal du soir, les idées vertes ne sont ni menacées par l’islamo-gauchisme d’une Marine Tondelier, ni par les excès écomisandres d’une Sandrine Rousseau, ni par des mouvements encore plus radicaux comme les Soulèvements de la terre. Non: le quotidien craint que les «idées vertes» de l’écologie autorisée ne soient «dérobées, détournées puis repeintes en brun».


Le Monde est très inquiet. Ce ne sont pas les dizaines d’agressions au couteau par jour ni les viols barbares comme celui qu’a subi cette jeune femme à Cherbourg qui l’inquiètent – d’ailleurs il n’évoque jamais (ou alors longtemps après) ce qu’il considère n’être que des « faits divers » sans importance. L’insécurité, la délinquance, les trafics, l’effrayante brutalité avec laquelle sont commis quotidiennement des vols, viols et agressions, le lien de plus en plus évident entre l’augmentation de ces crimes et l’immigration, n’intéressent pas Le Monde. Mais alors, quelle est la raison de cette inquiétude grandissante qui tétanise les journalistes du quotidien crépusculaire ?

Grosses ficelles

L’éditorial du 14 août dernier est intitulé “Écologie et extrême droite : un dangereux mélange”[1]. Parfaite illustration d’un journalisme qui, devenu militant, est prêt à toutes les outrances, ce papier se contente des anathèmes « contre l’extrême droite » qui font l’essentiel des arguments d’une gauche médiatico-politique qui ne parle plus qu’à elle-même et ne comprend pas, malgré sa présence presque monopolistique dans les instances médiatiques, que le « populisme » de droite gagne du terrain en France comme dans de nombreux pays européens souffrant des mêmes maux. Marine Le Pen ayant décidé de s’intéresser à l’écologie, Le Monde s’attaque au RN en usant des grosses ficelles habituelles: « Entre les mains des démagogues de l’extrême droite, l’idée universaliste et émancipatrice de la protection de la planète et des êtres vivants risque de se transformer en un vecteur de fausses théories, de nationalisme et de xénophobie. » Ce procès d’intention s’accompagne d’un panel des idées nauséabondes qui nourriraient les représentants du RN, entre autres celle d’un « parallèle entre la protection de la biodiversité et celle des “races” essentialisées » afin de « justifier leur défense du repli des peuples sur eux-mêmes et leur phobie du métissage ». Cette grossière argumentation ne distingue pas, pour les discuter, deux notions écologiques distinctes – pour le dire vite : celle combinant conservatisme et foi en l’ingéniosité humaine pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie et celle, radicalisée, sentimentaliste et révolutionnaire, de l’écologisme anticapitaliste et « décroissant » – mais stigmatise uniquement la première en dénonçant une fantasmatique tentation écofasciste reposant, tenez-vous bien, sur… le « rejet des éoliennes » et une « défense de la voiture individuelle, des pavillons et de l’agriculture productiviste au nom de “l’enracinement” ». Bref, tout est bon, jusqu’à la bêtise, pour brunir un programme écologique opposé au programme officiel et qualifié de « greenwashing nationaliste » par les calotins de la religion écologiste guidés par les Saintes Écritures du GIEC…

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Fascisme pour fascisme, les journalistes du Monde auraient pu tout aussi bien souligner les possibles connexions entre l’écologisme contemporain – d’abord allemand (celui des redoutables Grünen), ensuite français et, dans tous les sens du terme, rousseauiste – et la loi sur la protection de la nature du Reich (Reichsnaturschutzgesetz) de 1935, loi qui renoue, écrit le philosophe Luc Ferry[2], « avec la vision romantique d’une histoire à trois temps (âge d’or, chute, restauration) » issue d’une écologie nazie qui opposa en son temps au « classicisme français, rationaliste, humaniste et artificialiste, la représentation allemande d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, authentique, car accessible aux “seules voies du sentiment” », et qui fut par conséquent « hostile à ce que nous appellerions aujourd’hui la “modernisation” économique ». Ces journalistes auraient ainsi pu déceler dans l’écologie sentimentaliste et irrationnelle des Verts l’espoir tout germanique du retour à une « authentique » et idyllique nature originelle, authenticité originaire dont la société, les sciences et les arts nous ont éloignés, pensait Rousseau (Jean-Jacques). Ainsi, Rousseau (Sandrine) dit préférer « les femmes qui jettent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR ». D’auto-proclamés adorateurs de Gaïa souillent des œuvres d’art jugés « inutiles ». Les Verts européens, refusant « le mythe du progrès technique et de la croissance », justifient la nécessité d’une loi sur la « restauration de la nature » et des croyants fanatiques de la Nouvelle Église Verdoyante se livrent à la destruction de biens d’entreprises ou de particuliers au nom d’une vision apocalyptique du destin de « la planète ». Dire que l’écologie actuelle est nazie, fasciste ou brune, serait aussi excessif et insignifiant que les propos insignifiants parce qu’excessifs du Monde. Il n’en reste pas moins vrai que l’écologisme est une religion reposant essentiellement sur l’idée d’un paradis climatique perdu (les époques pré-industrielles)[3], d’un présent coupable de tous les maux climatiques et d’un futur climatiquement radieux parce que débarrassé de ces scories que sont, à ses yeux, le capitalisme, le progrès scientifique, la croissance, ainsi que tout ce qui constitue les fondements politiques, économiques et culturels de l’Occident. D’autres « ismes » eurent les mêmes aspirations de destruction du monde, de tabula rasa, avec les conséquences que l’on sait. Celui-ci a la particularité d’avoir mis en branle une révolution soft, sentimentaliste et émotionnelle, qui la met à l’abri (pour le moment) d’une résistance qui devrait être féroce mais qui reste molle, voire complaisante – le RN lui-même est obligé de jurer ses grands dieux qu’il n’est pas « climatosceptique » –  et qui, de toute manière, est étouffée dans l’œuf par la propagande écolo dispensée à l’école et dans les médias.

Marine et les curés du climat

Marine Le Pen ayant déclaré avoir « un projet qui tient compte de l’environnement et de l’écologie », Le Monde brandit le spectre fasciste. Mais, enfiévré par sa harangue antifasciste, le journal se met à délirer. Il pose une question qu’il juge inquiétante et que nous qualifierons, pour rester poli, d’étrange : « Après avoir dérobé la laïcité, le patriotisme et la valeur travail à la gauche, le RN pourrait-il en faire de même avec l’écologie ? » Le RN n’a rien « dérobé » du tout mais s’est contenté de recueillir des valeurs orphelines, celles qui, choyées par la gauche historique, ont été abandonnées par la gauche et l’extrême gauche actuelles. Avec l’islamo-gauchisme est advenue la remise en cause d’une laïcité qui, jugée trop brutale et discriminante, est maintenant qualifiée, au sein même de la gauche, de « laïcarde ». Grâce à Sandrine Rousseau, le travail est devenu une « valeur de droite » et la nouvelle valeur de gauche est le « droit à la paresse ». Quant au patriotisme, cette valeur réputée être fondatrice de la gauche française depuis la Révolution, l’extrême gauche n’a eu de cesse ces dernières années de le confondre avec un nationalisme qui ne peut être, selon elle, que le réceptacle de pensées « nauséabondes », haineuses et xénophobes – les mots patrie, nation et France ont disparu des discours de la gauche, sauf quand il s’agit de les dénaturer. Concernant la seule écologie politique, ses excès rhétoriques, son absence d’argumentation rationnelle, ses accointances avec le wokisme et son islamo-gauchisme de plus en plus clairement affiché auraient dû jeter le doute quant à ses réelles ambitions « pour la planète » – malheureusement, en plus de soixante-huitards attardés, de jeunes bobos, élevés dans les couveuses écolo-wokes que sont devenues notre école et nos universités et hypnotisés par la vision apocalyptique des évangélistes écologiques, gonflent régulièrement les rangs de cette terrifiante religion et des sectes gravitant autour d’elle, associations et réseaux d’activistes ignares et nuisibles.

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Le Monde aime à se faire peur. Il craint que les « idées vertes » de l’écologie autorisée ne soient « dérobées, détournées puis repeintes en brun ». Peut-être redoute-t-il que d’autres idées ne connaissent le même sort. Imaginons que demain, Marine Le Pen ou, pire, Éric Zemmour, annoncent vouloir promouvoir un gigantesque Plan de recherche médicale contre le cancer. « Recherche contre le cancer et extrême droite : un dangereux mélange », titrerait sans doute alors le quotidien. « Depuis longtemps, écrirait-il, le terrain a été préparé par des théoriciens de l’extrême droite qui ont tissé des liens entre thématiques identitaires et recherche médicale. » L’air de rien, l’éventualité d’expériences chimiothérapiques réalisées uniquement sur des cobayes « racisés » ou des migrants serait évoquée – l’influence de Josef Mengele serait subtilement sous-entendue. En même temps, un « medicalwashing nationaliste » serait dénoncé. « Les progrès médicaux, conclurait le journal, courent un nouveau danger : être dérobés, détournés puis repeints en brun. » Avouez que ça fiche la trouille, non ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/14/ecologie-et-extreme-droite-un-dangereux-melange_6185342_3232.html

[2] Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, 1992, Éditions Grasset.

[3] Les merveilleuses époques climatiques pré-industrielles fantasmées par les écologistes ont en réalité été caractérisées par des phénomènes paradoxaux et irréguliers. Dans son dernier, excellent et combatif essai, Le climat par les chiffres. Sortir de la science-fiction du GIEC (l’Artilleur, 2023), Christian Gérondeau cite l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie : « L’époque romaine a bénéficié entre 200 avant J.-C. et 200 après J.-C. d’un optimum avec un climat à peu près similaire à celui du XXe siècle. À l’époque mérovingienne, une glaciation modérée a vu le jour vers l’an 500 avant un nouvel optimum connu sous le nom « d’optimum climatique médiéval » survenu entre 900 et 1300, qui fut contemporain de défrichements importants et d’un essor démographique notable. […] Plus proche de nous, un petit âge glaciaire s’ouvre au XVIe siècle et se termine au milieu du XIXe siècle. À partir de 1570 les glaciers alpins progressent fortement, quelques fois de plus de 40 mètres par an. […] À la fin du XVIe siècle, à Chamonix, la Mer de Glace atteint et détruit ainsi des hameaux voisins. Provoquée par les pluies, la famine de 1693 fit 1,3 million de morts sur 20 millions de Français. L’hiver 1709 fut l’un des plus froids jamais connus en Europe, ce qui provoqua près de 600 000 morts dans notre seul pays. […] À partir des années 1850-60, sous l’influence de belles années chaudes, c’est la fin du petit âge glaciaire avec un nouvel optimum. » Ces observations incontestables ont été avalisées par le GIEC, sous forme d’un graphique, dans son premier rapport datant de 1990. Pourtant, précise Christian Gérondeau, dans le sixième rapport du GIEC de 2021, un nouveau graphique, « issu de mystérieux “modèles” », travestit le graphique originel en gommant les écarts climatiques et en faisant surgir un seul « pic » s’élevant à partir du début du XXe siècle. Le GIEC affirme alors que « la température de la surface du globe s’est élevée d’ 1,1°C par rapport à la période pré-industrielle » mais omet de dire que cette période pré-industrielle est celle du « petit âge glaciaire » évoqué ci-dessus – tout est fait pour « faire peur », laisser croire que le « changement climatique » est un phénomène nouveau et corroborer l’idée qu’avant l’ère industrielle et l’utilisation des énergies fossiles, le climat était quasiment linéaire. Les bigots de la religion écologiste gobent sans barguigner ce catéchisme. Pourtant, « à lui seul ce graphique, qui cache en outre le fait que la température terrestre a cessé de croître depuis 2015, disqualifie le GIEC », écrit Christian Gérondeau.

L’opposition sud-africaine en rangs serrés face à l’ANC

Sept partis d’opposition en Afrique du Sud sont parvenus à un accord afin de former une coalition visant à battre l’African National Congress (ANC) aux prochaines élections générales prévues en 2024. Une alliance inédite et historique qui pourrait mettre fin à trois décennies de pouvoir sans conteste du parti de Nelson Mandela. 


Trente ans après la chute du gouvernement de ségrégation raciale, l’Afrique du Sud est plongée dans une crise économique, sociale et politique qui perdure. Le bilan des héritiers de Nelson Mandela a désormais un goût amer pour des millions de Sud-africains. Miné par la corruption, jusqu’au plus haut sommet de l’État, le gouvernement de l’African National Congress pourrait potentiellement perdre le pouvoir aux prochaines élections législatives de 2024 et le céder à une nouvelle coalition inédite qui vient de se former. Le 17 août, après deux jours de réunions intenses, sept partis politiques se sont réunis et ont conjointement signé une « Charte multipartite pour l’Afrique du Sud » afin de mettre fin à l’hégémonie du parti du président Cyril Ramaphosa. Le professeur William Gumede, qui a présidé cette réunion, a déclaré que les partis se sont également entendus sur un partage du pouvoir, la nomination de personnes à des postes gouvernementaux et la structure d’un éventuel cabinet multipartite, en cas de victoire aux élections.

Une clique hétéroclite

Parmi cette nouvelle formation très hétéroclite, on trouve trois partis parlementaires (la Democratic Alliance qui a initié cette rencontre comme principal parti d’opposition ; le Freedom Front + qui milite pour l’établissement d’un volkstaat blanc ; l’Inkhata Freedom Party, ethniquement composé de Zoulous) et quatre partis mineurs (l’Action SA qui s’est récemment posée en « faiseur de rois » aux dernières élections municipales dans la province phare du Gauteng, le libéral-conservateur United Independent Movement, le Spectrum National Party multiconfessionnel et multiracial et l’Independent South African National Civic Organization dont le leader controversé a alimenté les chroniques judiciaires du pays). Un poids électoral non négligeable face à l’ANC, qui n’a cessé de perdre du terrain au fur et à mesure des scrutins qui se sont succédé.

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Face à la presse rassemblée à l’Emperor Hotel, à Kempton Park, le député, John Henry Steenhuisen, s’est dit satisfait par cet accord. Le leader de la DA a rappelé que c’était l’aboutissement d’un projet dans lequel « son parti s’était profondément investi » et a expliqué que cette nouvelle formation « allait apporter des solutions concrètes pour améliorer la vie des Sud-Africains » à travers un programme ambitieux résumé en seize points et « sauver leurs vies ». « Cela concerne l’Afrique du Sud et son peuple. Ce n’est pas un club de partis anti-gouvernementaux. La raison pour laquelle nous nous sommes réunis est bien plus importante. Nous ne détestons pas l’ANC, nous détestons ce qu’ils ont fait à l’Afrique du Sud » a précisé Velenkosini Hlabisa, président de l’IFP. « Je vois cela comme un nouveau changement pour l’Afrique du Sud qui va nous permettre de construire un meilleur avenir pour les générations futures » a même déclaré en anglais et en afrikaans le député Pieter Groenwald, leader du FF+.

Julius Malema mis à l’écart

La nouvelle coalition a rappelé qu’elle excluait tout accord avec le mouvement Economic Freedom Fighters (EFF). Troisième force politique d’Afrique du Sud, le parti est dirigé par Julius Malema, et est tristement célèbre pour ses provocations et incitations à la haine raciale qui s’étalent régulièrement dans les médias locaux. Lors de la dernière convention nationale du parti, M. Malema et ses partisans ont repris en cœur la chanson « Kill the Boer, Kill the Farmer » dont les paroles appellent au meurtre des Afrikaners. Réclamant l’expropriation de ces derniers de leurs terres sans la moindre compensation, l’ancien secrétaire de la ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANCYL) a dénoncé un complot du « capital blanc ». « Chaque développement politique dans ce pays porte l’écriture des Oppenheimer [dynastie sud-africaine d’entrepreneurs miniers et de magnats du diamant -ndlr] derrière lui. Mais il y a une chose qu’ils ne contrôlent pas, c’est l’EFF. C’est ce qui leur donne des cauchemars. Je n’arrive pas à comprendre, je veux découvrir ce que nous avons fait de mal ! On entend parler d’un « moonshot pact » (du nom de l’accord en anglais-ndlr) entre différents partis. Je ne sais pas vraiment ce que cela sous-entend, mais ils peuvent bien aller sur la lune s’ils le souhaitent, nous préférons rester sur terre » a ironisé Julius Malema qui a également fait de la défaite de l’ANC son cheval de bataille…

Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

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En excluant les sinistres abayas et autres grotesques qamis des élèves musulmans de nos collèges et lycées (lire encadré en fin d’article), et en replaçant les épreuves de spécialité du bac en juin, le ministre a fait des annonces bienvenues hier soir. Mais en réalité avec Gabriel Attal, l’acteur change mais le scenario reste. Analyse.


Il aura suffi de quelques mots lâchés lors d’une de ces visites Potemkine dont sont coutumiers les ministres de l’Éducation nationale, pour voir fleurir des paroles d’espérance un peu partout. Le retour à l’ordre et au respect serait là et nous aurions à la fois échappé à une grande braderie de la laïcité et à un relâchement des mœurs par éducation sexuelle intensive en classe. Maîtrisant mieux son sujet, meilleur orateur que son prédécesseur et politicien de métier, Gabriel Attal a, sans surprise, réussi un prologue adapté à notre théâtrocratie. Mais au-delà de notre satisfaction à passer du théâtre amateur de la 6èmeB à la Comédie Française, y a-t-il réellement du mieux à attendre pour le secteur éducatif français ?


Les implacables tendances lourdes

En cette rentrée 2023, bien des voyants sont au rouge. Le « choc d’attractivité » n’a pas eu lieu. Les hausses de rémunération, essentiellement concentrées sur les débutants, ont réussi le double exploit de ne pas attirer plus de nouveaux tout en écœurant les anciens. Pour ces derniers, c’est la double peine : le gel du point d’indice a érodé leur pouvoir d’achat (entre 15 et 25% de perte au cours des 20 dernières années selon un rapport du Sénat)  aussi sûrement que les réformes successives ont détruit le sens de leur métier.

Toujours plus de paperasse, toujours moins de contenu à enseigner : ayant vendu la réussite pour tous, l’institution tient à disposer de preuves en cas d’action en justice de la clientèle insatisfaite. P.P.R.E., P.A.P., P.P.S., A.P.C.[1], l’Education nationale n’est pas avare de sigles pour intituler les dossiers à remplir dans ses écoles primaires. Peu importe que Nicolas Sarkozy ait amorcé la suppression de milliers de postes dans les Réseaux d’Aides Spécialisée aux Elèves en Difficulté et qu’il soit de plus en plus en plus difficile d’obtenir un avis ou une aide experte. Peu importe qu’il manque partout des médecins, des infirmières et des psychologues scolaires alors que des cas de plus de plus complexes sont amenés dans les classes par l’utopie de l’ « École inclusive ». La trace papier, rédigée tant bien que mal par l’enseignant, tient lieu d’expertise.

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Les compétences nécessaires à l’analyse des cas complexes, le professeur des écoles les bricole seul car désormais il ne choisit plus sa formation continue, elle lui est imposée, sans aucune prise en compte de ses besoins personnels et se limite à quelques montages sous PowerPoint à ingurgiter en ligne ou à l’observation des pratiques d’un collègue pompeusement appelée « Regards croisés ». Logique de résultat évaluée par compilation de la paperasse en tableaux de bord et compression des coûts, tout est là, conformément à la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui, en 2006 a formalisé l’objectif d’encourager le passage d’une « logique de moyens » à une « logique de résultats ». L’absence d’effets positifs palpables aujourd’hui ne saurait être due qu’à une stratégie pas encore poussée assez loin…

À tout cela s’ajoutent des programmes et consignes loin des exigences disciplinaires auxquelles chaque ministre se prétend pourtant attaché :  chanter le jour de la rentrée pour Jean-Michel Blanquer, semaine olympique pour Pap Ndiaye, toujours plus d’écrans malgré la nocivité démontrée sur les jeunes enfants, passé simple enseigné uniquement à la 3ème personne et géographie limitée à des thèmes sociétaux (« Habiter un éco-quartier », « savoir se déplacer »…). Rien n’est venu freiner la course au néant entamée dès 2000 par les directives du Conseil européen de Lisbonne, ce formidable corpus d’actions dont Jean-Paul Brighelli résume parfaitement les mérites en écrivant qu’il «  a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés ».

Enfin, pour cerner parfaitement le cœur du réacteur idéologique qui irradie dans tous les cercles décisionnels, il faut inclure les théories du capital humain qui font de chaque individu un simple contenant de connaissances valorisables économiquement. Le savoir n’est qu’une marchandise comme une autre et un facteur de production. Le vocabulaire ne trompe pas : nous sommes à l’heure des « ressources humaines ». A l’aune de cette vision, ParcourSup devient outil de maximisation du rendement éducatif. Pourquoi prendre le risque de donner sa chance de se révéler, dans le supérieur, à un élève moyen d’établissement ordinaire quand un algorithme froid peut sélectionner les spécimens présentant la plus grande probabilité de retour sur investissement ?  De même, à quoi bon offrir à tous culture générale et capacité à penser pour et par soi-même lorsque l’on peut se limiter à greffer sur un support humain les seules compétences utiles aux entreprises ?  « Savoir trouver et utiliser de l’information », « savoir communiquer pour travailler en équipe » et « comprendre les relations d’une unité systémique de base » suffisent à suivre un cheminement solitaire de réceptacle à compétences. Exit les corpus disciplinaires mobilisables en soi-même pour élaborer une pensée riche et complexe. Chaque individu est désormais seul avec « la formation tout au long de la vie »  dont le site education.gouv brosse un tableau enthousiaste alors que ce modèle abandonne chaque élève à d’hypothétiques possibilités de se qualifier ultérieurement en entreprise, là où autrefois, l’État validait, par un diplôme reconnu sur tout le territoire et même au-delà, sa qualification. Pour un tel objectif, les programmes très allégés sous François Hollande sont nettement suffisants et sous l’ère Macron pas même une virgule n’en a été changée dans le premier degré.

L’horizon indépassable du scénario de l’Institut Montaigne

Choisir Fanny Anor, ancienne collaboratrice de l’Institut Montaigne comme directrice de cabinet signe l’adhésion totale de Gabriel Attal à ces doctrines qui n’ont, de toute façon, jamais cessé d’être à l’œuvre derrière le paravent Ndiaye. Sa confiance en les préconisations de ce think tank libéral si cher à Jean-Michel Blanquer est perceptible dès ses premières déclarations. Ainsi, concernant l’uniforme, le ministre précise : « Si la communauté éducative d’un établissement demande à l’expérimenter […] j’y suis favorable », se bâtissant à peu de frais l’image d’un acteur volontariste du retour à une forme de rigueur, tout en occupant le monde politico-médiatique autour d’un débat sociétal ponctuel.

Il y a pourtant bien plus à voir dans cette phrase : elle est l’expression claire de l’objectif d’autonomie des établissements, déjà présent dans le premier livre de Jean-Michel Blanquer. Que la Suède, parce que le réel lui a prouvé la toxicité de ce choix, revienne en arrière et invalide cette hypothèse d’efficacité d’un management local des unités d’enseignement, ne fait rien à l’affaire. Que cette « libération de l’intelligence des acteurs de terrain » couplée au libre-choix de son école ait conduit dans les pays où elle est déjà en vigueur  à un accroissement de la ségrégation sociale et ethnique n’altère en rien la foi que le salut du système éducatif passe par la seule mise en concurrence d’écoles-entreprises destinées à des parents-clients.

Sur les idéologues, le réel n’a pas de prise. Il suffit pour s’en convaincre de lire « Le grand décryptage du quinquennat Macron » dans sa partie éducation, rédigée par Baptiste Larseneur, « responsable des projets liés au développement du capital humain » à l’Institut Montaigne. Il s’y enthousiasme sur la politique de dédoublement des CP et CE1 et de plafonnement à 24 élèves des grandes sections de maternelle et souligne les études qui démontrent la corrélation positive entre nombre d’élèves et résultat. En revanche, il oublie la répercussion mathématique sur les effectifs des autres niveaux désormais surchargés par impossibilité d’assurer une répartition plus équitable en jouant sur l’ensemble des classes, quitte à faire cohabiter des niveaux différents. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des classes dépasser la trentaine par impossibilité de faire glisser en cascade quelques élèves sur les niveaux de CP, CE1 ou grande section désormais sanctuarisés. De même, Baptiste Larseneur glorifie sans nuance, l’instruction obligatoire instaurée dès trois ans sans évoquer la dégradation des conditions d’apprentissage d’élèves dont les enseignants et ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sont parfois absorbés par la gestion des changements de couches et l’encadrement d’enfants pas assez matures pour une entrée sereine en maternelle. Pas un mot non plus sur l’école inclusive, objectif louable perverti par l’obligation d’accueil inconditionnel de tout type d’élève handicapé, sans aucune prise en compte de l’impact parfois très lourd sur la qualité de vie des autres élèves. Enfin, il parle de l’assouplissement des rythmes scolaires sans jamais rappeler que l’échec de ce projet phare du quinquennat Hollande démontre à lui seul les ravages d’un pilotage local des activités dans un contexte d’inégalités territoriales… Les hommes changent, mais les pratiques demeurent : aveuglement idéologique et étanchéité au réel vont donc continuer d’orienter les politiques éducatives.

L’insurmontable déni des spécificités du secteur public

À ces œillères idéologiques, s’ajoute un aveuglement spécifique dont le symptôme est la mise en place du Pacte enseignant, présenté par Gabriel Attal comme une source d’augmentations substantielles des rémunérations. Outil de limitation de la nécessaire (et promise) revalorisation des enseignants, puisqu’il ne concernera que quelques-uns, le Pacte permet de céder aux sirènes du salaire au mérite : les professeurs qui accepteront certaines missions sélectionnées par le ministère seront plus méritants, donc mieux rémunérés.

Cette dernière invention relève d’un déni particulier, celui qui consiste à refuser d’envisager comme spécifiques les motivations des enseignants. Le postulat de base est donc l’homogénéité public/privé totale du rapport à leur profession des travailleurs. Or pour les professeurs, les motifs affectifs d’engagement et l’importance du sens de la mission tiennent une place centrale. De plus, la difficulté à fixer des critères et objectifs de « rendement » ou d’excellence pertinents en éducation, les rend attachés à des rémunérations statutaires fixes, par crainte de pratiques opaques, tenant plus de la gratification par connivence que de la juste appréciation d’un objectif atteint.

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Enfin, le cœur de leur travail qu’est la transmission du savoir se fait déjà en assumant de multiples tâches annexes : former en urgence des collègues recrutés en catastrophe par « speed dating », compenser leur inexpérience, lutter contre la violence, le harcèlement, l’obésité, s’improviser éducateur spécialisé, remplir des livrets nébuleux, s’engager dans des projets hors sol destinés à servir la communication et la carrière des cadres… Dans un tel contexte comment ne pas percevoir comme une provocation une individualisation des rémunérations, qui ne valoriserait que certains engagements ? Même si Gabriel Attal prétend être à l’écoute de ses troupes, il ne mettra rien en œuvre pour revenir sur cette gangrène des tâches annexes, porteuse, avec l’allègement des contenus, d’une cruelle perte du sens. Pire, l’opacité des critères de sélection des candidats au Pacte s’apprête à dégrader encore un peu plus l’ambiance dans les équipes, alors que dans la chaleur du mois de juin, le discours régurgité par des directeurs rapidement nourris en amont d’un PowerPoint bien lisse était déjà mal passé.  

La réalité observée est donc bien conforme aux nombreuses études relevées par Virginie Forest, qui démontrent  « un effet mitigé voire négatif »  du salaire au mérite dans la fonction publique, effet dû à des « dysfonctionnement relatifs aux procédures d’évaluation, et l’imprécision, voire l’inadaptation des objectifs ». La publication, en plein cœur de l’été ainsi qu’il est d’usage pour les textes contestables ou impopulaires, de la note de service précisant les modalités de mise en œuvre, achève de nourrir la méfiance d’une très grande majorité d’enseignants. L’adhésion au système devrait donc se limiter à la recherche de compensation d’un salaire trop faible. Nous voici bien loin de toute idée de motivation des personnels, ce qui n’empêchera pas Gabriel Attal de s’afficher dans les cours de soutien du Pacte auprès d’enseignants briefés par son équipe en amont pour assurer un sourire vendeur.

Gabriel Attal ne constitue donc en rien une rupture. Le jeune ministre, fidèle de la première heure et politicien de carrière, vient juste de mettre un terme à l’expérience de communication Ndiaye. Choisi comme tête de gondole électorale, l’universitaire aura été ce que le blanc de Meudon est aux vitrines en cours d’élaboration : un camouflage rapide, suscitant l’attente de la nouvelle collection qui n’entrave en rien la marche du business dans l’espace de vente. Tout comme lui, Gabriel Attal va s’employer à concevoir une chorégraphie éphémère sur le trottoir de la boutique, simple agitation de surface sans effet sur l’écosystème à l’œuvre au fond du marigot. Une fois de plus, il s’agit de tout changer pour que rien ne change à la partition écrite, il y a longtemps, pour l’ensemble des services publics.


Interdiction de l’abaya, coup de com ou action véritable ?
« Gabriel Attal interdit enfin l’abaya ! » peut-on lire et entendre partout. De Twitter aux gazettes, des plateaux de  télé aux radios, sonnez hautbois,  résonnez musettes ! Et si nous prenions le temps de revenir aux mots exacts du ministre et à la réalité du terrain ?
Soyons factuels. Sur le plateau du 20h de TF1, ce dimanche 27 août, Gabriel  Attal a tout d’abord déclaré : « L’école de la République s’est construite autour de valeurs et de principes extrêmement forts, notamment la laïcité. La laïcité, ce n’est pas une contrainte, c’est une liberté. C’est une liberté de se forger son opinion et de s’émanciper par l’école. Pour moi, la laïcité dans un cadre scolaire, c’est quelque chose de très clair : quand vous rentrez dans une salle de classe vous ne devez pas être capable de distinguer et d’identifier la religion des élèves en les regardant ». Libre à lui de penser cela, mais, pour les enseignants, la réalité est moins simple.
Revenons au Code de l’éducation : « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Depuis près de 20 ans, tous les conflits possibles tiennent en un seul mot : « ostensiblement ». Son interprétation est si complexe qu’il ne faut pas moins de trois pages au Vademecum de la laïcité pour tenter d’éclaircir la chose, sans y parvenir vraiment, puisqu’on peut y lire que « les élèves peuvent porter des signes religieux discrets » – ce qui peut largement suffire à identifier la nature de leur foi. Le réel ne se plie donc pas aux rêves du ministre, qu’il l’ignore ou feigne de l’ignorer est inquiétant.
Questionné plus précisément sur l’abaya, Gabriel Attal poursuit: « Je vous annonce, j’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école. Je vais m’entretenir cette semaine avec les chefs d’établissement et je veux leur rendre hommage. On ne parle pas suffisamment d’eux,  les principaux, principaux adjoints, proviseurs,  proviseurs  adjoints. Ils sont en première ligne sur ces questions de laïcité, sur les questions de harcèlement, sur beaucoup de sujets, je vais m’entretenir avec eux, leur donner toutes les clefs pour qu’ils puissent faire appliquer cette règle qui me semble nécessaire et qui est juste ». Gabriel Attal  ignore alors la journaliste qui insiste pendant son monologue en demandant « un texte très précis ? ». « Et les bandanas sur les cheveux? » relance-t-elle, visiblement consciente  que le véritable problème est que tout repose sur une interprétation, au cas par cas, qui laisse les acteurs de terrains seuls responsables. Le ministre reprend : « Il y a des situations qui ont pu se présenter comme ça et les chefs d’établissement ont pris des décisions qui ont été validées par le juge administratif ». Voici là rien de plus qu’un satisfecit pour l’existant, au travers d’un rappel du contenu des fiches du Vademecum de la laïcité qui exposent les textes de référence et les jurisprudences correspondantes. Laisser aux seuls acteurs de terrain une responsabilité d’appréciation, bien plus lourde que la simple application d’un texte clair, semble être le cap à maintenir. Cela n’est pas sans rappeler la piste de l’expérimentation de l’uniforme, limitée aux établissements demandeurs, évoquée récemment par Gabriel Attal, qui, elle aussi, signe un choix d’ajustement territorial basé sur les décisions des acteurs locaux.
Pourtant, le ministre est conscient de la pression que subissent les responsables locaux et du besoin de clarifier le cadre de leur action.  Il prétend y apporter une solution : « Il y a vraiment sur cette question de l’abaya, je l’ai mesuré en échangeant avec des chefs d’établissement cet été, avec leurs représentants, une attente de règle claire au niveau national, elle est donc donnée ». Sous quelle forme ? Une loi ? Un décret ? Une circulaire ? Une note ? Aucun de ces mots techniques et précis n’a été prononcé. Bien de chemins plus ou moins courageux et concrets sont donc ouverts, ce qui appelle à la prudence. Certes, nous sommes un peu plus loin qu’un Pap Ndiaye refusant de nommer la chose à interdire, mais les arguments de ce dernier, lorsqu’il soulignait l’impossibilité de lister tous les vêtements à interdire, demeurent. Tout comme demeure floue la part de responsabilité qui incombera aux  échelons locaux. Car tout est là : la publication d’une loi très précisément rédigée au sommet de l’État n’est pas une réponse de même nature qu’une simple possibilité, donnée par une note, d’inclure localement une interdiction dans le règlement intérieur d’un établissement scolaire. Par l’expression  « donner toutes les clefs », Gabriel Attal ne nous éclaire en rien sur ses choix. Nous n’en sommes donc, pour l’instant, qu’à une parole performative et un peu de brosse à reluire pour les personnels de terrain qui, depuis des années, sont seuls au front. Il serait donc plus sage de ne point trop nous réjouir pour ne pas contribuer à donner une matérialité factice à ce qui pourrait n’être qu’un effet d’annonce sans consistance réelle, comme l’ont été les propos de ce même ministre sur l’uniforme à l’école • 

[1] Plan Personnel de Réussite Educative,  Plan d’Accompagnement Personnalisé, Projet Personnalisé de Scolarisation, Activités Pédagogiques Complémentaires.

La fausse sprinteuse qui a humilié la Somalie

C’est un scandale qui a eu pour effet de replacer temporairement la Somalie au centre de l’actualité…


Fin juillet, la prestation de sa coureuse aux Universiades d’été, organisées en Chine, a été remarquée et largement commentée sur les réseaux sociaux (voir notre vidéo ci-dessous). Nasra Abubakar Ali a mis presque deux fois plus de temps pour achever cette course de 100 mètres que le vainqueur lui-même. Soit 21 secondes et 81 centièmes. Hésitante sur le départ, semblant hagarde, elle a été rapidement distancée par les autres concurrentes, suscitant indignation générale et moqueries dans son pays de naissance. Une piètre performance qui a déclenché l’ire du gouvernement somalien. Une enquête ordonnée par le ministère de la Jeunesse et des Sports a rapidement révélé la supercherie et démontré que cette sprinteuse n’avait rien d’une sportive professionnelle. 

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La présidente de la Fédération somalienne d’athlétisme (FSA), Khadijo Aden Dahir, a été immédiatement mise à pied, accusée « d’abus de pouvoir, de népotisme, et d’avoir sali le nom de la nation sur la scène internationale », comme l’indique le communiqué officiel de presse publié par la FSA sur Twitter (X). Si on ignore le lien entre la coureuse et Khadijo Aden Dahir, des poursuites pourraient être également engagées contre la mystérieuse association sportive universitaire somalienne avec laquelle Nasra Abubakar Ali a pu s’enregistrer si facilement pour cette épreuve… Le ministre Mohamed Barre Mohamud a confirmé que cette association n’avait pas d’existence légale dans le pays. « Ce qui s’est produit n’est pas représentatif du peuple somalien », a déclaré le gouvernement de Mogadiscio. Pour sa défense, Nasra Abubakar Ali a plaidé une entorse (qui ne l’a pas empêchée de sautiller de joie à l’arrivée…) et évoqué un complot organisé contre la dirigeante de la FSA – dont « le cas sera présenté à la prochaine réunion du comité national olympique somalien pour de nouvelles sanctions » a assuré Abdullahi Ahmed Tarabi, le président de ce comité… Pays en guerre civile depuis le début des années 1990, en proie à une insurrection islamiste, sans réel État, la Somalie figure bonne dernière sur les 180 nations recensées, comme étant la plus corrompue par l’ONG Transparency International.

Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

Le président de la République, dans une récente interview au Point, a proclamé: «L’histoire doit être enseignée chronologiquement et l’instruction civique, devenir une matière essentielle. Chaque semaine, un grand texte fondamental sur nos valeurs sera lu dans chaque classe puis débattu». Notre chroniqueur, qui a très vite répondu par le sarcasme aux promulgations d’Emmanuel Macron, revient sur la question: quelle Histoire voulons-nous, devons-nous enseigner aux enfants? Et ses réponses décoiffent, comme d’habitude.


Levée de boucliers. Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’association des Professeurs d’Histoire-Géographie, s’insurge : « On est un peu interloqués (…) Il y a difficilement moins chronologique que le programme de première par exemple : on commence en 1789 et on s’arrête en 1920 » — oubliant de nous dire comment on fait tenir 140 années terriblement chargées d’événements en une quarantaine d’heures de cours : interroger un élève de première sur ce qu’il a appris en Histoire, c’est rencontrer les abysses.

Le problème n’est pas nouveau, comme le rappelait Ouest-France en… 2017. Alain Decaux déjà en 1979 affirmait : « On n’apprend plus l’histoire à vos enfants ». Depuis, la querelle fait rage : les traditionnalistes prônent le « roman de l’histoire », un concept foulé aux pieds par les pédagogues professionnels, les profs de gauche, les islamo-gauchistes et les intersectionnels de toutes obédiences. Parce qu’il faut comprendre que le débat ne porte pas sur l’enseignement, mais sur la France qui découle de cet enseignement. L’enseignement chronologique strict, le « roman » historique, autant de pratiques « identitaires » qui excluent les nouveaux arrivants, les immigrés, les non-assimilés, etc. Les uns veulent ressusciter la France, les autres l’éclater façon puzzle.

Aucun cours d’histoire ne peut se passer de récit : c’est par le récit que l’on accroche et que l’on instruit. Je veux bien que la recherche en Histoire passe par les documents. Mais faire étudier des documents à des enfants comme s’ils étaient des archéologues est proprement stérile. De quoi les dégoûter à jamais d’une matière indispensable à la construction de la citoyenneté.

Quitte à me fâcher avec des gens qui de toute façon me haïssent, je vais me risquer à préciser que le « roman » de l’Histoire, c’est le récit historique plus le style. C’est tout. On n’invente pas, on met en scène.
Et à propos de mise en scène, faisons un détour par les pratiques de la République populaire de Chine.

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J’ai tout récemment fait l’acquisition en DVD de deux films chinois récents qui exaltent le combat du peuple contre l’occupant japonais. La Brigade de Shandong (2021) narre un haut fait de la résistance chinoise à l’envahisseur nippon, quelques héros anonymes œuvrant à la destruction d’un train bourré d’armes destinées à l’armée du Soleil levant : c’est prodigieusement filmé par Feng Yang. La Brigade des 800, de Guan Hu (2020), raconte la résistance de 800 soldats chinois, pour l’essentiel des non-professionnels recrutés à la va-vite dans les rizières, contre des milliers de Japonais à Shanghaï en 1937 — l’entrepôt qu’ils défendirent a été conservé tel quel, ravagé de balles, par les autorités actuelles.

C’est Alamo, c’est les Thermopyles, c’est la bataille de Rorke’s Drift (vous vous rappelez peut-être Zoulou, le film de Cyril R. Enfield réalisé en 1964). Ce serait Camerone, si le gouvernement français, au lieu de financer des réalisatrices qui lui crachent à la figure dès qu’elles en ont l’occasion, se souciait d’apprendre l’Histoire aux gamins : la perte du sentiment de l’épopée est le prélude à toutes les redditions culturelles.

Et dans le film, où le sang gicle comme au plus beau temps de Sam Peckinpah, un jeune garçon terrorisé finira par se battre et mourir comme les autres. À quand un vrai film révolutionnaire sur le petit Bara, tué par les Vendéens en 1793 ?

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La IIIème République avait su mobiliser les consciences après 1870, dans la perspective du règlement de comptes à venir contre la Prusse. Voyez un tableau comme Les Dernières cartouches, peint en 1873 par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville : ce fut pendant un temps le tableau le plus cher au monde, il a inspiré un film aux Frères Lumière et à Georges Méliès. Il y a là un vrai sujet épique — ça nous changerait des complaisances nombriliques du cinéma français actuel. Voyez l’anecdote du Combat des Trente, où pendant la guerre de Succession de Bretagne (1351), en pleine guerre de Cent ans, soixante chevaliers appartenant aux deux camps antagonistes — l’un soutenu par les Anglais — se défièrent en combat chevaleresque, à la façon de la Table Ronde. Comme Beaumanoir réclamait à boire durant le combat, son compagnon Geoffroy du Boüays lui aurait répondu : « Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera » — ce qui devint la devise des Beaumanoir. Vous imaginez ce qu’un réalisateur chinois ferait d’une telle situation ?

Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville, Les Dernières cartouches, 1873 D.R.

Notre histoire est assez riche pour offrir des sujets de films à l’infini, afin de recréer et conforter le sentiment patriotique — et non, ce n’est pas un gros mot : les Chinois n’hésitent pas, eux, et ils sont en passe de devenir la première économie mondiale. Le libéralisme occidental a cru pouvoir se passer de l’Histoire et de la culture ; le libéralisme chinois prouve qu’en s’appuyant sur l’histoire des peuples, on obtient bien plus aisément leur assentiment. Les compagnies de production chinoise mettent le paquet pour faire des films qui redonnent de la fierté au peuple — tout comme Eisenstein avait redonné de l’élan aux Russes en filmant Alexandre Nevski en 1938. Bien sûr, le héros incarné par Nikolaï Tcherkassov exaltait le leader suprême de l’époque — qui allait résister aux panzers nazis à Stalingrad tout comme Nevski avait affronté les chevaliers teutoniques : c’est cela aussi, le roman de l’Histoire, et à tout prendre, je préfère de légères distorsions, un usage généreux de l’épopée et du lyrisme, aux ratiocinations bien-pensantes de certains profs d’Histoire d’aujourd’hui, qui sont plus des idéologues que des historiens. Tant qu’à forcer le trait, autant le faire dans la perspective de la fierté d’être Français.

Armanet: Je suis pour!

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Tout le monde dit que la chanteuse Juliette Armanet s’est attaqué à Michel Sardou. Elle répondait en fait à la question suivante: quelles chansons lui font quitter une soirée? La réponse porte donc sur un univers musical, un univers festif, un type d’ambiance.


Il a suffi d’un petit morceau d’interview de la chanteuse Juliette Armanet pour déclencher une petite tempête dans le confort de nos vacances. Au micro du média belge Tipik, Juliette Armanet avoue : elle n’aime pas les Lacs du Connemara, c’est « immonde », c’est « sectaire », c’est « de droite », c’est « scout », « rien ne va ». Les réactions enfiévrées s’enchaînent : qui est cette péronnelle pour condamner ainsi Sardou, ce vieux briscard de la chanson populaire ? Qu’est-ce que c’est encore que ces gens de gauche qui critiquent le goût du peuple ? La musique d’Armanet serait-elle si supérieure à celle de Sardou qui serait affreuse ? Les Lacs du Connemara seraient en réalité l’hymne de la France moisie ?

La droite insultée par la bobocratie

Et tout le monde de voler au secours de Sardou : d’une part sa carrière parle pour lui, d’autre part ses Lacs du Connemara sont, qu’on le veuille ou non, une chanson culte, installée dans les us festifs transgénérationnels et transpolitiques. Pour enfoncer le clou, l’excellent Étienne Guéreau expose sur sa chaîne YouTube (@PianoJazzConcept) une analyse plaidant pour la supériorité d’écriture musicale de Sardou sur celle d’Armanet. A priori, Sardou 1, Armanet zéro. Un point pour une certaine droite, ravie de monter au créneau pour défendre victorieusement son bastion culturel insulté par la bobocratie.


Pourtant, ce que pointe Armanet est un problème loin d’être aussi anecdotique qu’il en a l’air. Derrière la légèreté de son interview, ce qu’elle condamne en critiquant la chanson de Sardou désigne très justement un véritable problème culturel français plus vaste qu’une simple chanson.

La qualité d’écriture des Lacs importe peu. Le bord politique de Sardou n’importe pas davantage. Ce qu’Armanet condamne en réalité à travers les Lacs du Connemara, c’est le paysage culturel des gens de droite. C’est une certaine galaxie artistique qui donne sa couleur aux rassemblements festifs du pays droitard. Et cette galaxie artistique de DroiteLand, ne nous voilons pas la face, est d’une terrifiante pauvreté. Elle est hantée par les mêmes rengaines qui tournent en boucle. Moi-même qui suis un droitard lorgnant vers le royalisme, je suis absolument effaré par l’indigence culturelle de mon propre bord idéologique. Sardou, okay, c’est Sardou. Mais Sardou tout le temps, systématiquement, répétitivement, rituellement, en boucle, c’est un peu la nausée. Ses violonnades sentimentales, ses choristes qui font des « aaaaaaaaaah » et des « oooouuuuuh » en ondulant des bras, l’incompréhensible absence d’une authentique cornemuse quand il interprète les Lacs sur scène, merci mais non merci.

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Une fête chez DroiteLand, c’est l’enfer. Il y aura la même playlist, prévisible, resucée, recyclée, éculée, reproduite à l’infini. Il y aura l’Aventurier. Il y aura Partenaire Particulier. Il y aura New York avec toi, la Peña Baiona, Alexandrie Alexandra, la litanie canonique et académique des hits des rallyes toujours recommencés, et tout ce fatras photocopié jusqu’à épuisement s’achèvera, donc, dans la sueur clanique et extatique des Lacs du Connemara avant l’extinction des feux !

Paresse du goût

Armanet a raison : DroiteLand croupit dans un marasme musical où les mêmes figures surnagent éternellement dans un bouillon au goût inchangé depuis plus de cinquante ans. C’est fatigant. Et c’est consternant, parce que tout cela pue le manque maladif de curiosité artistique. C’est toujours les mêmes qu’on va chercher. Un air de techno passe, et DroiteLand danse un rock de salon. Systématique. À quel moment on décide que le rock se danse sur de la techno ? Que se passe-t-il pour que DroiteLand soit devenu aussi pouêt-pouêt, aussi académique, aussi pompier, aussi peu intéressé par la chose artistique nouvelle, fut-elle pop ?

J’aime bien Éric Zemmour, mais enfin qui a eu l’idée de mettre en musique ses meetings avec la musique ultra lourdingue de Thomas Bergersen ? Dans un autre registre, Jean-Pax Méfret a sans doute de grands mérites, mais le genre grandiloquent à petit budget ne convertira aucun gauchiste à la cause patriotique. Jamais.

Oui, le problème de DroiteLand, pour forcer le trait, c’est que « rien ne va », et que musicalement c’est « immonde ». Cela me retourne le cœur de penser cela de mon propre camp idéologique, mais hélas c’est vrai. Je préfère mille fois écouter des canailles communistes californiennes faire de l’excellente musique punk-métal nihiliste que d’écouter d’excellentes âmes conservatrices aligner de fastidieuses rimes de collégiens mal écrites sur des mélodies anorexiques. Je ne vise personne, mais à choisir entre Vianney, les Frangines ou Frank Carter and the Rattlesnakes, j’aime autant vous dire que le choix est vite fait : je vais écouter Frank Carter and the Rattlesnakes. Je vais écouter les Sex Pistols et les Ramones, The Beths, NOFX, Salut C’est Cool, Flavien Berger, Charlotte Adigéry et Bolis Pupul, Wet Leg, ou encore cette cinglée de Poppy. Parce qu’au moins chez ces gens-là il y a du groove punchy, du transgressif joyeux, de la poétique funky, de la rage bien écrite et bien produite.

Je veux bien que Sardou bénéficie de la légitimité de son public, mais ce que signifie Sardou dépasse la seule personne de Sardou. Ce que signifie Sardou est chez les gens de droite une certaine habitude, une certaine paresse du goût, un entassement de convenances en retard de deux trains, un certain académisme de la communion musicale, une certaine indigence dans la production sonore pop, un certain avachissement du sens du Beau dans les canapés et les violons quand l’heure est à la levée des fourches et à la conquête du futur. Dans le combat culturel dissimulé dans notre petite polémique, Sardou gagne la bataille, mais Armanet gagne la guerre. Alors, devant l’échec patent et continu d’un DroiteLand incapable de créer de la surprise et du neuf, je le clame : Armanet, je suis pour.

Faut-il tirer sur le pianiste?

Les réformes en France tardent décidément à voir le jour, malgré les promesses incessantes des présidents successifs: simplifications, décentralisation – tout y passe, mais rien ne change dans les faits. Mais faut-il donc toujours blâmer le président? Alors que les universités d’été du MEDEF ouvrent leurs portes, le coup de gueule de Sophie de Menthon.


Faut-il vraiment continuer à honnir de la sorte le président de la République ? Il faut choisir : on lui reproche de tout faire et en même temps de ne rien faire… « En même temps », il aurait mieux fait ce jour-là de trouver une autre formule que celle qui lui reste scotchée dans le dos comme un poisson d’avril.

Et pourtant la France n’est qu’un magma de « en même temps », les Français ne savent plus comment ils s’appellent, désarçonnés par leurs propres injonctions contradictoires doublées de celles du gouvernement. On veut tout et son contraire toutes catégories confondues, on veut des aides mais stop à l’endettement, on veut moins de fonctionnaires mais on demande de plus en plus à un service public en déroute. Nous sommes libéraux mais protectionnistes, nous voulons moins d’immigrés mais hurlons au racisme dès qu’il s’agit d’en désigner un, nos enfants sont nuls mais dès qu’ils se font réprimander en classe c’est le prof qui se fait engueuler. Nous sommes tous écolos dans l’âme (je n’ai pas dit Verts !) mais pas question de renoncer à quoique ce soit, il faut faire payer les autres; on demande tout à l’État, mais on veut moins d’État ; Un pays laïc ? mais Éric Ciotti souhaite une bonne fête de l’Assomption sous la protection de la Vierge aux Français le 15 août, et en même temps il ne faudra pas de crèche à la mairie, etc.

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Bref, nous n’en sortons pas, la France fonctionne mal, malgré l’efficacité certaine de beaucoup de nos concitoyens, travailleurs remarquables. Répétons-le : nous sommes asphyxiés de mesures stupides, d’une dissuasion permanente à bosser pour mieux nous protéger des chefs d’entreprises et du travail ! De pochettes surprises permanentes, de pseudo aides à tout et n’importe quoi. Dissuadés de nous enrichir, exemptés de responsabilité individuelle…  

La faute du président ?

Mais alors à qui la faute ? Qui dirige ? Qui est responsable par exemple de la ridiculissime aide au raccommodage et au ressemelage des chaussures ? ça ne peut quand même pas être le président de la République ! il ne peut objectivement pas tout voir et contrôler, guetter les minuscules lubies de ses ministres, il ne peut pas être à Playboy pour rhabiller Marlène Schiappa, ni empêcher les sextapes d’un candidat à la mairie de Paris, ni contrôler qu’un ministre ne se goure pas sur les calculs des retraites… Et pourtant il est président donc forcément responsable, alors peut-être faudrait-il commencer par virer immédiatement les coupables ministériels après une bévue sérieuse ? Il faut certes l’impulsion et la volonté, mais surtout la capacité de « manager » la France à l’échelon du dessous, celui des cadres supérieurs comme dans une entreprise avec un DG de poigne… actuellement la Première ministre à l’Assemblée nationale gère un syndic de copropriété, cela n’aide pas pour créer un consensus autour des décisions fondamentales dont le pays a besoin.    

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Tous les secteurs sont à l’abandon, malgré un interventionnisme plutôt nuisible. La santé, par exemple : pourquoi la décision du numerus clausus n’a-t-elle été appliquée que très partiellement (c’est ce que nous expliquent les experts) ? Pourquoi personne n’a-t-il étudié la question des locaux et des profs pour augmenter le nombre d’étudiants en médecine ? pourquoi paie-t-on si mal le personnel hospitalier alors que nous sommes criblés d’impôts et que partout il manque « de moyens »  et de personnel dans la fonction publique ? et pourtant les entreprises paient : nos charges sociales sont les plus élevées et empêchent d’augmenter les salaires. Pourquoi le privé fonctionne-t-il mieux dans tous les domaines ? Et pourquoi méprise-t-on le secteur privé, sans s’appuyer sur lui ? Il faut sous-traiter et confier aux entreprises compétentes, avec un strict cahier des charges, tout ce qui peut leur être confié. Il y a même une plateforme pour cela (« entrepreneurs pour la République »).

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Les contre-pouvoirs ne sont pas là où il faut (je pense par exemple à la Justice). En revanche, pourquoi des ARS (agences régionales de santé) « indépendantes » peuvent bloquer, sans que le ministre de la Santé n’ait son mot à dire ? C’est bien l’organigramme incompréhensible et intouchable français, avec des niveaux hiérarchiques multiples, organisés pour que la paralysie au bout du compte l’emporte sur les initiatives, qui nous tue à petit feu.

Réformer pour de bon

Il faut réformer, mais vraiment reformer, en repensant en profondeur le système entier et en visant l’efficacité et la simplification. Donner des responsabilités et que les vrais responsables le soient sur leur poste ; tolérance zéro pour tous ceux qui sont au pouvoir, y compris dans l’administration, c’est la base. Il faut qu’ils soient plus compétents que les autres, plus responsables – exemplaires en un mot. Arrêter les déclarations-promesses à l’emporte-pièce annonçant des mesures qui ne verront pas le jour. Qui contrôle ces annonces ? Il parait que cela s’appelle « faire de la politique » ! Mais alors qui peut virer et sévir ? ce devrait être le Premier ministre, non ?  Mais en a-t-il le pouvoir ? C’est bien l’entourage du président qui est responsable et coupable, certes, mais en même temps c’est ce dernier qui choisit son entourage ! On peut admettre qu’Emmanuel Macron ait d’autres préoccupations : guerres menaçantes, épidémie, dette abyssale, extrémistes verts, gilets jaunes… bref il en voit de toutes les couleurs.

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Mais la perception qui découle de tout cela, c’est que président de la République lui-même ne sait pas comment s’y prendre pour réformer structurellement et en premier lieu, recadrer et redéfinir précisément les missions régaliennes de l’État. Mais quel président saura donc s’y prendre ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

Dans le cadre des universités d’été de LFI, le Che Guevara de la Canebière a déployé toute une rhétorique guerrière lors d’une conférence, en déconnexion totale avec le réel et les institutions républicaines. Une stratégie qui suscite l’inquiétude, y compris à gauche, alors que les Français estiment désormais LFI plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national.


Décidément,cette rentrée est placée sous le signe du déshonneur pour une partie de la Nupes. On a ainsi appris grâce à EELV et son soutien à Médine qu’une parole antisémite était acceptable si on était stupide ou inculte, l’un n’empêchant pas l’autre. Le parti a même fait un triomphe à un Médine qui a soigneusement évité de discuter de la dimension antisémite de son tweet pour se présenter en victime d’une France raciste et de l’extrême-droite. Il faut croire que jeu de mot antisémite est la nouvelle martingale pour être mis à l’honneur par un parti politique de gauche, puisque Médine est invité à la fête de l’Huma et est encensé par Jean-Luc Mélenchon, qui l’a invité lui aussi à ses universités d’été. On pensait toucher le fond, mais Jean-Luc Mélenchon a décidé de creuser plus profond ! Le voilà qui se vautre dans un discours de rentrée aux accents factieux. Il y déclare que l’extrême-droite – traduire le fascisme et la dictature – commence au macronisme. Comme une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limites, il explique également que la France n’a plus de forces de l’ordre mais est sous la coupe d’une milice aux ordres de Gérald Darmanin. Plus c’est gros…

Des propos inacceptables

Mais jugez plutôt sur pièces. Voilà le verbatim exact de Jean-Luc Mélenchon, à propos du ministre de l’intérieur, et de la police : « Le candidat commun de l’espace idéologique que représente l’orbanisme français, la jonction de la droite et de l’extrême-droite, c’est Monsieur Darmanin. C’est un homme qui dispose d’une audience sur plus de 100 000 personnes dont il est le ministre et qui ont manifesté une manière d’être et de penser que tout le monde connait, qui est la police du pays. Ce n’est pas rien, tout ça. Il n’y a que les naïfs pour croire que cela n’arrive qu’aux autres (…) on doit en tenir compte, comprendre le danger et comprendre le personnage. »

Il se trouve que les mots ont un sens et que ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon est profondément scandaleux et inacceptable. Ce type de rhétorique, qui nie toute légitimité aux institutions et fait de la police la milice du pouvoir est un appel à l’insurrection. En effet, si la police est une milice, alors toute intervention de sa part est illégitime. Elle n’est plus un outil destiné à maintenir l’ordre et à protéger les citoyens, mais une force d’oppression à laquelle il est légitime de répliquer. Attaquer des commissariats devient alors un acte de libération du territoire, et s’en prendre violemment à des miliciens est un acte citoyen, un geste héroïque. Voilà ce que libère ce genre de rhétorique : le ressentiment et la haine. Sans compter qu’une partie du public auquel ce discours est destiné peut passer à l’acte. Il l’a d’ailleurs fait au mois de juillet. Ce discours s’inscrit complètement dans la communication de LFI qui fait des policiers, des cibles, qui défend les violences et les pillages au nom de la justice sociale et qui désigne les policiers comme ontologiquement racistes et fascistes, les accusant de tuer en toute impunité.

Extension du domaine de l’extrême-droite

Un autre passage du meeting est tout aussi éclairant. Après avoir défendu Médine bec et ongles, voilà ce que Jean-Luc Mélenchon explique aux cadres et militants de son parti : « Vous devez vous préparer au choc avec une ligne de front qui s’étend de l’extrême-droite jusqu’au macronisme, d’un seul fil, avec autant de nuances que l’on peut en trouver dans la grisaille. Mais au total c’est la même couleur, la même grisaille. » Et hop, tout ce qui est au-delà du PS est renvoyé à l’infamie ! Au moins on ne pourra pas reprocher à Jean-Luc Mélenchon de faire dans la subtilité, mais on a l’impression qu’en matière de déconnexion avec le réel, lui aussi atteint des sommets.

Le rappeur Médine était présent chez les Verts et chez LFI lors de leurs universités d’été 2023 Photo : HARSIN / SIPA

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Certes, ce type de rhétorique guerrière sert souvent à masquer l’inanité des propositions et le manque de consistance du projet politique. Quand on n’a rien à proposer, on peut toujours bâtir une stratégie de conquête sur la dénonciation. Faute de solutions, proposons donc des coupables à lyncher. Et c’est vrai qu’en politique le manque de finesse associé à l’exacerbation du pulsionnel fonctionne. Mais à quel prix ? Ce type de dérive signifie aussi que l’on est en train de sortir de la démocratie et que la politique redevient violente et dangereuse. C’est une trahison de l’humanisme, une profession de foi antidémocrate et un effondrement moral.

L’hypocrisie des donneurs de leçons

Mais de la part de Jean-Luc Mélenchon, c’est également d’une hypocrisie qui confine à la malhonnêteté. Jean-Luc Mélenchon utilise le terme extrême-droite comme l’insulte suprême. Il l’utilise, comme le fait d’ailleurs Emmanuel Macron en période d’élections, comme il s’est cristallisé dans l’inconscient collectif, autrement dit en lien avec la Seconde Guerre mondiale. La référence à l’extrême-droite ne renvoie pas à l’échiquier politique actuel, il ne caractérise pas une droite réactionnaire, mais l’héritage de la collaboration, la complicité du crime contre l’humanité commis par les nazis. Parler de « l’extrême-droite », dans le substrat politique français, est la manière polie de dire fasciste ou nazi. Le terme est un mot valise qui véhicule une des insultes les plus fortes que l’on peut utiliser en politique, sans avoir besoin de l’expliciter ou de l’argumenter, ce qui est bien pratique. Cela permet de déconsidérer ses adversaires sans avoir besoin de fournir des preuves. Mais à trop servir, la mécanique s’est usée.

Premier problème : si quelqu’un est en train de s’allier à d’authentiques soutiens des nazis, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. La dérive islamogauchiste de son parti l’a rapproché des frères musulmans, qui sont eux, bel et bien, d’authentiques alliés historiques des nazis. Il soutient d’ailleurs les revendications politiques des islamistes : port du voile vendu comme une liberté, tentative de criminaliser toute critique de l’islam via la diffusion du concept d’islamophobie, discours de persécution des musulmans, référence au racisme systémique… Il reprend également leurs discours sur la corruption des institutions et la délégitimation des forces de l’ordre. Il faut dire que leurs objectifs ou leurs fantasmes sont les mêmes : semer le chaos pour faire tomber le système.

Deuxième problème, si quelqu’un est l’héritier de Jean-Marie Le Pen dans sa façon de se mettre en scène, c’est bien le leader de LFI. En le voyant déambuler sur la scène, la rage au ventre, dégageant une agressivité physique contenue et chargeant ses mots d’une grande violence symbolique, je revoyais le président du FN dans les années 80. Dans les extraits de meeting qui passaient au journal télévisé, lui aussi arpentait la scène en haranguant la foule, ivre de lui-même et cherchant à réveiller la force du ressentiment dans son auditoire.

Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon reproche à Gérald Darmanin, des propos conformes à ceux qu’il avait lui-même tenus en 1991. En effet, la colère de Jean-Luc Mélenchon a été déclenchée par les paroles du ministre de l’Intérieur rapportées par La Voix du Nord.

Rififi chez les castors

Le ministre de l’Intérieur évoquait une possible victoire de Marine Le Pen et invitait « Renaissance » à s’intéresser aux classes populaires.« Les gagnants de la mondialisation et les élus des centre-villes, ça ne fait pas 51% des voix ». Et le ministre de se poser comme un rempart contre l’élection de l’extrême-droite. Le problème c’est que tous les adversaires de Marine Le Pen veulent se poser en rempart contre l’extrême-droite car ils n’ont ni projet, ni programme, ni vision. Leur seul axe de campagne est de dénoncer le retour de la bête immonde et de transformer tout adversaire en ventre potentiellement fécond. De ce fait, pour pouvoir décrocher le pompon « d’authentique barrage contre le retour du fascisto-nazisme », il faut renvoyer les autres tribus de castors dans le camp du mal. Tout le monde devient alors susceptible d’obtenir sa casserole « appartient à l’extrême-droite » et personne ne sait plus vraiment ce que cette appartenance signifie.

A lire ensuite, Catherine Santeff: Affaire Médine: cela fait longtemps que Rachel Khan a les “racisés” à ses trousses

Or, nombreux sont les obstacles qui attendent une stratégie politique qui se réduit à ce syndrome du castor, où les électeurs ne sont plus là que pour faire barrage au pire.

  • Le premier obstacle, c’est que tout le monde étant sur cette logique, il devient compliqué de se distinguer pour assurer la captation des voix.
  • Le deuxième obstacle, c’est que l’extrême-gauche, à force de renvoyer tout le monde à l’extrême-droite, affaiblit cette accusation et finit par la rendre ridicule et inefficace.
  • Le troisième obstacle est que le RN d’aujourd’hui n’est pas le FN d’hier. Le parti peut être qualifié de réactionnaire ou de conservateur, et il se positionne clairement sur l’immigration, mais on ne trouve plus dans le discours officiel et dans celui de sa leader, les appels à la violence, la volonté de déstabiliser les institutions, les relents racistes et antisémites ou la dimension factieuse qui apparaissent au grand jour à la LFI. Le RN n’a pas non plus des alliés stratégiques aussi encombrants que les islamistes et les racialistes, ces gens qui se disent antiracistes mais réduisent chacun à la couleur de sa peau.

L’histoire et les racines du RN jettent le doute sur son appartenance à l’arc républicain, mais l’actualité, la pratique politique et les discours de LFI l’en font clairement sortir aujourd’hui.

Les Français jugent LFI plus dangereuse pour la démocratie que le RN

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas : l’attitude agressive de Jean-Luc Mélenchon, la justification de la violence que porte son mouvement, le manque de tenue de ses représentants, leur proximité avec les mouvements islamistes et racialistes ont abimé l’image de la gauche Nupes et de celui qui la domine. Quand les sondeurs ont demandé aux Français quelle était la personnalité politique la plus dangereuse pour la démocratie, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé avant Marine Le Pen. Le dernier sondage IFOP-Fiducial qui confirme cette tendance date du 17 juin 2023. Seuls 21% des sondés estimaient que le RN était un danger pour la démocratie, contre 28% pour LFI. Dans le même ordre d’idées, 30% des sondés pensent que le RN est capable de gouverner, alors qu’ils ne sont que 13% à le penser dans le cas de la France Insoumise. L’image du RN et de Marine Le Pen se notabilise quand la réputation de LFI empire.

La stratégie de la tension, de l’appel au soulèvement et de l’attaque des institutions a pour vocation de faire main basse sur la colère du peuple. Il y a derrière, le vieux rêve de transformer « un peuple révolté en peuple révolutionnaire ». Pour l’instant ce fantasme n’est pas un levier politique. Il marginalise cette gauche Médine à un point tel qu’aujourd’hui, quel que soit le camp du politique interrogé, tous disent en off, qu’en cas d’un second tour Le Pen /Mélenchon, Marine Le Pen serait largement élue.

Ces biens essentiels

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L’emmerdeuse

Jean-Luc Mélenchon a dit « approuver la contribution » surprise de Ségolène Royal à une liste Nupes aux élections européennes…


Méluche a fait un pont de Trotski à Royal,
Émeutiers, débraillés en marche derrière Ségo,
Fallait y penser, la tête que fait petit gros
N’est pas pour déplaire à ce tandem pas banal

Allo Jean-Luc…

– Oui Ségo, ça va?

– On ne peut mieux! J’ai eu mon fils au téléphone, François a les boules…

– Les boulettes en sauce plutôt, ça lui va bien! Il va encore tacher sa chemise.

– C’est un très bon signal, on les emmerde tous là!

– Quand je pense à Roussel avec ses recettes de campeur! Moi j’ai mis la Royal en cuisine! D’ailleurs Ségo, avec notre électorat, faut que tu retrouves tes origines africaines! Que tu nous prépares un bon poulet yassa pour la campagne. Tu arrêtes les conneries avec ta blanquette et tes chabichous mon chou!

Mais, j’avais un boy!

– Et avec François un play-boy! Avec moi, tu vas vite comprendre la tambouille!

Je vais pas sentir la friture, non plus!

– Arrête tes salades, la vinaigrette à partir d’aujourd’hui c’est à l’huile de vidange! Et ta garde-robe, tu peux tout refiler à Bachelot. Depuis qu’elle a récupéré les fringues de la Reine, elle n’a plus rien à se mettre en dehors du vert-pomme, du fushia, du rose-bonbon…

– On n’a pas les mêmes mensurations, si je peux me permettre!

Bon je t’envoie mes girls, on va te relooker LFI, gilet-jaune compatible!

– Quelle horreur!

Ne me gonfle pas mes vieilles roubignoles! Il faut ce qu’il faut, tu crois que ça m’amuse de me trimballer ma veste de plombier sur le dos! J’ai une tête à réparer les fuites? Bon je t’envoie Panot et Obono pour faire du shopping!

Ca va pas non?

Je t’offre ta dernière cartouche pour exister, alors fais un effort!

– Mais de là à me mettre un gilet jaune sur le boubou, il y a des limites quand même!

– Et c’est fini tes bondieuseries du dimanche matin, tes couplets sur la famille et l’éducation des enfants! Tiens, en parlant des gosses, je file ton adresse à p’tit Louis Escobar. Tu verras, il est stupéfiant ce gamin, il a toujours du matos, ça te changera de tes hosties sans sucre.

– Mais je ne fume pas! Si j’avale je tousse!

– Je ne change pas, je fume pas, j’avale pas, Ohhhh! Il te fera des tisanes Pablito! Ça te va comme ça ?

– Des tisanes, je veux bien.

Ben voilà Lulu la Nantaise, quand tu veux on avance. C’est pas gagné, mais on avance…

Bon Jean-Luc, je dois te laisser, j’ai un brunch avec mes petits scouts…

– Mais elle n’a rien compris! Je vais encore me prendre une veste de plombier avec ce cumulus du Poitou…

Que l’exécutif se saisisse vraiment du sujet de l’immigration!

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Saint-Ouen (93), octobre 2020 © Michel Setboun/SIPA

L’immigration est un sujet au cœur des préoccupations des Français, qui ne doit pas rester le monopole des extrêmes. «La France s’apprête à connaître un déclin de sa population que seule l’immigration pourrait combler à court et moyen termes», écrit Bruno Tertrais, dans une note de l’Institut Montaigne publiée hier. Faute d’accord avec les LR au printemps, le projet de loi immigration/travail porté par Gérald Darmanin et Olivier Dussopt est reporté à l’automne à une date inconnue…


Tout au long de notre histoire, les mouvements migratoires ont fortement influencé les opinions publiques, qui les perçoivent comme autant de menaces pour nos valeurs, notre cohésion nationale et notre sécurité. La captation partisane de ces problématiques par les organisations politiques contribue aussi à une crispation qui rend inaudible toute tentative d’analyse factuelle, toute proposition modérée ou tout simplement réaliste. Entre une droite censément autoritaire et sécuritaire, et une gauche au discours « humaniste » sans contrepartie, les partis traditionnels modérés n’ont cessé de se fracasser au principe de réalité de la situation migratoire. Aux yeux des électeurs, ils n’expriment plus qu’une opinion partagée, aux corrections partisanes minimes, sans influence sur l’évolution globale de la situation.

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La distorsion entre les discours et les actes a considérablement renforcé la suspicion des Français, nourrissant un rejet de la parole politique, et une méfiance à l’encontre des populations intégrées, victimes de tous les amalgames possibles.

Un sujet à risque pour les partis modérés

Au-delà des études comptables des phénomènes migratoires, c’est à la racine des sentiments générés par cette immigration que les pouvoirs publics doivent réfléchir pour produire des politiques efficaces.

Les droites extrêmes l’ont bien compris en s’appuyant sur la puissance des ressentis pour prôner une politique de rejet total fondée sur l’axiome « zéro immigration » sans développer outre mesure des solutions alternatives pour notre économie comme pour notre société. Quant à la théorie des partis d’extrême gauche, elle repose sur une braderie permanente de notre souveraineté et foule au pied les appréhensions légitimes d’une majorité de la population française face à cette question.

Quand bien même elle constitue aujourd’hui pour les partis modérés, l’un des sujets les plus « à risque » politiquement, la politique migratoire ne doit en aucun cas être abandonnée aux prismes idéologiques des extrêmes. Il existe un problème d’immigration en France (et en Europe), le devoir de tout représentant politique consiste donc à s’y confronter, à développer des visions communes et à imaginer des solutions transpartisanes efficaces et durables (le Danemark nous a démontré que c’est possible).

A lire aussi: Immigration: n’écoutez pas les mandarins médiatiques, regardez vers le Danemark!

Mais la recherche de solutions ne peut intervenir qu’après une analyse objective des phénomènes et de leurs conséquences. Trois types d’immigration coexistent aujourd’hui dans notre pays, dont deux sont à combattre et une à encourager.

« Limmigration agressive » se définit comme une immigration délinquante, qui empoisonne la vie des habitants de nombreuses villes et de nombreux quartiers. Il ne se passe pas une semaine sans une agression, un délit ou un crime commis par un étranger, quelquefois sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français). Les pouvoirs publics ont enfin reconnu un lien entre la délinquance et une partie de l’immigration. Cette réalité visible et invivable nuit à tous, y compris en termes d’image à la majeure partie des étrangers régulièrement installés., La dénonciation de ce phénomène d’immigration agressive et la volonté de lutter contre, en particulier par le biais des expulsions généralisées, doivent être un marqueur fort du pouvoir en place, afin de jouer sur trois leviers majeurs : une diminution sensible de la criminalité, une satisfaction de l’opinion publique qui plébiscite un retour de l’autorité, la fin d’un monopole de parole de la droite extrême sur ce sujet.

La seconde immigration à combattre est « limmigration invasive ». Sondage après sondage, les Français font état d’un malaise face à une arrivée perpétuelle de migrants, qui pousse à un rejet global, incluant là aussi les populations étrangères les mieux intégrées. Avec des augmentations de près de 64% des flux de migrants clandestins en 2022, et près de 50% des demandeurs d’asile en 2021, l’Europe est manifestement incapable aujourd’hui de protéger nos frontières communes. Il y a urgence à ce que les États de l’UE changent collectivement les règles du jeu européen, ou à défaut, agissent individuellement. Le Danemark l’a bien compris en externalisant à la fois ses demandes d’asile et ses prisonniers étrangers dans des pays tiers, orientations menées par les socio-démocrates au pouvoir, qui font l’objet d’un réel consensus entre toutes les formations politiques. Même si la France n’a pas pris la précaution de se prémunir face aux traités européens des mêmes garde-fous que ce pays nordique, les situations ne sont jamais figées et cet exemple est à méditer.

Une opinion publique désabusée

Sur ces deux types d’immigration, il nous faut appliquer un principe de réalité et mener des luttes efficaces, réclamées par nos concitoyens. On ne peut se l’interdire sous prétexte que ces évidences sont déjà dénoncées par d’autres. En clair, il nous faut retrouver un État fort et volontaire.

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Cependant, il est un troisième type d’immigration qui permet aux partis modérés de compléter ce principe de réalité, de façon radicalement différente des thèses extrêmes, qui font peu de cas des considérations humaines ou économiques, c’est « limmigration sélective ». De tout temps, notre civilisation et notre société se sont nourries des apports de l’immigration en termes de main d’œuvre, mais aussi de culture, de savoir, de sciences et techniques. Un apport mesuré et contrôlé de bras et de cerveaux est, aujourd’hui comme hier, nécessaire au développement de nos économies, de notre vie associative et étudiante, de notre dynamisme culturel, sportif et créatif. C’est bien dans cette faille-là, que les partis modérés doivent s’engouffrer en démontrant l’inanité d’affirmations comme le « zéro immigration » ou le « tout immigration ». Mais face à une opinion publique largement désabusée, ils ne pourront être crédibles et efficaces sur cette troisième phase que s’ils s’engagent résolument sur les deux autres.

Les hommes en noir

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«Le Monde» a peur: le RN a décidé de s’intéresser à l’écologie!

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Jordan Bardella photographié en 2019 © Jacques Witt/SIPA

Selon un éditorial récent et lunaire du journal du soir, les idées vertes ne sont ni menacées par l’islamo-gauchisme d’une Marine Tondelier, ni par les excès écomisandres d’une Sandrine Rousseau, ni par des mouvements encore plus radicaux comme les Soulèvements de la terre. Non: le quotidien craint que les «idées vertes» de l’écologie autorisée ne soient «dérobées, détournées puis repeintes en brun».


Le Monde est très inquiet. Ce ne sont pas les dizaines d’agressions au couteau par jour ni les viols barbares comme celui qu’a subi cette jeune femme à Cherbourg qui l’inquiètent – d’ailleurs il n’évoque jamais (ou alors longtemps après) ce qu’il considère n’être que des « faits divers » sans importance. L’insécurité, la délinquance, les trafics, l’effrayante brutalité avec laquelle sont commis quotidiennement des vols, viols et agressions, le lien de plus en plus évident entre l’augmentation de ces crimes et l’immigration, n’intéressent pas Le Monde. Mais alors, quelle est la raison de cette inquiétude grandissante qui tétanise les journalistes du quotidien crépusculaire ?

Grosses ficelles

L’éditorial du 14 août dernier est intitulé “Écologie et extrême droite : un dangereux mélange”[1]. Parfaite illustration d’un journalisme qui, devenu militant, est prêt à toutes les outrances, ce papier se contente des anathèmes « contre l’extrême droite » qui font l’essentiel des arguments d’une gauche médiatico-politique qui ne parle plus qu’à elle-même et ne comprend pas, malgré sa présence presque monopolistique dans les instances médiatiques, que le « populisme » de droite gagne du terrain en France comme dans de nombreux pays européens souffrant des mêmes maux. Marine Le Pen ayant décidé de s’intéresser à l’écologie, Le Monde s’attaque au RN en usant des grosses ficelles habituelles: « Entre les mains des démagogues de l’extrême droite, l’idée universaliste et émancipatrice de la protection de la planète et des êtres vivants risque de se transformer en un vecteur de fausses théories, de nationalisme et de xénophobie. » Ce procès d’intention s’accompagne d’un panel des idées nauséabondes qui nourriraient les représentants du RN, entre autres celle d’un « parallèle entre la protection de la biodiversité et celle des “races” essentialisées » afin de « justifier leur défense du repli des peuples sur eux-mêmes et leur phobie du métissage ». Cette grossière argumentation ne distingue pas, pour les discuter, deux notions écologiques distinctes – pour le dire vite : celle combinant conservatisme et foi en l’ingéniosité humaine pour s’adapter à de nouvelles conditions de vie et celle, radicalisée, sentimentaliste et révolutionnaire, de l’écologisme anticapitaliste et « décroissant » – mais stigmatise uniquement la première en dénonçant une fantasmatique tentation écofasciste reposant, tenez-vous bien, sur… le « rejet des éoliennes » et une « défense de la voiture individuelle, des pavillons et de l’agriculture productiviste au nom de “l’enracinement” ». Bref, tout est bon, jusqu’à la bêtise, pour brunir un programme écologique opposé au programme officiel et qualifié de « greenwashing nationaliste » par les calotins de la religion écologiste guidés par les Saintes Écritures du GIEC…

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Fascisme pour fascisme, les journalistes du Monde auraient pu tout aussi bien souligner les possibles connexions entre l’écologisme contemporain – d’abord allemand (celui des redoutables Grünen), ensuite français et, dans tous les sens du terme, rousseauiste – et la loi sur la protection de la nature du Reich (Reichsnaturschutzgesetz) de 1935, loi qui renoue, écrit le philosophe Luc Ferry[2], « avec la vision romantique d’une histoire à trois temps (âge d’or, chute, restauration) » issue d’une écologie nazie qui opposa en son temps au « classicisme français, rationaliste, humaniste et artificialiste, la représentation allemande d’une nature originaire, sauvage, pure, vierge, authentique, car accessible aux “seules voies du sentiment” », et qui fut par conséquent « hostile à ce que nous appellerions aujourd’hui la “modernisation” économique ». Ces journalistes auraient ainsi pu déceler dans l’écologie sentimentaliste et irrationnelle des Verts l’espoir tout germanique du retour à une « authentique » et idyllique nature originelle, authenticité originaire dont la société, les sciences et les arts nous ont éloignés, pensait Rousseau (Jean-Jacques). Ainsi, Rousseau (Sandrine) dit préférer « les femmes qui jettent des sorts aux ingénieurs qui construisent des EPR ». D’auto-proclamés adorateurs de Gaïa souillent des œuvres d’art jugés « inutiles ». Les Verts européens, refusant « le mythe du progrès technique et de la croissance », justifient la nécessité d’une loi sur la « restauration de la nature » et des croyants fanatiques de la Nouvelle Église Verdoyante se livrent à la destruction de biens d’entreprises ou de particuliers au nom d’une vision apocalyptique du destin de « la planète ». Dire que l’écologie actuelle est nazie, fasciste ou brune, serait aussi excessif et insignifiant que les propos insignifiants parce qu’excessifs du Monde. Il n’en reste pas moins vrai que l’écologisme est une religion reposant essentiellement sur l’idée d’un paradis climatique perdu (les époques pré-industrielles)[3], d’un présent coupable de tous les maux climatiques et d’un futur climatiquement radieux parce que débarrassé de ces scories que sont, à ses yeux, le capitalisme, le progrès scientifique, la croissance, ainsi que tout ce qui constitue les fondements politiques, économiques et culturels de l’Occident. D’autres « ismes » eurent les mêmes aspirations de destruction du monde, de tabula rasa, avec les conséquences que l’on sait. Celui-ci a la particularité d’avoir mis en branle une révolution soft, sentimentaliste et émotionnelle, qui la met à l’abri (pour le moment) d’une résistance qui devrait être féroce mais qui reste molle, voire complaisante – le RN lui-même est obligé de jurer ses grands dieux qu’il n’est pas « climatosceptique » –  et qui, de toute manière, est étouffée dans l’œuf par la propagande écolo dispensée à l’école et dans les médias.

Marine et les curés du climat

Marine Le Pen ayant déclaré avoir « un projet qui tient compte de l’environnement et de l’écologie », Le Monde brandit le spectre fasciste. Mais, enfiévré par sa harangue antifasciste, le journal se met à délirer. Il pose une question qu’il juge inquiétante et que nous qualifierons, pour rester poli, d’étrange : « Après avoir dérobé la laïcité, le patriotisme et la valeur travail à la gauche, le RN pourrait-il en faire de même avec l’écologie ? » Le RN n’a rien « dérobé » du tout mais s’est contenté de recueillir des valeurs orphelines, celles qui, choyées par la gauche historique, ont été abandonnées par la gauche et l’extrême gauche actuelles. Avec l’islamo-gauchisme est advenue la remise en cause d’une laïcité qui, jugée trop brutale et discriminante, est maintenant qualifiée, au sein même de la gauche, de « laïcarde ». Grâce à Sandrine Rousseau, le travail est devenu une « valeur de droite » et la nouvelle valeur de gauche est le « droit à la paresse ». Quant au patriotisme, cette valeur réputée être fondatrice de la gauche française depuis la Révolution, l’extrême gauche n’a eu de cesse ces dernières années de le confondre avec un nationalisme qui ne peut être, selon elle, que le réceptacle de pensées « nauséabondes », haineuses et xénophobes – les mots patrie, nation et France ont disparu des discours de la gauche, sauf quand il s’agit de les dénaturer. Concernant la seule écologie politique, ses excès rhétoriques, son absence d’argumentation rationnelle, ses accointances avec le wokisme et son islamo-gauchisme de plus en plus clairement affiché auraient dû jeter le doute quant à ses réelles ambitions « pour la planète » – malheureusement, en plus de soixante-huitards attardés, de jeunes bobos, élevés dans les couveuses écolo-wokes que sont devenues notre école et nos universités et hypnotisés par la vision apocalyptique des évangélistes écologiques, gonflent régulièrement les rangs de cette terrifiante religion et des sectes gravitant autour d’elle, associations et réseaux d’activistes ignares et nuisibles.

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Le Monde aime à se faire peur. Il craint que les « idées vertes » de l’écologie autorisée ne soient « dérobées, détournées puis repeintes en brun ». Peut-être redoute-t-il que d’autres idées ne connaissent le même sort. Imaginons que demain, Marine Le Pen ou, pire, Éric Zemmour, annoncent vouloir promouvoir un gigantesque Plan de recherche médicale contre le cancer. « Recherche contre le cancer et extrême droite : un dangereux mélange », titrerait sans doute alors le quotidien. « Depuis longtemps, écrirait-il, le terrain a été préparé par des théoriciens de l’extrême droite qui ont tissé des liens entre thématiques identitaires et recherche médicale. » L’air de rien, l’éventualité d’expériences chimiothérapiques réalisées uniquement sur des cobayes « racisés » ou des migrants serait évoquée – l’influence de Josef Mengele serait subtilement sous-entendue. En même temps, un « medicalwashing nationaliste » serait dénoncé. « Les progrès médicaux, conclurait le journal, courent un nouveau danger : être dérobés, détournés puis repeints en brun. » Avouez que ça fiche la trouille, non ?

Les Gobeurs ne se reposent jamais

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[1] https://www.lemonde.fr/idees/article/2023/08/14/ecologie-et-extreme-droite-un-dangereux-melange_6185342_3232.html

[2] Luc Ferry, Le nouvel ordre écologique, 1992, Éditions Grasset.

[3] Les merveilleuses époques climatiques pré-industrielles fantasmées par les écologistes ont en réalité été caractérisées par des phénomènes paradoxaux et irréguliers. Dans son dernier, excellent et combatif essai, Le climat par les chiffres. Sortir de la science-fiction du GIEC (l’Artilleur, 2023), Christian Gérondeau cite l’historien Emmanuel Le Roy Ladurie : « L’époque romaine a bénéficié entre 200 avant J.-C. et 200 après J.-C. d’un optimum avec un climat à peu près similaire à celui du XXe siècle. À l’époque mérovingienne, une glaciation modérée a vu le jour vers l’an 500 avant un nouvel optimum connu sous le nom « d’optimum climatique médiéval » survenu entre 900 et 1300, qui fut contemporain de défrichements importants et d’un essor démographique notable. […] Plus proche de nous, un petit âge glaciaire s’ouvre au XVIe siècle et se termine au milieu du XIXe siècle. À partir de 1570 les glaciers alpins progressent fortement, quelques fois de plus de 40 mètres par an. […] À la fin du XVIe siècle, à Chamonix, la Mer de Glace atteint et détruit ainsi des hameaux voisins. Provoquée par les pluies, la famine de 1693 fit 1,3 million de morts sur 20 millions de Français. L’hiver 1709 fut l’un des plus froids jamais connus en Europe, ce qui provoqua près de 600 000 morts dans notre seul pays. […] À partir des années 1850-60, sous l’influence de belles années chaudes, c’est la fin du petit âge glaciaire avec un nouvel optimum. » Ces observations incontestables ont été avalisées par le GIEC, sous forme d’un graphique, dans son premier rapport datant de 1990. Pourtant, précise Christian Gérondeau, dans le sixième rapport du GIEC de 2021, un nouveau graphique, « issu de mystérieux “modèles” », travestit le graphique originel en gommant les écarts climatiques et en faisant surgir un seul « pic » s’élevant à partir du début du XXe siècle. Le GIEC affirme alors que « la température de la surface du globe s’est élevée d’ 1,1°C par rapport à la période pré-industrielle » mais omet de dire que cette période pré-industrielle est celle du « petit âge glaciaire » évoqué ci-dessus – tout est fait pour « faire peur », laisser croire que le « changement climatique » est un phénomène nouveau et corroborer l’idée qu’avant l’ère industrielle et l’utilisation des énergies fossiles, le climat était quasiment linéaire. Les bigots de la religion écologiste gobent sans barguigner ce catéchisme. Pourtant, « à lui seul ce graphique, qui cache en outre le fait que la température terrestre a cessé de croître depuis 2015, disqualifie le GIEC », écrit Christian Gérondeau.

L’opposition sud-africaine en rangs serrés face à l’ANC

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17 août 2023, le "Moonshot Pact" à Johannesbourg, Afrique du Sud D.R.

Sept partis d’opposition en Afrique du Sud sont parvenus à un accord afin de former une coalition visant à battre l’African National Congress (ANC) aux prochaines élections générales prévues en 2024. Une alliance inédite et historique qui pourrait mettre fin à trois décennies de pouvoir sans conteste du parti de Nelson Mandela. 


Trente ans après la chute du gouvernement de ségrégation raciale, l’Afrique du Sud est plongée dans une crise économique, sociale et politique qui perdure. Le bilan des héritiers de Nelson Mandela a désormais un goût amer pour des millions de Sud-africains. Miné par la corruption, jusqu’au plus haut sommet de l’État, le gouvernement de l’African National Congress pourrait potentiellement perdre le pouvoir aux prochaines élections législatives de 2024 et le céder à une nouvelle coalition inédite qui vient de se former. Le 17 août, après deux jours de réunions intenses, sept partis politiques se sont réunis et ont conjointement signé une « Charte multipartite pour l’Afrique du Sud » afin de mettre fin à l’hégémonie du parti du président Cyril Ramaphosa. Le professeur William Gumede, qui a présidé cette réunion, a déclaré que les partis se sont également entendus sur un partage du pouvoir, la nomination de personnes à des postes gouvernementaux et la structure d’un éventuel cabinet multipartite, en cas de victoire aux élections.

Une clique hétéroclite

Parmi cette nouvelle formation très hétéroclite, on trouve trois partis parlementaires (la Democratic Alliance qui a initié cette rencontre comme principal parti d’opposition ; le Freedom Front + qui milite pour l’établissement d’un volkstaat blanc ; l’Inkhata Freedom Party, ethniquement composé de Zoulous) et quatre partis mineurs (l’Action SA qui s’est récemment posée en « faiseur de rois » aux dernières élections municipales dans la province phare du Gauteng, le libéral-conservateur United Independent Movement, le Spectrum National Party multiconfessionnel et multiracial et l’Independent South African National Civic Organization dont le leader controversé a alimenté les chroniques judiciaires du pays). Un poids électoral non négligeable face à l’ANC, qui n’a cessé de perdre du terrain au fur et à mesure des scrutins qui se sont succédé.

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Face à la presse rassemblée à l’Emperor Hotel, à Kempton Park, le député, John Henry Steenhuisen, s’est dit satisfait par cet accord. Le leader de la DA a rappelé que c’était l’aboutissement d’un projet dans lequel « son parti s’était profondément investi » et a expliqué que cette nouvelle formation « allait apporter des solutions concrètes pour améliorer la vie des Sud-Africains » à travers un programme ambitieux résumé en seize points et « sauver leurs vies ». « Cela concerne l’Afrique du Sud et son peuple. Ce n’est pas un club de partis anti-gouvernementaux. La raison pour laquelle nous nous sommes réunis est bien plus importante. Nous ne détestons pas l’ANC, nous détestons ce qu’ils ont fait à l’Afrique du Sud » a précisé Velenkosini Hlabisa, président de l’IFP. « Je vois cela comme un nouveau changement pour l’Afrique du Sud qui va nous permettre de construire un meilleur avenir pour les générations futures » a même déclaré en anglais et en afrikaans le député Pieter Groenwald, leader du FF+.

Julius Malema mis à l’écart

La nouvelle coalition a rappelé qu’elle excluait tout accord avec le mouvement Economic Freedom Fighters (EFF). Troisième force politique d’Afrique du Sud, le parti est dirigé par Julius Malema, et est tristement célèbre pour ses provocations et incitations à la haine raciale qui s’étalent régulièrement dans les médias locaux. Lors de la dernière convention nationale du parti, M. Malema et ses partisans ont repris en cœur la chanson « Kill the Boer, Kill the Farmer » dont les paroles appellent au meurtre des Afrikaners. Réclamant l’expropriation de ces derniers de leurs terres sans la moindre compensation, l’ancien secrétaire de la ligue de jeunesse du Congrès national africain (ANCYL) a dénoncé un complot du « capital blanc ». « Chaque développement politique dans ce pays porte l’écriture des Oppenheimer [dynastie sud-africaine d’entrepreneurs miniers et de magnats du diamant -ndlr] derrière lui. Mais il y a une chose qu’ils ne contrôlent pas, c’est l’EFF. C’est ce qui leur donne des cauchemars. Je n’arrive pas à comprendre, je veux découvrir ce que nous avons fait de mal ! On entend parler d’un « moonshot pact » (du nom de l’accord en anglais-ndlr) entre différents partis. Je ne sais pas vraiment ce que cela sous-entend, mais ils peuvent bien aller sur la lune s’ils le souhaitent, nous préférons rester sur terre » a ironisé Julius Malema qui a également fait de la défaite de l’ANC son cheval de bataille…

Et une fois les abayas remisées au placard, Monsieur Attal?

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Le ministre de l'Éducation nationale, Gabriel Attal, à Dijon, 22 août 2024 © KONRAD K./SIPA

En excluant les sinistres abayas et autres grotesques qamis des élèves musulmans de nos collèges et lycées (lire encadré en fin d’article), et en replaçant les épreuves de spécialité du bac en juin, le ministre a fait des annonces bienvenues hier soir. Mais en réalité avec Gabriel Attal, l’acteur change mais le scenario reste. Analyse.


Il aura suffi de quelques mots lâchés lors d’une de ces visites Potemkine dont sont coutumiers les ministres de l’Éducation nationale, pour voir fleurir des paroles d’espérance un peu partout. Le retour à l’ordre et au respect serait là et nous aurions à la fois échappé à une grande braderie de la laïcité et à un relâchement des mœurs par éducation sexuelle intensive en classe. Maîtrisant mieux son sujet, meilleur orateur que son prédécesseur et politicien de métier, Gabriel Attal a, sans surprise, réussi un prologue adapté à notre théâtrocratie. Mais au-delà de notre satisfaction à passer du théâtre amateur de la 6èmeB à la Comédie Française, y a-t-il réellement du mieux à attendre pour le secteur éducatif français ?


Les implacables tendances lourdes

En cette rentrée 2023, bien des voyants sont au rouge. Le « choc d’attractivité » n’a pas eu lieu. Les hausses de rémunération, essentiellement concentrées sur les débutants, ont réussi le double exploit de ne pas attirer plus de nouveaux tout en écœurant les anciens. Pour ces derniers, c’est la double peine : le gel du point d’indice a érodé leur pouvoir d’achat (entre 15 et 25% de perte au cours des 20 dernières années selon un rapport du Sénat)  aussi sûrement que les réformes successives ont détruit le sens de leur métier.

Toujours plus de paperasse, toujours moins de contenu à enseigner : ayant vendu la réussite pour tous, l’institution tient à disposer de preuves en cas d’action en justice de la clientèle insatisfaite. P.P.R.E., P.A.P., P.P.S., A.P.C.[1], l’Education nationale n’est pas avare de sigles pour intituler les dossiers à remplir dans ses écoles primaires. Peu importe que Nicolas Sarkozy ait amorcé la suppression de milliers de postes dans les Réseaux d’Aides Spécialisée aux Elèves en Difficulté et qu’il soit de plus en plus en plus difficile d’obtenir un avis ou une aide experte. Peu importe qu’il manque partout des médecins, des infirmières et des psychologues scolaires alors que des cas de plus de plus complexes sont amenés dans les classes par l’utopie de l’ « École inclusive ». La trace papier, rédigée tant bien que mal par l’enseignant, tient lieu d’expertise.

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Les compétences nécessaires à l’analyse des cas complexes, le professeur des écoles les bricole seul car désormais il ne choisit plus sa formation continue, elle lui est imposée, sans aucune prise en compte de ses besoins personnels et se limite à quelques montages sous PowerPoint à ingurgiter en ligne ou à l’observation des pratiques d’un collègue pompeusement appelée « Regards croisés ». Logique de résultat évaluée par compilation de la paperasse en tableaux de bord et compression des coûts, tout est là, conformément à la LOLF (loi organique relative aux lois de finances) qui, en 2006 a formalisé l’objectif d’encourager le passage d’une « logique de moyens » à une « logique de résultats ». L’absence d’effets positifs palpables aujourd’hui ne saurait être due qu’à une stratégie pas encore poussée assez loin…

À tout cela s’ajoutent des programmes et consignes loin des exigences disciplinaires auxquelles chaque ministre se prétend pourtant attaché :  chanter le jour de la rentrée pour Jean-Michel Blanquer, semaine olympique pour Pap Ndiaye, toujours plus d’écrans malgré la nocivité démontrée sur les jeunes enfants, passé simple enseigné uniquement à la 3ème personne et géographie limitée à des thèmes sociétaux (« Habiter un éco-quartier », « savoir se déplacer »…). Rien n’est venu freiner la course au néant entamée dès 2000 par les directives du Conseil européen de Lisbonne, ce formidable corpus d’actions dont Jean-Paul Brighelli résume parfaitement les mérites en écrivant qu’il «  a divisé une fois pour toutes les « apprenants » en 10% de futurs cadres et 90% d’hilotes ubérisés ».

Enfin, pour cerner parfaitement le cœur du réacteur idéologique qui irradie dans tous les cercles décisionnels, il faut inclure les théories du capital humain qui font de chaque individu un simple contenant de connaissances valorisables économiquement. Le savoir n’est qu’une marchandise comme une autre et un facteur de production. Le vocabulaire ne trompe pas : nous sommes à l’heure des « ressources humaines ». A l’aune de cette vision, ParcourSup devient outil de maximisation du rendement éducatif. Pourquoi prendre le risque de donner sa chance de se révéler, dans le supérieur, à un élève moyen d’établissement ordinaire quand un algorithme froid peut sélectionner les spécimens présentant la plus grande probabilité de retour sur investissement ?  De même, à quoi bon offrir à tous culture générale et capacité à penser pour et par soi-même lorsque l’on peut se limiter à greffer sur un support humain les seules compétences utiles aux entreprises ?  « Savoir trouver et utiliser de l’information », « savoir communiquer pour travailler en équipe » et « comprendre les relations d’une unité systémique de base » suffisent à suivre un cheminement solitaire de réceptacle à compétences. Exit les corpus disciplinaires mobilisables en soi-même pour élaborer une pensée riche et complexe. Chaque individu est désormais seul avec « la formation tout au long de la vie »  dont le site education.gouv brosse un tableau enthousiaste alors que ce modèle abandonne chaque élève à d’hypothétiques possibilités de se qualifier ultérieurement en entreprise, là où autrefois, l’État validait, par un diplôme reconnu sur tout le territoire et même au-delà, sa qualification. Pour un tel objectif, les programmes très allégés sous François Hollande sont nettement suffisants et sous l’ère Macron pas même une virgule n’en a été changée dans le premier degré.

L’horizon indépassable du scénario de l’Institut Montaigne

Choisir Fanny Anor, ancienne collaboratrice de l’Institut Montaigne comme directrice de cabinet signe l’adhésion totale de Gabriel Attal à ces doctrines qui n’ont, de toute façon, jamais cessé d’être à l’œuvre derrière le paravent Ndiaye. Sa confiance en les préconisations de ce think tank libéral si cher à Jean-Michel Blanquer est perceptible dès ses premières déclarations. Ainsi, concernant l’uniforme, le ministre précise : « Si la communauté éducative d’un établissement demande à l’expérimenter […] j’y suis favorable », se bâtissant à peu de frais l’image d’un acteur volontariste du retour à une forme de rigueur, tout en occupant le monde politico-médiatique autour d’un débat sociétal ponctuel.

Il y a pourtant bien plus à voir dans cette phrase : elle est l’expression claire de l’objectif d’autonomie des établissements, déjà présent dans le premier livre de Jean-Michel Blanquer. Que la Suède, parce que le réel lui a prouvé la toxicité de ce choix, revienne en arrière et invalide cette hypothèse d’efficacité d’un management local des unités d’enseignement, ne fait rien à l’affaire. Que cette « libération de l’intelligence des acteurs de terrain » couplée au libre-choix de son école ait conduit dans les pays où elle est déjà en vigueur  à un accroissement de la ségrégation sociale et ethnique n’altère en rien la foi que le salut du système éducatif passe par la seule mise en concurrence d’écoles-entreprises destinées à des parents-clients.

Sur les idéologues, le réel n’a pas de prise. Il suffit pour s’en convaincre de lire « Le grand décryptage du quinquennat Macron » dans sa partie éducation, rédigée par Baptiste Larseneur, « responsable des projets liés au développement du capital humain » à l’Institut Montaigne. Il s’y enthousiasme sur la politique de dédoublement des CP et CE1 et de plafonnement à 24 élèves des grandes sections de maternelle et souligne les études qui démontrent la corrélation positive entre nombre d’élèves et résultat. En revanche, il oublie la répercussion mathématique sur les effectifs des autres niveaux désormais surchargés par impossibilité d’assurer une répartition plus équitable en jouant sur l’ensemble des classes, quitte à faire cohabiter des niveaux différents. C’est ainsi qu’il n’est pas rare de voir des classes dépasser la trentaine par impossibilité de faire glisser en cascade quelques élèves sur les niveaux de CP, CE1 ou grande section désormais sanctuarisés. De même, Baptiste Larseneur glorifie sans nuance, l’instruction obligatoire instaurée dès trois ans sans évoquer la dégradation des conditions d’apprentissage d’élèves dont les enseignants et ATSEM (agent territorial spécialisé des écoles maternelles) sont parfois absorbés par la gestion des changements de couches et l’encadrement d’enfants pas assez matures pour une entrée sereine en maternelle. Pas un mot non plus sur l’école inclusive, objectif louable perverti par l’obligation d’accueil inconditionnel de tout type d’élève handicapé, sans aucune prise en compte de l’impact parfois très lourd sur la qualité de vie des autres élèves. Enfin, il parle de l’assouplissement des rythmes scolaires sans jamais rappeler que l’échec de ce projet phare du quinquennat Hollande démontre à lui seul les ravages d’un pilotage local des activités dans un contexte d’inégalités territoriales… Les hommes changent, mais les pratiques demeurent : aveuglement idéologique et étanchéité au réel vont donc continuer d’orienter les politiques éducatives.

L’insurmontable déni des spécificités du secteur public

À ces œillères idéologiques, s’ajoute un aveuglement spécifique dont le symptôme est la mise en place du Pacte enseignant, présenté par Gabriel Attal comme une source d’augmentations substantielles des rémunérations. Outil de limitation de la nécessaire (et promise) revalorisation des enseignants, puisqu’il ne concernera que quelques-uns, le Pacte permet de céder aux sirènes du salaire au mérite : les professeurs qui accepteront certaines missions sélectionnées par le ministère seront plus méritants, donc mieux rémunérés.

Cette dernière invention relève d’un déni particulier, celui qui consiste à refuser d’envisager comme spécifiques les motivations des enseignants. Le postulat de base est donc l’homogénéité public/privé totale du rapport à leur profession des travailleurs. Or pour les professeurs, les motifs affectifs d’engagement et l’importance du sens de la mission tiennent une place centrale. De plus, la difficulté à fixer des critères et objectifs de « rendement » ou d’excellence pertinents en éducation, les rend attachés à des rémunérations statutaires fixes, par crainte de pratiques opaques, tenant plus de la gratification par connivence que de la juste appréciation d’un objectif atteint.

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Enfin, le cœur de leur travail qu’est la transmission du savoir se fait déjà en assumant de multiples tâches annexes : former en urgence des collègues recrutés en catastrophe par « speed dating », compenser leur inexpérience, lutter contre la violence, le harcèlement, l’obésité, s’improviser éducateur spécialisé, remplir des livrets nébuleux, s’engager dans des projets hors sol destinés à servir la communication et la carrière des cadres… Dans un tel contexte comment ne pas percevoir comme une provocation une individualisation des rémunérations, qui ne valoriserait que certains engagements ? Même si Gabriel Attal prétend être à l’écoute de ses troupes, il ne mettra rien en œuvre pour revenir sur cette gangrène des tâches annexes, porteuse, avec l’allègement des contenus, d’une cruelle perte du sens. Pire, l’opacité des critères de sélection des candidats au Pacte s’apprête à dégrader encore un peu plus l’ambiance dans les équipes, alors que dans la chaleur du mois de juin, le discours régurgité par des directeurs rapidement nourris en amont d’un PowerPoint bien lisse était déjà mal passé.  

La réalité observée est donc bien conforme aux nombreuses études relevées par Virginie Forest, qui démontrent  « un effet mitigé voire négatif »  du salaire au mérite dans la fonction publique, effet dû à des « dysfonctionnement relatifs aux procédures d’évaluation, et l’imprécision, voire l’inadaptation des objectifs ». La publication, en plein cœur de l’été ainsi qu’il est d’usage pour les textes contestables ou impopulaires, de la note de service précisant les modalités de mise en œuvre, achève de nourrir la méfiance d’une très grande majorité d’enseignants. L’adhésion au système devrait donc se limiter à la recherche de compensation d’un salaire trop faible. Nous voici bien loin de toute idée de motivation des personnels, ce qui n’empêchera pas Gabriel Attal de s’afficher dans les cours de soutien du Pacte auprès d’enseignants briefés par son équipe en amont pour assurer un sourire vendeur.

Gabriel Attal ne constitue donc en rien une rupture. Le jeune ministre, fidèle de la première heure et politicien de carrière, vient juste de mettre un terme à l’expérience de communication Ndiaye. Choisi comme tête de gondole électorale, l’universitaire aura été ce que le blanc de Meudon est aux vitrines en cours d’élaboration : un camouflage rapide, suscitant l’attente de la nouvelle collection qui n’entrave en rien la marche du business dans l’espace de vente. Tout comme lui, Gabriel Attal va s’employer à concevoir une chorégraphie éphémère sur le trottoir de la boutique, simple agitation de surface sans effet sur l’écosystème à l’œuvre au fond du marigot. Une fois de plus, il s’agit de tout changer pour que rien ne change à la partition écrite, il y a longtemps, pour l’ensemble des services publics.


Interdiction de l’abaya, coup de com ou action véritable ?
« Gabriel Attal interdit enfin l’abaya ! » peut-on lire et entendre partout. De Twitter aux gazettes, des plateaux de  télé aux radios, sonnez hautbois,  résonnez musettes ! Et si nous prenions le temps de revenir aux mots exacts du ministre et à la réalité du terrain ?
Soyons factuels. Sur le plateau du 20h de TF1, ce dimanche 27 août, Gabriel  Attal a tout d’abord déclaré : « L’école de la République s’est construite autour de valeurs et de principes extrêmement forts, notamment la laïcité. La laïcité, ce n’est pas une contrainte, c’est une liberté. C’est une liberté de se forger son opinion et de s’émanciper par l’école. Pour moi, la laïcité dans un cadre scolaire, c’est quelque chose de très clair : quand vous rentrez dans une salle de classe vous ne devez pas être capable de distinguer et d’identifier la religion des élèves en les regardant ». Libre à lui de penser cela, mais, pour les enseignants, la réalité est moins simple.
Revenons au Code de l’éducation : « le port de signes ou tenues par lesquels les élèves manifestent ostensiblement une appartenance religieuse est interdit ». Depuis près de 20 ans, tous les conflits possibles tiennent en un seul mot : « ostensiblement ». Son interprétation est si complexe qu’il ne faut pas moins de trois pages au Vademecum de la laïcité pour tenter d’éclaircir la chose, sans y parvenir vraiment, puisqu’on peut y lire que « les élèves peuvent porter des signes religieux discrets » – ce qui peut largement suffire à identifier la nature de leur foi. Le réel ne se plie donc pas aux rêves du ministre, qu’il l’ignore ou feigne de l’ignorer est inquiétant.
Questionné plus précisément sur l’abaya, Gabriel Attal poursuit: « Je vous annonce, j’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école. Je vais m’entretenir cette semaine avec les chefs d’établissement et je veux leur rendre hommage. On ne parle pas suffisamment d’eux,  les principaux, principaux adjoints, proviseurs,  proviseurs  adjoints. Ils sont en première ligne sur ces questions de laïcité, sur les questions de harcèlement, sur beaucoup de sujets, je vais m’entretenir avec eux, leur donner toutes les clefs pour qu’ils puissent faire appliquer cette règle qui me semble nécessaire et qui est juste ». Gabriel Attal  ignore alors la journaliste qui insiste pendant son monologue en demandant « un texte très précis ? ». « Et les bandanas sur les cheveux? » relance-t-elle, visiblement consciente  que le véritable problème est que tout repose sur une interprétation, au cas par cas, qui laisse les acteurs de terrains seuls responsables. Le ministre reprend : « Il y a des situations qui ont pu se présenter comme ça et les chefs d’établissement ont pris des décisions qui ont été validées par le juge administratif ». Voici là rien de plus qu’un satisfecit pour l’existant, au travers d’un rappel du contenu des fiches du Vademecum de la laïcité qui exposent les textes de référence et les jurisprudences correspondantes. Laisser aux seuls acteurs de terrain une responsabilité d’appréciation, bien plus lourde que la simple application d’un texte clair, semble être le cap à maintenir. Cela n’est pas sans rappeler la piste de l’expérimentation de l’uniforme, limitée aux établissements demandeurs, évoquée récemment par Gabriel Attal, qui, elle aussi, signe un choix d’ajustement territorial basé sur les décisions des acteurs locaux.
Pourtant, le ministre est conscient de la pression que subissent les responsables locaux et du besoin de clarifier le cadre de leur action.  Il prétend y apporter une solution : « Il y a vraiment sur cette question de l’abaya, je l’ai mesuré en échangeant avec des chefs d’établissement cet été, avec leurs représentants, une attente de règle claire au niveau national, elle est donc donnée ». Sous quelle forme ? Une loi ? Un décret ? Une circulaire ? Une note ? Aucun de ces mots techniques et précis n’a été prononcé. Bien de chemins plus ou moins courageux et concrets sont donc ouverts, ce qui appelle à la prudence. Certes, nous sommes un peu plus loin qu’un Pap Ndiaye refusant de nommer la chose à interdire, mais les arguments de ce dernier, lorsqu’il soulignait l’impossibilité de lister tous les vêtements à interdire, demeurent. Tout comme demeure floue la part de responsabilité qui incombera aux  échelons locaux. Car tout est là : la publication d’une loi très précisément rédigée au sommet de l’État n’est pas une réponse de même nature qu’une simple possibilité, donnée par une note, d’inclure localement une interdiction dans le règlement intérieur d’un établissement scolaire. Par l’expression  « donner toutes les clefs », Gabriel Attal ne nous éclaire en rien sur ses choix. Nous n’en sommes donc, pour l’instant, qu’à une parole performative et un peu de brosse à reluire pour les personnels de terrain qui, depuis des années, sont seuls au front. Il serait donc plus sage de ne point trop nous réjouir pour ne pas contribuer à donner une matérialité factice à ce qui pourrait n’être qu’un effet d’annonce sans consistance réelle, comme l’ont été les propos de ce même ministre sur l’uniforme à l’école • 

[1] Plan Personnel de Réussite Educative,  Plan d’Accompagnement Personnalisé, Projet Personnalisé de Scolarisation, Activités Pédagogiques Complémentaires.

La fausse sprinteuse qui a humilié la Somalie

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Unsplash

C’est un scandale qui a eu pour effet de replacer temporairement la Somalie au centre de l’actualité…


Fin juillet, la prestation de sa coureuse aux Universiades d’été, organisées en Chine, a été remarquée et largement commentée sur les réseaux sociaux (voir notre vidéo ci-dessous). Nasra Abubakar Ali a mis presque deux fois plus de temps pour achever cette course de 100 mètres que le vainqueur lui-même. Soit 21 secondes et 81 centièmes. Hésitante sur le départ, semblant hagarde, elle a été rapidement distancée par les autres concurrentes, suscitant indignation générale et moqueries dans son pays de naissance. Une piètre performance qui a déclenché l’ire du gouvernement somalien. Une enquête ordonnée par le ministère de la Jeunesse et des Sports a rapidement révélé la supercherie et démontré que cette sprinteuse n’avait rien d’une sportive professionnelle. 

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La présidente de la Fédération somalienne d’athlétisme (FSA), Khadijo Aden Dahir, a été immédiatement mise à pied, accusée « d’abus de pouvoir, de népotisme, et d’avoir sali le nom de la nation sur la scène internationale », comme l’indique le communiqué officiel de presse publié par la FSA sur Twitter (X). Si on ignore le lien entre la coureuse et Khadijo Aden Dahir, des poursuites pourraient être également engagées contre la mystérieuse association sportive universitaire somalienne avec laquelle Nasra Abubakar Ali a pu s’enregistrer si facilement pour cette épreuve… Le ministre Mohamed Barre Mohamud a confirmé que cette association n’avait pas d’existence légale dans le pays. « Ce qui s’est produit n’est pas représentatif du peuple somalien », a déclaré le gouvernement de Mogadiscio. Pour sa défense, Nasra Abubakar Ali a plaidé une entorse (qui ne l’a pas empêchée de sautiller de joie à l’arrivée…) et évoqué un complot organisé contre la dirigeante de la FSA – dont « le cas sera présenté à la prochaine réunion du comité national olympique somalien pour de nouvelles sanctions » a assuré Abdullahi Ahmed Tarabi, le président de ce comité… Pays en guerre civile depuis le début des années 1990, en proie à une insurrection islamiste, sans réel État, la Somalie figure bonne dernière sur les 180 nations recensées, comme étant la plus corrompue par l’ONG Transparency International.

Enseigner l’Histoire: l’exemple chinois

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Qiannan, Chine © CFOTO/Sipa USA/SIPA

Le président de la République, dans une récente interview au Point, a proclamé: «L’histoire doit être enseignée chronologiquement et l’instruction civique, devenir une matière essentielle. Chaque semaine, un grand texte fondamental sur nos valeurs sera lu dans chaque classe puis débattu». Notre chroniqueur, qui a très vite répondu par le sarcasme aux promulgations d’Emmanuel Macron, revient sur la question: quelle Histoire voulons-nous, devons-nous enseigner aux enfants? Et ses réponses décoiffent, comme d’habitude.


Levée de boucliers. Christine Guimonnet, secrétaire générale de l’association des Professeurs d’Histoire-Géographie, s’insurge : « On est un peu interloqués (…) Il y a difficilement moins chronologique que le programme de première par exemple : on commence en 1789 et on s’arrête en 1920 » — oubliant de nous dire comment on fait tenir 140 années terriblement chargées d’événements en une quarantaine d’heures de cours : interroger un élève de première sur ce qu’il a appris en Histoire, c’est rencontrer les abysses.

Le problème n’est pas nouveau, comme le rappelait Ouest-France en… 2017. Alain Decaux déjà en 1979 affirmait : « On n’apprend plus l’histoire à vos enfants ». Depuis, la querelle fait rage : les traditionnalistes prônent le « roman de l’histoire », un concept foulé aux pieds par les pédagogues professionnels, les profs de gauche, les islamo-gauchistes et les intersectionnels de toutes obédiences. Parce qu’il faut comprendre que le débat ne porte pas sur l’enseignement, mais sur la France qui découle de cet enseignement. L’enseignement chronologique strict, le « roman » historique, autant de pratiques « identitaires » qui excluent les nouveaux arrivants, les immigrés, les non-assimilés, etc. Les uns veulent ressusciter la France, les autres l’éclater façon puzzle.

Aucun cours d’histoire ne peut se passer de récit : c’est par le récit que l’on accroche et que l’on instruit. Je veux bien que la recherche en Histoire passe par les documents. Mais faire étudier des documents à des enfants comme s’ils étaient des archéologues est proprement stérile. De quoi les dégoûter à jamais d’une matière indispensable à la construction de la citoyenneté.

Quitte à me fâcher avec des gens qui de toute façon me haïssent, je vais me risquer à préciser que le « roman » de l’Histoire, c’est le récit historique plus le style. C’est tout. On n’invente pas, on met en scène.
Et à propos de mise en scène, faisons un détour par les pratiques de la République populaire de Chine.

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J’ai tout récemment fait l’acquisition en DVD de deux films chinois récents qui exaltent le combat du peuple contre l’occupant japonais. La Brigade de Shandong (2021) narre un haut fait de la résistance chinoise à l’envahisseur nippon, quelques héros anonymes œuvrant à la destruction d’un train bourré d’armes destinées à l’armée du Soleil levant : c’est prodigieusement filmé par Feng Yang. La Brigade des 800, de Guan Hu (2020), raconte la résistance de 800 soldats chinois, pour l’essentiel des non-professionnels recrutés à la va-vite dans les rizières, contre des milliers de Japonais à Shanghaï en 1937 — l’entrepôt qu’ils défendirent a été conservé tel quel, ravagé de balles, par les autorités actuelles.

C’est Alamo, c’est les Thermopyles, c’est la bataille de Rorke’s Drift (vous vous rappelez peut-être Zoulou, le film de Cyril R. Enfield réalisé en 1964). Ce serait Camerone, si le gouvernement français, au lieu de financer des réalisatrices qui lui crachent à la figure dès qu’elles en ont l’occasion, se souciait d’apprendre l’Histoire aux gamins : la perte du sentiment de l’épopée est le prélude à toutes les redditions culturelles.

Et dans le film, où le sang gicle comme au plus beau temps de Sam Peckinpah, un jeune garçon terrorisé finira par se battre et mourir comme les autres. À quand un vrai film révolutionnaire sur le petit Bara, tué par les Vendéens en 1793 ?

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La IIIème République avait su mobiliser les consciences après 1870, dans la perspective du règlement de comptes à venir contre la Prusse. Voyez un tableau comme Les Dernières cartouches, peint en 1873 par Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville : ce fut pendant un temps le tableau le plus cher au monde, il a inspiré un film aux Frères Lumière et à Georges Méliès. Il y a là un vrai sujet épique — ça nous changerait des complaisances nombriliques du cinéma français actuel. Voyez l’anecdote du Combat des Trente, où pendant la guerre de Succession de Bretagne (1351), en pleine guerre de Cent ans, soixante chevaliers appartenant aux deux camps antagonistes — l’un soutenu par les Anglais — se défièrent en combat chevaleresque, à la façon de la Table Ronde. Comme Beaumanoir réclamait à boire durant le combat, son compagnon Geoffroy du Boüays lui aurait répondu : « Bois ton sang, Beaumanoir, la soif te passera » — ce qui devint la devise des Beaumanoir. Vous imaginez ce qu’un réalisateur chinois ferait d’une telle situation ?

Alphonse-Marie-Adolphe de Neuville, Les Dernières cartouches, 1873 D.R.

Notre histoire est assez riche pour offrir des sujets de films à l’infini, afin de recréer et conforter le sentiment patriotique — et non, ce n’est pas un gros mot : les Chinois n’hésitent pas, eux, et ils sont en passe de devenir la première économie mondiale. Le libéralisme occidental a cru pouvoir se passer de l’Histoire et de la culture ; le libéralisme chinois prouve qu’en s’appuyant sur l’histoire des peuples, on obtient bien plus aisément leur assentiment. Les compagnies de production chinoise mettent le paquet pour faire des films qui redonnent de la fierté au peuple — tout comme Eisenstein avait redonné de l’élan aux Russes en filmant Alexandre Nevski en 1938. Bien sûr, le héros incarné par Nikolaï Tcherkassov exaltait le leader suprême de l’époque — qui allait résister aux panzers nazis à Stalingrad tout comme Nevski avait affronté les chevaliers teutoniques : c’est cela aussi, le roman de l’Histoire, et à tout prendre, je préfère de légères distorsions, un usage généreux de l’épopée et du lyrisme, aux ratiocinations bien-pensantes de certains profs d’Histoire d’aujourd’hui, qui sont plus des idéologues que des historiens. Tant qu’à forcer le trait, autant le faire dans la perspective de la fierté d’être Français.

Armanet: Je suis pour!

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Juliette Armanet à Cannes, 18 mai 2023 © Steve Wood/Shutterstock/SIPA

Tout le monde dit que la chanteuse Juliette Armanet s’est attaqué à Michel Sardou. Elle répondait en fait à la question suivante: quelles chansons lui font quitter une soirée? La réponse porte donc sur un univers musical, un univers festif, un type d’ambiance.


Il a suffi d’un petit morceau d’interview de la chanteuse Juliette Armanet pour déclencher une petite tempête dans le confort de nos vacances. Au micro du média belge Tipik, Juliette Armanet avoue : elle n’aime pas les Lacs du Connemara, c’est « immonde », c’est « sectaire », c’est « de droite », c’est « scout », « rien ne va ». Les réactions enfiévrées s’enchaînent : qui est cette péronnelle pour condamner ainsi Sardou, ce vieux briscard de la chanson populaire ? Qu’est-ce que c’est encore que ces gens de gauche qui critiquent le goût du peuple ? La musique d’Armanet serait-elle si supérieure à celle de Sardou qui serait affreuse ? Les Lacs du Connemara seraient en réalité l’hymne de la France moisie ?

La droite insultée par la bobocratie

Et tout le monde de voler au secours de Sardou : d’une part sa carrière parle pour lui, d’autre part ses Lacs du Connemara sont, qu’on le veuille ou non, une chanson culte, installée dans les us festifs transgénérationnels et transpolitiques. Pour enfoncer le clou, l’excellent Étienne Guéreau expose sur sa chaîne YouTube (@PianoJazzConcept) une analyse plaidant pour la supériorité d’écriture musicale de Sardou sur celle d’Armanet. A priori, Sardou 1, Armanet zéro. Un point pour une certaine droite, ravie de monter au créneau pour défendre victorieusement son bastion culturel insulté par la bobocratie.


Pourtant, ce que pointe Armanet est un problème loin d’être aussi anecdotique qu’il en a l’air. Derrière la légèreté de son interview, ce qu’elle condamne en critiquant la chanson de Sardou désigne très justement un véritable problème culturel français plus vaste qu’une simple chanson.

La qualité d’écriture des Lacs importe peu. Le bord politique de Sardou n’importe pas davantage. Ce qu’Armanet condamne en réalité à travers les Lacs du Connemara, c’est le paysage culturel des gens de droite. C’est une certaine galaxie artistique qui donne sa couleur aux rassemblements festifs du pays droitard. Et cette galaxie artistique de DroiteLand, ne nous voilons pas la face, est d’une terrifiante pauvreté. Elle est hantée par les mêmes rengaines qui tournent en boucle. Moi-même qui suis un droitard lorgnant vers le royalisme, je suis absolument effaré par l’indigence culturelle de mon propre bord idéologique. Sardou, okay, c’est Sardou. Mais Sardou tout le temps, systématiquement, répétitivement, rituellement, en boucle, c’est un peu la nausée. Ses violonnades sentimentales, ses choristes qui font des « aaaaaaaaaah » et des « oooouuuuuh » en ondulant des bras, l’incompréhensible absence d’une authentique cornemuse quand il interprète les Lacs sur scène, merci mais non merci.

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Une fête chez DroiteLand, c’est l’enfer. Il y aura la même playlist, prévisible, resucée, recyclée, éculée, reproduite à l’infini. Il y aura l’Aventurier. Il y aura Partenaire Particulier. Il y aura New York avec toi, la Peña Baiona, Alexandrie Alexandra, la litanie canonique et académique des hits des rallyes toujours recommencés, et tout ce fatras photocopié jusqu’à épuisement s’achèvera, donc, dans la sueur clanique et extatique des Lacs du Connemara avant l’extinction des feux !

Paresse du goût

Armanet a raison : DroiteLand croupit dans un marasme musical où les mêmes figures surnagent éternellement dans un bouillon au goût inchangé depuis plus de cinquante ans. C’est fatigant. Et c’est consternant, parce que tout cela pue le manque maladif de curiosité artistique. C’est toujours les mêmes qu’on va chercher. Un air de techno passe, et DroiteLand danse un rock de salon. Systématique. À quel moment on décide que le rock se danse sur de la techno ? Que se passe-t-il pour que DroiteLand soit devenu aussi pouêt-pouêt, aussi académique, aussi pompier, aussi peu intéressé par la chose artistique nouvelle, fut-elle pop ?

J’aime bien Éric Zemmour, mais enfin qui a eu l’idée de mettre en musique ses meetings avec la musique ultra lourdingue de Thomas Bergersen ? Dans un autre registre, Jean-Pax Méfret a sans doute de grands mérites, mais le genre grandiloquent à petit budget ne convertira aucun gauchiste à la cause patriotique. Jamais.

Oui, le problème de DroiteLand, pour forcer le trait, c’est que « rien ne va », et que musicalement c’est « immonde ». Cela me retourne le cœur de penser cela de mon propre camp idéologique, mais hélas c’est vrai. Je préfère mille fois écouter des canailles communistes californiennes faire de l’excellente musique punk-métal nihiliste que d’écouter d’excellentes âmes conservatrices aligner de fastidieuses rimes de collégiens mal écrites sur des mélodies anorexiques. Je ne vise personne, mais à choisir entre Vianney, les Frangines ou Frank Carter and the Rattlesnakes, j’aime autant vous dire que le choix est vite fait : je vais écouter Frank Carter and the Rattlesnakes. Je vais écouter les Sex Pistols et les Ramones, The Beths, NOFX, Salut C’est Cool, Flavien Berger, Charlotte Adigéry et Bolis Pupul, Wet Leg, ou encore cette cinglée de Poppy. Parce qu’au moins chez ces gens-là il y a du groove punchy, du transgressif joyeux, de la poétique funky, de la rage bien écrite et bien produite.

Je veux bien que Sardou bénéficie de la légitimité de son public, mais ce que signifie Sardou dépasse la seule personne de Sardou. Ce que signifie Sardou est chez les gens de droite une certaine habitude, une certaine paresse du goût, un entassement de convenances en retard de deux trains, un certain académisme de la communion musicale, une certaine indigence dans la production sonore pop, un certain avachissement du sens du Beau dans les canapés et les violons quand l’heure est à la levée des fourches et à la conquête du futur. Dans le combat culturel dissimulé dans notre petite polémique, Sardou gagne la bataille, mais Armanet gagne la guerre. Alors, devant l’échec patent et continu d’un DroiteLand incapable de créer de la surprise et du neuf, je le clame : Armanet, je suis pour.

Faut-il tirer sur le pianiste?

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Les réformes en France tardent décidément à voir le jour, malgré les promesses incessantes des présidents successifs: simplifications, décentralisation – tout y passe, mais rien ne change dans les faits. Mais faut-il donc toujours blâmer le président? Alors que les universités d’été du MEDEF ouvrent leurs portes, le coup de gueule de Sophie de Menthon.


Faut-il vraiment continuer à honnir de la sorte le président de la République ? Il faut choisir : on lui reproche de tout faire et en même temps de ne rien faire… « En même temps », il aurait mieux fait ce jour-là de trouver une autre formule que celle qui lui reste scotchée dans le dos comme un poisson d’avril.

Et pourtant la France n’est qu’un magma de « en même temps », les Français ne savent plus comment ils s’appellent, désarçonnés par leurs propres injonctions contradictoires doublées de celles du gouvernement. On veut tout et son contraire toutes catégories confondues, on veut des aides mais stop à l’endettement, on veut moins de fonctionnaires mais on demande de plus en plus à un service public en déroute. Nous sommes libéraux mais protectionnistes, nous voulons moins d’immigrés mais hurlons au racisme dès qu’il s’agit d’en désigner un, nos enfants sont nuls mais dès qu’ils se font réprimander en classe c’est le prof qui se fait engueuler. Nous sommes tous écolos dans l’âme (je n’ai pas dit Verts !) mais pas question de renoncer à quoique ce soit, il faut faire payer les autres; on demande tout à l’État, mais on veut moins d’État ; Un pays laïc ? mais Éric Ciotti souhaite une bonne fête de l’Assomption sous la protection de la Vierge aux Français le 15 août, et en même temps il ne faudra pas de crèche à la mairie, etc.

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Bref, nous n’en sortons pas, la France fonctionne mal, malgré l’efficacité certaine de beaucoup de nos concitoyens, travailleurs remarquables. Répétons-le : nous sommes asphyxiés de mesures stupides, d’une dissuasion permanente à bosser pour mieux nous protéger des chefs d’entreprises et du travail ! De pochettes surprises permanentes, de pseudo aides à tout et n’importe quoi. Dissuadés de nous enrichir, exemptés de responsabilité individuelle…  

La faute du président ?

Mais alors à qui la faute ? Qui dirige ? Qui est responsable par exemple de la ridiculissime aide au raccommodage et au ressemelage des chaussures ? ça ne peut quand même pas être le président de la République ! il ne peut objectivement pas tout voir et contrôler, guetter les minuscules lubies de ses ministres, il ne peut pas être à Playboy pour rhabiller Marlène Schiappa, ni empêcher les sextapes d’un candidat à la mairie de Paris, ni contrôler qu’un ministre ne se goure pas sur les calculs des retraites… Et pourtant il est président donc forcément responsable, alors peut-être faudrait-il commencer par virer immédiatement les coupables ministériels après une bévue sérieuse ? Il faut certes l’impulsion et la volonté, mais surtout la capacité de « manager » la France à l’échelon du dessous, celui des cadres supérieurs comme dans une entreprise avec un DG de poigne… actuellement la Première ministre à l’Assemblée nationale gère un syndic de copropriété, cela n’aide pas pour créer un consensus autour des décisions fondamentales dont le pays a besoin.    

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Tous les secteurs sont à l’abandon, malgré un interventionnisme plutôt nuisible. La santé, par exemple : pourquoi la décision du numerus clausus n’a-t-elle été appliquée que très partiellement (c’est ce que nous expliquent les experts) ? Pourquoi personne n’a-t-il étudié la question des locaux et des profs pour augmenter le nombre d’étudiants en médecine ? pourquoi paie-t-on si mal le personnel hospitalier alors que nous sommes criblés d’impôts et que partout il manque « de moyens »  et de personnel dans la fonction publique ? et pourtant les entreprises paient : nos charges sociales sont les plus élevées et empêchent d’augmenter les salaires. Pourquoi le privé fonctionne-t-il mieux dans tous les domaines ? Et pourquoi méprise-t-on le secteur privé, sans s’appuyer sur lui ? Il faut sous-traiter et confier aux entreprises compétentes, avec un strict cahier des charges, tout ce qui peut leur être confié. Il y a même une plateforme pour cela (« entrepreneurs pour la République »).

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Les contre-pouvoirs ne sont pas là où il faut (je pense par exemple à la Justice). En revanche, pourquoi des ARS (agences régionales de santé) « indépendantes » peuvent bloquer, sans que le ministre de la Santé n’ait son mot à dire ? C’est bien l’organigramme incompréhensible et intouchable français, avec des niveaux hiérarchiques multiples, organisés pour que la paralysie au bout du compte l’emporte sur les initiatives, qui nous tue à petit feu.

Réformer pour de bon

Il faut réformer, mais vraiment reformer, en repensant en profondeur le système entier et en visant l’efficacité et la simplification. Donner des responsabilités et que les vrais responsables le soient sur leur poste ; tolérance zéro pour tous ceux qui sont au pouvoir, y compris dans l’administration, c’est la base. Il faut qu’ils soient plus compétents que les autres, plus responsables – exemplaires en un mot. Arrêter les déclarations-promesses à l’emporte-pièce annonçant des mesures qui ne verront pas le jour. Qui contrôle ces annonces ? Il parait que cela s’appelle « faire de la politique » ! Mais alors qui peut virer et sévir ? ce devrait être le Premier ministre, non ?  Mais en a-t-il le pouvoir ? C’est bien l’entourage du président qui est responsable et coupable, certes, mais en même temps c’est ce dernier qui choisit son entourage ! On peut admettre qu’Emmanuel Macron ait d’autres préoccupations : guerres menaçantes, épidémie, dette abyssale, extrémistes verts, gilets jaunes… bref il en voit de toutes les couleurs.

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Mais la perception qui découle de tout cela, c’est que président de la République lui-même ne sait pas comment s’y prendre pour réformer structurellement et en premier lieu, recadrer et redéfinir précisément les missions régaliennes de l’État. Mais quel président saura donc s’y prendre ?

La France sens dessus dessous !: Les caprices de Marianne

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Jean-Luc Mélenchon et LFI, une rentrée placée sous le signe du déshonneur

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Jean-Luc Mélenchon, Chateauneuf-sur-Isere (26), 25 août 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Dans le cadre des universités d’été de LFI, le Che Guevara de la Canebière a déployé toute une rhétorique guerrière lors d’une conférence, en déconnexion totale avec le réel et les institutions républicaines. Une stratégie qui suscite l’inquiétude, y compris à gauche, alors que les Français estiment désormais LFI plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement national.


Décidément,cette rentrée est placée sous le signe du déshonneur pour une partie de la Nupes. On a ainsi appris grâce à EELV et son soutien à Médine qu’une parole antisémite était acceptable si on était stupide ou inculte, l’un n’empêchant pas l’autre. Le parti a même fait un triomphe à un Médine qui a soigneusement évité de discuter de la dimension antisémite de son tweet pour se présenter en victime d’une France raciste et de l’extrême-droite. Il faut croire que jeu de mot antisémite est la nouvelle martingale pour être mis à l’honneur par un parti politique de gauche, puisque Médine est invité à la fête de l’Huma et est encensé par Jean-Luc Mélenchon, qui l’a invité lui aussi à ses universités d’été. On pensait toucher le fond, mais Jean-Luc Mélenchon a décidé de creuser plus profond ! Le voilà qui se vautre dans un discours de rentrée aux accents factieux. Il y déclare que l’extrême-droite – traduire le fascisme et la dictature – commence au macronisme. Comme une fois les bornes franchies, il n’y a plus de limites, il explique également que la France n’a plus de forces de l’ordre mais est sous la coupe d’une milice aux ordres de Gérald Darmanin. Plus c’est gros…

Des propos inacceptables

Mais jugez plutôt sur pièces. Voilà le verbatim exact de Jean-Luc Mélenchon, à propos du ministre de l’intérieur, et de la police : « Le candidat commun de l’espace idéologique que représente l’orbanisme français, la jonction de la droite et de l’extrême-droite, c’est Monsieur Darmanin. C’est un homme qui dispose d’une audience sur plus de 100 000 personnes dont il est le ministre et qui ont manifesté une manière d’être et de penser que tout le monde connait, qui est la police du pays. Ce n’est pas rien, tout ça. Il n’y a que les naïfs pour croire que cela n’arrive qu’aux autres (…) on doit en tenir compte, comprendre le danger et comprendre le personnage. »

Il se trouve que les mots ont un sens et que ce que vient de dire Jean-Luc Mélenchon est profondément scandaleux et inacceptable. Ce type de rhétorique, qui nie toute légitimité aux institutions et fait de la police la milice du pouvoir est un appel à l’insurrection. En effet, si la police est une milice, alors toute intervention de sa part est illégitime. Elle n’est plus un outil destiné à maintenir l’ordre et à protéger les citoyens, mais une force d’oppression à laquelle il est légitime de répliquer. Attaquer des commissariats devient alors un acte de libération du territoire, et s’en prendre violemment à des miliciens est un acte citoyen, un geste héroïque. Voilà ce que libère ce genre de rhétorique : le ressentiment et la haine. Sans compter qu’une partie du public auquel ce discours est destiné peut passer à l’acte. Il l’a d’ailleurs fait au mois de juillet. Ce discours s’inscrit complètement dans la communication de LFI qui fait des policiers, des cibles, qui défend les violences et les pillages au nom de la justice sociale et qui désigne les policiers comme ontologiquement racistes et fascistes, les accusant de tuer en toute impunité.

Extension du domaine de l’extrême-droite

Un autre passage du meeting est tout aussi éclairant. Après avoir défendu Médine bec et ongles, voilà ce que Jean-Luc Mélenchon explique aux cadres et militants de son parti : « Vous devez vous préparer au choc avec une ligne de front qui s’étend de l’extrême-droite jusqu’au macronisme, d’un seul fil, avec autant de nuances que l’on peut en trouver dans la grisaille. Mais au total c’est la même couleur, la même grisaille. » Et hop, tout ce qui est au-delà du PS est renvoyé à l’infamie ! Au moins on ne pourra pas reprocher à Jean-Luc Mélenchon de faire dans la subtilité, mais on a l’impression qu’en matière de déconnexion avec le réel, lui aussi atteint des sommets.

Le rappeur Médine était présent chez les Verts et chez LFI lors de leurs universités d’été 2023 Photo : HARSIN / SIPA

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Certes, ce type de rhétorique guerrière sert souvent à masquer l’inanité des propositions et le manque de consistance du projet politique. Quand on n’a rien à proposer, on peut toujours bâtir une stratégie de conquête sur la dénonciation. Faute de solutions, proposons donc des coupables à lyncher. Et c’est vrai qu’en politique le manque de finesse associé à l’exacerbation du pulsionnel fonctionne. Mais à quel prix ? Ce type de dérive signifie aussi que l’on est en train de sortir de la démocratie et que la politique redevient violente et dangereuse. C’est une trahison de l’humanisme, une profession de foi antidémocrate et un effondrement moral.

L’hypocrisie des donneurs de leçons

Mais de la part de Jean-Luc Mélenchon, c’est également d’une hypocrisie qui confine à la malhonnêteté. Jean-Luc Mélenchon utilise le terme extrême-droite comme l’insulte suprême. Il l’utilise, comme le fait d’ailleurs Emmanuel Macron en période d’élections, comme il s’est cristallisé dans l’inconscient collectif, autrement dit en lien avec la Seconde Guerre mondiale. La référence à l’extrême-droite ne renvoie pas à l’échiquier politique actuel, il ne caractérise pas une droite réactionnaire, mais l’héritage de la collaboration, la complicité du crime contre l’humanité commis par les nazis. Parler de « l’extrême-droite », dans le substrat politique français, est la manière polie de dire fasciste ou nazi. Le terme est un mot valise qui véhicule une des insultes les plus fortes que l’on peut utiliser en politique, sans avoir besoin de l’expliciter ou de l’argumenter, ce qui est bien pratique. Cela permet de déconsidérer ses adversaires sans avoir besoin de fournir des preuves. Mais à trop servir, la mécanique s’est usée.

Premier problème : si quelqu’un est en train de s’allier à d’authentiques soutiens des nazis, c’est bien Jean-Luc Mélenchon. La dérive islamogauchiste de son parti l’a rapproché des frères musulmans, qui sont eux, bel et bien, d’authentiques alliés historiques des nazis. Il soutient d’ailleurs les revendications politiques des islamistes : port du voile vendu comme une liberté, tentative de criminaliser toute critique de l’islam via la diffusion du concept d’islamophobie, discours de persécution des musulmans, référence au racisme systémique… Il reprend également leurs discours sur la corruption des institutions et la délégitimation des forces de l’ordre. Il faut dire que leurs objectifs ou leurs fantasmes sont les mêmes : semer le chaos pour faire tomber le système.

Deuxième problème, si quelqu’un est l’héritier de Jean-Marie Le Pen dans sa façon de se mettre en scène, c’est bien le leader de LFI. En le voyant déambuler sur la scène, la rage au ventre, dégageant une agressivité physique contenue et chargeant ses mots d’une grande violence symbolique, je revoyais le président du FN dans les années 80. Dans les extraits de meeting qui passaient au journal télévisé, lui aussi arpentait la scène en haranguant la foule, ivre de lui-même et cherchant à réveiller la force du ressentiment dans son auditoire.

Mais surtout, Jean-Luc Mélenchon reproche à Gérald Darmanin, des propos conformes à ceux qu’il avait lui-même tenus en 1991. En effet, la colère de Jean-Luc Mélenchon a été déclenchée par les paroles du ministre de l’Intérieur rapportées par La Voix du Nord.

Rififi chez les castors

Le ministre de l’Intérieur évoquait une possible victoire de Marine Le Pen et invitait « Renaissance » à s’intéresser aux classes populaires.« Les gagnants de la mondialisation et les élus des centre-villes, ça ne fait pas 51% des voix ». Et le ministre de se poser comme un rempart contre l’élection de l’extrême-droite. Le problème c’est que tous les adversaires de Marine Le Pen veulent se poser en rempart contre l’extrême-droite car ils n’ont ni projet, ni programme, ni vision. Leur seul axe de campagne est de dénoncer le retour de la bête immonde et de transformer tout adversaire en ventre potentiellement fécond. De ce fait, pour pouvoir décrocher le pompon « d’authentique barrage contre le retour du fascisto-nazisme », il faut renvoyer les autres tribus de castors dans le camp du mal. Tout le monde devient alors susceptible d’obtenir sa casserole « appartient à l’extrême-droite » et personne ne sait plus vraiment ce que cette appartenance signifie.

A lire ensuite, Catherine Santeff: Affaire Médine: cela fait longtemps que Rachel Khan a les “racisés” à ses trousses

Or, nombreux sont les obstacles qui attendent une stratégie politique qui se réduit à ce syndrome du castor, où les électeurs ne sont plus là que pour faire barrage au pire.

  • Le premier obstacle, c’est que tout le monde étant sur cette logique, il devient compliqué de se distinguer pour assurer la captation des voix.
  • Le deuxième obstacle, c’est que l’extrême-gauche, à force de renvoyer tout le monde à l’extrême-droite, affaiblit cette accusation et finit par la rendre ridicule et inefficace.
  • Le troisième obstacle est que le RN d’aujourd’hui n’est pas le FN d’hier. Le parti peut être qualifié de réactionnaire ou de conservateur, et il se positionne clairement sur l’immigration, mais on ne trouve plus dans le discours officiel et dans celui de sa leader, les appels à la violence, la volonté de déstabiliser les institutions, les relents racistes et antisémites ou la dimension factieuse qui apparaissent au grand jour à la LFI. Le RN n’a pas non plus des alliés stratégiques aussi encombrants que les islamistes et les racialistes, ces gens qui se disent antiracistes mais réduisent chacun à la couleur de sa peau.

L’histoire et les racines du RN jettent le doute sur son appartenance à l’arc républicain, mais l’actualité, la pratique politique et les discours de LFI l’en font clairement sortir aujourd’hui.

Les Français jugent LFI plus dangereuse pour la démocratie que le RN

Les Français d’ailleurs ne s’y trompent pas : l’attitude agressive de Jean-Luc Mélenchon, la justification de la violence que porte son mouvement, le manque de tenue de ses représentants, leur proximité avec les mouvements islamistes et racialistes ont abimé l’image de la gauche Nupes et de celui qui la domine. Quand les sondeurs ont demandé aux Français quelle était la personnalité politique la plus dangereuse pour la démocratie, c’est Jean-Luc Mélenchon qui est arrivé avant Marine Le Pen. Le dernier sondage IFOP-Fiducial qui confirme cette tendance date du 17 juin 2023. Seuls 21% des sondés estimaient que le RN était un danger pour la démocratie, contre 28% pour LFI. Dans le même ordre d’idées, 30% des sondés pensent que le RN est capable de gouverner, alors qu’ils ne sont que 13% à le penser dans le cas de la France Insoumise. L’image du RN et de Marine Le Pen se notabilise quand la réputation de LFI empire.

La stratégie de la tension, de l’appel au soulèvement et de l’attaque des institutions a pour vocation de faire main basse sur la colère du peuple. Il y a derrière, le vieux rêve de transformer « un peuple révolté en peuple révolutionnaire ». Pour l’instant ce fantasme n’est pas un levier politique. Il marginalise cette gauche Médine à un point tel qu’aujourd’hui, quel que soit le camp du politique interrogé, tous disent en off, qu’en cas d’un second tour Le Pen /Mélenchon, Marine Le Pen serait largement élue.

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La socialiste Ségolène Royal et le LFI Manuel Bompard, Châteauneuf-sur-Isère (26), le 25 août 2023 © Alain ROBERT/SIPA

Jean-Luc Mélenchon a dit « approuver la contribution » surprise de Ségolène Royal à une liste Nupes aux élections européennes…


Méluche a fait un pont de Trotski à Royal,
Émeutiers, débraillés en marche derrière Ségo,
Fallait y penser, la tête que fait petit gros
N’est pas pour déplaire à ce tandem pas banal

Allo Jean-Luc…

– Oui Ségo, ça va?

– On ne peut mieux! J’ai eu mon fils au téléphone, François a les boules…

– Les boulettes en sauce plutôt, ça lui va bien! Il va encore tacher sa chemise.

– C’est un très bon signal, on les emmerde tous là!

– Quand je pense à Roussel avec ses recettes de campeur! Moi j’ai mis la Royal en cuisine! D’ailleurs Ségo, avec notre électorat, faut que tu retrouves tes origines africaines! Que tu nous prépares un bon poulet yassa pour la campagne. Tu arrêtes les conneries avec ta blanquette et tes chabichous mon chou!

Mais, j’avais un boy!

– Et avec François un play-boy! Avec moi, tu vas vite comprendre la tambouille!

Je vais pas sentir la friture, non plus!

– Arrête tes salades, la vinaigrette à partir d’aujourd’hui c’est à l’huile de vidange! Et ta garde-robe, tu peux tout refiler à Bachelot. Depuis qu’elle a récupéré les fringues de la Reine, elle n’a plus rien à se mettre en dehors du vert-pomme, du fushia, du rose-bonbon…

– On n’a pas les mêmes mensurations, si je peux me permettre!

Bon je t’envoie mes girls, on va te relooker LFI, gilet-jaune compatible!

– Quelle horreur!

Ne me gonfle pas mes vieilles roubignoles! Il faut ce qu’il faut, tu crois que ça m’amuse de me trimballer ma veste de plombier sur le dos! J’ai une tête à réparer les fuites? Bon je t’envoie Panot et Obono pour faire du shopping!

Ca va pas non?

Je t’offre ta dernière cartouche pour exister, alors fais un effort!

– Mais de là à me mettre un gilet jaune sur le boubou, il y a des limites quand même!

– Et c’est fini tes bondieuseries du dimanche matin, tes couplets sur la famille et l’éducation des enfants! Tiens, en parlant des gosses, je file ton adresse à p’tit Louis Escobar. Tu verras, il est stupéfiant ce gamin, il a toujours du matos, ça te changera de tes hosties sans sucre.

– Mais je ne fume pas! Si j’avale je tousse!

– Je ne change pas, je fume pas, j’avale pas, Ohhhh! Il te fera des tisanes Pablito! Ça te va comme ça ?

– Des tisanes, je veux bien.

Ben voilà Lulu la Nantaise, quand tu veux on avance. C’est pas gagné, mais on avance…

Bon Jean-Luc, je dois te laisser, j’ai un brunch avec mes petits scouts…

– Mais elle n’a rien compris! Je vais encore me prendre une veste de plombier avec ce cumulus du Poitou…