Le tribunal d’Aurillac (15) a été saccagé, samedi 26 août, en marge d’une manifestation de féministes aux seins nus. Le garde des Sceaux s’est indigné: «Aucune cause ne justifie que des crétins décérébrés brûlent une juridiction», selon lui. Le regard d’Elisabeth Lévy.
Il s’en passe des choses, dans le Cantal ! Samedi dernier, des casseurs cagoulés ont saccagé le tribunal d’Aurillac et ont aussi brûlé le drapeau français. Éric Dupond-Moretti s’est rendu sur place, lundi, après l’intrusion et ce saccage survenu lors du dernier jour d’un festival de théâtre de rue.
La garde des Sceaux a tout dit: c’est l’acte de « crétins décérébrés ». Espérons que la Justice passera. En revanche, il est intéressant de s’intéresser à la manifestation qui avait précédé ces évènements: les manifestantes n’avaient ni cagoules, ni t-shirts. Elles avaient les seins nus et ont défilé au son de « Aurillac topless, la police en PLS ». Le motif de cette manifestation ? Soutenir Marina, qui est poursuivie pour exhibition sexuelle pour s’être promenée en ville torse nu « parce qu’elle avait hyper-chaud et voulait faire comme la moitié des hommes ». Elle avait refusé de se couvrir la poitrine lorsque les policiers lui ont demandé. Pour ma part, je l’avoue, j’ai trouvé ça plutôt drôle… Certes, un homme et une femme torse nue, ce n’est pas pareil. Les seins des femmes sont un objet érotique, une source de désir et de fantasmes. C’est une raison supplémentaire pour ne pas les offrir à tous les regards. Reste qu’en ville, homme ou femme, on n’est pas à la plage. On ne se balade pas dépoitraillé. Même si ça n’a généralement rien d’érotique, je n’ai aucune envie de voir des hommes « torse-poil » dans nos rues. Donc, la manif seins nus en guise de provocation/protestation, ça me va. Topless pour personne !
Le 23 août dernier, Marina a été verbalisée par la police parce qu'elle se promenait seins nus pendant le Festival du théâtre de rue d'Aurillac. La jeune femme explique que son geste était lié à la canicule et précise que les hommes autour d'elle étaient presque tous torse nu… pic.twitter.com/PSJNM3esFv
N’est-ce pas paradoxal d’interdire à la fois le topless et l’abaya ? Non, les deux participent du vivre-ensemble. Depuis l’annonce de Gabriel Attal, rivalisant soit dans la sottise soit dans le cynisme, les perroquets de gauche dénoncent la police du vêtement ce qui, au passage est une injure aux Iraniennes et aux Afghanes.
Nous vivons dans des sociétés très libérales sur le sujet, et c’est heureux. Pour autant, une société libérale ne signifie pas que tout est permis. Ni la nudité, ni n’importe quel accoutrement: on n’a pas le droit de tout faire. La nudité, c’est l’état de nature, la pré-histoire. Dans la Bible, Dieu ordonne aux pêcheurs Adam et Eve de se couvrir et c’est le début l’histoire humaine – et de la civilisation. Le vêtement n’est pas un bout de tissu, mais un signe, un message adressé aux autres, un produit de l’histoire et des mœurs. Il est donc encadré par la loi – quoique très légèrement – ou par les règles particulières de chaque collectivité. On met un uniforme dans certaines professions, par exemple. Mais, surtout, le vêtement obéit à des codes non écrits à des règles que l’on voudrait intériorisées par tous. On ne va pas à l’école en abaya. On ne sort pas seins nus dans la rue.
Même si le topless est infiniment plus français que les vilaines robes islamiques !
Alors que Sandra Bullock est en deuil, le champion de football américain qui avait inspiré le long-métrage qui lui a valu l’Oscar de la meilleure actrice, lance une fâcheuse procédure judiciaire…
Quand elles apparaissent à l’écran, tout va toujours pour le mieux pour les vedettes hollywoodiennes. Mais, dans la vraie vie, Sandra Bullock traverse une bien mauvaise passe. Tout d’abord, son compagnon, Bryan Randall, est décédé de la maladie de Charcot cet été. La star germano-américaine a deux enfants, et elle a été nommée deux fois pour l’Oscar de la meilleure actrice. S’il n’est pas encore question de lui reprendre son petit enfant noir, Louis, qu’elle a adopté en 2010, on en veut après la prestigieuse statuette que la star de Gravity a décroché la même année pour son interprétation du rôle de Leigh Anne Tuohy, dans le navet The Blind Side.
Quinze ans à t’attendre
Pourtant, ce prix, elle ne l’avait pas volé ! Entre le succès colossal de Speed, en 1994, et avant une certaine consécration et une nouvelle nomination de l’Académie pour Gravity en 2013, l’actrice avait attendu plus de 15 ans pour l’avoir. The Blind Side raconte l’histoire vraie de Michael Oher, un pauvre jeune noir qui rencontre le succès dans le football américain grâce à l’amour de sa mère adoptive, Mme Tuohy, qui l’a récupéré à Memphis pratiquement illettré. L’ancien sportif professionnel a porté plainte cet été contre les Tuohy, les accusant de ne l’avoir en fait jamais adopté, mais de l’avoir piégé en lui faisant signer un document faisant d’eux ses tuteurs afin de pouvoir signer des contrats en son nom. Il les accuse également d’avoir signé le contrat du film, qui leur a permis à eux et leurs deux enfants de gagner beaucoup d’argent, alors que lui n’aurait rien reçu.
Dénonçant le « white saviour » narrative honteux du film (« sauveur blanc »), les militants wokistes s’en donnent à cœur joie. Samantha Sheppard, professeur de cinéma à Université de Cornell, explique : “Ce qu’on voit dans ce genre de films, c’est que même quand il est question du succès de personnes noires, en fait, il n’est pas vraiment question de personnes noires mais des forces patriarcales blanches”. L’actrice Vanessa Williams, qu’on a connue plus drôle dans Ugly Betty, persifle : “Ok, c’est comme d’habitude une famille blanche qui sauve tout le monde ! Êtes-vous capable de citer un seul film où ce sont des noirs qui sauvent les blancs ?”
Laissant ces intellectuels à leurs discussions, la Justice ne sait pas encore s’il faudra dépêcher sur place Miss Detective pour résoudre l’affaire.
Le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait devant le Lincoln Memorial de Washington, où étaient réunis près de 250 000 manifestants, son célèbre discours commençant par la phrase I have a dream. Ce moment est rétrospectivement considéré comme le point de départ du mouvement des droits civiques qui aboutira quelques années plus tard à la fin de la ségrégation entre Afro-Américains et Euro-Américains. Le pasteur baptiste a pris une telle importance dans la mythologie et l’histoire contemporaine américaines que tous les troisièmes lundis de janvier, son souvenir est marqué d’un jour férié appelé Martin Luther King Day.
Les soixante ans du discours de Martin Luther King
Ce 28 août, les États-Unis ne célébraient toutefois pas le « Martin Luther King Day » mais le soixantième anniversaire de l’allocution qui fit connaître au monde ce militant et homme de foi lié pour l’éternité à l’histoire des noirs américains. L’histoire de Martin Luther King s’inscrit d’ailleurs spécifiquement dans un contexte nord-américain parfaitement étranger à la France, puisque nous n’avons jamais connu la ségrégation raciale ni l’esclavage des noirs sur notre propre sol. Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale a-t-il alors décidé de participer à ces festivités qui ne nous concernent nullement, point de départ d’une polémique qui n’en finit plus depuis ?
Pour coller à l’air du temps ? Pour se donner une bonne image à peu de frais ? De la même manière que certains lycées de Seine-Saint-Denis sont baptisés des noms de Rosa Parks, de Martin Luther King, ou, pire encore, s’agissant d’une figure contestée, de celui d’Angela Davis, le but de la manœuvre est aussi grossier qu’artificiel. Surtout quand ledit ministère expose des enfants à l’ire de l’extrême gauche, aux railleries d’à peu près tout le monde et plus généralement expose une communication d’une grande médiocrité.
Ainsi, le ministère de l’Éducation Nationale n’a-t-il rien trouvé de mieux à faire que de diffuser une vidéo présentant des collégiens lisant en anglais une de leurs créations originales s’inspirant du discours de Martin Luther King (voir vidéo en bas de page). Les élèves en question avaient remporté cette année le concours « The More I Say », encourageant une « pratique créative de l’anglais ». Qu’est-ce qui a bien pu déranger quelques internautes dans cette démarche que d’aucuns auraient pu juger inoffensive ? Tous les enfants de la vidéo sont blancs. Oui, vous avez bien lu : blancs. L’horreur, quasiment le nazisme.
Courroux « antiraciste »
Les vives réactions ne se sont donc pas fait attendre longtemps, notamment dans les rangs de la Nupes qui ne loupe jamais une occasion de ce type. La twitto Claire Jacquin, qui se présente comme une militante de la France Insoumise a notamment publié ce message : « Donc Attal s’est dit qu’un discours anti-raciste, celui de Luther King, repris par des blancs et uniquement des blancs c’était ok ?? Combien de temps pour qu’il fasse supprimer cette vidéo de la honte ? » Elle n’aura pas attendu longtemps pour que son vœu soit exaucé, le ministère s’étant rapidement débandé face à la foule en furie…
#TraduisonsLes Ce n'est pas notre faute s'il n'y a pas un·e seul·e élève noir·e ou racisé·e dans tout le pays capable d'aligner correctement 3 mots en anglais. https://t.co/kTH2qPZSK3
Elle, comme d’autres, n’ont fait preuve d’absolument aucune empathie à l’endroit des cinq collégiens, soumis au courroux vengeur et aux moqueries. Car, nul n’est censé ignorer qu’en 2023, une petite polémique numérique peut vite se transformer en 15 minutes de harcèlement plutôt que de gloire. Malheureusement, le ministère s’est dégonflé et a avalisé le discours crypto-raciste de ces gens. Comme les enfants en question sont blancs, il semble autorisé de faire preuve de méchanceté…
Le ministère s’est d’ailleurs ravisé tout en se dédouanant sur… Pap N’Diaye d’une manière assez vicieuse : « Cette vidéo a été réalisée le 30 juin dernier, à l’occasion de la cérémonie de remise de prix du concours The More I Say, qui encourage la pratique créative de l’anglais au collège. Elle donne la parole à des élèves lauréats nationaux présents au cours de cette cérémonie qui s’était tenue en présence du ministre Pap Ndiaye. Il s’agit d’une profession de foi des élèves pour un monde meilleur en débutant par l’anaphore « I have a dream ». Face au trouble suscité par cette vidéo et à la violence de certains commentaires à l’égard des élèves qui s’étaient investis avec enthousiasme dans ce projet, le service communication du ministère a décidé de retirer cette vidéo de ses réseaux sociaux. » Une façon commode de ne pas assumer la diffusion de la vidéo, tout en justifiant son retrait par le bien-être des enfants sans toutefois contredire les critiques.
À l'occasion des 60 ans du discours de Martin Luther King, le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a publié une vidéo valorisant un travail pédagogique autour de l'engagement. Cette vidéo a été réalisée le 30 juin dernier, à l'occasion de la cérémonie de remise…
— Ministère Éducation nationale et Jeunesse (@education_gouv) August 30, 2023
Après la boulette de communication initiale, les professionnels du genre ont semble-t-il trouvé une astuce pour éviter les coups. Le sujet demeure pourtant intégralement vierge. D’abord, pourquoi de petits Français doivent-ils participer à un hommage à Martin Luther King ? Enfin, dans un pays qui n’assume absolument pas le fait ethnique, faudra-t-il un jour instaurer des quotas de « représentativité » ? C’est le véritable impensé français et son impasse. Notre pays ne reconnait aucune race, ni même leur existence, mais ne parle que de ça.
Il ne cache plus ses ambitions présidentielles. Mais il est vexé, parce qu’Elisabeth Borne s’est invitée à la dernière minute à sa rentrée politique de Tourcoing, dimanche, pour freiner ses ambitions… Le ministre de l’Intérieur bombe le torse, mais quand un môme de dix ans est abattu le 21 août, à Nîmes, et qu’il déploie sur place de lourds effectifs, les dealers récidivent dès le lendemain avec un autre meurtre ! L’action du ministre fait singulièrement penser à son prédécesseur place Beauvau, Nicolas Sarkozy, dont les Français attendent toujours l’emploi du karcher pour balayer une insécurité endémique qui se répand dans tout le pays. Nos constats accablants et notre feuille de route pour lui.
Crise après crise, drame après drame, les annonces du ministre de l’Intérieur peuvent toutes se résumer à ceci : promettre plus de policiers pour arrêter les racailles… que des magistrats militants s’empresseront de relâcher dans la nature en utilisant dans ce but les lois votées par les parlementaires.
Le ministre condamne fermement et se rend sur place
Condamner fermement et se rendre sur place, selon la formule usée jusqu’à la corde, tenir des discours volontaristes, promettre la fermeté, tempêter d’un air martial, faire traverser la France aux CRS, une semaine par-ci, deux semaines par-là, au gré des coups de projecteurs médiatiques, est inutile.
Après le viol abominable et le massacre de Mégane par Oumar Ndiaye à Cherbourg, y a-t-il eu la moindre sanction de prise contre ceux qui avaient décidé de laisser le monstre en liberté malgré un dossier qui aurait dû rendre évident son enfermement ? Non. Seuls les magistrats sont à ce point exonérés de toute obligation de reddition de comptes, de toute responsabilité quant aux conséquences de leurs actes, alors qu’ils ne sont absolument pas – rappelons-le – les propriétaires du pouvoir judiciaire, mais seulement ses délégataires : la souveraineté appartient au peuple français, au nom de qui la justice est officiellement rendue, et à lui seul.
À Nîmes, pendant les obsèques de Fayed, ce garçon de dix ans tué par les dealers, on pouvait entendre ouvertement les cris des guetteurs, et le trafic se poursuivait, sans gêne et sans crainte. Après deux fusillades mortelles, Gérald Darmanin est allé dans cette ville pour annoncer des renforts (temporaires). Pas de chance : dès le lendemain, nouvelle fusillade dans un autre quartier de la ville… Envoyer sur le terrain cent ou même deux cents policiers supplémentaires ne sert à rien si les dealers savent qu’ils ne risquent pratiquement rien, que les sanctions prononcées contre eux ne les touchent pas assez pour être dissuasives, et que les forces de l’ordre sont paralysées par une institution judiciaire qui à chaque incident présume que les policiers ou les gendarmes sont les coupables.
Les fronts de l’insécurité
Quiconque veut réellement s’attaquer au problème de l’insécurité dans ce pays qui, n’en déplaise à Eric Dupond-Moretti, devient chaque jour un peu plus un coupe-gorge, doit aborder de front quatre problèmes majeurs :
L’emprise du gauchisme sur l’institution judiciaire. « Soyez partiaux » proclamait Oswald Baudot. « Ayez un préjugé favorable pour l’enfant contre le père, pour le voleur contre la police (….) La loi s’interprète. Elle dira ce que vous voulez qu’elle dise. » Les « petits juges rouges » oublient que leur préjugé favorable pour le voleur contre la police est, surtout, un préjugé favorable pour le voleur contre sa victime. Et le Syndicat de la Magistrature, dont Baudot était membre, de dresser son « mur des cons » et de condamner moralement avec bien plus de virulence un père révolté par la mort de sa fille que l’assassin de celle-ci… Baudot déclarait aussi : « Si la répression était efficace, il y a longtemps qu’elle aurait réussi. » Autant affirmer que si la médecine était efficace, il y a longtemps que les maladies auraient disparu, et en prendre prétexte pour ne plus soigner personne… L’Institut pour la Justice et l’Observatoire du Laxisme Judiciaire recensent des centaines d’exemples des absurdités révoltantes auxquelles conduit cette idéologie, et encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Tous les magistrats n’adhèrent pas à la doctrine de Baudot, mais ceux qui se soucient encore de la sécurité des citoyens honnêtes ont bien du mal à agir, alors que la politique pénale va dans le sens du gauchisme triomphant – il suffit pour s’en rendre compte de comparer la « feuille de route » des préconisations du docteur Maurice Berger, brillant spécialiste de la violence des mineurs, avec les décisions gouvernementales qui, systématiquement, font l’inverse…
La complaisance du pouvoir politique (quand ce n’est pas la complicité active) envers ce gauchisme judiciaire, qui ne cesse de pousser à des réformes du code de procédure pénale visant à rendre l’Etat impuissant face aux racailles – mais impitoyable envers « monsieur tout le monde » – et se soumet avec empressement aux diktats des instances supranationales inspirées par la même idéologie. Emblématique, la loi Guigou, de juin 2000, qui a fait du code de procédure pénale un outil pour ne surtout pas appliquer le code pénal.
Le lien entre certaines immigrations et la délinquance, qui n’est d’ailleurs plus simplement de la délinquance et encore moins des « faits divers », mais la constitution sur notre sol, par une proportion croissante de certaines diasporas, de contre-sociétés conquérantes et prédatrices mettant méthodiquement la France à sac. Toutes les études sérieuses menées en Europe sont unanimes, et sans ambiguïté. Leurs données sont publiques, sourcées, vérifiables. Mais si l’on en croit les déclarations de Gérald Darmanin, les razzias du début de l’été sont dues à « Kévin et Mattéo », tout comme le chaos au Stade de France avait été le fait de supporters anglais… S’il est bien évident que tous les immigrés et descendants d’immigrés de telle ou telle origine ne sont pas des pillards, les tendances générales demeurent. Le politique, qui sans nier les cas individuels, traite par définition des masses, ne peut plus continuer à refuser d’en tirer les conséquences.
La nécessité de donner aux citoyens ordinaires les moyens de se défendre et de défendre leurs proches et leurs biens contre les agressions. L’avocat Thibault de Montbrial, sans doute le meilleur spécialiste français de la question de la légitime défense, a fait plusieurs propositions de bon sens à ce sujet (Osons l’autorité, L’Observatoire, 2022), notamment la « doctrine du château » et « l’excuse de désarroi, crainte ou terreur » pour nuancer l’exigence irréaliste de stricte proportionnalité de la riposte (ce qui existe déjà dans le droit suisse, par exemple, et la Suisse n’est pas pour autant devenue le Far-West). C’est aussi, peut-être surtout, une question d’état d’esprit : les mobilisations de cet été à Ajaccio contre les dealers sont un exemple qui devrait être imité partout en France.
Ras le bol de la politique de l’affichage !
Hélas ! Jusqu’ici, le ministre de l’Intérieur ne s’est attaqué à rien de tout ceci, et ne semble pas en manifester la moindre intention, alors qu’il s’agit des chantiers sécuritaires prioritaires, bien plus importants que d’augmenter les effectifs de la police et de la gendarmerie, plus importants même que de construire de nouvelles places de prison ou de généraliser la vidéo-protection.
On se souvient des déclarations de Nicolas Sarkozy sur le kärcher, qui se sont avérées n’être qu’esbroufe et effets de manche, politique du chiffre et de l’affichage, tout dans la communication et l’apparence sans aucun traitement sérieux des problèmes de fond – même les peines planchers, pourtant une excellente mesure, ont été abondamment contournées par la magistrature bien avant d’être abrogées par Christiane Taubira.
Gérald Darmanin donne de plus en plus l’impression de partager les ambitions présidentielles de son prédécesseur. Malheureusement, jusqu’ici son affichage de volontarisme partage aussi la tragique inefficacité du kärcher sarkoziste, et comme lui évite soigneusement de traiter les vraies sources de l’insécurité et de l’ensauvagement : le gauchisme judiciaire ; la lâcheté d’un pouvoir politique qui laisse la magistrature en roue libre, quand il ne soutient pas lui-même l’idéologie des « juges rouges » ; l’alimentation de contre-sociétés prédatrices par une part importante de certaines immigrations ; l’urgence d’un réarmement moral, juridique et politique de la foule des braves gens qui s’astreignent encore au respect de la loi, et à qui on ne pourra pas indéfiniment demander de se laisser humilier, agresser, piller, égorger, violer sans réagir.
Depuis qu’il a embrassé sur la bouche la capitaine de l’équipe qui venait de gagner la Coupe du monde du football féminin, Luis Rubiales s’est attiré les foudres de fédérations sportives, d’associations féministes et de commentateurs médiatiques. Il est indéniable que son geste était déplacé, mais peut-on vraiment le qualifier comme une « agression sexuelle »? Réflexions.
L’affaire du « baiser forcé » de Luis Rubiales, président de la Fédération Royale Espagnole de Football (RFEF), à la joueuse Jennifer Hermoso lors de la remise de la Coupe du monde féminine après la récente victoire de l’équipe espagnole, n’en finit pas de faire des vagues. Aussi, face à la polémique grandissante – un scandale qui fait unanimement aujourd’hui la une de la plupart des journaux internationaux – la FIFA a-t-elle décidé, samedi 26 août, de suspendre, pendant une période initiale de 90 jours en attendant l’enquête disciplinaire, ledit président de ses fonctions.
La juste condamnation d’un geste inapproprié
Le jour même, la prestigieuse Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association jadis créée par Simone de Beauvoir et présidée aujourd’hui par Annie Sugier, a publié un communiqué qui salue « la double victoire de l’équipe nationale féminine de football d’Espagne ». Double, car « championne du Monde, l’équipe nationale espagnole féminine est devenue championne d’un MeToo du football et sans doute du sport en général ». Certes, ces mots sont aussi bienvenus que sensés et en tous points légitimes. Comment ne pas dénoncer ce geste aussi inapproprié qu’inélégant, voire violent (puisque non consenti par Jennifer Hermoso) dans son affreuse symbolique machiste ? C’est sans la moindre ambigüité que nous condamnons donc ce geste, un « baiser forcé », éminemment répréhensible par-delà l’hypothétique spontanéité de l’euphorie ambiante.
La nécessaire échelle de valeurs dans la notion d’« agression sexuelle »
Mais, à y regarder de plus près, et sans rien minimiser de la gravité du comportement de Rubiales, une analyse à la fois plus rigoureuse et nuancée s’avère toutefois nécessaire à ce sujet hautement problématique.
La première remarque consiste à critiquer, tant sur le plan juridique que moral, la notion d’ « agression sexuelle ». En termes nets et précis : peut-on véritablement mettre sur un même niveau d’échelle de valeurs, dans la hiérarchie des délits – et a fortiori des crimes commis -, un baiser forcé, pour condamnable qu’il soit, et l’extrême violence, tant psychique que physique, d’un viol ? En d’autres termes encore : n’y a-t-il pas là, dans cette sorte d’équivalence ainsi établie entre un baiser forcé et un viol, le risque, paradoxalement, de réduire par là, sinon de banaliser même, l’extrême gravité du viol ?
Un enjeu de société: le combat féministe contre la culture machiste
Ainsi, cette affaire, si on ne veut pas tout mélanger de manière irrationnelle ou partisane, se situe sur une ligne de crête entre, d’un côté, une culture séculairement machiste, phallocrate et patriarcale, autorisant indument l’affirmation du pouvoir masculin sur le corps des femmes, et, de l’autre, un néo-féminisme mal compris, agressif, militant jusqu’au fanatisme et, comme tel, susceptible de déboucher malencontreusement, et non moins illégitimement, sur un puritanisme aussi rétrograde que moralisateur, sinon culpabilisateur.
Davantage, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement la réputation et l’honneur d’un homme voué aux gémonies, mais aussi un réel enjeu de société sur les plans juridique, sociologique, anthropologique, éthique et philosophique.
Un wokisme aux allures d’inquisition
La morale de l’histoire ? Il s’agit de faire attention aux dérives, pour le fragile équilibre de nos démocraties, d’un tel processus de culpabilisation, où la permanence du jugement moral fait de plus en plus office de prétendue loi universelle et qui, sous couvert de libération des consciences, ne fait, au contraire, que les aliéner.
Qu’on se le dise : ce constant lynchage médiatique, pitoyable mais efficace métonymie des anciennes chasses aux sorcières, ressemble de plus en plus, comme aux heures les plus sombres de certains régimes dictatoriaux d’autrefois, aux lâches et hypocrites tribunaux populaires, où l’acharnement de l’accusation se mêlait à la complaisance de la délation. Aujourd’hui, pour blanchir sa conscience et se dédouaner de toute faute, il suffit de trouver une personnalité publique qui, par sa visibilité médiatique, son statut social ou son rôle professionnel, serve de bouc émissaire ou corps expiatoire. C’est à cela que servait naguère – et l’Espagne est bien placée, justement, pour le savoir, hélas – la « Sainte Inquisition » ! Sauf que cette nouvelle « inquisition » se pare, pseudo-modernité oblige, des fallacieux attributs du wokisme à l’américaine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’affaire du baiser forcé a été mise en exergue, en premier lieu, par un journal américain : le célébrissime et très influent New York Times.
L’innommable brutalité du viol: un crime particulièrement barbare
Conclusion ? S’il est en effet impératif de condamner sans ambages ce geste en tout point déplacé, il n’en demeure pas moins vrai, nuance oblige, qu’il faut également raison garder, sans pour autant le minorer ni le relativiser, dans l’établissement de la gravité des faits poursuivis ou incriminés. Il en va ici aussi, et avant tout, du respect nécessairement dû, sans les blesser davantage encore par quelque amalgame indigne, à toutes ces femmes ayant tragiquement et véritablement subi, quant à elles, l’innommable brutalité de ce crime particulièrement odieux, barbare en ce qui concerne son auteur et douloureux pour sa victime, qu’est le viol.
Refonte du règlement de Dublin. Le 15 octobre, les nationalistes au pouvoir invitent le peuple polonais à se prononcer par référendum sur quatre questions. Les Polonais souhaitent-ils « brader les actifs de l’État en les cédant à des entités étrangères » ? Soutiennent-ils « une éventuelle hausse de l’âge de la retraite » ? Sont-ils pour « l’admission de milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne » ? Veulent-ils que la barrière à la frontière avec la Biélorussie soit rouverte ? Analyse.
Les Polonais, dirigés par un Premier ministre « antisémite et d’extrême droite », dixit Emmanuel Macron, auront droit à un référendum sur l’immigration. Mais, pour le “facho” comme pour son adversaire modéré Donald Tusk, la France fait figure d’épouvantail.
Vilain petit canard européen
Ces Polonais de droite, au pouvoir depuis 2015, ne savent vraiment pas se tenir ! Dans leur résistance à l’immigration non-occidentale qui a tant enrichi d’autres pays européens, ils proposent un référendum, le 15 octobre prochain, qui coïncide avec les élections législatives. « Chantage! » fulmine le journal néerlandais NRC. Car consulter le peuple reviendrait à faire comprendre à l’Union européenne que la Pologne compte rester « blanche ». Une chroniqueuse du même quotidien, lu par les élites, accuse dans la foulée les opposants à l’immigration, Polonais et Hongrois en tête, « de mener des guerres culturelles hystériques ». Son ire vise évidemment la promesse de référendum faite aux Polonais, lesquels pourront donc se prononcer sur l’accord migratoire conclu en juin par les 27 membres de l’UE. La Pologne et la Hongrie votèrent contre, mais sont tenues de s’y plier quand même. Si le ‘non’ l’emporte, et le Premier ministre Mateusz Morawiecki s’y emploie, la Pologne se verra renforcée dans sa lutte contre Bruxelles. Le chef du gouvernement polonais vient de donner le coup d’envoi de la campagne référendaire avec une vidéo de villes en flammes, en proie à des émeutiers et des bandes de pilleurs. Un homme noir, le regard hystérique, lèche la lame d’un grand couteau menaçant. Dans cette allusion peu subtile aux horreurs que vient de connaître la France, le dirigeant du parti gouvernemental Droit et Justice (PiS), M. Jaroslaw Kaczynski, y va de son commentaire. « Nous sommes témoins de ce qui se passe dans les rues d’Europe. Voulez-vous connaître pareilles scènes d’horreur en Pologne? Voulez-vous cesser d’être les maîtres du destin de notre pays? »
Début juillet, M. Morawiecki avait déjà posté un message en présentant des familles polonaises passant du bon temps dans des parcs ensoleillés et bien entretenus, au moment même où « les jeunes des quartiers » tenaient un couteau à la gorge des Français. M. Morawiecki terminait son intervention avec un appel « pour des frontières sûres en Europe ».
Nasz plan to Europa Bezpiecznych Granic – bezpieczeństwo i porządek publiczny – to są wartości, od których wszystko inne się zaczyna! pic.twitter.com/9anvfDU11d
M. Ciotti et Mme Le Pen observent le référendum polonais
Mateusz Morawiecki prend ainsi une revanche sur l’homme qui l’avait traité « d’antisémite d’extrême droite ». Le président français avait pris ombrage de la critique du Polonais quant à ses efforts vains de persuader Vladimir Poutine de retirer ses troupes d’Ukraine. Ce que M. Morawiecki avait comparé aux efforts d’apaiser Adolf Hitler. De plus, M. Macron accusait alors l’affreux Polonais d’avoir soutenu Marine Le Pen dans les mois précédant les élections présidentielles. M. Morawiecki ne peut cependant pas avoir insufflé à cette dernière l’idée d’un référendum sur l’immigration, car Mme Le Pen le promet depuis belle lurette ! Sur le tard, M. Eric Ciotti s’y est joint.
Ils suivront donc de près le référendum en Pologne, où les électeurs doivent répondre à la question: « Soutenez-vous l’entrée dans notre pays de milliers d’immigrants illégaux provenant du Moyen-Orient et de l’Afrique sous le système de déplacement mécanique que la bureaucratie européenne est en train de nous imposer ? » Varsovie tance bien ainsi le volet du Pacte sur l’asile et la migration qui force les pays-membres à partager le fardeau de migrants arrivant massivement dans des pays comme l’Italie ou la Grèce. Les pays réfractaires encourent une amende, déguisée en contribution volontaire aux pays en détresse migratoire. La Pologne estime qu’avec l’accueil d’un million d’Ukrainiens, elle n’a pas de leçons à recevoir sur l’hospitalité.
En fait, les illégaux susmentionnés se trouvent déjà massivement à ses portes, en Biélorussie. Depuis le début de l’année, environ 19 000 personnes y attendent leur chance d’entrer en Pologne, contre 16 000 pour l’année dernière. Ces chiffres proviennent du chef des gardes-frontières polonais, cité mi-août par l’agence Reuters. Tout comme en 2021, ces pauvres migrants ont été ‘invités’ par le dictateur Alexandre Loukachenko, qui les utilise comme des armes de déstabilisation massives. Pas étonnant alors que la Pologne érige des barrières et déploie de plus en plus de militaires, faisant fi des appels d’organisations humanitaires à ouvrir ses frontières. Si la Pologne cède, le voisin fou n’hésitera pas à gonfler les rangs de sa ‘légion du désespoir’ qui rappelle l’armada de miséreux du Camp des Saints de l’écrivain Jean Raspail.
Voyage, voyage…
Pendant l’été qui tire à sa fin, les Polonais ont beaucoup voyagé en Europe.
Aux Pays-Bas, le gouvernement se fracassa sur un projet de loi restreignant le regroupement familial. Sur ces entrefaites, la population voisine d’un centre de réfugiés formait des ‘milices’ pour combatte des malfrats nord-africains qui y étaient hébergés.
En France, nos touristes polonais avaient l’impression de s’être fourvoyés dans une guerre civile. A Londres et à Birmingham, ils ont pu constater que la population blanche d’hier y a été majoritairement remplacée par des migrants de feu l’Empire britannique. Le journal Mail on Sunday a révélé que des conseillers du maire musulman de Londres, Sadiq Khan, jugèrent une photo d’une jeune famille blanche, se promenant le long de la Tamise, « non représentative des Londoniens ». L’indignation fait oublier que cette observation était exacte !
A Berlin, et dans d’autres villes de province de la si proche Allemagne, nos Polonais en vadrouille constatèrent que la population s’y est considérablement obscurcie depuis qu’Angela Merkel a ouvert les vannes en 2015 et 2016. Le sociologue néerlandais Ruud Koopmans, professeur à l’université Humboldt de Berlin, a relevé dans son récent livre L’Industrie de l’Asile les chiffres de criminalité élevés parmi ces nouveaux Allemands. Ce qui n’aura pas échappé à l’attention des autorités polonaises, alors que le référendum sur l’immigration approche.
Bien sûr, le référendum organisé par la Pologne fleure bon le stratagème des ultra-conservateurs du parti PiS permettant d’accuser l’opposition d’‘immigrationnisme’. Mais, la coalition de centre-droit Plate-forme civique, dirigée par l’ex-Premier ministre Donald Tusk, fin connaisseur de l’Union européenne, a flairé le piège. M. Tusk a ainsi fait savoir que les récentes images du chaos en France l’avaient lui aussi « profondément choqué ». Et a laissé transparaître qu’en cas de victoire aux législatives, il ne suivra pas la politique migratoire néfaste d’autres pays. Dans un message vidéo, il reproche même au gouvernement de recruter des extra-Européens pour faire des travaux dédaignés par des Polonais de plus en plus prospères grâce à leur appartenance à l’U.E. honnie. Selon Varsovie, il s’agit d’ ‘immigration contrôlée’. M. Tusk ne s’est pas montré rassuré et a averti: “Les Polonais doivent reprendre le contrôle de leur pays et de leurs frontières.” Son opposant conservateur ne saura pas mieux dire !
En 2023, après 15 années d’absence, le professeur Henry Jones s’est de nouveau invité sur nos écrans pour nous présenter le cinquième volet de ses aventures. J’avoue avoir un peu hésité avant d’acheter mon billet, n’ayant été que très modérément séduit par le précédent opus et ses histoires d’extra-terrestres en dépit de mon amour ancien pour la science-fiction. Mais cette fois-ci je n’ai pas été déçu. Malgré son âge, Harrison Ford tient encore la route et il a remplacé efficacement par l’humour les prouesses physiques qui ne sont plus compatibles avec l’état de sa musculature. Et puis il faut dire que le scénario du film repose sur un projet de voyage dans le temps, thématique qui me passionne depuis toujours.
J’ai donc trouvé le film incontestablement meilleur que le précédent, mais pas seulement pour le ressort de son intrigue. Non, ce qui m’a vraiment plus, il faut bien le dire, ce sont ses méchants. Comme dans les premiers et troisièmes opus de la série, les plus réussis, on a retrouvé dans « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » les adversaires les plus parfaits dont un auteur-scénariste-producteur puisse rêver : les nazis.
Meilleurs ennemis
Ils sont impeccables, les nazis, car ils parviennent à incarner très facilement une notion assez difficile à appréhender hors des voies – peu empruntées de nos jours – de la spiritualité ou de la métaphysique : le mal absolu. On ne peut jamais aimer des nazis. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de gentils nazis au cinéma, hormis Oskar Schindler, encore que ce dernier n’ait eu de nazi que la carte du parti. Alors qu’il y a eu de gentils terroristes (Irlandais, comme dans « Ennemis rapprochés », ou Palestiniens comme dans « Paradise now ») dont la violence pouvait s’expliquer, voire s’excuser. Quant aux communistes, la littérature et le cinéma, même durant la guerre froide, ont regorgé de gentils, malheureuses victimes de la trahison de leurs idéaux par l’implacable appareil militaro-bureaucratique de l’Etat soviétique.
Les nazis sont donc nos meilleurs ennemis, c’est un fait. Mais pourquoi ? Parce que toutes les sociétés se soudent en recourant à des archétypes structurants, et que lorsqu’il s’agit de figurer l’ennemi elles utilisent à cette fin comme repoussoir ce qui s’oppose le plus à leur valeur cardinale, et qui leur fait donc le plus horreur. Ainsi, pour les Grecs et les Romains, qui plaçaient la conscience de leur valeur dans l’éclat de leur civilisation, l’ennemi, c’était le barbare. Pour l’homme médiéval, tout entier dévoué au service de la foi, l’ennemi c’était l’hérétique, ou l’infidèle. Après la Renaissance, et plus encore avec la révolution scientifique des XVIIIe – XIXe siècle, l’ennemi est devenu le sauvage. Voilà pourquoi ensuite, à l’époque contemporaine, notre pire adversaire n’a jamais été le Soviétique, malgré le risque d’apocalypse nucléaire, et pourquoi ce n’est pas aujourd’hui le terroriste, en dépit de toutes les vagues d’attentats. Nous ne pouvons pas les haïr absolument puisque nous partageons avec eux la foi commune en l’égalité, devenue depuis la Révolution (comme l’a si bien montré Tocqueville) la valeur fondamentale de nos sociétés. Seule la forme du combat que nous menons en son nom diffère : alors que le démocrate lutte pour le principe d’égalité par son vote pacifique, le terroriste affirme sa revendication d’un égal traitement (liberté de sa terre ou de son peuple, respect de sa foi, etc.) par la violence individuelle, tandis que le bolchévique vise quant à lui à imposer un égalitarisme formel en recourant à la violence d’Etat.
Le nazi, en revanche, se place hors de cette communauté. Il n’accorde aucune valeur au principe d’égalité. Pire, il le combat en revendiquant haut et fort son adhésion à l’inégalité naturelle et à son inévitable corollaire, la domination des faibles par les forts. Il n’est pas seulement notre ennemi, il est notre antithèse parfaite. Nous pouvons donc le haïr sans aucune retenue, puisque tout nous révulse chez lui. Alors que depuis Saint Paul nous reconnaissons à tout homme une égale dignité, lui ne s’offusque pas de hiérarchiser les individus et les races. Alors que nous croyons qu’il est du devoir des plus forts de protéger les plus faibles, lui pense au contraire qu’il est totalement légitime de les assujettir et au besoin de les exterminer…
Les nazis étaient éduqués, cultivés et policés
Se pose alors un problème essentiel, auquel nous devrions encore et sans cesse réfléchir, si nous voulons réellement nous prémunir d’éventuelles répliques de cet abominable séisme. Comment une idéologie proposant un tel renversement de valeurs a-t-elle pu voir le jour en Europe, il y a à peine un siècle de cela ? Et comment a-t-elle pu ensuite renverser tous les puissants remparts que la morale et la religion avaient depuis si longtemps opposés à ses sauvages principes ? La plupart des réponses ne font qu’éluder le problème, ramenant les succès du nazisme au triomphe de la bêtise ou de la bestialité. Mais l’histoire ne se paye pas de mots, et elle rappelle à qui veut bien l’entendre que ce ne fut pas le cas : il y eut au sein de l’appareil d’État national-socialiste nombre de personnages éduqués, cultivés et policés. Non, c’est ailleurs qu’a pris racine cette monstrueuse déviance, dans la capacité que s’est arrogée l’homme, depuis qu’il s’est à grand-peine extrait des morales transcendantes, de déterminer par lui-même ce qui était bon ou mauvais. Plus de barrage religieux, plus de remords éthique : il lui était désormais loisible d’agir à sa guise, en légitimant selon ses vues les décisions qu’il était potentiellement amené à prendre, fussent-elles les plus atroces.
À l’heure où nos sociétés occidentales prétendent modifier en profondeur leurs rapports à la filiation et à la fin de vie, peut-être convient-il donc de nous souvenir de ce paradoxe : en croquant la pomme de la connaissance du Bien et du Mal Adam envisageait probablement (comme le lui avait promis le démon) que l’exercice souverain de ses décisions allait le revêtir aussitôt d’une dignité quasi-divine. Il n’avait en revanche certainement pas imaginé qu’il allait acquérir au passage la terrible faculté de faillir…
Pour la doxa bienpensante, Médine et tous ses copains rappeurs sont des gentils petits diables dominés…
Dans Libération, une syntaxe et une logique approximatives, à l’insu de son plein gré, Olivier Lamm enfonce Juliette Armanet, embourbée au Connemara. La postérité dévisse… « Le manichéisme a beau avoir mauvaise réputation, à l’heure des réseaux sociaux, c’est même un essentiel de la formation du goût que de trancher entre ce qui nous botte et en quoi on se reconnaît, et ce qui nous insupporte et contre quoi on s’est construit » (Libération, 20 août). En France, tout finit par des chansons… et de la politique. À droite : Heidi, heido, La joie scoute, Michel Sardou. À gauche : L’Internationale, Fais comme l’oiseau, les Grammy Awards de la diversité et Victoires de l’indignation.
En chantant
Les insoumis n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. D’un côté les rebelles éclairés, le progrès ; de l’autre l’obscurantisme et les poulagas. Au Wokistan, en chantant, avec Jdanov, le combat continue contre la réaction. Pour tisser le linceul du vieux monde, le temps des cerises, le Big Bazar, la chanson c’est pratique et entrainant ; plus court qu’un discours de Fidel Castro, plus digeste qu’un essai de Thomas Piketty, moins déprimant qu’une interview d’Annie Ernaux. C’est quand qu’on va où ? Vivons pour des idées, d’accord, avec des rentes… « Depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombent, au paradis sur terre on y serait déjà. De grâce, morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas » (Brassens).
Sardou en garde à vue, sur qui les portes du pénitencier woke vont-elles se refermer ? Trenet, nostalgique de la douce France, cher pays de son enfance, son village au clocher, aux maisons sages ? Aznavour qui fait des bêtises à Trousse chemise, pleure les lilas morts et la bohème qui ne veut plus rien dire du tout ? Brel qui insiste, s’accroche comme un boulet, lorsqu’elle veut le quitter ? Johnny qui dans le feu de l’action, lourd comme un cheval mort, écrase sa partenaire ? Gainsbourg aussi.
Barbara, Dalida, Marie Laforêt, Nicole Croisille, Véronique Sanson, les grandes amoureuses, les femmes, sont tourmentées par les bad boys, les pervers narcissiques, les nuits d’automne, la charge mentale, le « male gaze » : Toute une vie sans te voir, Pour ne pas vivre seul, Pour en arriver là…L’amant le plus beau de Saint-Jean ne tient pas ses serments. Personne ne murmure « je t’aime » à l’oreille de Françoise Hardy, ne téléphone à Nicole Croisille… Le plus triste, si l’on en croit Brassens, c’est que 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant…
Quand on n’a que la haine
Pas de panique : roudoudou et berlingot, le monde change de peau, les rythmes et la chanson évoluent. Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu’est le blues.
Une pléiade de sauvageons rimailleurs blasonne le corps féminin, avec entrain. Leurs luttes constellées portent le Soleil noir de la mélancolie. Lomepal, Moha La Squale, le rap, renouvellent la langue française, l’épitre, le haïku, les enjambements… toutes des Calliope ! « Pétard en billets violets, te déshabille pas, je vais te violer » (Jul). « Ferme un peu ta gueule, vas me faire un steak frite » (Booba). Une variante amusante d’Orelsan : « Ferme ta gueule, ou tu vas t’faire Marie–Trintigner ». Nick Conrad veut prendre les Blancs (PLB). Admirateur du Mollah Omar, Freeze Corleone est obsédé par le IIIe Reich et l’antisémitisme : « Rien à foutre de la Shoah ». Médine a un problème avec la république laïque : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha » (Don’t Laïk). Dans un tweet, (« ResKHANpée », 10 août), il s’en prend à l’essayiste Rachel Khan, petite-fille de déportés, l’assaisonne d’un stalinien et convenu, « social-traitre ». Pas de quoi affoler Les Verts et LFI qui convient le ménestrel aux rimes « embarrassées » à leurs universités d’été. Les bobos s’encanaillent, vendent leur âme pour 30 voix en Seine-Saint-Denis. Le bal des nazes. « Les terreurs, moi j’en suis revenue ; elles ont surtout la terreur du boulot » (Arletty, Hôtel du nord).
ResKHANpée : personne ayant été jetée par la place Hip Hop, dérivant chez les social traîtres et bouffant au sens propre à la table de l’extrême-droite https://t.co/HG9qkIdOpH
Ténébreux, inconsolés, peinards dans les paradis fiscaux, Hilton, à Dubaï, en Ferrari, une troupe de barbes sales, rebelles de carnaval, analphabètes autodidactes, s’agitent, investissent le buzzness et la rente mémorielle. Ils sont protégés par la culture de l’excuse, choyés par les médias, islamo-gauchistes, boutefeux post-soixante-huitards, friands de guerres de races, de genres, d’études post-coloniales et autres Tartufferies yankee. Assoiffés de reconnaissance, d’argent et de pouvoir, les indigènes indigents, tirailleurs à blanc, Phèdre en carton-pâte (filles de Minus et de pas s’y fier) rallument des guerres civiles, minent l’universel et notre affectio societatis. « Défiez-vous des gens qui disent qu’il faut renouveler la langue ; c’est qu’ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu’ils ne savent pas produire avec des idées » (François Andrieux).
Pour la doxa bienpensante, les rappeurs sont des gentils petits diables dominés, opprimés à qui l’on donne le Bourdieu, Sandrine et Jean-Jacques Rousseau, sans confession. Les comiques voyageurs du multiculturalisme, poupées de cirque et de leçons intersectionnelles qui stigmatisent les mâles non « déconstruits », qui dénoncent les ravages du patriarcat à Passy et Tipperary, sont curieusement taisants sur le communautarisme délétère, la condition féminine, le proxénétisme, l’homophobie dans les territoires perdus de la République ; naïvetés, aveuglements et silences assourdissants face à la culture de haine, de violence, la misogynie, les appels aux viols, aux meurtres parfois, des rappeurs oligophrènes.
« La pire des décadences n’est point celle qui naît d’un excès de raffinement dans une élite, mais de vulgarité et méchanceté générales » (Roger Martin du Gard).
Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a donc annoncé l’interdiction du port de l’abaya à l’école. Une mesure évidemment déjà contestée par les islamo-gauchistes…
En une phrase, Gabriel Attal, successeur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, est sorti du centrisme précautionneux pour avaliser la radicalité en politique. « J’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école », a-t-il déclaré dimanche sur TF1.
L’abaya est ce vêtement féminin (similaire au qamis pour les hommes) qui est de plus en plus porté par les élèves des « cités populaires », en signe d’appartenance à l’islam démonstratif et prosélyte. De ce point de vue, cet uniforme militant, qui souligne un séparatisme, peut s’apparenter au port du voile islamique interdit à l’école par la loi de 2004 au nom de la laïcité. Bien que farouche défenseur des libertés d’expression, j’approuve néanmoins la position d’Attal. Elle vient contrer, en effet, l’expansion d’une idéologie théocratique, totalitaire, liberticide. Celle-ci instrumentalise la tolérance de la République pour mieux la subvertir. Il n’est pas interdit pour un Etat de poser des limites quand il s’agit de faire obstacle à une offensive de l’islam politique. Ce n’est pas à lui de définir ce qu’est la laïcité à la française. Cette laïcité oblige à la discrétion religieuse dans l’espace public et singulièrement dans le sanctuaire qu’est l’école de la République. L’abaya ou le qamis sont des panoplies qui, comme le voile, répondent à la stratégie des Frères musulmans, organisation sectaire, conquérante et suprémaciste. Elle-même cherche à occuper les institutions et les territoires par sa visibilité ostensible et son défi porté à la nation des droits de l’homme.
Il faut donc applaudir Attal, qui rompt avec un déni des réalités. Mais rien ne dit que le nouveau ministre saura aller au bout de sa position, qui reste pour l’instant au stade de la communication. L’ambiguïté d’Emmanuel Macron, qui ne veut analyser les problèmes que sous l’angle économique et social, n’aide pas à imposer une idée claire sur l’enjeu de civilisation que pose l’abaya. « Il faut s’atteler à reciviliser », a déclaré le chef de l’Etat dans un entretien-fleuve au Point. L’essayiste Malika Sorel lui a rappelé, hier dans le même hebdomadaire, qu’ « il ne s’agit point de « décivilisation » mais d’une autre civilisation ». Les vêtements islamiques ne sont qu’une partie d’un phénomène de basculement identitaire, sous la pression d’une immigration musulmane de masse et d’un échec de l’intégration, notamment par l’école. Or cette perspective d’un remplacement culturel enchante le « progressisme » et son culte de la diversité. C’est Bruno Roger-Petit, devenu conseiller à l’Elysée, qui écrivait en 2014 : « Oui la France va changer car elle a déjà changé (…) Oui il y aura un jour, avant la fin de ce siècle, un président de la République dont le prénom sera Mohamed, ou Ahmed, ou Nouredine. C’est une perspective formidable ». L’extrême gauche, qui voit dans l’annonce d’Attal « un rejet obsessionnel des musulmans » (Clémentine Autain, LFI) s’apprête à hurler à l’islamophobie, en se liant toujours un peu plus à l’islam radical, sexiste et antisémite.
Ce dernier, fort de tels zélés collaborateurs et de la faiblesse des belles âmes, ne laissera pas l’offensive anti-abaya sans riposte. Faudra-t-il sauver le soldat Attal ?
« L’oiseau est le fort des faibles que nous sommes (…) Quel dommage que Nietzsche n’ait pas reconnu en l’oiseau son surhomme – enfin, son suranimal ! » A.N.
Grande lectrice d’Amélie depuis que je suis entrée en Nothombie à mon retour du Japon en lisant Stupeur et tremblements en 1999, ma rentrée littéraire commence systématiquement par la lecture de son nouveau bébé. Si un écrivain aime pareillement tous ses enfants de papier, le lecteur a quant à lui le droit d’avoir ses chouchous. J’ai les miens : Hygiène de l’assassin, Le Sabotage amoureux, Les Catilinaires, Attentat, Mercure, Métaphysique des tubes, Cosmétique de l’ennemi, Robert des noms propres, Ni d’Eve ni d’Adam, Une forme de vie, Soif.
Guilaine Depis et Amélie Nothomb. D.R.
Psychopompe les supplante-t-il tous dans mon cœur ? En achevant ma lecture à l’aube après l’avoir commencée au crépuscule hier soir, je suis sous un choc si considérable que je serais tentée de l’affirmer. Ce livre-là est sans doute plus grave et moins drôle que d’autres : point de personnage gargantuesque, ni de scènes cocasses auxquelles nous étions habitués. Ici, le sujet est solennel puisqu’il est question de vie et de mort, « du métier d’écrire » et la vocation de l’écrivain. En outre, la licence en philologie romane de l’auteure transpire à travers les pages qui ouvrent une réflexion unique sur le langage, le poids des mots en décortiquant leurs origines. Psychopompe est gigantesque car il concentre à lui seul la justification de toute l’existence et de tous les livres précédents d‘Amélie. Psychopompe est le Nothomb qui va le plus loin et le plus haut, qui dévoile avec le plus de précision les ressorts et les enjeux de son écriture.
On ne doit pas écrire pour publier, encore moins pour vendre !
Bien sûr, l’admirateur assidu et attentif pressentait la dimension sacrée de l’écriture chez Amélie. Nous savions tous la discipline sévère qu’elle s’imposait depuis des années, elle se confiait volontiers sur ses quatre heures quotidiennes et « vitales » d’écriture à jeun dès son réveil au fond de la nuit. Mais peut-être les plus naïfs ou les moins intuitifs d’entre nous s’imaginaient-ils qu’elle s’adonnait à ce sport « parce qu’il faut bien gagner sa vie », comme une corvée que l’on s’inflige, un travail comme un autre.
Il n’est pas possible d’être davantage à côté de la plaque. Les Béotiens n’avaient pas saisi sa profonde nature aviaire que l’auteure s’emploie à expliquer au fil des pages de cet excellent cru 2023. Amélie Nothomb évoque le péril de l’envol pour l’oisillon, qui y risque sa vie ; c’est aussi le sien dès qu’elle écrit.
« Le privilège de l’oiseau, c’est qu’il sait combien voler est difficile. (…) C’est cette conscience plus que toute technique qui fait de lui un élu. Quand on voit voler un oiseau – surtout certains individus – , on sent son extase, son émerveillement et sa joie. Jamais il n’a l’air de penser que cela va de soi, que c’est bien naturel, qu’il n’y a pas de quoi s’esbaudir. (…) Je voulais vivre au présent, comme lui. Je lui empruntai sa stratégie : effectuer au quotidien ce qui vous semble aussi improbable qu’impossible. Plusieurs heures par jour, il me fallait aller au-delà de mes forces, atteindre cette allure où l’écriture s’évade de tout ancrage, se déploie et renouvelle à chaque seconde le miracle qui lui permet de tenir un instant supplémentaire. Celui qui vit un danger aussi permanent connaît le présent absolu. »
On se souvient que dans Métaphysique des tubes Amélie-San aspirait à trois ans à devenir Dieu. S’être mise à l’écriture lui donne le pouvoir extraordinaire d’enfanter des livres, de créer par la grâce de son imagination et de ses souvenirs des êtres de papier autonomes, libres de faire battre les cœurs et d’émouvoir les autres. Comme un moyen de se relier au monde. De même que l’oiseau voit dans le ciel l’infini des possibles, l’écrivain devant la page blanche jouit de la même palette infinie des possibles pour esquisser son œuvre. La création artistique est l’expression de la liberté totale. Du moins, elle l’est dans son essence. Espérons qu’elle puisse le demeurer encore quelques années à notre époque dangereusement prise en étau entre la double censure des puritains rétrogrades et de la cancel culture des woke… Amélie développe la métaphore entre l’envol, la musique et l’écriture au niveau du rythme et du style dont l’objectif est d’atteindre la perfection, d’approcher le sublime du vol et du chant de l’oiseau. « J’avais découvert la gymnastique qui permettait de s’envoler : il s’agit de se positionner d’une manière particulière à l’intérieur de soi, de saisir le bon angle et la juste distance et de se précipiter (…) dans le précipice ».
Il s’agit dans tous les cas de rompre avec la pesanteur et de trouver la hauteur suffisante qui sépare du réel pour flirter avec les anges. Il faut bien saisir ici qu’Amélie Nothomb n’a jamais écrit dans l’intention de vendre, ni même d’être éditée (être publiée et même best-seller ne sont que des conséquences heureuses d’une situation de survie par l’écriture, nullement des objectifs), mais pour le plaisir que l’écriture lui donne. Comme l’oiseau se réconforte des grands froids par la beauté de son chant.
Les mythes font la part belle à l’ornithologie
Qui avait écouté La Divine comédie d’Amélie Nothomb (audible) réalisé par Laureline Amanieux était sensibilisé au rôle immense que tiennent les mythes pour nourrir son inspiration. Ce fil conducteur se trouve déplié dans Psychopompe où en plus de nous apprendre le sens de ce mot splendide qui donne son titre au roman, Amélie s’épanche sur sa fascination pour le dieu psychopompe Hermès et pour le héros Orphée.
Hermès, qu’on représente chaussé de sandales ailées, invente la lyre avant de la céder à son demi-frère, Apollon, le dieu grec de la musique. Il est surtout connu pour avoir la lourde tâche de conduire les morts vers les Enfers. Sans aucun doute cette attirance pour Hermès habitait-elle inconsciemment Amélie depuis l’enfance, puisqu’elle a déjà donné le nom latin de ce dieu grec à l’un de ses romans, Mercure.
Le lien avec Orphée saute aux yeux puisqu’il décide de descendre aux Enfers chercher Eurydice dont il peut autant charmer les Dieux que les bêtes féroces grâce à la sublime musique qu’il crée avec la lyre dont il a héritée de son père Apollon.
Les ailes et le chant rattachent le panthéon d’Amélie à la figure stellaire de l’oiseau. Et elle n’hésite pas à transposer cet élément de la religion grecque au christianisme à travers l’Esprit Saint aussi traditionnellement symbolisé par un oiseau.
Dans la Conférence des oiseaux, merveilleux conte initiatique soufi, Farid ad-Din Attâr a aussi opté pour la représentation des humains aspirant à retrouver leur « Roi » en oiseaux. Ce choix offre de même que la lecture de Psychopompe un éventail très large d’espèces fort dissemblables, du canard au rossignol. L’érudition ornithologique d’Amélie nous fait croiser successivement la grue blanche du Japon, les corbeaux de la Chine communiste, les pigeons, moineaux et mouettes de New-York, les canaris domestiques Sirocco et Godzilla, la Bergeronnette et l’hirondelle fluviatile du Bengale. On retient surtout l’admiration éperdue de l’auteure pour l’engoulevent oreillard qui a un vol digne des figures de style les plus acrobatiques de la patrouille de France au-dessus de l’Arc de Triomphe un 14 juillet.
Mais revenons au poète Attâr, ses oiseaux découvriront, à la fin d’un long périple leur faisant traverser plusieurs vallées comme autant de défis et de renoncements, que le « Roi », c’est-à-dire la divinité recherchée, se niche au fond de leur propre âme. Amélie Nothomb rejoint donc ce texte fondamental du poète persan en reconnaissant le divin dans l’oiseau, et l’accomplissement de celui-ci dans sa vocation psychopompe d’intermédiaire entre deux mondes.
L’espérance prend toujours sa source dans le désir
Pour Amélie Nothomb, la chose est entendue : l’oiseau est une espèce supérieure qui tient son don de voler d’un désir incommensurable devenu tension perpétuelle pour faire advenir l’impossible. C’est mûs durant 80 millions d’années par leur seul désir que les dinosaures – l’archéoptéryx pour être précise – ont les premiers accompli ce délirant miracle de quitter la terre ferme pour goûter l’ivresse de l’infini céleste. « Entrevoir une patience aussi sublime, c’est soupçonner le principe moteur de l’univers. Ce qui permet de tabler sur un infini pareil, c’est le désir ».
Si dans le christianisme la perte du jardin d’Eden suite au péché d’Eve est perçue comme une catastrophe, une effroyable punition pour l’humanité qui a perdu l’abondance et se retrouve condamnée à devoir travailler pour gagner sa croûte, j’ai toujours été marquée par le génie soufi pour raconter la même histoire de manière positive. Dans l’islam, la perte du paradis créant le manque est enseignée comme un bienfait. Car la satiété n’est pas intéressante en ceci qu’elle n’offre plus de joie et qu’elle incite à la léthargie, favorise l’avachissement. Au contraire, c’est du manque que peut naître le désir et que l’Homme sera désormais animé par cette tension si stimulante d’aspirer à retrouver le Paradis. Il se mettra en mouvement et sera donc sur le bon chemin de l’Eveil. Les vertus du manque, de la faim, nous rappellent Biographie de la faim, autre chef d’œuvre d’Amélie Nothomb explorant ce thème, cette nécessité de ne jamais être rassasiée pour continuer à désirer.
Un autre grand message d’espérance délivré par ce livre c’est qu’il est possible de surmonter l’expérience ô combien abjecte et assassine du viol. Avec une pudeur aussi digne que l’épreuve que lui ont infligée les quatre garçons de Cox’s Bazar, une station balnéaire du Bangladesh, lui a été sordide « la violence des mains de la mer avait arraché la coquille, je n’étais plus l’œuf que j’avais été. Oisillon dépourvu de plumes, il me faudrait accéder au statut d’oiseau. Cela serait monstrueusement difficile », la jeune Amélie seulement réconfortée par le « Pauvre petite ! » de sa mère sentit mourir l’adolescente de 13 ans qu’elle était, en même temps que son corps se dissocia de son âme. S’ensuivit un conflit durant plus d’une décennie entre son apparence et son intériorité, entre son contenant (le corps) et son contenu (cette âme évaporée). L’anorexie comme opportunité de ressusciter quand l’élan vital triomphera. Là aussi, amor fati, la maladie est vécue comme un passage nécessaire dans un contexte donné (le viol) à l’accomplissement de soi.
Psychopompe est à tous les niveaux un livre d’espérance, qui donne de l’énergie et presque la foi. La communication posthume intense et féconde qu’Amélie a avec son père emporté par un cancer décompartimente les échelons de l’être, réunifie les niveaux d’existence, fait entrevoir l’amour tout puissant qui continue de luire même lorsque l’enveloppe matérielle de nos corps n’est plus. « Premier sang est un livre de vie (…) C’est l’expérience psychopompe qui a rempli ce texte de cette énergie si particulière : l’excès de carburant de mon père a trouvé en moi son récepteur. »
On découvre Amélie physicienne quantique, affirmant l’existence des ondes cérébrales constituant nos pensées. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit le proverbe avec justesse. J’étendrais, pour ma part, son champ d’action. La mort n’est pas la limite des transformations. Ce serait d’autant plus absurde qu’elle en est une elle-même. Un lien raté dans la vie peut sinon se réparer, au moins se métamorphoser dans la mort. »
Avec le soleil de toutes ces espérances comme horizon, Psychopompe est un livre qui fait du bien et donne un éclat particulier à la vie. Il suffit de désirer très fort sur le long terme pour que l’Univers nous récompense de notre énergie et de notre patience en concrétisant nos rêves les plus fous : voler, survivre à un viol, sortir de l’anorexie, échanger avec des morts.
Son tour de force est d’être à la fois une excellente entrée pour qui voudrait s’initier à l’œuvre d’Amélie Nothomb, et un puits inépuisable de trésors à destination des lecteurs les plus exigeants, des spécialistes en étymologie, des docteurs en lettres classiques, des hellénistes et des latinistes chevronnés, et de tous les chercheurs en littérature. C’est à cela qu’on reconnaît un grand écrivain : à ce qu’il touche des publics de profils très variés pour des raisons très différentes.
Le tribunal d’Aurillac (15) a été saccagé, samedi 26 août, en marge d’une manifestation de féministes aux seins nus. Le garde des Sceaux s’est indigné: «Aucune cause ne justifie que des crétins décérébrés brûlent une juridiction», selon lui. Le regard d’Elisabeth Lévy.
Il s’en passe des choses, dans le Cantal ! Samedi dernier, des casseurs cagoulés ont saccagé le tribunal d’Aurillac et ont aussi brûlé le drapeau français. Éric Dupond-Moretti s’est rendu sur place, lundi, après l’intrusion et ce saccage survenu lors du dernier jour d’un festival de théâtre de rue.
La garde des Sceaux a tout dit: c’est l’acte de « crétins décérébrés ». Espérons que la Justice passera. En revanche, il est intéressant de s’intéresser à la manifestation qui avait précédé ces évènements: les manifestantes n’avaient ni cagoules, ni t-shirts. Elles avaient les seins nus et ont défilé au son de « Aurillac topless, la police en PLS ». Le motif de cette manifestation ? Soutenir Marina, qui est poursuivie pour exhibition sexuelle pour s’être promenée en ville torse nu « parce qu’elle avait hyper-chaud et voulait faire comme la moitié des hommes ». Elle avait refusé de se couvrir la poitrine lorsque les policiers lui ont demandé. Pour ma part, je l’avoue, j’ai trouvé ça plutôt drôle… Certes, un homme et une femme torse nue, ce n’est pas pareil. Les seins des femmes sont un objet érotique, une source de désir et de fantasmes. C’est une raison supplémentaire pour ne pas les offrir à tous les regards. Reste qu’en ville, homme ou femme, on n’est pas à la plage. On ne se balade pas dépoitraillé. Même si ça n’a généralement rien d’érotique, je n’ai aucune envie de voir des hommes « torse-poil » dans nos rues. Donc, la manif seins nus en guise de provocation/protestation, ça me va. Topless pour personne !
Le 23 août dernier, Marina a été verbalisée par la police parce qu'elle se promenait seins nus pendant le Festival du théâtre de rue d'Aurillac. La jeune femme explique que son geste était lié à la canicule et précise que les hommes autour d'elle étaient presque tous torse nu… pic.twitter.com/PSJNM3esFv
N’est-ce pas paradoxal d’interdire à la fois le topless et l’abaya ? Non, les deux participent du vivre-ensemble. Depuis l’annonce de Gabriel Attal, rivalisant soit dans la sottise soit dans le cynisme, les perroquets de gauche dénoncent la police du vêtement ce qui, au passage est une injure aux Iraniennes et aux Afghanes.
Nous vivons dans des sociétés très libérales sur le sujet, et c’est heureux. Pour autant, une société libérale ne signifie pas que tout est permis. Ni la nudité, ni n’importe quel accoutrement: on n’a pas le droit de tout faire. La nudité, c’est l’état de nature, la pré-histoire. Dans la Bible, Dieu ordonne aux pêcheurs Adam et Eve de se couvrir et c’est le début l’histoire humaine – et de la civilisation. Le vêtement n’est pas un bout de tissu, mais un signe, un message adressé aux autres, un produit de l’histoire et des mœurs. Il est donc encadré par la loi – quoique très légèrement – ou par les règles particulières de chaque collectivité. On met un uniforme dans certaines professions, par exemple. Mais, surtout, le vêtement obéit à des codes non écrits à des règles que l’on voudrait intériorisées par tous. On ne va pas à l’école en abaya. On ne sort pas seins nus dans la rue.
Même si le topless est infiniment plus français que les vilaines robes islamiques !
"The Blind Side, l'éveil d'un champion", de John Lee Hancock (2009). D.R.
Alors que Sandra Bullock est en deuil, le champion de football américain qui avait inspiré le long-métrage qui lui a valu l’Oscar de la meilleure actrice, lance une fâcheuse procédure judiciaire…
Quand elles apparaissent à l’écran, tout va toujours pour le mieux pour les vedettes hollywoodiennes. Mais, dans la vraie vie, Sandra Bullock traverse une bien mauvaise passe. Tout d’abord, son compagnon, Bryan Randall, est décédé de la maladie de Charcot cet été. La star germano-américaine a deux enfants, et elle a été nommée deux fois pour l’Oscar de la meilleure actrice. S’il n’est pas encore question de lui reprendre son petit enfant noir, Louis, qu’elle a adopté en 2010, on en veut après la prestigieuse statuette que la star de Gravity a décroché la même année pour son interprétation du rôle de Leigh Anne Tuohy, dans le navet The Blind Side.
Quinze ans à t’attendre
Pourtant, ce prix, elle ne l’avait pas volé ! Entre le succès colossal de Speed, en 1994, et avant une certaine consécration et une nouvelle nomination de l’Académie pour Gravity en 2013, l’actrice avait attendu plus de 15 ans pour l’avoir. The Blind Side raconte l’histoire vraie de Michael Oher, un pauvre jeune noir qui rencontre le succès dans le football américain grâce à l’amour de sa mère adoptive, Mme Tuohy, qui l’a récupéré à Memphis pratiquement illettré. L’ancien sportif professionnel a porté plainte cet été contre les Tuohy, les accusant de ne l’avoir en fait jamais adopté, mais de l’avoir piégé en lui faisant signer un document faisant d’eux ses tuteurs afin de pouvoir signer des contrats en son nom. Il les accuse également d’avoir signé le contrat du film, qui leur a permis à eux et leurs deux enfants de gagner beaucoup d’argent, alors que lui n’aurait rien reçu.
Dénonçant le « white saviour » narrative honteux du film (« sauveur blanc »), les militants wokistes s’en donnent à cœur joie. Samantha Sheppard, professeur de cinéma à Université de Cornell, explique : “Ce qu’on voit dans ce genre de films, c’est que même quand il est question du succès de personnes noires, en fait, il n’est pas vraiment question de personnes noires mais des forces patriarcales blanches”. L’actrice Vanessa Williams, qu’on a connue plus drôle dans Ugly Betty, persifle : “Ok, c’est comme d’habitude une famille blanche qui sauve tout le monde ! Êtes-vous capable de citer un seul film où ce sont des noirs qui sauvent les blancs ?”
Laissant ces intellectuels à leurs discussions, la Justice ne sait pas encore s’il faudra dépêcher sur place Miss Detective pour résoudre l’affaire.
Le 28 août 1963, Martin Luther King prononçait devant le Lincoln Memorial de Washington, où étaient réunis près de 250 000 manifestants, son célèbre discours commençant par la phrase I have a dream. Ce moment est rétrospectivement considéré comme le point de départ du mouvement des droits civiques qui aboutira quelques années plus tard à la fin de la ségrégation entre Afro-Américains et Euro-Américains. Le pasteur baptiste a pris une telle importance dans la mythologie et l’histoire contemporaine américaines que tous les troisièmes lundis de janvier, son souvenir est marqué d’un jour férié appelé Martin Luther King Day.
Les soixante ans du discours de Martin Luther King
Ce 28 août, les États-Unis ne célébraient toutefois pas le « Martin Luther King Day » mais le soixantième anniversaire de l’allocution qui fit connaître au monde ce militant et homme de foi lié pour l’éternité à l’histoire des noirs américains. L’histoire de Martin Luther King s’inscrit d’ailleurs spécifiquement dans un contexte nord-américain parfaitement étranger à la France, puisque nous n’avons jamais connu la ségrégation raciale ni l’esclavage des noirs sur notre propre sol. Pourquoi le ministère de l’Éducation nationale a-t-il alors décidé de participer à ces festivités qui ne nous concernent nullement, point de départ d’une polémique qui n’en finit plus depuis ?
Pour coller à l’air du temps ? Pour se donner une bonne image à peu de frais ? De la même manière que certains lycées de Seine-Saint-Denis sont baptisés des noms de Rosa Parks, de Martin Luther King, ou, pire encore, s’agissant d’une figure contestée, de celui d’Angela Davis, le but de la manœuvre est aussi grossier qu’artificiel. Surtout quand ledit ministère expose des enfants à l’ire de l’extrême gauche, aux railleries d’à peu près tout le monde et plus généralement expose une communication d’une grande médiocrité.
Ainsi, le ministère de l’Éducation Nationale n’a-t-il rien trouvé de mieux à faire que de diffuser une vidéo présentant des collégiens lisant en anglais une de leurs créations originales s’inspirant du discours de Martin Luther King (voir vidéo en bas de page). Les élèves en question avaient remporté cette année le concours « The More I Say », encourageant une « pratique créative de l’anglais ». Qu’est-ce qui a bien pu déranger quelques internautes dans cette démarche que d’aucuns auraient pu juger inoffensive ? Tous les enfants de la vidéo sont blancs. Oui, vous avez bien lu : blancs. L’horreur, quasiment le nazisme.
Courroux « antiraciste »
Les vives réactions ne se sont donc pas fait attendre longtemps, notamment dans les rangs de la Nupes qui ne loupe jamais une occasion de ce type. La twitto Claire Jacquin, qui se présente comme une militante de la France Insoumise a notamment publié ce message : « Donc Attal s’est dit qu’un discours anti-raciste, celui de Luther King, repris par des blancs et uniquement des blancs c’était ok ?? Combien de temps pour qu’il fasse supprimer cette vidéo de la honte ? » Elle n’aura pas attendu longtemps pour que son vœu soit exaucé, le ministère s’étant rapidement débandé face à la foule en furie…
#TraduisonsLes Ce n'est pas notre faute s'il n'y a pas un·e seul·e élève noir·e ou racisé·e dans tout le pays capable d'aligner correctement 3 mots en anglais. https://t.co/kTH2qPZSK3
Elle, comme d’autres, n’ont fait preuve d’absolument aucune empathie à l’endroit des cinq collégiens, soumis au courroux vengeur et aux moqueries. Car, nul n’est censé ignorer qu’en 2023, une petite polémique numérique peut vite se transformer en 15 minutes de harcèlement plutôt que de gloire. Malheureusement, le ministère s’est dégonflé et a avalisé le discours crypto-raciste de ces gens. Comme les enfants en question sont blancs, il semble autorisé de faire preuve de méchanceté…
Le ministère s’est d’ailleurs ravisé tout en se dédouanant sur… Pap N’Diaye d’une manière assez vicieuse : « Cette vidéo a été réalisée le 30 juin dernier, à l’occasion de la cérémonie de remise de prix du concours The More I Say, qui encourage la pratique créative de l’anglais au collège. Elle donne la parole à des élèves lauréats nationaux présents au cours de cette cérémonie qui s’était tenue en présence du ministre Pap Ndiaye. Il s’agit d’une profession de foi des élèves pour un monde meilleur en débutant par l’anaphore « I have a dream ». Face au trouble suscité par cette vidéo et à la violence de certains commentaires à l’égard des élèves qui s’étaient investis avec enthousiasme dans ce projet, le service communication du ministère a décidé de retirer cette vidéo de ses réseaux sociaux. » Une façon commode de ne pas assumer la diffusion de la vidéo, tout en justifiant son retrait par le bien-être des enfants sans toutefois contredire les critiques.
À l'occasion des 60 ans du discours de Martin Luther King, le ministère de l’Éducation nationale et de la Jeunesse a publié une vidéo valorisant un travail pédagogique autour de l'engagement. Cette vidéo a été réalisée le 30 juin dernier, à l'occasion de la cérémonie de remise…
— Ministère Éducation nationale et Jeunesse (@education_gouv) August 30, 2023
Après la boulette de communication initiale, les professionnels du genre ont semble-t-il trouvé une astuce pour éviter les coups. Le sujet demeure pourtant intégralement vierge. D’abord, pourquoi de petits Français doivent-ils participer à un hommage à Martin Luther King ? Enfin, dans un pays qui n’assume absolument pas le fait ethnique, faudra-t-il un jour instaurer des quotas de « représentativité » ? C’est le véritable impensé français et son impasse. Notre pays ne reconnait aucune race, ni même leur existence, mais ne parle que de ça.
Il ne cache plus ses ambitions présidentielles. Mais il est vexé, parce qu’Elisabeth Borne s’est invitée à la dernière minute à sa rentrée politique de Tourcoing, dimanche, pour freiner ses ambitions… Le ministre de l’Intérieur bombe le torse, mais quand un môme de dix ans est abattu le 21 août, à Nîmes, et qu’il déploie sur place de lourds effectifs, les dealers récidivent dès le lendemain avec un autre meurtre ! L’action du ministre fait singulièrement penser à son prédécesseur place Beauvau, Nicolas Sarkozy, dont les Français attendent toujours l’emploi du karcher pour balayer une insécurité endémique qui se répand dans tout le pays. Nos constats accablants et notre feuille de route pour lui.
Crise après crise, drame après drame, les annonces du ministre de l’Intérieur peuvent toutes se résumer à ceci : promettre plus de policiers pour arrêter les racailles… que des magistrats militants s’empresseront de relâcher dans la nature en utilisant dans ce but les lois votées par les parlementaires.
Le ministre condamne fermement et se rend sur place
Condamner fermement et se rendre sur place, selon la formule usée jusqu’à la corde, tenir des discours volontaristes, promettre la fermeté, tempêter d’un air martial, faire traverser la France aux CRS, une semaine par-ci, deux semaines par-là, au gré des coups de projecteurs médiatiques, est inutile.
Après le viol abominable et le massacre de Mégane par Oumar Ndiaye à Cherbourg, y a-t-il eu la moindre sanction de prise contre ceux qui avaient décidé de laisser le monstre en liberté malgré un dossier qui aurait dû rendre évident son enfermement ? Non. Seuls les magistrats sont à ce point exonérés de toute obligation de reddition de comptes, de toute responsabilité quant aux conséquences de leurs actes, alors qu’ils ne sont absolument pas – rappelons-le – les propriétaires du pouvoir judiciaire, mais seulement ses délégataires : la souveraineté appartient au peuple français, au nom de qui la justice est officiellement rendue, et à lui seul.
À Nîmes, pendant les obsèques de Fayed, ce garçon de dix ans tué par les dealers, on pouvait entendre ouvertement les cris des guetteurs, et le trafic se poursuivait, sans gêne et sans crainte. Après deux fusillades mortelles, Gérald Darmanin est allé dans cette ville pour annoncer des renforts (temporaires). Pas de chance : dès le lendemain, nouvelle fusillade dans un autre quartier de la ville… Envoyer sur le terrain cent ou même deux cents policiers supplémentaires ne sert à rien si les dealers savent qu’ils ne risquent pratiquement rien, que les sanctions prononcées contre eux ne les touchent pas assez pour être dissuasives, et que les forces de l’ordre sont paralysées par une institution judiciaire qui à chaque incident présume que les policiers ou les gendarmes sont les coupables.
Les fronts de l’insécurité
Quiconque veut réellement s’attaquer au problème de l’insécurité dans ce pays qui, n’en déplaise à Eric Dupond-Moretti, devient chaque jour un peu plus un coupe-gorge, doit aborder de front quatre problèmes majeurs :
L’emprise du gauchisme sur l’institution judiciaire. « Soyez partiaux » proclamait Oswald Baudot. « Ayez un préjugé favorable pour l’enfant contre le père, pour le voleur contre la police (….) La loi s’interprète. Elle dira ce que vous voulez qu’elle dise. » Les « petits juges rouges » oublient que leur préjugé favorable pour le voleur contre la police est, surtout, un préjugé favorable pour le voleur contre sa victime. Et le Syndicat de la Magistrature, dont Baudot était membre, de dresser son « mur des cons » et de condamner moralement avec bien plus de virulence un père révolté par la mort de sa fille que l’assassin de celle-ci… Baudot déclarait aussi : « Si la répression était efficace, il y a longtemps qu’elle aurait réussi. » Autant affirmer que si la médecine était efficace, il y a longtemps que les maladies auraient disparu, et en prendre prétexte pour ne plus soigner personne… L’Institut pour la Justice et l’Observatoire du Laxisme Judiciaire recensent des centaines d’exemples des absurdités révoltantes auxquelles conduit cette idéologie, et encore ne s’agit-il que de la partie émergée de l’iceberg. Tous les magistrats n’adhèrent pas à la doctrine de Baudot, mais ceux qui se soucient encore de la sécurité des citoyens honnêtes ont bien du mal à agir, alors que la politique pénale va dans le sens du gauchisme triomphant – il suffit pour s’en rendre compte de comparer la « feuille de route » des préconisations du docteur Maurice Berger, brillant spécialiste de la violence des mineurs, avec les décisions gouvernementales qui, systématiquement, font l’inverse…
La complaisance du pouvoir politique (quand ce n’est pas la complicité active) envers ce gauchisme judiciaire, qui ne cesse de pousser à des réformes du code de procédure pénale visant à rendre l’Etat impuissant face aux racailles – mais impitoyable envers « monsieur tout le monde » – et se soumet avec empressement aux diktats des instances supranationales inspirées par la même idéologie. Emblématique, la loi Guigou, de juin 2000, qui a fait du code de procédure pénale un outil pour ne surtout pas appliquer le code pénal.
Le lien entre certaines immigrations et la délinquance, qui n’est d’ailleurs plus simplement de la délinquance et encore moins des « faits divers », mais la constitution sur notre sol, par une proportion croissante de certaines diasporas, de contre-sociétés conquérantes et prédatrices mettant méthodiquement la France à sac. Toutes les études sérieuses menées en Europe sont unanimes, et sans ambiguïté. Leurs données sont publiques, sourcées, vérifiables. Mais si l’on en croit les déclarations de Gérald Darmanin, les razzias du début de l’été sont dues à « Kévin et Mattéo », tout comme le chaos au Stade de France avait été le fait de supporters anglais… S’il est bien évident que tous les immigrés et descendants d’immigrés de telle ou telle origine ne sont pas des pillards, les tendances générales demeurent. Le politique, qui sans nier les cas individuels, traite par définition des masses, ne peut plus continuer à refuser d’en tirer les conséquences.
La nécessité de donner aux citoyens ordinaires les moyens de se défendre et de défendre leurs proches et leurs biens contre les agressions. L’avocat Thibault de Montbrial, sans doute le meilleur spécialiste français de la question de la légitime défense, a fait plusieurs propositions de bon sens à ce sujet (Osons l’autorité, L’Observatoire, 2022), notamment la « doctrine du château » et « l’excuse de désarroi, crainte ou terreur » pour nuancer l’exigence irréaliste de stricte proportionnalité de la riposte (ce qui existe déjà dans le droit suisse, par exemple, et la Suisse n’est pas pour autant devenue le Far-West). C’est aussi, peut-être surtout, une question d’état d’esprit : les mobilisations de cet été à Ajaccio contre les dealers sont un exemple qui devrait être imité partout en France.
Ras le bol de la politique de l’affichage !
Hélas ! Jusqu’ici, le ministre de l’Intérieur ne s’est attaqué à rien de tout ceci, et ne semble pas en manifester la moindre intention, alors qu’il s’agit des chantiers sécuritaires prioritaires, bien plus importants que d’augmenter les effectifs de la police et de la gendarmerie, plus importants même que de construire de nouvelles places de prison ou de généraliser la vidéo-protection.
On se souvient des déclarations de Nicolas Sarkozy sur le kärcher, qui se sont avérées n’être qu’esbroufe et effets de manche, politique du chiffre et de l’affichage, tout dans la communication et l’apparence sans aucun traitement sérieux des problèmes de fond – même les peines planchers, pourtant une excellente mesure, ont été abondamment contournées par la magistrature bien avant d’être abrogées par Christiane Taubira.
Gérald Darmanin donne de plus en plus l’impression de partager les ambitions présidentielles de son prédécesseur. Malheureusement, jusqu’ici son affichage de volontarisme partage aussi la tragique inefficacité du kärcher sarkoziste, et comme lui évite soigneusement de traiter les vraies sources de l’insécurité et de l’ensauvagement : le gauchisme judiciaire ; la lâcheté d’un pouvoir politique qui laisse la magistrature en roue libre, quand il ne soutient pas lui-même l’idéologie des « juges rouges » ; l’alimentation de contre-sociétés prédatrices par une part importante de certaines immigrations ; l’urgence d’un réarmement moral, juridique et politique de la foule des braves gens qui s’astreignent encore au respect de la loi, et à qui on ne pourra pas indéfiniment demander de se laisser humilier, agresser, piller, égorger, violer sans réagir.
Depuis qu’il a embrassé sur la bouche la capitaine de l’équipe qui venait de gagner la Coupe du monde du football féminin, Luis Rubiales s’est attiré les foudres de fédérations sportives, d’associations féministes et de commentateurs médiatiques. Il est indéniable que son geste était déplacé, mais peut-on vraiment le qualifier comme une « agression sexuelle »? Réflexions.
L’affaire du « baiser forcé » de Luis Rubiales, président de la Fédération Royale Espagnole de Football (RFEF), à la joueuse Jennifer Hermoso lors de la remise de la Coupe du monde féminine après la récente victoire de l’équipe espagnole, n’en finit pas de faire des vagues. Aussi, face à la polémique grandissante – un scandale qui fait unanimement aujourd’hui la une de la plupart des journaux internationaux – la FIFA a-t-elle décidé, samedi 26 août, de suspendre, pendant une période initiale de 90 jours en attendant l’enquête disciplinaire, ledit président de ses fonctions.
La juste condamnation d’un geste inapproprié
Le jour même, la prestigieuse Ligue du Droit International des Femmes (LDIF), association jadis créée par Simone de Beauvoir et présidée aujourd’hui par Annie Sugier, a publié un communiqué qui salue « la double victoire de l’équipe nationale féminine de football d’Espagne ». Double, car « championne du Monde, l’équipe nationale espagnole féminine est devenue championne d’un MeToo du football et sans doute du sport en général ». Certes, ces mots sont aussi bienvenus que sensés et en tous points légitimes. Comment ne pas dénoncer ce geste aussi inapproprié qu’inélégant, voire violent (puisque non consenti par Jennifer Hermoso) dans son affreuse symbolique machiste ? C’est sans la moindre ambigüité que nous condamnons donc ce geste, un « baiser forcé », éminemment répréhensible par-delà l’hypothétique spontanéité de l’euphorie ambiante.
La nécessaire échelle de valeurs dans la notion d’« agression sexuelle »
Mais, à y regarder de plus près, et sans rien minimiser de la gravité du comportement de Rubiales, une analyse à la fois plus rigoureuse et nuancée s’avère toutefois nécessaire à ce sujet hautement problématique.
La première remarque consiste à critiquer, tant sur le plan juridique que moral, la notion d’ « agression sexuelle ». En termes nets et précis : peut-on véritablement mettre sur un même niveau d’échelle de valeurs, dans la hiérarchie des délits – et a fortiori des crimes commis -, un baiser forcé, pour condamnable qu’il soit, et l’extrême violence, tant psychique que physique, d’un viol ? En d’autres termes encore : n’y a-t-il pas là, dans cette sorte d’équivalence ainsi établie entre un baiser forcé et un viol, le risque, paradoxalement, de réduire par là, sinon de banaliser même, l’extrême gravité du viol ?
Un enjeu de société: le combat féministe contre la culture machiste
Ainsi, cette affaire, si on ne veut pas tout mélanger de manière irrationnelle ou partisane, se situe sur une ligne de crête entre, d’un côté, une culture séculairement machiste, phallocrate et patriarcale, autorisant indument l’affirmation du pouvoir masculin sur le corps des femmes, et, de l’autre, un néo-féminisme mal compris, agressif, militant jusqu’au fanatisme et, comme tel, susceptible de déboucher malencontreusement, et non moins illégitimement, sur un puritanisme aussi rétrograde que moralisateur, sinon culpabilisateur.
Davantage, ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement la réputation et l’honneur d’un homme voué aux gémonies, mais aussi un réel enjeu de société sur les plans juridique, sociologique, anthropologique, éthique et philosophique.
Un wokisme aux allures d’inquisition
La morale de l’histoire ? Il s’agit de faire attention aux dérives, pour le fragile équilibre de nos démocraties, d’un tel processus de culpabilisation, où la permanence du jugement moral fait de plus en plus office de prétendue loi universelle et qui, sous couvert de libération des consciences, ne fait, au contraire, que les aliéner.
Qu’on se le dise : ce constant lynchage médiatique, pitoyable mais efficace métonymie des anciennes chasses aux sorcières, ressemble de plus en plus, comme aux heures les plus sombres de certains régimes dictatoriaux d’autrefois, aux lâches et hypocrites tribunaux populaires, où l’acharnement de l’accusation se mêlait à la complaisance de la délation. Aujourd’hui, pour blanchir sa conscience et se dédouaner de toute faute, il suffit de trouver une personnalité publique qui, par sa visibilité médiatique, son statut social ou son rôle professionnel, serve de bouc émissaire ou corps expiatoire. C’est à cela que servait naguère – et l’Espagne est bien placée, justement, pour le savoir, hélas – la « Sainte Inquisition » ! Sauf que cette nouvelle « inquisition » se pare, pseudo-modernité oblige, des fallacieux attributs du wokisme à l’américaine. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si l’affaire du baiser forcé a été mise en exergue, en premier lieu, par un journal américain : le célébrissime et très influent New York Times.
L’innommable brutalité du viol: un crime particulièrement barbare
Conclusion ? S’il est en effet impératif de condamner sans ambages ce geste en tout point déplacé, il n’en demeure pas moins vrai, nuance oblige, qu’il faut également raison garder, sans pour autant le minorer ni le relativiser, dans l’établissement de la gravité des faits poursuivis ou incriminés. Il en va ici aussi, et avant tout, du respect nécessairement dû, sans les blesser davantage encore par quelque amalgame indigne, à toutes ces femmes ayant tragiquement et véritablement subi, quant à elles, l’innommable brutalité de ce crime particulièrement odieux, barbare en ce qui concerne son auteur et douloureux pour sa victime, qu’est le viol.
Refonte du règlement de Dublin. Le 15 octobre, les nationalistes au pouvoir invitent le peuple polonais à se prononcer par référendum sur quatre questions. Les Polonais souhaitent-ils « brader les actifs de l’État en les cédant à des entités étrangères » ? Soutiennent-ils « une éventuelle hausse de l’âge de la retraite » ? Sont-ils pour « l’admission de milliers d’immigrants illégaux du Moyen-Orient et d’Afrique, conformément au mécanisme de relocalisation forcée imposé par la bureaucratie européenne » ? Veulent-ils que la barrière à la frontière avec la Biélorussie soit rouverte ? Analyse.
Les Polonais, dirigés par un Premier ministre « antisémite et d’extrême droite », dixit Emmanuel Macron, auront droit à un référendum sur l’immigration. Mais, pour le “facho” comme pour son adversaire modéré Donald Tusk, la France fait figure d’épouvantail.
Vilain petit canard européen
Ces Polonais de droite, au pouvoir depuis 2015, ne savent vraiment pas se tenir ! Dans leur résistance à l’immigration non-occidentale qui a tant enrichi d’autres pays européens, ils proposent un référendum, le 15 octobre prochain, qui coïncide avec les élections législatives. « Chantage! » fulmine le journal néerlandais NRC. Car consulter le peuple reviendrait à faire comprendre à l’Union européenne que la Pologne compte rester « blanche ». Une chroniqueuse du même quotidien, lu par les élites, accuse dans la foulée les opposants à l’immigration, Polonais et Hongrois en tête, « de mener des guerres culturelles hystériques ». Son ire vise évidemment la promesse de référendum faite aux Polonais, lesquels pourront donc se prononcer sur l’accord migratoire conclu en juin par les 27 membres de l’UE. La Pologne et la Hongrie votèrent contre, mais sont tenues de s’y plier quand même. Si le ‘non’ l’emporte, et le Premier ministre Mateusz Morawiecki s’y emploie, la Pologne se verra renforcée dans sa lutte contre Bruxelles. Le chef du gouvernement polonais vient de donner le coup d’envoi de la campagne référendaire avec une vidéo de villes en flammes, en proie à des émeutiers et des bandes de pilleurs. Un homme noir, le regard hystérique, lèche la lame d’un grand couteau menaçant. Dans cette allusion peu subtile aux horreurs que vient de connaître la France, le dirigeant du parti gouvernemental Droit et Justice (PiS), M. Jaroslaw Kaczynski, y va de son commentaire. « Nous sommes témoins de ce qui se passe dans les rues d’Europe. Voulez-vous connaître pareilles scènes d’horreur en Pologne? Voulez-vous cesser d’être les maîtres du destin de notre pays? »
Début juillet, M. Morawiecki avait déjà posté un message en présentant des familles polonaises passant du bon temps dans des parcs ensoleillés et bien entretenus, au moment même où « les jeunes des quartiers » tenaient un couteau à la gorge des Français. M. Morawiecki terminait son intervention avec un appel « pour des frontières sûres en Europe ».
Nasz plan to Europa Bezpiecznych Granic – bezpieczeństwo i porządek publiczny – to są wartości, od których wszystko inne się zaczyna! pic.twitter.com/9anvfDU11d
M. Ciotti et Mme Le Pen observent le référendum polonais
Mateusz Morawiecki prend ainsi une revanche sur l’homme qui l’avait traité « d’antisémite d’extrême droite ». Le président français avait pris ombrage de la critique du Polonais quant à ses efforts vains de persuader Vladimir Poutine de retirer ses troupes d’Ukraine. Ce que M. Morawiecki avait comparé aux efforts d’apaiser Adolf Hitler. De plus, M. Macron accusait alors l’affreux Polonais d’avoir soutenu Marine Le Pen dans les mois précédant les élections présidentielles. M. Morawiecki ne peut cependant pas avoir insufflé à cette dernière l’idée d’un référendum sur l’immigration, car Mme Le Pen le promet depuis belle lurette ! Sur le tard, M. Eric Ciotti s’y est joint.
Ils suivront donc de près le référendum en Pologne, où les électeurs doivent répondre à la question: « Soutenez-vous l’entrée dans notre pays de milliers d’immigrants illégaux provenant du Moyen-Orient et de l’Afrique sous le système de déplacement mécanique que la bureaucratie européenne est en train de nous imposer ? » Varsovie tance bien ainsi le volet du Pacte sur l’asile et la migration qui force les pays-membres à partager le fardeau de migrants arrivant massivement dans des pays comme l’Italie ou la Grèce. Les pays réfractaires encourent une amende, déguisée en contribution volontaire aux pays en détresse migratoire. La Pologne estime qu’avec l’accueil d’un million d’Ukrainiens, elle n’a pas de leçons à recevoir sur l’hospitalité.
En fait, les illégaux susmentionnés se trouvent déjà massivement à ses portes, en Biélorussie. Depuis le début de l’année, environ 19 000 personnes y attendent leur chance d’entrer en Pologne, contre 16 000 pour l’année dernière. Ces chiffres proviennent du chef des gardes-frontières polonais, cité mi-août par l’agence Reuters. Tout comme en 2021, ces pauvres migrants ont été ‘invités’ par le dictateur Alexandre Loukachenko, qui les utilise comme des armes de déstabilisation massives. Pas étonnant alors que la Pologne érige des barrières et déploie de plus en plus de militaires, faisant fi des appels d’organisations humanitaires à ouvrir ses frontières. Si la Pologne cède, le voisin fou n’hésitera pas à gonfler les rangs de sa ‘légion du désespoir’ qui rappelle l’armada de miséreux du Camp des Saints de l’écrivain Jean Raspail.
Voyage, voyage…
Pendant l’été qui tire à sa fin, les Polonais ont beaucoup voyagé en Europe.
Aux Pays-Bas, le gouvernement se fracassa sur un projet de loi restreignant le regroupement familial. Sur ces entrefaites, la population voisine d’un centre de réfugiés formait des ‘milices’ pour combatte des malfrats nord-africains qui y étaient hébergés.
En France, nos touristes polonais avaient l’impression de s’être fourvoyés dans une guerre civile. A Londres et à Birmingham, ils ont pu constater que la population blanche d’hier y a été majoritairement remplacée par des migrants de feu l’Empire britannique. Le journal Mail on Sunday a révélé que des conseillers du maire musulman de Londres, Sadiq Khan, jugèrent une photo d’une jeune famille blanche, se promenant le long de la Tamise, « non représentative des Londoniens ». L’indignation fait oublier que cette observation était exacte !
A Berlin, et dans d’autres villes de province de la si proche Allemagne, nos Polonais en vadrouille constatèrent que la population s’y est considérablement obscurcie depuis qu’Angela Merkel a ouvert les vannes en 2015 et 2016. Le sociologue néerlandais Ruud Koopmans, professeur à l’université Humboldt de Berlin, a relevé dans son récent livre L’Industrie de l’Asile les chiffres de criminalité élevés parmi ces nouveaux Allemands. Ce qui n’aura pas échappé à l’attention des autorités polonaises, alors que le référendum sur l’immigration approche.
Bien sûr, le référendum organisé par la Pologne fleure bon le stratagème des ultra-conservateurs du parti PiS permettant d’accuser l’opposition d’‘immigrationnisme’. Mais, la coalition de centre-droit Plate-forme civique, dirigée par l’ex-Premier ministre Donald Tusk, fin connaisseur de l’Union européenne, a flairé le piège. M. Tusk a ainsi fait savoir que les récentes images du chaos en France l’avaient lui aussi « profondément choqué ». Et a laissé transparaître qu’en cas de victoire aux législatives, il ne suivra pas la politique migratoire néfaste d’autres pays. Dans un message vidéo, il reproche même au gouvernement de recruter des extra-Européens pour faire des travaux dédaignés par des Polonais de plus en plus prospères grâce à leur appartenance à l’U.E. honnie. Selon Varsovie, il s’agit d’ ‘immigration contrôlée’. M. Tusk ne s’est pas montré rassuré et a averti: “Les Polonais doivent reprendre le contrôle de leur pays et de leurs frontières.” Son opposant conservateur ne saura pas mieux dire !
Les Aventuriers de l'arche perdue, 1981 image: Capture YouTube
En 2023, après 15 années d’absence, le professeur Henry Jones s’est de nouveau invité sur nos écrans pour nous présenter le cinquième volet de ses aventures. J’avoue avoir un peu hésité avant d’acheter mon billet, n’ayant été que très modérément séduit par le précédent opus et ses histoires d’extra-terrestres en dépit de mon amour ancien pour la science-fiction. Mais cette fois-ci je n’ai pas été déçu. Malgré son âge, Harrison Ford tient encore la route et il a remplacé efficacement par l’humour les prouesses physiques qui ne sont plus compatibles avec l’état de sa musculature. Et puis il faut dire que le scénario du film repose sur un projet de voyage dans le temps, thématique qui me passionne depuis toujours.
J’ai donc trouvé le film incontestablement meilleur que le précédent, mais pas seulement pour le ressort de son intrigue. Non, ce qui m’a vraiment plus, il faut bien le dire, ce sont ses méchants. Comme dans les premiers et troisièmes opus de la série, les plus réussis, on a retrouvé dans « Indiana Jones et le Cadran de la destinée » les adversaires les plus parfaits dont un auteur-scénariste-producteur puisse rêver : les nazis.
Meilleurs ennemis
Ils sont impeccables, les nazis, car ils parviennent à incarner très facilement une notion assez difficile à appréhender hors des voies – peu empruntées de nos jours – de la spiritualité ou de la métaphysique : le mal absolu. On ne peut jamais aimer des nazis. Il n’y a d’ailleurs jamais eu de gentils nazis au cinéma, hormis Oskar Schindler, encore que ce dernier n’ait eu de nazi que la carte du parti. Alors qu’il y a eu de gentils terroristes (Irlandais, comme dans « Ennemis rapprochés », ou Palestiniens comme dans « Paradise now ») dont la violence pouvait s’expliquer, voire s’excuser. Quant aux communistes, la littérature et le cinéma, même durant la guerre froide, ont regorgé de gentils, malheureuses victimes de la trahison de leurs idéaux par l’implacable appareil militaro-bureaucratique de l’Etat soviétique.
Les nazis sont donc nos meilleurs ennemis, c’est un fait. Mais pourquoi ? Parce que toutes les sociétés se soudent en recourant à des archétypes structurants, et que lorsqu’il s’agit de figurer l’ennemi elles utilisent à cette fin comme repoussoir ce qui s’oppose le plus à leur valeur cardinale, et qui leur fait donc le plus horreur. Ainsi, pour les Grecs et les Romains, qui plaçaient la conscience de leur valeur dans l’éclat de leur civilisation, l’ennemi, c’était le barbare. Pour l’homme médiéval, tout entier dévoué au service de la foi, l’ennemi c’était l’hérétique, ou l’infidèle. Après la Renaissance, et plus encore avec la révolution scientifique des XVIIIe – XIXe siècle, l’ennemi est devenu le sauvage. Voilà pourquoi ensuite, à l’époque contemporaine, notre pire adversaire n’a jamais été le Soviétique, malgré le risque d’apocalypse nucléaire, et pourquoi ce n’est pas aujourd’hui le terroriste, en dépit de toutes les vagues d’attentats. Nous ne pouvons pas les haïr absolument puisque nous partageons avec eux la foi commune en l’égalité, devenue depuis la Révolution (comme l’a si bien montré Tocqueville) la valeur fondamentale de nos sociétés. Seule la forme du combat que nous menons en son nom diffère : alors que le démocrate lutte pour le principe d’égalité par son vote pacifique, le terroriste affirme sa revendication d’un égal traitement (liberté de sa terre ou de son peuple, respect de sa foi, etc.) par la violence individuelle, tandis que le bolchévique vise quant à lui à imposer un égalitarisme formel en recourant à la violence d’Etat.
Le nazi, en revanche, se place hors de cette communauté. Il n’accorde aucune valeur au principe d’égalité. Pire, il le combat en revendiquant haut et fort son adhésion à l’inégalité naturelle et à son inévitable corollaire, la domination des faibles par les forts. Il n’est pas seulement notre ennemi, il est notre antithèse parfaite. Nous pouvons donc le haïr sans aucune retenue, puisque tout nous révulse chez lui. Alors que depuis Saint Paul nous reconnaissons à tout homme une égale dignité, lui ne s’offusque pas de hiérarchiser les individus et les races. Alors que nous croyons qu’il est du devoir des plus forts de protéger les plus faibles, lui pense au contraire qu’il est totalement légitime de les assujettir et au besoin de les exterminer…
Les nazis étaient éduqués, cultivés et policés
Se pose alors un problème essentiel, auquel nous devrions encore et sans cesse réfléchir, si nous voulons réellement nous prémunir d’éventuelles répliques de cet abominable séisme. Comment une idéologie proposant un tel renversement de valeurs a-t-elle pu voir le jour en Europe, il y a à peine un siècle de cela ? Et comment a-t-elle pu ensuite renverser tous les puissants remparts que la morale et la religion avaient depuis si longtemps opposés à ses sauvages principes ? La plupart des réponses ne font qu’éluder le problème, ramenant les succès du nazisme au triomphe de la bêtise ou de la bestialité. Mais l’histoire ne se paye pas de mots, et elle rappelle à qui veut bien l’entendre que ce ne fut pas le cas : il y eut au sein de l’appareil d’État national-socialiste nombre de personnages éduqués, cultivés et policés. Non, c’est ailleurs qu’a pris racine cette monstrueuse déviance, dans la capacité que s’est arrogée l’homme, depuis qu’il s’est à grand-peine extrait des morales transcendantes, de déterminer par lui-même ce qui était bon ou mauvais. Plus de barrage religieux, plus de remords éthique : il lui était désormais loisible d’agir à sa guise, en légitimant selon ses vues les décisions qu’il était potentiellement amené à prendre, fussent-elles les plus atroces.
À l’heure où nos sociétés occidentales prétendent modifier en profondeur leurs rapports à la filiation et à la fin de vie, peut-être convient-il donc de nous souvenir de ce paradoxe : en croquant la pomme de la connaissance du Bien et du Mal Adam envisageait probablement (comme le lui avait promis le démon) que l’exercice souverain de ses décisions allait le revêtir aussitôt d’une dignité quasi-divine. Il n’avait en revanche certainement pas imaginé qu’il allait acquérir au passage la terrible faculté de faillir…
Pour la doxa bienpensante, Médine et tous ses copains rappeurs sont des gentils petits diables dominés…
Dans Libération, une syntaxe et une logique approximatives, à l’insu de son plein gré, Olivier Lamm enfonce Juliette Armanet, embourbée au Connemara. La postérité dévisse… « Le manichéisme a beau avoir mauvaise réputation, à l’heure des réseaux sociaux, c’est même un essentiel de la formation du goût que de trancher entre ce qui nous botte et en quoi on se reconnaît, et ce qui nous insupporte et contre quoi on s’est construit » (Libération, 20 août). En France, tout finit par des chansons… et de la politique. À droite : Heidi, heido, La joie scoute, Michel Sardou. À gauche : L’Internationale, Fais comme l’oiseau, les Grammy Awards de la diversité et Victoires de l’indignation.
En chantant
Les insoumis n’aiment pas que l’on suive une autre route qu’eux. D’un côté les rebelles éclairés, le progrès ; de l’autre l’obscurantisme et les poulagas. Au Wokistan, en chantant, avec Jdanov, le combat continue contre la réaction. Pour tisser le linceul du vieux monde, le temps des cerises, le Big Bazar, la chanson c’est pratique et entrainant ; plus court qu’un discours de Fidel Castro, plus digeste qu’un essai de Thomas Piketty, moins déprimant qu’une interview d’Annie Ernaux. C’est quand qu’on va où ? Vivons pour des idées, d’accord, avec des rentes… « Depuis tant de grands soirs, que tant de têtes tombent, au paradis sur terre on y serait déjà. De grâce, morbleu, laissez vivre les autres, la vie est à peu près leur seul luxe ici-bas » (Brassens).
Sardou en garde à vue, sur qui les portes du pénitencier woke vont-elles se refermer ? Trenet, nostalgique de la douce France, cher pays de son enfance, son village au clocher, aux maisons sages ? Aznavour qui fait des bêtises à Trousse chemise, pleure les lilas morts et la bohème qui ne veut plus rien dire du tout ? Brel qui insiste, s’accroche comme un boulet, lorsqu’elle veut le quitter ? Johnny qui dans le feu de l’action, lourd comme un cheval mort, écrase sa partenaire ? Gainsbourg aussi.
Barbara, Dalida, Marie Laforêt, Nicole Croisille, Véronique Sanson, les grandes amoureuses, les femmes, sont tourmentées par les bad boys, les pervers narcissiques, les nuits d’automne, la charge mentale, le « male gaze » : Toute une vie sans te voir, Pour ne pas vivre seul, Pour en arriver là…L’amant le plus beau de Saint-Jean ne tient pas ses serments. Personne ne murmure « je t’aime » à l’oreille de Françoise Hardy, ne téléphone à Nicole Croisille… Le plus triste, si l’on en croit Brassens, c’est que 95 fois sur cent, la femme s’emmerde en baisant…
Quand on n’a que la haine
Pas de panique : roudoudou et berlingot, le monde change de peau, les rythmes et la chanson évoluent. Les mots ne sont jamais les mêmes, pour exprimer ce qu’est le blues.
Une pléiade de sauvageons rimailleurs blasonne le corps féminin, avec entrain. Leurs luttes constellées portent le Soleil noir de la mélancolie. Lomepal, Moha La Squale, le rap, renouvellent la langue française, l’épitre, le haïku, les enjambements… toutes des Calliope ! « Pétard en billets violets, te déshabille pas, je vais te violer » (Jul). « Ferme un peu ta gueule, vas me faire un steak frite » (Booba). Une variante amusante d’Orelsan : « Ferme ta gueule, ou tu vas t’faire Marie–Trintigner ». Nick Conrad veut prendre les Blancs (PLB). Admirateur du Mollah Omar, Freeze Corleone est obsédé par le IIIe Reich et l’antisémitisme : « Rien à foutre de la Shoah ». Médine a un problème avec la république laïque : « Crucifions les laïcards comme à Golgotha » (Don’t Laïk). Dans un tweet, (« ResKHANpée », 10 août), il s’en prend à l’essayiste Rachel Khan, petite-fille de déportés, l’assaisonne d’un stalinien et convenu, « social-traitre ». Pas de quoi affoler Les Verts et LFI qui convient le ménestrel aux rimes « embarrassées » à leurs universités d’été. Les bobos s’encanaillent, vendent leur âme pour 30 voix en Seine-Saint-Denis. Le bal des nazes. « Les terreurs, moi j’en suis revenue ; elles ont surtout la terreur du boulot » (Arletty, Hôtel du nord).
ResKHANpée : personne ayant été jetée par la place Hip Hop, dérivant chez les social traîtres et bouffant au sens propre à la table de l’extrême-droite https://t.co/HG9qkIdOpH
Ténébreux, inconsolés, peinards dans les paradis fiscaux, Hilton, à Dubaï, en Ferrari, une troupe de barbes sales, rebelles de carnaval, analphabètes autodidactes, s’agitent, investissent le buzzness et la rente mémorielle. Ils sont protégés par la culture de l’excuse, choyés par les médias, islamo-gauchistes, boutefeux post-soixante-huitards, friands de guerres de races, de genres, d’études post-coloniales et autres Tartufferies yankee. Assoiffés de reconnaissance, d’argent et de pouvoir, les indigènes indigents, tirailleurs à blanc, Phèdre en carton-pâte (filles de Minus et de pas s’y fier) rallument des guerres civiles, minent l’universel et notre affectio societatis. « Défiez-vous des gens qui disent qu’il faut renouveler la langue ; c’est qu’ils cherchent à produire avec des mots, des effets qu’ils ne savent pas produire avec des idées » (François Andrieux).
Pour la doxa bienpensante, les rappeurs sont des gentils petits diables dominés, opprimés à qui l’on donne le Bourdieu, Sandrine et Jean-Jacques Rousseau, sans confession. Les comiques voyageurs du multiculturalisme, poupées de cirque et de leçons intersectionnelles qui stigmatisent les mâles non « déconstruits », qui dénoncent les ravages du patriarcat à Passy et Tipperary, sont curieusement taisants sur le communautarisme délétère, la condition féminine, le proxénétisme, l’homophobie dans les territoires perdus de la République ; naïvetés, aveuglements et silences assourdissants face à la culture de haine, de violence, la misogynie, les appels aux viols, aux meurtres parfois, des rappeurs oligophrènes.
« La pire des décadences n’est point celle qui naît d’un excès de raffinement dans une élite, mais de vulgarité et méchanceté générales » (Roger Martin du Gard).
Le nouveau ministre de l’Éducation nationale, Gabriel Attal, a donc annoncé l’interdiction du port de l’abaya à l’école. Une mesure évidemment déjà contestée par les islamo-gauchistes…
En une phrase, Gabriel Attal, successeur de Pap Ndiaye à l’Éducation nationale, est sorti du centrisme précautionneux pour avaliser la radicalité en politique. « J’ai décidé qu’on ne pourrait plus porter l’abaya à l’école », a-t-il déclaré dimanche sur TF1.
L’abaya est ce vêtement féminin (similaire au qamis pour les hommes) qui est de plus en plus porté par les élèves des « cités populaires », en signe d’appartenance à l’islam démonstratif et prosélyte. De ce point de vue, cet uniforme militant, qui souligne un séparatisme, peut s’apparenter au port du voile islamique interdit à l’école par la loi de 2004 au nom de la laïcité. Bien que farouche défenseur des libertés d’expression, j’approuve néanmoins la position d’Attal. Elle vient contrer, en effet, l’expansion d’une idéologie théocratique, totalitaire, liberticide. Celle-ci instrumentalise la tolérance de la République pour mieux la subvertir. Il n’est pas interdit pour un Etat de poser des limites quand il s’agit de faire obstacle à une offensive de l’islam politique. Ce n’est pas à lui de définir ce qu’est la laïcité à la française. Cette laïcité oblige à la discrétion religieuse dans l’espace public et singulièrement dans le sanctuaire qu’est l’école de la République. L’abaya ou le qamis sont des panoplies qui, comme le voile, répondent à la stratégie des Frères musulmans, organisation sectaire, conquérante et suprémaciste. Elle-même cherche à occuper les institutions et les territoires par sa visibilité ostensible et son défi porté à la nation des droits de l’homme.
Il faut donc applaudir Attal, qui rompt avec un déni des réalités. Mais rien ne dit que le nouveau ministre saura aller au bout de sa position, qui reste pour l’instant au stade de la communication. L’ambiguïté d’Emmanuel Macron, qui ne veut analyser les problèmes que sous l’angle économique et social, n’aide pas à imposer une idée claire sur l’enjeu de civilisation que pose l’abaya. « Il faut s’atteler à reciviliser », a déclaré le chef de l’Etat dans un entretien-fleuve au Point. L’essayiste Malika Sorel lui a rappelé, hier dans le même hebdomadaire, qu’ « il ne s’agit point de « décivilisation » mais d’une autre civilisation ». Les vêtements islamiques ne sont qu’une partie d’un phénomène de basculement identitaire, sous la pression d’une immigration musulmane de masse et d’un échec de l’intégration, notamment par l’école. Or cette perspective d’un remplacement culturel enchante le « progressisme » et son culte de la diversité. C’est Bruno Roger-Petit, devenu conseiller à l’Elysée, qui écrivait en 2014 : « Oui la France va changer car elle a déjà changé (…) Oui il y aura un jour, avant la fin de ce siècle, un président de la République dont le prénom sera Mohamed, ou Ahmed, ou Nouredine. C’est une perspective formidable ». L’extrême gauche, qui voit dans l’annonce d’Attal « un rejet obsessionnel des musulmans » (Clémentine Autain, LFI) s’apprête à hurler à l’islamophobie, en se liant toujours un peu plus à l’islam radical, sexiste et antisémite.
Ce dernier, fort de tels zélés collaborateurs et de la faiblesse des belles âmes, ne laissera pas l’offensive anti-abaya sans riposte. Faudra-t-il sauver le soldat Attal ?
« L’oiseau est le fort des faibles que nous sommes (…) Quel dommage que Nietzsche n’ait pas reconnu en l’oiseau son surhomme – enfin, son suranimal ! » A.N.
Grande lectrice d’Amélie depuis que je suis entrée en Nothombie à mon retour du Japon en lisant Stupeur et tremblements en 1999, ma rentrée littéraire commence systématiquement par la lecture de son nouveau bébé. Si un écrivain aime pareillement tous ses enfants de papier, le lecteur a quant à lui le droit d’avoir ses chouchous. J’ai les miens : Hygiène de l’assassin, Le Sabotage amoureux, Les Catilinaires, Attentat, Mercure, Métaphysique des tubes, Cosmétique de l’ennemi, Robert des noms propres, Ni d’Eve ni d’Adam, Une forme de vie, Soif.
Guilaine Depis et Amélie Nothomb. D.R.
Psychopompe les supplante-t-il tous dans mon cœur ? En achevant ma lecture à l’aube après l’avoir commencée au crépuscule hier soir, je suis sous un choc si considérable que je serais tentée de l’affirmer. Ce livre-là est sans doute plus grave et moins drôle que d’autres : point de personnage gargantuesque, ni de scènes cocasses auxquelles nous étions habitués. Ici, le sujet est solennel puisqu’il est question de vie et de mort, « du métier d’écrire » et la vocation de l’écrivain. En outre, la licence en philologie romane de l’auteure transpire à travers les pages qui ouvrent une réflexion unique sur le langage, le poids des mots en décortiquant leurs origines. Psychopompe est gigantesque car il concentre à lui seul la justification de toute l’existence et de tous les livres précédents d‘Amélie. Psychopompe est le Nothomb qui va le plus loin et le plus haut, qui dévoile avec le plus de précision les ressorts et les enjeux de son écriture.
On ne doit pas écrire pour publier, encore moins pour vendre !
Bien sûr, l’admirateur assidu et attentif pressentait la dimension sacrée de l’écriture chez Amélie. Nous savions tous la discipline sévère qu’elle s’imposait depuis des années, elle se confiait volontiers sur ses quatre heures quotidiennes et « vitales » d’écriture à jeun dès son réveil au fond de la nuit. Mais peut-être les plus naïfs ou les moins intuitifs d’entre nous s’imaginaient-ils qu’elle s’adonnait à ce sport « parce qu’il faut bien gagner sa vie », comme une corvée que l’on s’inflige, un travail comme un autre.
Il n’est pas possible d’être davantage à côté de la plaque. Les Béotiens n’avaient pas saisi sa profonde nature aviaire que l’auteure s’emploie à expliquer au fil des pages de cet excellent cru 2023. Amélie Nothomb évoque le péril de l’envol pour l’oisillon, qui y risque sa vie ; c’est aussi le sien dès qu’elle écrit.
« Le privilège de l’oiseau, c’est qu’il sait combien voler est difficile. (…) C’est cette conscience plus que toute technique qui fait de lui un élu. Quand on voit voler un oiseau – surtout certains individus – , on sent son extase, son émerveillement et sa joie. Jamais il n’a l’air de penser que cela va de soi, que c’est bien naturel, qu’il n’y a pas de quoi s’esbaudir. (…) Je voulais vivre au présent, comme lui. Je lui empruntai sa stratégie : effectuer au quotidien ce qui vous semble aussi improbable qu’impossible. Plusieurs heures par jour, il me fallait aller au-delà de mes forces, atteindre cette allure où l’écriture s’évade de tout ancrage, se déploie et renouvelle à chaque seconde le miracle qui lui permet de tenir un instant supplémentaire. Celui qui vit un danger aussi permanent connaît le présent absolu. »
On se souvient que dans Métaphysique des tubes Amélie-San aspirait à trois ans à devenir Dieu. S’être mise à l’écriture lui donne le pouvoir extraordinaire d’enfanter des livres, de créer par la grâce de son imagination et de ses souvenirs des êtres de papier autonomes, libres de faire battre les cœurs et d’émouvoir les autres. Comme un moyen de se relier au monde. De même que l’oiseau voit dans le ciel l’infini des possibles, l’écrivain devant la page blanche jouit de la même palette infinie des possibles pour esquisser son œuvre. La création artistique est l’expression de la liberté totale. Du moins, elle l’est dans son essence. Espérons qu’elle puisse le demeurer encore quelques années à notre époque dangereusement prise en étau entre la double censure des puritains rétrogrades et de la cancel culture des woke… Amélie développe la métaphore entre l’envol, la musique et l’écriture au niveau du rythme et du style dont l’objectif est d’atteindre la perfection, d’approcher le sublime du vol et du chant de l’oiseau. « J’avais découvert la gymnastique qui permettait de s’envoler : il s’agit de se positionner d’une manière particulière à l’intérieur de soi, de saisir le bon angle et la juste distance et de se précipiter (…) dans le précipice ».
Il s’agit dans tous les cas de rompre avec la pesanteur et de trouver la hauteur suffisante qui sépare du réel pour flirter avec les anges. Il faut bien saisir ici qu’Amélie Nothomb n’a jamais écrit dans l’intention de vendre, ni même d’être éditée (être publiée et même best-seller ne sont que des conséquences heureuses d’une situation de survie par l’écriture, nullement des objectifs), mais pour le plaisir que l’écriture lui donne. Comme l’oiseau se réconforte des grands froids par la beauté de son chant.
Les mythes font la part belle à l’ornithologie
Qui avait écouté La Divine comédie d’Amélie Nothomb (audible) réalisé par Laureline Amanieux était sensibilisé au rôle immense que tiennent les mythes pour nourrir son inspiration. Ce fil conducteur se trouve déplié dans Psychopompe où en plus de nous apprendre le sens de ce mot splendide qui donne son titre au roman, Amélie s’épanche sur sa fascination pour le dieu psychopompe Hermès et pour le héros Orphée.
Hermès, qu’on représente chaussé de sandales ailées, invente la lyre avant de la céder à son demi-frère, Apollon, le dieu grec de la musique. Il est surtout connu pour avoir la lourde tâche de conduire les morts vers les Enfers. Sans aucun doute cette attirance pour Hermès habitait-elle inconsciemment Amélie depuis l’enfance, puisqu’elle a déjà donné le nom latin de ce dieu grec à l’un de ses romans, Mercure.
Le lien avec Orphée saute aux yeux puisqu’il décide de descendre aux Enfers chercher Eurydice dont il peut autant charmer les Dieux que les bêtes féroces grâce à la sublime musique qu’il crée avec la lyre dont il a héritée de son père Apollon.
Les ailes et le chant rattachent le panthéon d’Amélie à la figure stellaire de l’oiseau. Et elle n’hésite pas à transposer cet élément de la religion grecque au christianisme à travers l’Esprit Saint aussi traditionnellement symbolisé par un oiseau.
Dans la Conférence des oiseaux, merveilleux conte initiatique soufi, Farid ad-Din Attâr a aussi opté pour la représentation des humains aspirant à retrouver leur « Roi » en oiseaux. Ce choix offre de même que la lecture de Psychopompe un éventail très large d’espèces fort dissemblables, du canard au rossignol. L’érudition ornithologique d’Amélie nous fait croiser successivement la grue blanche du Japon, les corbeaux de la Chine communiste, les pigeons, moineaux et mouettes de New-York, les canaris domestiques Sirocco et Godzilla, la Bergeronnette et l’hirondelle fluviatile du Bengale. On retient surtout l’admiration éperdue de l’auteure pour l’engoulevent oreillard qui a un vol digne des figures de style les plus acrobatiques de la patrouille de France au-dessus de l’Arc de Triomphe un 14 juillet.
Mais revenons au poète Attâr, ses oiseaux découvriront, à la fin d’un long périple leur faisant traverser plusieurs vallées comme autant de défis et de renoncements, que le « Roi », c’est-à-dire la divinité recherchée, se niche au fond de leur propre âme. Amélie Nothomb rejoint donc ce texte fondamental du poète persan en reconnaissant le divin dans l’oiseau, et l’accomplissement de celui-ci dans sa vocation psychopompe d’intermédiaire entre deux mondes.
L’espérance prend toujours sa source dans le désir
Pour Amélie Nothomb, la chose est entendue : l’oiseau est une espèce supérieure qui tient son don de voler d’un désir incommensurable devenu tension perpétuelle pour faire advenir l’impossible. C’est mûs durant 80 millions d’années par leur seul désir que les dinosaures – l’archéoptéryx pour être précise – ont les premiers accompli ce délirant miracle de quitter la terre ferme pour goûter l’ivresse de l’infini céleste. « Entrevoir une patience aussi sublime, c’est soupçonner le principe moteur de l’univers. Ce qui permet de tabler sur un infini pareil, c’est le désir ».
Si dans le christianisme la perte du jardin d’Eden suite au péché d’Eve est perçue comme une catastrophe, une effroyable punition pour l’humanité qui a perdu l’abondance et se retrouve condamnée à devoir travailler pour gagner sa croûte, j’ai toujours été marquée par le génie soufi pour raconter la même histoire de manière positive. Dans l’islam, la perte du paradis créant le manque est enseignée comme un bienfait. Car la satiété n’est pas intéressante en ceci qu’elle n’offre plus de joie et qu’elle incite à la léthargie, favorise l’avachissement. Au contraire, c’est du manque que peut naître le désir et que l’Homme sera désormais animé par cette tension si stimulante d’aspirer à retrouver le Paradis. Il se mettra en mouvement et sera donc sur le bon chemin de l’Eveil. Les vertus du manque, de la faim, nous rappellent Biographie de la faim, autre chef d’œuvre d’Amélie Nothomb explorant ce thème, cette nécessité de ne jamais être rassasiée pour continuer à désirer.
Un autre grand message d’espérance délivré par ce livre c’est qu’il est possible de surmonter l’expérience ô combien abjecte et assassine du viol. Avec une pudeur aussi digne que l’épreuve que lui ont infligée les quatre garçons de Cox’s Bazar, une station balnéaire du Bangladesh, lui a été sordide « la violence des mains de la mer avait arraché la coquille, je n’étais plus l’œuf que j’avais été. Oisillon dépourvu de plumes, il me faudrait accéder au statut d’oiseau. Cela serait monstrueusement difficile », la jeune Amélie seulement réconfortée par le « Pauvre petite ! » de sa mère sentit mourir l’adolescente de 13 ans qu’elle était, en même temps que son corps se dissocia de son âme. S’ensuivit un conflit durant plus d’une décennie entre son apparence et son intériorité, entre son contenant (le corps) et son contenu (cette âme évaporée). L’anorexie comme opportunité de ressusciter quand l’élan vital triomphera. Là aussi, amor fati, la maladie est vécue comme un passage nécessaire dans un contexte donné (le viol) à l’accomplissement de soi.
Psychopompe est à tous les niveaux un livre d’espérance, qui donne de l’énergie et presque la foi. La communication posthume intense et féconde qu’Amélie a avec son père emporté par un cancer décompartimente les échelons de l’être, réunifie les niveaux d’existence, fait entrevoir l’amour tout puissant qui continue de luire même lorsque l’enveloppe matérielle de nos corps n’est plus. « Premier sang est un livre de vie (…) C’est l’expérience psychopompe qui a rempli ce texte de cette énergie si particulière : l’excès de carburant de mon père a trouvé en moi son récepteur. »
On découvre Amélie physicienne quantique, affirmant l’existence des ondes cérébrales constituant nos pensées. « Tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir, dit le proverbe avec justesse. J’étendrais, pour ma part, son champ d’action. La mort n’est pas la limite des transformations. Ce serait d’autant plus absurde qu’elle en est une elle-même. Un lien raté dans la vie peut sinon se réparer, au moins se métamorphoser dans la mort. »
Avec le soleil de toutes ces espérances comme horizon, Psychopompe est un livre qui fait du bien et donne un éclat particulier à la vie. Il suffit de désirer très fort sur le long terme pour que l’Univers nous récompense de notre énergie et de notre patience en concrétisant nos rêves les plus fous : voler, survivre à un viol, sortir de l’anorexie, échanger avec des morts.
Son tour de force est d’être à la fois une excellente entrée pour qui voudrait s’initier à l’œuvre d’Amélie Nothomb, et un puits inépuisable de trésors à destination des lecteurs les plus exigeants, des spécialistes en étymologie, des docteurs en lettres classiques, des hellénistes et des latinistes chevronnés, et de tous les chercheurs en littérature. C’est à cela qu’on reconnaît un grand écrivain : à ce qu’il touche des publics de profils très variés pour des raisons très différentes.