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Revivre après l’inaction la plus totale

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Jean-Paul Dubois publiait en 1996 Kennedy et moi


Jean-Paul Dubois, prix Goncourt 2019, est un romancier qui aime décrire des situations inconfortables, avec tout ce que cela nécessite de transgression sociale pour ses personnages. Dans Kennedy et moi (1996), il met en scène un écrivain raté, Simon Polaris, réduit au silence littéraire, et en prise avec le reste du monde qu’il n’a de cesse de défier à coups d’éclat provocateurs. Ce misanthrope, dans l’acception la plus classique du terme, n’en finit pas non plus de faire le dos rond contre toutes les agressions extérieures, et, de ce fait, se replie sur lui-même jusqu’au point de non-retour, sombrant dans un désœuvrement maladif. Ce roman a été adapté au cinéma en 1998 par Sam Karmann, avec Jean-Pierre Bacri, excellent dans le rôle de l’écrivain-ours, et Nicole Garcia dans celui de sa femme, par qui arrivera peut-être la rédemption.

« Hier, j’ai acheté un revolver… »

Tout commence en somme par l’achat d’un revolver, preuve que quelque chose ne va pas bien. « Hier, j’ai acheté un revolver… » C’est la première et dernière phrase du livre de Dubois, qui rappelle plus ou moins l’incipit de L’Étranger de Camus : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Même sentiment de déréliction accaparant un personnage angoissé, qui perd ses repères et éprouve une immense « lassitude », comme le dit le texte. Simon Polaris revient chez lui avec l’arme, la range dans un tiroir, et se sent étrangement soulagé. Pourtant, sa situation demeure problématique. Sa femme Anna le trompe avec un collègue médecin. Ses enfants le méprisent, et des problèmes de dents viennent l’assaillir. Polaris devient une sorte de Job moderne, immobile et vociférateur.

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Polaris ne fait rien de ses journées. « Il écoute, nous raconte Jean-Paul Dubois, le chuintement des canalisations. Le bourdonnement de l’Océan. Le raclement de ses doigts sur sa peau mal rasée. » Ou encore : « Il marche à l’étage, va et vient comme un prisonnier dans sa cellule. » Le bilan global de sa vie le déprime : « Depuis mon adolescence, je n’ai rien accompli d’utile ni de probant… » On lui a appris que c’était répréhensible. Seule tentative d’émerger, Polaris poursuit des séances de psychanalyse avec un praticien nommé Victor Kuriakhine. Bien sûr, il n’y croit pas vraiment et, d’ailleurs, il décide bientôt d’arrêter, notamment parce qu’il n’a plus assez d’argent. 

La montre du président Kennedy

Au cours de leur dernière conversation, Kuriakhine raconte incidemment à Polaris l’histoire de la montre Hamilton qu’il garde soigneusement dans la poche de son pantalon. C’est une pièce historique, qu’il a achetée à Phoenix lors d’un congrès de psychiatrie, lui dit-il. « La montre que le président Kennedy portait au poignet quand il a été assassiné à Dallas. » Avec l’inscription suivante « J.F.K., Brookline, 1962. » Cette histoire fascine complètement Polaris. Il va faire une fixation sur cette montre, et n’aura plus qu’une obsession, se l’approprier : « cet objet me revient de droit, estime-t-il. Victor n’a été qu’un porteur parmi les autres, le dernier commissionnaire du destin ». C’est comme si Kennedy lui avait transmis cette montre Hamilton, pour que lui, Polaris, entre enfin dans l’histoire, c’est-à-dire, toute proportion gardée, dans la vraie vie, si l’on peut traduire ainsi sa pensée. Grâce à cette montre, qui lui échoie, après tant de propriétaires successifs, Polaris pourra « redémarrer quelque chose ». Pour parvenir à ses fins, il utilise son revolver, dont il ne s’est pas servi pour se tuer ou pour éliminer l’amant de sa femme. Il se rend chez le psychiatre, le menace avec l’arme et lui intime de lui remettre la montre. Celui-ci ne peut qu’obtempérer, lâchant simplement cet avertissement : « Maintenant, il vous faudra vivre avec le doute, monsieur Polaris […] ce doute qui vous fera vous demander si cette Hamilton a bien appartenu à Kennedy… »

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Une renaissance ?

Par la suite, Polaris se réconcilie progressivement avec sa femme, qu’il regrette d’avoir délaissée. Il s’aperçoit qu’elle était, comme lui, en manque d’amour, malgré un amant qu’elle finit par trouver ridicule. Polaris décide aussi, de manière inattendue, de réaménager la cave de leur maison, pour y installer son bureau. Cette descente dans les profondeurs de la caverne lui permettra, pense-t-il, de faire le point sur lui-même plus facilement. « Je veux croire que ma vie repartira de ce sous-sol », proclame Polaris avec foi. Cette parenthèse d’inaction absolue qu’il vient de vivre, il voudrait la voir déboucher sur une renaissance. Cela seul aurait un sens, pressent-il. Il a tout remis à plat, c’est le cas de le dire. Il a pris des risques. Il a traversé une crise existentielle grave, il aurait pu décider de se supprimer. Il en sort indemne et libre. Après avoir dépouillé le vieil homme, il a désormais le droit, pense-t-il, d’espérer en l’avenir, de tenter sa chance. C’est un droit toujours chèrement acquis.

Jean-Paul Dubois, Kennedy et moi. Éd. Du Seuil, 1996. Disponible en poche dans la collection « Points ».

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Vanessa au village des jeunes

Dans « Juniors », le film de Hugo P. Thomas en salles mercredi 26 juillet, Vanessa Paradis se retrouve confrontée au mensonge de son ado, lequel prend des proportions inquiétantes. Un teen movie un peu trop propret.


Jordan, adolescent prépubère âgé de 13 ans, vit seul avec sa môman (Vanessa Paradis en guest star), infirmière de son état très prise par heures sup et gardes de nuit, dans le morne village bien nommé Mornas, un de ces bleds qui n’ont ni les attraits de la campagne, ni les ressources de la ville : un trou rural « sans qualité », comme ils se sont multipliés en France. Patrick, son meilleur pote, ado « issu de la diversité » (manifestement déjà pubère, lui, notons-le au passage) rate une coupe au rasoir exécutée sur le crâne du jeune Jordan; d’où décision, à tout prendre, de lui faire une franche coupe au bol. Scotché aux jeux vidéos et réseaux sociaux, notre Jordan ratiboisé décide alors en bon comédien de jouer le petit cancéreux en chimiothérapie, et lance sur la Toile une cagnotte en direction de la Corée (« please help me to stay in Life ! »), combine idiote destinée à se racheter la PlayStation qui vient de rendre l’âme. Mais, addiction aux réseaux oblige, tout le collège est vite au courant de l’affreuse maladie de leur camarade : par solidarité, les copains de la classe se tondent même la boule à zéro, et s’organisent en « meute des chauves » ; Jordan devient le héros à plaindre, à aimer, à soutenir ; tous les passe-droits lui sont permis : double ration à la cantine, personnel aux petits soins… Une vraie star ! Plus moyen de reculer : pris au piège de son mensonge avec la complicité passive de son binôme Patrick, il imite la signature de sa mère, s’invente des absences à l’école pour cause de traitement à l’hôpital, etc.

Conseil de discipline

Bref, on s’en doute, le pot-au-rose finit par être découvert. Tout est remis à plat, le mur du « Ca m’suffit » au décor plouc à souhait de chez môman est tagué, les potes trahis règlent leur compte à Jordan à l’occasion de la  fête masquée d’Halloween (fête française comme chacun sait), le coupable est viré du collège par le conseil de discipline, opportunité pour Vanessa Paradis d’ouvrir enfin le bec après le rôle quasi-muet qui a été le sien depuis le début de Juniors :  longue séquence monologuée où môman fait amende honorable quant à ses propres défaillances éducatives…

Passons rapidement sur les comparses: Fanny une improbable adolescente au physique précoce,  courtisée par le mioche Jordan et qui, elle, n’aspire qu’ à faire carrière dans la musique métal –  d’où certainement sa langue peu châtiée ( « ça me casse les couilles », dit-elle à un moment) ; une prof de dessin enceinte jusqu’aux dents qui parle de Marcel Duchamp à cette classe d’ignares absolus ; un burlesque entraîneur de self-défense qui, pour le coup, suscite à lui seul les seules (courtes) scènes du film qui soient irrésistiblement drôles. La séquence d’explication finale entre mère et fils devant leur assiette d’œufs brouillés manque sacrément de mordant. Tout autant que la réconciliation du « couple » Jordan/ Patrick (observons avec quelle singulière pruderie le film esquive de bout en bout la dimension libidinale qui circule entre tous ces garçons et filles chargés d’hormones – ici, ils ont des désirs, mais pas de sexualité).  


Après avoir exploré dans Willy 1er (2016) les affres du senior solitaire, le réalisateur Hugo Thomas donne dans le teen movie allègre et propret. Pourquoi pas ? Comédie gentillette au scénario paresseux et à la tonalité passablement insipide, Juniors mérite d’être mis en parallèle avec une réalité sociologique moins édulcorée, plus tristement réaliste et infiniment plus consternante : celle-là même qui, quelques semaines à peine avant la sortie du film, a mis la France à feu et à sang, jusque dans les patelins paumés du type Mormas… Certains gamins de notre beau pays bigarré ne sont pas seulement roublards et décérébrés. On a vu qu’ils peuvent être bien pires.    

Juniors. Film de Hugo P. Thomas. France, couleur, 2022.  Avec Vanessa Paradis, Ewan Bourdelles. Durée : 1h35.  En salles le 26 juillet 2023.   

Israël et le grand écart de Joe Biden

Alors que Benjamin Netanyahu est attendu en Amérique à l’automne, Joe Biden a reçu le président israélien, Isaac Herzog, mardi, à la Maison Blanche. Il a tenté de resserrer un lien un peu distendu. Le lendemain, M. Herzog a été ovationné au Congrès, où des élus démocrates ont boycotté son discours.


Les relations diplomatiques sont un art qui n’est pas étranger à la gymnastique et qui requiert souvent une sacrée souplesse, fermeté des appuis et élasticité des adducteurs. Une preuve supplémentaire nous en a été donnée récemment avec la réception du président israélien, Isaac Herzog, par Joe Biden à la Maison blanche.

L’exercice n’était pas aisé. À cette occasion il fallait mettre en scène la « relation indestructible » avec Israël, pour donner des gages à l’État hébreu, tout en assumant les tensions avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu afin de donner également des gages à une partie de l’électorat démocrate. Ce dernier s’inquiète moins de la réforme de la justice voulue par le Premier ministre israélien, qu’il n’est travaillé par un antisémitisme latent. Cet électorat démocrate soutient en effet le mouvement woke, lequel est lié à des positions pro-palestiniennes qui rendent parfois ardue la distinction entre antisémitisme et antisionisme. Un antisionisme présenté comme « le droit à critiquer la politique du gouvernement israélien » alors qu’il ne constitue qu’une façon de refuser le droit à l’existence de l’État juif. Mais, comme il est la version socialement acceptable, à gauche, de l’antisémitisme le plus crasse, il a droit de cité dans le système politique. La virulence de ses partisans oblige toutefois à la prudence. Notons au passage qu’il n’y a que pour Israël que l’on a inventé un terme générique pour qualifier le fait d’en critiquer le gouvernement. Une particularité intéressante.

L’art de la synthèse démocrate

Dans ce contexte, il est difficile pour Joe Biden de revendiquer à la fois la proximité avec Israël et avec Black Lives Matter. Difficile mais pas impossible : la politique c’est aussi l’art des synthèses improbables. Pourtant, les Juifs furent des militants engagés de l’égalité des droits et se sont battus aux côtés de Martin Luther King dans le cadre du mouvement pour les droits civiques. Mais au fur et à mesure que les mouvements racialistes noirs désignaient le Blanc comme l’ennemi et l’islam comme référence commune au-delà de l’ethnie, la question juive s’est vite posée à nouveau. Black Lives Matter développe ainsi dans son discours politique, une rhétorique antisémite classique parlant de génocide du peuple palestinien, d’apartheid… La position du président américain n’est donc pas des plus confortables. Cependant, en faisant le choix de recevoir le président d’Israël et non le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, Joe Biden a envoyé un message subtil de distinction entre le pays et son dirigeant.

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La situation en Israël s’est beaucoup tendue autour de la réforme de la justice voulue par Benjamin Netanyahou. Cette réforme a amené une partie de la communauté internationale à faire un procès en recul démocratique à l’état hébreu. Pour faire oublier certaines paroles dures prononcées à cette occasion, le vote d’une résolution symbolique au Congrès des États-Unis a eu lieu la veille de la réception d’Isaac Herzog. Celle-ci déclarait solennellement qu’ « Israël n’est pas un pays raciste et que les États-Unis resteront toujours son allié loyal et solidaire ». Le problème c’est que lorsque l’on a autant besoin de réaffirmer et de mettre en scène son amitié, c’est souvent parce qu’il y a eu beaucoup d’eau dans le gaz dans la période qui a précédé.

Soumettre la Cour suprême

Revenons donc sur la réforme voulue par le Premier ministre israélien. Cette réforme n’a pas eu que des répercussions à l’international, elle a aussi mis le feu aux poudres en Israël, au point que l’on ne sait plus trop si elle va aboutir. Le texte visait à soumettre le pouvoir judiciaire au pouvoir politique et législatif. En effet, Israël est un pays de tradition anglo-saxonne, sans constitution écrite. La Cour suprême est donc la seule gardienne des lois fondamentales. Elle est à la fois le Conseil d’État, la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel. Elle a donc la capacité de censurer les lois votées par le Parlement et le pouvoir politique dénonce donc régulièrement le « gouvernement des juges » quand il est contrarié. La réforme envisagée permettait donc aux députés d’imposer une loi qu’ils auraient votée, même en cas de censure par la Cour. S’ils parvenaient à obtenir la majorité à la Knesset, soit 61 voix, la loi serait promulguée malgré l’opposition de la Cour suprême. L’objet était aussi de changer le comité de nomination des juges en le plaçant sous contrôle politique. Sur les neuf membres composant cette institution, six auraient dû être des ministres ou des députés contre seulement trois magistrats.

Les opposants à cette réforme voyaient en elle un recul démocratique. En abaissant le principal contre-pouvoir existant face au parlement, elle donnait tout le pouvoir aux élus donc à la sphère politique, détruisant le subtil équilibre démocratique garant d’une forme de permanence juridique. D’ailleurs, pendant trois mois, des manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes ont eu lieu. Ce qui montre que dans ce petit pays comptant moins de 10 millions d’habitants, la réforme a suscité une forte réaction citoyenne. C’est parce qu’il est opposé à cette réforme et qu’il l’a fait savoir officiellement, soulignant que « les valeurs démocratiques ont toujours été et doivent rester une caractéristique des relations entre les États-Unis et Israël » que Joe Biden refuse de recevoir Benjamin Netanyahu. En recevant néanmoins le président de la République d’Israël, Joe Biden met en scène son soutien sans compromettre son positionnement politique. Il joue symboliquement le pays dans sa permanence en traitant son gouvernement comme un phénomène conjoncturel.

Tous contre l’Iran

C’est un choix intelligent. Et Dominique Moïsi, géopolitologue, l’explique fort bien. En effet, aucun des deux partenaires ne souhaite de rupture. Israël n’a pas d’alliés plus sûrs que les Américains car du fait de la stabilité de l’État hébreu, ceux-ci considèrent leur lien avec Israël comme une carte maîtresse dans cette région du monde. D’ailleurs, Joe Biden n’est jamais revenu sur l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem qui avait fait pourtant beaucoup parler. Si du côté d’Israël, on entretient la relation avec les États-Unis, la donne a néanmoins changé car la géopolitique de la région a évolué. Un certain pragmatisme l’amène à s’intéresser à ceux qui sont très présents dans son environnement au Moyen-Orient, notamment les Russes et les Chinois. L’État hébreu a intérêt à diversifier ses alliances et à rester très concret dans ses attentes. D’autant que se sentant moins menacé, il est aujourd’hui moins dépendant du grand frère américain : la signature des accords d’Abraham est vue comme une marque d’acceptation d’Israël dans la région par un certain nombre de pays arabes. Il faut dire que la question palestinienne n’est plus au centre des préoccupations ou de la propagande des pays arabes. Ils sont aujourd’hui plus soucieux de la puissance et des ambitions iraniennes, surtout de sa maîtrise du nucléaire, qu’ils n’entretiennent le rêve de voir se créer un État palestinien. C’est le cas de pays aussi divers que le Soudan, le Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, le Maroc… Des États-Unis à la Chine en passant par la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Union européenne et la Russie, personne ne souhaite un Iran nucléaire car cela entrainerait une course aux armements nucléaires dans toute la région. Autant s’éclairer au flambeau pour aller visiter une usine pyrotechnique.

Du côté de l’Iran, en revanche, pas question de renoncer à l’arme nucléaire. Les mollahs ont pensé que le renversement de Saddam Hussein en 2003 était lié au fait que celui-ci était trop vulnérable. L’arme nucléaire est donc vue comme une marque de puissance mais aussi comme une garantie, un outil de chantage lié à la survie du régime. Les Iraniens continuant de jouer un rôle déstabilisateur dans la région (à travers leur présence en Irak, aux côtés du Hezbollah au Liban, dans la guerre au Yémen et en Syrie), les États-Unis ne peuvent se priver de l’alliance israélienne. Les tensions autour de la question de la réforme de la Justice n’ont jamais changé cet état de fait. Il était donc logique que la raison l’emporte et qu’Israël et les États-Unis mettent en scène cette réconciliation qu’aucune véritable rupture n’avait précédée.

Macron, et ça continue encore et encore…

Notamment, en ne nommant aucun ministre de droite lors du remaniement, le progressiste Emmanuel Macron se refuse à prendre le tournant politique dont la France aurait cruellement besoin concernant l’insécurité et l’immigration. «J’ai choisi la continuité et l’efficacité pour les temps qui viennent», a déclaré un président qui ne rassure pas, ce matin, avant le Conseil des ministres. Les émeutes? Craignant une fragmentation et la division de la nation – pourtant déjà observables – le président estime qu’il y a «un besoin d’autorité», de «respect» et «d’espérance légitime»… Coup de gueule.


On croit pouvoir tout expliquer. Il y aurait, pour chacune des crises que nous traversons, pour toutes ces difficultés inextricables que rencontre notre pays, des explications que les médias vont, tels des assoiffés se précipitant vers l’oasis, quémander auprès de doctes experts, sociologues, professeurs ou penseurs de tout poil. Mais, aucun sachant n’évoque la possibilité d’une absurdité essentielle, d’une irrationalité tragique, de l’incontrôlable irruption, dans notre monde, d’une lame de fond inexplicable, mystérieuse et suicidaire. Et pourtant, tous les voyants de l’absurdie la plus totale sont allumés ! Les pires décisions sont prises par nos gouvernants, les unes après les autres. Ceci, malgré les conséquences toujours plus dévastatrices qui en découlent.

La nation en danger

Depuis des décennies, des voix s’élèvent, pourtant, pour prédire le chaos qui se fait désormais de plus en plus évident dans notre société. Mais rien n’y fait. On a beau crier « attention ! au bout de ce chemin c’est le précipice », au contraire, le pas vers l’abime s’accélère.

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Les exemples abondent de ces décisions suicidaires (ou d’absence de décisions) pour notre cohésion sociale, pour notre paix intérieure comme pour cette identité culturelle qui est l’essence même de l’existence d’une nation, de ce manque de vision et de courage, de cet absurde renoncement à tout ce qui pourrait permettre d’inverser le cours de notre destin. Citons-en quelques-uns parmi d’innombrables. Dans notre pays, 255 véhicules incendiés en une nuit de 14 juillet, cela ne provoque pas de réaction furieuse du pays, et encore moins du gouvernement qui parle de « nuit calme ». Dans notre pays, une manifestation interdite par une décision légale voit se pavaner avec leur écharpe tricolore des députés censés porter les valeurs de respect aux institutions. Cela n’entraîne aucune réaction sérieuse des pouvoirs publics. Des nuits d’émeutes et de destructions totalement incontrôlées ravagent le pays sans qu’aucune décision forte ne soit prise, ni qu’aucune parole forte ne soit prononcée, notamment par le président de la République. Tout le petit monde gouvernemental fait le dos rond en attendant que cela se passe. Un délinquant étranger, frappé d’une OQTF, peut s’appuyer sur une loi européenne pour exiger d’être marié avec une Française, se plaint du refus du courageux maire de Béziers, et a le culot légal de porter plainte auprès de la justice française. N’y a-t-il pas de quoi se taper la tête contre les murs ?

Le scandale des faux étudiants

Des milliers de jeunes Africains ou Maghrébins utilisent l’immigration étudiante pour simplement venir s’installer en France, bénéficiant d’inscriptions quasi gratuites dans nos universités, de l’allocation logement et bien sûr de tous les avantages sociaux que leur procure cette situation. S’ils ne sont pas assidus à leurs études ils pourront sans problème doubler ou tripler chacune de leurs années, sans que personne s’en formalise. Par ailleurs, nombre d’universités, par pure idéologie sans-frontièriste, n’ont pas appliqué les augmentations de frais d’inscription qui avaient été décidées au niveau national, soit 115 universités et 44 écoles et instituts pour 2023/2024. Qui paie les frais malgré tout ? Cela n’est pas difficile à imaginer. 

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Nous sommes dans un pays où le ministre de l’Éducation Nationale sortant, militant wokiste affirmé, est à l’évidence plus préoccupé par des objectifs sociaux et militants, visant à « réduire les inégalités», que par la promotion d’un enseignement véritablement exigeant. À l’évidence, et c’est un autre des scandales incompréhensibles du monde dans lequel nous vivons, Pap Ndiaye avait été nommé uniquement pour donner de la « diversité » au gouvernement. Exactement comme ce fut le cas pour Najat Vallaud-Belkacem à l’époque de François Hollande. Quant à la compétence réelle, à l’épaisseur culturelle et intellectuelle, à la connaissance et à l’attachement aux valeurs qui fondent notre pays, ne devraient-elles pas être les premières qualités d’un ministre en charge d’une mission aussi vitale pour notre avenir ?

La peur de n’avoir plus que des Français “de papier”

Le flux migratoire légal comme illégal est totalement incontrôlé, et il est à craindre qu’il va bientôt changer notre civilisation comme nos institutions dès que ces nouveaux Français deviendront majoritaires. C’est un phénomène inéluctable, qu’a bien décrit Eric Zemmour (et Jean-Marie Le Pen, avant lui), et qui est purement arithmétique. Pour que cela ne se produise pas, il faudrait une volonté réelle et exigeante d’assimilation à nos valeurs, que personne n’ose plus affirmer. Pourquoi ? C’est un autre des tragiques mystères qui échappe à toute rationalité. 

Commencé sous l’ère Mitterrand, premier démagogue et manipulateur en chef, l’abandon de notre destin aux vents de la démagogie ou de la lâcheté semble bien aller s’accélérant. Après le fainéant Chirac, le fort en gueule mais pas en actes Sarkozy, puis l’incroyable et improbable élection de François Hollande, Monsieur « ça tiendra bien jusqu’aux prochaines élections », l’arrivée d’Emmanuel Macron semble rendre encore plus évidente l’accélération du naufrage. Telle l’expansion de l’univers, dont la vitesse croît avec le temps, sommes-nous, comme le cosmos, poussés par une énergie noire incontrôlable et inconnue ? La question se pose.

Le non-évènement du jeudi

L’Élysée se donne beaucoup de peine, depuis plusieurs jours, pour minimiser ce qui est d’ordinaire de nature à relancer un mandat présidentiel – le remaniement ministériel. Le président de la République peut être satisfait : les annonces effectuées hier soir dépassent toutes les espérances ! Causeur passe en revue les troupes. Le Conseil des ministres se tient finalement ce vendredi, à 11 heures, mais personne ne sait où Emmanuel Macron va.


Il y a eu, dans l’histoire récente, des remaniements ministériels plus ou moins marquants. Ce fut le cas en juillet 2020, lorsque le duo exécutif sortit de son chapeau Eric Dupond-Moretti et Roselyne Bachelot. D’autres qui ont exprimé des virages politiques nets, par exemple fin 2010 quand MM. Sarkozy et Fillon constituèrent une équipe débarrassée des ministres centristes et d’ouverture. Aurore Bergé promue ministre chargée des Solidarités, Gabriel Attal remplaçant Pap Ndiaye, Aurélien Rousseau ministre de la Santé, Marlène Schiappa destituée et surtout, Elisabeth Borne maintenue à Matignon : le remaniement 2023 ne restera pas dans les annales de l’exercice.

L’audace devenue erreur de casting

Ces clins d’œil faits à une certaine gauche, en pointant du doigt la chaîne CNews, étaient l’indice d’une sortie de route prochaine. Pap Ndiaye avait été nommé en mai 2022 ministre de l’Éducation nationale, en pleine bataille des législatives. Un peu, aussi, pour brouiller les pistes, en plein match Macron-Mélenchon, tant le nouveau ministre d’alors semblait compatible avec le virage indigéniste de l’extrême gauche. M. Mélenchon avait d’ailleurs un temps salué « une audace ». Un an s’est écoulé et l’audace s’est transformée en erreur de casting. Certes, on ne retiendra pas de bourde monumentale qui restera dans toutes les mémoires, mais Pap Ndiaye n’aura jamais occupé totalement l’espace et n’aura jamais fait preuve d’une grande assurance. Quel avenir la politique peut-elle bien réserver à ce wokiste à temps partiel ? On sait que la Nupes aime à recycler quelques figures estampillées LREM, comme le député Aurélien Taché… 

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Aujourd’hui, Pap Ndiaye est remplacé par Gabriel Attal, 34 ans et déjà cacique de la macronie (il avait adhéré à En marche dès 2016, et ses bulletins de notes exemplaires sont unanimement vantés dans la presse ce matin). Le voilà récompensé après des années de bons et loyaux services comme secrétaire d’État. Sur Twitter, il a déjà pris un tacle, tout en finesse, de Philippe de Villiers.


Aurore Bergé, meilleur espoir gaguesque du gouvernement

Macron récompense un ex-PS à travers Gabriel Attal, et une ex-LR à travers Aurore Bergé. La présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale devient donc ministre des Solidarités et des Familles en remplacement de Jean-Christophe Combe. L’aboutissement de toute une vie pour la jeune intrigante (36 ans), qui n’aura pas hésité à virer casaque au gré de ses ambitions (entre 2012 et 2017, elle aura soutenu tour à tour François Fillon, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, en l’espace de quelques années, avant de rejoindre la macronie). En 2020, sa capacité à agacer en haut lieu lui avait coûté une entrée au gouvernement, ce qui aurait donné lieu à une scène lunaire lors du pot d’arrivée de Jean Castex à Matignon. Partie en courant dans le parc et revenue les yeux rougis par les larmes, on l’aurait entendue dire « J’ai tout donné à la Macronie ! » tout au long de la soirée. Le potentiel gaguesque que le gouvernement perd avec le départ de Marlène Schiappa, il le gagne peut-être avec l’arrivée d’Aurore Bergé.

Aurore Bergé, députée de la dixième circonscription des Yvelines et présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, le 7 mars. © Assemblée Nationale

Marlène Schiappa, la fin d’une époque

Car le clap de fin a sonné pour la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire. Membre du gouvernement presque sans interruption depuis 2017, Marlène Schiappa vient de tomber, payant le prix d’une communication tapageuse sur fond d’affaire du fonds Marianne. La Une de Playboy, jugée « inappropriée » par Elisabeth Borne fut certainement la goutte d’eau ; celle faite pour Causeur, plus habillée, quelques semaines plus tard, n’a pas suffi à corriger le tir. D’abord promotrice de « politiques publiques d’égalité femmes hommes » à géographie variable (La journaliste Françoise Laborde lui avait alors rappelé quelques grands principes), Marlène Schiappa avait fini par devenir l’une des figures – avec Jean-Michel Blanquer – du camp « laïcard » au sein de la macronie. Avec son côté étudiante ayant préparé le concours de Sciences Po à coup de citations de Spiderman, Schiappa aura joué le rôle de Madame Sans-Gêne, rôle quasiment obligatoire dans chaque gouvernement depuis Ségolène Royal, donnant l’impression de jouer plus souvent pour sa pomme que pour l’équipe gouvernementale.

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L’impopularité d’Elisabeth Borne, sa meilleure assurance-vie

La véritable information, c’est assurément le maintien d’Elisabeth Borne. Entre le fantastique Emmanuel Macron, capable de s’enfiler une bière cul-sec devant les joueurs du Stade Toulousain et l’austère Borne accro aux graines, il y a eu presque tout de suite une incompatibilité d’idiosyncrasies entre les deux têtes de l’exécutif, et il a brui très vite des rumeurs d’un remplacement imminent. Mais aujourd’hui, Elisabeth Borne est considérée par 56% des Français comme une « mauvaise Première ministre » (sondage Elabe) et c’est peut-être sa meilleure assurance-vie. Depuis le houleux printemps social, elle concentre en effet sur elle une bonne partie du mécontentement des Français, ce qui atténue la charge portée sur les seules épaules présidentielles. Depuis six ans, Emmanuel Macron a su utiliser ses ministres comme paratonnerre à mécontentement. Quant aux têtes qui dépassent, il a su s’en débarrasser bien vite. Bayrou ? Liquidé au bout de quelques semaines. Le Drian ? Rangé pendant cinq ans aux Affaires étrangères, astreint à un quasi-devoir de réserve. Edouard Philippe ? Chassé de Matignon dès que sa côte de popularité a dépassé celle du président. Ces dernières années, la seule personnalité un peu clinquante que l’exécutif a débauchée reste finalement le garde des Sceaux Dupond-Moretti !

Le successeur de Macron n’est pas entré au gouvernement aujourd’hui

À mesure que l’on s’enfoncera dans ce quinquennat, Emmanuel Macron ressemblera de plus en plus au François Mitterrand des dernières années, dans l’incapacité de se représenter – mais sans avoir 77 ans et sans cancer de la prostate. Il pourra, comme l’avait fait le Charentais, s’amuser à favoriser tel potentiel successeur, à savonner la planche de tel autre. L’héritier est-il déjà dans l’actuel gouvernement ? Pas sûr. En 2014, François Hollande avait eu la mauvaise idée de faire entrer un jeune ministre des Finances qui allait lui coûter sa perte. Ce n’est probablement pas en cet été 2023 qu’Emmanuel Macron a fait entrer dans le gouvernement par mégarde celui qui lui prendra sa place dans quatre ans.

Brendan O’Neill, manifeste d’un hérétique…

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Brendan O’Neill est rédacteur politique en chef de Spiked, magazine britannique libertarien en ligne. Le titre du livre qu’il vient de publier parle, pour ainsi dire, de lui-même. Michèle Tribalat l’a lu.


Brendan O’Neill n’aime pas l’expression « culture de l’annulation » (cancel culture). Il la trouve trop euphémisante pour ce qu’elle désigne. Cela revient à qualifier l’inquisition de « gestion de l’information ». Il nous faut de nouveaux termes pour analyser cette post-science, cette post-vérité, cette furie que déchaîne des idées qui, il y a seulement sept ans, faisaient l’unanimité. « Nous vivons une guerre contre l’hérésie », sans piloris et sans bûchers, mais avec des vies et des carrières gâchées. L’expression « her penis », littéralement intraduisible en français, est le meilleur exemple de l’irrationalité et de la pente autoritaire du moment.

Her penis

Ces deux mots sont devenus d’usage courant dans la presse (par exemple dans The Times, la BBC) et les réseaux sociaux. En 2018, le Daily Mirror parlait ainsi d’une « femme » qui décida de garder son pénis puis découvrit qu’elle était lesbienne ! Sur recommandation du National Police Chiefs Council, la police enregistre plutôt le genre déclaré que le sexe, y compris en cas de viol. Elle se plie ainsi à une forme d’autoritarisme culturel exigeant la primauté des illusions subjectives des gens sur la vérité objective, avec le risque de fausser les statistiques sur le viol commis par des hommes sur des femmes obligées de flatter les fantaisies de leurs agresseurs. Elle détruit le sens du viol pourtant encore inscrit dans la loi anglaise. C’est la version moderne de Big Brother de 1984. De grands groupes se plient à la novlangue. Ainsi, la BBC encourage ses employés à ajouter le pronom souhaité à leur signature. Des banques aussi. Dans le domaine médical on parle maintenant de « personnes qui accouchent » et de « personnes enceintes ». L’expression « sexe assigné à la naissance » change la manière de considérer la création de la vie. Le genre, mais aussi le sexe seraient de l’ordre du ressenti. Il serait impossible de déduire le sexe d’un enfant à la naissance d’après ses organes sexuels. En Irlande, une loi votée en 2015 autorise même les trans à changer ce qui est inscrit sur leur bulletin de naissance.

Le paradoxe est que l’essentiel de la détestation, du mépris de l’autre vient aujourd’hui de ceux qui disent s’opposer à la haine. L’identité est devenue un costume

Pour Brendan O’Neill, le premier devoir d’un hérétique est de résister aux injonctions linguistiques et de refuser de dire des choses aussi abominables que « her penis ».

Nouvelles chasses aux sorcières

En Europe, les changements climatiques furent souvent attribués aux sorcières. Ce fut le cas pendant le petit âge glaciaire (1300-1850). Des milliers de femmes et quelques hommes furent brûlés. Aujourd’hui, la chasse aux sorcières pour raison climatique se porte bien, mais sans pendaison ni bûcher. On ne les appelle plus des sorcières mais des criminels et le changement climatique a remplacé les vents contraires dont on les accusait d’être responsables. Dans le New York Times, Paul Krugman a comparé le déni du changement climatique à une forme de trahison de la planète. Le Kennedy Institute of Ethics de l’Université de Georgetown suggère que l’on fasse des exceptions à la liberté d’expression pour des points de vue que l’on peut considérer comme destructifs et maléfiques (evil). Le Guardian, rendant compte en 2021 du 6ème rapport du GIEC parle de « verdict sur les crimes climatiques contre l’humanité » : « We are guilty as hell ». C’est une forme de collectivisation de la chasse aux sorcières. Les sermons de type religieux sur le climat sont redevenus à la mode. L’Institute for Public Policy Research encourage la création d’un « nouveau sens commun ». Le programme consiste à changer le langage pour reformater les pensées et nous amener à adopter un état d’esprit apocalyptique. Joël Kotkin parle du syndrome « le débat est clos ». En fait, l’orthodoxie scientifique sur le changement climatique révèle les obsessions morales et politiques des nouvelles élites, leur perte de foi dans la modernité et leur volonté de réduire l’empreinte humaine. La tache de l’hérétique est de se méfier de l’orthodoxie et du consensus, au risque de blasphémer. Comme l’a écrit Bernard Shaw, « toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes ».

La métaphore du Covid

Dès le départ, le covid fut une maladie physique et une métaphore, un symbole, une allégorie pour ce que les élites voyaient comme les maladies de la société. Il devint la métaphore de la nature toxique de la société moderne dont seul un contrôle social sévère pourrait venir à bout. Le professeur Michael T. Klare parla même de planète vengeresse. Soit une sécularisation de l’idée de colère divine, la nature remplaçant Dieu. 

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Le covid fut aussi la métaphore du populisme, vu comme la maladie de la démocratie. 

On a donc des penseurs laïques qui, aujourd’hui, prient pour qu’une épidémie satisfasse leur demande de retour à la normalité politique, punisse ceux qui font fi des avis des experts et ramène ces experts sur le devant de la scène. Les auteurs de la grande déclaration Barrington furent traités de « marchands de doutes », comme s’il fallait protéger la population du doute. Le Covid fut aussi la métaphore des dangers supposés de la liberté humaine. Nous sommes ainsi vus comme des créatures toxiques à contrôler pour éviter que ne se propagent des croyances nuisibles et la pollution des comportements. L’hérétique a le devoir de résister et de défier cette calomnie.


La censure islamique

Il est difficile de parler positivement du soulèvement féministe en Iran en 2022 sans être accusé d’islamophobie, terme dont le contenu a été défini, en 1997, par le think tank Runnymede. L’islamophobie serait le fait de penser que l’islam est inférieur à l’Occident, irrationnel, sexiste alors que la bonne attitude consiste à le déclarer différent et digne d’un égal respect. Définition à laquelle on se réfère encore aujourd’hui au Royaume-Uni. L’islamophobie est devenue un euphémisme pour désigner le relativisme moral. Ce qui explique sans doute la faiblesse de la réponse en Occident à la révolte iranienne. Rien à voir avec l’écho donné au meurtre de George Floyd ! Le All-Party Parliamentary Group sur l’islam définit l’islamophobie comme un type de racisme visant des expressions de la musulmanité ou perçues comme telles. Il appela à poser des limites appropriées à la liberté d’expression et proposa un ensemble de tests permettant d’établir si la critique est légitime. 

Gare aux réflexions humoristiques jugées islamophobes. Elles peuvent vous coûter votre emploi, sans parler des désinvitations et autres punitions sociales. Même Trevor Phillips, l’ancien président de l’EHRC (Equality and Human Rights Commission), fut suspendu du Labour Party pour avoir déclaré qu’une minorité substantielle de musulmans ressentait une sympathie pour les tueurs de Charlie Hebdo. En 2015, une enquête montra pourtant que c’était vrai pour 10% des Britanniques musulmans âgés de 18 à 34 ans. La chasse à l’islamophobie touche aussi l’art et la littérature. Comme l’écrit Brendan O’Neill, le permettre, c’est donner un droit de veto aux islamistes sur la vie culturelle de la nation. La police du contre-terrorisme est elle même touchée par une pudeur verbale par crainte d’être traitée de racisme. Cette pudeur ne fut pas que verbale dans l’affaire des jeunes filles violées révélée par Maggie Oliver. La censure qui s’exerce ainsi conduit à se détourner de la réalité et à décourager toute discussion honnête des problèmes. Elle incite à se mentir à soi-même. Pour Brendan O’Neill, il est temps de se rendre comte que la fatwa contre Salman Rushdie a gagné. Elle a été internalisée de manière perverse par la société occidentale, à la joie évidente des ayatollahs : « nous sommes devenus l’avant-poste complaisant de leur régime de censure islamique ».

L’ascension des cochons

« Gammon » est devenu l’insulte à la mode à gauche à destination de ceux qui ruineraient la vie politique du pays, en gros, les mâles blancs d’un certain âge de la classe ouvrière qui ont voté pour le Brexit. Gammon désigne leur face rougeaude (couleur que prend un rôti de porc bouilli) due à l’excès de bière. Cette référence au cochon pour désigner la populace inculte n’est pas nouvelle en Angleterre. On la trouvait chez Burke dans ses Réflexions sur la révolution en France de 1790. Le Brexit n’a fait que réactiver cette cochonphobie de l’establishment. Elle dénote une profonde méfiance à l’égard des gens ordinaires, ceux que Richard Dawkins a désigné en juin 2016 comme « les ignares qui ne devraient pas avoir leur mot à dire sur notre appartenance à l’UE ». Sous couvert d’attaque du populisme, c’est la démocratie qui est visée. On détruit ainsi l’idée selon laquelle, gammon ou pas, l’individu a suffisamment de raison pour porter des jugements et résister au mensonge. La démocratie ne se prouve pas par ses résultats mais par la possibilité de faire un choix, laquelle donne un sens à la liberté individuelle et fait, de la place où l’on vit, un monde qu’il est possible de façonner, de posséder et de gouverner. « Cochons, continuez de vous battre pour les droits du porc », tel est le conseil que donne Brendan O’Neill aux gammons.  

La honte d’être blanc

À l’été 2020, le meurtre de George Floyd fut le moment important de la haine de soi chez les blancs, une auto-humiliation qui revint à collectiviser la culpabilité pour la mort de George Floyd. Le parallèle avec le covid fut vite fait, ce qui revenait à faire du racisme un problème de santé publique. 

Le moment Floyd fut aussi celui de l’enracinement des politiques identitaires qui firent de la formation à la diversité une véritable industrie, notamment sur les lieux de travail. 

Ce racialisme demande l’expiation permanente des blancs pour réduire la peine des noirs. Le racisme devient un péché originel héréditaire se transmettant au fil des générations. Cet antiracisme moderne est une révolution culturelle contre l’ère des droits civiques. C’est une autre façon de réhabiliter l’imaginaire raciste, un assaut contre les Lumières et la modernité. Beethoven et Shakespeare deviennent les symboles de la suprématie masculine blanche dont il faut protéger les noirs, que l’on décourage ainsi d’accéder aux œuvres culturelles universelles. Les noirs seraient des patients à guérir, des êtres vulnérables et les blancs des êtres toxiques. Dire qu’il n’y a qu’une race humaine est aujourd’hui traité comme un blasphème. C’est le manque d’opposition à cet antiracisme moderne qui a permis l’anéantissement du progrès moral des années 1960 et un déclin du progrès culturel de l’ère moderne. Soyons hérétiques, écrit Brendan O’Neill et appelons à l’universalité des droits et de la dignité.

L’amour qui n’ose pas dire son nom

Le titre d’un chapitre du livre de Brendan O’Neill fait référence à un poème écrit par Alfred Douglas, précédé d’un court texte d’Oscar Wilde (dont il était l’amant), il y a 130 ans dans le magazine étudiant d’Oxford abordant l’homosexualité, Chameleon. Ces mots conduisirent Oscar Wilde devant le tribunal pour indécence. L’éditeur fut conduit à renier cette publication dans le Daily Telegraph et c’en fut fait de Chameleon. Une annulation, en somme ! 

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Aujourd’hui, un magazine comme Chameleon aurait à essuyer les menaces portées par l’idéologie du genre. C’est la dernière innovation du politiquement correct : redonner un souffle aux idées homophobes. L’homosexualité est un obstacle à l’idéal d’un monde postbiologique. Stonewall, l’association crée en 1989 pour combattre l’homophobie, a redéfini l’homosexualité comme l’attraction pour le même genre. Elle juge les homosexuels archaïques. Ils devraient être attirés par ceux qui se disent du même genre qu’eux, quel que soit leur sexe. Pour cette nouvelle idéologie du genre, c’est le sexe qui trahit la véritable identité. Un tel discours n’est pas sans rappeler celui tenu de la fin du XIXème jusqu’au milieu du XXème siècle, selon lequel l’homosexualité n’est pas une perversion mais un problème biologique. La psychiatrie parlait alors d’inversion. On assiste aujourd’hui à une repathologisation de l’homosexualité qui nécessite que l’on s’en prenne au corps pour le rendre compatible avec le sexe du cerveau. L’Iran est le champion, derrière la Thaïlande, de la chirurgie transgenre parce que violemment homophobique. Lors d’une Pride à Cardiff en 2022, des lesbiennes qui affichaient une banderole intitulée « les lesbiennes n’aiment pas les pénis » furent sorties du cortège par la police pour leurs propos dits haineux. Là où le langage est sous contrôle, la pensée l’est aussi. C’est pourquoi le passage de « même sexe » à « même genre » est problématique. Pour les gays, c’est la défaite après une grande victoire.

Vive la haine !

Le paradoxe est que l’essentiel de la détestation, du mépris de l’autre vient aujourd’hui de ceux qui disent s’opposer à la haine. En témoignent les injures et menaces que reçoit J.K Rolling pour avoir déclaré que les hommes ne sont pas des femmes, quels que soient les traitements qu’ils subissent, observe Brendan O’Neill. Comme il l’écrit, les militants trans et leurs alliés « détestent la haine, sauf la leur » et « la voient partout ». Ils sont très actifs dans la lutte visant à en expurger la vie publique, notamment par leur pratique de l’annulation. Le but n’est pas tant de s’attaquer à la haine que de la sanctionner. La participation à ces croisades contre la haine permet de sanctifier sa propre haine. Ne sont pas épargnés ceux qui, bien que non blancs, refusent d’y participer et sont traités de vendus. On l’a vu après le renversement de l’arrêt Roe v. Wade sur l’avortement par la Cour suprême. Clarence Thomas fut agoni d’injures. En fait, la haine n’est pas interdite pourvu qu’elle vise les bonnes cibles. Cette idéologie de lutte contre la haine s’est répandue pratiquement dans tous les secteurs de la vie, avec des codes de correction à respecter sous peine d’être banni. Comme l’écrit Brendan O’Neill, c’est la version séculière de l’inquisition et seul un fou peut s’imaginer que la censure s’arrêtera aux idées qu’il n’aime pas.

Ceux qui prétendent

Il est des blancs, aux États-Unis et au Canada, qui prétendent être des descendants d’indiens et ça leur réussit plutôt bien, au moins un certain temps. On se souvient de Littlefeather qui était venue recueillir le prix d’interprétation pour Marlon Brando en 1973 et s’était fait passer pour une apache. Elle avait alors lu un discours de Brando refusant le prix en raison du traitement des Amérindiens dans le cinéma, sous les huées des présents. Mais en septembre 2022, pour se faire pardonner, l’Academy Awards avait donné une réception en son honneur. Les temps avaient bien changé. On apprit néanmoins, après sa mort deux mois plus tard, qu’elle se dénommait Cruz et était la fille d’une blanche et d’un Mexicain. Les cas se sont multipliés [1]. Ainsi, l’universitaire Jessica Krug s’inventa une enfance de pauvreté dans le Bronx, abandonnée par son père, violée et dont la mère portoricaine était une droguée. On découvrit plus tard qu’elle était blanche et juive de classe moyenne supérieure. Ces mensonges sont une réponse à la censure et à l’annulation caractéristiques de l’idéologie identitaire. Ils indiquent à quel point personne n’ose critiquer quelqu’un qui prétend être ce qu’il n’est pas. On demande aux blancs d’être moins blancs, c’est ce que font ceux qui prétendent ne pas l’être, en mentant. N’est-ce pas ce que nous faisons tous à un degré ou à un autre ? écrit Brendan O’Neill. La nouvelle génération, qui cultive obsessionnellement les identités queer, est aussi engagée dans une version sexuelle du mensonge racial, pour éviter d’apparaître comme un hétérosexuel vieillot ! Ce que critique Brendan O’Neill, ce n’est pas l’appropriation culturelle mais la délégitimation au cœur du mensonge identitaire. 

L’identitarisme fait de nous des faussaires qui, au lieu d’être, disent « s’identifier à… ». L’identité est devenue un costume. « C’est l’évacuation de toute substance se référant à nos anciennes identités qui a enflammé la chasse éperdue à de nouvelles identités ». Brendan O’Neill rappelle le mot de Kant : « Aie le courage d’utiliser ton propre entendement ».

Les mots blessent

Pour les Nations unies, l’instrumentalisation du discours public à des fins politiques peut conduire à la stigmatisation, la discrimination et la violence à grande échelle. 

Une Université américaine a même fait une liste des mots qui blessent. « You, guys », qui généralise le masculin, y figure ! On dit que le pouvoir des mots justifie qu’on les contrôle. C’est tout le contraire. C’est parce qu’ils ont du pouvoir qu’ils doivent être libres. Brendan O’Neill cite le cas de William Tyndale qui œuvra à traduire la Bible et fut à la pointe de la réforme protestante. Il considérait, contre l’avis de l’Eglise, que chacun devait pouvoir la lire. Arrêté en 1535, il fut condamné, pendu et brûlé sur un bûcher. Comme l’a montré aussi l’attentat à Charlie Hebdo, la censure est beaucoup plus violente que les mots. Brendan O’Neill nous conjure de cesser de plaider notre cause en disant « ce ne sont que des mots », comme si s’exprimer était une chose sans importance. En plus d’être violente, la censure émousse notre sens critique, nous infantilise et nous exhorte à croire ceux qui décident à notre place ce que l’on doit penser. Il rappelle, à ceux qui vantent le respect et la civilité, que la liberté d’expression n’est pas un travail social, comme l’avait dit Claire Denis à propos de ses films jugés non corrects politiquement. « L’hérésie fait mal, c’est fait pour ».

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Source: Blog de Michèle Tribalat


[1] Comme en témoigne le recensement de 2020. Le nombre des Amérindiens, au moins partiellement, a augmenté de 85 % en dix ans. https://usafacts.org/articles/how-the-native-american-population-changed-since-the-last-census/.

L’indemnisation de l’échec, une idée 100% woke

L’insoutenable suspense entretenu ces derniers jours par Macron (« Quel héritier vais-je choisir comme ministre de l’Éducation pour se substituer à l’autre incapable — tiens, je vais prendre un pur produit de l’Ecole alsacienne, au moins, s’il est nul, il a les codes et il sort du sérail… ») a empêché la grande presse de se faire l’écho d’une splendide décision de la justice américaine : l’indemnisation (pour 1,8 milliards de dollars) des candidats recalés à l’examen d’enseignant de la Grosse Pomme, car les épreuves étaient « culturellement biaisées ». Notre chroniqueur s’en est amusé.


Dans Le Figaro Étudiant du 19 juillet, Jeanne Paturaud relate la décision récente de la justice américaine, si souvent citée en exemple de ce côté de l’Atlantique. Constatant que la moitié des candidats noirs ou hispaniques avaient échoué à l’examen qui donne à New York le droit d’enseigner, le tribunal a jugé que les épreuves étaient « culturellement biaisées ». Trop « blanches ». Pensez, on demandait par exemple « d’expliquer la signification d’un tableau de l’artiste pop Andy Warhol. Selon les plaignants, plus de 90% des candidats blancs ont réussi le test à choix multiples et l’essai, contre 53% pour les candidats noirs et 50% pour les hispaniques. » L’idée que lesdits candidats noirs ou hispaniques aient été nuls n’a pas effleuré le pays de l’égalité — au moment même où la Cour suprême, à majorité républicaine, supprimait une fois pour toutes la « discrimination positive » qui a permis au fil des ans à tant de représentants des minorités de prendre la place de postulants meilleurs qu’eux.

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Et de décider d’indemniser ces recalés, sur la base de ce qu’ils auraient pu gagner s’ils avaient été admis. Vous souriez ? C’est typique, c’est la raison pour laquelle, dans l’échelle de notation américaine, les enseignants ne mettent plus E ni F, car les parents des progénitures injustement stigmatisées attaquaient en justice et gagnaient des sommes considérables, calculées sur ce que la baisse de self esteem faisait potentiellement perdre au malheureux bambin étiqueté cancre.

Sommes records

Ici, on ne plaisante pas avec les zéros posés avant la virgule. « Si les sommes varient parmi les 5200 personnes concernées, certains ont déjà reçu plus d’un million de dollars. » Des indemnisations versées aux plaignants jusqu’en 2028. Sans compter que la facture réellement payée par les New-yorkais sera bien plus élevée, car elle devra comporter (et non, je n’invente rien, lisez donc le New York Post) des sommes versées au titre de la retraite d’une fonction que les plaignants n’ont jamais exercée. Elle est pas belle, la vie ?

Le test incriminé concerne l’évaluation en « Liberal Arts and Sciences », qui balaie aussi bien des connaissances en maths, en histoire, en communication et recherche, en analyse et expression écrite ou encore en expression artistique. Il a été modifié en 2013 pour tenir compte des différences de cultures d’origines — et vous savez quoi ? « Les candidats d’origine afro-américaine ou hispanique sont toujours moins nombreux à réussir le test, comparé aux candidats blancs ». Fatalitas !

Indemnisons les Kevin et Mathéo !

C’est une idée grandiose qu’il faut impérativement importer chez nous. Les candidats de Seine Saint-Denis ou des Quartiers Nord de Marseille, qui parlent une langue multicolore, devraient réfléchir à la grave injustice qui leur est infligée en les obligeant à écrire et à parler une langue « blanche » et parisienne dans les épreuves des concours. Et à professer des certitudes de même couleur : la terre est ronde, hommes et femmes sont égaux, l’école en France est laïque et les vêtements à connotation confessionnelle n’y sont pas admis — et autres fariboles peu pratiquées dans les quartiers susdits.

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Il est vrai que la France n’autorisant pas de repérage confessionnel ou ethnique, savoir qui est discriminé effectivement sera compliqué. Mais on n’aura qu’à demander à Darmanin, qui nous affirme que les émeutiers des dernières semaines se prénomment massivement Kevin et Mathéo », bien qu’ils aient paru « issus de l’immigration ». « L’explication seulement identitaire serait très erronée ». Indemnisons tous les Kevin qui voulaient se faire instits !

Heureusement que Kevin ne tient pas, en général, à entrer dans l’enseignement. Il a découvert dans son quartier bien d’autres moyens de gagner davantage que les 2000€ qu’on lui fait miroiter.

Heureusement qu’un peu de raison surnage outre-Atlantique. « The standards are the standards », dit un principal de collège. « It shouldn’t be based on what would be easy for blacks or whites. To hire people who are not qualified and change the requirements because a certain group didn‘t pass the test is bullshit » (« Embaucher des personnes qui ne sont pas qualifiées et modifier les exigences parce qu’un certain groupe n’a pas réussi le test, c’est de la foutaise »). Ben oui. Et les élèves que ces enseignants de second choix formeront n’arriveront pas bien haut. Mais il leur suffira, plus tard, de porter plainte…


Source : https://etudiant.lefigaro.fr/article/plus-d-un-milliard-de-dollars-attribue-aux-etudiants-noirs-et-hispaniques-qui-ont-rate-le-concours-enseignant-de-new-york_609b5624-2542-11ee-b73e-f8f9fcecead6/

Émeutes : « Des entrepreneurs identitaires veulent verrouiller les quartiers »

François Pupponi estime que les récentes émeutes ne sont pas sans rapport avec l’Islam politique. Selon l’ancien député-maire de Sarcelles, ces jeunes casseurs et pilleurs sont la chair à canon des entrepreneurs identitaires. Et le montant considérable des dégâts reflète le manque de fermeté du pouvoir.


Entretien avec François Pupponi. Propos recueillis par Céline Pina.

Causeur. Ces émeutes ont-elles ressemblé à celles de 2005 ?

François Pupponi. Dans le processus, oui. Un événement dramatique local provoque une étincelle, les quartiers s’embrasent et la prédation en bande se déploie. Il y a cependant des différences notables. Les exactions ne sont pas restées cantonnées aux quartiers. En 2023, les émeutes sont à la fois plus violentes et mieux organisées. Mais là où les émeutiers de 2005 paraissaient attendre quelque chose de l’État, les émeutiers de 2023 ont comme seul discours le rejet et la haine de la France et ne connaissent que la force dans le rapport à l’autorité et à autrui en général.

D’où vient cette mentalité ?

Depuis des années, les discours victimaires, relayés par l’extrême gauche, le mouvement racialiste et les islamistes agissent sur les cerveaux. Dans ces quartiers, les seuls adultes qui parlent aux jeunes générations sont les entrepreneurs identitaires qui voient en elles la chair à canon de leur rêve de pouvoir, voire une réserve de petits soldats prêts à semer le chaos. Pour manipuler quelqu’un, il suffit de cultiver son ressentiment.

Peut-on reprendre le contrôle ?

Dans un premier temps, il aurait fallu être très dur. Frapper vite et fort. On ne peut accepter que des hordes sauvages déferlent ainsi dans les villes pour piller, casser, brûler. Des interpellations massives permettraient d’ôter du paysage les plus enragés et les plus influents des émeutiers. Mais le pouvoir actuel est faible et le sait. Or, dans un deuxième temps, c’est la question de la présence humaine dans ces quartiers qui va se poser, car le repli territorial favorise la contre-culture et les logiques séparatistes.

Justement, on dirait que les interactions avec l’« extérieur » sont de plus en plus rares.

Oui, pour deux raisons : d’une part les entrepreneurs identitaires veulent verrouiller ces quartiers, d’autre part les politiques ne savent plus comment parler à ces habitants. Les élections municipales de 2020 se sont traduites par un basculement générationnel. Les nouveaux élus sont rarement des hommes et des femmes de terrain. Pour eux, la politique se résume à une logique de guichet et à la gestion administrative de dossiers. De plus, ceux qui tenaient traditionnellement les associations ont changé. Le vieil instituteur, le prof retraité qui assuraient l’aide au devoir ont été remplacés par des associations islamisées. Le développement des mosquées disposant de locaux a favorisé le contrôle de l’activité associative par les religieux.

La jeunesse des émeutiers vous a-t-elle surpris ?

Non. Ce sont les plus jeunes qui sont la cible de l’islam politique, fréquentent les mosquées, et sont travaillés par les associations proches des Frères musulmans. Leur violence pulsionnelle est dirigée contre la République et des institutions qu’ils voient comme des rivaux pour le contrôle des territoires. Leur discours est basique, mais clair : « On veut prendre votre place et les règles c’est nous qui allons les faire. On est ici chez nous, on est les patrons, vous, vous baissez la tête. » Les refus d’obtempérer sont un produit de cette mentalité. Ils ne voient même plus ce que la République fait pour eux. Mais la plupart des habitants des quartiers pensent que l’école gratuite, le logement social, les aides, la sécurité sociale… sont un dû. En fait, les seuls qu’ils identifient comme représentant la France sont les policiers. Ce sont les seuls et les derniers à résister aux caïds. Il faut donc leur taper dessus physiquement et politiquement, car pour être les maîtres du territoire, il faut d’abord désarmer et déstabiliser la police.

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La foudre de la violence gratuite peut tomber sur n’importe qui

Depuis des années, l’auteur de Guérilla décrit au fil de ses romans une France scindée en communautés et en proie à l’hyperviolence. La fiction est devenue réalité. Les émeutes du mois de juin ont une fois de plus prouvé l’impuissance de l’État à maintenir l’ordre. Pourtant, des solutions existent. Elles se nomment justice et fermeté.


Causeur. La réalité commence à ressembler furieusement à vos livres, ce qui vous donne le droit de jouer les oracles. Avons-nous assisté aux prémices d’une guerre civile ? Bref, pouvons-nous, pour de vrai, être plongés dans Guérilla (qui était hier encore qualifié de fantasmes d’extrême droite) ?

Laurent Obertone. Sans même parler des émeutes, nous vivons depuis des années un climat de guérilla latent. Les chiffres de l’insécurité, en particulier des violences aux personnes, sont indignes d’un pays développé. En augmentation constante depuis Hollande, ils ont battu sous Macron et Darmanin tous les records. Comme les chiffres de l’immigration d’ailleurs. Il a fallu un embrasement généralisé pour que le Français prenne la mesure des limites de l’État, soudain en pleine lumière, face à un ennemi innombrable, disséminé sur tout le territoire, dans des centaines de quartiers. Si cet ennemi se mobilise partout en même temps, les forces de l’ordre n’auront pas les moyens numériques, matériels – et surtout pas les directives – pour faire face. Ce qui sauve l’État est pour l’instant l’absence d’organisation politique des émeutiers, la passivité du citoyen moyen, qui se contente de regarder sa France brûler de loin, mais aussi le naufrage de l’opposition de gauche, qui a vendu ce qui lui restait d’âme en rêvant de noyauter de tels mouvements, en leur prêtant des intentions qui n’existent pas.

Il semble cependant que, dans la sécession à laquelle nous assistons, la composante islamiste soit moins présente que dans Guérilla. Mais peut-être avez-vous des informations à ce sujet…

Oui, il semble que les autorités religieuses soient un peu dépassées par l’embrasement. Mais la frontière pratique entre ces violences et le terrorisme est mince : il s’agit toujours de faire en sorte de soumettre l’autochtone, rendre ses promenades dangereuses, pister et attaquer les flics isolés… C’est une forme de terrorisme, sans les gros moyens, mais au moins aussi efficace. La foudre de la violence gratuite peut vous tomber dessus à tout moment… Et pénalement c’est moins risqué pour les auteurs, du fait de la « compréhension » judiciaire. Pour résumer, vous vous ferez poignarder ou lyncher pour rien, personne n’en parlera, c’est la faute à la société, il faut plus de moyens et de city-stades. Même pas besoin de compassion ministérielle et de petites bougies.

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Vous l’avez observé, il n’y avait pas, au-delà des violences, de projet politique pour renverser le gouvernement et prendre le pouvoir sinon, peut-être chez les Insoumis qui rêvent la nuit…

En effet. En difficulté dans l’opinion, ils rêvent de ce Grand Soir, sans comprendre qu’ils n’en feront pas partie. À mon sens, ils se sont sabordés avec une grande efficacité durant cette crise. La gestion du gouvernement était désastreuse, Mélenchon a montré qu’on pouvait faire encore pire, ce qui est un fameux exploit. Il semble que beaucoup d’endormis se soient réveillés ces derniers jours. Un éclat de réel vient de faire très mal à tous les forcenés du mensonge.

Peut-être. On verra si on s’empresse de refermer les yeux qu’on avait entrouverts… Mais revenons aux saccages. On nous dit qu’énormément d’armes circulent dans les banlieues. Heureusement, elles ne sont pas sorties. Les dealers ont-ils contribué à « circonscrire » les violences ?

Les dealers jouent un double jeu : certes, ces séquences ne sont pas profitables à leur économie dans l’immédiat, mais elles permettent d’une part de se venger des opérations des stups, et de l’autre, de mettre une grosse pression sur les élus qui leur résistent, sans parler des policiers. On sait qu’ils hésiteront encore plus à sortir leurs armes, à réaliser des descentes, à taper des réseaux. Et sans doute leur demandera-t-on de différer ou annuler leurs opérations prévues ces prochaines semaines. Donc les trafiquants bénéficieront de la crise. Évidemment, sortir les armes lourdes serait une mauvaise idée. Si les choses dérapent de manière trop évidente, ça implique un coup de projecteur sur le quartier, des perquisitions poussées, qui peuvent coûter cher.

Pour les semaines à venir, quels sont les scénarios possibles ? Allons-nous désormais vivre des périodes d’accalmie, entrecoupées d’éruptions régulières de violence ?

Oui, c’est ce qui va se passer, un retour à l’insécurité quotidienne, une guérilla larvée, des embrasements sporadiques. Le gouvernement condamné à sa com’, priant les flics d’en faire un peu moins, croisant les doigts pour que la publicité des confrontations ordinaires soit la moins mauvaise possible. Il compte pour ce faire sur l’extraordinaire capacité d’oubli du citoyen, digne du poisson rouge, face au feu roulant – et au roulement continu – de l’actualité.

Vous avez une dent contre le citoyen lambda !

Je l’avoue ! Je le vois depuis tant d’années partager mes constats, râler dans son coin, et puis s’écraser à la machine à café, par peur d’être accusé de « faire le jeu de… ». Ce renoncement à exister, à braver les excommunications d’Aymeric Caron n’est pas étranger à la gravité de notre situation. La résistible dégradation du pays doit beaucoup à cette passivité. Et je me mets dans le lot : j’aurais sans doute pu moi-même en faire beaucoup plus.

Cette fois, le détonateur a été la mort de Nahel, tué par un policier à 17 ans. Mais les émeutiers ne voulaient pas la justice, puisque la justice est passée. Que veulent-ils et que veulent-ils nous dire ?

Ils veulent exister, et pour eux ça passe par la reconnaissance de leur groupe, donc la violence aveugle envers l’extérieur, la soumission du reste du pays. Ainsi l’on acquiert le « respect ». Il y a aussi une bonne dose d’opportunisme et de mimétisme. Rien à voir avec la mort de Nahel. Même si ces violences paieront, d’une certaine manière, en ce qu’elles se traduiront par une forte pression sur les médias et magistrats, donc une forme de privilège judiciaire. Chaque mort ayant donné lieu à des émeutes a toujours fait l’objet de quantité d’enquêtes, d’expertises et de contre-enquêtes, comme l’affaire Adama, par exemple. Ce qui n’est pas le cas pour les morts non médiatisées.

Émeutes à Clichy-sous-Bois, 28 octobre 2005 (c) Sipa

On passe du côte-à-côte au face-à-face. Il y a donc un « eux » et un « nous ». Qui est « eux » et qui est « nous » ? Beaucoup d’habitants des quartiers disent, comme pour Charlie, la violence ce n’est pas bien, mais ils sont maltraités, etc.

« Eux », c’est une infinité de bandes, qui parfois s’affrontent, et les jours d’émeutes pillent ensemble. Jeunes, très majoritairement issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne, avec quelques natifs qui se sont assimilés à cette majorité locale. Beaucoup d’habitants de ces quartiers sont passifs, certains déplorent les violences. Mais beaucoup d’autres disent les comprendre, et pensent qu’elles sont la seule solution pour obtenir plus. Il faut dire que ces quartiers sont habitués à être complaints, excusés, copieusement arrosés. Ça crée des attentes. « Nous », c’est la majorité périphérique, silencieuse, qui subit l’idéologie immigrationniste, les exactions, le racket fiscal, le chantage à l’extrême droite, les interdits, la violence gratuite. Celle qui demande plus d’État, d’autorité, qui espère qu’on réglera tout à sa place, pourvu que la vie continue, et qu’elle n’ait pas à se salir les mains. Elle préfère croire en une solution miraculeuse, surtout pas affronter cette si dérangeante réalité.

Que signifierait l’affronter ? Que voulez-vous que les gens fassent, qu’ils prennent les armes ?

Plutôt qu’ils reprennent leur souveraineté intellectuelle, qu’ils se libèrent enfin du politiquement correct, et se fassent obéir de l’État. Il existe quantité de moyens pacifistes de le faire, en dehors du champ politique habituel. J’en liste une partie dans mon livre Game Over.

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Quel est le profil des petits anges qui pillent et vandalisent ? Sont-ils arrivés récemment ? Savez-vous s’il y a beaucoup de clandestins ? Beaucoup travaillaient comme livreurs ou plongeurs…

Des étrangers et irréguliers se sont illustrés dans les pillages, mais majoritairement les interpellés sont français, comme Mohammed Merah, comme les frères Kouachi, comme vous et moi, ai-je envie de dire. Donc « aucun rapport avec l’immigration », nous dirait François Hollande. Ils sont nés en France, parfois de parents eux-mêmes nés en France, mais parlent très mal le français, vivent entre eux, n’ont absolument aucun rapport avec ce pays. Comme disait Driss Ghali, ils nous signifient chaque jour à quel point ils n’en sont pas. Et nous refusons tout aussi méthodiquement de l’entendre.

Que vous inspire l’analyse d’Emmanuel Todd qui prétend que le système tient grâce à l’alliance objective entre le gouvernement macroniste et la police lepéniste…

Le système tient grâce à la police, c’est un fait, mais ce n’est pas une alliance. Les policiers aiment leur pays, signent pour le défendre, faire respecter l’ordre. L’État – qui se substitue au pays – utilise sa police pour se protéger de ses incuries, lever un impôt de moins en moins consenti, imposer sa gouvernance de plus en plus discutable. Je pense que le peuple est lui aussi largement lepéniste, du moins dans sa vision des choses. L’État, qui se méfie beaucoup de lui, lui doit aussi sa survie. Tant que Monsieur Moyen, celui que Macron appelle « Jojo », paie tranquillement ses impôts en se contentant de râler, tout va bien.

Comment qualifiez-vous le drame d’Annecy ?

Ça rejoint cette forme de terrorisme quotidien dont je parlais : ce n’est pas politique, l’acte banal d’un « déséquilibré » isolé mais justement, ce sont de tels actes imprévisibles qui distillent dans tout le pays une forme de terreur, prenant le pas sur notre quiétude, notre art de vivre. Nos gouvernants, depuis plusieurs décennies, en sont lourdement responsables. Idem les gouvernés qui n’ont jamais su se faire entendre sur le sujet, avec suffisamment de force. Espérons que la dure leçon de cette crise ne soit pas perdue. Jojo, si tu nous regardes…

Certains macronistes accusent les jeux vidéo violents et les réseaux sociaux violents TikTok et Snapchat d’avoir une mauvaise influence sur la jeunesse. Partagez-vous cet avis ?

Non. On joue autant aux jeux vidéo dans la France périphérique que dans les banlieues, et les taux de violences sont incomparables. Les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour organiser des actions ou se livrer à des concours d’exactions via le partage d’images, mais ce sont avant tout des outils. On ne va pas interdire les tronçonneuses parce qu’on a vu un émeutier en porter une, ça n’a pas de sens. Hélas, le Français est friand des interdits. Il ne voit pas que leur multiplication ne concerne que lui, et dissimule la faillite judiciaire, la non-application de la loi, qui réprime en théorie fermement les délits ou provocations aux délits. En pratique, ce n’est jamais le cas. Jamais les incendiaires, par exemple, ne sont condamnés à la moitié de ce que prévoit le Code pénal. Mettre partout des caméras ou voter des lois par centaines ne sert à rien si nos tribunaux restent une braderie pénale. Toutes les autres explications de ces violences cherchent à masquer cette lâcheté, cette faillite conjuguée de la justice et de l’immigration. Nos prisons débordent aujourd’hui malgré la justice, par une explosion sans précédent de l’ultraviolence.

A lire aussi: A. Finkielkraut : « Ce qui fait peur, c’est la convergence entre les pillards et les Insoumis »

Avant la réponse pénale, il y a le maintien de l’ordre… On a l’impression que la peur de la violence inhibe tout recours à la force. Et de fait, un autre jeune tué provoquerait sans doute un embrasement. Mais dans ces conditions, peut-on encore maintenir l’ordre sans sortir des clous démocratiques ?

Justement, non ! Soit on se contente de communiquer et d’arroser d’argent public, en perdant chaque jour un peu plus de terrain, ce qui se passe, soit on agit, mais les actes que ça implique mettront notre pays au ban de l’ONU, de l’UE, de la communauté internationale, etc. Macron en serait totalement incapable. Donc priorité aux cabinets de conseil, aux projets de loi, aux grands plans quinquennaux. À la « réflexion pour comprendre les causes profondes ». Et tout va continuer.

Quand bien même on changerait radicalement de politique migratoire, une majorité de ceux qui clament leur haine de la France sont français. Peut-on encore empêcher la libanisation que redoute Alain Finkielkraut ?

On le peut. Les principaux vecteurs de libanisation sont selon moi l’immigration de quantité, le socialisme qui la conditionne et le laxisme judiciaire. On peut arrêter l’immigration, l’appel des aides, réprimer et expulser les délinquants étrangers. On peut aussi déchoir de leur nationalité ceux qui démontrent chaque jour leur refus de notre civilisation, ou encore les éloigner par quantité de mesures, y compris incitatives. Simple question de volonté politique. Bien sûr, on nous martèle chaque jour que « ça n’est pas possible » – après des années de « ça n’existe pas » –, précisément pour nous résigner à subir une telle situation.

Game Over: La révolution antipolitique

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Quand Louis Boyard accuse Yaël Braun-Pivet d’être un «agent de l’Élysée»

Enfin, l’été est là ! Mais l’Hémicycle bouillonne toujours autant. Retour sur un mois de juin pas si tranquille !


Réalité pénitentiaire

Parmi l’arsenal mis à la disposition des députés pour contrôler le gouvernement, il existe les « questions orales sans débat ». Ce mardi matin, j’avais choisi d’interroger le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, au sujet de la prison de Béziers. En effet, notre centre pénitentiaire est confronté à un fléau bien réel : les projections. De quoi s’agit-il ? Chaque jour ou presque, une échelle est collée sur le mur d’enceinte de la prison. Dès qu’on en retire une, une autre réapparaît le lendemain. Des lanceurs de colis y grimpent et parviennent ainsi à escalader le mur qui entoure la prison. Ils lancent ensuite leurs colis à l’intérieur de l’enceinte. Et malheureusement, le temps que les surveillants arrivent, les détenus parviennent à récupérer les paquets en moins de dix minutes avec une sorte de canne à pêche et – il faut bien le reconnaître – une certaine habileté ! Malheureusement pour moi, le ministre n’est pas là. Il est retenu au Sénat. On m’a donc envoyé à sa place une ministre chargée de me lire la note que les services de la chancellerie lui ont préparée… Mais comme elle ne connaît pas le sujet, elle bute sur les mots et, par deux fois, me parle de mur « anti-protection » au lieu de mur « anti-projection ». Elle me ferait presque de la peine si je n’étais aussi agacée. Parce que, vous l’avez compris, je n’ai pas eu de réponse. Encore une matinée de perdue…

Niche LIOT – retraites suite et fin ?

Les niches parlementaires ressemblent à un bal de Cendrillon : à minuit, tout s’arrête et le carrosse redevient citrouille… Ce jour-là, nous étions tous prêts à passer la journée à ferrailler encore une fois sur la réforme des retraites. Mais finalement, le fameux article 40 dégainé par la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a vite sifflé la fin de la partie. Et après les habituelles saillies – « la démocratie est en danger » et autre « dérive mafieuse de la Macronie » –, Cendrillon est rentrée chez elle toute penaude. La morale de l’histoire rappelle plutôt les Fables de La Fontaine : la grenouille LIOT qui voulait devenir plus grosse que le bœuf a fini par se dégonfler…

Harcèlement scolaire

Lors de la séance de questions d’actualité du 6 juin dernier, Élisabeth Borne explique qu’elle « va faire de la lutte contre le harcèlement la priorité absolue de la rentrée 2023 », et pour cela elle va « faire en sorte de pouvoir écarter d’une école un élève auteur de harcèlement ». Pour mémoire, le 1er décembre 2021, alors que nous discutions de ce même sujet, j’avais proposé un amendement prévoyant « la possibilité d’exclure l’élève harceleur de l’école afin d’accorder à l’élève harcelé un temps de répit. C’est [en effet] l’enfant harceleur qui devrait être mis hors d’état de poursuivre ses actes répréhensibles. » Réponse du rapporteur de l’époque : « C’est un très mauvais amendement ! » Il n’est jamais bon d’avoir raison avant l’heure…

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Jean-Baptiste Trogneux

À l’audience du tribunal qui devait juger les auteurs présumés de l’agression contre Jean-Baptiste Trogneux, Adrien F., l’un des suspects, se présente comme illettré et conteste avoir frappé le petit cousin de Brigitte Macron. Il explique par ailleurs avoir participé au rassemblement en tant que « journaliste indépendant » ! Comme quoi, on peut être journaliste et illettré… LOL

Retraites toujours

Le jour de la proposition de loi LIOT sur les retraites, le député LFI Louis Boyard crie à plusieurs reprises, alors que Yaël Braun-Pivet lui demande de se « taire » pour « écouter la Première ministre » : « Quand on aura le droit de voter, on se taira ! » Rappelé à l’ordre par la présidente de l’Assemblée, l’Insoumis poursuit : « Je n’ai pas de leçons à recevoir d’un agent de l’Élysée ! » Une insolence qui lui vaudra d’être privé d’un quart de son indemnité parlementaire. Pendant ce temps, la Nupes refuse de se lever et de saluer la présidente de l’Assemblée ou les ministres présents… On a les rebelles de pacotille qu’on peut…

Il est pas frais mon poisson ?

Alors que les députés débattent de l’aide médicale d’État (AME) dans l’Hémicycle, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, intervient. L’élu RN Jocelyn Dessigny l’a traitée de « poissonnière » !Ce n’est pas la première fois : en 2021 déjà, le député LREM Pierre Henriet avait, lui aussi, traité l’Insoumise de « poissonnière » : il avait alors été sanctionné par le bureau de l’Assemblée, perdant un quart de son indemnité parlementaire mensuelle. Mathilde Panot n’aime pas les poissonnières : elle qui prétend défendre les petites gens, elle trouve la comparaison injurieuse. Moi, si j’étais poissonnière, je serais vexée que l’on considère mon métier comme une insulte…

Femmes, je vous aime

Où l’on apprend le 14 juin, à l’occasion d’un texte sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans la fonction publique, que le cabinet du chef de l’État est composé de 11 hommes et… deux femmes. Pendant ce temps, les écosexuels courent tout nus dans les jardins de Lyon.

A lire aussi: Introduction à l’écosexualité

Ma vraie vie à l’Assemblée

Pour illustrer une discussion sur les déserts médicaux en France, une députée MoDem – dont je tairai le nom – s’exclame : « Vous vous rendez compte, ça fait dix ans que je n’ai pas vu de gynécologue ! » Les députés sont-ils obligés de raconter toute leur vie dans l’Hémicycle ?

Nahel

Catastrophe ! Le jeune Nahel, décrit par ses proches (ou ses moins proches d’ailleurs) comme un saint ou un ange, décède tragiquement, alors qu’il refuse d’obtempérer aux ordres de la police. Au moment où j’écris ces lignes, trois nuits d’émeutes s’en sont suivies aux cris de « Justice pour Nahel ! ». Ce dernier a bon dos puisqu’il justifie apparemment le pillage de magasins (Nike de préférence…) et la dévastation de bâtiments publics – pas moins de 500 dans la nuit de jeudi à vendredi 30 juin ! À l’Assemblée, la présidente Yaël Braun-Pivet décide d’une énième minute de silence, précisant quand même qu’une « enquête est en cours et que la justice devra se prononcer ». Heureusement, je suis retenue dans une réunion en dehors de l’Hémicycle et je n’ai pas à y participer : je croyais – naïvement à coup sûr – que nous attendrions les résultats de l’enquête avant de rendre hommage à l’adolescent décédé. Entre le droit et l’émotion, la Macronie a perdu la tête !

Revivre après l’inaction la plus totale

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Nicole Garcia et Jean-Pierre Bacri, "Kennedy et moi", film de Sam Karmann, sorti en 1999 © Sipa

Jean-Paul Dubois publiait en 1996 Kennedy et moi


Jean-Paul Dubois, prix Goncourt 2019, est un romancier qui aime décrire des situations inconfortables, avec tout ce que cela nécessite de transgression sociale pour ses personnages. Dans Kennedy et moi (1996), il met en scène un écrivain raté, Simon Polaris, réduit au silence littéraire, et en prise avec le reste du monde qu’il n’a de cesse de défier à coups d’éclat provocateurs. Ce misanthrope, dans l’acception la plus classique du terme, n’en finit pas non plus de faire le dos rond contre toutes les agressions extérieures, et, de ce fait, se replie sur lui-même jusqu’au point de non-retour, sombrant dans un désœuvrement maladif. Ce roman a été adapté au cinéma en 1998 par Sam Karmann, avec Jean-Pierre Bacri, excellent dans le rôle de l’écrivain-ours, et Nicole Garcia dans celui de sa femme, par qui arrivera peut-être la rédemption.

« Hier, j’ai acheté un revolver… »

Tout commence en somme par l’achat d’un revolver, preuve que quelque chose ne va pas bien. « Hier, j’ai acheté un revolver… » C’est la première et dernière phrase du livre de Dubois, qui rappelle plus ou moins l’incipit de L’Étranger de Camus : « Aujourd’hui, maman est morte. Ou peut-être hier, je ne sais pas. » Même sentiment de déréliction accaparant un personnage angoissé, qui perd ses repères et éprouve une immense « lassitude », comme le dit le texte. Simon Polaris revient chez lui avec l’arme, la range dans un tiroir, et se sent étrangement soulagé. Pourtant, sa situation demeure problématique. Sa femme Anna le trompe avec un collègue médecin. Ses enfants le méprisent, et des problèmes de dents viennent l’assaillir. Polaris devient une sorte de Job moderne, immobile et vociférateur.

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Polaris ne fait rien de ses journées. « Il écoute, nous raconte Jean-Paul Dubois, le chuintement des canalisations. Le bourdonnement de l’Océan. Le raclement de ses doigts sur sa peau mal rasée. » Ou encore : « Il marche à l’étage, va et vient comme un prisonnier dans sa cellule. » Le bilan global de sa vie le déprime : « Depuis mon adolescence, je n’ai rien accompli d’utile ni de probant… » On lui a appris que c’était répréhensible. Seule tentative d’émerger, Polaris poursuit des séances de psychanalyse avec un praticien nommé Victor Kuriakhine. Bien sûr, il n’y croit pas vraiment et, d’ailleurs, il décide bientôt d’arrêter, notamment parce qu’il n’a plus assez d’argent. 

La montre du président Kennedy

Au cours de leur dernière conversation, Kuriakhine raconte incidemment à Polaris l’histoire de la montre Hamilton qu’il garde soigneusement dans la poche de son pantalon. C’est une pièce historique, qu’il a achetée à Phoenix lors d’un congrès de psychiatrie, lui dit-il. « La montre que le président Kennedy portait au poignet quand il a été assassiné à Dallas. » Avec l’inscription suivante « J.F.K., Brookline, 1962. » Cette histoire fascine complètement Polaris. Il va faire une fixation sur cette montre, et n’aura plus qu’une obsession, se l’approprier : « cet objet me revient de droit, estime-t-il. Victor n’a été qu’un porteur parmi les autres, le dernier commissionnaire du destin ». C’est comme si Kennedy lui avait transmis cette montre Hamilton, pour que lui, Polaris, entre enfin dans l’histoire, c’est-à-dire, toute proportion gardée, dans la vraie vie, si l’on peut traduire ainsi sa pensée. Grâce à cette montre, qui lui échoie, après tant de propriétaires successifs, Polaris pourra « redémarrer quelque chose ». Pour parvenir à ses fins, il utilise son revolver, dont il ne s’est pas servi pour se tuer ou pour éliminer l’amant de sa femme. Il se rend chez le psychiatre, le menace avec l’arme et lui intime de lui remettre la montre. Celui-ci ne peut qu’obtempérer, lâchant simplement cet avertissement : « Maintenant, il vous faudra vivre avec le doute, monsieur Polaris […] ce doute qui vous fera vous demander si cette Hamilton a bien appartenu à Kennedy… »

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Une renaissance ?

Par la suite, Polaris se réconcilie progressivement avec sa femme, qu’il regrette d’avoir délaissée. Il s’aperçoit qu’elle était, comme lui, en manque d’amour, malgré un amant qu’elle finit par trouver ridicule. Polaris décide aussi, de manière inattendue, de réaménager la cave de leur maison, pour y installer son bureau. Cette descente dans les profondeurs de la caverne lui permettra, pense-t-il, de faire le point sur lui-même plus facilement. « Je veux croire que ma vie repartira de ce sous-sol », proclame Polaris avec foi. Cette parenthèse d’inaction absolue qu’il vient de vivre, il voudrait la voir déboucher sur une renaissance. Cela seul aurait un sens, pressent-il. Il a tout remis à plat, c’est le cas de le dire. Il a pris des risques. Il a traversé une crise existentielle grave, il aurait pu décider de se supprimer. Il en sort indemne et libre. Après avoir dépouillé le vieil homme, il a désormais le droit, pense-t-il, d’espérer en l’avenir, de tenter sa chance. C’est un droit toujours chèrement acquis.

Jean-Paul Dubois, Kennedy et moi. Éd. Du Seuil, 1996. Disponible en poche dans la collection « Points ».

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Vanessa au village des jeunes

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© The Jokers films

Dans « Juniors », le film de Hugo P. Thomas en salles mercredi 26 juillet, Vanessa Paradis se retrouve confrontée au mensonge de son ado, lequel prend des proportions inquiétantes. Un teen movie un peu trop propret.


Jordan, adolescent prépubère âgé de 13 ans, vit seul avec sa môman (Vanessa Paradis en guest star), infirmière de son état très prise par heures sup et gardes de nuit, dans le morne village bien nommé Mornas, un de ces bleds qui n’ont ni les attraits de la campagne, ni les ressources de la ville : un trou rural « sans qualité », comme ils se sont multipliés en France. Patrick, son meilleur pote, ado « issu de la diversité » (manifestement déjà pubère, lui, notons-le au passage) rate une coupe au rasoir exécutée sur le crâne du jeune Jordan; d’où décision, à tout prendre, de lui faire une franche coupe au bol. Scotché aux jeux vidéos et réseaux sociaux, notre Jordan ratiboisé décide alors en bon comédien de jouer le petit cancéreux en chimiothérapie, et lance sur la Toile une cagnotte en direction de la Corée (« please help me to stay in Life ! »), combine idiote destinée à se racheter la PlayStation qui vient de rendre l’âme. Mais, addiction aux réseaux oblige, tout le collège est vite au courant de l’affreuse maladie de leur camarade : par solidarité, les copains de la classe se tondent même la boule à zéro, et s’organisent en « meute des chauves » ; Jordan devient le héros à plaindre, à aimer, à soutenir ; tous les passe-droits lui sont permis : double ration à la cantine, personnel aux petits soins… Une vraie star ! Plus moyen de reculer : pris au piège de son mensonge avec la complicité passive de son binôme Patrick, il imite la signature de sa mère, s’invente des absences à l’école pour cause de traitement à l’hôpital, etc.

Conseil de discipline

Bref, on s’en doute, le pot-au-rose finit par être découvert. Tout est remis à plat, le mur du « Ca m’suffit » au décor plouc à souhait de chez môman est tagué, les potes trahis règlent leur compte à Jordan à l’occasion de la  fête masquée d’Halloween (fête française comme chacun sait), le coupable est viré du collège par le conseil de discipline, opportunité pour Vanessa Paradis d’ouvrir enfin le bec après le rôle quasi-muet qui a été le sien depuis le début de Juniors :  longue séquence monologuée où môman fait amende honorable quant à ses propres défaillances éducatives…

Passons rapidement sur les comparses: Fanny une improbable adolescente au physique précoce,  courtisée par le mioche Jordan et qui, elle, n’aspire qu’ à faire carrière dans la musique métal –  d’où certainement sa langue peu châtiée ( « ça me casse les couilles », dit-elle à un moment) ; une prof de dessin enceinte jusqu’aux dents qui parle de Marcel Duchamp à cette classe d’ignares absolus ; un burlesque entraîneur de self-défense qui, pour le coup, suscite à lui seul les seules (courtes) scènes du film qui soient irrésistiblement drôles. La séquence d’explication finale entre mère et fils devant leur assiette d’œufs brouillés manque sacrément de mordant. Tout autant que la réconciliation du « couple » Jordan/ Patrick (observons avec quelle singulière pruderie le film esquive de bout en bout la dimension libidinale qui circule entre tous ces garçons et filles chargés d’hormones – ici, ils ont des désirs, mais pas de sexualité).  


Après avoir exploré dans Willy 1er (2016) les affres du senior solitaire, le réalisateur Hugo Thomas donne dans le teen movie allègre et propret. Pourquoi pas ? Comédie gentillette au scénario paresseux et à la tonalité passablement insipide, Juniors mérite d’être mis en parallèle avec une réalité sociologique moins édulcorée, plus tristement réaliste et infiniment plus consternante : celle-là même qui, quelques semaines à peine avant la sortie du film, a mis la France à feu et à sang, jusque dans les patelins paumés du type Mormas… Certains gamins de notre beau pays bigarré ne sont pas seulement roublards et décérébrés. On a vu qu’ils peuvent être bien pires.    

Juniors. Film de Hugo P. Thomas. France, couleur, 2022.  Avec Vanessa Paradis, Ewan Bourdelles. Durée : 1h35.  En salles le 26 juillet 2023.   

Israël et le grand écart de Joe Biden

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Le président israélien Isaac Herzoc et le président américain Joe Biden, Washington, 18 juillet 2023 © CNP/NEWSCOM/SIPA

Alors que Benjamin Netanyahu est attendu en Amérique à l’automne, Joe Biden a reçu le président israélien, Isaac Herzog, mardi, à la Maison Blanche. Il a tenté de resserrer un lien un peu distendu. Le lendemain, M. Herzog a été ovationné au Congrès, où des élus démocrates ont boycotté son discours.


Les relations diplomatiques sont un art qui n’est pas étranger à la gymnastique et qui requiert souvent une sacrée souplesse, fermeté des appuis et élasticité des adducteurs. Une preuve supplémentaire nous en a été donnée récemment avec la réception du président israélien, Isaac Herzog, par Joe Biden à la Maison blanche.

L’exercice n’était pas aisé. À cette occasion il fallait mettre en scène la « relation indestructible » avec Israël, pour donner des gages à l’État hébreu, tout en assumant les tensions avec le gouvernement de Benjamin Netanyahu afin de donner également des gages à une partie de l’électorat démocrate. Ce dernier s’inquiète moins de la réforme de la justice voulue par le Premier ministre israélien, qu’il n’est travaillé par un antisémitisme latent. Cet électorat démocrate soutient en effet le mouvement woke, lequel est lié à des positions pro-palestiniennes qui rendent parfois ardue la distinction entre antisémitisme et antisionisme. Un antisionisme présenté comme « le droit à critiquer la politique du gouvernement israélien » alors qu’il ne constitue qu’une façon de refuser le droit à l’existence de l’État juif. Mais, comme il est la version socialement acceptable, à gauche, de l’antisémitisme le plus crasse, il a droit de cité dans le système politique. La virulence de ses partisans oblige toutefois à la prudence. Notons au passage qu’il n’y a que pour Israël que l’on a inventé un terme générique pour qualifier le fait d’en critiquer le gouvernement. Une particularité intéressante.

L’art de la synthèse démocrate

Dans ce contexte, il est difficile pour Joe Biden de revendiquer à la fois la proximité avec Israël et avec Black Lives Matter. Difficile mais pas impossible : la politique c’est aussi l’art des synthèses improbables. Pourtant, les Juifs furent des militants engagés de l’égalité des droits et se sont battus aux côtés de Martin Luther King dans le cadre du mouvement pour les droits civiques. Mais au fur et à mesure que les mouvements racialistes noirs désignaient le Blanc comme l’ennemi et l’islam comme référence commune au-delà de l’ethnie, la question juive s’est vite posée à nouveau. Black Lives Matter développe ainsi dans son discours politique, une rhétorique antisémite classique parlant de génocide du peuple palestinien, d’apartheid… La position du président américain n’est donc pas des plus confortables. Cependant, en faisant le choix de recevoir le président d’Israël et non le Premier ministre, Benjamin Netanyahu, Joe Biden a envoyé un message subtil de distinction entre le pays et son dirigeant.

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La situation en Israël s’est beaucoup tendue autour de la réforme de la justice voulue par Benjamin Netanyahou. Cette réforme a amené une partie de la communauté internationale à faire un procès en recul démocratique à l’état hébreu. Pour faire oublier certaines paroles dures prononcées à cette occasion, le vote d’une résolution symbolique au Congrès des États-Unis a eu lieu la veille de la réception d’Isaac Herzog. Celle-ci déclarait solennellement qu’ « Israël n’est pas un pays raciste et que les États-Unis resteront toujours son allié loyal et solidaire ». Le problème c’est que lorsque l’on a autant besoin de réaffirmer et de mettre en scène son amitié, c’est souvent parce qu’il y a eu beaucoup d’eau dans le gaz dans la période qui a précédé.

Soumettre la Cour suprême

Revenons donc sur la réforme voulue par le Premier ministre israélien. Cette réforme n’a pas eu que des répercussions à l’international, elle a aussi mis le feu aux poudres en Israël, au point que l’on ne sait plus trop si elle va aboutir. Le texte visait à soumettre le pouvoir judiciaire au pouvoir politique et législatif. En effet, Israël est un pays de tradition anglo-saxonne, sans constitution écrite. La Cour suprême est donc la seule gardienne des lois fondamentales. Elle est à la fois le Conseil d’État, la Cour de cassation et le Conseil constitutionnel. Elle a donc la capacité de censurer les lois votées par le Parlement et le pouvoir politique dénonce donc régulièrement le « gouvernement des juges » quand il est contrarié. La réforme envisagée permettait donc aux députés d’imposer une loi qu’ils auraient votée, même en cas de censure par la Cour. S’ils parvenaient à obtenir la majorité à la Knesset, soit 61 voix, la loi serait promulguée malgré l’opposition de la Cour suprême. L’objet était aussi de changer le comité de nomination des juges en le plaçant sous contrôle politique. Sur les neuf membres composant cette institution, six auraient dû être des ministres ou des députés contre seulement trois magistrats.

Les opposants à cette réforme voyaient en elle un recul démocratique. En abaissant le principal contre-pouvoir existant face au parlement, elle donnait tout le pouvoir aux élus donc à la sphère politique, détruisant le subtil équilibre démocratique garant d’une forme de permanence juridique. D’ailleurs, pendant trois mois, des manifestations rassemblant des centaines de milliers de personnes ont eu lieu. Ce qui montre que dans ce petit pays comptant moins de 10 millions d’habitants, la réforme a suscité une forte réaction citoyenne. C’est parce qu’il est opposé à cette réforme et qu’il l’a fait savoir officiellement, soulignant que « les valeurs démocratiques ont toujours été et doivent rester une caractéristique des relations entre les États-Unis et Israël » que Joe Biden refuse de recevoir Benjamin Netanyahu. En recevant néanmoins le président de la République d’Israël, Joe Biden met en scène son soutien sans compromettre son positionnement politique. Il joue symboliquement le pays dans sa permanence en traitant son gouvernement comme un phénomène conjoncturel.

Tous contre l’Iran

C’est un choix intelligent. Et Dominique Moïsi, géopolitologue, l’explique fort bien. En effet, aucun des deux partenaires ne souhaite de rupture. Israël n’a pas d’alliés plus sûrs que les Américains car du fait de la stabilité de l’État hébreu, ceux-ci considèrent leur lien avec Israël comme une carte maîtresse dans cette région du monde. D’ailleurs, Joe Biden n’est jamais revenu sur l’installation de l’ambassade américaine à Jérusalem qui avait fait pourtant beaucoup parler. Si du côté d’Israël, on entretient la relation avec les États-Unis, la donne a néanmoins changé car la géopolitique de la région a évolué. Un certain pragmatisme l’amène à s’intéresser à ceux qui sont très présents dans son environnement au Moyen-Orient, notamment les Russes et les Chinois. L’État hébreu a intérêt à diversifier ses alliances et à rester très concret dans ses attentes. D’autant que se sentant moins menacé, il est aujourd’hui moins dépendant du grand frère américain : la signature des accords d’Abraham est vue comme une marque d’acceptation d’Israël dans la région par un certain nombre de pays arabes. Il faut dire que la question palestinienne n’est plus au centre des préoccupations ou de la propagande des pays arabes. Ils sont aujourd’hui plus soucieux de la puissance et des ambitions iraniennes, surtout de sa maîtrise du nucléaire, qu’ils n’entretiennent le rêve de voir se créer un État palestinien. C’est le cas de pays aussi divers que le Soudan, le Bahreïn, les Émirats Arabes Unis, le Maroc… Des États-Unis à la Chine en passant par la Turquie, l’Arabie saoudite, l’Union européenne et la Russie, personne ne souhaite un Iran nucléaire car cela entrainerait une course aux armements nucléaires dans toute la région. Autant s’éclairer au flambeau pour aller visiter une usine pyrotechnique.

Du côté de l’Iran, en revanche, pas question de renoncer à l’arme nucléaire. Les mollahs ont pensé que le renversement de Saddam Hussein en 2003 était lié au fait que celui-ci était trop vulnérable. L’arme nucléaire est donc vue comme une marque de puissance mais aussi comme une garantie, un outil de chantage lié à la survie du régime. Les Iraniens continuant de jouer un rôle déstabilisateur dans la région (à travers leur présence en Irak, aux côtés du Hezbollah au Liban, dans la guerre au Yémen et en Syrie), les États-Unis ne peuvent se priver de l’alliance israélienne. Les tensions autour de la question de la réforme de la Justice n’ont jamais changé cet état de fait. Il était donc logique que la raison l’emporte et qu’Israël et les États-Unis mettent en scène cette réconciliation qu’aucune véritable rupture n’avait précédée.

Macron, et ça continue encore et encore…

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Conseil des ministres, 21 juillet 2023. Image : Capture d'écran CNews.

Notamment, en ne nommant aucun ministre de droite lors du remaniement, le progressiste Emmanuel Macron se refuse à prendre le tournant politique dont la France aurait cruellement besoin concernant l’insécurité et l’immigration. «J’ai choisi la continuité et l’efficacité pour les temps qui viennent», a déclaré un président qui ne rassure pas, ce matin, avant le Conseil des ministres. Les émeutes? Craignant une fragmentation et la division de la nation – pourtant déjà observables – le président estime qu’il y a «un besoin d’autorité», de «respect» et «d’espérance légitime»… Coup de gueule.


On croit pouvoir tout expliquer. Il y aurait, pour chacune des crises que nous traversons, pour toutes ces difficultés inextricables que rencontre notre pays, des explications que les médias vont, tels des assoiffés se précipitant vers l’oasis, quémander auprès de doctes experts, sociologues, professeurs ou penseurs de tout poil. Mais, aucun sachant n’évoque la possibilité d’une absurdité essentielle, d’une irrationalité tragique, de l’incontrôlable irruption, dans notre monde, d’une lame de fond inexplicable, mystérieuse et suicidaire. Et pourtant, tous les voyants de l’absurdie la plus totale sont allumés ! Les pires décisions sont prises par nos gouvernants, les unes après les autres. Ceci, malgré les conséquences toujours plus dévastatrices qui en découlent.

La nation en danger

Depuis des décennies, des voix s’élèvent, pourtant, pour prédire le chaos qui se fait désormais de plus en plus évident dans notre société. Mais rien n’y fait. On a beau crier « attention ! au bout de ce chemin c’est le précipice », au contraire, le pas vers l’abime s’accélère.

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Les exemples abondent de ces décisions suicidaires (ou d’absence de décisions) pour notre cohésion sociale, pour notre paix intérieure comme pour cette identité culturelle qui est l’essence même de l’existence d’une nation, de ce manque de vision et de courage, de cet absurde renoncement à tout ce qui pourrait permettre d’inverser le cours de notre destin. Citons-en quelques-uns parmi d’innombrables. Dans notre pays, 255 véhicules incendiés en une nuit de 14 juillet, cela ne provoque pas de réaction furieuse du pays, et encore moins du gouvernement qui parle de « nuit calme ». Dans notre pays, une manifestation interdite par une décision légale voit se pavaner avec leur écharpe tricolore des députés censés porter les valeurs de respect aux institutions. Cela n’entraîne aucune réaction sérieuse des pouvoirs publics. Des nuits d’émeutes et de destructions totalement incontrôlées ravagent le pays sans qu’aucune décision forte ne soit prise, ni qu’aucune parole forte ne soit prononcée, notamment par le président de la République. Tout le petit monde gouvernemental fait le dos rond en attendant que cela se passe. Un délinquant étranger, frappé d’une OQTF, peut s’appuyer sur une loi européenne pour exiger d’être marié avec une Française, se plaint du refus du courageux maire de Béziers, et a le culot légal de porter plainte auprès de la justice française. N’y a-t-il pas de quoi se taper la tête contre les murs ?

Le scandale des faux étudiants

Des milliers de jeunes Africains ou Maghrébins utilisent l’immigration étudiante pour simplement venir s’installer en France, bénéficiant d’inscriptions quasi gratuites dans nos universités, de l’allocation logement et bien sûr de tous les avantages sociaux que leur procure cette situation. S’ils ne sont pas assidus à leurs études ils pourront sans problème doubler ou tripler chacune de leurs années, sans que personne s’en formalise. Par ailleurs, nombre d’universités, par pure idéologie sans-frontièriste, n’ont pas appliqué les augmentations de frais d’inscription qui avaient été décidées au niveau national, soit 115 universités et 44 écoles et instituts pour 2023/2024. Qui paie les frais malgré tout ? Cela n’est pas difficile à imaginer. 

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Nous sommes dans un pays où le ministre de l’Éducation Nationale sortant, militant wokiste affirmé, est à l’évidence plus préoccupé par des objectifs sociaux et militants, visant à « réduire les inégalités», que par la promotion d’un enseignement véritablement exigeant. À l’évidence, et c’est un autre des scandales incompréhensibles du monde dans lequel nous vivons, Pap Ndiaye avait été nommé uniquement pour donner de la « diversité » au gouvernement. Exactement comme ce fut le cas pour Najat Vallaud-Belkacem à l’époque de François Hollande. Quant à la compétence réelle, à l’épaisseur culturelle et intellectuelle, à la connaissance et à l’attachement aux valeurs qui fondent notre pays, ne devraient-elles pas être les premières qualités d’un ministre en charge d’une mission aussi vitale pour notre avenir ?

La peur de n’avoir plus que des Français “de papier”

Le flux migratoire légal comme illégal est totalement incontrôlé, et il est à craindre qu’il va bientôt changer notre civilisation comme nos institutions dès que ces nouveaux Français deviendront majoritaires. C’est un phénomène inéluctable, qu’a bien décrit Eric Zemmour (et Jean-Marie Le Pen, avant lui), et qui est purement arithmétique. Pour que cela ne se produise pas, il faudrait une volonté réelle et exigeante d’assimilation à nos valeurs, que personne n’ose plus affirmer. Pourquoi ? C’est un autre des tragiques mystères qui échappe à toute rationalité. 

Commencé sous l’ère Mitterrand, premier démagogue et manipulateur en chef, l’abandon de notre destin aux vents de la démagogie ou de la lâcheté semble bien aller s’accélérant. Après le fainéant Chirac, le fort en gueule mais pas en actes Sarkozy, puis l’incroyable et improbable élection de François Hollande, Monsieur « ça tiendra bien jusqu’aux prochaines élections », l’arrivée d’Emmanuel Macron semble rendre encore plus évidente l’accélération du naufrage. Telle l’expansion de l’univers, dont la vitesse croît avec le temps, sommes-nous, comme le cosmos, poussés par une énergie noire incontrôlable et inconnue ? La question se pose.

Le non-évènement du jeudi

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Passations de pouvoirs entre Pap Ndiaye et Gabriel Attal au ministère de l'Education nationale, Paris, 20 juillet 2023 © Jacques Witt/SIPA

L’Élysée se donne beaucoup de peine, depuis plusieurs jours, pour minimiser ce qui est d’ordinaire de nature à relancer un mandat présidentiel – le remaniement ministériel. Le président de la République peut être satisfait : les annonces effectuées hier soir dépassent toutes les espérances ! Causeur passe en revue les troupes. Le Conseil des ministres se tient finalement ce vendredi, à 11 heures, mais personne ne sait où Emmanuel Macron va.


Il y a eu, dans l’histoire récente, des remaniements ministériels plus ou moins marquants. Ce fut le cas en juillet 2020, lorsque le duo exécutif sortit de son chapeau Eric Dupond-Moretti et Roselyne Bachelot. D’autres qui ont exprimé des virages politiques nets, par exemple fin 2010 quand MM. Sarkozy et Fillon constituèrent une équipe débarrassée des ministres centristes et d’ouverture. Aurore Bergé promue ministre chargée des Solidarités, Gabriel Attal remplaçant Pap Ndiaye, Aurélien Rousseau ministre de la Santé, Marlène Schiappa destituée et surtout, Elisabeth Borne maintenue à Matignon : le remaniement 2023 ne restera pas dans les annales de l’exercice.

L’audace devenue erreur de casting

Ces clins d’œil faits à une certaine gauche, en pointant du doigt la chaîne CNews, étaient l’indice d’une sortie de route prochaine. Pap Ndiaye avait été nommé en mai 2022 ministre de l’Éducation nationale, en pleine bataille des législatives. Un peu, aussi, pour brouiller les pistes, en plein match Macron-Mélenchon, tant le nouveau ministre d’alors semblait compatible avec le virage indigéniste de l’extrême gauche. M. Mélenchon avait d’ailleurs un temps salué « une audace ». Un an s’est écoulé et l’audace s’est transformée en erreur de casting. Certes, on ne retiendra pas de bourde monumentale qui restera dans toutes les mémoires, mais Pap Ndiaye n’aura jamais occupé totalement l’espace et n’aura jamais fait preuve d’une grande assurance. Quel avenir la politique peut-elle bien réserver à ce wokiste à temps partiel ? On sait que la Nupes aime à recycler quelques figures estampillées LREM, comme le député Aurélien Taché… 

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Aujourd’hui, Pap Ndiaye est remplacé par Gabriel Attal, 34 ans et déjà cacique de la macronie (il avait adhéré à En marche dès 2016, et ses bulletins de notes exemplaires sont unanimement vantés dans la presse ce matin). Le voilà récompensé après des années de bons et loyaux services comme secrétaire d’État. Sur Twitter, il a déjà pris un tacle, tout en finesse, de Philippe de Villiers.


Aurore Bergé, meilleur espoir gaguesque du gouvernement

Macron récompense un ex-PS à travers Gabriel Attal, et une ex-LR à travers Aurore Bergé. La présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale devient donc ministre des Solidarités et des Familles en remplacement de Jean-Christophe Combe. L’aboutissement de toute une vie pour la jeune intrigante (36 ans), qui n’aura pas hésité à virer casaque au gré de ses ambitions (entre 2012 et 2017, elle aura soutenu tour à tour François Fillon, Nicolas Sarkozy et Alain Juppé, en l’espace de quelques années, avant de rejoindre la macronie). En 2020, sa capacité à agacer en haut lieu lui avait coûté une entrée au gouvernement, ce qui aurait donné lieu à une scène lunaire lors du pot d’arrivée de Jean Castex à Matignon. Partie en courant dans le parc et revenue les yeux rougis par les larmes, on l’aurait entendue dire « J’ai tout donné à la Macronie ! » tout au long de la soirée. Le potentiel gaguesque que le gouvernement perd avec le départ de Marlène Schiappa, il le gagne peut-être avec l’arrivée d’Aurore Bergé.

Aurore Bergé, députée de la dixième circonscription des Yvelines et présidente du groupe Renaissance à l’Assemblée nationale, le 7 mars. © Assemblée Nationale

Marlène Schiappa, la fin d’une époque

Car le clap de fin a sonné pour la secrétaire d’État chargée de l’Économie sociale et solidaire. Membre du gouvernement presque sans interruption depuis 2017, Marlène Schiappa vient de tomber, payant le prix d’une communication tapageuse sur fond d’affaire du fonds Marianne. La Une de Playboy, jugée « inappropriée » par Elisabeth Borne fut certainement la goutte d’eau ; celle faite pour Causeur, plus habillée, quelques semaines plus tard, n’a pas suffi à corriger le tir. D’abord promotrice de « politiques publiques d’égalité femmes hommes » à géographie variable (La journaliste Françoise Laborde lui avait alors rappelé quelques grands principes), Marlène Schiappa avait fini par devenir l’une des figures – avec Jean-Michel Blanquer – du camp « laïcard » au sein de la macronie. Avec son côté étudiante ayant préparé le concours de Sciences Po à coup de citations de Spiderman, Schiappa aura joué le rôle de Madame Sans-Gêne, rôle quasiment obligatoire dans chaque gouvernement depuis Ségolène Royal, donnant l’impression de jouer plus souvent pour sa pomme que pour l’équipe gouvernementale.

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L’impopularité d’Elisabeth Borne, sa meilleure assurance-vie

La véritable information, c’est assurément le maintien d’Elisabeth Borne. Entre le fantastique Emmanuel Macron, capable de s’enfiler une bière cul-sec devant les joueurs du Stade Toulousain et l’austère Borne accro aux graines, il y a eu presque tout de suite une incompatibilité d’idiosyncrasies entre les deux têtes de l’exécutif, et il a brui très vite des rumeurs d’un remplacement imminent. Mais aujourd’hui, Elisabeth Borne est considérée par 56% des Français comme une « mauvaise Première ministre » (sondage Elabe) et c’est peut-être sa meilleure assurance-vie. Depuis le houleux printemps social, elle concentre en effet sur elle une bonne partie du mécontentement des Français, ce qui atténue la charge portée sur les seules épaules présidentielles. Depuis six ans, Emmanuel Macron a su utiliser ses ministres comme paratonnerre à mécontentement. Quant aux têtes qui dépassent, il a su s’en débarrasser bien vite. Bayrou ? Liquidé au bout de quelques semaines. Le Drian ? Rangé pendant cinq ans aux Affaires étrangères, astreint à un quasi-devoir de réserve. Edouard Philippe ? Chassé de Matignon dès que sa côte de popularité a dépassé celle du président. Ces dernières années, la seule personnalité un peu clinquante que l’exécutif a débauchée reste finalement le garde des Sceaux Dupond-Moretti !

Le successeur de Macron n’est pas entré au gouvernement aujourd’hui

À mesure que l’on s’enfoncera dans ce quinquennat, Emmanuel Macron ressemblera de plus en plus au François Mitterrand des dernières années, dans l’incapacité de se représenter – mais sans avoir 77 ans et sans cancer de la prostate. Il pourra, comme l’avait fait le Charentais, s’amuser à favoriser tel potentiel successeur, à savonner la planche de tel autre. L’héritier est-il déjà dans l’actuel gouvernement ? Pas sûr. En 2014, François Hollande avait eu la mauvaise idée de faire entrer un jeune ministre des Finances qui allait lui coûter sa perte. Ce n’est probablement pas en cet été 2023 qu’Emmanuel Macron a fait entrer dans le gouvernement par mégarde celui qui lui prendra sa place dans quatre ans.

Brendan O’Neill, manifeste d’un hérétique…

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L'essayiste et journaliste Brendan O'Neill. D.R.

Brendan O’Neill est rédacteur politique en chef de Spiked, magazine britannique libertarien en ligne. Le titre du livre qu’il vient de publier parle, pour ainsi dire, de lui-même. Michèle Tribalat l’a lu.


Brendan O’Neill n’aime pas l’expression « culture de l’annulation » (cancel culture). Il la trouve trop euphémisante pour ce qu’elle désigne. Cela revient à qualifier l’inquisition de « gestion de l’information ». Il nous faut de nouveaux termes pour analyser cette post-science, cette post-vérité, cette furie que déchaîne des idées qui, il y a seulement sept ans, faisaient l’unanimité. « Nous vivons une guerre contre l’hérésie », sans piloris et sans bûchers, mais avec des vies et des carrières gâchées. L’expression « her penis », littéralement intraduisible en français, est le meilleur exemple de l’irrationalité et de la pente autoritaire du moment.

Her penis

Ces deux mots sont devenus d’usage courant dans la presse (par exemple dans The Times, la BBC) et les réseaux sociaux. En 2018, le Daily Mirror parlait ainsi d’une « femme » qui décida de garder son pénis puis découvrit qu’elle était lesbienne ! Sur recommandation du National Police Chiefs Council, la police enregistre plutôt le genre déclaré que le sexe, y compris en cas de viol. Elle se plie ainsi à une forme d’autoritarisme culturel exigeant la primauté des illusions subjectives des gens sur la vérité objective, avec le risque de fausser les statistiques sur le viol commis par des hommes sur des femmes obligées de flatter les fantaisies de leurs agresseurs. Elle détruit le sens du viol pourtant encore inscrit dans la loi anglaise. C’est la version moderne de Big Brother de 1984. De grands groupes se plient à la novlangue. Ainsi, la BBC encourage ses employés à ajouter le pronom souhaité à leur signature. Des banques aussi. Dans le domaine médical on parle maintenant de « personnes qui accouchent » et de « personnes enceintes ». L’expression « sexe assigné à la naissance » change la manière de considérer la création de la vie. Le genre, mais aussi le sexe seraient de l’ordre du ressenti. Il serait impossible de déduire le sexe d’un enfant à la naissance d’après ses organes sexuels. En Irlande, une loi votée en 2015 autorise même les trans à changer ce qui est inscrit sur leur bulletin de naissance.

Le paradoxe est que l’essentiel de la détestation, du mépris de l’autre vient aujourd’hui de ceux qui disent s’opposer à la haine. L’identité est devenue un costume

Pour Brendan O’Neill, le premier devoir d’un hérétique est de résister aux injonctions linguistiques et de refuser de dire des choses aussi abominables que « her penis ».

Nouvelles chasses aux sorcières

En Europe, les changements climatiques furent souvent attribués aux sorcières. Ce fut le cas pendant le petit âge glaciaire (1300-1850). Des milliers de femmes et quelques hommes furent brûlés. Aujourd’hui, la chasse aux sorcières pour raison climatique se porte bien, mais sans pendaison ni bûcher. On ne les appelle plus des sorcières mais des criminels et le changement climatique a remplacé les vents contraires dont on les accusait d’être responsables. Dans le New York Times, Paul Krugman a comparé le déni du changement climatique à une forme de trahison de la planète. Le Kennedy Institute of Ethics de l’Université de Georgetown suggère que l’on fasse des exceptions à la liberté d’expression pour des points de vue que l’on peut considérer comme destructifs et maléfiques (evil). Le Guardian, rendant compte en 2021 du 6ème rapport du GIEC parle de « verdict sur les crimes climatiques contre l’humanité » : « We are guilty as hell ». C’est une forme de collectivisation de la chasse aux sorcières. Les sermons de type religieux sur le climat sont redevenus à la mode. L’Institute for Public Policy Research encourage la création d’un « nouveau sens commun ». Le programme consiste à changer le langage pour reformater les pensées et nous amener à adopter un état d’esprit apocalyptique. Joël Kotkin parle du syndrome « le débat est clos ». En fait, l’orthodoxie scientifique sur le changement climatique révèle les obsessions morales et politiques des nouvelles élites, leur perte de foi dans la modernité et leur volonté de réduire l’empreinte humaine. La tache de l’hérétique est de se méfier de l’orthodoxie et du consensus, au risque de blasphémer. Comme l’a écrit Bernard Shaw, « toutes les grandes vérités commencent par être des blasphèmes ».

La métaphore du Covid

Dès le départ, le covid fut une maladie physique et une métaphore, un symbole, une allégorie pour ce que les élites voyaient comme les maladies de la société. Il devint la métaphore de la nature toxique de la société moderne dont seul un contrôle social sévère pourrait venir à bout. Le professeur Michael T. Klare parla même de planète vengeresse. Soit une sécularisation de l’idée de colère divine, la nature remplaçant Dieu. 

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Le covid fut aussi la métaphore du populisme, vu comme la maladie de la démocratie. 

On a donc des penseurs laïques qui, aujourd’hui, prient pour qu’une épidémie satisfasse leur demande de retour à la normalité politique, punisse ceux qui font fi des avis des experts et ramène ces experts sur le devant de la scène. Les auteurs de la grande déclaration Barrington furent traités de « marchands de doutes », comme s’il fallait protéger la population du doute. Le Covid fut aussi la métaphore des dangers supposés de la liberté humaine. Nous sommes ainsi vus comme des créatures toxiques à contrôler pour éviter que ne se propagent des croyances nuisibles et la pollution des comportements. L’hérétique a le devoir de résister et de défier cette calomnie.


La censure islamique

Il est difficile de parler positivement du soulèvement féministe en Iran en 2022 sans être accusé d’islamophobie, terme dont le contenu a été défini, en 1997, par le think tank Runnymede. L’islamophobie serait le fait de penser que l’islam est inférieur à l’Occident, irrationnel, sexiste alors que la bonne attitude consiste à le déclarer différent et digne d’un égal respect. Définition à laquelle on se réfère encore aujourd’hui au Royaume-Uni. L’islamophobie est devenue un euphémisme pour désigner le relativisme moral. Ce qui explique sans doute la faiblesse de la réponse en Occident à la révolte iranienne. Rien à voir avec l’écho donné au meurtre de George Floyd ! Le All-Party Parliamentary Group sur l’islam définit l’islamophobie comme un type de racisme visant des expressions de la musulmanité ou perçues comme telles. Il appela à poser des limites appropriées à la liberté d’expression et proposa un ensemble de tests permettant d’établir si la critique est légitime. 

Gare aux réflexions humoristiques jugées islamophobes. Elles peuvent vous coûter votre emploi, sans parler des désinvitations et autres punitions sociales. Même Trevor Phillips, l’ancien président de l’EHRC (Equality and Human Rights Commission), fut suspendu du Labour Party pour avoir déclaré qu’une minorité substantielle de musulmans ressentait une sympathie pour les tueurs de Charlie Hebdo. En 2015, une enquête montra pourtant que c’était vrai pour 10% des Britanniques musulmans âgés de 18 à 34 ans. La chasse à l’islamophobie touche aussi l’art et la littérature. Comme l’écrit Brendan O’Neill, le permettre, c’est donner un droit de veto aux islamistes sur la vie culturelle de la nation. La police du contre-terrorisme est elle même touchée par une pudeur verbale par crainte d’être traitée de racisme. Cette pudeur ne fut pas que verbale dans l’affaire des jeunes filles violées révélée par Maggie Oliver. La censure qui s’exerce ainsi conduit à se détourner de la réalité et à décourager toute discussion honnête des problèmes. Elle incite à se mentir à soi-même. Pour Brendan O’Neill, il est temps de se rendre comte que la fatwa contre Salman Rushdie a gagné. Elle a été internalisée de manière perverse par la société occidentale, à la joie évidente des ayatollahs : « nous sommes devenus l’avant-poste complaisant de leur régime de censure islamique ».

L’ascension des cochons

« Gammon » est devenu l’insulte à la mode à gauche à destination de ceux qui ruineraient la vie politique du pays, en gros, les mâles blancs d’un certain âge de la classe ouvrière qui ont voté pour le Brexit. Gammon désigne leur face rougeaude (couleur que prend un rôti de porc bouilli) due à l’excès de bière. Cette référence au cochon pour désigner la populace inculte n’est pas nouvelle en Angleterre. On la trouvait chez Burke dans ses Réflexions sur la révolution en France de 1790. Le Brexit n’a fait que réactiver cette cochonphobie de l’establishment. Elle dénote une profonde méfiance à l’égard des gens ordinaires, ceux que Richard Dawkins a désigné en juin 2016 comme « les ignares qui ne devraient pas avoir leur mot à dire sur notre appartenance à l’UE ». Sous couvert d’attaque du populisme, c’est la démocratie qui est visée. On détruit ainsi l’idée selon laquelle, gammon ou pas, l’individu a suffisamment de raison pour porter des jugements et résister au mensonge. La démocratie ne se prouve pas par ses résultats mais par la possibilité de faire un choix, laquelle donne un sens à la liberté individuelle et fait, de la place où l’on vit, un monde qu’il est possible de façonner, de posséder et de gouverner. « Cochons, continuez de vous battre pour les droits du porc », tel est le conseil que donne Brendan O’Neill aux gammons.  

La honte d’être blanc

À l’été 2020, le meurtre de George Floyd fut le moment important de la haine de soi chez les blancs, une auto-humiliation qui revint à collectiviser la culpabilité pour la mort de George Floyd. Le parallèle avec le covid fut vite fait, ce qui revenait à faire du racisme un problème de santé publique. 

Le moment Floyd fut aussi celui de l’enracinement des politiques identitaires qui firent de la formation à la diversité une véritable industrie, notamment sur les lieux de travail. 

Ce racialisme demande l’expiation permanente des blancs pour réduire la peine des noirs. Le racisme devient un péché originel héréditaire se transmettant au fil des générations. Cet antiracisme moderne est une révolution culturelle contre l’ère des droits civiques. C’est une autre façon de réhabiliter l’imaginaire raciste, un assaut contre les Lumières et la modernité. Beethoven et Shakespeare deviennent les symboles de la suprématie masculine blanche dont il faut protéger les noirs, que l’on décourage ainsi d’accéder aux œuvres culturelles universelles. Les noirs seraient des patients à guérir, des êtres vulnérables et les blancs des êtres toxiques. Dire qu’il n’y a qu’une race humaine est aujourd’hui traité comme un blasphème. C’est le manque d’opposition à cet antiracisme moderne qui a permis l’anéantissement du progrès moral des années 1960 et un déclin du progrès culturel de l’ère moderne. Soyons hérétiques, écrit Brendan O’Neill et appelons à l’universalité des droits et de la dignité.

L’amour qui n’ose pas dire son nom

Le titre d’un chapitre du livre de Brendan O’Neill fait référence à un poème écrit par Alfred Douglas, précédé d’un court texte d’Oscar Wilde (dont il était l’amant), il y a 130 ans dans le magazine étudiant d’Oxford abordant l’homosexualité, Chameleon. Ces mots conduisirent Oscar Wilde devant le tribunal pour indécence. L’éditeur fut conduit à renier cette publication dans le Daily Telegraph et c’en fut fait de Chameleon. Une annulation, en somme ! 

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Aujourd’hui, un magazine comme Chameleon aurait à essuyer les menaces portées par l’idéologie du genre. C’est la dernière innovation du politiquement correct : redonner un souffle aux idées homophobes. L’homosexualité est un obstacle à l’idéal d’un monde postbiologique. Stonewall, l’association crée en 1989 pour combattre l’homophobie, a redéfini l’homosexualité comme l’attraction pour le même genre. Elle juge les homosexuels archaïques. Ils devraient être attirés par ceux qui se disent du même genre qu’eux, quel que soit leur sexe. Pour cette nouvelle idéologie du genre, c’est le sexe qui trahit la véritable identité. Un tel discours n’est pas sans rappeler celui tenu de la fin du XIXème jusqu’au milieu du XXème siècle, selon lequel l’homosexualité n’est pas une perversion mais un problème biologique. La psychiatrie parlait alors d’inversion. On assiste aujourd’hui à une repathologisation de l’homosexualité qui nécessite que l’on s’en prenne au corps pour le rendre compatible avec le sexe du cerveau. L’Iran est le champion, derrière la Thaïlande, de la chirurgie transgenre parce que violemment homophobique. Lors d’une Pride à Cardiff en 2022, des lesbiennes qui affichaient une banderole intitulée « les lesbiennes n’aiment pas les pénis » furent sorties du cortège par la police pour leurs propos dits haineux. Là où le langage est sous contrôle, la pensée l’est aussi. C’est pourquoi le passage de « même sexe » à « même genre » est problématique. Pour les gays, c’est la défaite après une grande victoire.

Vive la haine !

Le paradoxe est que l’essentiel de la détestation, du mépris de l’autre vient aujourd’hui de ceux qui disent s’opposer à la haine. En témoignent les injures et menaces que reçoit J.K Rolling pour avoir déclaré que les hommes ne sont pas des femmes, quels que soient les traitements qu’ils subissent, observe Brendan O’Neill. Comme il l’écrit, les militants trans et leurs alliés « détestent la haine, sauf la leur » et « la voient partout ». Ils sont très actifs dans la lutte visant à en expurger la vie publique, notamment par leur pratique de l’annulation. Le but n’est pas tant de s’attaquer à la haine que de la sanctionner. La participation à ces croisades contre la haine permet de sanctifier sa propre haine. Ne sont pas épargnés ceux qui, bien que non blancs, refusent d’y participer et sont traités de vendus. On l’a vu après le renversement de l’arrêt Roe v. Wade sur l’avortement par la Cour suprême. Clarence Thomas fut agoni d’injures. En fait, la haine n’est pas interdite pourvu qu’elle vise les bonnes cibles. Cette idéologie de lutte contre la haine s’est répandue pratiquement dans tous les secteurs de la vie, avec des codes de correction à respecter sous peine d’être banni. Comme l’écrit Brendan O’Neill, c’est la version séculière de l’inquisition et seul un fou peut s’imaginer que la censure s’arrêtera aux idées qu’il n’aime pas.

Ceux qui prétendent

Il est des blancs, aux États-Unis et au Canada, qui prétendent être des descendants d’indiens et ça leur réussit plutôt bien, au moins un certain temps. On se souvient de Littlefeather qui était venue recueillir le prix d’interprétation pour Marlon Brando en 1973 et s’était fait passer pour une apache. Elle avait alors lu un discours de Brando refusant le prix en raison du traitement des Amérindiens dans le cinéma, sous les huées des présents. Mais en septembre 2022, pour se faire pardonner, l’Academy Awards avait donné une réception en son honneur. Les temps avaient bien changé. On apprit néanmoins, après sa mort deux mois plus tard, qu’elle se dénommait Cruz et était la fille d’une blanche et d’un Mexicain. Les cas se sont multipliés [1]. Ainsi, l’universitaire Jessica Krug s’inventa une enfance de pauvreté dans le Bronx, abandonnée par son père, violée et dont la mère portoricaine était une droguée. On découvrit plus tard qu’elle était blanche et juive de classe moyenne supérieure. Ces mensonges sont une réponse à la censure et à l’annulation caractéristiques de l’idéologie identitaire. Ils indiquent à quel point personne n’ose critiquer quelqu’un qui prétend être ce qu’il n’est pas. On demande aux blancs d’être moins blancs, c’est ce que font ceux qui prétendent ne pas l’être, en mentant. N’est-ce pas ce que nous faisons tous à un degré ou à un autre ? écrit Brendan O’Neill. La nouvelle génération, qui cultive obsessionnellement les identités queer, est aussi engagée dans une version sexuelle du mensonge racial, pour éviter d’apparaître comme un hétérosexuel vieillot ! Ce que critique Brendan O’Neill, ce n’est pas l’appropriation culturelle mais la délégitimation au cœur du mensonge identitaire. 

L’identitarisme fait de nous des faussaires qui, au lieu d’être, disent « s’identifier à… ». L’identité est devenue un costume. « C’est l’évacuation de toute substance se référant à nos anciennes identités qui a enflammé la chasse éperdue à de nouvelles identités ». Brendan O’Neill rappelle le mot de Kant : « Aie le courage d’utiliser ton propre entendement ».

Les mots blessent

Pour les Nations unies, l’instrumentalisation du discours public à des fins politiques peut conduire à la stigmatisation, la discrimination et la violence à grande échelle. 

Une Université américaine a même fait une liste des mots qui blessent. « You, guys », qui généralise le masculin, y figure ! On dit que le pouvoir des mots justifie qu’on les contrôle. C’est tout le contraire. C’est parce qu’ils ont du pouvoir qu’ils doivent être libres. Brendan O’Neill cite le cas de William Tyndale qui œuvra à traduire la Bible et fut à la pointe de la réforme protestante. Il considérait, contre l’avis de l’Eglise, que chacun devait pouvoir la lire. Arrêté en 1535, il fut condamné, pendu et brûlé sur un bûcher. Comme l’a montré aussi l’attentat à Charlie Hebdo, la censure est beaucoup plus violente que les mots. Brendan O’Neill nous conjure de cesser de plaider notre cause en disant « ce ne sont que des mots », comme si s’exprimer était une chose sans importance. En plus d’être violente, la censure émousse notre sens critique, nous infantilise et nous exhorte à croire ceux qui décident à notre place ce que l’on doit penser. Il rappelle, à ceux qui vantent le respect et la civilité, que la liberté d’expression n’est pas un travail social, comme l’avait dit Claire Denis à propos de ses films jugés non corrects politiquement. « L’hérésie fait mal, c’est fait pour ».

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Source: Blog de Michèle Tribalat


[1] Comme en témoigne le recensement de 2020. Le nombre des Amérindiens, au moins partiellement, a augmenté de 85 % en dix ans. https://usafacts.org/articles/how-the-native-american-population-changed-since-the-last-census/.

L’indemnisation de l’échec, une idée 100% woke

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New York. DR.

L’insoutenable suspense entretenu ces derniers jours par Macron (« Quel héritier vais-je choisir comme ministre de l’Éducation pour se substituer à l’autre incapable — tiens, je vais prendre un pur produit de l’Ecole alsacienne, au moins, s’il est nul, il a les codes et il sort du sérail… ») a empêché la grande presse de se faire l’écho d’une splendide décision de la justice américaine : l’indemnisation (pour 1,8 milliards de dollars) des candidats recalés à l’examen d’enseignant de la Grosse Pomme, car les épreuves étaient « culturellement biaisées ». Notre chroniqueur s’en est amusé.


Dans Le Figaro Étudiant du 19 juillet, Jeanne Paturaud relate la décision récente de la justice américaine, si souvent citée en exemple de ce côté de l’Atlantique. Constatant que la moitié des candidats noirs ou hispaniques avaient échoué à l’examen qui donne à New York le droit d’enseigner, le tribunal a jugé que les épreuves étaient « culturellement biaisées ». Trop « blanches ». Pensez, on demandait par exemple « d’expliquer la signification d’un tableau de l’artiste pop Andy Warhol. Selon les plaignants, plus de 90% des candidats blancs ont réussi le test à choix multiples et l’essai, contre 53% pour les candidats noirs et 50% pour les hispaniques. » L’idée que lesdits candidats noirs ou hispaniques aient été nuls n’a pas effleuré le pays de l’égalité — au moment même où la Cour suprême, à majorité républicaine, supprimait une fois pour toutes la « discrimination positive » qui a permis au fil des ans à tant de représentants des minorités de prendre la place de postulants meilleurs qu’eux.

A lire aussi: Universités américaines: la fin de la préférence raciale

Et de décider d’indemniser ces recalés, sur la base de ce qu’ils auraient pu gagner s’ils avaient été admis. Vous souriez ? C’est typique, c’est la raison pour laquelle, dans l’échelle de notation américaine, les enseignants ne mettent plus E ni F, car les parents des progénitures injustement stigmatisées attaquaient en justice et gagnaient des sommes considérables, calculées sur ce que la baisse de self esteem faisait potentiellement perdre au malheureux bambin étiqueté cancre.

Sommes records

Ici, on ne plaisante pas avec les zéros posés avant la virgule. « Si les sommes varient parmi les 5200 personnes concernées, certains ont déjà reçu plus d’un million de dollars. » Des indemnisations versées aux plaignants jusqu’en 2028. Sans compter que la facture réellement payée par les New-yorkais sera bien plus élevée, car elle devra comporter (et non, je n’invente rien, lisez donc le New York Post) des sommes versées au titre de la retraite d’une fonction que les plaignants n’ont jamais exercée. Elle est pas belle, la vie ?

Le test incriminé concerne l’évaluation en « Liberal Arts and Sciences », qui balaie aussi bien des connaissances en maths, en histoire, en communication et recherche, en analyse et expression écrite ou encore en expression artistique. Il a été modifié en 2013 pour tenir compte des différences de cultures d’origines — et vous savez quoi ? « Les candidats d’origine afro-américaine ou hispanique sont toujours moins nombreux à réussir le test, comparé aux candidats blancs ». Fatalitas !

Indemnisons les Kevin et Mathéo !

C’est une idée grandiose qu’il faut impérativement importer chez nous. Les candidats de Seine Saint-Denis ou des Quartiers Nord de Marseille, qui parlent une langue multicolore, devraient réfléchir à la grave injustice qui leur est infligée en les obligeant à écrire et à parler une langue « blanche » et parisienne dans les épreuves des concours. Et à professer des certitudes de même couleur : la terre est ronde, hommes et femmes sont égaux, l’école en France est laïque et les vêtements à connotation confessionnelle n’y sont pas admis — et autres fariboles peu pratiquées dans les quartiers susdits.

A lire aussi, François Pupponi: “Des entrepreneurs identitaires veulent verrouiller les quartiers”

Il est vrai que la France n’autorisant pas de repérage confessionnel ou ethnique, savoir qui est discriminé effectivement sera compliqué. Mais on n’aura qu’à demander à Darmanin, qui nous affirme que les émeutiers des dernières semaines se prénomment massivement Kevin et Mathéo », bien qu’ils aient paru « issus de l’immigration ». « L’explication seulement identitaire serait très erronée ». Indemnisons tous les Kevin qui voulaient se faire instits !

Heureusement que Kevin ne tient pas, en général, à entrer dans l’enseignement. Il a découvert dans son quartier bien d’autres moyens de gagner davantage que les 2000€ qu’on lui fait miroiter.

Heureusement qu’un peu de raison surnage outre-Atlantique. « The standards are the standards », dit un principal de collège. « It shouldn’t be based on what would be easy for blacks or whites. To hire people who are not qualified and change the requirements because a certain group didn‘t pass the test is bullshit » (« Embaucher des personnes qui ne sont pas qualifiées et modifier les exigences parce qu’un certain groupe n’a pas réussi le test, c’est de la foutaise »). Ben oui. Et les élèves que ces enseignants de second choix formeront n’arriveront pas bien haut. Mais il leur suffira, plus tard, de porter plainte…


Source : https://etudiant.lefigaro.fr/article/plus-d-un-milliard-de-dollars-attribue-aux-etudiants-noirs-et-hispaniques-qui-ont-rate-le-concours-enseignant-de-new-york_609b5624-2542-11ee-b73e-f8f9fcecead6/

Émeutes : « Des entrepreneurs identitaires veulent verrouiller les quartiers »

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François Pupponi © Hannah Assouline

François Pupponi estime que les récentes émeutes ne sont pas sans rapport avec l’Islam politique. Selon l’ancien député-maire de Sarcelles, ces jeunes casseurs et pilleurs sont la chair à canon des entrepreneurs identitaires. Et le montant considérable des dégâts reflète le manque de fermeté du pouvoir.


Entretien avec François Pupponi. Propos recueillis par Céline Pina.

Causeur. Ces émeutes ont-elles ressemblé à celles de 2005 ?

François Pupponi. Dans le processus, oui. Un événement dramatique local provoque une étincelle, les quartiers s’embrasent et la prédation en bande se déploie. Il y a cependant des différences notables. Les exactions ne sont pas restées cantonnées aux quartiers. En 2023, les émeutes sont à la fois plus violentes et mieux organisées. Mais là où les émeutiers de 2005 paraissaient attendre quelque chose de l’État, les émeutiers de 2023 ont comme seul discours le rejet et la haine de la France et ne connaissent que la force dans le rapport à l’autorité et à autrui en général.

D’où vient cette mentalité ?

Depuis des années, les discours victimaires, relayés par l’extrême gauche, le mouvement racialiste et les islamistes agissent sur les cerveaux. Dans ces quartiers, les seuls adultes qui parlent aux jeunes générations sont les entrepreneurs identitaires qui voient en elles la chair à canon de leur rêve de pouvoir, voire une réserve de petits soldats prêts à semer le chaos. Pour manipuler quelqu’un, il suffit de cultiver son ressentiment.

Peut-on reprendre le contrôle ?

Dans un premier temps, il aurait fallu être très dur. Frapper vite et fort. On ne peut accepter que des hordes sauvages déferlent ainsi dans les villes pour piller, casser, brûler. Des interpellations massives permettraient d’ôter du paysage les plus enragés et les plus influents des émeutiers. Mais le pouvoir actuel est faible et le sait. Or, dans un deuxième temps, c’est la question de la présence humaine dans ces quartiers qui va se poser, car le repli territorial favorise la contre-culture et les logiques séparatistes.

Justement, on dirait que les interactions avec l’« extérieur » sont de plus en plus rares.

Oui, pour deux raisons : d’une part les entrepreneurs identitaires veulent verrouiller ces quartiers, d’autre part les politiques ne savent plus comment parler à ces habitants. Les élections municipales de 2020 se sont traduites par un basculement générationnel. Les nouveaux élus sont rarement des hommes et des femmes de terrain. Pour eux, la politique se résume à une logique de guichet et à la gestion administrative de dossiers. De plus, ceux qui tenaient traditionnellement les associations ont changé. Le vieil instituteur, le prof retraité qui assuraient l’aide au devoir ont été remplacés par des associations islamisées. Le développement des mosquées disposant de locaux a favorisé le contrôle de l’activité associative par les religieux.

La jeunesse des émeutiers vous a-t-elle surpris ?

Non. Ce sont les plus jeunes qui sont la cible de l’islam politique, fréquentent les mosquées, et sont travaillés par les associations proches des Frères musulmans. Leur violence pulsionnelle est dirigée contre la République et des institutions qu’ils voient comme des rivaux pour le contrôle des territoires. Leur discours est basique, mais clair : « On veut prendre votre place et les règles c’est nous qui allons les faire. On est ici chez nous, on est les patrons, vous, vous baissez la tête. » Les refus d’obtempérer sont un produit de cette mentalité. Ils ne voient même plus ce que la République fait pour eux. Mais la plupart des habitants des quartiers pensent que l’école gratuite, le logement social, les aides, la sécurité sociale… sont un dû. En fait, les seuls qu’ils identifient comme représentant la France sont les policiers. Ce sont les seuls et les derniers à résister aux caïds. Il faut donc leur taper dessus physiquement et politiquement, car pour être les maîtres du territoire, il faut d’abord désarmer et déstabiliser la police.

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La foudre de la violence gratuite peut tomber sur n’importe qui

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Laurent Obertone © Hannah Assouline

Depuis des années, l’auteur de Guérilla décrit au fil de ses romans une France scindée en communautés et en proie à l’hyperviolence. La fiction est devenue réalité. Les émeutes du mois de juin ont une fois de plus prouvé l’impuissance de l’État à maintenir l’ordre. Pourtant, des solutions existent. Elles se nomment justice et fermeté.


Causeur. La réalité commence à ressembler furieusement à vos livres, ce qui vous donne le droit de jouer les oracles. Avons-nous assisté aux prémices d’une guerre civile ? Bref, pouvons-nous, pour de vrai, être plongés dans Guérilla (qui était hier encore qualifié de fantasmes d’extrême droite) ?

Laurent Obertone. Sans même parler des émeutes, nous vivons depuis des années un climat de guérilla latent. Les chiffres de l’insécurité, en particulier des violences aux personnes, sont indignes d’un pays développé. En augmentation constante depuis Hollande, ils ont battu sous Macron et Darmanin tous les records. Comme les chiffres de l’immigration d’ailleurs. Il a fallu un embrasement généralisé pour que le Français prenne la mesure des limites de l’État, soudain en pleine lumière, face à un ennemi innombrable, disséminé sur tout le territoire, dans des centaines de quartiers. Si cet ennemi se mobilise partout en même temps, les forces de l’ordre n’auront pas les moyens numériques, matériels – et surtout pas les directives – pour faire face. Ce qui sauve l’État est pour l’instant l’absence d’organisation politique des émeutiers, la passivité du citoyen moyen, qui se contente de regarder sa France brûler de loin, mais aussi le naufrage de l’opposition de gauche, qui a vendu ce qui lui restait d’âme en rêvant de noyauter de tels mouvements, en leur prêtant des intentions qui n’existent pas.

Il semble cependant que, dans la sécession à laquelle nous assistons, la composante islamiste soit moins présente que dans Guérilla. Mais peut-être avez-vous des informations à ce sujet…

Oui, il semble que les autorités religieuses soient un peu dépassées par l’embrasement. Mais la frontière pratique entre ces violences et le terrorisme est mince : il s’agit toujours de faire en sorte de soumettre l’autochtone, rendre ses promenades dangereuses, pister et attaquer les flics isolés… C’est une forme de terrorisme, sans les gros moyens, mais au moins aussi efficace. La foudre de la violence gratuite peut vous tomber dessus à tout moment… Et pénalement c’est moins risqué pour les auteurs, du fait de la « compréhension » judiciaire. Pour résumer, vous vous ferez poignarder ou lyncher pour rien, personne n’en parlera, c’est la faute à la société, il faut plus de moyens et de city-stades. Même pas besoin de compassion ministérielle et de petites bougies.

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Vous l’avez observé, il n’y avait pas, au-delà des violences, de projet politique pour renverser le gouvernement et prendre le pouvoir sinon, peut-être chez les Insoumis qui rêvent la nuit…

En effet. En difficulté dans l’opinion, ils rêvent de ce Grand Soir, sans comprendre qu’ils n’en feront pas partie. À mon sens, ils se sont sabordés avec une grande efficacité durant cette crise. La gestion du gouvernement était désastreuse, Mélenchon a montré qu’on pouvait faire encore pire, ce qui est un fameux exploit. Il semble que beaucoup d’endormis se soient réveillés ces derniers jours. Un éclat de réel vient de faire très mal à tous les forcenés du mensonge.

Peut-être. On verra si on s’empresse de refermer les yeux qu’on avait entrouverts… Mais revenons aux saccages. On nous dit qu’énormément d’armes circulent dans les banlieues. Heureusement, elles ne sont pas sorties. Les dealers ont-ils contribué à « circonscrire » les violences ?

Les dealers jouent un double jeu : certes, ces séquences ne sont pas profitables à leur économie dans l’immédiat, mais elles permettent d’une part de se venger des opérations des stups, et de l’autre, de mettre une grosse pression sur les élus qui leur résistent, sans parler des policiers. On sait qu’ils hésiteront encore plus à sortir leurs armes, à réaliser des descentes, à taper des réseaux. Et sans doute leur demandera-t-on de différer ou annuler leurs opérations prévues ces prochaines semaines. Donc les trafiquants bénéficieront de la crise. Évidemment, sortir les armes lourdes serait une mauvaise idée. Si les choses dérapent de manière trop évidente, ça implique un coup de projecteur sur le quartier, des perquisitions poussées, qui peuvent coûter cher.

Pour les semaines à venir, quels sont les scénarios possibles ? Allons-nous désormais vivre des périodes d’accalmie, entrecoupées d’éruptions régulières de violence ?

Oui, c’est ce qui va se passer, un retour à l’insécurité quotidienne, une guérilla larvée, des embrasements sporadiques. Le gouvernement condamné à sa com’, priant les flics d’en faire un peu moins, croisant les doigts pour que la publicité des confrontations ordinaires soit la moins mauvaise possible. Il compte pour ce faire sur l’extraordinaire capacité d’oubli du citoyen, digne du poisson rouge, face au feu roulant – et au roulement continu – de l’actualité.

Vous avez une dent contre le citoyen lambda !

Je l’avoue ! Je le vois depuis tant d’années partager mes constats, râler dans son coin, et puis s’écraser à la machine à café, par peur d’être accusé de « faire le jeu de… ». Ce renoncement à exister, à braver les excommunications d’Aymeric Caron n’est pas étranger à la gravité de notre situation. La résistible dégradation du pays doit beaucoup à cette passivité. Et je me mets dans le lot : j’aurais sans doute pu moi-même en faire beaucoup plus.

Cette fois, le détonateur a été la mort de Nahel, tué par un policier à 17 ans. Mais les émeutiers ne voulaient pas la justice, puisque la justice est passée. Que veulent-ils et que veulent-ils nous dire ?

Ils veulent exister, et pour eux ça passe par la reconnaissance de leur groupe, donc la violence aveugle envers l’extérieur, la soumission du reste du pays. Ainsi l’on acquiert le « respect ». Il y a aussi une bonne dose d’opportunisme et de mimétisme. Rien à voir avec la mort de Nahel. Même si ces violences paieront, d’une certaine manière, en ce qu’elles se traduiront par une forte pression sur les médias et magistrats, donc une forme de privilège judiciaire. Chaque mort ayant donné lieu à des émeutes a toujours fait l’objet de quantité d’enquêtes, d’expertises et de contre-enquêtes, comme l’affaire Adama, par exemple. Ce qui n’est pas le cas pour les morts non médiatisées.

Émeutes à Clichy-sous-Bois, 28 octobre 2005 (c) Sipa

On passe du côte-à-côte au face-à-face. Il y a donc un « eux » et un « nous ». Qui est « eux » et qui est « nous » ? Beaucoup d’habitants des quartiers disent, comme pour Charlie, la violence ce n’est pas bien, mais ils sont maltraités, etc.

« Eux », c’est une infinité de bandes, qui parfois s’affrontent, et les jours d’émeutes pillent ensemble. Jeunes, très majoritairement issus de l’immigration maghrébine et subsaharienne, avec quelques natifs qui se sont assimilés à cette majorité locale. Beaucoup d’habitants de ces quartiers sont passifs, certains déplorent les violences. Mais beaucoup d’autres disent les comprendre, et pensent qu’elles sont la seule solution pour obtenir plus. Il faut dire que ces quartiers sont habitués à être complaints, excusés, copieusement arrosés. Ça crée des attentes. « Nous », c’est la majorité périphérique, silencieuse, qui subit l’idéologie immigrationniste, les exactions, le racket fiscal, le chantage à l’extrême droite, les interdits, la violence gratuite. Celle qui demande plus d’État, d’autorité, qui espère qu’on réglera tout à sa place, pourvu que la vie continue, et qu’elle n’ait pas à se salir les mains. Elle préfère croire en une solution miraculeuse, surtout pas affronter cette si dérangeante réalité.

Que signifierait l’affronter ? Que voulez-vous que les gens fassent, qu’ils prennent les armes ?

Plutôt qu’ils reprennent leur souveraineté intellectuelle, qu’ils se libèrent enfin du politiquement correct, et se fassent obéir de l’État. Il existe quantité de moyens pacifistes de le faire, en dehors du champ politique habituel. J’en liste une partie dans mon livre Game Over.

A lire aussi, Céline Pina: Un dernier au revoir à Philippe Mathot

Quel est le profil des petits anges qui pillent et vandalisent ? Sont-ils arrivés récemment ? Savez-vous s’il y a beaucoup de clandestins ? Beaucoup travaillaient comme livreurs ou plongeurs…

Des étrangers et irréguliers se sont illustrés dans les pillages, mais majoritairement les interpellés sont français, comme Mohammed Merah, comme les frères Kouachi, comme vous et moi, ai-je envie de dire. Donc « aucun rapport avec l’immigration », nous dirait François Hollande. Ils sont nés en France, parfois de parents eux-mêmes nés en France, mais parlent très mal le français, vivent entre eux, n’ont absolument aucun rapport avec ce pays. Comme disait Driss Ghali, ils nous signifient chaque jour à quel point ils n’en sont pas. Et nous refusons tout aussi méthodiquement de l’entendre.

Que vous inspire l’analyse d’Emmanuel Todd qui prétend que le système tient grâce à l’alliance objective entre le gouvernement macroniste et la police lepéniste…

Le système tient grâce à la police, c’est un fait, mais ce n’est pas une alliance. Les policiers aiment leur pays, signent pour le défendre, faire respecter l’ordre. L’État – qui se substitue au pays – utilise sa police pour se protéger de ses incuries, lever un impôt de moins en moins consenti, imposer sa gouvernance de plus en plus discutable. Je pense que le peuple est lui aussi largement lepéniste, du moins dans sa vision des choses. L’État, qui se méfie beaucoup de lui, lui doit aussi sa survie. Tant que Monsieur Moyen, celui que Macron appelle « Jojo », paie tranquillement ses impôts en se contentant de râler, tout va bien.

Comment qualifiez-vous le drame d’Annecy ?

Ça rejoint cette forme de terrorisme quotidien dont je parlais : ce n’est pas politique, l’acte banal d’un « déséquilibré » isolé mais justement, ce sont de tels actes imprévisibles qui distillent dans tout le pays une forme de terreur, prenant le pas sur notre quiétude, notre art de vivre. Nos gouvernants, depuis plusieurs décennies, en sont lourdement responsables. Idem les gouvernés qui n’ont jamais su se faire entendre sur le sujet, avec suffisamment de force. Espérons que la dure leçon de cette crise ne soit pas perdue. Jojo, si tu nous regardes…

Certains macronistes accusent les jeux vidéo violents et les réseaux sociaux violents TikTok et Snapchat d’avoir une mauvaise influence sur la jeunesse. Partagez-vous cet avis ?

Non. On joue autant aux jeux vidéo dans la France périphérique que dans les banlieues, et les taux de violences sont incomparables. Les réseaux sociaux peuvent être utilisés pour organiser des actions ou se livrer à des concours d’exactions via le partage d’images, mais ce sont avant tout des outils. On ne va pas interdire les tronçonneuses parce qu’on a vu un émeutier en porter une, ça n’a pas de sens. Hélas, le Français est friand des interdits. Il ne voit pas que leur multiplication ne concerne que lui, et dissimule la faillite judiciaire, la non-application de la loi, qui réprime en théorie fermement les délits ou provocations aux délits. En pratique, ce n’est jamais le cas. Jamais les incendiaires, par exemple, ne sont condamnés à la moitié de ce que prévoit le Code pénal. Mettre partout des caméras ou voter des lois par centaines ne sert à rien si nos tribunaux restent une braderie pénale. Toutes les autres explications de ces violences cherchent à masquer cette lâcheté, cette faillite conjuguée de la justice et de l’immigration. Nos prisons débordent aujourd’hui malgré la justice, par une explosion sans précédent de l’ultraviolence.

A lire aussi: A. Finkielkraut : « Ce qui fait peur, c’est la convergence entre les pillards et les Insoumis »

Avant la réponse pénale, il y a le maintien de l’ordre… On a l’impression que la peur de la violence inhibe tout recours à la force. Et de fait, un autre jeune tué provoquerait sans doute un embrasement. Mais dans ces conditions, peut-on encore maintenir l’ordre sans sortir des clous démocratiques ?

Justement, non ! Soit on se contente de communiquer et d’arroser d’argent public, en perdant chaque jour un peu plus de terrain, ce qui se passe, soit on agit, mais les actes que ça implique mettront notre pays au ban de l’ONU, de l’UE, de la communauté internationale, etc. Macron en serait totalement incapable. Donc priorité aux cabinets de conseil, aux projets de loi, aux grands plans quinquennaux. À la « réflexion pour comprendre les causes profondes ». Et tout va continuer.

Quand bien même on changerait radicalement de politique migratoire, une majorité de ceux qui clament leur haine de la France sont français. Peut-on encore empêcher la libanisation que redoute Alain Finkielkraut ?

On le peut. Les principaux vecteurs de libanisation sont selon moi l’immigration de quantité, le socialisme qui la conditionne et le laxisme judiciaire. On peut arrêter l’immigration, l’appel des aides, réprimer et expulser les délinquants étrangers. On peut aussi déchoir de leur nationalité ceux qui démontrent chaque jour leur refus de notre civilisation, ou encore les éloigner par quantité de mesures, y compris incitatives. Simple question de volonté politique. Bien sûr, on nous martèle chaque jour que « ça n’est pas possible » – après des années de « ça n’existe pas » –, précisément pour nous résigner à subir une telle situation.

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Quand Louis Boyard accuse Yaël Braun-Pivet d’être un «agent de l’Élysée»

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© Chang Martin / Sipa

Enfin, l’été est là ! Mais l’Hémicycle bouillonne toujours autant. Retour sur un mois de juin pas si tranquille !


Réalité pénitentiaire

Parmi l’arsenal mis à la disposition des députés pour contrôler le gouvernement, il existe les « questions orales sans débat ». Ce mardi matin, j’avais choisi d’interroger le garde des Sceaux, Éric Dupond-Moretti, au sujet de la prison de Béziers. En effet, notre centre pénitentiaire est confronté à un fléau bien réel : les projections. De quoi s’agit-il ? Chaque jour ou presque, une échelle est collée sur le mur d’enceinte de la prison. Dès qu’on en retire une, une autre réapparaît le lendemain. Des lanceurs de colis y grimpent et parviennent ainsi à escalader le mur qui entoure la prison. Ils lancent ensuite leurs colis à l’intérieur de l’enceinte. Et malheureusement, le temps que les surveillants arrivent, les détenus parviennent à récupérer les paquets en moins de dix minutes avec une sorte de canne à pêche et – il faut bien le reconnaître – une certaine habileté ! Malheureusement pour moi, le ministre n’est pas là. Il est retenu au Sénat. On m’a donc envoyé à sa place une ministre chargée de me lire la note que les services de la chancellerie lui ont préparée… Mais comme elle ne connaît pas le sujet, elle bute sur les mots et, par deux fois, me parle de mur « anti-protection » au lieu de mur « anti-projection ». Elle me ferait presque de la peine si je n’étais aussi agacée. Parce que, vous l’avez compris, je n’ai pas eu de réponse. Encore une matinée de perdue…

Niche LIOT – retraites suite et fin ?

Les niches parlementaires ressemblent à un bal de Cendrillon : à minuit, tout s’arrête et le carrosse redevient citrouille… Ce jour-là, nous étions tous prêts à passer la journée à ferrailler encore une fois sur la réforme des retraites. Mais finalement, le fameux article 40 dégainé par la présidente de l’Assemblée, Yaël Braun-Pivet, a vite sifflé la fin de la partie. Et après les habituelles saillies – « la démocratie est en danger » et autre « dérive mafieuse de la Macronie » –, Cendrillon est rentrée chez elle toute penaude. La morale de l’histoire rappelle plutôt les Fables de La Fontaine : la grenouille LIOT qui voulait devenir plus grosse que le bœuf a fini par se dégonfler…

Harcèlement scolaire

Lors de la séance de questions d’actualité du 6 juin dernier, Élisabeth Borne explique qu’elle « va faire de la lutte contre le harcèlement la priorité absolue de la rentrée 2023 », et pour cela elle va « faire en sorte de pouvoir écarter d’une école un élève auteur de harcèlement ». Pour mémoire, le 1er décembre 2021, alors que nous discutions de ce même sujet, j’avais proposé un amendement prévoyant « la possibilité d’exclure l’élève harceleur de l’école afin d’accorder à l’élève harcelé un temps de répit. C’est [en effet] l’enfant harceleur qui devrait être mis hors d’état de poursuivre ses actes répréhensibles. » Réponse du rapporteur de l’époque : « C’est un très mauvais amendement ! » Il n’est jamais bon d’avoir raison avant l’heure…

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Jean-Baptiste Trogneux

À l’audience du tribunal qui devait juger les auteurs présumés de l’agression contre Jean-Baptiste Trogneux, Adrien F., l’un des suspects, se présente comme illettré et conteste avoir frappé le petit cousin de Brigitte Macron. Il explique par ailleurs avoir participé au rassemblement en tant que « journaliste indépendant » ! Comme quoi, on peut être journaliste et illettré… LOL

Retraites toujours

Le jour de la proposition de loi LIOT sur les retraites, le député LFI Louis Boyard crie à plusieurs reprises, alors que Yaël Braun-Pivet lui demande de se « taire » pour « écouter la Première ministre » : « Quand on aura le droit de voter, on se taira ! » Rappelé à l’ordre par la présidente de l’Assemblée, l’Insoumis poursuit : « Je n’ai pas de leçons à recevoir d’un agent de l’Élysée ! » Une insolence qui lui vaudra d’être privé d’un quart de son indemnité parlementaire. Pendant ce temps, la Nupes refuse de se lever et de saluer la présidente de l’Assemblée ou les ministres présents… On a les rebelles de pacotille qu’on peut…

Il est pas frais mon poisson ?

Alors que les députés débattent de l’aide médicale d’État (AME) dans l’Hémicycle, Mathilde Panot, présidente du groupe LFI, intervient. L’élu RN Jocelyn Dessigny l’a traitée de « poissonnière » !Ce n’est pas la première fois : en 2021 déjà, le député LREM Pierre Henriet avait, lui aussi, traité l’Insoumise de « poissonnière » : il avait alors été sanctionné par le bureau de l’Assemblée, perdant un quart de son indemnité parlementaire mensuelle. Mathilde Panot n’aime pas les poissonnières : elle qui prétend défendre les petites gens, elle trouve la comparaison injurieuse. Moi, si j’étais poissonnière, je serais vexée que l’on considère mon métier comme une insulte…

Femmes, je vous aime

Où l’on apprend le 14 juin, à l’occasion d’un texte sur l’égalité entre les femmes et les hommes dans la fonction publique, que le cabinet du chef de l’État est composé de 11 hommes et… deux femmes. Pendant ce temps, les écosexuels courent tout nus dans les jardins de Lyon.

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Ma vraie vie à l’Assemblée

Pour illustrer une discussion sur les déserts médicaux en France, une députée MoDem – dont je tairai le nom – s’exclame : « Vous vous rendez compte, ça fait dix ans que je n’ai pas vu de gynécologue ! » Les députés sont-ils obligés de raconter toute leur vie dans l’Hémicycle ?

Nahel

Catastrophe ! Le jeune Nahel, décrit par ses proches (ou ses moins proches d’ailleurs) comme un saint ou un ange, décède tragiquement, alors qu’il refuse d’obtempérer aux ordres de la police. Au moment où j’écris ces lignes, trois nuits d’émeutes s’en sont suivies aux cris de « Justice pour Nahel ! ». Ce dernier a bon dos puisqu’il justifie apparemment le pillage de magasins (Nike de préférence…) et la dévastation de bâtiments publics – pas moins de 500 dans la nuit de jeudi à vendredi 30 juin ! À l’Assemblée, la présidente Yaël Braun-Pivet décide d’une énième minute de silence, précisant quand même qu’une « enquête est en cours et que la justice devra se prononcer ». Heureusement, je suis retenue dans une réunion en dehors de l’Hémicycle et je n’ai pas à y participer : je croyais – naïvement à coup sûr – que nous attendrions les résultats de l’enquête avant de rendre hommage à l’adolescent décédé. Entre le droit et l’émotion, la Macronie a perdu la tête !