Longtemps, c’est le roman noir, le « polar », comme on dit avec un léger mépris du côté de la littérature blanche, qui s’est attaqué à l’extrême droite. Et quand nous disons s’attaquer, le terme est à prendre dans son sens propre. Il y a eu un antifascisme littéraire, dans les années 1980 et 1990, sous les couvertures des collections spécialisées. Il s’est retrouvé, comme l’antifascisme politique de la même époque, à la fois désorienté et naïf face à la montée du Front national. Et contrairement à leurs glorieux ancêtres, comme le Malraux de L’Espoir, ces antifascistes de papier ont abouti le plus souvent à une vision caricaturale, manichéenne, qui a donné naissance à des fictions un peu trop calibrées pour être convaincantes, réduites à des grilles de lectures caduques pour comprendre un phénomène historique inédit. Le lecteur n’avait pas l’impression de lire des romans mais un catéchisme aussi prévisible qu’ennuyeux.

La morale, on le sait, donne rarement de la bonne littérature. Une des conséquences formelles de ces choix idéologiques a priori a été, par exemple, de refuser de faire parler à la première personne l’extrémiste de droite, le fasciste, le néo-nazi.

Toute la noirceur du monde, Pierre Mérot, Flammarion,2013.

Utoya, Laurent Obertone, Ring, 2013.

Pur, Antoine Chainas, Gallimard/Série Noire, 2013.

 

*Photo : Heiko Junge/AP/SIPA. 20120824.

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