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Bienvenue au Racaille Football Club!

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L’entretien accordé au Monde par Mathieu Valbuena est proprement hallucinant ! Victime d’une tentative de chantage à propos d’une « sextape » volée dans son téléphone portable, il raconte par le menu et de manière fort convaincante comment son coéquipier de l’équipe de France, Karim Benzema, a fait pression sur lui pour qu’il cède aux exigences des corbeaux. L’attaquant vedette du Real Madrid, originaire d’un quartier sensible de la banlieue lyonnaise, se faisait ainsi le relais de ses copains de cité, complices présumés de ce chantage. Valbuena, aujourd’hui avant-centre de l’Olympique Lyonnais, l’ancien club de Benzema, ne s’est pas laissé impressionner, et a remis l’affaire entre les mains de la police. Embarrassé, le staff de l’équipe de France a écarté les deux hommes de la sélection nationale, en attendant que la police et la justice l’ait éclaircie…

Cette décision est particulièrement injuste envers Valbuena, qui subit ainsi une double peine : victime d’un chantage, et écarté des Bleus. Pour faire bonne mesure dans le style racaille, Benzema s’est laissé aller à cracher par terre pendant que La Marseillaise retentissait dans le stade de Madrid en hommage aux victimes du 13 novembre. Son avocat, Me Alain Jakubowicz (par ailleurs président de la LICRA), devant le tollé général provoqué par ce comportement, s’est fendu d’un communiqué affirmant que geste avait été « mal interprété » et a fait valoir que Benzema avait exprimé sa solidarité avec les victimes sur ses comptes Twitter et Instagram… On voudrait bien le croire, ne serait-ce que pour garder encore quelques illusions sur l’incompatibilité de l’excellence footballistique avec une morale de voyou. Toute l’habileté du grand avocat Alain Jakubowicz ne nous empêchera pas cependant de trouver incongrue la brusque envie d’expulser un mollard de sa cavité buccale, devant les caméras du monde entier, au moment même où retentit l’hymne national…

Que se passe-t-il donc au sein de l’élite des joueurs français de football ? Depuis les incidents de la Coupe du monde en Afrique du sud, on avait, certes, fait son deuil de la belle légende « black-blanc-beur » du triomphe de 1998. Mais on voulait encore croire qu’il suffisait d’écarter quelques brebis galeuses, comme Nicolas Anelka, de la sélection nationale, pour que cette dernière retrouve sinon le chemin de la victoire, du moins celui de l’estime du public. Or, il apparaît que Mathieu Valbuena, en n’écoutant pas les conseils du « parrain » Benzema, de « voir » les maître chanteurs (entendre : payer et la boucler), court le risque de se trouver isolé au sein de l’équipe de France, boycotté et harcelé comme une vulgaire balance de quartier.

Cette lamentable histoire vient s’ajouter au scandale qui secoue les instances dirigeantes du football mondial, où l’on découvre un système mafieux de grande ampleur, où Michel Platini, notre vieille gloire nationale, est mouillé. Le poisson pourrit non seulement par la tête, mais par les nageoires et les arêtes !

Hommage aux victimes des attentats: la minute de silence respectée

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ecole college attentats banlieues

La sonnerie retentit, il est midi, ce lundi 16 novembre 2015. Les élèves se lèvent et se figent. Il n’y a pas un bruit dans la salle de permanence où s’entasse une soixantaine de collégiens. Je les observe. Il n’y a pas un sourire, pas une mimique, seulement le silence et la gravité. Quand prend fin cette minute, les élèves se rassoient et de la bouche d’un gamin de cinquième s’échappe un « merci ».

Dès l’annonce de l’organisation de cette cérémonie, les interrogations s’étaient multipliées : allait-on revivre les pénibles événements du 8 janvier, quand ce moment d’unité avait été brisé par des adolescents et de jeunes adultes, obligeant le ministère à concéder que des « incidents » avaient troublé, non seulement le silence, mais également les cours au cours desquels des élèves avaient « compris » voire « approuvé » les assassinats de journalistes ? Beaucoup d’enseignants savaient que cette injonction ministérielle les avait placés une fois encore en situation d’affronter l’immonde. Nous connaissions déjà l’irrespect, les réactions déplacées, les discours de haine. Nous nous souvenions des « et pourquoi on ne fait rien pour les enfants palestiniens ? » ou encore des « je ne me lève pas pour des juifs » qui avaient suivi « l’affaire Merah ». Rien de neuf sous la grisaille…

Ce 15 novembre 2016, les textos fleurissent donc sur mon téléphone : « tu me diras pour la minute de silence ? ». Oui, mais j’aurais pu dire ce que, avec beaucoup, je pressentais : tout allait bien se passer. Et tout s’est déroulé, dans l’ensemble, dans un religieux recueillement. Mais alors pourquoi maintenant et pas hier ? Pourquoi ces « incidents » après Charlie et l’Hyper casher et l’unitaire gravité d’aujourd’hui ?

Les raisons invoquées par certains ont de quoi faire sourire. On a ainsi pu entendre que le ministère avaient pris les devants, proposé des ressources pédagogiques et prodigué de précieux conseils ; que les profs avaient travaillé depuis janvier et œuvré à éclairer les esprits. Certes, le travail, tout comme le discours de l’institution ne doivent pas être négligés. Mais enfin, ce serait faire de la cécité volontaire le sport national que de ne pas accepter l’idée que les cibles des derniers attentats ont totalement changé la donne.

En effet, on ne tue plus pour ce que l’on fait (des soldats, des journalistes), ni pour une appartenance religieuse (des juifs). On tue, au hasard, de manière totalement arbitraire. Mes élèves l’ont très bien compris, surtout ceux qui habitent aux abords du Stade de France ou dans les rues adjacentes à la rue du Corbillon où s’est déroulé l’assaut du RAID. Les préjugés antisémites et les considérations religieuses n’ont plus droit de cité. Certains ont exprimé leur peur : « on est tous visés », « on peut tous mourir ». Ils ont raison. Cette prise de conscience d’élèves de 15 ans semble rejoindre celle de nombre d’adultes, rattrapés par l’histoire, rattrapés par ce qu’ils n’ont pas compris ou voulu comprendre. Pourtant, il suffisait d’accepter de voir. Aux actes antisémites du début des années 2000, qui n’ont jamais cessé, s’est ajouté le kidnapping et le meurtre d’un jeune homme, Ilan Halimi, parce qu’il était juif. Puis sont venus les assassinats de Montauban et de Toulouse perpétrés par Mohamed Merah contre des militaires et des juifs dont des enfants entre 4 et 7 ans. Des journalistes et encore des juifs en janvier 2015. Enfin, n’importe qui, tout le monde, en novembre. Ces victimes, juifs, militaires, journalistes ont rassuré : ils n’ont pas été visés « pour rien »… Ils ont permis aux paresseux de donner un sens aux actes : c’est terrible, affreux, mais je ne suis pas visé, je ne dessine pas et ne suis ni militaire ni juif. Penser comme cela, c’était ne rien avoir appris ni compris des gestes de Merah et des autres. Les juifs sont ainsi considérés par cet islam radical comme l’ennemi absolu, le paradigme de l’Occident honni. De fait, ils sont des vigies. Les agressions et assassinats dont ils sont les victimes auraient dû faire réagir davantage. Aujourd’hui, le bilan est dramatique, le choc est d’autant plus terrible qu’on ne s’y attendait pas.

Mais tout indiquait que nous pouvions nous y attendre. Les autorités, d’abord, qui, depuis janvier dernier, ont sans cesse rappelé les risques majeurs d’attentats meurtriers. Plusieurs tentatives de répliques des attaques de janvier auraient aussi dû alerter : Villejuif par exemple, le Thalys évidemment. Mais c’est comme s’il existait une incapacité à prendre conscience des drames évités.  « Jusqu’ici tout va bien » disait Vincent Cassel dans La Haine…

Au début des années 2000, des professeurs avaient alerté de  la montée des discours de haine[1. Cf. Les Territoires perdus de la République, Mille et une Nuits, octobre 2002, réédition, mars 2015.]. Je ne reviendrai pas sur l’accueil glacé qu’a réservé à ce « brûlot » une partie des médias et du monde politique. Néanmoins, me reviennent en mémoire les nombreuses accusations venues de ma gauche. Tout cela a d’abord été faux ou exagéré ; puis, au regard de l’évidence, on m’a dit : mais l’antisémitisme n’est pas l’apanage de jeunes musulmans… Sans blague ? On y ajoutait (on le fait toujours, au mépris de la réalité) la détresse sociale. Bref, tout était avancé pour minimiser et euphémiser. Nos détracteurs ne voyaient en nous que des racistes, de droite, parano… Ils n’ont pas voulu entendre ce que nous essayions alors de dire : les discours de certains élèves témoignaient des progrès de discours radicaux qui relevaient d’une vision politique inquiétante. Mes élèves n’ont jamais été, à quelques exceptions près, des idéologues, mais plutôt des relais d’opinion, celles qui circulent. C’est cela qu’il aurait fallu comprendre. Il ne s’agit pas de dire qu’il y a un lien déterministe entre la parole radicale et le passage à l’acte, ce serait ridicule et faux,  mais il aurait fallu la prendre  pour ce qu’elle était : une alerte. Certes, en 2002, il n’y avait ni la guerre en Syrie, ni Daech, mais le terreau idéologique qui allait mener à l’embrigadement de jeunes de nos banlieues et d’ailleurs était déjà à l’œuvre.

Depuis des années, c’est ce que nous sommes profondément qui est visé. Mes élèves, qui ont 15 ans, ont aujourd’hui compris la signification de la guerre qui nous est faite. Mais qu’une partie de l’opinion publique ne le perçoive que maintenant a de quoi sidérer. Ce n’est pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme. En décembre 2014, dans ces mêmes colonnes, révolté par l’indifférence face aux actes antisémites, j’écrivais ceci : « Les gens qui sont menacés, agressés, frappés peuvent remercier toutes ces belles âmes qui n’ont rien voulu voir ou qui continuent de s’aveugler. Ils les remercient avant, peut-être, si ce n’est déjà fait, de leur dire au revoir et bonne chance ». C’était un mois avant janvier 2015 et onze mois avant les carnages de novembre. Depuis, Pierre Manent a écrit dans Situation de la France : « Une seule chose en vérité paraît susceptible d’éduquer les nations, c’est l’expérience politique quand celle-ci est suffisamment brutale, pénétrante, bouleversante ». Méditons cette leçon.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00551705_000021.

Pas de tricolore sur mon balcon

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drapeau attentats paris monet

Non, je ne  pavoiserai pas mes fenêtres avec le drapeau tricolore comme Hollande m’a « invité » à le faire. J’en ai un pourtant un de drapeau, bien roulé, dans mon bureau. Il me sert pour les manifs ou les meetings, voire pour les victoires de l’équipe nationale de foot. Il faut savoir que du côté des communistes, si on aime le rouge, on aime bien aussi le tricolore, drapeau de l’émancipation représentée par la Révolution Française qui a toujours articulé l’amour de la Patrie avec l’universalisme ou, si vous préférez, la nation et l’internationalisme. Oui, assez étrangement, pour être internationaliste, il faut au départ une nation – sinon ça s’appelle la mondialisation.

Je n’ai donc aucune allergie au tricolore. J’en ai une, en revanche, et extrêmement forte, au festivisme macabre  que représente cette initiative présidentielle. Et ce pour plusieurs raisons.

Une raison étymologique d’abord. On ne pavoise que pour exprimer sa joie, pas son deuil. Le verbe pavoiser lui-même a acquis des connotations péjoratives avec le temps qui lui donne le sens d’une joie un peu arrogante. On pavoise pour un quatorze-juillet : se souvenir de la magnifique toile de Monet, Rue Montorgueil, une de ses plus éminemment joyeuses.  On ne pavoise pas, à tous les sens du terme, quand on va rendre hommage à cent-trente morts et que l’on réagit par une politique étrangère brouillonne et un état d’urgence. Etat d’urgence qui a eu promptement pour effet d’interdire les manifestations autour de la Cop 21, de perquisitionner les squats et les maraîchers bios et libertaires mais pas,  étrangement, de fermer les hypermarchés.

Mais la perte du langage adéquat aux faits n’est pas le moindre défaut des hommes politiques postmodernes qui n’ont plus de pouvoir réel et se débrouillent très mal avec les symboles puisqu’ils ne sont plus du tout conscients de faire partie d’un récit.

L’autre raison de mon insubordination, c’est qu’il s’agit d’une vision totalement américanisée du drapeau. Il suffit de voir les consignes données. Par exemple, si vous n’avez pas de drapeau, ce qui peut arriver, puisque ce n’est pas encore passible d’une fiche S, vous pouvez vous rendre sur un site gouvernemental et l’imprimer. Bon, il vaut mieux une imprimante couleur et vu le prix, autant aller s’acheter un drapeau… Mais attention, on nous le dit dans toutes les gazettes, c’est devenu un objet très fashion et les consommateurs se ruent dessus un peu partout. Mieux, vous êtes aussi encouragé à pavoiser le Web en prenant des selfies devant des drapeaux. C’est vrai que le selfie, c’est une preuve de recueillement, de chagrin, de douleur. C’est ballot, on aurait dû penser à en faire sur les lieux de l’attentat, devant les corps.

Troisième raison, comme toute initiative de ce genre, que vous pavoisez ou non, votre geste sera interprété par vos voisins. C’est un piège : vous pavoisez et cela vaut adhésion au gouvernement ou indication que vous êtes de droite, voire très à droite ; vous ne pavoisez pas, c’est que vous êtes un mauvais français, un qui n’aime pas son pays. Et là où l’on voudrait tant trouver un sentiment d’union, de fraternité, on fait naître le soupçon, le commentaire, la rumeur. « Il n’a pas mis son drapeau, ça m’étonne pas, sa femme est marocaine. » ou alors « Ce vieux facho, t’as vu, il a ressorti le drapeau de son régiment. Je suis sûr qu’il a torturé en Algérie. »

Enfin, dernière raison, je suis trop attaché à la liberté d’expression pour ne pas me méfier de cette sacralisation du drapeau.  Qu’il représente pour moi une histoire que j’estime être « en bloc » plutôt honorable, c’est mon opinion. Qu’il représente pour d’autres le drapeau d’une puissance impérialiste, coloniale, massacreuse et la bêtise nationaliste, c’est la leur et je la trouve parfaitement respectable, y compris par des temps qui sentent le « réarmement » moral.

On peut même avoir le désir de le profaner, de le brûler, ou de cracher dessus. De toute manière, il en a vu d’autres pour avoir peur de ces manifestations de haine infantile, le drapeau.

Et puis négocier cette liberté d’expression serait évidemment une victoire terroriste, une de plus…

*Image: wikicommons.

Hommage aux victimes des attentats: le SIG déraille

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sig guibert attentats paris

C’était une bonne idée, cette réappropriation des symboles de la nation. Le drapeau tricolore et la Marseillaise, hier décriés, l’un qu’on ne devait sortir qu’à l’occasion des matches de football, l’autre dont on jugeait les paroles trop belliqueuses, semblaient être à nouveau de saison. Il faut dire que nous sommes en guerre. Ça aide. Le Président de la République, en chef des armées, nous a donc demandé d’accrocher les couleurs nationales à nos fenêtres, en signe de communion, en ce jour d’hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre. Nous ne pouvions d’ailleurs imaginer autre chose qu’une communion nationale.

Et puis, en ce jeudi soir, nous avons découvert la dernière trouvaille du SIG (Service d’information du gouvernement).

Le gouvernement de la République nous encourage donc officiellement à faire des « selfies patriotiques ». Appréciez l’oxymore !

Qu’est ce qui a pu passer dans la tête de ceux qui ont conçu cette campagne de communication ? Un hommage de la nation à ses enfants morts, ce n’est pas un concours de guignolades. Comment associer cet hommage national au selfie, symbole par excellence de l’individualisation à outrance, de la mise en scène de sa petite personne ? Ce qui compte évidemment, c’est le commun. Dès lors, nous inciter à faire des selfies, peinturlurés comme si nous allions assister à un match de football, le jour où on rend un dernier hommage à ceux qui sont tombés sous le feu ennemi, c’est triste à en pleurer.

Il y a quelques jours, Philippe Guibert, l’ancien directeur du SIG publiait une analyse d’une grande lucidité sur le retour de la nation et de la souveraineté. Il évoquait aussi une « affirmation plus charnelle de la fierté nationale face à la tragédie » et ces jeunes qui se ruent sur le site de l’armée de terre pour s’engager. Ses successeurs ne font hélas pas dans l’analyse, mais dans la communication à deux balles. Quand Facebook a offert la possibilité à ses utilisateurs d’afficher leur photo sur un fond tricolore, il a permis à de nombreux Français d’exprimer publiquement leur attachement à leur patrie en ces heures graves, malgré les mauvais coucheurs qui viendraient immanquablement le leur reprocher. Les nouveaux dirigeants du SIG, eux, transforment le patriotisme en mode. Le drapeau tricolore, la Marseillaise, c’est devenu cool ! Eh bien non. Le drapeau tricolore, c’est sérieux, et la Marseillaise ne doit pas devenir une chanson de bistrot.

On voit déjà ces communicants compter le nombre de selfies et utilisateurs du hashtag #fiersdelafrance, et parader en fin de journée en exhibant ces chiffres dérisoires. Peut-être même le communicant en chef viendra-il en personne apporter les résultats du concours de selfies au Président de la République. Triste à pleurer, disais-je…

Gramsci juge la réforme du collège

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college najat gramsci mussolini

Marie Lucas, Normalienne actuellement détachée pour recherches à l’université de Pavie, consacre l’essentiel de son travail à Antonio Gramsci, dont les Cahiers de prison, rédigés durant sa longue incarcération, forment un bréviaire indispensable à tout vrai révolutionnaire. Elle m’a adressé le texte ci-dessous, où elle analyse la réforme du collège à la lumière de ce que le plus brillant penseur du Parti communiste italien pensait de la réforme de l’éducation lancée par le Duce. J’ai trouvé curieux que les analyses de Gramsci dans les années 1920 rejoignent celles de Jean-Claude Michéa (dans l’Enseignement de l’ignorance — indispensable) ou de Nico Hirtt (voir par exemple son analyse de « l’approche par compétences » — la base de ce socle commun qui est l’instrument de mort de l’école française).
Loin de moi, bien entendu, l’idée d’identifier Mme Vallaud-Belkacem à un homme qui a conduit l’Italie à l’abîme : elle est dans le camp du Bien, tout ce qu’elle propose est marqué du sceau de l’intelligence la plus pure et des meilleures intentions, et d’ailleurs le PS en sortira revigoré aux prochaines élections. Il s’agit donc essentiellement ici de préciser un point d’Histoire à l’intention des curieux. 

Jean-Paul Brighelli

 

Ce serait sans doute faire preuve d’audace ou de démesure que d’adresser à Mme Vallaud-Belkacem l’hommage qu’en 1923 Mussolini rendait à « la plus fasciste », disait-il, de ses réformes, celle de l’éducation. Le propos peut surprendre, l’analogie dérouter. Il n’y a pourtant là aucun paradoxe, et la réforme que l’on nous concocte actuellement rue de Valois, celle du « collège de l’épanouissement et de la citoyenneté » promis pour 2016, répète et, à bien des égards, prolonge les ambitions qu’Antonio Gramsci condamnait du fond de sa cellule. Ce marxiste clairvoyant avait bien compris où mèneraient les fantaisies pédagogiques de son temps : les initiatives du nôtre voudraient-elles lui donner raison ?

Si l’on en croit le site de l’Education nationale, la réforme projetée n’ambitionne rien de moins que d’éradiquer l’ennui et la stérilité du travail scolaire pour se préoccuper enfin de « la future insertion des collégiens » : une inspiration qui bien sûr ne ressemble en rien à celle qui conduisit Giovanni Gentile, ministre mussolinien de l’Instruction publique, à s’émanciper de l’école traditionnelle pour engendrer l’« homme nouveau » rêvé par le régime. Déjà était en cause l’austérité de l’enseignement traditionnel — et le Duce, ancien instituteur, en savait quelque chose. Expurger l’école primaire de ses éléments dogmatiques et livresques, valoriser les activités récréatives et manuelles susceptibles de laisser s’épanouir l’expression spontanée de chacun, c’est ce que l’inspirateur des programmes, Lombardo-Radice, préconisait sous le doux nom d’« école sereine ». Les audacieux pédagogues du régime espéraient substituer à la férule du maître l’autonomie encouragée de l’enfant-poète (fanciullo-poeta) ; ils ne pourraient qu’applaudir le collège version 2016 pour ses « formes simples et coopératives », ses travaux collectifs et autres « pratiques interdisciplinaires », voire, s’ils avaient eu accès à cette merveilleuse évolution technique, pour l’irruption du « numérique dans toutes ses dimensions ».
L’autre volet de la grande œuvre pédagogique mussolinienne consistait à privilégier, dès le secondaire, un enseignement spécialisé et fonctionnel, destiné à faciliter l’insertion professionnelle. Il s’agissait de diriger la grande majorité des élèves vers « l’école du Travail » et de réserver « l’école du Savoir », celle des humanités, à une élite issue des classes bourgeoises. Ceux-là mêmes qui affluent aujourd’hui vers la dernière place forte du latin et du grec, l’école privée…
Mais ce volet-là nous en avons eu un arrière-goût il y a quatre ans sous le nom poétique de « réforme du lycée ».

L’un des plus virulents opposants à cette révolution pédagogique fasciste fut Antonio Gramsci, qui le premier dénonça la remise en cause d’une école « désintéressée » (cahier 12, § 1, mai-juin 1932). Pour le grand penseur marxiste, l’école dite traditionnelle avait vocation à transmettre une culture encore indifférenciée et non discriminante, et avec elle la « puissance fondamentale de penser et de savoir se diriger dans la vie ». À cette fin, elle enseignait le latin pour « habituer à raisonner » à l’aide d’une grammaire abstraite, aussitôt appliquée à une réalité culturelle concrète. L’élève accédait ainsi à des « expériences logiques, artistiques, psychologiques sans se regarder continuellement dans le miroir ». Par-dessus tout, Gramsci s’effrayait des mesures bannissant l’effort de l’apprentissage. Le préjugé voulant que « les difficultés soient artificielles » oublie, soulignait-il, que « l’étude aussi est un métier, et très pénible, avec son apprentissage propre, non seulement intellectuel mais aussi musculaire et nerveux ». Or, poursuivait-il, les rejetons privilégiés sont mieux disposés pour un tel « processus d’adaptation psycho-physique » (ibid., § 2), de sorte qu’en le perdant de vue, c’est aux plus déshérités que l’on retire la possibilité d’acquérir les facultés de concentration propices à l’étude.

Pour un communiste, l’école devrait être « l’instrument pour élaborer les intellectuels de toute catégorie » (ibid., § 1). En cédant à la tendance, redoutée par Gramsci, à « rendre facile ce qui ne peut l’être sans être dénaturé », le gouvernement favorise irrémédiablement la paralysie sociale. Tétanisé devant le spectre souvent nominal d’une « discrimination », il se refuse à opérer ce que notre fervent communiste réclamait : « un mécanisme pour sélectionner et faire avancer les capacités individuelles de la masse populaire, qui aujourd’hui sont sacrifiées à des expériences sans issue » (ibid., §1). Car, toujours selon Gramsci, le mérite des sociétés démocratiques est de permettre, grâce à élargissement de la base éduquée, la croissance de « cimes intellectuelles » d’origines sociales variées.

En homme issu du peuple et caressant l’idéal d’une société sans classes, le philosophe communiste ne pouvait souffrir l’affaissement intellectuel que l’Italie populaire serait la première à subir. Incapable de frayer une voie au talent, elle ne fournirait plus que la « classe instrumentale » dont la « classe dirigeante » avait besoin… Comment espérer mieux de la réforme à laquelle notre sémillante ministresse — puisqu’elle tient au féminin, allons-y — entend attacher son nom ? Sait-elle que l’homme nouveau dont elle prépare l’avènement est le même que celui qu’appelaient de leurs vœux les régiments du Ventennio ? « Me ne frego », semble dire notre radieuse réformatrice aux « pseudo-zintellectuels » qui s’inquiètent…

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00725993_000004.

Taubira, la ministre fantôme

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taubira goodyear terrorisme

Le cas Christiane Taubira reste un sujet de perplexité pour ceux qui ont eu l’occasion de la croiser avant et connaissent un peu les choses de la justice. Voilà quelqu’un dont la carrière politique n’avait pas particulièrement appelé l’attention et dont le positionnement la situait quand même très vaguement à gauche. Sa nomination casting, femme et noire, à un poste particulièrement difficile, avait suscité une certaine surprise. Après l’échec de Rachida Dati, sa cousine en représentante de la diversité, il y avait quand même un risque. Il faut savoir que si elle n’est pas dénuée de caractère et de talent, Christiane Taubira n’est absolument pas intéressée par le ministère qu’elle occupe. Elle l’a laissé prendre en main par des représentants de la petite secte du « mur des cons ». L’essentiel de son occupation consistant à user ses six directeurs de cabinet successifs, et à sculpter sa statue. Par de multiples provocations, elle a fourni à l’opposition une tête de turc en or. Situation dont elle profite pour se faire passer pour une icône de la gauche. Et elle espère bien pouvoir en profiter par la suite.

Cela étant, cette désinvolture et son désintérêt pour sa charge peuvent avoir des conséquences terriblement gênantes. Après la tragédie de janvier, on pouvait espérer et le gouvernement s’y était engagé, une prise en compte plus sérieuse de la question terroriste et de la manière de la traiter. Le rôle de l’appareil judiciaire était central. Tout le travail de prévention et de répression devait se faire sous sa conduite. La catastrophe du 13 novembre est aussi, qu’on le veuille ou non, l’échec de la justice et de celle qui la conduit. Restée, on le comprend, muette pendant près d’une semaine. Aucune contorsion ne permet d’échapper à ce principe de responsabilité républicaine élémentaire. En tout cas, François Hollande en a pris acte, puisque c’est pour faire face à cette défaillance qu’il a décidé de confier directement, avec l’état d’urgence, la mission à l’administration et à la police.

Il semble qu’il y ait d’autres priorités, place Vendôme.  Alors qu’ils appelaient à l’unité nationale, François Hollande et Manuel Valls n’ont pas demandé au PDG d’Air France d’éviter de mettre à la rue les salariés  impliqués dans les incidents de Roissy, provoqués par l’annonce de 1300 licenciements. On se rappelle que Manuel Valls s’était précipité chez  Alexandre Juniac l’ancien collaborateur de Sarkozy, pour les qualifier de « voyous ». Cela n’étonnera personne, ces gens ne sont pas de gauche. Christiane Taubira prétend l’être. Chef du parquet, en ces temps « d’union sacrée », peut-être aurait-il été généreux de demander au procureur d’abandonner les poursuites pénales à leur encontre, eux qui ont déjà perdu leurs emplois sans aucune indemnité? Des syndicalistes ? Vous n’y pensez pas, bien pire que les terroristes ceux-là.

Chef du parquet toujours, il ne lui est pas venu non plus à l’idée de d’enjoindre au procureur du tribunal correctionnel d’Amiens de prendre le 24 novembre dernier, des réquisitions d’apaisement dans l’affaire Goodyear. Alors même que la société avait retiré sa plainte. Non non, quand on est de gauche comme Christiane Taubira,  il faut être impitoyable avec les syndicalistes CGT et les salariés licenciés qui osent protester quand on les met à la rue. Deux ans de prison requis dont un ferme. Petit rappel, six mois avec sursis ont été infligés le même jour pour l’émir de l’Ariège expert en endoctrinement de jeunes des cités. Et ce ne sont pas les quatorze suicides intervenus depuis le conflit parmi les salariés de Goodyear licenciés qui risquaient d’amadouer le parquet. De dangereux terroristes on vous dit.

Une ministre de la justice de gauche se doit de ne pas être laxiste.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731036_000017.

Paris Photo annulée, mais Paris Photo restaurée!

Le 11 novembre a été inaugurée la 19ème édition de la foire Paris Photo au Grand Palais avec près de 180 exposants, galeries et éditeurs compris. L’événement a mis à l’honneur des œuvres sérielles ainsi que des projets hors normes. Pourtant, cette foire a dû fermer ses portes le week-end suivant les attentats du vendredi 13 novembre et estime à environs 30% ses pertes commerciales. C’est à l’initiative de la galerie Alain Gutharc qu’un rendez-vous des galeries parisiennes aura lieu le 27 et 28 novembre prochains dans leurs propres espaces. En attendant, voici quelques œuvres des photographes présentés.

Notre attention s’est d’abord tournée vers le magnifique travail de Viviane Sassen dans son Lexicon and other works. Une installation de 30 photographies qui avait déjà rencontré le succès lors de la 55ème biennale de Venise. Ce n’est pas un hasard que la photographe néerlandaise vienne de la mode, son geste artistique se concentrant exclusivement sur l’harmonie des lignes. Sassen décrit la logique de la représentation de son travail comme une sorte « d’ordre du chaos », tout en ajoutant qu’elle ne construit pas des séries mais travaille plutôt sur des collections afin de créer une résonance entre les images. Ces dernières sont des portraits dont l’élégance des lignes et des contrastes créent du sens, bien plus que les expressions des protagonistes dont il est question. L’artiste s’explique sur le choix volontaire de ces visages voilés par quelques ombres ou inclinations : « Je ne montre pas les visages parce que je ne veux pas qu’il soit question de cela dans mon travail ». Sa série sur le Kenya et l’embrassement organique des corps dans des lignes pures fait appel à quelque chose de ce que disait Barthes dans son ouvrage sur la photographie La chambre claire : « ils sont collés l’un à l’autre, membre par membre, comme le condamné enchaîné à un cadavre dans certains supplices ».

La galerie Daniel Blau a fait le choix des archives avec l’œil voyeur de Weegee qui saisit différentes scènes de rues dans les années 30 à 40, accidents de voitures, incendies et autres mésaventures quotidiennes. Celle-ci propose également la série « Life is not a test » qui regroupe, dans un désir d’unité, des archives vintage collectées à travers différents marchés qui représentent les images des essais de l’arme nucléaire dans le Pacifique jusqu’au désert du Nevada. Enfin ce sont des images des premiers pas sur la lune de la NASA dont les photographes ne sont autres que les premiers cosmonautes du projet Apollo VIII et Apollo XI tels que William Anders.

Quant à la galerie parisienne des Filles du Calvaire, elle présente deux artistes féminines notables. Une photographie de Corinne Mercadier où l’œil recèle la rencontre accidentelle du tissu et d’un personnage (ou le trouble de l’identité) sur un format 16/9 cinématographique (La carte du ciel, Série le ciel commence ici, 2014). puis la géométrie massive d’un observatoire émergeant des eaux brumeuses , œuvre de l’artiste Noémie Goudal qui n’est pas sans rappeler quelques réflexions benjaminiennes sur le statut de la ruine. Un commentateur dit que « son travail donne à voir des constructions énigmatiques, des ruines modernes dont le béton semble être le matériau privilégié, celui d’une civilisation sèche et sans âmes dont les utopies se noient dans on en sait quel lac » (in The geometrical determination of the sunrise par Bernard Marcelis, Actes sud, prix HSBC pour la photographie, 2013).

La galerie Michèle Chomette expose l’œuvre de Eric Rondepierre qui a été soumis à une drôle de session psychanalytique en pleine foire, mais nous nous sommes plus particulièrement attardés sur ces panoramas qui reconstituent à partir de photogrammes de films les décors d’intérieurs que nous reconnaissons : l’inquiétante demeure du film Shining, la chambre de George Peppard dans Breakfast at Tiffany’s ou encore le salon hitchcockien de The Rope.

Un peu plus loin, la galerie Danziger présente une exposition personnelle de l’artiste Hans Breder qui combine à travers ses clichés, et depuis les années 60, plusieurs genres artistiques à la croisée entre la sculpture et la performance. Ses nus, qu’ils soient nés de l’écume ou modèles posant en atelier, sont confrontés au dispositif du miroir qui photographié rend au sujet une modernité flagrante pour l’époque de cette production.

Enfin, comme à chaque édition, Paris Photo offre  l’occasion d’admirer des photographies rares et habituellement peu exposées. Les paysages incroyables d’Ansel Adams ont bien évidemment leur place (avec une mention spéciale pour « Moonrise » Prise au Nouveau Mexique et proposé autour de 500 milles euros), tout comme les classiques américains comme Robert Frank ou William Eggleston. Nous avons également remarqué la présence dans plusieurs galeries des photographies de Bernd et Hilla Bescher, qui ont tant influencé la photographie contemporaine, en documentant l’Allemagne industrielle mourante, avec un esthétisme frontal et presque scientifique.

Ce Paris Photo 2015 a en outre mis en valeur les originaux incroyables du projet « North American Indian » de Sheriff Curtis, photographe ethnologue qui captura, sur des plaques de verres, les portraits des indiens d’Amérique du nord, au début du siècle dernier, en pleine extinction de ce peuple. En résulte un travail remarquable entre le document scientifique et la photo esthétique, mis en valeur par ces magnifiques originaux. Vivement la suite !

Vade-mecum de l’AMF: laïcité, laïcité chérie…

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vade-mecum laïcité AMF

Dix mois après l’hystérie laïciste qui avait suivi les attentats de janvier 2015, voilà que l’Association des maires de France nous remet le couvert. 

C’est donc reparti pour un tour ! Son Vade-mecum [1. Un vade-mecum qui préconise notamment la suppression des menus de substitution dans les cantines scolaires et l’interdiction des crèches de Noël dans les lieux publics, ce qui suscite, à travers le pays, un vent de protestation.] à l’usage des élus locaux vaut le détour. « Il nous est apparu essentiel de réaffirmer avec force les contours et la substance de cette valeur, véritable fondement de notre République » écrivent François Baroin et André Laignel. Fort bien, mais encore ?

L’Etat a-t-il besoin d’une philosophie officielle ?

La réponse nous est fournie à la page suivante où il est écrit : « La laïcité, depuis plus d’un siècle, revêt un double sens. C’est un mode d’organisation juridique et politique de la société, issu de la loi de 1905 qui acte la séparation des églises et de l’État. Mais c’est aussi une approche philosophique du vivre ensemble, que l’on peut qualifier d’humaniste parce qu’elle ne se réfère à aucun dogme religieux, ni à aucune vérité « révélée », et qu’elle n’est soumise à aucun appareil religieux. » 

Autant il est possible de souscrire à la référence concernant la loi de 1905, autant il me semble délicat de prétendre imposer aux citoyens de ce pays une philosophie officielle, fut-elle humaniste. Car, l’expérience le montre, on passe vite, alors, d’une philosophie libre de toute sujétion à l’égard des dogmes religieux, à une philosophie qui prétend les nier ou, tout du moins, interdire aux citoyens de s’y référer ouvertement et collectivement dans le débat public. C’est là la porte ouverte à un athéisme d’Etat dont on n’a pas gardé, du XXe siècle, le souvenir qu’il ait réellement servi le vivre ensemble.

Les citoyens de ce pays sont nombreux à contester cette vision, héritée des Lumières, selon laquelle il n’y aurait légitimement place pour aucun « corps intermédiaire » entre l’individu et l’Etat. Où le libéralisme, souvent inhumain dans ses effets, se prévaudrait d’une forme d’humanisme à vocation universaliste. Au nom des valeurs mêmes de la République.

Comment a-t-on pu, en janvier 2015, nous donner pour modèle un magazine satirique se définissant lui-même comme « journal irresponsable » ? L’irresponsabilité, sous couvert de liberté d’expression, serait-elle devenue une valeur à enseigner dans les écoles de la République ? C’est en s’appuyant sur cette idéologie promue philosophie qu’on a vu de grandes signatures de la presse exiger du Parlement l’inscription dans la loi d’un prétendu droit au blasphème, alors même que le blasphème n’est susceptible d’aucune poursuite. Autoriser formellement ce qui n’est pas interdit et procède simplement de notre liberté serait-il devenu une valeur de la République ? Est-ce la délivrance d’une pièce officielle d’identité qui seule nous autorisera demain à dire « je suis » dans l’espace public ?

Pray for Luc Le Vaillant

Dans les colonnes de Libération, quelques jours après le vendredi sanglant qui a endeuillé la capitale, Luc le Vaillant dénonçait le hashtag venu des Etats-Unis « prayforparis » qui a envahi les réseaux sociaux et qui lui « colle des boutons, d’autant qu’il est repris par le monde entier ». Preuve que le monde entier se moque comme d’une guigne de cette prétention française à l’universalité d’une laïcité qui, de l’Etat voudrait envahir la totalité du champ social. Il n’appartient pas plus à Luc le Vaillant de nous interdire de prier publiquement pour Paris que pour le salut de son âme. Cela ressort de notre seule liberté d’expression.

Le Grand Orient de France comme « personne ressource »

Comme pour nous rassurer, les auteurs du Vade Mecum nous précisent en introduction que ce document ne constitue qu’une première étape dans une démarche de reconquête de la laïcité qui devra, notamment, se pencher sur la question du concordat toujours en vigueur en Alsace Moselle. Si elle manque d’inspiration, l’AMF pourra toujours s’inspirer du récent document publié par le Grand Orient de France dont François Baroin devrait pouvoir retrouver l’adresse, sans difficulté, dans ses papiers de famille[2. « Vingt-cinq propositions pour une république laïque au XXIe siècle ». 9 décembre 2014.].

Entre autres joyeusetés, le GOF propose, par exemple, à l’article 14 de « mettre un terme au financement public des activités consistant en l’exercice d’un culte, même présentées comme culturelles ». Le 20 septembre dernier avait lieu l’inauguration officielle de la nouvelle cathédrale de Créteil (Val-de-Marne). Etaient présents, outre le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve et le Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, tous deux membres du parti socialiste, le député-maire également socialiste de Créteil, Laurent Cathala et le président communiste du Conseil départemental, Christian Favier. L’un et l’autre on redit pourquoi la ville de Créteil et le département du Val-de-Marne avaient contribué au financement de l’espace culturel de la nouvelle cathédrale (galerie d’exposition, auditorium et salle de conférence) dans le respect scrupuleux de la laïcité et des lois de la République.

Le 7 octobre, j’animais dans la nef de cette même cathédrale, autour de l’encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato si’, un débat public auquel participaient notamment la maire-adjointe MoDem du Plessis-Trévise, Sabine Patoux, et le maire communiste de Champigny, Dominique Adenot. Faut-il voir dans cette manifestation, comme le suggère l’article 14 du document pré-cité « une activité consistant en l’exercice d’un culte, même présentée comme culturelle » ? Qui, dans la vie réelle, sert le mieux la laïcité et le vivre ensemble : les élus du Val-de-Marne ou les frères de la rue Cadet ?

On connaît l’expression attribuée à André Malraux selon laquelle « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». L’Association des maires de France a décrété que le XXIe siècle ne serait pas. A cette imbécilité prétentieuse nous pouvons opposer que le XXIe siècle sera, qu’il sera entre autres religieux comme le furent les précédents, et que l’AMF devra bien s’y faire.

*Photo : Wikipedia.

«Alerte anthrax» à la grande mosquée de Bruxelles

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Bruxelles (AFP) – La Grande mosquée de Bruxelles a été entourée jeudi d’un périmètre de sécurité à la mi-journée après la découverte d’un paquet suspect rempli d’une poudre, et onze personnes ont été décontaminées de manière préventive, a-t-on appris auprès des pompiers.

« Un colis a été trouvé à l’entrée de la mosquée, à l’intérieur de la poudre a été retrouvée », a indiqué une porte-parole des pompiers sur place.

« Nous prenons toutes les mesures préventives au cas où ce serait de l’anthrax, mais c’est une mesure de précaution », a-t-elle souligné.

« Il n’y a absolument aucun danger pour personne », a-t-elle encore affirmé.

La Grande mosquée, gérée par l’Arabie saoudite, se trouve à deux pas du siège de la Commission européenne et du Conseil européen.

Deux pièces ont été isolées et onze personnes décontaminées par mesure de précaution. Il s’agit de neuf fidèles et deux policiers, qui étaient les premiers à intervenir. Ils ont été transportés à l’hôpital pour des vérifications.

« J’ai parlé au téléphone avec le personnel (de la mosquée) et on m’a dit que l’imam avait trouvé le paquet et qu’il avait des soupçons », a rapporté à l’AFP un fidèle, Mohamed Dahmichi, qui se tenait de l’autre côté de la rue pendant l’intervention des pompiers.

« Ce n’est pas bon. Avec tout ce qui se passe à Bruxelles en ce moment, j’ai peur de quitter la maison », a-t-il poursuivi.

D’autres mosquées de la région de Bruxelles ont reçu des menaces, notamment l’établissement Attadamoune de Molenbeek-Saint-Jean, qui a reçu en début de semaine des menaces de mort à l’encontre de la communauté musulmane signées par « l’Etat chrétien ».

Bruxelles se trouve en alerte maximale de menace terroriste depuis samedi, même si le métro et les écoles ont rouvert mercredi. D’importants dispositifs de sécurité sont installés dans la ville.

Contre l’islamisme, une seule allégeance: la nation

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Après les attentats du 13 novembre, nous avons pris  conscience d’un vide en France. Un manque de communion, l’absence d’un sentiment d’appartenance que nous avons appelé de nos vœux et retrouvé dans le deuil, mais que nous avions perdu au quotidien. C’est ce manque qui a laissé éclore et prospérer le radicalisme religieux. Ecrivons-le tranquillement : notre ennemi s’appelle le radicalisme islamiste. Il est devenu évident que la France s’est montrée trop laïque avec l’Etat, et pas assez avec les religions, et particulièrement la dernière arrivée, à savoir l’islam. Ce faisant, nous n’avons plus fait nation, et plus fait société.

La religion catholique, par la coercition législative, est devenue ce qu’elle doit être : un corpus de croyances et de pratiques compatibles avec le régime républicain, sans statut ni revendication politiques. C’est maintenant à l’islam de faire cette mue, y compris par une coercition identique. Nous pensions disposer d’outils législatifs suffisants. La laïcité est inscrite comme principe constitutionnel depuis 1946 et 1958, mais ne nécessite aucune adhésion active des citoyens pour être appliquée. La loi de 1905 s’avère hélas trop poreuse. Parce que des lois, pour inscrites dans le marbre qu’elles soient, restent largement tributaires des hommes chargés de les faire respecter.
Lors de l’affaire Baby-Loup, la Cour de Cassation avait heureusement servi de supplétif à un personnel politique et à des intellectuels d’une grande lâcheté. Il n’y a guère eu qu’Elisabeth Badinter qui se soit montrée à la hauteur des événements.

En vérité, la France a oublié de faire aimer la patrie et la République telle qu’elle s’incarne dans un territoire.L’école est gratuite, laïque et obligatoire depuis 1882. L’application de la laïcité, qui voulait mettre autant à distance le religieux que l’Etat, n’a fait reculer que le culte de l’Etat, là où on percevait le patriotisme comme aussi obscurantiste que la religion.
Nous avons par exemple remisé au rang de folklore le baptême républicain. Nos pudeurs excessives le font appeler maintenant baptême civil. C’est pourtant une très belle cérémonie dirigée en général par le maire et au cours de laquelle marraine et parrain s’engagent à élever leur filleul dans le culte de la raison.

La nature a horreur du vide et le consumérisme ne nourrit plus son homme. Il existe un besoin qu’Abdennour Bidar nomme « besoin indépassable de spirituel ». Je préfère personnellement mettre en avant la nécessité d’une transcendance qui permette de faire nation. Le vivre-ensemble et son relativisme culturel, chacun de son côté du périphérique, ont assez vécu. Il est urgent de se montrer plus laïc avec l’islam et moins avec l’Etat. Cela demande un effort politique, déjà accompli en 1905 vis-à-vis de l’Eglise catholique. Précisons que la séparation des cultes et de l’Etat, la laïcité, n’aurait jamais du empêcher que les valeurs de la République ne soient promues activement au sein des institutions de l’Etat comme l’école. Une triangulation mortifère s’est faite entre ce vide politique, le prosélytisme religieux d’ambassadeurs des théocraties pétrolières, l’assignation à résidence de populations devenues ethniquement et religieusement homogènes, assignation que les élus des quartiers, droite et gauche confondues, ont favorisée, y voyant le moyen de s’assurer des clientèles captives. Ces élus ont laissé les prédicateurs remplacer les grands frères.

Une solution prétendait être apportée avec la mise en œuvre de l’Enseignement Moral et Civique dès cette rentrée, en lieu et place de l’Education Civique. Dans un paradoxe typiquement socialiste, ce programme s’avère très insuffisant et prétend prendre la place des parents dans la transmission de pratiques élémentaires comme l’hygiène corporelle, tout en se gardant bien de transmettre un commun politique, de nourrir un patriotisme que l’Etat peut en exiger comme élémentaire contrepartie à ce service public gratuit. Un exemple de ce mouvement de balancier : dans le cycle 4 (c’est –à-dire celui qui concerne les niveaux de 5ème, 4ème, 3ème), on trouve les indications suivantes dans la séquence nommée la sensibilité : soi et les autres.

Connaissances, capacités et attitudes visées

Objets d’enseignement

3/a – Comprendre la diversité des sentiments d’appartenance civiques, sociaux, culturels, religieux

– Expressions littéraires et artistiques et connaissance historique de l’aspiration à la liberté.

– La francophonie.

– Sentiment d’appartenance au destin commun de l’humanité

Notons le relativisme qui fait placer le sentiment civique au même niveau que les autres. À aucun moment n’apparaît la nécessité de faire comprendre que le sentiment d’appartenance religieux, pour légitime et fort qu’il soit, est inférieur en droit et en exposition publique au sentiment d’appartenance nationale.

Hélas, le programme  passe de ce morcellement des identités particulières à l’universel. Culpabilité postcoloniale ? Volonté de maintenir la paix sociale ? Quand nos élus et nos élites comprendront-ils que notre neutralité passe pour de la faiblesse, une désertion face aux prédicateurs enrôlant une armée de conquête ? Que la démocratie ne doit pas être un régime faible ?

La structure presbytéro-synodale de l’islam soulève des problèmes, faute de clergé et de hiérarchie capable de chasser les brebis galeuses. L’Etat doit donc intervenir et sa capacité coercition relève de ses missions régaliennes. Car la liberté ne signifie pas faire n’importe quoi, ou laisser faire ces prêcheurs de haine, mais avant tout obéir à la loi qu’on se donne démocratiquement.  Loin du relativisme cultuel, il faut retrouver l’exigence républicaine. Et poser aux habitants la question de l’allégeance. Quel gros mot j’emploie ici, qui fera hurler les gaucho-extrémistes. L’allégeance que le Larousse définit comme l’« obligation de fidélité et d’obéissance qui incombe à une personne envers la nation à laquelle elle appartient et le souverain dont elle est sujette. Manifestation de soutien, voire de soumission envers quelqu’un, un groupe ».

J’ai d’ailleurs pris l’habitude de dire à mes élèves de REP, qui n’ont que le bled à la bouche, qu’ils devaient à tout le moins respecter la France, ou la quitter. Ils sont fils de Français, petits-enfants d’immigrés, et pourtant s’embourbent dans un statut d’extra-territorialité. Ils se sentent prisonniers d’un conflit de loyautés, pensant trahir un pays qui n’est pas le leur s’ils admettaient aimer la France. Puisque ce sentiment naturel n’est pas spontané, il faut l’enseigner. Ce bled qu’ils mythifient, ils ne le connaissent que le mois d’été, en vacances, avec un niveau de vie français. C’est eux qu’il faut réconcilier avec ce qu’ils sont : Français. C’est une question qu’il faut poser aux candidats à la naturalisation, mais aussi à ceux « qui se sont donnés la peine de naître » en France. « Gaulois » ou fils et descendants d’immigrés. La verbalisation de cette allégeance permettra de métaboliser les distances, les rejets et de dédramatiser le fait, si naturel dans d’autres pays, d’aimer sa patrie.

*Photo: pixabay.

Bienvenue au Racaille Football Club!

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L’entretien accordé au Monde par Mathieu Valbuena est proprement hallucinant ! Victime d’une tentative de chantage à propos d’une « sextape » volée dans son téléphone portable, il raconte par le menu et de manière fort convaincante comment son coéquipier de l’équipe de France, Karim Benzema, a fait pression sur lui pour qu’il cède aux exigences des corbeaux. L’attaquant vedette du Real Madrid, originaire d’un quartier sensible de la banlieue lyonnaise, se faisait ainsi le relais de ses copains de cité, complices présumés de ce chantage. Valbuena, aujourd’hui avant-centre de l’Olympique Lyonnais, l’ancien club de Benzema, ne s’est pas laissé impressionner, et a remis l’affaire entre les mains de la police. Embarrassé, le staff de l’équipe de France a écarté les deux hommes de la sélection nationale, en attendant que la police et la justice l’ait éclaircie…

Cette décision est particulièrement injuste envers Valbuena, qui subit ainsi une double peine : victime d’un chantage, et écarté des Bleus. Pour faire bonne mesure dans le style racaille, Benzema s’est laissé aller à cracher par terre pendant que La Marseillaise retentissait dans le stade de Madrid en hommage aux victimes du 13 novembre. Son avocat, Me Alain Jakubowicz (par ailleurs président de la LICRA), devant le tollé général provoqué par ce comportement, s’est fendu d’un communiqué affirmant que geste avait été « mal interprété » et a fait valoir que Benzema avait exprimé sa solidarité avec les victimes sur ses comptes Twitter et Instagram… On voudrait bien le croire, ne serait-ce que pour garder encore quelques illusions sur l’incompatibilité de l’excellence footballistique avec une morale de voyou. Toute l’habileté du grand avocat Alain Jakubowicz ne nous empêchera pas cependant de trouver incongrue la brusque envie d’expulser un mollard de sa cavité buccale, devant les caméras du monde entier, au moment même où retentit l’hymne national…

Que se passe-t-il donc au sein de l’élite des joueurs français de football ? Depuis les incidents de la Coupe du monde en Afrique du sud, on avait, certes, fait son deuil de la belle légende « black-blanc-beur » du triomphe de 1998. Mais on voulait encore croire qu’il suffisait d’écarter quelques brebis galeuses, comme Nicolas Anelka, de la sélection nationale, pour que cette dernière retrouve sinon le chemin de la victoire, du moins celui de l’estime du public. Or, il apparaît que Mathieu Valbuena, en n’écoutant pas les conseils du « parrain » Benzema, de « voir » les maître chanteurs (entendre : payer et la boucler), court le risque de se trouver isolé au sein de l’équipe de France, boycotté et harcelé comme une vulgaire balance de quartier.

Cette lamentable histoire vient s’ajouter au scandale qui secoue les instances dirigeantes du football mondial, où l’on découvre un système mafieux de grande ampleur, où Michel Platini, notre vieille gloire nationale, est mouillé. Le poisson pourrit non seulement par la tête, mais par les nageoires et les arêtes !

Hommage aux victimes des attentats: la minute de silence respectée

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ecole college attentats banlieues

ecole college attentats banlieues

La sonnerie retentit, il est midi, ce lundi 16 novembre 2015. Les élèves se lèvent et se figent. Il n’y a pas un bruit dans la salle de permanence où s’entasse une soixantaine de collégiens. Je les observe. Il n’y a pas un sourire, pas une mimique, seulement le silence et la gravité. Quand prend fin cette minute, les élèves se rassoient et de la bouche d’un gamin de cinquième s’échappe un « merci ».

Dès l’annonce de l’organisation de cette cérémonie, les interrogations s’étaient multipliées : allait-on revivre les pénibles événements du 8 janvier, quand ce moment d’unité avait été brisé par des adolescents et de jeunes adultes, obligeant le ministère à concéder que des « incidents » avaient troublé, non seulement le silence, mais également les cours au cours desquels des élèves avaient « compris » voire « approuvé » les assassinats de journalistes ? Beaucoup d’enseignants savaient que cette injonction ministérielle les avait placés une fois encore en situation d’affronter l’immonde. Nous connaissions déjà l’irrespect, les réactions déplacées, les discours de haine. Nous nous souvenions des « et pourquoi on ne fait rien pour les enfants palestiniens ? » ou encore des « je ne me lève pas pour des juifs » qui avaient suivi « l’affaire Merah ». Rien de neuf sous la grisaille…

Ce 15 novembre 2016, les textos fleurissent donc sur mon téléphone : « tu me diras pour la minute de silence ? ». Oui, mais j’aurais pu dire ce que, avec beaucoup, je pressentais : tout allait bien se passer. Et tout s’est déroulé, dans l’ensemble, dans un religieux recueillement. Mais alors pourquoi maintenant et pas hier ? Pourquoi ces « incidents » après Charlie et l’Hyper casher et l’unitaire gravité d’aujourd’hui ?

Les raisons invoquées par certains ont de quoi faire sourire. On a ainsi pu entendre que le ministère avaient pris les devants, proposé des ressources pédagogiques et prodigué de précieux conseils ; que les profs avaient travaillé depuis janvier et œuvré à éclairer les esprits. Certes, le travail, tout comme le discours de l’institution ne doivent pas être négligés. Mais enfin, ce serait faire de la cécité volontaire le sport national que de ne pas accepter l’idée que les cibles des derniers attentats ont totalement changé la donne.

En effet, on ne tue plus pour ce que l’on fait (des soldats, des journalistes), ni pour une appartenance religieuse (des juifs). On tue, au hasard, de manière totalement arbitraire. Mes élèves l’ont très bien compris, surtout ceux qui habitent aux abords du Stade de France ou dans les rues adjacentes à la rue du Corbillon où s’est déroulé l’assaut du RAID. Les préjugés antisémites et les considérations religieuses n’ont plus droit de cité. Certains ont exprimé leur peur : « on est tous visés », « on peut tous mourir ». Ils ont raison. Cette prise de conscience d’élèves de 15 ans semble rejoindre celle de nombre d’adultes, rattrapés par l’histoire, rattrapés par ce qu’ils n’ont pas compris ou voulu comprendre. Pourtant, il suffisait d’accepter de voir. Aux actes antisémites du début des années 2000, qui n’ont jamais cessé, s’est ajouté le kidnapping et le meurtre d’un jeune homme, Ilan Halimi, parce qu’il était juif. Puis sont venus les assassinats de Montauban et de Toulouse perpétrés par Mohamed Merah contre des militaires et des juifs dont des enfants entre 4 et 7 ans. Des journalistes et encore des juifs en janvier 2015. Enfin, n’importe qui, tout le monde, en novembre. Ces victimes, juifs, militaires, journalistes ont rassuré : ils n’ont pas été visés « pour rien »… Ils ont permis aux paresseux de donner un sens aux actes : c’est terrible, affreux, mais je ne suis pas visé, je ne dessine pas et ne suis ni militaire ni juif. Penser comme cela, c’était ne rien avoir appris ni compris des gestes de Merah et des autres. Les juifs sont ainsi considérés par cet islam radical comme l’ennemi absolu, le paradigme de l’Occident honni. De fait, ils sont des vigies. Les agressions et assassinats dont ils sont les victimes auraient dû faire réagir davantage. Aujourd’hui, le bilan est dramatique, le choc est d’autant plus terrible qu’on ne s’y attendait pas.

Mais tout indiquait que nous pouvions nous y attendre. Les autorités, d’abord, qui, depuis janvier dernier, ont sans cesse rappelé les risques majeurs d’attentats meurtriers. Plusieurs tentatives de répliques des attaques de janvier auraient aussi dû alerter : Villejuif par exemple, le Thalys évidemment. Mais c’est comme s’il existait une incapacité à prendre conscience des drames évités.  « Jusqu’ici tout va bien » disait Vincent Cassel dans La Haine…

Au début des années 2000, des professeurs avaient alerté de  la montée des discours de haine[1. Cf. Les Territoires perdus de la République, Mille et une Nuits, octobre 2002, réédition, mars 2015.]. Je ne reviendrai pas sur l’accueil glacé qu’a réservé à ce « brûlot » une partie des médias et du monde politique. Néanmoins, me reviennent en mémoire les nombreuses accusations venues de ma gauche. Tout cela a d’abord été faux ou exagéré ; puis, au regard de l’évidence, on m’a dit : mais l’antisémitisme n’est pas l’apanage de jeunes musulmans… Sans blague ? On y ajoutait (on le fait toujours, au mépris de la réalité) la détresse sociale. Bref, tout était avancé pour minimiser et euphémiser. Nos détracteurs ne voyaient en nous que des racistes, de droite, parano… Ils n’ont pas voulu entendre ce que nous essayions alors de dire : les discours de certains élèves témoignaient des progrès de discours radicaux qui relevaient d’une vision politique inquiétante. Mes élèves n’ont jamais été, à quelques exceptions près, des idéologues, mais plutôt des relais d’opinion, celles qui circulent. C’est cela qu’il aurait fallu comprendre. Il ne s’agit pas de dire qu’il y a un lien déterministe entre la parole radicale et le passage à l’acte, ce serait ridicule et faux,  mais il aurait fallu la prendre  pour ce qu’elle était : une alerte. Certes, en 2002, il n’y avait ni la guerre en Syrie, ni Daech, mais le terreau idéologique qui allait mener à l’embrigadement de jeunes de nos banlieues et d’ailleurs était déjà à l’œuvre.

Depuis des années, c’est ce que nous sommes profondément qui est visé. Mes élèves, qui ont 15 ans, ont aujourd’hui compris la signification de la guerre qui nous est faite. Mais qu’une partie de l’opinion publique ne le perçoive que maintenant a de quoi sidérer. Ce n’est pas faute d’avoir tiré la sonnette d’alarme. En décembre 2014, dans ces mêmes colonnes, révolté par l’indifférence face aux actes antisémites, j’écrivais ceci : « Les gens qui sont menacés, agressés, frappés peuvent remercier toutes ces belles âmes qui n’ont rien voulu voir ou qui continuent de s’aveugler. Ils les remercient avant, peut-être, si ce n’est déjà fait, de leur dire au revoir et bonne chance ». C’était un mois avant janvier 2015 et onze mois avant les carnages de novembre. Depuis, Pierre Manent a écrit dans Situation de la France : « Une seule chose en vérité paraît susceptible d’éduquer les nations, c’est l’expérience politique quand celle-ci est suffisamment brutale, pénétrante, bouleversante ». Méditons cette leçon.

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00551705_000021.

Pas de tricolore sur mon balcon

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drapeau attentats paris monet

drapeau attentats paris monet

Non, je ne  pavoiserai pas mes fenêtres avec le drapeau tricolore comme Hollande m’a « invité » à le faire. J’en ai un pourtant un de drapeau, bien roulé, dans mon bureau. Il me sert pour les manifs ou les meetings, voire pour les victoires de l’équipe nationale de foot. Il faut savoir que du côté des communistes, si on aime le rouge, on aime bien aussi le tricolore, drapeau de l’émancipation représentée par la Révolution Française qui a toujours articulé l’amour de la Patrie avec l’universalisme ou, si vous préférez, la nation et l’internationalisme. Oui, assez étrangement, pour être internationaliste, il faut au départ une nation – sinon ça s’appelle la mondialisation.

Je n’ai donc aucune allergie au tricolore. J’en ai une, en revanche, et extrêmement forte, au festivisme macabre  que représente cette initiative présidentielle. Et ce pour plusieurs raisons.

Une raison étymologique d’abord. On ne pavoise que pour exprimer sa joie, pas son deuil. Le verbe pavoiser lui-même a acquis des connotations péjoratives avec le temps qui lui donne le sens d’une joie un peu arrogante. On pavoise pour un quatorze-juillet : se souvenir de la magnifique toile de Monet, Rue Montorgueil, une de ses plus éminemment joyeuses.  On ne pavoise pas, à tous les sens du terme, quand on va rendre hommage à cent-trente morts et que l’on réagit par une politique étrangère brouillonne et un état d’urgence. Etat d’urgence qui a eu promptement pour effet d’interdire les manifestations autour de la Cop 21, de perquisitionner les squats et les maraîchers bios et libertaires mais pas,  étrangement, de fermer les hypermarchés.

Mais la perte du langage adéquat aux faits n’est pas le moindre défaut des hommes politiques postmodernes qui n’ont plus de pouvoir réel et se débrouillent très mal avec les symboles puisqu’ils ne sont plus du tout conscients de faire partie d’un récit.

L’autre raison de mon insubordination, c’est qu’il s’agit d’une vision totalement américanisée du drapeau. Il suffit de voir les consignes données. Par exemple, si vous n’avez pas de drapeau, ce qui peut arriver, puisque ce n’est pas encore passible d’une fiche S, vous pouvez vous rendre sur un site gouvernemental et l’imprimer. Bon, il vaut mieux une imprimante couleur et vu le prix, autant aller s’acheter un drapeau… Mais attention, on nous le dit dans toutes les gazettes, c’est devenu un objet très fashion et les consommateurs se ruent dessus un peu partout. Mieux, vous êtes aussi encouragé à pavoiser le Web en prenant des selfies devant des drapeaux. C’est vrai que le selfie, c’est une preuve de recueillement, de chagrin, de douleur. C’est ballot, on aurait dû penser à en faire sur les lieux de l’attentat, devant les corps.

Troisième raison, comme toute initiative de ce genre, que vous pavoisez ou non, votre geste sera interprété par vos voisins. C’est un piège : vous pavoisez et cela vaut adhésion au gouvernement ou indication que vous êtes de droite, voire très à droite ; vous ne pavoisez pas, c’est que vous êtes un mauvais français, un qui n’aime pas son pays. Et là où l’on voudrait tant trouver un sentiment d’union, de fraternité, on fait naître le soupçon, le commentaire, la rumeur. « Il n’a pas mis son drapeau, ça m’étonne pas, sa femme est marocaine. » ou alors « Ce vieux facho, t’as vu, il a ressorti le drapeau de son régiment. Je suis sûr qu’il a torturé en Algérie. »

Enfin, dernière raison, je suis trop attaché à la liberté d’expression pour ne pas me méfier de cette sacralisation du drapeau.  Qu’il représente pour moi une histoire que j’estime être « en bloc » plutôt honorable, c’est mon opinion. Qu’il représente pour d’autres le drapeau d’une puissance impérialiste, coloniale, massacreuse et la bêtise nationaliste, c’est la leur et je la trouve parfaitement respectable, y compris par des temps qui sentent le « réarmement » moral.

On peut même avoir le désir de le profaner, de le brûler, ou de cracher dessus. De toute manière, il en a vu d’autres pour avoir peur de ces manifestations de haine infantile, le drapeau.

Et puis négocier cette liberté d’expression serait évidemment une victoire terroriste, une de plus…

*Image: wikicommons.

Hommage aux victimes des attentats: le SIG déraille

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sig guibert attentats paris

sig guibert attentats paris

C’était une bonne idée, cette réappropriation des symboles de la nation. Le drapeau tricolore et la Marseillaise, hier décriés, l’un qu’on ne devait sortir qu’à l’occasion des matches de football, l’autre dont on jugeait les paroles trop belliqueuses, semblaient être à nouveau de saison. Il faut dire que nous sommes en guerre. Ça aide. Le Président de la République, en chef des armées, nous a donc demandé d’accrocher les couleurs nationales à nos fenêtres, en signe de communion, en ce jour d’hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre. Nous ne pouvions d’ailleurs imaginer autre chose qu’une communion nationale.

Et puis, en ce jeudi soir, nous avons découvert la dernière trouvaille du SIG (Service d’information du gouvernement).

Le gouvernement de la République nous encourage donc officiellement à faire des « selfies patriotiques ». Appréciez l’oxymore !

Qu’est ce qui a pu passer dans la tête de ceux qui ont conçu cette campagne de communication ? Un hommage de la nation à ses enfants morts, ce n’est pas un concours de guignolades. Comment associer cet hommage national au selfie, symbole par excellence de l’individualisation à outrance, de la mise en scène de sa petite personne ? Ce qui compte évidemment, c’est le commun. Dès lors, nous inciter à faire des selfies, peinturlurés comme si nous allions assister à un match de football, le jour où on rend un dernier hommage à ceux qui sont tombés sous le feu ennemi, c’est triste à en pleurer.

Il y a quelques jours, Philippe Guibert, l’ancien directeur du SIG publiait une analyse d’une grande lucidité sur le retour de la nation et de la souveraineté. Il évoquait aussi une « affirmation plus charnelle de la fierté nationale face à la tragédie » et ces jeunes qui se ruent sur le site de l’armée de terre pour s’engager. Ses successeurs ne font hélas pas dans l’analyse, mais dans la communication à deux balles. Quand Facebook a offert la possibilité à ses utilisateurs d’afficher leur photo sur un fond tricolore, il a permis à de nombreux Français d’exprimer publiquement leur attachement à leur patrie en ces heures graves, malgré les mauvais coucheurs qui viendraient immanquablement le leur reprocher. Les nouveaux dirigeants du SIG, eux, transforment le patriotisme en mode. Le drapeau tricolore, la Marseillaise, c’est devenu cool ! Eh bien non. Le drapeau tricolore, c’est sérieux, et la Marseillaise ne doit pas devenir une chanson de bistrot.

On voit déjà ces communicants compter le nombre de selfies et utilisateurs du hashtag #fiersdelafrance, et parader en fin de journée en exhibant ces chiffres dérisoires. Peut-être même le communicant en chef viendra-il en personne apporter les résultats du concours de selfies au Président de la République. Triste à pleurer, disais-je…

Gramsci juge la réforme du collège

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college najat gramsci mussolini

college najat gramsci mussolini

Marie Lucas, Normalienne actuellement détachée pour recherches à l’université de Pavie, consacre l’essentiel de son travail à Antonio Gramsci, dont les Cahiers de prison, rédigés durant sa longue incarcération, forment un bréviaire indispensable à tout vrai révolutionnaire. Elle m’a adressé le texte ci-dessous, où elle analyse la réforme du collège à la lumière de ce que le plus brillant penseur du Parti communiste italien pensait de la réforme de l’éducation lancée par le Duce. J’ai trouvé curieux que les analyses de Gramsci dans les années 1920 rejoignent celles de Jean-Claude Michéa (dans l’Enseignement de l’ignorance — indispensable) ou de Nico Hirtt (voir par exemple son analyse de « l’approche par compétences » — la base de ce socle commun qui est l’instrument de mort de l’école française).
Loin de moi, bien entendu, l’idée d’identifier Mme Vallaud-Belkacem à un homme qui a conduit l’Italie à l’abîme : elle est dans le camp du Bien, tout ce qu’elle propose est marqué du sceau de l’intelligence la plus pure et des meilleures intentions, et d’ailleurs le PS en sortira revigoré aux prochaines élections. Il s’agit donc essentiellement ici de préciser un point d’Histoire à l’intention des curieux. 

Jean-Paul Brighelli

 

Ce serait sans doute faire preuve d’audace ou de démesure que d’adresser à Mme Vallaud-Belkacem l’hommage qu’en 1923 Mussolini rendait à « la plus fasciste », disait-il, de ses réformes, celle de l’éducation. Le propos peut surprendre, l’analogie dérouter. Il n’y a pourtant là aucun paradoxe, et la réforme que l’on nous concocte actuellement rue de Valois, celle du « collège de l’épanouissement et de la citoyenneté » promis pour 2016, répète et, à bien des égards, prolonge les ambitions qu’Antonio Gramsci condamnait du fond de sa cellule. Ce marxiste clairvoyant avait bien compris où mèneraient les fantaisies pédagogiques de son temps : les initiatives du nôtre voudraient-elles lui donner raison ?

Si l’on en croit le site de l’Education nationale, la réforme projetée n’ambitionne rien de moins que d’éradiquer l’ennui et la stérilité du travail scolaire pour se préoccuper enfin de « la future insertion des collégiens » : une inspiration qui bien sûr ne ressemble en rien à celle qui conduisit Giovanni Gentile, ministre mussolinien de l’Instruction publique, à s’émanciper de l’école traditionnelle pour engendrer l’« homme nouveau » rêvé par le régime. Déjà était en cause l’austérité de l’enseignement traditionnel — et le Duce, ancien instituteur, en savait quelque chose. Expurger l’école primaire de ses éléments dogmatiques et livresques, valoriser les activités récréatives et manuelles susceptibles de laisser s’épanouir l’expression spontanée de chacun, c’est ce que l’inspirateur des programmes, Lombardo-Radice, préconisait sous le doux nom d’« école sereine ». Les audacieux pédagogues du régime espéraient substituer à la férule du maître l’autonomie encouragée de l’enfant-poète (fanciullo-poeta) ; ils ne pourraient qu’applaudir le collège version 2016 pour ses « formes simples et coopératives », ses travaux collectifs et autres « pratiques interdisciplinaires », voire, s’ils avaient eu accès à cette merveilleuse évolution technique, pour l’irruption du « numérique dans toutes ses dimensions ».
L’autre volet de la grande œuvre pédagogique mussolinienne consistait à privilégier, dès le secondaire, un enseignement spécialisé et fonctionnel, destiné à faciliter l’insertion professionnelle. Il s’agissait de diriger la grande majorité des élèves vers « l’école du Travail » et de réserver « l’école du Savoir », celle des humanités, à une élite issue des classes bourgeoises. Ceux-là mêmes qui affluent aujourd’hui vers la dernière place forte du latin et du grec, l’école privée…
Mais ce volet-là nous en avons eu un arrière-goût il y a quatre ans sous le nom poétique de « réforme du lycée ».

L’un des plus virulents opposants à cette révolution pédagogique fasciste fut Antonio Gramsci, qui le premier dénonça la remise en cause d’une école « désintéressée » (cahier 12, § 1, mai-juin 1932). Pour le grand penseur marxiste, l’école dite traditionnelle avait vocation à transmettre une culture encore indifférenciée et non discriminante, et avec elle la « puissance fondamentale de penser et de savoir se diriger dans la vie ». À cette fin, elle enseignait le latin pour « habituer à raisonner » à l’aide d’une grammaire abstraite, aussitôt appliquée à une réalité culturelle concrète. L’élève accédait ainsi à des « expériences logiques, artistiques, psychologiques sans se regarder continuellement dans le miroir ». Par-dessus tout, Gramsci s’effrayait des mesures bannissant l’effort de l’apprentissage. Le préjugé voulant que « les difficultés soient artificielles » oublie, soulignait-il, que « l’étude aussi est un métier, et très pénible, avec son apprentissage propre, non seulement intellectuel mais aussi musculaire et nerveux ». Or, poursuivait-il, les rejetons privilégiés sont mieux disposés pour un tel « processus d’adaptation psycho-physique » (ibid., § 2), de sorte qu’en le perdant de vue, c’est aux plus déshérités que l’on retire la possibilité d’acquérir les facultés de concentration propices à l’étude.

Pour un communiste, l’école devrait être « l’instrument pour élaborer les intellectuels de toute catégorie » (ibid., § 1). En cédant à la tendance, redoutée par Gramsci, à « rendre facile ce qui ne peut l’être sans être dénaturé », le gouvernement favorise irrémédiablement la paralysie sociale. Tétanisé devant le spectre souvent nominal d’une « discrimination », il se refuse à opérer ce que notre fervent communiste réclamait : « un mécanisme pour sélectionner et faire avancer les capacités individuelles de la masse populaire, qui aujourd’hui sont sacrifiées à des expériences sans issue » (ibid., §1). Car, toujours selon Gramsci, le mérite des sociétés démocratiques est de permettre, grâce à élargissement de la base éduquée, la croissance de « cimes intellectuelles » d’origines sociales variées.

En homme issu du peuple et caressant l’idéal d’une société sans classes, le philosophe communiste ne pouvait souffrir l’affaissement intellectuel que l’Italie populaire serait la première à subir. Incapable de frayer une voie au talent, elle ne fournirait plus que la « classe instrumentale » dont la « classe dirigeante » avait besoin… Comment espérer mieux de la réforme à laquelle notre sémillante ministresse — puisqu’elle tient au féminin, allons-y — entend attacher son nom ? Sait-elle que l’homme nouveau dont elle prépare l’avènement est le même que celui qu’appelaient de leurs vœux les régiments du Ventennio ? « Me ne frego », semble dire notre radieuse réformatrice aux « pseudo-zintellectuels » qui s’inquiètent…

 *Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00725993_000004.

Taubira, la ministre fantôme

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taubira goodyear terrorisme

taubira goodyear terrorisme

Le cas Christiane Taubira reste un sujet de perplexité pour ceux qui ont eu l’occasion de la croiser avant et connaissent un peu les choses de la justice. Voilà quelqu’un dont la carrière politique n’avait pas particulièrement appelé l’attention et dont le positionnement la situait quand même très vaguement à gauche. Sa nomination casting, femme et noire, à un poste particulièrement difficile, avait suscité une certaine surprise. Après l’échec de Rachida Dati, sa cousine en représentante de la diversité, il y avait quand même un risque. Il faut savoir que si elle n’est pas dénuée de caractère et de talent, Christiane Taubira n’est absolument pas intéressée par le ministère qu’elle occupe. Elle l’a laissé prendre en main par des représentants de la petite secte du « mur des cons ». L’essentiel de son occupation consistant à user ses six directeurs de cabinet successifs, et à sculpter sa statue. Par de multiples provocations, elle a fourni à l’opposition une tête de turc en or. Situation dont elle profite pour se faire passer pour une icône de la gauche. Et elle espère bien pouvoir en profiter par la suite.

Cela étant, cette désinvolture et son désintérêt pour sa charge peuvent avoir des conséquences terriblement gênantes. Après la tragédie de janvier, on pouvait espérer et le gouvernement s’y était engagé, une prise en compte plus sérieuse de la question terroriste et de la manière de la traiter. Le rôle de l’appareil judiciaire était central. Tout le travail de prévention et de répression devait se faire sous sa conduite. La catastrophe du 13 novembre est aussi, qu’on le veuille ou non, l’échec de la justice et de celle qui la conduit. Restée, on le comprend, muette pendant près d’une semaine. Aucune contorsion ne permet d’échapper à ce principe de responsabilité républicaine élémentaire. En tout cas, François Hollande en a pris acte, puisque c’est pour faire face à cette défaillance qu’il a décidé de confier directement, avec l’état d’urgence, la mission à l’administration et à la police.

Il semble qu’il y ait d’autres priorités, place Vendôme.  Alors qu’ils appelaient à l’unité nationale, François Hollande et Manuel Valls n’ont pas demandé au PDG d’Air France d’éviter de mettre à la rue les salariés  impliqués dans les incidents de Roissy, provoqués par l’annonce de 1300 licenciements. On se rappelle que Manuel Valls s’était précipité chez  Alexandre Juniac l’ancien collaborateur de Sarkozy, pour les qualifier de « voyous ». Cela n’étonnera personne, ces gens ne sont pas de gauche. Christiane Taubira prétend l’être. Chef du parquet, en ces temps « d’union sacrée », peut-être aurait-il été généreux de demander au procureur d’abandonner les poursuites pénales à leur encontre, eux qui ont déjà perdu leurs emplois sans aucune indemnité? Des syndicalistes ? Vous n’y pensez pas, bien pire que les terroristes ceux-là.

Chef du parquet toujours, il ne lui est pas venu non plus à l’idée de d’enjoindre au procureur du tribunal correctionnel d’Amiens de prendre le 24 novembre dernier, des réquisitions d’apaisement dans l’affaire Goodyear. Alors même que la société avait retiré sa plainte. Non non, quand on est de gauche comme Christiane Taubira,  il faut être impitoyable avec les syndicalistes CGT et les salariés licenciés qui osent protester quand on les met à la rue. Deux ans de prison requis dont un ferme. Petit rappel, six mois avec sursis ont été infligés le même jour pour l’émir de l’Ariège expert en endoctrinement de jeunes des cités. Et ce ne sont pas les quatorze suicides intervenus depuis le conflit parmi les salariés de Goodyear licenciés qui risquaient d’amadouer le parquet. De dangereux terroristes on vous dit.

Une ministre de la justice de gauche se doit de ne pas être laxiste.

*Photo: Sipa. Numéro de reportage : 00731036_000017.

Paris Photo annulée, mais Paris Photo restaurée!

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Le 11 novembre a été inaugurée la 19ème édition de la foire Paris Photo au Grand Palais avec près de 180 exposants, galeries et éditeurs compris. L’événement a mis à l’honneur des œuvres sérielles ainsi que des projets hors normes. Pourtant, cette foire a dû fermer ses portes le week-end suivant les attentats du vendredi 13 novembre et estime à environs 30% ses pertes commerciales. C’est à l’initiative de la galerie Alain Gutharc qu’un rendez-vous des galeries parisiennes aura lieu le 27 et 28 novembre prochains dans leurs propres espaces. En attendant, voici quelques œuvres des photographes présentés.

Notre attention s’est d’abord tournée vers le magnifique travail de Viviane Sassen dans son Lexicon and other works. Une installation de 30 photographies qui avait déjà rencontré le succès lors de la 55ème biennale de Venise. Ce n’est pas un hasard que la photographe néerlandaise vienne de la mode, son geste artistique se concentrant exclusivement sur l’harmonie des lignes. Sassen décrit la logique de la représentation de son travail comme une sorte « d’ordre du chaos », tout en ajoutant qu’elle ne construit pas des séries mais travaille plutôt sur des collections afin de créer une résonance entre les images. Ces dernières sont des portraits dont l’élégance des lignes et des contrastes créent du sens, bien plus que les expressions des protagonistes dont il est question. L’artiste s’explique sur le choix volontaire de ces visages voilés par quelques ombres ou inclinations : « Je ne montre pas les visages parce que je ne veux pas qu’il soit question de cela dans mon travail ». Sa série sur le Kenya et l’embrassement organique des corps dans des lignes pures fait appel à quelque chose de ce que disait Barthes dans son ouvrage sur la photographie La chambre claire : « ils sont collés l’un à l’autre, membre par membre, comme le condamné enchaîné à un cadavre dans certains supplices ».

La galerie Daniel Blau a fait le choix des archives avec l’œil voyeur de Weegee qui saisit différentes scènes de rues dans les années 30 à 40, accidents de voitures, incendies et autres mésaventures quotidiennes. Celle-ci propose également la série « Life is not a test » qui regroupe, dans un désir d’unité, des archives vintage collectées à travers différents marchés qui représentent les images des essais de l’arme nucléaire dans le Pacifique jusqu’au désert du Nevada. Enfin ce sont des images des premiers pas sur la lune de la NASA dont les photographes ne sont autres que les premiers cosmonautes du projet Apollo VIII et Apollo XI tels que William Anders.

Quant à la galerie parisienne des Filles du Calvaire, elle présente deux artistes féminines notables. Une photographie de Corinne Mercadier où l’œil recèle la rencontre accidentelle du tissu et d’un personnage (ou le trouble de l’identité) sur un format 16/9 cinématographique (La carte du ciel, Série le ciel commence ici, 2014). puis la géométrie massive d’un observatoire émergeant des eaux brumeuses , œuvre de l’artiste Noémie Goudal qui n’est pas sans rappeler quelques réflexions benjaminiennes sur le statut de la ruine. Un commentateur dit que « son travail donne à voir des constructions énigmatiques, des ruines modernes dont le béton semble être le matériau privilégié, celui d’une civilisation sèche et sans âmes dont les utopies se noient dans on en sait quel lac » (in The geometrical determination of the sunrise par Bernard Marcelis, Actes sud, prix HSBC pour la photographie, 2013).

La galerie Michèle Chomette expose l’œuvre de Eric Rondepierre qui a été soumis à une drôle de session psychanalytique en pleine foire, mais nous nous sommes plus particulièrement attardés sur ces panoramas qui reconstituent à partir de photogrammes de films les décors d’intérieurs que nous reconnaissons : l’inquiétante demeure du film Shining, la chambre de George Peppard dans Breakfast at Tiffany’s ou encore le salon hitchcockien de The Rope.

Un peu plus loin, la galerie Danziger présente une exposition personnelle de l’artiste Hans Breder qui combine à travers ses clichés, et depuis les années 60, plusieurs genres artistiques à la croisée entre la sculpture et la performance. Ses nus, qu’ils soient nés de l’écume ou modèles posant en atelier, sont confrontés au dispositif du miroir qui photographié rend au sujet une modernité flagrante pour l’époque de cette production.

Enfin, comme à chaque édition, Paris Photo offre  l’occasion d’admirer des photographies rares et habituellement peu exposées. Les paysages incroyables d’Ansel Adams ont bien évidemment leur place (avec une mention spéciale pour « Moonrise » Prise au Nouveau Mexique et proposé autour de 500 milles euros), tout comme les classiques américains comme Robert Frank ou William Eggleston. Nous avons également remarqué la présence dans plusieurs galeries des photographies de Bernd et Hilla Bescher, qui ont tant influencé la photographie contemporaine, en documentant l’Allemagne industrielle mourante, avec un esthétisme frontal et presque scientifique.

Ce Paris Photo 2015 a en outre mis en valeur les originaux incroyables du projet « North American Indian » de Sheriff Curtis, photographe ethnologue qui captura, sur des plaques de verres, les portraits des indiens d’Amérique du nord, au début du siècle dernier, en pleine extinction de ce peuple. En résulte un travail remarquable entre le document scientifique et la photo esthétique, mis en valeur par ces magnifiques originaux. Vivement la suite !

Vade-mecum de l’AMF: laïcité, laïcité chérie…

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vade-mecum laïcité AMF

vade-mecum laïcité AMF

Dix mois après l’hystérie laïciste qui avait suivi les attentats de janvier 2015, voilà que l’Association des maires de France nous remet le couvert. 

C’est donc reparti pour un tour ! Son Vade-mecum [1. Un vade-mecum qui préconise notamment la suppression des menus de substitution dans les cantines scolaires et l’interdiction des crèches de Noël dans les lieux publics, ce qui suscite, à travers le pays, un vent de protestation.] à l’usage des élus locaux vaut le détour. « Il nous est apparu essentiel de réaffirmer avec force les contours et la substance de cette valeur, véritable fondement de notre République » écrivent François Baroin et André Laignel. Fort bien, mais encore ?

L’Etat a-t-il besoin d’une philosophie officielle ?

La réponse nous est fournie à la page suivante où il est écrit : « La laïcité, depuis plus d’un siècle, revêt un double sens. C’est un mode d’organisation juridique et politique de la société, issu de la loi de 1905 qui acte la séparation des églises et de l’État. Mais c’est aussi une approche philosophique du vivre ensemble, que l’on peut qualifier d’humaniste parce qu’elle ne se réfère à aucun dogme religieux, ni à aucune vérité « révélée », et qu’elle n’est soumise à aucun appareil religieux. » 

Autant il est possible de souscrire à la référence concernant la loi de 1905, autant il me semble délicat de prétendre imposer aux citoyens de ce pays une philosophie officielle, fut-elle humaniste. Car, l’expérience le montre, on passe vite, alors, d’une philosophie libre de toute sujétion à l’égard des dogmes religieux, à une philosophie qui prétend les nier ou, tout du moins, interdire aux citoyens de s’y référer ouvertement et collectivement dans le débat public. C’est là la porte ouverte à un athéisme d’Etat dont on n’a pas gardé, du XXe siècle, le souvenir qu’il ait réellement servi le vivre ensemble.

Les citoyens de ce pays sont nombreux à contester cette vision, héritée des Lumières, selon laquelle il n’y aurait légitimement place pour aucun « corps intermédiaire » entre l’individu et l’Etat. Où le libéralisme, souvent inhumain dans ses effets, se prévaudrait d’une forme d’humanisme à vocation universaliste. Au nom des valeurs mêmes de la République.

Comment a-t-on pu, en janvier 2015, nous donner pour modèle un magazine satirique se définissant lui-même comme « journal irresponsable » ? L’irresponsabilité, sous couvert de liberté d’expression, serait-elle devenue une valeur à enseigner dans les écoles de la République ? C’est en s’appuyant sur cette idéologie promue philosophie qu’on a vu de grandes signatures de la presse exiger du Parlement l’inscription dans la loi d’un prétendu droit au blasphème, alors même que le blasphème n’est susceptible d’aucune poursuite. Autoriser formellement ce qui n’est pas interdit et procède simplement de notre liberté serait-il devenu une valeur de la République ? Est-ce la délivrance d’une pièce officielle d’identité qui seule nous autorisera demain à dire « je suis » dans l’espace public ?

Pray for Luc Le Vaillant

Dans les colonnes de Libération, quelques jours après le vendredi sanglant qui a endeuillé la capitale, Luc le Vaillant dénonçait le hashtag venu des Etats-Unis « prayforparis » qui a envahi les réseaux sociaux et qui lui « colle des boutons, d’autant qu’il est repris par le monde entier ». Preuve que le monde entier se moque comme d’une guigne de cette prétention française à l’universalité d’une laïcité qui, de l’Etat voudrait envahir la totalité du champ social. Il n’appartient pas plus à Luc le Vaillant de nous interdire de prier publiquement pour Paris que pour le salut de son âme. Cela ressort de notre seule liberté d’expression.

Le Grand Orient de France comme « personne ressource »

Comme pour nous rassurer, les auteurs du Vade Mecum nous précisent en introduction que ce document ne constitue qu’une première étape dans une démarche de reconquête de la laïcité qui devra, notamment, se pencher sur la question du concordat toujours en vigueur en Alsace Moselle. Si elle manque d’inspiration, l’AMF pourra toujours s’inspirer du récent document publié par le Grand Orient de France dont François Baroin devrait pouvoir retrouver l’adresse, sans difficulté, dans ses papiers de famille[2. « Vingt-cinq propositions pour une république laïque au XXIe siècle ». 9 décembre 2014.].

Entre autres joyeusetés, le GOF propose, par exemple, à l’article 14 de « mettre un terme au financement public des activités consistant en l’exercice d’un culte, même présentées comme culturelles ». Le 20 septembre dernier avait lieu l’inauguration officielle de la nouvelle cathédrale de Créteil (Val-de-Marne). Etaient présents, outre le ministre de l’intérieur, Bernard Cazeneuve et le Président de l’Assemblée nationale, Claude Bartolone, tous deux membres du parti socialiste, le député-maire également socialiste de Créteil, Laurent Cathala et le président communiste du Conseil départemental, Christian Favier. L’un et l’autre on redit pourquoi la ville de Créteil et le département du Val-de-Marne avaient contribué au financement de l’espace culturel de la nouvelle cathédrale (galerie d’exposition, auditorium et salle de conférence) dans le respect scrupuleux de la laïcité et des lois de la République.

Le 7 octobre, j’animais dans la nef de cette même cathédrale, autour de l’encyclique du pape François sur l’écologie, Laudato si’, un débat public auquel participaient notamment la maire-adjointe MoDem du Plessis-Trévise, Sabine Patoux, et le maire communiste de Champigny, Dominique Adenot. Faut-il voir dans cette manifestation, comme le suggère l’article 14 du document pré-cité « une activité consistant en l’exercice d’un culte, même présentée comme culturelle » ? Qui, dans la vie réelle, sert le mieux la laïcité et le vivre ensemble : les élus du Val-de-Marne ou les frères de la rue Cadet ?

On connaît l’expression attribuée à André Malraux selon laquelle « le XXIe siècle sera religieux ou ne sera pas ». L’Association des maires de France a décrété que le XXIe siècle ne serait pas. A cette imbécilité prétentieuse nous pouvons opposer que le XXIe siècle sera, qu’il sera entre autres religieux comme le furent les précédents, et que l’AMF devra bien s’y faire.

*Photo : Wikipedia.

«Alerte anthrax» à la grande mosquée de Bruxelles

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Bruxelles (AFP) – La Grande mosquée de Bruxelles a été entourée jeudi d’un périmètre de sécurité à la mi-journée après la découverte d’un paquet suspect rempli d’une poudre, et onze personnes ont été décontaminées de manière préventive, a-t-on appris auprès des pompiers.

« Un colis a été trouvé à l’entrée de la mosquée, à l’intérieur de la poudre a été retrouvée », a indiqué une porte-parole des pompiers sur place.

« Nous prenons toutes les mesures préventives au cas où ce serait de l’anthrax, mais c’est une mesure de précaution », a-t-elle souligné.

« Il n’y a absolument aucun danger pour personne », a-t-elle encore affirmé.

La Grande mosquée, gérée par l’Arabie saoudite, se trouve à deux pas du siège de la Commission européenne et du Conseil européen.

Deux pièces ont été isolées et onze personnes décontaminées par mesure de précaution. Il s’agit de neuf fidèles et deux policiers, qui étaient les premiers à intervenir. Ils ont été transportés à l’hôpital pour des vérifications.

« J’ai parlé au téléphone avec le personnel (de la mosquée) et on m’a dit que l’imam avait trouvé le paquet et qu’il avait des soupçons », a rapporté à l’AFP un fidèle, Mohamed Dahmichi, qui se tenait de l’autre côté de la rue pendant l’intervention des pompiers.

« Ce n’est pas bon. Avec tout ce qui se passe à Bruxelles en ce moment, j’ai peur de quitter la maison », a-t-il poursuivi.

D’autres mosquées de la région de Bruxelles ont reçu des menaces, notamment l’établissement Attadamoune de Molenbeek-Saint-Jean, qui a reçu en début de semaine des menaces de mort à l’encontre de la communauté musulmane signées par « l’Etat chrétien ».

Bruxelles se trouve en alerte maximale de menace terroriste depuis samedi, même si le métro et les écoles ont rouvert mercredi. D’importants dispositifs de sécurité sont installés dans la ville.

Contre l’islamisme, une seule allégeance: la nation

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daech ecole islam education civique

daech ecole islam education civique

Après les attentats du 13 novembre, nous avons pris  conscience d’un vide en France. Un manque de communion, l’absence d’un sentiment d’appartenance que nous avons appelé de nos vœux et retrouvé dans le deuil, mais que nous avions perdu au quotidien. C’est ce manque qui a laissé éclore et prospérer le radicalisme religieux. Ecrivons-le tranquillement : notre ennemi s’appelle le radicalisme islamiste. Il est devenu évident que la France s’est montrée trop laïque avec l’Etat, et pas assez avec les religions, et particulièrement la dernière arrivée, à savoir l’islam. Ce faisant, nous n’avons plus fait nation, et plus fait société.

La religion catholique, par la coercition législative, est devenue ce qu’elle doit être : un corpus de croyances et de pratiques compatibles avec le régime républicain, sans statut ni revendication politiques. C’est maintenant à l’islam de faire cette mue, y compris par une coercition identique. Nous pensions disposer d’outils législatifs suffisants. La laïcité est inscrite comme principe constitutionnel depuis 1946 et 1958, mais ne nécessite aucune adhésion active des citoyens pour être appliquée. La loi de 1905 s’avère hélas trop poreuse. Parce que des lois, pour inscrites dans le marbre qu’elles soient, restent largement tributaires des hommes chargés de les faire respecter.
Lors de l’affaire Baby-Loup, la Cour de Cassation avait heureusement servi de supplétif à un personnel politique et à des intellectuels d’une grande lâcheté. Il n’y a guère eu qu’Elisabeth Badinter qui se soit montrée à la hauteur des événements.

En vérité, la France a oublié de faire aimer la patrie et la République telle qu’elle s’incarne dans un territoire.L’école est gratuite, laïque et obligatoire depuis 1882. L’application de la laïcité, qui voulait mettre autant à distance le religieux que l’Etat, n’a fait reculer que le culte de l’Etat, là où on percevait le patriotisme comme aussi obscurantiste que la religion.
Nous avons par exemple remisé au rang de folklore le baptême républicain. Nos pudeurs excessives le font appeler maintenant baptême civil. C’est pourtant une très belle cérémonie dirigée en général par le maire et au cours de laquelle marraine et parrain s’engagent à élever leur filleul dans le culte de la raison.

La nature a horreur du vide et le consumérisme ne nourrit plus son homme. Il existe un besoin qu’Abdennour Bidar nomme « besoin indépassable de spirituel ». Je préfère personnellement mettre en avant la nécessité d’une transcendance qui permette de faire nation. Le vivre-ensemble et son relativisme culturel, chacun de son côté du périphérique, ont assez vécu. Il est urgent de se montrer plus laïc avec l’islam et moins avec l’Etat. Cela demande un effort politique, déjà accompli en 1905 vis-à-vis de l’Eglise catholique. Précisons que la séparation des cultes et de l’Etat, la laïcité, n’aurait jamais du empêcher que les valeurs de la République ne soient promues activement au sein des institutions de l’Etat comme l’école. Une triangulation mortifère s’est faite entre ce vide politique, le prosélytisme religieux d’ambassadeurs des théocraties pétrolières, l’assignation à résidence de populations devenues ethniquement et religieusement homogènes, assignation que les élus des quartiers, droite et gauche confondues, ont favorisée, y voyant le moyen de s’assurer des clientèles captives. Ces élus ont laissé les prédicateurs remplacer les grands frères.

Une solution prétendait être apportée avec la mise en œuvre de l’Enseignement Moral et Civique dès cette rentrée, en lieu et place de l’Education Civique. Dans un paradoxe typiquement socialiste, ce programme s’avère très insuffisant et prétend prendre la place des parents dans la transmission de pratiques élémentaires comme l’hygiène corporelle, tout en se gardant bien de transmettre un commun politique, de nourrir un patriotisme que l’Etat peut en exiger comme élémentaire contrepartie à ce service public gratuit. Un exemple de ce mouvement de balancier : dans le cycle 4 (c’est –à-dire celui qui concerne les niveaux de 5ème, 4ème, 3ème), on trouve les indications suivantes dans la séquence nommée la sensibilité : soi et les autres.

Connaissances, capacités et attitudes visées

Objets d’enseignement

3/a – Comprendre la diversité des sentiments d’appartenance civiques, sociaux, culturels, religieux

– Expressions littéraires et artistiques et connaissance historique de l’aspiration à la liberté.

– La francophonie.

– Sentiment d’appartenance au destin commun de l’humanité

Notons le relativisme qui fait placer le sentiment civique au même niveau que les autres. À aucun moment n’apparaît la nécessité de faire comprendre que le sentiment d’appartenance religieux, pour légitime et fort qu’il soit, est inférieur en droit et en exposition publique au sentiment d’appartenance nationale.

Hélas, le programme  passe de ce morcellement des identités particulières à l’universel. Culpabilité postcoloniale ? Volonté de maintenir la paix sociale ? Quand nos élus et nos élites comprendront-ils que notre neutralité passe pour de la faiblesse, une désertion face aux prédicateurs enrôlant une armée de conquête ? Que la démocratie ne doit pas être un régime faible ?

La structure presbytéro-synodale de l’islam soulève des problèmes, faute de clergé et de hiérarchie capable de chasser les brebis galeuses. L’Etat doit donc intervenir et sa capacité coercition relève de ses missions régaliennes. Car la liberté ne signifie pas faire n’importe quoi, ou laisser faire ces prêcheurs de haine, mais avant tout obéir à la loi qu’on se donne démocratiquement.  Loin du relativisme cultuel, il faut retrouver l’exigence républicaine. Et poser aux habitants la question de l’allégeance. Quel gros mot j’emploie ici, qui fera hurler les gaucho-extrémistes. L’allégeance que le Larousse définit comme l’« obligation de fidélité et d’obéissance qui incombe à une personne envers la nation à laquelle elle appartient et le souverain dont elle est sujette. Manifestation de soutien, voire de soumission envers quelqu’un, un groupe ».

J’ai d’ailleurs pris l’habitude de dire à mes élèves de REP, qui n’ont que le bled à la bouche, qu’ils devaient à tout le moins respecter la France, ou la quitter. Ils sont fils de Français, petits-enfants d’immigrés, et pourtant s’embourbent dans un statut d’extra-territorialité. Ils se sentent prisonniers d’un conflit de loyautés, pensant trahir un pays qui n’est pas le leur s’ils admettaient aimer la France. Puisque ce sentiment naturel n’est pas spontané, il faut l’enseigner. Ce bled qu’ils mythifient, ils ne le connaissent que le mois d’été, en vacances, avec un niveau de vie français. C’est eux qu’il faut réconcilier avec ce qu’ils sont : Français. C’est une question qu’il faut poser aux candidats à la naturalisation, mais aussi à ceux « qui se sont donnés la peine de naître » en France. « Gaulois » ou fils et descendants d’immigrés. La verbalisation de cette allégeance permettra de métaboliser les distances, les rejets et de dédramatiser le fait, si naturel dans d’autres pays, d’aimer sa patrie.

*Photo: pixabay.