La nouvelle est passée relativement inaperçue : l’Organisation des Nations Unies a adopté, le 4 septembre dernier, une résolution appelant à remplacer les cartes dites Mercator, utilisées depuis le XVIe siècle, par la projection Equal Earth, redéfinissant les contours des continents et des pays pour les rendre plus proches de la réalité géographique[1]. Adoptée par 164 pays – dont la France -, pour six abstentions, et un vote contre – celui des Etats-Unis -, elle fait la part belle à l’Afrique et réduit la taille de l’Occident à sa portion congrue. Au même moment, le ministre français des Affaires étrangères a indiqué que le Quai d’Orsay n’utiliserait plus systématiquement la projection habituelle.
Un planisphère woke ?
Il n’est pas question de trancher ici la question de l’impératif de cartographier le monde tel qu’il est ou, au contraire, tel qu’il flatte nos instincts de puissance (ou d’impuissance) ; après tout, en période de post-vérité, de fake news et de réidéologisation, il est assez de mensonges et d’arrangements avec la réalité dont on s’est largement accommodé ; en revanche, il est temps de poser un constat : cette nouvelle est sans doute symptôme de plus du déclin de l’Occident et, par la même occasion, une victoire du wokisme pour qui toute initiative visant à l’affaiblir doit être soutenue.
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Porté par le Togo, pays s’étirant de tout son long entre le Ghana et le Bénin, et par l’Union africaine qui a compris les avantages d’une représentation avantageant le continent noir, ce projet est, pour les Etats-Unis, “idéologique et radical”. Néanmoins, voyons au moins un avantage à l’analyse idéologique : la nouvelle carte présentant une Europe réduite à ses dimensions réelles renvoie à l’évidence que celle-ci ne peut accueillir les masses d’un espace géographique aussi grand que l’Afrique, de surcroît lorsque celui-ci est en pleine croissance démographique : le Nigéria, aujourd’hui fort de 245 millions d’habitants devrait atteindre 440 millions d’âmes à l’horizon 2050, soit plus de six fois la population projetée de la France.
La bataille de la représentation fut de toutes les époques, ravivant à chaque fois les tensions entre les croyances ancrées et les connaissances qui viennent les bouleverser, les intérêts financiers et la réalité du terrain, le proche que l’on voit plus grand qu’il n’est et le lointain qui s’impose ; le défi fut toujours d’arriver à situer son propre monde dans un ensemble plus vaste, que ce soit notre planète dans le vaste univers – avec la question de l’héliocentrisme en point d’orgue -, nos arpents de terre dans le village global ou nos modestes pays dans la marche du monde.
Les navigateurs européens avaient plus l’esprit pratique que raciste
On ne sait pas exactement quand la nouvelle projection s’imposera pour de bon dans les salles de classe des écoliers français, dans nos atlas et nos cartographies mentales. En revanche, la représentation établie par le géographe flamand Mercator pour le trafic maritime, et connue originellement sous le nom de Nova et Aucta Orbis Terrae Descriptio ad Usum Navigantium Emendate Accommodata, ne disparaîtra pas totalement car elle reste à la fois la plus pratique et la seule à pouvoir être utilisée pour tracer des caps en ligne droite. Le savoir appliqué de l’Occident n’est définitivement pas encore mort ; et, pour flatter l’égo de nos ancêtres, notons enfin qu’il fallut bien du courage à René Caillié, Pierre Savorgnan de Brazza, Henry Stanley, David Livingstone et autres explorateurs occidentaux pour sillonner la grande Afrique.
[1] Le lecteur désireux d’en savoir plus ira consulter l’analyse détaillée de Gil Mihaely et Jeremy Stubbs publiée le 19 octobre.
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