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Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

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Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

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En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

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Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

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C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.

Macron en Don Quichotte

Pendant que notre bon président s’inquiète du devenir des épatantes navigatrices Rima Hassan et Greta Thunberg (et qui va payer pour leur rapatriement ?), M. Bayrou s’attaque à la « culture du couteau ». Allez, ne soyons pas trop sévères… Après tout, si ça continue comme ça, Rima Hassan sera bientôt nommée secrétaire d’État aux couteaux. Et elle s’y connaît très bien en lames… de fond médiatique.


Monsieur Macron ayant à peu près tout raté de ce qu’il a entrepris sur la terre ferme s’en va à présent gratifier les immensités et profondeurs océanes de son incurable impéritie. Tel Don Quichotte, il s’est trouvé de nouveaux moulins à vent à combattre cela à grand renfort moulinets d’une illusoire hallebarde en papier mâché. C’est qu’il se veut vigoureux, ce grand calamiteux ! On l’a vu intraitable pour exiger de l’État d’Israël qu’il « libère » sans délai la porte serpillière du Hamas Rima Hassan et la gorgone écolo reconvertie en militante islamisée Greta Thunberg. Gesticulation ridicule car on ne voit pas très bien Israël, non plus d’ailleurs qu’aucune autre nation de par le monde, chercher à s’encombrer durablement de ces oiseaux-là. Mais il se peut que M. Macron, à l’imagination politique si fertile, ait derrière la tête une de ses idées qui n’ont cessé de nous fasciner depuis huit ans qu’il est là où il se trouve : faire entrer ces fabuleuses personnalités dans son gouvernement. Il est vrai qu’elles n’y feraient pas vraiment tache, à considérer la fine équipe que nous subissons en ce moment.

(Futures) électrices de Jean-Luc Mélenchon réunies Place de la République à Paris pour réclamer le retour de Rima Hassan et de la « flotille de la liberté », 9 juin 2025. Stefano Lorusso/ZUMA/SIPA

Bayrou tient le coupable

Car si nous avons notre Don Quichotte, nous avons aussi notre Sancho Panza en la personne de notre si réjouissant Premier ministre. Il était hier soir l’invité de TF1, pour le 20 heures. Plutôt fatigué, l’invité, cherchant ses mots, manifestement accablé du surpoids d’un désastre national que, à l’image de son maître, il est parfaitement incapable non seulement d’endiguer mais même de diagnostiquer pour de bon.

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En fait, là je me montre quelque peu injuste, car notre Sancho Panza est venu dire à la télé, entendant probablement rassurer les populations atterrées, qu’il avait parfaitement identifié le coupable dans ces terrifiants assassinats à l’arme blanche commis par des gamins. Le coupable, braves gens, n’est autre que le couteau. Non pas la main qui le manie et en use pour tuer, mais le couteau. D’où les décisions assez pitoyables qu’il a cru bon d’annoncer. Mieux en contrôler l’accès à la vente sur internet, la possession et le transport, et patati et patata… Toutes mesures dont on connaît les éblouissants résultats obtenus en matière de drogue et d’armes à feu. Interdites elles aussi et pourtant à peu près omniprésentes sur le territoire, avec il est vrai des zones de prédilection. On sait lesquelles.

L’homme de Matignon a évoqué une « culture du couteau ». Soit.  Elle serait plutôt récente chez nous. Y aurait-il dans cette mode une part d’effet d’importation ? La question mérite d’être posée.

B.A BA de « vivre ensemble »

Chez nous, autrefois, la culture qu’on inculquait de gré ou de force – je dis bien de gré ou de force aux têtes blondes – relevait d’une morale, certes d’origine biblique et religieuse mais que le monde profane, laïque avait fait sienne, et qui tenait en une phrase. Quelques mots que les maîtres d’école avaient soin d’écrire sur le tableau noir chaque matin, lorsque la journée scolaire devait impérativement commencer par une leçon de morale : « Tu ne tueras pas. » Une interrogation : quand et où les gamins d’aujourd’hui ont-ils bien pu entendre cette injonction de simple bon sens ? L’entendre ne serait-ce qu’une seule fois ? Quand et où s’est-on fait un devoir de la leur fourrer dans le crâne ?

Et si nous commencions par-là, dès demain matin. Cela ne coûterait rien et dispenserait Madame la ministre de l’Éducation nationale de continuer à perdre un temps précieux à s’inventer elle aussi des moulins à combattre, démarche d’une parfaite inutilité et d’un cynisme stupéfiant en regard de la gravité de la situation.

« Tu ne tueras pas ». Le B.A BA de « vivre ensemble » comme ils disent. Cela aura été le fonds de notre culture commune durant des millénaires. Certes, il ne faudrait pas en attendre des miracles, mais ce serait au moins un premier pas. Et, en filigrane, la reconnaissance du fait incontournable que le coupable n’est pas l’outil, le couteau, mais bel et bien l’individu qui l’a en main.

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Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

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L’exécutif, en profond décalage, apparait comme désemparé et sidéré face à la prolifération des couteaux dans les établissements scolaires.


– Selon les autorités, le meurtrier, Quentin G. était scolarisé en 3e dans l’établissement scolaire et inconnu de la police. Les motifs de son geste étaient inconnus au moment où nous rédigeons cette analyse. Ses deux parents travaillent, il ne présentait plus de difficultés particulières, et était même « ambassadeur harcèlement » après avoir pourtant fait l’objet de deux exclusions scolaires l’année passée pour des perturbations en classe.
– N’écartant pas hier la possibilité d’une question de santé mentale concernant ce drame, le ministre de l’Intérieur Retailleau a affirmé : « J’ai souvent dit qu’une société laxiste qui avait déconstruit tous les repères et tous les cadres communs avait engendré parfois finalement une fabrique de barbares ».
« Ce n’est pas seulement un fait isolé, c’est une dérive de la société (…) c’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons. (…) Nous ne pouvons pas demeurer les bras baissés devant ce qui est en train de se passer ; il va falloir durcir la réglementation et travailler sur les portiques à l’entrée des établissements » a déclaré le Premier ministre Bayrou à l’Assemblée nationale.

Hier, en fin de matinée, l’annonce de l’information tragique a tout emporté. À Nogent (52), au collège Françoise Dolto, une jeune surveillante de 31 ans, Mélanie G. est morte sous les coups de couteau d’un jeune garçon de 14 ans, au moment d’un contrôle des sacs effectué par des gendarmes. La nouvelle a choqué par sa violence et sa brutalité. Le jeune âge de l’auteur du crime, le fait que l’institution scolaire soit une fois de plus endeuillée, qu’un de ses membres soit tué dans l’exercice de fonctions qui, en principe, n’impliquent pas de tels dangers, et la répétition de faits divers atroces sur notre territoire — tout concourt à frapper les esprits. Mais si ce drame est aussi significatif, c’est aussi parce qu’il vient clore de façon tragique une séquence politique où la posture présidentielle récente, qui nie la montée de la violence, termine humiliée par le réel.

Le contretemps fâcheux d’Emmanuel Macron

Cette séquence s’ouvre par un entretien donné par Emmanuel Macron à la presse régionale le 7 juin. Entretien au cours duquel il déplore le manque d’intérêt que suscite le sommet de l’ONU sur les océans et s’en prend à « ceux qui préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers ». Le problème, c’est que l’immigration et les questions soulevées par ces faits de société sont au cœur des préoccupations des Français et qu’ils ne les considèrent pas comme secondaires. Une fois de plus les propos du président sont vécus comme insultants pour les citoyens, manquant de compassion pour les victimes et les familles, inutilement agressifs et politiquement contreproductifs.

Face à la polémique, Emmanuel Macron se raidit et envoie au front Elisabeth Borne. S’il s’agit de séduire les Français afin de retisser le lien, le choix du médiateur est curieux ; il donne d’ailleurs les résultats auxquels on pouvait s’attendre : chargée d’incarner la voix de son maître, elle donne aussi dans le mépris technocratique et l’absence d’empathie. Pire même, lors d’une séquence lunaire, elle explique que l’on ne peut légiférer sous le coup de l’émotion… De quoi sidérer des Français qui pensent qu’en matière d’ensauvagement et de violence des mineurs, les constats sont posés, que des solutions existent mais que le vrai problème est le refus d’agir, le déni politique. Dans l’absolu, tout le monde comprend que réagir à chaud n’est pas bon, mais là ce qui indigne, c’est la multiplication des alertes, le temps depuis lequel une réaction politique est attendue, les mots tonitruants qui accompagnent chaque mort, mais l’absence dans les faits de toute volonté réelle et de résultats. La crise d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne apparaît donc pour ce qu’elle est, un trépignement d’enfants frustrés qui ne pèsent plus sur la marche du monde, dont la voix ne porte plus dans les débats qui vont structurer la prochaine présidentielle. Ils en sont réduits à se servir de leur position de pouvoir pour disqualifier ce sur quoi ils n’ont finalement plus de prise. Car la vérité est que leur parole ne compte plus.

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Elle ne compte plus, mais elle blesse encore. Et elle a blessé la mère d’Elias, ce jeune garçon de 14 ans férocement attaqué à coups de machette à Paris par des jeunes délinquants laissés en liberté. Celle-ci a vécu une première violence dans la façon dont l’histoire du meurtre de son enfant a été racontée. Parce que ces jeunes étaient issus de la diversité, à cause de la gratuité de l’attaque, de la nature de l’arme utilisée, de la violence des coups, une partie de la presse a eu peur que cela n’alimente les commentaires de l’extrême-droite, selon ses justifications, et a choisi de raconter une version mensongère de cette histoire. À cette injustice s’est ajouté le fait que le meurtre d’Elias a été cité par Elisabeth Borne comme un de ces faits divers, susceptible d’alimenter une réaction « à chaud » alors que ces situations méritent des réflexions plus approfondies. La réponse de la mère d’Elias est cinglante. Invitée sur BFM TV ce mardi 10 juin, dans la matinale, elle était venue expliquer pourquoi la prise de parole d’Elisabeth Borne l’avait choquée et est revenue longuement sur l’emploi par celle-ci du mot « fait divers » et « réfléchir ». Elle a compris que réduire le crime commis sur son fils à un fait divers, c’est le rendre insignifiant, donc ne nécessitant pas de réponse politique dans le fond. Quant à son rejet de l’utilisation par la ministre du terme « réfléchir », ce n’était pas un refus de la connaissance ou de l’analyse qui s’exprimait, pas non plus une colère qui se déversait. Non, c’était l’expression d’une profonde lassitude. Elle a parfaitement compris que ce mot est dans la bouche d’Elisabeth Borne, une manœuvre dilatoire. C’est contre cette façon de draper dans une apparence de vertu, une réalité d’impuissance et de refus d’agir que la mère d’Elias s’est élevée, avec justesse et dignité.

Le gouvernement mobilisé

Or la réalité de cette souffrance n’a fait qu’accentuer le sentiment qu’en matière de sécurité, le chef de l’État et une partie de ses ministres faisaient le choix du déni ou du moins du désaveu des personnalités les plus en pointe sur cette question. Cette prise de parole courageuse de la mère d’une victime de la montée de cette violence gratuite avait déjà dynamité la posture désastreuse du président et de sa ministre quand la nouvelle du meurtre à coups de couteau de la jeune femme surveillante de collège en Haute-Marne est tombée. Emmanuel Macron a vu se retourner contre lui sa tentative d’accuser ses contestataires de commettre un lavage de cerveau sur une population sans défense, simplement parce qu’ils répondaient aux aspirations de la population en matière de sécurité. Le tragique rend insupportable la posture.

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Et justement, voilà que face au drame qui vient de se dérouler à Nogent, les citoyens ont droit à leur lot de paroles exaltées et définitives. Le président tweete donc que « la nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime ». Elisabeth Borne explique en bonne technocrate qu’ « il faut une réponse globale notamment sur une meilleure régulation de la vente des armes blanches ». Qui croit encore que la réponse peut venir d’un président ambigu en matière de sécurité, et qui au terme d’une prise de parole mal gérée, voit un nouveau drame démentir son discours ? Personne. Les Français n’attendent plus rien de leur président. Ou plutôt si, la fin de son mandat. Ils espèrent qu’en 2027 ils auront à nouveau une campagne présidentielle qui pourrait renouer avec ce qui fait le fondement de la cinquième république, la rencontre entre un homme, le peuple et un projet d’avenir. En attendant, ils voient les tweets politiques compassionnels s’accumuler après une nouvelle tragédie tout en sachant qu’aucune décision forte n’interviendra. Et ils pensent peut-être aussi que nos problèmes résident moins dans la question temporaire de l’absence de majorité législative que dans celle plus structurelle du manque de courage d’une partie de leurs représentants…

Les «Très Riches Heures» du Duc de Berry, l’exposition évènement

Le Saint-Graal de l’enluminure gothique en majesté, à Chantilly


Le Gotha du Gothique international, gratin des conservateurs, des chartistes, historiens, sponsors prestigieux, se sont retrouvés samedi 7 juin à Chantilly pour honorer les Très Riches Heures du Duc de Berry. L’exposition de la décennie, du siècle peut-être, à ne rater sous aucun prétexte (jusqu’au 5 octobre), est portée depuis quinze ans par Mathieu Deldicque, directeur du Musée Condé, assisté de Marie-Pierre Dion, conservatrice générale des bibliothèques. Jamais nous ne reverrons de notre vivant une telle densité de manuscrits enluminés sublimant l’âge d’or du mécénat princier à la cour de Charles V, des ducs de Berry, de Bourgogne et d’Anjou.

C’est aussi l’occasion de (re)venir admirer le château, les Raphaël, Poussin, Ingres, Delacroix, Clouet du musée Condé, le fantôme de La Bruyère devisant avec Madame de Sévigné dans les jardins de Le Nôtre, sans oublier l’extraordinaire cabinet des livres du Prince des bibliophiles, Henri d’Orléans. Le duc d’Aumale chérissait les Très Riches Heures, joyau de sa collection, achetées en Italie en 1856. «Ce livre tient une grande place dans l’histoire de l’art ; j’ose dire qu’il n’a pas de rival ». À l’exception, peut-être, du Book of Kells, il ne se trompait pas.

Un « livre monde », chef-d’œuvre absolu

L’homme zodiacal, les scènes de vie paysanne sous la neige, les semailles, vendanges, châteaux disneyens, belles dames du temps jadis, bordures d’acanthes et fleurs d’ancolie, nous les avons tous entrevus, dans le Lagarde et Michard du Moyen âge, des albums, décors de cinéma ; mais jamais nous n’avons eu l’occasion de les admirer de visu. C’est maintenant ou jamais. Temporairement déreliés dans le cadre d’une campagne de restauration pilotée par l’atelier Coralie Barbe, les bifeuillets du calendrier sont exposés dans d’élégants caissons de présentation.

Mécène pieux et avisé, le Duc de Berry commanda les Très Riches Heures aux frères Limbourg (originaires de Nimègue) en 1411, dans un contexte troublé par la guerre de Cent Ans, l’opposition des Armagnacs et Bourguignons. Au mitan du siècle, Barthélémy d’Eyck complète cinq feuillets du calendrier. Jean Colombe parachève le manuscrit, à Bourges, en 1485. 206 folios, 66 grandes compositions, 65 à quart de page, des péricopes des Evangiles, les Heures de la Vierge, l’office des morts… les Très Riches Heures ne se réduisent pas à la féérie du calendrier. Trois maîtres rivalisant de raffinement ont accouché d’un chef-d’œuvre absolu, un « livre monde » aux sources d’inspiration septentrionales et italiennes. Léopold Delisle, Paul Durrieu, plus tard Millard Meiss ou Patricia Stirnemann ont su donner au livre la place qu’il mérite, la première.

« La vue ou l’audition des choses très-parfaites cause une certaine souffrance. Dans le cas de ces miniatures, n’est-on pas comme brûlé par une fine pluie de feu ? De telles œuvres sont pareilles au foyer d’une lentille qui rassemble en un point ardent la lumière de tout l’espace. Par une concentration éperdue elles tirent du monde des formes une sorte de joyau, une chose-fée » (Adrienne Monnier).

Photo: J.Houyvet

L’exposition du siècle

Pour honorer comme il se doit les Très Riches Heures, contextualiser leur genèse et leur influence exceptionnelle dans l’histoire de l’art, les commissaires de l’exposition ont convié le nec plus ultra de l’enluminure gothique. La grande fratrie des livres d’Heures, psautiers, bréviaires du Duc, bien sûr, mais aussi une ribambelle d’illustres cousins éloignés : une Cité de Dieu, des Grandes chroniques de France, Antiquités judaïques. Les codex somptueux mettent en scène des modèles de sagesse, de piété, de sainteté, David, Salomon, Constantin, Augustin…

Nous cheminons dans une forêt de miniatures saturées de lapis lazuli, vermillon, ocre-jaune, des armoiries d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure engrelée de gueules. Les symboles, devises, enluminures, se répondent dans une profonde unité, chantent la gloire de Dieu, des alliances matrimoniales. Nous admirons d’insignes trésors patrimoniaux : la coupe de Sainte Agnès, une croix d’assermentation de l’ordre de la toison d’or, la douceur infinie de la vierge à l’enfant de Jean de Cambrai. Vandalisé en 1793, le gisant de Jean de Berry veillé par un ours (son animal totem) a fait le voyage depuis Saint-Etienne de Bourges. « Le temps a laissié son manteau »…

Au fil des siècles, les Très Riches Heures sont restées un talisman national, iconique, rassurant. Le 1er juin 1940, la France est au bord de l’abîme. Dans la revue « Verve », pour conjurer le désastre annoncé, Adrienne Monnier cherche le visage de la France. « Devant les Très Riches Heures du Duc de Berry il me semblait apercevoir, à travers une émeraude magique, la nature même de la France… notre terre et ses gens vêtus de couleurs franche, les gestes de travail purs comme ceux des messes, dames aux robe-fleurs, fanfare du loisir, l’eau vive, la ramure, les désirs, les amours, de beaux châteaux lointains, un ciel qui nous rassure, nos bêtes près de nous, des jours teints d’espérance et finement tissés ». Ironie de l’histoire, deux ans plus tard, « Les Visiteurs du soir » nous transportent dans un Moyen Âge directement inspiré de l’iconographie des Très Riches Heures. L’or du temps.

Les cœurs battent, battent sous la pierre, dans « le bleu des soirs d’Île-de-France » et les enluminures des frères Limbourg. Tout est bien qui finit bien. As Time Goes By« We’ll always have Chantilly ».


Au château de Chantilly. Entrée : 21 €.

L’ouvrage est consultable également sur internet sur le lien suivant.

Trois mousquetaires (au féminin singulier) ont lancé un appel le 4 juin…

Islamisme. À l’Assemblée nationale, Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi (de gauche à droite sur notre illustration) ont appelé à un sursaut collectif. Qui sont-elles ?


Pendant que Greta et Rima, les célèbres duettistes, faisaient des selfies sur leur yacht en direction de Gaza, d’authentiques héroïnes ont lancé un appel contre un danger véritable. Peut-être un peu comme l’a été celle du 18 juin 40, il est probable que l’importance de l’appel du 4 juin ne sera reconnue que bien plus tard. Ce qui importe, c’est que cet appel a été solennellement lancé au Palais Bourbon, lors d’une conférence sur la liberté des femmes menacée par l’islamisation de la société, par trois femmes exceptionnelles, en présence de Constance Le Grip, députée, et de Paul Amar, journaliste, modérateur de la conférence.

Photo : Liliane Messika

Mona Jafarian

À la différence des touristes humanitaires citées plus haut, Mona Jafarian mérite le titre d’activiste, qui vient du mot « action ».
La révolution de 1979, qui a installé la charia dans l’Iran laïque, avait trois ans quand Mona est née. Venue en France bébé avec sa mère, elle a fait, jusqu’à sa majorité, des allers et retours réguliers avec son pays d’origine pour y visiter son père, incapable de couper ce cordon-là. C’est pourquoi elle y a encore une relation charnelle avec le pays, la langue, les amis et les amies.
« Tout ce qui compose la République islamique ne sème que la mort, la destruction et la faillite », écrit-elle dans Mon Combat.
Son activisme véritable a commencé le 17 septembre 2022, le lendemain de la mort, à Téhéran, de Mahsa Amini, à l’âge de 22 ans. Cette étudiante iranienne d’origine kurde avait été arrêtée trois jours plus tôt par la police de la vertu pour « port de vêtements inappropriés ». Les manifestations monstres qui ont aussitôt érupté ont convaincu la Franco-iranienne que « ce qui se passait était différent. La révolution avait commencé (…) et elle ne s’arrêterait plus jusqu’à la victoire. »

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Mona Jafarian connaissait les violences quotidiennes subies par les femmes iraniennes, elle savait que des milliers d’étudiants avaient été tués pour avoir scandé « Où est mon vote ? » lors des révoltes de 2009, « après l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad ». Cette révolte, comme celle de 2019, avait été noyée dans le sang des protestataires.

Le mouvement Femme-Vie-Liberté est né de la mort de Mahsa Amini et il a grandi à la vitesse du son et de la lumière dans tout le pays, parce qu’il était porté par les femmes, soutenues par tout un peuple, conscient de son identité (persane), de la singularité de sa religion (zoroastrienne), de sa langue (le farsi) et de son Histoire (deux millénaires de civilisation interrompus lors la colonisation arabo-islamique, il y a 14 siècles, puis partie en marche arrière depuis 1979).
Mais dans sa France d’adoption, tout le monde ignorait aussi bien l’Histoire que l’histoire du voile et de l’islamophobie, inventés par l’ayatollah Khomeiny pour soumettre les femmes (le premier) et les opposants (la seconde).
Ce n’est pas de l’ignorance, c’est une trahison. Elle a été suivie par bien d’autres, notamment celle des médias, qui expliquaient, en commentant les rues noires de manifestants, que la majorité des Iraniens était opposée à cette révolution.

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Trahison au carré : le jour où une troisième femme iranienne éprise de liberté a été tuée par la répression, Macron, à New York, a serré chaleureusement la main du « boucher de Téhéran », alias Ebrahim Raïssi, président de la République islamique, devant les caméras.
Trahison au cube, celle des néo-féministes, qui ont choisi de taire la révolution des femmes iraniennes, comme elles ont nié les viols des femmes israéliennes, parce qu’il vaut mieux voir des femmes mourir plutôt que des musulmans accusés. 
Alors Mona s’est lâchée : « Je ne pouvais rester silencieuse face à l’inaction, voire la complaisance des pays dits libres, dont la France, envers nos bourreaux. (…) je ne pouvais passer sous silence ma colère face à la fausse bien-pensance d’extrême gauche, les accusations d’islamophobie pour faire taire les activistes, les menaces de mort et les insultes quotidiennes (…) j’appelle à un sursaut collectif (…) pour ne pas normaliser ce qui va à l’encontre de nos valeurs, et ne plus trembler à l’idée d’être étiquetés islamophobes ou fascistes quand on dénonce une idéologie qui tue en masse. »

Fadila Maaroufi

Née à Bruxelles, dans une famille marocaine habitant un quartier mitoyen de Molenbeek, Fadila Maaroufi a vécu une enfance tissée de violences physiques et psychologiques. Et de viols répétés.
Si elle se consacre, aujourd’hui, à la lutte contre le voile, c’est qu’elle tient son expérience de l’inégalité homme-femmes de première main. Son premier souvenir est celui de son premier viol par un oncle. Elle avait deux ans et savait déjà qu’elle avait participé à un acte impur, qu’Allah ne lui pardonnerait jamais. Dans un rapport sexuel, un homme musulman ne peut pas être coupable. Seule une femme l’est. Même si elle a deux ans. « Il n’y avait pas d’échappatoire : vivante, j’avais peur du châtiment des hommes, morte, c’était l’enfer éternel. »
Quand elle était enfant, Fadila allait à l’école publique, où elle jouait le rôle qu’on attendait d’elle, un rôle bien différent de celui qu’elle tenait à la maison, où il s’agissait d’encaisser et de se taire. Excellente élève, sérénité factice, silence sur l’enfer familial, l’école était son sanctuaire, le seul endroit où elle osait sourire, voire rire.
La famille était un lieu de blessure sans nulle occasion de déverrouiller ses zygomatiques. C’était littéralement une prison, où la vie des filles était faite de contraintes, de douleur, de corvées, de soumission, le tout sans la moindre perspective d’autonomie.
Fadila Maaroufi est une survivante : de cette enfance broyée, d’un mariage forcé à 17 ans avec un cousin de 32 ans, pour qui une épouse n’était qu’un ventre doublé d’une batterie de casseroles, d’un enfermement sectaire dans une religion inhumaine.
Elle a tiré de son expérience mortifère une motivation résolue pour aider les femmes à sortir de la soumission, une motivation qu’elle essaie de transmettre aux Français placides et passifs.
« Si vous voulez savoir à quoi ressemblera Paris dans cinq ans, allez à Bruxelles » répète-t-elle aux islamolâtres parisiens, qui la snobent en s’exhibant, vêtues de burqa griffées Dior et qui caquètent un gloubi-boulga de vivrensemble hors-sol.

Lara Fatimi

Née en France d’une mère catholique et d’un père musulman, Lara Fatimi a eu la chance de bénéficier de l’addition de ses deux cultures. Cette tolérance rare la rend d’autant plus sensible à la réalité du multiculturalisme à la française, où la religion exogène étouffe peu à peu la culture indigène, comme le lierre étouffe les arbres qu’il parasite.

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Lara Fatimi est avocate au barreau de Paris, dans le cabinet de Thibault de Montbrial, qui défend les droits de l’Homme, et particulièrement ceux d’une catégorie oubliée par les défenseurs habituels de ces droits : les Français et même les policiers français. Il représentait la famille de Jessica Schneider, policière assassinée avec son compagnon Jean-Baptiste Salvaing, en 2016, sous les yeux de leur fils, alors âgé de trois ans. Lors du procès, en 2023, Maître de Montbrial a été menacé de mort par le frère d’un des complices de l’assassin.
En octobre 2020, quand un Tunisien, Brahim Aouissaoui a poignardé trois personnes à la cathédrale de Nice, il a été neutralisé par des policiers municipaux. Leur syndicat, le SDPM, s’est constitué partie civile et c’est Lara Fatimi qui l’a représenté au procès. « Nous sommes plongés dans une guerre civilisationnelle profonde dont le niveau de haine à notre endroit relève pour partie d’une guerre de religion », a-t-elle rappelé à la Cour : « Les policiers municipaux sont désormais des cibles notoires – tout comme les juifs et les chrétiens ». Elle milite pour que les policiers municipaux soient armés, « parce qu’il faut protéger notre société, protéger ceux qui nous protègent.[1] »

L’appel du 4 juin 2025

À l’issue de la conférence du 4 juin dernier, un appel solennel a été lancé par les trois intervenantes, demandant aux parlementaires de légiférer sur cinq mesures concrètes :
1. Dissolution de l’association des Musulmans de France (ex-UOIF) et suppression des subventions des associations fréristes identifiées par le rapport Frères musulmans et islamisme politique en France.  
2. Application ferme de la loi sur l’interdiction des prières de rue et du prosélytisme religieux en cas de trouble à l’ordre public.        
3. Fermeture de tous les lieux de cultes prêchant des principes contraires aux droits humains, notamment les droits des femmes.
4. Interdiction du voile aux mineures. Interdiction du voile dans l’enseignement supérieur public et privé. Interdiction du voile dans le sport (pratique et compétitions sportives).
5. Fermeture des comptes sur les réseaux sociaux des influenceurs islamiques et des imams dont les prêches et les discours sont contraires aux droits humains, en particulier ceux visant les droits des femmes.

Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi ont reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Seront-elles, serons-nous entendues par leurs/nos représentants à l’Assemblée nationale ?


[1] www.sdpm.net/2025/02/police-municipale-plaidoirie-de-maitre-lara-fatimi-la-cour-d-assises-de-paris-attentat-basilique-de-nice.html

Comment le tennis nous réconcilie avec le roman

Dimanche, la finale de Roland-Garros Messieurs qui a opposé l’Espagnol Carlos Alcaraz à l’Italien Jannik Sinner en cinq sets a réconcilié les Français avec l’effort dans la durée. Monsieur Nostalgie nous explique pourquoi c’est une bonne nouvelle pour la littérature et la lecture…


Les juges de ligne disparaissent du circuit, à l’exception de ceux de la Porte d’Auteuil. Le « super tie-break » a remplacé les deux jeux d’écart quand le match se tend au bout de la nuit et que la dramaturgie commence enfin sur les écrans. La télévision a gagné la bataille de la retransmission. Elle a fait taire les forçats de la terre battue. Elle a des pubs à lancer à l’antenne sans se soucier des errements des joueurs. Ces derniers sont désormais dociles comme des agneaux, ils répugnent à bousculer le juge de chaise de peur de recevoir un avertissement et se faire mal voir de leurs sponsors. Leurs mécènes ne rigolent pas avec les fautes d’opinion et les dérapages verbaux, la clientèle mondiale ne le supporterait pas ; les champions d’aujourd’hui ont des comptes à rendre à leurs nouveaux directeurs de conscience.

Ils s’expriment un peu comme des conseillers conjugaux à la fin des matchs, mélange de psychologie huileuse et de langue de bois ; sans conviction, ils sont aussi naturels qu’un homme politique en campagne électorale. Devons-nous leur tendre le micro pour écouter tant de banalités ? Laissons-les jouer sans nous faire suer ! Leurs gestes suffisent à notre bonheur. Les balles m’ont semblé aller encore plus vite cette année, même sur cette surface ocre autrefois réputée lente. Et chez les Français, aucun garçon n’a atteint la deuxième semaine du tournoi, par contre, nous avons assisté à l’éclosion d’une Loïs impériale, déterminée comme les héroïnes de manga. Pour les plus anciens, la marque de jean espagnole Loïs née du côté de Valence était jadis un sponsor de Roland-Garros et habillait notamment Borg et Cruyff. En première semaine, on se serait cru dans une PME à la veille des grandes vacances quand les anciens tirent leur révérence après quarante ans de bons et loyaux services. On ne les verra pas à la rentrée des classes en septembre prochain. Caroline a versé une larme, Nicolas sur un court annexe a pris le temps de remercier ses compagnons de route et Richard a eu droit à la courtoisie légendaire de Rafa.

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Avant les Internationaux de France, certains ne cachaient pas leur ras-le-bol de se coltiner un tennis vieillissant, ultracodé et réac ; ne serait-il pas venu le moment de tuer la tradition et d’entrer dans une nouvelle « ère Open » ? Les « Boomers » qui constituent le cœur de cible de ce marché valétudinaire ne seront pas éternels. Le grand remplacement les guette. Qui se souvient de Noah, d’Edberg et de Tiriac que des caméramen nostalgiques s’évertuent à filmer ? Les loges du Central ressemblent à une réunion de « copains d’avant ». Dustin Hoffman, 87 ans, était là, mais je n’ai pas vu Philippe Lavil dans les tribunes, lui qui a chanté le plus bel hommage à la balle jaune dans son tube de 1982 intitulé simplement « Tennis ». « J’ai le toucher de balles de Gerulaitis », disait-il. Depuis que Jean-Paul Belmondo n’arbore plus ses lunettes d’aviateur et ses yorkshires toilettés, nous avons perdu nos repères en ce début juin, notre passion s’est émoussée. Quand il apparaissait avec Charles Gérard, son complice de toujours en polo Lacoste, nous étions aux anges. L’été pouvait débuter.

Certains marchands d’espaces et de breloques s’impatientent, ne faudrait-il pas refonder, voire reformater ce sport pour le rendre plus attractif, plus inclusif, plus démocratique et surtout toucher cette jeunesse si volatile qui est incapable de se concentrer ? Elle n’a plus une minute de cerveau disponible à consacrer à une activité bourgeoise et un brin sectaire. Elle veut du prémâché, du liquide, de l’intraveineuse ; le pépiement des images sur les réseaux sociaux l’empêche de se poser ne serait-ce qu’une seconde et d’appréhender l’existence autrement que sur un mode accéléré, rythmé, coloré et saturé. Cette finale qui a vu la victoire de Carlitos avait sur le papier de quoi énerver les tenants d’une révolution esthétique et numérique. Elle fut extrêmement longue, plus de cinq heures, intenable pour les nerfs, étrange dans ses revirements et ses tâtonnements, agaçante parfois et rayonnante dans ses envolées tennistiques ; ce marathon fut l’expression même du tennis à l’ancienne. Un acte de résistance en soi. Une aberration dans une société déconstruite. Le Philippe-Chatrier était plein à craquer, moite et enfiévré, deux champions ont montré d’incroyables qualités et d’abyssales faiblesses, sans les failles, la victoire n’est rien, nous avons tous eu le sentiment de vivre une finale à part. Cette finale suffocante, angoissante, merveilleuse et dramatique a été la plus belle illustration et définition du roman. Les professeurs de français pourront l’utiliser dans leurs cours. Elle a flirté avec l’Art dans sa temporalité et dans sa tension narrative, dans son éclat et son onde. Le roman est un magma qui n’a rien de linéaire, il est animé par des phases dissonantes, tantôt cabossé, tantôt cavaleur, des plages d’hébétude succèdent à des accélérations foudroyantes, il donne le tournis, et surtout il nous oblige à accepter les temps morts. Le tennis quand il est pratiqué par des génies produit le même effet que la littérature. Il suspend le temps, le distord et le fige, tel un souvenir inoubliable. Longtemps après, on se souviendra de ce dimanche de juin.

Tendre est la province

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Rendez-nous Nicolas Bedos !

Dans La Soif de honte, Nicolas Bedos raconte sa déglingue, sa descente aux enfers de MeToo, sa condamnation pour agression sexuelle, sa mise à mort sociale, le salut par l’amour et par l’écriture. Au-delà des faits pénalement répréhensibles, le tribunal médiatico-féministe lui reproche d’avoir été un séducteur volage et égoïste, autant dire un salaud qui ne mérite ni oubli, ni pardon. Sous couvert de justice, il s’agit d’imposer une nouvelle morale


Dans un commissariat, même un homme accusé d’agression sexuelle a le droit de se défendre. Dans un tribunal, ce n’est pas certain, puisque Gérard Depardieu a écopé d’une peine alourdie pour cause de défense jugée inconvenante. Devant le tribunal médiatique, qu’il ait été ou pas condamné par la justice, il n’a qu’un droit : battre sa coulpe en expliquant à quel point il est indigne de pardon, vu la gravité de ses crimes et la noirceur de son âme. Le 3 mai, lorsqu’il s’installe face à Léa Salamé sur le plateau de « Quelle époque ! », Nicolas Bedos sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. C’est sa première apparition cathodique après deux ans et demi de bannissement. Il vient présenter La Soif de honte, le livre où, d’une plume à la fois mordante et poignante, il raconte et affronte sa déglingue, ses déconnages alcoolisés, la cohorte de femmes trahies, sa descente aux enfers de MeToo, sa condamnation pour agression sexuelle à six mois sous bracelet, qui équivaut à la peine de mort sociale, les projets qui s’arrêtent, le silence qui s’installe, les amis qui flanchent – je suis de tout cœur avec toi mais je ne peux rien dire –, la honte, les regrets, la vie qui malgré tout se fraye un chemin dans le malheur, le salut par la double grâce de l’écriture et de l’amour – celui de Pauline Desmonts son inébranlable compagne et aujourd’hui celui de leur fille. Mais ce qui se joue sur ce plateau de télévision, ce n’est pas sa vérité, avec son dégradé de nuances et sa part de négatif, c’est sa réintégration dans la compagnie des hommes. Léa Salamé n’est pas la simple animatrice d’un show télévisé, elle est la gardienne du système, celle qui, selon qu’elle baissera ou lèvera le pouce, prononcera la condamnation définitive ou accordera, non pas le pardon, mais l’éventuelle possibilité de l’obtenir un jour.

En arrivant sur le plateau, conscient de ne pas être un invité comme les autres, un de ceux qui restent babiller avec les autres une fois passé son quart d’heure de promo, Bedos s’autorise à peine un demi-sourire. Dans sa palette de personnages, Léa n’a pas choisi la pétaradante charmeuse, celle qui lance des œillades de velours au dernier chanteur ou acteur à la mode – je suis si heureuse de vous recevoir, le public vous adore. « On n’est pas potes, on ne se connaît pas », croira-t-elle bon de préciser en fin d’émission. La bonne blague. Tous deux nés en 1979, Salamé et Bedos ont officié ensemble aux côtés de Laurent Ruquier sur France 2, puis se sont croisés mille fois dans les arrière-salles de l’audiovisuel public et les raouts du cinéma. Mais l’ambiance n’est pas au badinage mondain. Ce soir, c’est commissaire Salamé, regard de pierre et verbe tranchant. Peut-être l’artiste a-t-il alors une pensée nostalgique pour les policiers qui l’ont interrogé en garde à vue, le 22 juin 2023.

Le hachoir MeToo

Pour les escouades du féminisme punitif, autoriser Bedos à parler est déjà un scandale, aussi pense-t-on sans doute à France TV faire acte de courage. Salamé s’en excuse presque. « On a beaucoup hésité. On a pensé à toutes ces femmes que votre présence ce soir doit blesser. Mais on vous a lu. Ce n’est pas, comme souvent, le livre d’un type qui pleurniche sur son sort, se plaint d’une injustice, de l’époque, de la chasse à l’homme ou se dit victime de la vengeance de femmes. Pour la première fois, un homme accusé et condamné reconnaît que oui, il a fait du mal, oui il a abusé de son pouvoir, oui il a été un séducteur mégalomane. » Notez, ça va souvent ensemble. Faudra songer à tondre les femmes qui aiment ça. Les hommes aussi d’ailleurs.

Le ton est donné. Il n’est pas là pour se défendre ou s’expliquer, encore moins pour demander sa réhabilitation et le droit de retravailler, mais pour se livrer à une autocritique en règle – qui est par ailleurs le fil conducteur du livre. Dans le genre, la trentaine de minutes durant laquelle il est sur le gril est l’un des spectacles les plus pénibles que notre funeste époque puisse offrir. L’homme passé au hachoir de MeToo ne doit jamais se trouver la moindre circonstance atténuante, ne jamais dire ni même penser que la sanction – perdre toute vie sociale, tout travail, toute perspective – est disproportionnée. Il devrait même remercier pour la chance de devenir meilleur qui lui est ainsi offerte. Le pire, c’est que lui-même semble convaincu de la gravité de son crime. Elle le lui rappelle par diverses variations sur « le mal que vous avez fait », mal forcément irréparable, il renchérit, se maudissant d’avoir fait tant souffrir. À entendre la procureure comme l’accusé, on imagine que Bedos a violé, frappé, tué peut-être. Si un attouchement à travers un jean (sur le sexe) et un baiser volé (dans le cou) constituent des atteintes irréparables, nous sommes tous traumatisés – c’est en train d’arriver en Occident. Au risque de mécontenter les victimes, la plupart des êtres humains subissent des désagréments de ce genre ou de cette intensité. À encourager le trauma, à dorloter la souffrance, à sacraliser la plainte, on fabrique des générations en porcelaine chinoise, incapables d’affronter, de comprendre et bien entendu d’aimer les tours et détours du désir et leurs cohortes de trahisons, mensonges, dominations et vilenies. Autant dire qu’il va falloir les protéger de la condition humaine. Bedos a certainement mal aimé comme il dit. Il faudra songer à faire une loi sur le « bien-aimer ».

On souffre avec lui, en se demandant s’il a raison de s’infliger ce calvaire. Dans les procès de Moscou, l’autocritique ne permettait pas d’éviter la mort ou le goulag. Bedos ose courageusement un plaidoyer pour la deuxième chance. « Quel sens cela a-t-il de se soigner, de reconnaître ses fautes, si un type qui se remet en cause est traité avec la même sévérité que celui qui nie ? » Salamé brandit une déclaration de la comédienne Emmanuelle Devos : « Ceux qui ont abusé vont dégager, c’est comme ça et je trouve ça plutôt sain. Bien sûr qu’il y a des têtes qui vont tomber et qui n’auraient peut-être pas dû tomber, mais c’est ça les révolutions… » Tant pis pour vos vies saccagées, les gars, mais pas de chance, vous êtes les œufs qu’il faut bien casser pour cuire l’omelette de l’Histoire en marche. Et Salamé de conclure : « Il faut que les choses changent, alors non, on ne va pas vous dire que tout est oublié et que demain vous pourrez faire un film. Ça ne marche pas comme ça. » On aimerait savoir comment ça marche. Être invité par Salamé est un passage obligé, mais ne donne pas un brevet de fréquentabilité. Les rebellocrates (comme disait Muray) portent aux nues Ladj Ly, qui a écopé de deux ans ferme en 2012 dans une affaire de séquestration, mais ils peuvent décréter qu’un cinéaste de 46 ans, condamné pour des délits bien moins graves, n’aura plus jamais le droit à la lumière – ils lui concèdent généreusement le droit d’être boulanger ou caissier. Des libraires, nouveaux maîtres de la censure, refusent de vendre son livre. Aucun, évidemment, n’ose organiser une signature, ce serait pourtant défendre à peu de frais la liberté dont ils se gargarisent. Le 23 mai, des abrutis fascistoïdes vandalisent la vitrine des Éditions de l’Observatoire et peinturlurent une croix violette sur le visage de Bedos, mise à mort symbolique d’une violence inouïe. Ces dieux de pacotille ont soif. Ils ne connaissent pas la pitié.

Quand le tribunal populaire se fait lynchage

Le livre offre un florilège des messages trouvés en sortant de garde à vue, alors que tous les médias annoncent sa disgrâce en une avec gourmandise. C’est que rien n’est plus jouissif (et vendeur) que la chute d’un « puissant » – drôle de puissant que ce saltimbanque bourré de talents et de démons. Les tricoteuses ne se sentent plus de joie. « Espèce de sale violeur, heureusement que ton père est mort, ta mère mériterait de le rejoindre en enfer pour avoir accouché d’un tel porc », « Il paraît que ta meuf est enceinte, si c’est une fille, j’espère qu’elle se fera abuser… », ou encore « Tu t’en sortiras parce que t’es protégé par les juifs. Les agresseurs se couvrent entre eux ». Le plus sidérant c’est que les auteurs de ces immondices, ivres de bonne conscience, croient vraiment défendre la justice.

À lire aussi, Charles-Henri d’Elloy : Nicolas Bedos, le beau bouc émissaire

Dans ces conditions, on aurait aimé qu’il tienne tête à ses accusatrices, adresse un grand bras d’honneur à ce système injuste qui ne veut plus de lui, qu’il pointe la soif de pouvoir planquée derrière le souci des femmes. Bref, qu’il se risque à démonter la machine totalitaire qui l’a transformé en paria. Sauf que tout cela est inaudible, donc indicible sur un plateau de télévision. La libération de la parole, ça ne vaut pas pour tout le monde. Et puis, il est facile de donner des leçons d’héroïsme, mais que feraient les résistants par procuration si des morceaux d’interview tronqués pour le caricaturer en prédateur tournaient en boucle, surgissant indéfiniment des moteurs de recherche ? Cependant, dans le livre que les vertueux se font une gloire de ne pas lire (c’est peut-être mieux), il ne s’épargne pas, mais il règle aussi ses comptes, avec l’époque qui ne connaît ni oubli ni pardon, et avec son milieu où la lâcheté est la règle. En privé, l’écrasante majorité des décideurs vitupèrent la folie MeToo, en public, ils se prosternent devant Judith Godrèche, imposent des stages de bonnes manières à tous leurs personnels et recrutent des « coordinateurs d’intimité » pour leurs tournages. Ils adorent Nicolas et son travail, mais tu comprends, on ne veut pas d’ennuis. On comprend trop bien.

Action du collectif féministe Nous Toutes devant les Éditions de l’Observatoire, éditeur du livre de Nicolas Bedos, Paris, 23 mai 2025 © Arnaud VILETTE/OLA NEWS/SIPA

Le droit au changement : quête sincère ou faute impardonnable ?

Du reste, on ne doute pas de la sincérité de sa quête de rédemption. Bedos s’en veut vraiment d’avoir énervé, blessé ou désespéré tant de gens, tous sexes confondus. Il a été un mauvais ami, un mauvais amoureux, un mauvais fils et veut devenir un homme meilleur, c’est son droit et surtout son affaire. Après tout, il a sans doute assez exploré les ténèbres de la condition humaine, autrement dit assez déconné pour toute une vie. L’ennui, c’est que cette morale individuelle éminemment respectable est en train de s’imposer comme norme sociale. Car ce que les punaises de la sacristie féministe lui reprochent, ce ne sont pas seulement les faits pénalement condamnés, c’est bel et bien sa façon d’être un homme. « J’ai été égoïste, irresponsable et inconséquent », reconnaît-il face à Salamé. D’accord, mais en quoi ces comportements regardent-ils le public ? Chacun doit-il être le juge de son frère – et de son ex ? Dans l’entretien qu’il a accordé à Peggy Sastre, l’une des plus subtiles critiques de MeToo (et l’un des plus jolis cerveaux de la presse), et qu’elle a choisi de titrer « C’est l’histoire d’un connard… », il déclare notamment : « J’interroge une façon de vivre, une manière d’aimer. J’ai trop longtemps fait preuve d’égoïsme et de lâcheté. Je me suis autorisé des amours simultanées, des infidélités que je ne prenais même plus la peine de dissimuler[1]. » C’est certainement très mal, mais la société n’a nullement à s’en mêler. Ce n’est évidemment pas l’avis d’Émilie Frèche qui considère que rien de ce qui est masculin ne doit échapper à la surveillance féministe. Invitée à porter la contradiction dans Le Point, elle publie un texte réussissant le tour de force d’être à la fois bêta et terrifiant de cruauté satisfaite[2] : « Ce connard qui se croit tout permis a humilié, fragilisé, abîmé plusieurs femmes. Et il ne sera pas puni pour ces forfaits, car être un connard n’est pas pénalement répréhensible. Mais qu’il ne demande pas, simplement parce qu’il se dépeint avec une sincérité qui dit combien il n’a plus rien à perdre, que nous lui pardonnions. Notre monde après #MeToo ne veut plus d’hommes comme ça. » Parle pour toi. Et comme la dame se pique d’avoir des lettres, elle cite La Modification de Butor où un homme prend le train pour rejoindre sa maîtresse à Rome, puis change d’avis et repart à Paris direction Madame. Enrôler Butor pour défendre la fidélité conjugale, fallait oser. Notre experte en amours convenables rêve d’un monde peuplé de bons maris-bons pères-bons citoyens partageant scrupuleusement des tâches ménagères. Un monde sans adversité, sans aspérité, sans altérité, autant dire à périr d’ennui. L’humanité a besoin de dérèglements, d’excès, de désirs impérieux, de tromperies, de drames, de passions – de sa dose de mal. J’aime que les hommes se comportent bien. Pourtant, je détesterais vivre dans un monde sans connards. Je sais, c’est pas logique. Au fait, ai-je précisé que Nicolas Bedos est un ami, qu’il le restera et que j’attends impatiemment son prochain film ?


[1] « C’est l’histoire d’un connard… », propos recueillis par Peggy Sastre, Le Point, 29 avril 2025.

[2] « Notre monde ne veut plus d’hommes comme ça », Émilie Frèche, Le Point, 29 avril 2025.

La soif de honte

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Fête de la victoire du RN: démonstration de force tranquille

À la « Fête de l’Huma » de Marine Le Pen à Mormant-sur-Vernisson, hier, certains discours identitaires des partenaires européens du RN rappelaient le FN d’autrefois. Nous sommes allés voir.


Baraques à frites, tireuses à bière, stands de produits régionaux, soleil estival et animation musicale : c’est une ambiance Woodstock de droite. Près de 6 000 militants, acheminés en bus, se sont rassemblés dans la circonscription de Montargis (45), fief du député RN Thomas Ménagé, à Mormant-sur-Vernisson — une commune de 133 habitants, nichée au milieu des champs de maïs, entre trois hangars, des bottes de paille et quelques machines agricoles. Ils ont pu goûter à l’ambiance conviviale et festive de la Fête de la Victoire. L’événement célébrait le premier anniversaire de la victoire de la liste de Jordan Bardella aux élections européennes du 9 juin 2024, et affichait des invités de marque : le Premier ministre Viktor Orbán, Matteo Salvini, le Vlaams Belang, Vox, le FPÖ… Tous les chefs de file identitaires européens, alliés du RN à Strasbourg, s’étaient ainsi donné rendez-vous au cœur du grand bassin parisien pour célébrer une Europe des produits du terroir et des effluves de saucisses, plutôt que celle de Bruxelles et de ses normes.

Une fête européenne en pleine Beauce

Les drapeaux claquaient : outre le tricolore, flottaient les couleurs portugaises, grecques, flamandes… Les discours célébraient l’Europe des nations et l’identité civilisationnelle du continent.
Le prolétariat français, base électorale du Rassemblement national, autrefois plutôt chauvin, semble avoir pris goût à l’Europe, à force de traverser les aéroports low-cost du continent. EasyJet lui a ouvert les voies de la conscientisation européenne autant que celles des week-ends à Rome, Barcelone ou Bruxelles. Alors, la base du RN peut aujourd’hui applaudir les discours huntingtoniens et les envolées lyriques sur la défense de l’identité continentale, nourrie par la visite des lieux consacrés. Pendant un après-midi, les orateurs européens ont presque incarné la voix d’un FN d’antan.

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L’euro-droite est en marche

Matteo Salvini bredouille quelques mots de français – « Bonjour la France ! Vive Marine ! ». Theo Van Grieken, chef du Vlaams Belang, tente même un discours dans la langue des Wallons. Risqué, quand on connaît les sentiments antifrancophones des électeurs nationalistes flamands. La rude langue magyare de Viktor Orbán — numéro un des leaders étrangers à l’applaudimètre — est adoucie par la sono et une traduction en simultané. Reste que tous les discours des partis frères du RN sont sans concessions : « Je ne mourrai pas pour l’Ukraine », lance Orbán, réaffirmant son attachement à un pays « européen et chrétien ». Salvini, lui, adopte une tonalité très choc des civilisations: « La menace ne vient plus des chars soviétiques, mais du Sud ».
Identité chrétienne, menace de l’islamisation, peuples en danger, grand remplacement… Une géopolitique viscérale, bien éloignée des usages feutrés de la diplomatie française ou de Sciences Po.
Le Front national de Jean-Marie Le Pen fut l’un des pionniers du réveil populiste et identitaire en Europe. Jordan Bardella et Marine Le Pen en adoucissent aujourd’hui les contours, mais l’inconscient historique du parti continue de transparaître chez ses homologues européens.
« On est encore loin d’un CPAC à la française (rendez-vous des conservateurs américains) », nous confie toutefois Randi Yaloz, chef de la branche française des Republican Overseas, l’association des expatriés républicains américains. « Il n’y a pas encore en France de parti aligné idéologiquement sur les Républicains américains… »

Bardella et la mythologie BBR

Dans son discours à la tribune, Jordan Bardella offre une litanie d’images de la France populaire : défense des automobilistes, évocations péguyennes des « terres paysannes » de Beauce, « Ici même où les cathédrales se dressent entre les forêts de Sologne et les plaines fertiles de la Beauce ».
L’ambiance de cette fête européenne est résolument bon enfant, avec une kermesse municipale en guise de décor. Les militants font la queue devant la tireuse à bière et le stand de barbe à papa, où l’on croise notamment le député européen Pierre-Romain Thionnet, souvent présenté comme la tête pensante de Jordan Bardella. L’ancien lecteur de Michéa rêvait d’une Fête de l’Huma de droite : il y est, il sourit, observe, prend des notes.
« Nos militants se déplacent plus volontiers ici que place Vauban, dans l’environnement parisien et urbain… », observe une députée, en allusion à la manifestation place Vauban où la faible mobilisation avait déçu nombre de cadres. Les militants semblent eux aussi plus à l’aise au milieu des champs de maïs que sur le pavé du VIIᵉ arrondissement, au pied des appartements haussmanniens. Et cette fois, le parti réussit le pari de la mobilisation.
« À parti populaire, événement populaire ! », résume le sénateur Aymeric Durox. « Ce n’est pas qu’on aime, on adore ce genre d’événements », nous confie Didier, militant de Coulommiers, arborant un t-shirt Bardella 2027 et tenant trois bières à la main pour ses camarades.
Les militants historiques, eux, savourent. Ils retrouvent l’ambiance des défilés du 1er mai et des fêtes BBR (bleu-blanc-rouge), où barbecues, stands régionaux et animations ravissaient la base. Le député européen Gilles Pennelle, cacique du parti, s’y reconnaît : « Le parti a évolué, mais peu changé dans son essence. C’est un parti où se retrouvent des gens de toutes conditions, de toutes générations… »
Dans cette chaleur populaire, les figures du RN testent leur popularité. « Je vous ai vu à la télé, je crois… », lance un militant à Pierre Gentillet, candidat RN dans le Cher et avocat médiatique sur CNews.

Des Forbans à Orbán

Un vieux militant venu de l’Yonne, adhérent depuis 1988, nuance toutefois : « On était plus courtois, autrefois. Mais c’est bien. On se bouscule toujours. » Le folklore a un peu changé : le FN de Le Pen inaugurait ses événements par des messes en latin, un rituel associant Jeanne d’Arc aux soldats de l’an II. Ici, les militants dansent sur du France Gall. En rock star, Orbán a succédé aux Forbans.
On fait la fête, on boit des bières, on mange de la barbe à papa, et on oublie les questions qui fâchent… en particulier celle de la présidentielle de 2027.
Bien sûr, quelques mauvaises langues murmurent depuis plusieurs mois que le RN serait gagné par le doute et le poison de la division : la défaite des législatives anticipées, la potentielle inéligibilité de Marine Le Pen, la mobilisation timide place Vauban — autant de grains de sable dans la mécanique. Mais les jeunes militants, déjà rompus à la langue de bois, esquivent les rumeurs. Le parti est « rassemblé », « uni », « mobilisé ».
Marine Le Pen laisse la parole à Bardella, et le laisse briller : « Quel bel accueil ! » Une manière de passer le flambeau sans le lâcher.
Une collaboratrice d’élue glisse, ingénue : « Vous ne trouvez pas qu’il a été beaucoup plus acclamé qu’elle ? »
Certains alliés européens maintiennent la fiction d’une Le Pen seule maîtresse à bord. L’Italien Matteo Salvini a bien cité Jordan Bardella, mais n’a fait applaudir que « Marine », tandis que Santiago Abascal, chef de Vox, affirmait que « personne ne pourra empêcher Marine Le Pen de devenir présidente de la République ».
En privé, les cadres sont plus résignés. Beaucoup ont déjà fait une croix sur la candidature Le Pen…

Reste que le parti semble prêt à renouer avec la convivialité militante. Lassée par les débordements et provocations qui émaillaient certains rassemblements du Front national, et faisaient fuir l’électorat, Marine Le Pen avait peu à peu asséché la vie interne du parti. Ici, pas de crânes rasés ni d’esthétique douteuse comme aux abords des défilés du 1er mai des années 1990. Juste une kermesse mariniste à laquelle il ne manquait que le stand de tir et les auto-tamponneuses.
Le RN a réussi sa démonstration de force tranquille. En creux, il semble vouloir conjurer la morosité post-législative et la menace d’inéligibilité de sa cheffe par la convivialité. On entretient la flamme, à défaut de pouvoir déclencher l’incendie. Dans ce parti où les élus s’installent, se notabilisent, construisent des carrières et des enracinements locaux, croit-on encore au grand soir électoral ? Beaucoup assument désormais une course de fond. La base électorale, après tout, reste fidèle, solide, et assez large pour élire et réélire un groupe parlementaire conséquent. Alors, la fête a parfois des airs de résignation heureuse. Après tout, le Parti communiste, en son temps, désespérant de la Révolution, tenait bon grâce à ses municipalités, ses réseaux, ses fidélités… et sa Fête de l’Huma.

Partenariat stratégique UE-Asie centrale: quand la Commission européenne ignore la leçon du Mercosur…

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, arrive pour participer au premier sommet entre les dirigeants de l’Union européenne et les cinq pays d’Asie centrale à Samarcande, en Ouzbékistan, le 4 avril 2025 © SPUTNIK/SIPA

Le partenariat entre l’Union européenne et les pays d’Asie centrale, présenté comme un accord économique, constitue en réalité une nouvelle menace potentielle pour notre agriculture, en ouvrant la voie à une concurrence déloyale.


Kazakhstan, Ouzbékistan, Kirghizistan, Tadjikistan, Turkménistan… Ces cinq noms au suffixe commun – « stan », qui signifie « pays » – ont quelque chose d’exotique. Les pays qu’ils désignent nous semblent bien lointains. Et pourtant, ils ne se trouvent qu’à quelques heures d’avion de la France. Et ce qui s’y passe pourrait bien, un jour, influer sur notre destin. Et notamment, celui de nos agriculteurs. Comme s’ils avaient besoin de cette menace supplémentaire…

En effet, il y a quelques semaines, l’Union européenne y a scellé avec les pays d’Asie centrale un partenariat stratégique. Présenté comme un simple accord de coopération économique et politique, il s’agit en réalité d’un jalon de plus dans le processus d’ouverture commerciale aux quatre vents que la Commission de Bruxelles poursuit en roue libre, malgré la nette opposition des peuples européens. Certes, les matières premières agricoles ne sont pas, à ce stade, incluses dans cet accord – mais qui peut garantir qu’il en sera toujours ainsi ?

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Chat échaudé craint l’eau froide… L’accord UE-Mercosur nous a servi de leçon. Au départ, certains produits agricoles sensibles, tels que la viande bovine et l’éthanol, en étaient exclus. Puis les « négociateurs » les ont réintroduits, à la faveur de négociations opaques. Cette méthode des « petits pas », vantée par Jean Monnet, repose sur cette ambiguïté : les textes initiaux semblent inoffensifs, mais ils portent en germe des évolutions désastreuses.

Or, ce partenariat, qui n’a pas fait grand bruit (à dessein ?), est tout sauf anodin : les pays d’Asie centrale, soutenus par des investissements internationaux, sont des puissances agricoles émergentes. En 2024, le Kazakhstan a produit 25,2 millions de tonnes de céréales (dont 18 millions de tonnes de blé, en hausse de 49 % par rapport à l’année précédente), l’Ouzbékistan 8,4 millions de tonnes de blé, 11,6 millions de tonnes de légumes et 3,6 millions de tonnes de pommes de terre. Les exportations agricoles ouzbèkes dépassent les 2 millions de tonnes, pour 1,5 milliard de dollars. S’agissant des produits d’élevage, les chiffres sont tout aussi impressionnants – et inquiétants : en janvier 2023, la production de viande (abattage ou vente pour abattage) au Kazakhstan a augmenté de 4,8 % par rapport à l’année précédente, tandis que la production de lait a augmenté de 3 %. Au Tadjikistan, depuis 2009, le cheptel bovin a augmenté de 35 % et celui des petits ruminants de 44 %. Évidemment, ce surplus de production n’est pas absorbé par la consommation intérieure ; il est destiné à l’exportation.

Ce dynamisme pourrait donc rapidement se transformer en concurrence directe pour les filières européennes, notamment dans les secteurs des céréales, des fruits et des légumes. Les producteurs européens, astreints à des normes environnementales et sanitaires strictes, ne peuvent rivaliser avec des systèmes de production à faible coût, soumis à peu de contraintes réglementaires. Les agriculteurs de ma circonscription ne cessent de me le répéter : « Nous jouons sur le même terrain que les autres mais l’arbitre ne surveille que nous ! »

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En tant que député, je refuse de considérer ces accords comme des fatalités techniques. Si elle ne peut peser sur la négociation et la signature de ce type de partenariats, conclus au niveau européen, l’Assemblée nationale peut — et doit — jouer son rôle de contre-pouvoir. Le gouvernement doit rendre des comptes sur la position qui a été la sienne à propos de cet accord : l’exclusion formelle des matières premières agricoles des futurs élargissements de l’accord a-t-elle été posée comme ligne rouge ? à défaut, des garanties fermes (clauses miroirs, clauses de sauvegarde) ont-elles été exigées pour les prochaines phases de mise en œuvre ? une évaluation systématique des risques pour chaque filière concernée a-t-elle été menée ?

À court terme, les Français doivent savoir. Et à moyen et long terme, ils doivent décider. Décider, en toute connaissance de cause, démocratiquement, de ce qu’il doit advenir du modèle agricole français. Au Rassemblement national, la politique que nous proposons est claire : exclure l’agriculture du champ des traités de libre-échange. Car, pour reprendre les mots de Marine Le Pen, « les produits agricoles ne sont pas des biens comme les autres : ils sont liés à la santé humaine et sont un élément essentiel de la souveraineté. »

À Bruxelles, des militants propalestiniens reconstituent les massacres du 7-Octobre en toute impunité

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DR.

Dans la capitale belge minée par le communautarisme, l’infâme n’a plus de limites.


En fin de semaine dernière, des militants pro-palestiniens, ou devrais-je écrire pro-Hamas, ont reproduit de façon scénarisée le pogrom du 7-Octobre dans les rues de Bruxelles à l’occasion d’un « Festival de la Résistance ». Dans une vidéo qui circule sur les réseaux sociaux, à défaut d’être largement diffusée et commentée dans les médias traditionnels, sans doute complices, on peut voir de jeunes hommes, visages masqués par des keffiehs et fausses armes à la main, s’ambiancer sur les corps d’hommes au sol que l’on devine être des victimes israéliennes. En fond sonore : « From the river to the sea ». Accroché sous une tonnelle : le drapeau palestinien.

Toujours, on pense que l’infâme a atteint ses limites, et toujours il les repousse, cherche de nouveaux horizons et teste nos limites. Mais les défenses sont faibles lorsqu’au pouvoir, les islamo-gauchistes laissent faire. Ainsi en est-il du bourgmestre socialiste de la commune bruxelloise de Saint-Gilles où a eu lieu le simulacre de massacre sur la Place de… Bethléem. Jean Spinette s’est dit « indigné » à la vue des images, tel l’homme qui pleure les conséquences des faits dont il chérit les causes, c’est-à-dire l’immigration massive – d’où sont issus nombre de ses électeurs -, l’islamisation galopante et le laxisme. Le maïeur avait prévenu les organisateurs qu’il ne voulait pas de références au Hamas ou au Hezbollah et a cru que les fedayins du coin allaient l’écouter.

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Les organisateurs, parlons-en. Selon l’ambassadrice d’Israël en Belgique, Idit Rosenzweig-Abu, il s’agit de l’organisation Samidoun, groupe luttant officiellement pour la « liberté du peuple palestinien », mais qui sert en réalité de puissant relai aux idées nauséabondes du Hamas, sans que personne ne songe réellement à en interdire les activités.  

La même semaine, dimanche, une manifestation, semblable à celle tenue sur la Place de la République en France, a eu lieu à la Bourse de Bruxelles. Sur place, entre appels au boycott d’Israël, dénonciation d’un prétendu génocide et insultes envers l’Etat hébreu, on a pu entendre des incitations à mener une intifada. Au moment de la dispersion, des échauffourées ont éclaté. Moi-même, revenant d’un meeting politique en France, je me trouvai, veste de costume sur le dos et valise à la main, face à des hordes de fanatiques se dirigeant vers le Parlement européen. Pris dans les effluves de gaz lacrymogènes, je compris ce qui venait de se passer. Sans la vidéo prise par un citoyen et relayée sur X, je n’aurais pas eu davantage d’informations, car les médias sont restés bouche cousue. 

Plus le temps passe, plus une évidence s’impose : les Palestiniens ont bien un Etat ; ils en ont même plusieurs ; il s’agit des capitales européennes, au premier rang desquelles figure Bruxelles, la nouvelle bande de Gaza.   

« Mission impossible, The Final Reckoning » : Ne boudons pas notre plaisir !

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Tom Cruise dans le film Mission Impossible : The Final Reckoning © Paramount Pictures

Nous savions notre chroniqueur grand fan des exploits de Tom Cruise, qui le détendent manifestement après tant d’années passées à pleurer sur l’Ecole. Mais là, en trouvant un aspect métaphysique au dernier opus de la « franchise », comme on dit dans l’industrie cinématographique, n’envoie-t-il pas le bouchon un peu loin ?


Ça virevolte dans tous les sens, y compris au sens propre. Ethan Hunt / Tom Cruise va, court, vole et nous venge du méchant complot fomenté par Gabriel, un Méchant majuscule qui prétend s’inféoder l’Entité, une Intelligence Artificielle majuscule capable de phagocyter tous les sites nucléaires de la planète et de déclencher un tir croisé de missiles qui anéantira la Terre — rien que ça.

Il lui faut donc récupérer, par 150 m de fond, un boitier secret, à bord d’un sous-marin russe coulé quelques temps auparavant, le connecter à un élément externe et y insérer un poison concocté par Luther, lui-même en phase terminale, mais bon, on ne recule devant rien pour sauver les amis et les inconnus : il est quand même question de sacrifier 7 milliards d’individus, rien que ça. L’Apocalypse est au bout de la Quête — ou la Rédemption de l’humanité tout entière.

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C’est très rusé : le film est fort long, mais chaque séquence joue sur des unités de temps brévissimes, quelques minutes, quelques secondes — et « 100 milli-secondes » pour finir. C’est la clé même du suspense : tout se joue dans une temporalité ramassée, où les événements doivent se succéder selon un rythme précis, et l’intervention du héros se calcule en fractions infinitésimales.

On l’aura compris : le scénario, juste assez embrouillé pour qu’on ne prenne pas la peine de s’y intéresser dans le détail, est le véhicule d’une ambition filmique métaphysique dont chaque détail peut évoquer, dans la conscience imbibée de bière et de Bible des Américains, maint passage des Ecritures.

La lutte d’Ethan et de l’Entité, c’est celle du Christ et du Démon. L’assimilation de Tom Cruise au Sauveur est patente : comme le Christ, il meurt et ressuscite, comme lui il grimpe au plus haut des cieux — au sens propre : la séquence aéronautique, outre le fait qu’elle est bluffante (et accessoirement qu’elle est un clip publicitaire géant pour Pataugas), amène le héros à défier les lois de la gravité et à se porter victorieux au plus haut des cieux, alléluia.

Et l’humanité sera sauvée de la fin du monde par le porte-parole mondial de la Scientologie.

On comprend que des sectes para-chrétiennes s’implantent avec facilité aux Etats-Unis. Elles tombent dans un terroir riche en références religieuses, et toute proposition nouvelle n’a qu’à s’appuyer sur les métaphores bibliques qui traversent là-bas la conscience de Monsieur Tout-le-Monde.

Rappelez-vous un excellent western de et avec Clint Eatswood, intitulé Pale Rider. Pour saisir le titre — et l’essentiel du film — il faut se rappeler que ce « cheval pâle » est, dans l’Apocalypse de saint Jean, celui que monte la Mort. Ou ce joli dessin animé, Le Petit Dinosaure, dont l’intrigue entière est empruntée à la sortie des Juifs d’Egypte…

Si ! Allez-y voir si vous doutez, Le T. Rex — Rex comme Pharaon — qui poursuit le petit héros (orphelin comme Moïse), est englouti dans un flot de lave — autrement dit une Mer rouge… — et tout s’achève dans une vallée fleurie, c’est-à-dire une Terre promise.

Même souci ici de rappeler inconsciemment aux spectateurs le texte (ou le sous-texte) de tel sermon ingurgité à l’office du dimanche. Et de le diriger, in fine, vers la secte créée par Ron Hubbard.

De surcroît, que le Malin soit une Entité électronique n’est pas innocent : le discours actuel sur l’IA tend à représenter un outil (fort imparfait au demeurant) comme le recours suprême, autrement dit une forme avancée, voire ultime, de la Divinité. Le vrai croyant (et le vrai incroyant, quelqu’un dans mon genre) ne se laisse pas séduire par ce discours corrupteur… Vade retro, Intelligentia Artificialis !

Pour faire passer son message publicitaire, Cruise, qui est co-producteur du film, a englouti quelques centaines de millions de dollars dans l’entreprise : rappelons que contrairement à tous les autres membres de la Scientologie, il est dispensé de payer son obole à l’organisation, dans la mesure où il est le porte-parole mondial du Culte. Les divers opus successifs de Mission impossible sont autant de véhicules de propagande tendant vers ce final apocalyptique, au même titre que John Wayne jadis, après nous avoir expliqué comment l’Ouest fut conquis, a carrément mis les pieds dans le foutoir indochinois pour sauver la politique de Lyndon Johnson : voir Les Bérets verts, hymne de soutien à la guerre du Vietnam, sorti en 1968. Dix ans plus tard, Le Merdier, avec Burt Lancaster, l’un des plus grands films de guerre jamais réalisés, donnait un tout autre son de cloche. Et je passe sur Apocalypse now, Platoon, Voyage au bout de l’enfer ou Full Metal Jacket, qui tous prêchaient au fond pour l’autre camp.

Il y a une analyse idéologique profonde à faire de tous ces divertissements, qui, au sens propre, nous dispensent de penser à l’actualité, et surtout de penser avec nuance. Tout comme Molière, Racine ou Boileau chantaient la gloire du « plus grand roi du monde », Tom Cruise fait avec talent la propagande de la meilleure usine à ne plus penser que jamais la Foi ait engendrée — l’islam mis à part.

Macron en Don Quichotte

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Emmanuel Macron et Ursula Von der Leyen à Nice, 9 juin 2025 © Bianca Otero/ZUMA/SIPA

Pendant que notre bon président s’inquiète du devenir des épatantes navigatrices Rima Hassan et Greta Thunberg (et qui va payer pour leur rapatriement ?), M. Bayrou s’attaque à la « culture du couteau ». Allez, ne soyons pas trop sévères… Après tout, si ça continue comme ça, Rima Hassan sera bientôt nommée secrétaire d’État aux couteaux. Et elle s’y connaît très bien en lames… de fond médiatique.


Monsieur Macron ayant à peu près tout raté de ce qu’il a entrepris sur la terre ferme s’en va à présent gratifier les immensités et profondeurs océanes de son incurable impéritie. Tel Don Quichotte, il s’est trouvé de nouveaux moulins à vent à combattre cela à grand renfort moulinets d’une illusoire hallebarde en papier mâché. C’est qu’il se veut vigoureux, ce grand calamiteux ! On l’a vu intraitable pour exiger de l’État d’Israël qu’il « libère » sans délai la porte serpillière du Hamas Rima Hassan et la gorgone écolo reconvertie en militante islamisée Greta Thunberg. Gesticulation ridicule car on ne voit pas très bien Israël, non plus d’ailleurs qu’aucune autre nation de par le monde, chercher à s’encombrer durablement de ces oiseaux-là. Mais il se peut que M. Macron, à l’imagination politique si fertile, ait derrière la tête une de ses idées qui n’ont cessé de nous fasciner depuis huit ans qu’il est là où il se trouve : faire entrer ces fabuleuses personnalités dans son gouvernement. Il est vrai qu’elles n’y feraient pas vraiment tache, à considérer la fine équipe que nous subissons en ce moment.

(Futures) électrices de Jean-Luc Mélenchon réunies Place de la République à Paris pour réclamer le retour de Rima Hassan et de la « flotille de la liberté », 9 juin 2025. Stefano Lorusso/ZUMA/SIPA

Bayrou tient le coupable

Car si nous avons notre Don Quichotte, nous avons aussi notre Sancho Panza en la personne de notre si réjouissant Premier ministre. Il était hier soir l’invité de TF1, pour le 20 heures. Plutôt fatigué, l’invité, cherchant ses mots, manifestement accablé du surpoids d’un désastre national que, à l’image de son maître, il est parfaitement incapable non seulement d’endiguer mais même de diagnostiquer pour de bon.

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En fait, là je me montre quelque peu injuste, car notre Sancho Panza est venu dire à la télé, entendant probablement rassurer les populations atterrées, qu’il avait parfaitement identifié le coupable dans ces terrifiants assassinats à l’arme blanche commis par des gamins. Le coupable, braves gens, n’est autre que le couteau. Non pas la main qui le manie et en use pour tuer, mais le couteau. D’où les décisions assez pitoyables qu’il a cru bon d’annoncer. Mieux en contrôler l’accès à la vente sur internet, la possession et le transport, et patati et patata… Toutes mesures dont on connaît les éblouissants résultats obtenus en matière de drogue et d’armes à feu. Interdites elles aussi et pourtant à peu près omniprésentes sur le territoire, avec il est vrai des zones de prédilection. On sait lesquelles.

L’homme de Matignon a évoqué une « culture du couteau ». Soit.  Elle serait plutôt récente chez nous. Y aurait-il dans cette mode une part d’effet d’importation ? La question mérite d’être posée.

B.A BA de « vivre ensemble »

Chez nous, autrefois, la culture qu’on inculquait de gré ou de force – je dis bien de gré ou de force aux têtes blondes – relevait d’une morale, certes d’origine biblique et religieuse mais que le monde profane, laïque avait fait sienne, et qui tenait en une phrase. Quelques mots que les maîtres d’école avaient soin d’écrire sur le tableau noir chaque matin, lorsque la journée scolaire devait impérativement commencer par une leçon de morale : « Tu ne tueras pas. » Une interrogation : quand et où les gamins d’aujourd’hui ont-ils bien pu entendre cette injonction de simple bon sens ? L’entendre ne serait-ce qu’une seule fois ? Quand et où s’est-on fait un devoir de la leur fourrer dans le crâne ?

Et si nous commencions par-là, dès demain matin. Cela ne coûterait rien et dispenserait Madame la ministre de l’Éducation nationale de continuer à perdre un temps précieux à s’inventer elle aussi des moulins à combattre, démarche d’une parfaite inutilité et d’un cynisme stupéfiant en regard de la gravité de la situation.

« Tu ne tueras pas ». Le B.A BA de « vivre ensemble » comme ils disent. Cela aura été le fonds de notre culture commune durant des millénaires. Certes, il ne faudrait pas en attendre des miracles, mais ce serait au moins un premier pas. Et, en filigrane, la reconnaissance du fait incontournable que le coupable n’est pas l’outil, le couteau, mais bel et bien l’individu qui l’a en main.

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

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Meurtre d’une surveillante de collège: le réel humilie le pouvoir

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Capture BFMTV.

L’exécutif, en profond décalage, apparait comme désemparé et sidéré face à la prolifération des couteaux dans les établissements scolaires.


– Selon les autorités, le meurtrier, Quentin G. était scolarisé en 3e dans l’établissement scolaire et inconnu de la police. Les motifs de son geste étaient inconnus au moment où nous rédigeons cette analyse. Ses deux parents travaillent, il ne présentait plus de difficultés particulières, et était même « ambassadeur harcèlement » après avoir pourtant fait l’objet de deux exclusions scolaires l’année passée pour des perturbations en classe.
– N’écartant pas hier la possibilité d’une question de santé mentale concernant ce drame, le ministre de l’Intérieur Retailleau a affirmé : « J’ai souvent dit qu’une société laxiste qui avait déconstruit tous les repères et tous les cadres communs avait engendré parfois finalement une fabrique de barbares ».
« Ce n’est pas seulement un fait isolé, c’est une dérive de la société (…) c’est une décomposition de la société dans laquelle nous vivons. (…) Nous ne pouvons pas demeurer les bras baissés devant ce qui est en train de se passer ; il va falloir durcir la réglementation et travailler sur les portiques à l’entrée des établissements » a déclaré le Premier ministre Bayrou à l’Assemblée nationale.

Hier, en fin de matinée, l’annonce de l’information tragique a tout emporté. À Nogent (52), au collège Françoise Dolto, une jeune surveillante de 31 ans, Mélanie G. est morte sous les coups de couteau d’un jeune garçon de 14 ans, au moment d’un contrôle des sacs effectué par des gendarmes. La nouvelle a choqué par sa violence et sa brutalité. Le jeune âge de l’auteur du crime, le fait que l’institution scolaire soit une fois de plus endeuillée, qu’un de ses membres soit tué dans l’exercice de fonctions qui, en principe, n’impliquent pas de tels dangers, et la répétition de faits divers atroces sur notre territoire — tout concourt à frapper les esprits. Mais si ce drame est aussi significatif, c’est aussi parce qu’il vient clore de façon tragique une séquence politique où la posture présidentielle récente, qui nie la montée de la violence, termine humiliée par le réel.

Le contretemps fâcheux d’Emmanuel Macron

Cette séquence s’ouvre par un entretien donné par Emmanuel Macron à la presse régionale le 7 juin. Entretien au cours duquel il déplore le manque d’intérêt que suscite le sommet de l’ONU sur les océans et s’en prend à « ceux qui préfèrent brainwasher sur l’invasion du pays et les derniers faits divers ». Le problème, c’est que l’immigration et les questions soulevées par ces faits de société sont au cœur des préoccupations des Français et qu’ils ne les considèrent pas comme secondaires. Une fois de plus les propos du président sont vécus comme insultants pour les citoyens, manquant de compassion pour les victimes et les familles, inutilement agressifs et politiquement contreproductifs.

Face à la polémique, Emmanuel Macron se raidit et envoie au front Elisabeth Borne. S’il s’agit de séduire les Français afin de retisser le lien, le choix du médiateur est curieux ; il donne d’ailleurs les résultats auxquels on pouvait s’attendre : chargée d’incarner la voix de son maître, elle donne aussi dans le mépris technocratique et l’absence d’empathie. Pire même, lors d’une séquence lunaire, elle explique que l’on ne peut légiférer sous le coup de l’émotion… De quoi sidérer des Français qui pensent qu’en matière d’ensauvagement et de violence des mineurs, les constats sont posés, que des solutions existent mais que le vrai problème est le refus d’agir, le déni politique. Dans l’absolu, tout le monde comprend que réagir à chaud n’est pas bon, mais là ce qui indigne, c’est la multiplication des alertes, le temps depuis lequel une réaction politique est attendue, les mots tonitruants qui accompagnent chaque mort, mais l’absence dans les faits de toute volonté réelle et de résultats. La crise d’Emmanuel Macron et d’Elisabeth Borne apparaît donc pour ce qu’elle est, un trépignement d’enfants frustrés qui ne pèsent plus sur la marche du monde, dont la voix ne porte plus dans les débats qui vont structurer la prochaine présidentielle. Ils en sont réduits à se servir de leur position de pouvoir pour disqualifier ce sur quoi ils n’ont finalement plus de prise. Car la vérité est que leur parole ne compte plus.

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Elle ne compte plus, mais elle blesse encore. Et elle a blessé la mère d’Elias, ce jeune garçon de 14 ans férocement attaqué à coups de machette à Paris par des jeunes délinquants laissés en liberté. Celle-ci a vécu une première violence dans la façon dont l’histoire du meurtre de son enfant a été racontée. Parce que ces jeunes étaient issus de la diversité, à cause de la gratuité de l’attaque, de la nature de l’arme utilisée, de la violence des coups, une partie de la presse a eu peur que cela n’alimente les commentaires de l’extrême-droite, selon ses justifications, et a choisi de raconter une version mensongère de cette histoire. À cette injustice s’est ajouté le fait que le meurtre d’Elias a été cité par Elisabeth Borne comme un de ces faits divers, susceptible d’alimenter une réaction « à chaud » alors que ces situations méritent des réflexions plus approfondies. La réponse de la mère d’Elias est cinglante. Invitée sur BFM TV ce mardi 10 juin, dans la matinale, elle était venue expliquer pourquoi la prise de parole d’Elisabeth Borne l’avait choquée et est revenue longuement sur l’emploi par celle-ci du mot « fait divers » et « réfléchir ». Elle a compris que réduire le crime commis sur son fils à un fait divers, c’est le rendre insignifiant, donc ne nécessitant pas de réponse politique dans le fond. Quant à son rejet de l’utilisation par la ministre du terme « réfléchir », ce n’était pas un refus de la connaissance ou de l’analyse qui s’exprimait, pas non plus une colère qui se déversait. Non, c’était l’expression d’une profonde lassitude. Elle a parfaitement compris que ce mot est dans la bouche d’Elisabeth Borne, une manœuvre dilatoire. C’est contre cette façon de draper dans une apparence de vertu, une réalité d’impuissance et de refus d’agir que la mère d’Elias s’est élevée, avec justesse et dignité.

Le gouvernement mobilisé

Or la réalité de cette souffrance n’a fait qu’accentuer le sentiment qu’en matière de sécurité, le chef de l’État et une partie de ses ministres faisaient le choix du déni ou du moins du désaveu des personnalités les plus en pointe sur cette question. Cette prise de parole courageuse de la mère d’une victime de la montée de cette violence gratuite avait déjà dynamité la posture désastreuse du président et de sa ministre quand la nouvelle du meurtre à coups de couteau de la jeune femme surveillante de collège en Haute-Marne est tombée. Emmanuel Macron a vu se retourner contre lui sa tentative d’accuser ses contestataires de commettre un lavage de cerveau sur une population sans défense, simplement parce qu’ils répondaient aux aspirations de la population en matière de sécurité. Le tragique rend insupportable la posture.

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Et justement, voilà que face au drame qui vient de se dérouler à Nogent, les citoyens ont droit à leur lot de paroles exaltées et définitives. Le président tweete donc que « la nation est en deuil et le gouvernement mobilisé pour faire reculer le crime ». Elisabeth Borne explique en bonne technocrate qu’ « il faut une réponse globale notamment sur une meilleure régulation de la vente des armes blanches ». Qui croit encore que la réponse peut venir d’un président ambigu en matière de sécurité, et qui au terme d’une prise de parole mal gérée, voit un nouveau drame démentir son discours ? Personne. Les Français n’attendent plus rien de leur président. Ou plutôt si, la fin de son mandat. Ils espèrent qu’en 2027 ils auront à nouveau une campagne présidentielle qui pourrait renouer avec ce qui fait le fondement de la cinquième république, la rencontre entre un homme, le peuple et un projet d’avenir. En attendant, ils voient les tweets politiques compassionnels s’accumuler après une nouvelle tragédie tout en sachant qu’aucune décision forte n’interviendra. Et ils pensent peut-être aussi que nos problèmes résident moins dans la question temporaire de l’absence de majorité législative que dans celle plus structurelle du manque de courage d’une partie de leurs représentants…

Les «Très Riches Heures» du Duc de Berry, l’exposition évènement

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La Chute des anges rebelles des Frères Limbourg dans Les Très Riches Heures du duc de Berry. Entre 1411 et 1416. DR.

Le Saint-Graal de l’enluminure gothique en majesté, à Chantilly


Le Gotha du Gothique international, gratin des conservateurs, des chartistes, historiens, sponsors prestigieux, se sont retrouvés samedi 7 juin à Chantilly pour honorer les Très Riches Heures du Duc de Berry. L’exposition de la décennie, du siècle peut-être, à ne rater sous aucun prétexte (jusqu’au 5 octobre), est portée depuis quinze ans par Mathieu Deldicque, directeur du Musée Condé, assisté de Marie-Pierre Dion, conservatrice générale des bibliothèques. Jamais nous ne reverrons de notre vivant une telle densité de manuscrits enluminés sublimant l’âge d’or du mécénat princier à la cour de Charles V, des ducs de Berry, de Bourgogne et d’Anjou.

C’est aussi l’occasion de (re)venir admirer le château, les Raphaël, Poussin, Ingres, Delacroix, Clouet du musée Condé, le fantôme de La Bruyère devisant avec Madame de Sévigné dans les jardins de Le Nôtre, sans oublier l’extraordinaire cabinet des livres du Prince des bibliophiles, Henri d’Orléans. Le duc d’Aumale chérissait les Très Riches Heures, joyau de sa collection, achetées en Italie en 1856. «Ce livre tient une grande place dans l’histoire de l’art ; j’ose dire qu’il n’a pas de rival ». À l’exception, peut-être, du Book of Kells, il ne se trompait pas.

Un « livre monde », chef-d’œuvre absolu

L’homme zodiacal, les scènes de vie paysanne sous la neige, les semailles, vendanges, châteaux disneyens, belles dames du temps jadis, bordures d’acanthes et fleurs d’ancolie, nous les avons tous entrevus, dans le Lagarde et Michard du Moyen âge, des albums, décors de cinéma ; mais jamais nous n’avons eu l’occasion de les admirer de visu. C’est maintenant ou jamais. Temporairement déreliés dans le cadre d’une campagne de restauration pilotée par l’atelier Coralie Barbe, les bifeuillets du calendrier sont exposés dans d’élégants caissons de présentation.

Mécène pieux et avisé, le Duc de Berry commanda les Très Riches Heures aux frères Limbourg (originaires de Nimègue) en 1411, dans un contexte troublé par la guerre de Cent Ans, l’opposition des Armagnacs et Bourguignons. Au mitan du siècle, Barthélémy d’Eyck complète cinq feuillets du calendrier. Jean Colombe parachève le manuscrit, à Bourges, en 1485. 206 folios, 66 grandes compositions, 65 à quart de page, des péricopes des Evangiles, les Heures de la Vierge, l’office des morts… les Très Riches Heures ne se réduisent pas à la féérie du calendrier. Trois maîtres rivalisant de raffinement ont accouché d’un chef-d’œuvre absolu, un « livre monde » aux sources d’inspiration septentrionales et italiennes. Léopold Delisle, Paul Durrieu, plus tard Millard Meiss ou Patricia Stirnemann ont su donner au livre la place qu’il mérite, la première.

« La vue ou l’audition des choses très-parfaites cause une certaine souffrance. Dans le cas de ces miniatures, n’est-on pas comme brûlé par une fine pluie de feu ? De telles œuvres sont pareilles au foyer d’une lentille qui rassemble en un point ardent la lumière de tout l’espace. Par une concentration éperdue elles tirent du monde des formes une sorte de joyau, une chose-fée » (Adrienne Monnier).

Photo: J.Houyvet

L’exposition du siècle

Pour honorer comme il se doit les Très Riches Heures, contextualiser leur genèse et leur influence exceptionnelle dans l’histoire de l’art, les commissaires de l’exposition ont convié le nec plus ultra de l’enluminure gothique. La grande fratrie des livres d’Heures, psautiers, bréviaires du Duc, bien sûr, mais aussi une ribambelle d’illustres cousins éloignés : une Cité de Dieu, des Grandes chroniques de France, Antiquités judaïques. Les codex somptueux mettent en scène des modèles de sagesse, de piété, de sainteté, David, Salomon, Constantin, Augustin…

Nous cheminons dans une forêt de miniatures saturées de lapis lazuli, vermillon, ocre-jaune, des armoiries d’azur semé de fleurs de lis d’or à la bordure engrelée de gueules. Les symboles, devises, enluminures, se répondent dans une profonde unité, chantent la gloire de Dieu, des alliances matrimoniales. Nous admirons d’insignes trésors patrimoniaux : la coupe de Sainte Agnès, une croix d’assermentation de l’ordre de la toison d’or, la douceur infinie de la vierge à l’enfant de Jean de Cambrai. Vandalisé en 1793, le gisant de Jean de Berry veillé par un ours (son animal totem) a fait le voyage depuis Saint-Etienne de Bourges. « Le temps a laissié son manteau »…

Au fil des siècles, les Très Riches Heures sont restées un talisman national, iconique, rassurant. Le 1er juin 1940, la France est au bord de l’abîme. Dans la revue « Verve », pour conjurer le désastre annoncé, Adrienne Monnier cherche le visage de la France. « Devant les Très Riches Heures du Duc de Berry il me semblait apercevoir, à travers une émeraude magique, la nature même de la France… notre terre et ses gens vêtus de couleurs franche, les gestes de travail purs comme ceux des messes, dames aux robe-fleurs, fanfare du loisir, l’eau vive, la ramure, les désirs, les amours, de beaux châteaux lointains, un ciel qui nous rassure, nos bêtes près de nous, des jours teints d’espérance et finement tissés ». Ironie de l’histoire, deux ans plus tard, « Les Visiteurs du soir » nous transportent dans un Moyen Âge directement inspiré de l’iconographie des Très Riches Heures. L’or du temps.

Les cœurs battent, battent sous la pierre, dans « le bleu des soirs d’Île-de-France » et les enluminures des frères Limbourg. Tout est bien qui finit bien. As Time Goes By« We’ll always have Chantilly ».


Au château de Chantilly. Entrée : 21 €.

L’ouvrage est consultable également sur internet sur le lien suivant.

Trois mousquetaires (au féminin singulier) ont lancé un appel le 4 juin…

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DR.

Islamisme. À l’Assemblée nationale, Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi (de gauche à droite sur notre illustration) ont appelé à un sursaut collectif. Qui sont-elles ?


Pendant que Greta et Rima, les célèbres duettistes, faisaient des selfies sur leur yacht en direction de Gaza, d’authentiques héroïnes ont lancé un appel contre un danger véritable. Peut-être un peu comme l’a été celle du 18 juin 40, il est probable que l’importance de l’appel du 4 juin ne sera reconnue que bien plus tard. Ce qui importe, c’est que cet appel a été solennellement lancé au Palais Bourbon, lors d’une conférence sur la liberté des femmes menacée par l’islamisation de la société, par trois femmes exceptionnelles, en présence de Constance Le Grip, députée, et de Paul Amar, journaliste, modérateur de la conférence.

Photo : Liliane Messika

Mona Jafarian

À la différence des touristes humanitaires citées plus haut, Mona Jafarian mérite le titre d’activiste, qui vient du mot « action ».
La révolution de 1979, qui a installé la charia dans l’Iran laïque, avait trois ans quand Mona est née. Venue en France bébé avec sa mère, elle a fait, jusqu’à sa majorité, des allers et retours réguliers avec son pays d’origine pour y visiter son père, incapable de couper ce cordon-là. C’est pourquoi elle y a encore une relation charnelle avec le pays, la langue, les amis et les amies.
« Tout ce qui compose la République islamique ne sème que la mort, la destruction et la faillite », écrit-elle dans Mon Combat.
Son activisme véritable a commencé le 17 septembre 2022, le lendemain de la mort, à Téhéran, de Mahsa Amini, à l’âge de 22 ans. Cette étudiante iranienne d’origine kurde avait été arrêtée trois jours plus tôt par la police de la vertu pour « port de vêtements inappropriés ». Les manifestations monstres qui ont aussitôt érupté ont convaincu la Franco-iranienne que « ce qui se passait était différent. La révolution avait commencé (…) et elle ne s’arrêterait plus jusqu’à la victoire. »

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Mona Jafarian connaissait les violences quotidiennes subies par les femmes iraniennes, elle savait que des milliers d’étudiants avaient été tués pour avoir scandé « Où est mon vote ? » lors des révoltes de 2009, « après l’élection frauduleuse de Mahmoud Ahmadinejad ». Cette révolte, comme celle de 2019, avait été noyée dans le sang des protestataires.

Le mouvement Femme-Vie-Liberté est né de la mort de Mahsa Amini et il a grandi à la vitesse du son et de la lumière dans tout le pays, parce qu’il était porté par les femmes, soutenues par tout un peuple, conscient de son identité (persane), de la singularité de sa religion (zoroastrienne), de sa langue (le farsi) et de son Histoire (deux millénaires de civilisation interrompus lors la colonisation arabo-islamique, il y a 14 siècles, puis partie en marche arrière depuis 1979).
Mais dans sa France d’adoption, tout le monde ignorait aussi bien l’Histoire que l’histoire du voile et de l’islamophobie, inventés par l’ayatollah Khomeiny pour soumettre les femmes (le premier) et les opposants (la seconde).
Ce n’est pas de l’ignorance, c’est une trahison. Elle a été suivie par bien d’autres, notamment celle des médias, qui expliquaient, en commentant les rues noires de manifestants, que la majorité des Iraniens était opposée à cette révolution.

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Trahison au carré : le jour où une troisième femme iranienne éprise de liberté a été tuée par la répression, Macron, à New York, a serré chaleureusement la main du « boucher de Téhéran », alias Ebrahim Raïssi, président de la République islamique, devant les caméras.
Trahison au cube, celle des néo-féministes, qui ont choisi de taire la révolution des femmes iraniennes, comme elles ont nié les viols des femmes israéliennes, parce qu’il vaut mieux voir des femmes mourir plutôt que des musulmans accusés. 
Alors Mona s’est lâchée : « Je ne pouvais rester silencieuse face à l’inaction, voire la complaisance des pays dits libres, dont la France, envers nos bourreaux. (…) je ne pouvais passer sous silence ma colère face à la fausse bien-pensance d’extrême gauche, les accusations d’islamophobie pour faire taire les activistes, les menaces de mort et les insultes quotidiennes (…) j’appelle à un sursaut collectif (…) pour ne pas normaliser ce qui va à l’encontre de nos valeurs, et ne plus trembler à l’idée d’être étiquetés islamophobes ou fascistes quand on dénonce une idéologie qui tue en masse. »

Fadila Maaroufi

Née à Bruxelles, dans une famille marocaine habitant un quartier mitoyen de Molenbeek, Fadila Maaroufi a vécu une enfance tissée de violences physiques et psychologiques. Et de viols répétés.
Si elle se consacre, aujourd’hui, à la lutte contre le voile, c’est qu’elle tient son expérience de l’inégalité homme-femmes de première main. Son premier souvenir est celui de son premier viol par un oncle. Elle avait deux ans et savait déjà qu’elle avait participé à un acte impur, qu’Allah ne lui pardonnerait jamais. Dans un rapport sexuel, un homme musulman ne peut pas être coupable. Seule une femme l’est. Même si elle a deux ans. « Il n’y avait pas d’échappatoire : vivante, j’avais peur du châtiment des hommes, morte, c’était l’enfer éternel. »
Quand elle était enfant, Fadila allait à l’école publique, où elle jouait le rôle qu’on attendait d’elle, un rôle bien différent de celui qu’elle tenait à la maison, où il s’agissait d’encaisser et de se taire. Excellente élève, sérénité factice, silence sur l’enfer familial, l’école était son sanctuaire, le seul endroit où elle osait sourire, voire rire.
La famille était un lieu de blessure sans nulle occasion de déverrouiller ses zygomatiques. C’était littéralement une prison, où la vie des filles était faite de contraintes, de douleur, de corvées, de soumission, le tout sans la moindre perspective d’autonomie.
Fadila Maaroufi est une survivante : de cette enfance broyée, d’un mariage forcé à 17 ans avec un cousin de 32 ans, pour qui une épouse n’était qu’un ventre doublé d’une batterie de casseroles, d’un enfermement sectaire dans une religion inhumaine.
Elle a tiré de son expérience mortifère une motivation résolue pour aider les femmes à sortir de la soumission, une motivation qu’elle essaie de transmettre aux Français placides et passifs.
« Si vous voulez savoir à quoi ressemblera Paris dans cinq ans, allez à Bruxelles » répète-t-elle aux islamolâtres parisiens, qui la snobent en s’exhibant, vêtues de burqa griffées Dior et qui caquètent un gloubi-boulga de vivrensemble hors-sol.

Lara Fatimi

Née en France d’une mère catholique et d’un père musulman, Lara Fatimi a eu la chance de bénéficier de l’addition de ses deux cultures. Cette tolérance rare la rend d’autant plus sensible à la réalité du multiculturalisme à la française, où la religion exogène étouffe peu à peu la culture indigène, comme le lierre étouffe les arbres qu’il parasite.

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Lara Fatimi est avocate au barreau de Paris, dans le cabinet de Thibault de Montbrial, qui défend les droits de l’Homme, et particulièrement ceux d’une catégorie oubliée par les défenseurs habituels de ces droits : les Français et même les policiers français. Il représentait la famille de Jessica Schneider, policière assassinée avec son compagnon Jean-Baptiste Salvaing, en 2016, sous les yeux de leur fils, alors âgé de trois ans. Lors du procès, en 2023, Maître de Montbrial a été menacé de mort par le frère d’un des complices de l’assassin.
En octobre 2020, quand un Tunisien, Brahim Aouissaoui a poignardé trois personnes à la cathédrale de Nice, il a été neutralisé par des policiers municipaux. Leur syndicat, le SDPM, s’est constitué partie civile et c’est Lara Fatimi qui l’a représenté au procès. « Nous sommes plongés dans une guerre civilisationnelle profonde dont le niveau de haine à notre endroit relève pour partie d’une guerre de religion », a-t-elle rappelé à la Cour : « Les policiers municipaux sont désormais des cibles notoires – tout comme les juifs et les chrétiens ». Elle milite pour que les policiers municipaux soient armés, « parce qu’il faut protéger notre société, protéger ceux qui nous protègent.[1] »

L’appel du 4 juin 2025

À l’issue de la conférence du 4 juin dernier, un appel solennel a été lancé par les trois intervenantes, demandant aux parlementaires de légiférer sur cinq mesures concrètes :
1. Dissolution de l’association des Musulmans de France (ex-UOIF) et suppression des subventions des associations fréristes identifiées par le rapport Frères musulmans et islamisme politique en France.  
2. Application ferme de la loi sur l’interdiction des prières de rue et du prosélytisme religieux en cas de trouble à l’ordre public.        
3. Fermeture de tous les lieux de cultes prêchant des principes contraires aux droits humains, notamment les droits des femmes.
4. Interdiction du voile aux mineures. Interdiction du voile dans l’enseignement supérieur public et privé. Interdiction du voile dans le sport (pratique et compétitions sportives).
5. Fermeture des comptes sur les réseaux sociaux des influenceurs islamiques et des imams dont les prêches et les discours sont contraires aux droits humains, en particulier ceux visant les droits des femmes.

Mona Jafarian, Fadila Maaroufi et Lara Fatimi ont reçu une standing ovation de plusieurs minutes. Seront-elles, serons-nous entendues par leurs/nos représentants à l’Assemblée nationale ?


[1] www.sdpm.net/2025/02/police-municipale-plaidoirie-de-maitre-lara-fatimi-la-cour-d-assises-de-paris-attentat-basilique-de-nice.html

Comment le tennis nous réconcilie avec le roman

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L'Espagnol Carlos Alcaraz remporte Roland Garros, 8 juin 2025 © CHRISTOPHE SAIDI/SIPA

Dimanche, la finale de Roland-Garros Messieurs qui a opposé l’Espagnol Carlos Alcaraz à l’Italien Jannik Sinner en cinq sets a réconcilié les Français avec l’effort dans la durée. Monsieur Nostalgie nous explique pourquoi c’est une bonne nouvelle pour la littérature et la lecture…


Les juges de ligne disparaissent du circuit, à l’exception de ceux de la Porte d’Auteuil. Le « super tie-break » a remplacé les deux jeux d’écart quand le match se tend au bout de la nuit et que la dramaturgie commence enfin sur les écrans. La télévision a gagné la bataille de la retransmission. Elle a fait taire les forçats de la terre battue. Elle a des pubs à lancer à l’antenne sans se soucier des errements des joueurs. Ces derniers sont désormais dociles comme des agneaux, ils répugnent à bousculer le juge de chaise de peur de recevoir un avertissement et se faire mal voir de leurs sponsors. Leurs mécènes ne rigolent pas avec les fautes d’opinion et les dérapages verbaux, la clientèle mondiale ne le supporterait pas ; les champions d’aujourd’hui ont des comptes à rendre à leurs nouveaux directeurs de conscience.

Ils s’expriment un peu comme des conseillers conjugaux à la fin des matchs, mélange de psychologie huileuse et de langue de bois ; sans conviction, ils sont aussi naturels qu’un homme politique en campagne électorale. Devons-nous leur tendre le micro pour écouter tant de banalités ? Laissons-les jouer sans nous faire suer ! Leurs gestes suffisent à notre bonheur. Les balles m’ont semblé aller encore plus vite cette année, même sur cette surface ocre autrefois réputée lente. Et chez les Français, aucun garçon n’a atteint la deuxième semaine du tournoi, par contre, nous avons assisté à l’éclosion d’une Loïs impériale, déterminée comme les héroïnes de manga. Pour les plus anciens, la marque de jean espagnole Loïs née du côté de Valence était jadis un sponsor de Roland-Garros et habillait notamment Borg et Cruyff. En première semaine, on se serait cru dans une PME à la veille des grandes vacances quand les anciens tirent leur révérence après quarante ans de bons et loyaux services. On ne les verra pas à la rentrée des classes en septembre prochain. Caroline a versé une larme, Nicolas sur un court annexe a pris le temps de remercier ses compagnons de route et Richard a eu droit à la courtoisie légendaire de Rafa.

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Avant les Internationaux de France, certains ne cachaient pas leur ras-le-bol de se coltiner un tennis vieillissant, ultracodé et réac ; ne serait-il pas venu le moment de tuer la tradition et d’entrer dans une nouvelle « ère Open » ? Les « Boomers » qui constituent le cœur de cible de ce marché valétudinaire ne seront pas éternels. Le grand remplacement les guette. Qui se souvient de Noah, d’Edberg et de Tiriac que des caméramen nostalgiques s’évertuent à filmer ? Les loges du Central ressemblent à une réunion de « copains d’avant ». Dustin Hoffman, 87 ans, était là, mais je n’ai pas vu Philippe Lavil dans les tribunes, lui qui a chanté le plus bel hommage à la balle jaune dans son tube de 1982 intitulé simplement « Tennis ». « J’ai le toucher de balles de Gerulaitis », disait-il. Depuis que Jean-Paul Belmondo n’arbore plus ses lunettes d’aviateur et ses yorkshires toilettés, nous avons perdu nos repères en ce début juin, notre passion s’est émoussée. Quand il apparaissait avec Charles Gérard, son complice de toujours en polo Lacoste, nous étions aux anges. L’été pouvait débuter.

Certains marchands d’espaces et de breloques s’impatientent, ne faudrait-il pas refonder, voire reformater ce sport pour le rendre plus attractif, plus inclusif, plus démocratique et surtout toucher cette jeunesse si volatile qui est incapable de se concentrer ? Elle n’a plus une minute de cerveau disponible à consacrer à une activité bourgeoise et un brin sectaire. Elle veut du prémâché, du liquide, de l’intraveineuse ; le pépiement des images sur les réseaux sociaux l’empêche de se poser ne serait-ce qu’une seconde et d’appréhender l’existence autrement que sur un mode accéléré, rythmé, coloré et saturé. Cette finale qui a vu la victoire de Carlitos avait sur le papier de quoi énerver les tenants d’une révolution esthétique et numérique. Elle fut extrêmement longue, plus de cinq heures, intenable pour les nerfs, étrange dans ses revirements et ses tâtonnements, agaçante parfois et rayonnante dans ses envolées tennistiques ; ce marathon fut l’expression même du tennis à l’ancienne. Un acte de résistance en soi. Une aberration dans une société déconstruite. Le Philippe-Chatrier était plein à craquer, moite et enfiévré, deux champions ont montré d’incroyables qualités et d’abyssales faiblesses, sans les failles, la victoire n’est rien, nous avons tous eu le sentiment de vivre une finale à part. Cette finale suffocante, angoissante, merveilleuse et dramatique a été la plus belle illustration et définition du roman. Les professeurs de français pourront l’utiliser dans leurs cours. Elle a flirté avec l’Art dans sa temporalité et dans sa tension narrative, dans son éclat et son onde. Le roman est un magma qui n’a rien de linéaire, il est animé par des phases dissonantes, tantôt cabossé, tantôt cavaleur, des plages d’hébétude succèdent à des accélérations foudroyantes, il donne le tournis, et surtout il nous oblige à accepter les temps morts. Le tennis quand il est pratiqué par des génies produit le même effet que la littérature. Il suspend le temps, le distord et le fige, tel un souvenir inoubliable. Longtemps après, on se souviendra de ce dimanche de juin.

Tendre est la province

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Rendez-nous Nicolas Bedos !

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Nicolas Bedos sur le plateau de « Quelle époque ! », le 3 mai 2025, pour la sortie de son livre La soif de honte © France 2

Dans La Soif de honte, Nicolas Bedos raconte sa déglingue, sa descente aux enfers de MeToo, sa condamnation pour agression sexuelle, sa mise à mort sociale, le salut par l’amour et par l’écriture. Au-delà des faits pénalement répréhensibles, le tribunal médiatico-féministe lui reproche d’avoir été un séducteur volage et égoïste, autant dire un salaud qui ne mérite ni oubli, ni pardon. Sous couvert de justice, il s’agit d’imposer une nouvelle morale


Dans un commissariat, même un homme accusé d’agression sexuelle a le droit de se défendre. Dans un tribunal, ce n’est pas certain, puisque Gérard Depardieu a écopé d’une peine alourdie pour cause de défense jugée inconvenante. Devant le tribunal médiatique, qu’il ait été ou pas condamné par la justice, il n’a qu’un droit : battre sa coulpe en expliquant à quel point il est indigne de pardon, vu la gravité de ses crimes et la noirceur de son âme. Le 3 mai, lorsqu’il s’installe face à Léa Salamé sur le plateau de « Quelle époque ! », Nicolas Bedos sait qu’il n’a pas le droit à l’erreur. C’est sa première apparition cathodique après deux ans et demi de bannissement. Il vient présenter La Soif de honte, le livre où, d’une plume à la fois mordante et poignante, il raconte et affronte sa déglingue, ses déconnages alcoolisés, la cohorte de femmes trahies, sa descente aux enfers de MeToo, sa condamnation pour agression sexuelle à six mois sous bracelet, qui équivaut à la peine de mort sociale, les projets qui s’arrêtent, le silence qui s’installe, les amis qui flanchent – je suis de tout cœur avec toi mais je ne peux rien dire –, la honte, les regrets, la vie qui malgré tout se fraye un chemin dans le malheur, le salut par la double grâce de l’écriture et de l’amour – celui de Pauline Desmonts son inébranlable compagne et aujourd’hui celui de leur fille. Mais ce qui se joue sur ce plateau de télévision, ce n’est pas sa vérité, avec son dégradé de nuances et sa part de négatif, c’est sa réintégration dans la compagnie des hommes. Léa Salamé n’est pas la simple animatrice d’un show télévisé, elle est la gardienne du système, celle qui, selon qu’elle baissera ou lèvera le pouce, prononcera la condamnation définitive ou accordera, non pas le pardon, mais l’éventuelle possibilité de l’obtenir un jour.

En arrivant sur le plateau, conscient de ne pas être un invité comme les autres, un de ceux qui restent babiller avec les autres une fois passé son quart d’heure de promo, Bedos s’autorise à peine un demi-sourire. Dans sa palette de personnages, Léa n’a pas choisi la pétaradante charmeuse, celle qui lance des œillades de velours au dernier chanteur ou acteur à la mode – je suis si heureuse de vous recevoir, le public vous adore. « On n’est pas potes, on ne se connaît pas », croira-t-elle bon de préciser en fin d’émission. La bonne blague. Tous deux nés en 1979, Salamé et Bedos ont officié ensemble aux côtés de Laurent Ruquier sur France 2, puis se sont croisés mille fois dans les arrière-salles de l’audiovisuel public et les raouts du cinéma. Mais l’ambiance n’est pas au badinage mondain. Ce soir, c’est commissaire Salamé, regard de pierre et verbe tranchant. Peut-être l’artiste a-t-il alors une pensée nostalgique pour les policiers qui l’ont interrogé en garde à vue, le 22 juin 2023.

Le hachoir MeToo

Pour les escouades du féminisme punitif, autoriser Bedos à parler est déjà un scandale, aussi pense-t-on sans doute à France TV faire acte de courage. Salamé s’en excuse presque. « On a beaucoup hésité. On a pensé à toutes ces femmes que votre présence ce soir doit blesser. Mais on vous a lu. Ce n’est pas, comme souvent, le livre d’un type qui pleurniche sur son sort, se plaint d’une injustice, de l’époque, de la chasse à l’homme ou se dit victime de la vengeance de femmes. Pour la première fois, un homme accusé et condamné reconnaît que oui, il a fait du mal, oui il a abusé de son pouvoir, oui il a été un séducteur mégalomane. » Notez, ça va souvent ensemble. Faudra songer à tondre les femmes qui aiment ça. Les hommes aussi d’ailleurs.

Le ton est donné. Il n’est pas là pour se défendre ou s’expliquer, encore moins pour demander sa réhabilitation et le droit de retravailler, mais pour se livrer à une autocritique en règle – qui est par ailleurs le fil conducteur du livre. Dans le genre, la trentaine de minutes durant laquelle il est sur le gril est l’un des spectacles les plus pénibles que notre funeste époque puisse offrir. L’homme passé au hachoir de MeToo ne doit jamais se trouver la moindre circonstance atténuante, ne jamais dire ni même penser que la sanction – perdre toute vie sociale, tout travail, toute perspective – est disproportionnée. Il devrait même remercier pour la chance de devenir meilleur qui lui est ainsi offerte. Le pire, c’est que lui-même semble convaincu de la gravité de son crime. Elle le lui rappelle par diverses variations sur « le mal que vous avez fait », mal forcément irréparable, il renchérit, se maudissant d’avoir fait tant souffrir. À entendre la procureure comme l’accusé, on imagine que Bedos a violé, frappé, tué peut-être. Si un attouchement à travers un jean (sur le sexe) et un baiser volé (dans le cou) constituent des atteintes irréparables, nous sommes tous traumatisés – c’est en train d’arriver en Occident. Au risque de mécontenter les victimes, la plupart des êtres humains subissent des désagréments de ce genre ou de cette intensité. À encourager le trauma, à dorloter la souffrance, à sacraliser la plainte, on fabrique des générations en porcelaine chinoise, incapables d’affronter, de comprendre et bien entendu d’aimer les tours et détours du désir et leurs cohortes de trahisons, mensonges, dominations et vilenies. Autant dire qu’il va falloir les protéger de la condition humaine. Bedos a certainement mal aimé comme il dit. Il faudra songer à faire une loi sur le « bien-aimer ».

On souffre avec lui, en se demandant s’il a raison de s’infliger ce calvaire. Dans les procès de Moscou, l’autocritique ne permettait pas d’éviter la mort ou le goulag. Bedos ose courageusement un plaidoyer pour la deuxième chance. « Quel sens cela a-t-il de se soigner, de reconnaître ses fautes, si un type qui se remet en cause est traité avec la même sévérité que celui qui nie ? » Salamé brandit une déclaration de la comédienne Emmanuelle Devos : « Ceux qui ont abusé vont dégager, c’est comme ça et je trouve ça plutôt sain. Bien sûr qu’il y a des têtes qui vont tomber et qui n’auraient peut-être pas dû tomber, mais c’est ça les révolutions… » Tant pis pour vos vies saccagées, les gars, mais pas de chance, vous êtes les œufs qu’il faut bien casser pour cuire l’omelette de l’Histoire en marche. Et Salamé de conclure : « Il faut que les choses changent, alors non, on ne va pas vous dire que tout est oublié et que demain vous pourrez faire un film. Ça ne marche pas comme ça. » On aimerait savoir comment ça marche. Être invité par Salamé est un passage obligé, mais ne donne pas un brevet de fréquentabilité. Les rebellocrates (comme disait Muray) portent aux nues Ladj Ly, qui a écopé de deux ans ferme en 2012 dans une affaire de séquestration, mais ils peuvent décréter qu’un cinéaste de 46 ans, condamné pour des délits bien moins graves, n’aura plus jamais le droit à la lumière – ils lui concèdent généreusement le droit d’être boulanger ou caissier. Des libraires, nouveaux maîtres de la censure, refusent de vendre son livre. Aucun, évidemment, n’ose organiser une signature, ce serait pourtant défendre à peu de frais la liberté dont ils se gargarisent. Le 23 mai, des abrutis fascistoïdes vandalisent la vitrine des Éditions de l’Observatoire et peinturlurent une croix violette sur le visage de Bedos, mise à mort symbolique d’une violence inouïe. Ces dieux de pacotille ont soif. Ils ne connaissent pas la pitié.

Quand le tribunal populaire se fait lynchage

Le livre offre un florilège des messages trouvés en sortant de garde à vue, alors que tous les médias annoncent sa disgrâce en une avec gourmandise. C’est que rien n’est plus jouissif (et vendeur) que la chute d’un « puissant » – drôle de puissant que ce saltimbanque bourré de talents et de démons. Les tricoteuses ne se sentent plus de joie. « Espèce de sale violeur, heureusement que ton père est mort, ta mère mériterait de le rejoindre en enfer pour avoir accouché d’un tel porc », « Il paraît que ta meuf est enceinte, si c’est une fille, j’espère qu’elle se fera abuser… », ou encore « Tu t’en sortiras parce que t’es protégé par les juifs. Les agresseurs se couvrent entre eux ». Le plus sidérant c’est que les auteurs de ces immondices, ivres de bonne conscience, croient vraiment défendre la justice.

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Dans ces conditions, on aurait aimé qu’il tienne tête à ses accusatrices, adresse un grand bras d’honneur à ce système injuste qui ne veut plus de lui, qu’il pointe la soif de pouvoir planquée derrière le souci des femmes. Bref, qu’il se risque à démonter la machine totalitaire qui l’a transformé en paria. Sauf que tout cela est inaudible, donc indicible sur un plateau de télévision. La libération de la parole, ça ne vaut pas pour tout le monde. Et puis, il est facile de donner des leçons d’héroïsme, mais que feraient les résistants par procuration si des morceaux d’interview tronqués pour le caricaturer en prédateur tournaient en boucle, surgissant indéfiniment des moteurs de recherche ? Cependant, dans le livre que les vertueux se font une gloire de ne pas lire (c’est peut-être mieux), il ne s’épargne pas, mais il règle aussi ses comptes, avec l’époque qui ne connaît ni oubli ni pardon, et avec son milieu où la lâcheté est la règle. En privé, l’écrasante majorité des décideurs vitupèrent la folie MeToo, en public, ils se prosternent devant Judith Godrèche, imposent des stages de bonnes manières à tous leurs personnels et recrutent des « coordinateurs d’intimité » pour leurs tournages. Ils adorent Nicolas et son travail, mais tu comprends, on ne veut pas d’ennuis. On comprend trop bien.

Action du collectif féministe Nous Toutes devant les Éditions de l’Observatoire, éditeur du livre de Nicolas Bedos, Paris, 23 mai 2025 © Arnaud VILETTE/OLA NEWS/SIPA

Le droit au changement : quête sincère ou faute impardonnable ?

Du reste, on ne doute pas de la sincérité de sa quête de rédemption. Bedos s’en veut vraiment d’avoir énervé, blessé ou désespéré tant de gens, tous sexes confondus. Il a été un mauvais ami, un mauvais amoureux, un mauvais fils et veut devenir un homme meilleur, c’est son droit et surtout son affaire. Après tout, il a sans doute assez exploré les ténèbres de la condition humaine, autrement dit assez déconné pour toute une vie. L’ennui, c’est que cette morale individuelle éminemment respectable est en train de s’imposer comme norme sociale. Car ce que les punaises de la sacristie féministe lui reprochent, ce ne sont pas seulement les faits pénalement condamnés, c’est bel et bien sa façon d’être un homme. « J’ai été égoïste, irresponsable et inconséquent », reconnaît-il face à Salamé. D’accord, mais en quoi ces comportements regardent-ils le public ? Chacun doit-il être le juge de son frère – et de son ex ? Dans l’entretien qu’il a accordé à Peggy Sastre, l’une des plus subtiles critiques de MeToo (et l’un des plus jolis cerveaux de la presse), et qu’elle a choisi de titrer « C’est l’histoire d’un connard… », il déclare notamment : « J’interroge une façon de vivre, une manière d’aimer. J’ai trop longtemps fait preuve d’égoïsme et de lâcheté. Je me suis autorisé des amours simultanées, des infidélités que je ne prenais même plus la peine de dissimuler[1]. » C’est certainement très mal, mais la société n’a nullement à s’en mêler. Ce n’est évidemment pas l’avis d’Émilie Frèche qui considère que rien de ce qui est masculin ne doit échapper à la surveillance féministe. Invitée à porter la contradiction dans Le Point, elle publie un texte réussissant le tour de force d’être à la fois bêta et terrifiant de cruauté satisfaite[2] : « Ce connard qui se croit tout permis a humilié, fragilisé, abîmé plusieurs femmes. Et il ne sera pas puni pour ces forfaits, car être un connard n’est pas pénalement répréhensible. Mais qu’il ne demande pas, simplement parce qu’il se dépeint avec une sincérité qui dit combien il n’a plus rien à perdre, que nous lui pardonnions. Notre monde après #MeToo ne veut plus d’hommes comme ça. » Parle pour toi. Et comme la dame se pique d’avoir des lettres, elle cite La Modification de Butor où un homme prend le train pour rejoindre sa maîtresse à Rome, puis change d’avis et repart à Paris direction Madame. Enrôler Butor pour défendre la fidélité conjugale, fallait oser. Notre experte en amours convenables rêve d’un monde peuplé de bons maris-bons pères-bons citoyens partageant scrupuleusement des tâches ménagères. Un monde sans adversité, sans aspérité, sans altérité, autant dire à périr d’ennui. L’humanité a besoin de dérèglements, d’excès, de désirs impérieux, de tromperies, de drames, de passions – de sa dose de mal. J’aime que les hommes se comportent bien. Pourtant, je détesterais vivre dans un monde sans connards. Je sais, c’est pas logique. Au fait, ai-je précisé que Nicolas Bedos est un ami, qu’il le restera et que j’attends impatiemment son prochain film ?


[1] « C’est l’histoire d’un connard… », propos recueillis par Peggy Sastre, Le Point, 29 avril 2025.

[2] « Notre monde ne veut plus d’hommes comme ça », Émilie Frèche, Le Point, 29 avril 2025.

La soif de honte

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Fête de la victoire du RN: démonstration de force tranquille

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Marine Le Pen à la "Fête de la victoire", Mormant-sur-Vernisson, 9 juin 2025 © Charles Bury/SIPA

À la « Fête de l’Huma » de Marine Le Pen à Mormant-sur-Vernisson, hier, certains discours identitaires des partenaires européens du RN rappelaient le FN d’autrefois. Nous sommes allés voir.


Baraques à frites, tireuses à bière, stands de produits régionaux, soleil estival et animation musicale : c’est une ambiance Woodstock de droite. Près de 6 000 militants, acheminés en bus, se sont rassemblés dans la circonscription de Montargis (45), fief du député RN Thomas Ménagé, à Mormant-sur-Vernisson — une commune de 133 habitants, nichée au milieu des champs de maïs, entre trois hangars, des bottes de paille et quelques machines agricoles. Ils ont pu goûter à l’ambiance conviviale et festive de la Fête de la Victoire. L’événement célébrait le premier anniversaire de la victoire de la liste de Jordan Bardella aux élections européennes du 9 juin 2024, et affichait des invités de marque : le Premier ministre Viktor Orbán, Matteo Salvini, le Vlaams Belang, Vox, le FPÖ… Tous les chefs de file identitaires européens, alliés du RN à Strasbourg, s’étaient ainsi donné rendez-vous au cœur du grand bassin parisien pour célébrer une Europe des produits du terroir et des effluves de saucisses, plutôt que celle de Bruxelles et de ses normes.

Une fête européenne en pleine Beauce

Les drapeaux claquaient : outre le tricolore, flottaient les couleurs portugaises, grecques, flamandes… Les discours célébraient l’Europe des nations et l’identité civilisationnelle du continent.
Le prolétariat français, base électorale du Rassemblement national, autrefois plutôt chauvin, semble avoir pris goût à l’Europe, à force de traverser les aéroports low-cost du continent. EasyJet lui a ouvert les voies de la conscientisation européenne autant que celles des week-ends à Rome, Barcelone ou Bruxelles. Alors, la base du RN peut aujourd’hui applaudir les discours huntingtoniens et les envolées lyriques sur la défense de l’identité continentale, nourrie par la visite des lieux consacrés. Pendant un après-midi, les orateurs européens ont presque incarné la voix d’un FN d’antan.

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L’euro-droite est en marche

Matteo Salvini bredouille quelques mots de français – « Bonjour la France ! Vive Marine ! ». Theo Van Grieken, chef du Vlaams Belang, tente même un discours dans la langue des Wallons. Risqué, quand on connaît les sentiments antifrancophones des électeurs nationalistes flamands. La rude langue magyare de Viktor Orbán — numéro un des leaders étrangers à l’applaudimètre — est adoucie par la sono et une traduction en simultané. Reste que tous les discours des partis frères du RN sont sans concessions : « Je ne mourrai pas pour l’Ukraine », lance Orbán, réaffirmant son attachement à un pays « européen et chrétien ». Salvini, lui, adopte une tonalité très choc des civilisations: « La menace ne vient plus des chars soviétiques, mais du Sud ».
Identité chrétienne, menace de l’islamisation, peuples en danger, grand remplacement… Une géopolitique viscérale, bien éloignée des usages feutrés de la diplomatie française ou de Sciences Po.
Le Front national de Jean-Marie Le Pen fut l’un des pionniers du réveil populiste et identitaire en Europe. Jordan Bardella et Marine Le Pen en adoucissent aujourd’hui les contours, mais l’inconscient historique du parti continue de transparaître chez ses homologues européens.
« On est encore loin d’un CPAC à la française (rendez-vous des conservateurs américains) », nous confie toutefois Randi Yaloz, chef de la branche française des Republican Overseas, l’association des expatriés républicains américains. « Il n’y a pas encore en France de parti aligné idéologiquement sur les Républicains américains… »

Bardella et la mythologie BBR

Dans son discours à la tribune, Jordan Bardella offre une litanie d’images de la France populaire : défense des automobilistes, évocations péguyennes des « terres paysannes » de Beauce, « Ici même où les cathédrales se dressent entre les forêts de Sologne et les plaines fertiles de la Beauce ».
L’ambiance de cette fête européenne est résolument bon enfant, avec une kermesse municipale en guise de décor. Les militants font la queue devant la tireuse à bière et le stand de barbe à papa, où l’on croise notamment le député européen Pierre-Romain Thionnet, souvent présenté comme la tête pensante de Jordan Bardella. L’ancien lecteur de Michéa rêvait d’une Fête de l’Huma de droite : il y est, il sourit, observe, prend des notes.
« Nos militants se déplacent plus volontiers ici que place Vauban, dans l’environnement parisien et urbain… », observe une députée, en allusion à la manifestation place Vauban où la faible mobilisation avait déçu nombre de cadres. Les militants semblent eux aussi plus à l’aise au milieu des champs de maïs que sur le pavé du VIIᵉ arrondissement, au pied des appartements haussmanniens. Et cette fois, le parti réussit le pari de la mobilisation.
« À parti populaire, événement populaire ! », résume le sénateur Aymeric Durox. « Ce n’est pas qu’on aime, on adore ce genre d’événements », nous confie Didier, militant de Coulommiers, arborant un t-shirt Bardella 2027 et tenant trois bières à la main pour ses camarades.
Les militants historiques, eux, savourent. Ils retrouvent l’ambiance des défilés du 1er mai et des fêtes BBR (bleu-blanc-rouge), où barbecues, stands régionaux et animations ravissaient la base. Le député européen Gilles Pennelle, cacique du parti, s’y reconnaît : « Le parti a évolué, mais peu changé dans son essence. C’est un parti où se retrouvent des gens de toutes conditions, de toutes générations… »
Dans cette chaleur populaire, les figures du RN testent leur popularité. « Je vous ai vu à la télé, je crois… », lance un militant à Pierre Gentillet, candidat RN dans le Cher et avocat médiatique sur CNews.

Des Forbans à Orbán

Un vieux militant venu de l’Yonne, adhérent depuis 1988, nuance toutefois : « On était plus courtois, autrefois. Mais c’est bien. On se bouscule toujours. » Le folklore a un peu changé : le FN de Le Pen inaugurait ses événements par des messes en latin, un rituel associant Jeanne d’Arc aux soldats de l’an II. Ici, les militants dansent sur du France Gall. En rock star, Orbán a succédé aux Forbans.
On fait la fête, on boit des bières, on mange de la barbe à papa, et on oublie les questions qui fâchent… en particulier celle de la présidentielle de 2027.
Bien sûr, quelques mauvaises langues murmurent depuis plusieurs mois que le RN serait gagné par le doute et le poison de la division : la défaite des législatives anticipées, la potentielle inéligibilité de Marine Le Pen, la mobilisation timide place Vauban — autant de grains de sable dans la mécanique. Mais les jeunes militants, déjà rompus à la langue de bois, esquivent les rumeurs. Le parti est « rassemblé », « uni », « mobilisé ».
Marine Le Pen laisse la parole à Bardella, et le laisse briller : « Quel bel accueil ! » Une manière de passer le flambeau sans le lâcher.
Une collaboratrice d’élue glisse, ingénue : « Vous ne trouvez pas qu’il a été beaucoup plus acclamé qu’elle ? »
Certains alliés européens maintiennent la fiction d’une Le Pen seule maîtresse à bord. L’Italien Matteo Salvini a bien cité Jordan Bardella, mais n’a fait applaudir que « Marine », tandis que Santiago Abascal, chef de Vox, affirmait que « personne ne pourra empêcher Marine Le Pen de devenir présidente de la République ».
En privé, les cadres sont plus résignés. Beaucoup ont déjà fait une croix sur la candidature Le Pen…

Reste que le parti semble prêt à renouer avec la convivialité militante. Lassée par les débordements et provocations qui émaillaient certains rassemblements du Front national, et faisaient fuir l’électorat, Marine Le Pen avait peu à peu asséché la vie interne du parti. Ici, pas de crânes rasés ni d’esthétique douteuse comme aux abords des défilés du 1er mai des années 1990. Juste une kermesse mariniste à laquelle il ne manquait que le stand de tir et les auto-tamponneuses.
Le RN a réussi sa démonstration de force tranquille. En creux, il semble vouloir conjurer la morosité post-législative et la menace d’inéligibilité de sa cheffe par la convivialité. On entretient la flamme, à défaut de pouvoir déclencher l’incendie. Dans ce parti où les élus s’installent, se notabilisent, construisent des carrières et des enracinements locaux, croit-on encore au grand soir électoral ? Beaucoup assument désormais une course de fond. La base électorale, après tout, reste fidèle, solide, et assez large pour élire et réélire un groupe parlementaire conséquent. Alors, la fête a parfois des airs de résignation heureuse. Après tout, le Parti communiste, en son temps, désespérant de la Révolution, tenait bon grâce à ses municipalités, ses réseaux, ses fidélités… et sa Fête de l’Huma.