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Le whisky est une star de cinéma

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Pour savoir comment on élabore la fameuse « eau de survie » des Celtes (appelée « uisghe beatah » en langue gaélique), dont les origines remonteraient au temps des Croisades, en Irlande, où, aujourd’hui encore, on l’écrit avec un « e » (Whiskey), je me suis rendu en Écosse, en novembre dernier, à l’invitation du numéro 1 mondial du whisky, la distillerie Glenfiddich (14 millions de litres produits chaque année, un million de fûts), qui doit son nom poétique au lieu où elle a été bâtie en 1886 : « la vallée aux cerfs »…

Les Écossais ne boivent pas de whisky !

Le Speyside est une région encore sauvage du Nord de l’Écosse, où la nuit tombe très tôt, l’hiver, dès 16 heures, comme en Scandinavie. Première surprise : en sortant de l’aéroport d’Aberdeen, on découvre des paysages à peu près conformes à l’image que l’on se faisait de l’Écosse, sans la connaître : des forêts, des tourbières, des ruisseaux grouillant de truites (la pêche à la mouche est ici un sport national !), des châteaux en ruine, une lumière mordorée assez extraordinaire, une impression de calme, de propreté.

Les Écossais ont un accent dur à couper à la tronçonneuse, comme dans les films de Ken Loach. Ils adorent la moquette (il y en a partout dans les hôtels). Ne manifestent aucun intérêt pour la gastronomie (une Française mariée à un Écossais depuis 15 ans m’a ainsi exprimé son désespoir : « je fais un simple gratin dauphinois, ils le regardent comme si c’était une chose pas comestible, c’est un peuple terriblement conservateur ! »). Et surtout, incroyable mais vrai, de leur propre aveu, ils ne boivent pas de whisky,  ou alors, exceptionnellement, un petit verre, comme ça, au Pub, pour accompagner leur pinte de bière ! L’idée de siroter son whisky dans un fauteuil club, face à la cheminée, en contemplant sa belle couleur ambrée et en humant ses parfums de tourbe, d’épices et d’écorces d’oranges, est quelque chose qui ne va pas de soi, ici. Le Speyside abrite 50 distilleries sur les 100 que compte le pays. C’est la patrie du single malt (whisky de malt provenant d’une seule et unique distillerie, par opposition au blended scotch qui est un mélange de whiskys de céréales (malt, blé, maïs) provenant de plusieurs distilleries). Beaucoup de familles vivent grâce à l’une d’elles, comme chez The Balvenie (25 employés) qui perpétue un management paternaliste, comme le faisait Michelin, il y a peu de temps encore, à Clermont-Ferrand. J’ai ainsi vu des tonneliers, chargés de restaurer les vieux fûts en provenance d’Andalousie (ce sont les fûts les plus coûteux (700 euros pièce) et les plus rares) qui, après 40 ans de métier, se considéraient vraiment comme des enfants de l’entreprise.

Un alcool de forçats des bas-fonds

En visitant les différentes distilleries de la région, qui affichent chacune son blason et ses couleurs (comme la minuscule Benromach, réputée pour ses whiskies tourbés à l’ancienne, toute blanche avec sa cheminée rouge, au bord de la mer, et ses deux petits alambics), on est émerveillé par les facultés d’adaptation de l’espèce humaine. À l’image du patriarche William Grant, qui bâtit Glenfiddich de ses mains, en forçant ses propres enfants à trimer 7 jours sur 7 pour parvenir à ses fins, les Écossais du XIXe siècle étaient pour la plupart des durs à cuire issus des bas-fonds, pas des esthètes, ce qui les motivait, c’était l’appât du gain, la perspective de s’en sortir et de vendre leur gnôle au monde entier, grâce, notamment, à ces ambassadeurs de premier ordre qu’étaient les fantassins des régiments de Highlanders, présents dans tout l’Empire britannique, qui firent du scotch le synonyme universel du whisky…

A lire aussi: Le vilain petit cognac

Comment une eau de vie aussi rustique, qui n’est à la base que de la bière distillée (du jus d’orge fermenté), a-t-elle pu conquérir le monde, devenir la première eau de vie de la planète, et faire l’objet en ce début de XXIe siècle d’une spéculation aussi insensée ? Ainsi, pendant que j’admirais le teint frais des belles Ecossaises aux joues bien pleines et à la gorge blanche généreuse, la Maison du Whisky, rue d’Anjou, à Paris, se faisait-elle cambrioler, dans la nuit de samedi à dimanche, les voleurs (travaillant certainement pour le compte d’un collectionneur expert) s’emparant de précieux flacons de whisky japonais de la désormais mythique marque Karuizawa (fondée en 1956 mais qui a fermé ses portes en 2000), des bouteilles de 1960, rarissimes, estimées à plus de 100 000 euros l’unité, et pour lesquelles beaucoup d’amateurs sont prêts à tuer père et mère (alors qu’ils trouveraient un plaisir gustatif équivalent en mettant 300 euros dans un bon cognac Grande Champagne 1979 de chez Delamain)…

Le whisky est une vedette « photoshopée »

L’engouement planétaire pour le whisky est un phénomène hallucinant sur lequel on ne s’est pas encore suffisamment penché, à mon avis. L’esthétique du whisky est propre à la société du spectacle, je dirais qu’elle relève essentiellement du maquillage. Un bon whisky pourrait être comparé à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Emmanuel Tresmontant <<<

 

PS : A l’attention de nos aimables lecteurs, je me permets juste de rappeler que ce texte a été publié à l’origine dans le cadre d’un blog, il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une enquête, mais d’une réaction à chaud, d’un billet d’humeur, dans le prolongement des quelques jours passés à visiter les distilleries écossaises dans le Speyside. C’est le principe du blog ! On y dit ce qu’on ne peut pas dire ailleurs. Pour en savoir plus techniquement, on pourra se reporter à l’article paru dans Paris Match le 7 décembre où je décris dans le détail la fabrication du whisky, dans ses aspects les plus intéressants et humains, et où j’évoque aussi l’existence de quelques très rares « whiskies de terroir » comme celui du domaine des Hautes Glaces près de Grenoble où les céréales sont cultivées en bio, sur place, avant d’être brassées avec de l’eau de source des montagnes puis distillées dans un alambic charentais traditionnel. On pourra aussi se reporter à l’article sur le cognac paru dans l’avant dernier Causeur dans lequel je m’interroge sur les raisons qui ont poussé les Français, depuis un demi-siècle, à délaisser « leur » grande eau de vie qu’est le cognac (98% part à l’export !) au profit du whisky dont ils sont devenus les plus grands consommateurs mondiaux (10% du marché mondial). Les propos que je rapporte du PDG de la Maison du Whisky (qui estime que le spectre aromatique d’un grand whisky est beaucoup plus large que celui d’un grand cognac) sont en l’occurrence discutés par l’un de nos meilleurs experts, le grand chef étoilé Alain Dutournier, dont la collection d’armagnacs est grandiose. Quoi qu’il en soit, il est sympathique de constater que les débats passionnés que ce sujet provoque prouvent, s’il en était besoin, que boire et manger ne relèvent pas du seul ventre animal, mais de la culture, de l’imaginaire : on boit et on mange des symboles, avant toute chose ! Combien d’intellectuels brillants chez qui je suis invité à dîner (de chips et de plats surgelés) l’ignorent manifestement… Comme l’Avare de Molière, leur devise est qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.

Procès Georges Tron: la justice foulée aux pieds

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Je ne connais pas Georges Tron. De son dossier, sur le fond je ne connais que quelques bribes rapportées de loin en loin par la presse. Cependant, sur le plan judiciaire, cette affaire a une histoire. Que je n’ai vue rappelée nulle part dans les médias avant le début du procès d’assises.

Georges Tron, alors secrétaire d’État, a fait l’objet de deux plaintes pour viol de deux anciennes employées de la ville dont il était le maire. Sa carrière politique a immédiatement explosé en vol. Il a dû démissionner de son poste de ministre, il n’a pu accéder à la présidence du Conseil départemental qui lui était promise.

Deux juges ont procédé à une longue et minutieuse instruction ayant abouti à une ordonnance de non-lieu de 166 pages, rendue sur réquisitions conformes du parquet. Sur appel des plaignantes, l’affaire a été examinée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Malgré les réquisitions de l’avocat général de confirmation du non-lieu, la chambre de l’instruction a décidé de réformer l’ordonnance et de renvoyer Georges Tron devant les assises. C’est dans ces conditions que l’affaire a été audiencée devant la Cour de Bobigny.

Est-ce que ce monde est sérieux?

Il convient à ce stade de rappeler quelques règles de procédure qui ont leur importance. Tout d’abord, toute l’instruction a été menée par des magistrats qui ont rencontré les protagonistes, conduit des interrogatoires, des confrontations, diligenté des expertises et par conséquent accédé à une connaissance intime du dossier et de ses acteurs. Ce n’est donc pas à la légère qu’ils ont pris leur décision. Il en est de même pour les membres du parquet chargé des poursuites.

Ensuite, les magistrats de la chambre de l’instruction, pour ce qui les concerne, n’en ont eu, en dehors des plaidoiries à l’audience, qu’une connaissance écrite, figée. L’exposé de ces contradictions, logiques en matière de procédure pénale, n’est pas destiné à prendre parti pour ou contre la culpabilité de Georges Tron, mais à souligner que cette question mérite pour le moins discussion, que cette culpabilité n’est pour le moins pas évidente et que l’élaboration de la décision s’avérera particulièrement délicate s’agissant de la liberté et de l’honneur d’un homme.

L’audience de la cour d’assises est précisément destinée à cela. Il convient d’y rechercher au plus près la vérité et c’est la raison pour laquelle elle doit se dérouler dans une absolue sérénité pour que la décision rendue soit impartiale. Rappelons aussi, que devant la Cour d’assises, la procédure est orale et que chaque argument doit être discuté de façon contradictoire. Seul le président, magistrat professionnel, a lu le dossier écrit. Les jurés n’en prendront connaissance qu’à l’audience, par une instruction refaite à la barre, sous l’autorité du président qui conduit les débats. Malheureusement, la nécessaire sérénité s’est révélée dès le début totalement absente, le procès se déroulant dans une stupéfiante atmosphère de corrida, et apparaissant rapidement comme un des épisodes de la furieuse guerre des sexes déclenchée après l’affaire Weinstein.

Où est la présomption d’innocence ?

Martelons encore une fois, que l’élaboration de la vérité judiciaire n’est pas destinée à donner satisfaction à telle ou telle cause militante, à faire reconnaître un statut de victime, à permettre « de se reconstruire », de faire son deuil ou autres objectifs qui sont peut-être légitimes, mais qui ne relèvent pas de la mission de la justice pénale. Celle-ci a pour but d’appliquer la violence légitime, dont l’État est titulaire, à celui qui a commis une faute, dont la réalité doit être démontrée après une procédure contradictoire et loyale. Établie indiscutablement, cette vérité judiciaire acquiert « l’autorité de la chose jugée », et s’impose à tous.

Force est de constater que le procès de Georges Tron a commencé dans un abominable foutoir. On citera ici quelques-uns des épisodes qui rendaient impossible sa poursuite dans le respect des règles et des principes. Le procès a été précédé d’une campagne de presse complètement à charge, Georges Tron étant présenté comme un prédateur sexuel dont l’acquittement constituerait un terrible scandale. Rares sont les médias à avoir rappelé l’ordonnance de non-lieu et la position constante du parquet. Les réseaux n’ont pas été en reste, à base d’injures, d’insultes et de diffamation. Où est la présomption d’innocence ? Pour certains il est clair qu’elle n’existe pas. C’est dans ces conditions que le jury des citoyens a été constitué, composé de gens qui rentrent chez eux le soir et ont donc accès à ce déferlement.

Il faut s’arrêter aussi sur le comportement du parquet. Il existe un principe qui dit que pour les procureurs, « la plume est serve, mais la parole est libre ». C’est-à-dire qu’à l’audience le procureur n’est pas lié par les réquisitions écrites, il est libre de ses positions et de ses arguments. Dans l’affaire Tron, la magistrate tenant le rôle de l’accusation a adopté une position radicalement inverse à celle tenue par ses collègues jusque-là. Ce rappel est justifié par les positions pour le moins originales développées par le représentant du parquet.

Procès-Twitter et documentaire à charge

Comme c’est devenu un usage, éminemment critiquable, les audiences ne font plus l’objet de chroniques judiciaires a posteriori, mais en temps réel à l’aide de tweets. La presse s’en donne à cœur joie, certains n’hésitant pas à reproduire les fac-similés de ces tweets pour renforcer l’impression de « direct ». On imagine l’usage qui en est fait ensuite à base d’insultes, de mises en cause, et de hashtags vengeurs. Le président de la cour s’est ainsi fait traîner dans la boue rendant de plus en plus difficile sa mission pourtant essentielle. L’avocat général a trouvé ça formidable, considérant qu’il fallait être moderne et que ce mode d’expression était la forme nouvelle de la chronique judiciaire ! Ah oui ? Alors pourquoi la loi prévoit-elle une interdiction de diffuser ce qui se dit à l’audience ? Et qu’il apparaît d’évidence que cette utilisation des tweets est grossièrement utilisée à la contourner.

Autre séquence hallucinante, celle de la diffusion, en plein procès, par une chaîne de télévision du service public (!) d’un documentaire complètement à charge contre l’accusé, ne donnant la parole qu’aux plaignantes et à un témoin de l’accusation qui devait être entendu par la cour le lendemain !

Pour la professionnelle que je suis, cet épisode est simplement monstrueux. Comme la réponse de l’avocat général à l’avocat de la défense qui s’en plaignait : « vous n’aviez qu’à demander à participer à l’émission ». Ce qui peut se traduire par « le débat contradictoire, c’est à la télé et tant pis pour les absents. L’audience finalement, c’est pour la galerie ».

Si l’on comprend bien ce qui s’est passé ensuite dans cette ambiance irrespirable, le président a demandé aux avocats de venir dans son bureau. Il se serait alors ouvert de ses difficultés à mener sereinement l’audience et à remplir sa mission. Il a été question d’un renvoi mais quand les avocats de la défense l’ont demandé, à leur grande surprise, il leur a été refusé.

La justice victime de la « guerre des sexes »

Considérant que l’intérêt supérieur de la défense était en cause, l’avocat de Georges Tron, Éric Dupond-Moretti, a fait état de cette conversation brisant l’usage qui aurait voulu qu’elle reste confidentielle. Et a demandé à nouveau le report du procès, ce qui a été décidé par la Cour. Inutile de détailler les hurlements de rage accompagnant cette décision. Qui était pourtant celle qu’exigeait une situation incompatible avec le déroulement d’un procès régulier. Depuis, ce confrère est vilipendé, traité de « terroriste judiciaire », et autres gracieusetés épithètes. Après le procès Merah, il va commencer à en avoir l’habitude. Alors qu’il n’a fait que son devoir, celui de s’opposer à ces dévoiements. Ce qui est grave, et je parle d’expérience pour avoir traité des dossiers de cette nature par dizaines depuis 20 ans, c’est que les conditions d’exercice de la défense se sont dégradées et que les principes qui nous protègent tous s’affaiblissent de jour en jour. Je ne sais pas si Georges Tron est coupable. La réponse à cette question devra être donnée par la justice, à condition qu’elle puisse s’exercer dans un climat simplement normal. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

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La délinquance sexuelle, dont la répression remplit massivement les prisons, est délicate à traiter par les tribunaux, car souvent domaine du « parole contre parole ». Elle est aussi malheureusement l’objet d’emportements excessifs de l’opinion publique. Les affaires récentes de Pontoise et Melun le démontrent abondamment. Mais le problème s’est encore aggravé, avec l’embrasement que nous connaissons depuis les débuts de l’affaire Weinstein. Certains courants du féminisme ont lancé une véritable « guerre des sexes ». Les médias suivent et les réseaux amplifient. Et le champ de bataille principal choisi pour la mener est celui de la justice et du droit.

Les magistrats sont soumis à d’énormes pressions, même si pour l’instant, ils s’efforcent tant bien que mal d’y résister. Ce n’est pas le cas des politiques qui, de démagogie en surenchères, portent atteinte, par des propositions et des textes délirants, aux principes fondamentaux qui caractérisent un État de droit.

Aucune cause, fût-elle celle des femmes, ne mérite que l’on porte aussi gravement atteinte aux libertés.

Loi sur l’immigration: la vraie droite, c’est Macron

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Le futur projet de loi portant sur l’immigration que devrait bientôt présenter le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb fait déjà beaucoup parler de lui. On lit volontiers ici et là qu’il s’agira de la première épreuve véritable pour la force nouvelle née des élections parlementaires de 2017, cet assemblage parfois hétéroclite de députés élus sous le nom d’Emmanuel Macron et qui forment La République en Marche. « Épreuve », voire « piège », car sur cette « question clivante », comme on nous le répète à longueur d’antenne, il y aurait un risque de fracture entre des députés LREM approuvant les mesures plus strictes que l’on nous annonce et d’autres qui s’y opposeraient. Et certains d’attendre, le sourire aux lèvres, l’implosion du nouveau parti. Ils ont bien tort, car le piège – s’il y a – ne concerne pas LREM, mais la droite.

LREM, unie par la peur (et l’ambition)

Il ne concerne pas LREM parce qu’il s’agit d’une majorité au pouvoir sous la Cinquième république, donc disciplinée par le fonctionnement même des institutions, un effet encore renforcé par le fait que cette majorité parlementaire n’est jamais que l’ombre portée de l’élection présidentielle qui l’a précédée. Aucun député LREM ou presque, y compris les transfuges qui siégeaient déjà dans les assemblées précédentes, n’aurait été élu sur son seul nom en 2017.

Mais en dehors de la fidélité morale que cela peut impliquer pour certains envers le chef de l’État, il est d’autres éléments. Avec les effets combinés de la diminution annoncée du nombre de parlementaires et de l’évolution du mode de scrutin, il se pourrait que, bien que toujours majoritaire, un groupe LREM soit mathématiquement réduit de presque moitié en 2022… soit demain. Qui aura l’investiture dans les nouvelles circonscriptions ? Qui sera en position éligible à la proportionnelle sur la ou les listes ? Certes, la vie de député est dure : on sait maintenant que l’on ne mange plus que des pâtes tant le salaire est faible et qu’il faut une cellule de soutien psychologique pour supporter le rythme de travail. Mais enfin, il y a une belle vue sur tout Paris des fenêtres du restaurant et, même si elle est en lambeaux, on reste un élu de la République !

La gauche soumise

Alors, pourquoi se fâcher avec ceux qui attribueront les places par un vote de défiance ou même par une bête abstention ? Et ce d’autant plus que, lorsque l’on discute sur la place de marché de sa circonscription le week-end, on se rend vite compte que le sujet n’est pas « clivant ». Il ne l’est en fait qu’entre une certaine caste médiatique et la population qui, elle, souhaite dans son écrasante majorité, et le répète sondage après sondage, qu’une solution soit le plus rapidement trouvée à cette déferlante migratoire – qui, bien sûr, n’existe pas.

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Le tableau est donc fixé. À gauche, on entendra, largement relayées dans les médias, les critiques de ceux qui, loin d’être insoumis comme ils s’en font gloire, sont, sur ce point au moins, déjà totalement soumis à ce qui vient. En maintenant des réformes restreignant certains statuts, le gouvernement passera alors à bon compte comme le défenseur de la France éternelle, alors même que tout cela n’aura sans doute qu’un intérêt limité : à quoi bon par exemple accélérer le traitement des dossiers des demandeurs d’asile si les déboutés restent en France ? Et quid des sanctions contre des individus ou des associations qui enfreignent sciemment la loi ? Mais on aura joué à bon compte, pour un public qui n’attendait que cela, la saynète du retour de la souveraineté grâce à l’habituelle brochette d’idiots utiles.

La droite pas prête

Pas de piège donc, et pas de risques pour LREM, mais un piège qui va, par contre, se refermer sur une droite LR qui n’a pas encore de corps de doctrine cohérent. Face au nouveau projet en effet, « que faire ? », comme disait l’autre… Écartons le cas extrême de quelques belles âmes des bords de la Garonne ou de la Seine, si de n’est des profondeurs du Poitou, qui pourraient trouver le nouveau texte liberticide. Pour les autres, le choix sera cornélien : soit passer son tour et éviter de prendre des coups en reconnaissant, du bout des lèvres, que la réforme entreprise va « dans le bon sens », et il n’y a alors pas d’opposition sur un sujet qui est au cœur des préoccupations des Français. ; soit en dénoncer les faiblesses… et être immédiatement accusé de faire le jeu du Front national, emporté dans la fuite en avant d’une radicalisation sans bornes.

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Ainsi, on risque de retrouver sur ce thème des migrations la totale sidération de la droite devant les réformes entreprises dans l’Éducation nationale par Jean-Michel Blanquer, réformes que les successifs ministres de l’Éducation des gouvernements de droite n’ont eu ni la volonté ni l’intelligence de porter quand ils étaient aux affaires. Sans coup férir, Emmanuel Macron paraîtra, de nouveau, comme étant celui qui est seul capable d’agir, les autres se contentant de subir.

L’absence sinon d’un corps de doctrine, au moins d’un projet, se fait une nouvelle fois cruellement sentir à droite. S’il est nécessaire pour tracer sa route de manière cohérente quand on est au gouvernement, il l’est tout autant pour arriver à se faire entendre et être crédible quand on est dans l’opposition. En politique, qui reste l’art des choix, et plus encore dans les situations d’urgence comme celles que nous vivons, on peut surmonter les erreurs de cap, mais le destin ne pardonne jamais à celui qui tergiverse. Encore faut-il savoir quoi faire et oser le dire.

Les Rien-pensants

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Uber prend le macronisme à contresens

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Il pleut sur Paris ; le cadran de Saint-Paul indique minuit passé de quarante minutes, dont trente à héler en vain des taxis à l’enseigne plus ou moins rouge ; une berline de marque coréenne ruisselante daigne enfin ralentir, vitre à demi-baissée et radio communautaire en fond ; vous allez à Suresnes ? Ah non, en fait, j’ai fini mon service. Pas un bonsoir et une giclée d’eau stagnante au redémarrage en guise de salutation distinguée. Voyager en voiture, en zone urbaine, dans des conditions acceptables : voilà ce que les économistes ont longtemps appelé « un besoin latent » en jargon de technicien.

Un démarrage sauvage…

C’est peu ou prou sur la base d’un tel constat que les fondateurs d’Uber se sont convaincus, un soir de 2008, de la nécessité d’une alternative aux taxis réglementés. Ironie de l’histoire, leur épiphanie eut lieu en France, après avoir dû subir une attente interminable de véhicule pour se rendre à un salon professionnel ; on n’usurpe jamais vraiment une mauvaise réputation. En moins d’une décennie, l’entreprise est devenue l’archétype de la « licorne » insolente : 70 milliards de valorisation, plus de 1 milliard de trajets effectués, plusieurs centaines de métropoles couvertes, près de 3 milliards de pertes d’exploitation l’année dernière et une morgue à toute épreuve.

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Si le modèle VTC « haut-de-gamme » originel s’est assez naturellement inscrit dans l’écosystème du transport professionnel de personnes, il n’a pas manqué de montrer très tôt ses limites en termes de potentialités de marchés. Les coûts élevés de structure et le manque de personnel suffisamment qualifié ont vite eu raison des premières orientations stratégiques de la marque, la conduisant rapidement – comme ses concurrents, Lyft en tête – à envisager de pénétrer le segment grand public, au mépris des réglementations protectionnistes en vigueur dans la plupart des métropoles mondiales.

…qui laisse les politiques sans réaction

Cette irruption a mis le monde face à ses contradictions : le système monopolistique dysfonctionnant des taxis est à bout de souffle, mais le confort « administratif » qu’il procure (transparence, fiscalité) ainsi que les barrières artificielles érigées pour l’isoler (licences, normes ad hoc) constituent des freins puissants à son démantèlement. Si certaines grandes villes ont opté pour la solution radicale d’une interdiction de licence à Uber, beaucoup, dont Paris, brillent par leur absence de réaction politique suffisamment proportionnée.

Pourtant, la stratégie de la marque a de quoi interpeller, tant elle confine à une immoralité érigée en credo. Ainsi, le logiciel secret Greyball simulait-il des écrans affichant des mouvements de véhicules fictifs sur l’application de tout utilisateur suspecté d’appartenir aux autorités ; ainsi Uber continue-t-elle d’employer des chauffeurs sans vérification préalable de leurs antécédents judiciaires ou psychiatriques, pour des raisons d’économie et au mépris de la sécurité des passagers ; ainsi la méthode de fingerprinting permet-elle toujours de suivre l’activité et l’identité d’un client, même désabonné du service.

Cette liste, aussi longue qu’éloquente, de pratiques au mieux indésirables, au pire délictueuses, n’est qu’une illustration parcellaire du système d’enfoncement systématique des limites légales, mis en place par le géant californien. Rien qu’aux Etats-Unis, Uber fait aujourd’hui l’objet de plus de 170 procédures judiciaires et a déjà été condamné à de nombreuses reprises.

La désintermédiation des rapports marchands

Vivement décrié pour avoir insufflé et encouragé cette culture délétère, Travis Kalanick a dû récemment céder sa place à la tête de l’entreprise qu’il a cofondée. Concomitamment, Uber a pris le parti d’assumer ses errements, en faisant acte de contrition publique, prosodiant ses remords comme les Américains savent si bien le faire, à longueur des spots télévisés grandiloquents : « Nous sommes parfois allés trop vite et nous n’avons pas toujours su écouter. (…) Il faut savoir avoir tort, se perdre, revenir en arrière, s’arrêter… pour mieux repartir ».

La relative impunité dont Uber a pu jouir tout au long de ces dernières années pourrait surprendre si elle n’était due qu’à l’incapacité du législateur à établir un cadre juridique suffisamment contraignant. Elle est en réalité le stigmate de l’ambivalence politique qui prévaut à l’égard du phénomène global de désintermédiation des rapports marchands, particulièrement au sein d’une gauche gouvernementale tiraillée entre l’opportunité d’offrir une activité professionnelle à des « populations ordinairement éloignées de l’emploi » et le souci de préserver les formes sociales établies, structurées autour du salariat conventionnel.

Acquis sociaux contre jeunesse des banlieues

Quand Emmanuel Macron se targue de la vitalité entrepreneuriale libérée de la jeunesse de nos banlieues – parce qu’elle conduit désormais des berlines en leasing – il néglige sciemment la précarité de son statut ainsi que l’extrême dépendance de ses revenus à des équilibres de marchés dont elle ne possède pas la maîtrise des rouages fins. Les conflits sociaux balbutiants émanant de nouveaux autoentrepreneurs déjà constitués en intersyndicales vindicatives réclamant une requalification de leurs statuts, illustrent toute l’hypocrisie d’un système ignorant la manière de gérer les impératifs contradictoires d’une transition qui le transcende.

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Et quand le progressisme considère le micro-entrepreneuriat comme une solution libérale au problème de la discrimination à l’embauche de populations mal intégrées, il fait fi des complexités du pathologique pour se complaire dans l’immédiateté visible et confortable du symptomatique. Libre de choisir sa clientèle, le chauffeur salafiste pourra choisir de ne convoyer que des hommes ; libre de se réintégrer, le délinquant pourra se mettre au service de ses anciennes victimes ; libre d’ignorer les rudiments du français, le chauffeur nouvellement immigré pourra trouver une activité qui le fera vivre dignement. Pour ne pas avoir, entre autres griefs, vérifié les casiers judiciaires de ses chauffeurs, Uber a récemment perdu sa licence d’exploitation à Londres. La France a, pour sa part, modestement haussé ses exigences administratives vis-à-vis des VTC en promulguant la loi Grandguillaume, destinée à encadrer statutairement la profession.

Les grandes problématiques sociétales induites par la mutation économique à l’œuvre perdurent pourtant et l’ornière intellectuelle dans laquelle le débat français se trouve n’en laisse entrevoir aucune évolution pragmatique sensée. L’anticipation prospective que toute démocratie moderne devrait entretenir en son sein en vue d’inscrire ses choix politiques dans le temps long, quant à elle, attendra. L’urgence est à l’immédiateté.

Un an de Trump et toujours pas de guerre mondiale

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Alors que le président des États-Unis a soulevé un hypocrite tollé en reconnaissant la réalité de Jérusalem comme capitale d’Israël, et que l’ONU annonçait le 17 décembre 2017 examiner – à la demande de l’Égypte – la possibilité d’une résolution contre cette reconnaissance, comment la crédibilité des États-Unis en matière de politique étrangère est-elle perçue à l’issue de cette première année de pouvoir de Donald Trump ?


Les États-Unis ne cessent de perdre leur crédibilité en matière de politique étrangère. C’est ce qu’écrit, dans un article de la revue Foreign Affairs, l’universitaire de Princeton Keren Yarhi-Milo, dont l’essai à paraître mi-2018 est attendu[tooltips content= »Who Fights for Réputation ? The Psychology of Leaders in international Conflict, Princeton University Press »]1[/tooltips]. Selon elle, ce fut déjà le cas avec Obama. Et cela s’accentuerait avec Trump : « Trump suffers from a credibility gap » (« Trump souffre d’un déficit de crédibilité »), écrit-elle. Pour des raisons psychologiques. L’usage veut, dans les milieux opposés à Trump, aux États-Unis comme en Europe, de lui accorder un cerveau plus proche de celui de Stallone dans Rambo que de celui d’un « sage » néo-new âge/new-yorkais nourri au quinoa, au cannabis et aux algues bio depuis sa plus tendre enfance. La côte Est des États-Unis et Paris ne parviennent toujours pas à accepter la victoire d’un Trump.

Bras de fer avec Pyongyang

Yarhi-Milo soutient à juste titre qu’il n’est pas de politique étrangère sans crédibilité. Un État doit être crédible pour mener une politique servant ses intérêts propres, point focal de toute politique étrangère. Leçon de Carl Schmitt. La crédibilité, c’est là que le bât blesserait : comment une menace d’usage de la force peut-elle être efficace si le président des États-Unis a perdu toute crédibilité ? Bombardant la Syrie, réengageant des troupes en Afghanistan ou augmentant la pression sur la Corée du Nord, le président Trump aurait la réputation d’un chef d’État trop enclin à user de la force. Pourtant, le 15 décembre 2017, après avoir souligné que « les États-Unis auront recours à toutes les mesures nécessaires pour se défendre en cas d’agression nord-coréenne », y compris la force donc, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson soulignait que la diplomatie reste privilégiée et qu’une Corée du Nord cessant « son comportement menaçant » pouvait être conviée à discuter. Ajoutant : « Nous ne voulons pas la guerre ». Depuis novembre, les éditorialistes s’agitent au son d’un Trump va-t-en-guerre… Pourtant, la tension entre les deux nations est banale : rien de neuf sous le soleil.

Convergence Washington-Moscou

Si ce n’est que Trump et Poutine ont évoqué la Corée du Nord lors de leur conversation du jeudi 14 décembre 2017. Ils se sont aussi mutuellement complimentés sur divers sujets. Un Trump et un Poutine agissant de concert afin de résoudre des crises ? Comment la Côte Est des éditorialistes pourrait-elle ne pas s’étrangler ? Donald Trump, loin d’être ce Docteur Folamour décrit ici et là, et en particulier à Paris, semble en passe de réussir là où les États-Unis échouent depuis des lustres. C’est pourquoi il a pu reconnaître en Jérusalem la capitale d’Israël, reconnaissance votée au Congrès des États-Unis il y a plus de vingt ans, et que ses prédécesseurs avaient promis sans jamais agir. Que Trump le fasse montre son degré de confiance. La position conservatrice privilégiant la nécessaire résolution pacifique des tensions avec la Corée du Nord a d’ailleurs été récemment rappelée dans The American Conservative par un spécialiste, Harry J. Kazianis, intellectuel influent de The National Interest : toutes les solutions menant à la guerre sont le pire pour les États-Unis car cela ouvrirait la « boîte de Pandore nucléaire ». Un conflit local se transformant par capillarité en conflit nucléaire mondial.

Trump, danger public ?

C’est une inquiétude qui parcourt une partie des médias, magazines et plateaux de télévision américains. Les mots, tweets et atermoiements de Donald Trump en matière de politique étrangère rendraient incohérente la politique américaine, si bien qu’elle peut sembler dangereuse. Le président est ainsi passé, au sujet de Kim Jong-un, de « smart cookie » à « Little Rocket Man » puis à « totally destroy ». Pour Keren Yarhi-Milo, les données psychologiques jouent toujours un rôle dans les décisions politiques. Cet aspect serait accentué par les revirements de Trump, semblant changer de politique entre deux tweets. Et même entre deux « mensonges ». D’où la prégnance de la question de la crédibilité : qui accorderait du crédit à une politique menée par un « menteur » ? Ainsi, le New York Times publiait mi-décembre 2017 une liste des « mensonges » prononcés en public par Trump depuis son élection, une volonté de nuire de la part d’un quotidien indécemment pro-Clinton. Il est exact cependant que Trump ne mâche pas ses outrances. Yarhi-Milo explique aussi que Trump « veut être pris au mot » mais qu’il est difficile de le suivre tant les axes de sa politique étrangère seraient changeants. L’idée générale est la suivante : la psychologie de Trump serait trop instable pour que les États-Unis retrouvent une politique étrangère crédible, ce qui mettrait le pays en danger. Trump, danger public, est-ce si simple ? Certainly, not. La politique des tweets de Trump n’est pas destinée à l’international mais à l’opinion publique américaine. Par contre, la nomination du professeur de l’université de Georgetown et spécialiste respecté de la péninsule coréenne, Victor Cha, le 11 décembre, comme ambassadeur à Séoul, est un fait véritablement crucial.

La Corée du Nord, voilà l’ennemi

Le 15 décembre 2017, James M. Lindsay, dont les analyses paraissant sur son blog The Water’s Edge sont fortement relayées outre Atlantique, publiait un article commençant ainsi : « 2017 is a year to remember in global affairs » (« 2017 est une année marquante dans les relations internationales »). Le monde a en effet connu une année animée. Il convient de penser le « America first » du président américain dans ce cadre. Pas au sens xénophobe où les rédactions parisiennes font mine de l’enfermer mais à celui de la realpolitik : les gouvernements servent les intérêts de leur pays. Le reste ? Fariboles. Trump applique ce sain principe à la politique étrangère américaine. Une année animée ? Que l’on en juge : Mugabe a quitté le pouvoir, il y a eu les suites du Brexit, l’économie mondiale libérale est repartie à la hausse, un prince saoudien annonce des réformes qui pourraient changer bien des choses, le réchauffement climatique est toujours au cœur des débats – même si ces derniers sont compliqués -, les présidents chinois et américains se parlent, tout comme les présidents russes et américains, l’État islamique a été vaincu sur le théâtre des opérations, sur fond d’attentats…

Sur un plan plus spécifiquement américain, Trump travaille à contenir ce qui est la véritable crainte des analystes : le recul supposé du leadership international des États-Unis. De ce recul ancien, Donald Trump n’est pas comptable. Et si les dingos n’étaient pas ceux que l’on croit ? Trump n’est pas un danger pesant sur l’Amérique, il en est le président. Il n’est pas plus un danger pesant sur le monde. S’il faut cerner un ennemi, la Corée du Nord fait un très bon candidat. Quand on dispose d’un Kim Jong-un, il est surprenant pour certains commentateurs français de se chercher un ennemi dans le camp de ses propres alliés, en la personne de Trump. S’il est un Etat dingo qui menace le monde, l’Europe, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et nos modes de vie, le régime de Pyongyang paraît taillé pour le rôle.

Kim Jong-un devrait inquiéter davantage

Ainsi, au lieu de tomber à bras raccourcis sur un Trump concrétisant la réalité de Jérusalem comme capitale d’Israël, nos commentateurs ne devraient-ils pas plutôt s’inquiéter d’un Kim Jong-un déclarant que la ville sainte ne saurait être capitale d’un État puisque Israël n’existerait pas ? Au fond, ce dont serait avant tout « coupable » l’actuel président des États-Unis n’est pas d’être instable, argument rhétorique destiné à l’opinion publique. C’est d’avoir une vision du monde autre que celle de ses adversaires politiques. De fonctionner selon d’autres critères que ceux des politiciens qui ont conduit le monde là où il est. Ce qui est reproché à l’accusé Donald Trump ? D’être Donald Trump, autrement dit de ne pas être Hillary Clinton. Et si cela, ne pas être Madame Clinton, s’avérait être une sacrée qualité ? Et si le monde en train de naître de la politique étrangère de Donald Trump s’avérait être sous peu un monde meilleur ? Une question qui déplaira à Paris comme à Manhattan.

Terre et Mer

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Natacha Polony: la nation (souveraine) c’est maintenant!


Le bilan des erreurs de Hollande et des horreurs de Staline doit-il nous faire renoncer à changer la vie? Dans son livre, Natacha Polony réfute la fin de l’Histoire et récuse le laisser-faire marchand. Un nouveau monde est possible, fondé sur la souveraineté des peuples, donc des nations. 


Changer la vie : on se souvient que la célèbre formule rimbaldienne avait donné son titre au programme du Parti socialiste en 1972, puis à son hymne, chanté en 1977 au congrès de Nantes : « Ne croyons plus aux lendemains qui chantent/Changeons la vie ici et maintenant/C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente… »

Il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation

Si l’avenir s’inventa pendant les années Mitterrand, le changement de la vie fut, lui, remis à une date ultérieure, celle de 2012, sous une forme un peu plus prosaïque : « Le changement, c’est maintenant. » La suite est connue de tout le monde et Natacha Polony n’est manifestement pas convaincue que le slogan, plus martial, du vainqueur de 2017, « En marche ! », fasse davantage droit à l’exhortation et à l’espérance du poète. L’important est donc de dire à quelle condition la vie, et, au premier chef, la vie politique, pourrait changer. C’est ce qu’indique le sous-titre de son ouvrage, présenté sous la forme d’un dictionnaire dont les 82 entrées constituent un ensemble cohérent : « Pour une reconquête démocratique. » Si la démocratie est à reconquérir, c’est que nous l’avons perdue. Nous vivons dans ses apparences, mais ce que nous connaissons sous ce nom est « une organisation politique oligarchique validée par le suffrage universel ».

A lire aussi : Comment le capitalisme a éteint les Lumières 

Il n’est pas indifférent que le dictionnaire de Natacha Polony s’ouvre par le mot quelque peu oublié, sinon refoulé, d’aliénation, qu’elle entend remettre en honneur pour penser notre présent. Nous avons perdu la démocratie parce que nous sommes doublement dépossédés de nous-mêmes. Il y a d’abord l’Union européenne dont, depuis l’arrêt Costa, le droit prime les droits nationaux alors même qu’elle se réduit à un espace économique sans consistance politique. Face à cette contradiction majeure, Natacha Polony rappelle que la citoyenneté est indissociable de la nationalité et qu’il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation. En l’absence d’une nation et d’une citoyenneté européennes, les abandons de souveraineté vident la citoyenneté de toute substance et découragent les citoyens de se rendre aux urnes. La « bonne gouvernance » s’est d’ores et déjà substituée au « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Il y a aussi, et plus profondément, à travers la mondialisation néolibérale, destructrice de toutes les identités, la réduction de l’homme à un agent économique gouverné selon le principe utilitariste de l’intérêt bien compris : l’autonomie du sujet politique qui prend son destin en main est alors battue en brèche par l’hétéronomie de l’individu consumériste dont l’imaginaire est confisqué et les désirs orientés par la publicité. Contre cette réduction, favorisée par le développement de l’individualisme moderne, Natacha Polony rappelle avec force cette vieille vérité aristotélicienne que l’homme est un animal politique.

Un socialisme sans barbarie

On n’est certes pas obligé de la suivre en tout point. Qu’en quelques décennies des centaines de millions d’êtres humains aient été arrachés à la famine devrait conduire non pas à applaudir béatement la mondialisation, mais à en nuancer la critique – et mériterait à tout le moins de ne pas être écarté en quelques phrases un peu rapides, sinon désinvoltes. Pareillement, lorsque Natacha Polony s’appuie sur le taux élevé de l’abstention pour mettre en cause la légitimité des vainqueurs des élections, tout en voyant dans le « dégagisme » de Mélenchon « la traduction électorale d’une immense aspiration à davantage de démocratie », on a envie de la taquiner un peu : il ne faut pas oublier, chère Natacha, que l’offre populiste n’a pas manqué aux électeurs et que le « dégagisme » de Mélenchon a commencé par dégager Mélenchon lui-même…

Cependant, si les thèses de Natacha Polony croisent souvent celles de la gauche, elles n’en épousent ni le dogmatisme, ni le sectarisme, ni l’aveuglement. Aux lecteurs pressés de Lévi-Strauss, Polony montre que la barbarie islamiste n’est pas celle d’une civilisation autre dont il faudrait respecter l’altérité, mais qu’elle procède de la déculturation d’individus qui sont issus de notre civilisation et la rejettent. Aux mauvais lecteurs de Bourdieu, elle remontre qu’en universalisant le modèle de la domination symbolique qu’est censé exercer tout détenteur d’un capital culturel, on en vient non seulement à rendre l’école incapable d’accomplir sa tâche, mais aussi à faire oublier « la principale domination, la domination économique et politique ». Faut-il voir là une profession de foi de marxisme ? Assurément, Natacha Polony récuse l’illusion selon laquelle la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique auraient mis fin, en même temps qu’à l’histoire, à tout antagonisme de classes, mais le concept marxiste de lutte des classes n’en doit pas moins être repensé à nouveaux frais : ce sont des fractures inédites qui opposent les bénéficiaires de la mondialisation néolibérale et les autres, et les conditions qui permettraient à ceux-ci de parvenir à une conscience de classe ne semblent pas réunies. Sur la question de l’immigration, elle insiste sur la nécessité de ne pas la dissocier d’une intégration qui suppose elle-même une acculturation forcément longue et difficile pour des individus qui ont grandi dans des structures sociofamiliales archaïques et patriarcales. S’agissant du multiculturalisme, l’auteur met en évidence que si une société peut sans aucune contradiction être multiethnique, la division de la société en communautés fermées expose l’espace public à devenir un lieu d’affrontement.

Argument de vente: ce livre a déplu à Laurent Joffrin

On aura compris sans peine que le socialisme dont se réclame Natacha Polony n’est pas celui du parti qui porte ce nom. C’est un socialisme libertaire qui s’inscrit dans la tradition de Proudhon et dans l’esprit de George Orwell ou, plus près de nous, de Jean-Claude Michéa. Comme ces derniers, Natacha Polony est un esprit libre. Sa liberté d’esprit, jointe à la lucidité de son regard, à l’exigence de sa réflexion et à la force tranquille de sa conviction, transparaît à travers toutes les pages de Changer la vie. Ce livre a déplu à Laurent Joffrin qui lui a consacré dans Libération un éditorial plein de fiel. C’est bien naturel et c’est une raison de plus pour le lire.

Emmanuel Macron, un président sans opposition

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Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIe République, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Le lynchage de Ronaldinho n’aura pas lieu

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« Ronaldinho veut devenir sénateur sous une étiquette d’extrême-droite ». Le site du mensuel So Foot, et beaucoup d’autres médias généralistes, se sont fait peur. Mais ouf, non, l’ancienne vedette du PSG ne devrait pas se présenter sous les couleurs du parti Patriota du probable candidat à la présidence Jair Bolsonaro. Le mouvement du très controversé député de Rio a démenti la pseudo-information du média O Globo: le footballeur ne devrait pas être investi.

L’idée n’était pourtant pas si saugrenue. Tout indique que ce scrutin, prévu en octobre 2018, réservera de grandes surprises et causera – qui sait – le renouvellement tant attendu des élites politiques brésiliennes. 

Un clown au Parlement

Si des joueurs de football s’essaient à la politique (un autre ex-attaquant de la Seleçao, Romario, a déjà franchi le pas), c’est que les Brésiliens sont prêts à donner leur chance à tous ceux qui ne sont pas des politiciens professionnels. Le niveau de dégoût est tel qu’un clown (Tiririca) a été élu et réélu comme député de São Paulo. Les Brésiliens se disent que ces candidats alternatifs n’ont pas besoin d’argent sale pour financer leur campagne car leur popularité devrait suffire à les faire élire.

A lire aussi: Le Brésil, un géant sans boussole

A São Paulo, Joao Doria (centre gauche) a gagné les élections municipales de 2016 au premier tour (du jamais vu) sur la ligne : « Je ne suis pas un homme politique, je suis un entrepreneur » (não sou politico, sou empresario).

Bolsonaro, hantise des médias

Ce qui a choqué, c’est la possibilité d’un rapprochement de Ronaldinho avec Bolsonaro, l’homme que les médias brésiliens adorent détester. Il est réputé homophobe, machiste, raciste, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement. On s’attendait peut-être à ce que Ronaldinho se rallie à un candidat du camp progressista, fût-il coupable de blanchiment d’argent comme l’ancien président Lula.  

Un pays à gauche toute…

En réalité, le Brésil est un pays à gauche toute et depuis longtemps. Ici, la droite occupe un espace extrêmement étroit et ne lui reste que l’économie (plus de libéralisme et moins d’impôts) comme terrain de combat idéologique. Des professeurs universitaires, aux milieux journalistiques en passant par la société civile, le pays est balayé par une vague de politiquement correct qui interdit certains mots comme favela (il faut dire comunidade) et use et abuse du mot fascista pour rendre silencieuses les voix dissonantes.  La mode actuelle est de déconstruire le mythe du métissage et de la démocratie raciale, deux symboles du Brésil, pour s’aligner sans trop de nuances sur la croyance que la société brésilienne est raciste et seulement raciste. Qui regarde la scène politique et culturelle brésilienne de loin peut avoir l’impression que le pays vit sous régime d’apartheid.

…où la droite raisonnable est introuvable

Même l’opposition à la gauche traditionnelle (PT, PSOL, PCdoB) est incarnée par les sociaux-démocrates  du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira). C’est dire l’hégémonie des idées de gauche sous les tropiques ! C’est dans ce contexte que Bolsonaro arrive pour jouer le rôle que certains attendent peut-être de lui : exagérer, offenser et crier fort. Objectif: diaboliser toute opinion contraire à la gauche. Ce faisant, il ne laisse aucune marge de manœuvre à une droite équilibrée et de gouvernement : elle est condamnée à se joindre à un front républica inversion tropicale pour faire barrage au « fascisme ».

Notons tout de même que Bolsonaro soutient Israël et suit en cela un réflexe commun parmi les évangélistes qui considèrent comme naturelle et légitime la présence israélienne au Moyen-Orient. Quand aux accusations de racisme, elles restent à prouver d’autant plus que le candidat est friand de dérapages verbaux et aime collectionner les preuves contre sa propre personne. Il n’y a par contre aucun doute sur son antipathie pour le mouvement féministe et gay.

Candidat du buzz

L’effet Bolsonaro – deuxième dans tous les sondages à un an des élections – profitera certainement à une kyrielle de candidats mineurs qui veulent surfer sur le ras-le-bol des Brésiliens. Reste que Bolsonaro a peu de chance de devenir président du Brésil car il n’a pas beaucoup d’alliés dans la perspective d’un second tour. Mais a-t-il vraiment envie de devenir président ?

L’hommage à Johnny : retour sur une étrange polémique

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…

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Quand elle nous attrape, elle ne nous lâche plus. C’est comme ça. Dans son roman Les Panthères grises (La Martinière, 2017) Patrick Eudeline revisite une époque révolue, pourtant pas si lointaine.

Les prophètes avaient des guitares en bandoulière

Il nous présente trois musiciens, la soixantaine, n’ayant plus beaucoup de scènes underground à faire vibrer. Le temps du mariage d’un de leur petit­­-fils, ils reforment leur groupe. Pas vraiment de quoi les stimuler. L’un d’entre eux est même mort, une overdose a eu raison de l’organiste, Jean­­-Yves. Les spécialistes se réjouiront à la lecture de certains instruments cités comme une Gibson Les Paul­­ custom shop 1959 ou une Black Beauty trois micros. On pense aussitôt à Keith Richards ou Jimmy Page. Période bénie où les prophètes avaient des guitares en bandoulière, et surtout pas de kalachnikovs. Ils ne voulaient pas notre peau. C’était la musique, leur idéal. C’était notre cœur qui devait faire boom, pas nos avions.

L’un des trois vétérans se prénomme Guy. C’est le plus acharné. Pour le mariage, il s’est acheté un « vrai jean », une chemise à pois et des boots façon Beatles. Mais le charme est rompu. Les trentenaires sont tristes à pleurer. Ils sont suivis aux trousses par des gamins qui hurlent et tyrannisent les parents.

Pauvre vieux rocker réac

Alors Guy, dégueulant sur la société, la gauche qui a vendu ses principes au capitalisme sauvage, regrettant les vieux quartiers de Paris complètement dénaturés par les bobos à barbe et trottinette, se dit, non sans effroi, qu’il est devenu un « réac ». Eudeline s’interroge : « Lui qui jadis avait tant admiré, envié les blacks ? Leur cool absolu et félin, leur statut hip et rebelle. Lui qui s’était échiné sur sa guitare à comprendre le balancement du blues, à s’en imprégner, qui avait rêvé de chanter comme Ray Charles, de hurler comme James Brown, et flashé sur l’élégance innée de Miles Davis ou d’Hendrix ? » Constat terrible. Même Johnny Hallyday semblait devenu sage et respectable avec l’âge. Il y a de quoi se flinguer, vraiment, pour nos Panthères grises. Ou alors tenter un dernier coup d’éclat. Faire un casse, à l’ancienne, comme du temps de Gabin et Delon.

Chouettes sixties

Le quartier de Pigalle est particulièrement bien restitué. Eudeline le connaît, il l’a humé, et grâce à ce livre, il nous en restitue son parfum d’interdit, son code de l’honneur, et ses petits rades où l’on commentait l’actualité en lançant les dés sur le zinc.

L’écriture, heureusement qu’elle existe et qu’elle permet la sauvegarde de notre mémoire. Les sixties, c’était quand même chouette. On marchait sur la lune. Et comme le dit Eudeline, désormais, « tout est petit, resserré, interdit. Bouffer, fumer, baiser, boire, penser de travers. » Et d’ajouter, le regard caché par les lunettes noires, comme pour ne pas montrer ses larmes à des gens qui ne comprendraient pas, puisque les sentiments sont hors la loi : « Et nous, on est comme des vieux cons qui veulent encore marcher sur la lune. »

Patrick Eudeline, Les Panthères grises, La Martinière, 2017.

Le whisky est une star de cinéma

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Dégustation de whisky en Ecosse, 2010. SIPA. REX40154467_000012

Pour savoir comment on élabore la fameuse « eau de survie » des Celtes (appelée « uisghe beatah » en langue gaélique), dont les origines remonteraient au temps des Croisades, en Irlande, où, aujourd’hui encore, on l’écrit avec un « e » (Whiskey), je me suis rendu en Écosse, en novembre dernier, à l’invitation du numéro 1 mondial du whisky, la distillerie Glenfiddich (14 millions de litres produits chaque année, un million de fûts), qui doit son nom poétique au lieu où elle a été bâtie en 1886 : « la vallée aux cerfs »…

Les Écossais ne boivent pas de whisky !

Le Speyside est une région encore sauvage du Nord de l’Écosse, où la nuit tombe très tôt, l’hiver, dès 16 heures, comme en Scandinavie. Première surprise : en sortant de l’aéroport d’Aberdeen, on découvre des paysages à peu près conformes à l’image que l’on se faisait de l’Écosse, sans la connaître : des forêts, des tourbières, des ruisseaux grouillant de truites (la pêche à la mouche est ici un sport national !), des châteaux en ruine, une lumière mordorée assez extraordinaire, une impression de calme, de propreté.

Les Écossais ont un accent dur à couper à la tronçonneuse, comme dans les films de Ken Loach. Ils adorent la moquette (il y en a partout dans les hôtels). Ne manifestent aucun intérêt pour la gastronomie (une Française mariée à un Écossais depuis 15 ans m’a ainsi exprimé son désespoir : « je fais un simple gratin dauphinois, ils le regardent comme si c’était une chose pas comestible, c’est un peuple terriblement conservateur ! »). Et surtout, incroyable mais vrai, de leur propre aveu, ils ne boivent pas de whisky,  ou alors, exceptionnellement, un petit verre, comme ça, au Pub, pour accompagner leur pinte de bière ! L’idée de siroter son whisky dans un fauteuil club, face à la cheminée, en contemplant sa belle couleur ambrée et en humant ses parfums de tourbe, d’épices et d’écorces d’oranges, est quelque chose qui ne va pas de soi, ici. Le Speyside abrite 50 distilleries sur les 100 que compte le pays. C’est la patrie du single malt (whisky de malt provenant d’une seule et unique distillerie, par opposition au blended scotch qui est un mélange de whiskys de céréales (malt, blé, maïs) provenant de plusieurs distilleries). Beaucoup de familles vivent grâce à l’une d’elles, comme chez The Balvenie (25 employés) qui perpétue un management paternaliste, comme le faisait Michelin, il y a peu de temps encore, à Clermont-Ferrand. J’ai ainsi vu des tonneliers, chargés de restaurer les vieux fûts en provenance d’Andalousie (ce sont les fûts les plus coûteux (700 euros pièce) et les plus rares) qui, après 40 ans de métier, se considéraient vraiment comme des enfants de l’entreprise.

Un alcool de forçats des bas-fonds

En visitant les différentes distilleries de la région, qui affichent chacune son blason et ses couleurs (comme la minuscule Benromach, réputée pour ses whiskies tourbés à l’ancienne, toute blanche avec sa cheminée rouge, au bord de la mer, et ses deux petits alambics), on est émerveillé par les facultés d’adaptation de l’espèce humaine. À l’image du patriarche William Grant, qui bâtit Glenfiddich de ses mains, en forçant ses propres enfants à trimer 7 jours sur 7 pour parvenir à ses fins, les Écossais du XIXe siècle étaient pour la plupart des durs à cuire issus des bas-fonds, pas des esthètes, ce qui les motivait, c’était l’appât du gain, la perspective de s’en sortir et de vendre leur gnôle au monde entier, grâce, notamment, à ces ambassadeurs de premier ordre qu’étaient les fantassins des régiments de Highlanders, présents dans tout l’Empire britannique, qui firent du scotch le synonyme universel du whisky…

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Comment une eau de vie aussi rustique, qui n’est à la base que de la bière distillée (du jus d’orge fermenté), a-t-elle pu conquérir le monde, devenir la première eau de vie de la planète, et faire l’objet en ce début de XXIe siècle d’une spéculation aussi insensée ? Ainsi, pendant que j’admirais le teint frais des belles Ecossaises aux joues bien pleines et à la gorge blanche généreuse, la Maison du Whisky, rue d’Anjou, à Paris, se faisait-elle cambrioler, dans la nuit de samedi à dimanche, les voleurs (travaillant certainement pour le compte d’un collectionneur expert) s’emparant de précieux flacons de whisky japonais de la désormais mythique marque Karuizawa (fondée en 1956 mais qui a fermé ses portes en 2000), des bouteilles de 1960, rarissimes, estimées à plus de 100 000 euros l’unité, et pour lesquelles beaucoup d’amateurs sont prêts à tuer père et mère (alors qu’ils trouveraient un plaisir gustatif équivalent en mettant 300 euros dans un bon cognac Grande Champagne 1979 de chez Delamain)…

Le whisky est une vedette « photoshopée »

L’engouement planétaire pour le whisky est un phénomène hallucinant sur lequel on ne s’est pas encore suffisamment penché, à mon avis. L’esthétique du whisky est propre à la société du spectacle, je dirais qu’elle relève essentiellement du maquillage. Un bon whisky pourrait être comparé à…

>>> Lisez la suite de l’article sur le blog d’Emmanuel Tresmontant <<<

 

PS : A l’attention de nos aimables lecteurs, je me permets juste de rappeler que ce texte a été publié à l’origine dans le cadre d’un blog, il ne s’agit donc pas à proprement parler d’une enquête, mais d’une réaction à chaud, d’un billet d’humeur, dans le prolongement des quelques jours passés à visiter les distilleries écossaises dans le Speyside. C’est le principe du blog ! On y dit ce qu’on ne peut pas dire ailleurs. Pour en savoir plus techniquement, on pourra se reporter à l’article paru dans Paris Match le 7 décembre où je décris dans le détail la fabrication du whisky, dans ses aspects les plus intéressants et humains, et où j’évoque aussi l’existence de quelques très rares « whiskies de terroir » comme celui du domaine des Hautes Glaces près de Grenoble où les céréales sont cultivées en bio, sur place, avant d’être brassées avec de l’eau de source des montagnes puis distillées dans un alambic charentais traditionnel. On pourra aussi se reporter à l’article sur le cognac paru dans l’avant dernier Causeur dans lequel je m’interroge sur les raisons qui ont poussé les Français, depuis un demi-siècle, à délaisser « leur » grande eau de vie qu’est le cognac (98% part à l’export !) au profit du whisky dont ils sont devenus les plus grands consommateurs mondiaux (10% du marché mondial). Les propos que je rapporte du PDG de la Maison du Whisky (qui estime que le spectre aromatique d’un grand whisky est beaucoup plus large que celui d’un grand cognac) sont en l’occurrence discutés par l’un de nos meilleurs experts, le grand chef étoilé Alain Dutournier, dont la collection d’armagnacs est grandiose. Quoi qu’il en soit, il est sympathique de constater que les débats passionnés que ce sujet provoque prouvent, s’il en était besoin, que boire et manger ne relèvent pas du seul ventre animal, mais de la culture, de l’imaginaire : on boit et on mange des symboles, avant toute chose ! Combien d’intellectuels brillants chez qui je suis invité à dîner (de chips et de plats surgelés) l’ignorent manifestement… Comme l’Avare de Molière, leur devise est qu’il faut manger pour vivre et non vivre pour manger.

Procès Georges Tron: la justice foulée aux pieds

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Georges Tron à la sortie du tribunal de Bobigny, 14 décembre 2017. SIPA. AP22141725_000004

Je ne connais pas Georges Tron. De son dossier, sur le fond je ne connais que quelques bribes rapportées de loin en loin par la presse. Cependant, sur le plan judiciaire, cette affaire a une histoire. Que je n’ai vue rappelée nulle part dans les médias avant le début du procès d’assises.

Georges Tron, alors secrétaire d’État, a fait l’objet de deux plaintes pour viol de deux anciennes employées de la ville dont il était le maire. Sa carrière politique a immédiatement explosé en vol. Il a dû démissionner de son poste de ministre, il n’a pu accéder à la présidence du Conseil départemental qui lui était promise.

Deux juges ont procédé à une longue et minutieuse instruction ayant abouti à une ordonnance de non-lieu de 166 pages, rendue sur réquisitions conformes du parquet. Sur appel des plaignantes, l’affaire a été examinée par la chambre de l’instruction de la cour d’appel de Paris. Malgré les réquisitions de l’avocat général de confirmation du non-lieu, la chambre de l’instruction a décidé de réformer l’ordonnance et de renvoyer Georges Tron devant les assises. C’est dans ces conditions que l’affaire a été audiencée devant la Cour de Bobigny.

Est-ce que ce monde est sérieux?

Il convient à ce stade de rappeler quelques règles de procédure qui ont leur importance. Tout d’abord, toute l’instruction a été menée par des magistrats qui ont rencontré les protagonistes, conduit des interrogatoires, des confrontations, diligenté des expertises et par conséquent accédé à une connaissance intime du dossier et de ses acteurs. Ce n’est donc pas à la légère qu’ils ont pris leur décision. Il en est de même pour les membres du parquet chargé des poursuites.

Ensuite, les magistrats de la chambre de l’instruction, pour ce qui les concerne, n’en ont eu, en dehors des plaidoiries à l’audience, qu’une connaissance écrite, figée. L’exposé de ces contradictions, logiques en matière de procédure pénale, n’est pas destiné à prendre parti pour ou contre la culpabilité de Georges Tron, mais à souligner que cette question mérite pour le moins discussion, que cette culpabilité n’est pour le moins pas évidente et que l’élaboration de la décision s’avérera particulièrement délicate s’agissant de la liberté et de l’honneur d’un homme.

L’audience de la cour d’assises est précisément destinée à cela. Il convient d’y rechercher au plus près la vérité et c’est la raison pour laquelle elle doit se dérouler dans une absolue sérénité pour que la décision rendue soit impartiale. Rappelons aussi, que devant la Cour d’assises, la procédure est orale et que chaque argument doit être discuté de façon contradictoire. Seul le président, magistrat professionnel, a lu le dossier écrit. Les jurés n’en prendront connaissance qu’à l’audience, par une instruction refaite à la barre, sous l’autorité du président qui conduit les débats. Malheureusement, la nécessaire sérénité s’est révélée dès le début totalement absente, le procès se déroulant dans une stupéfiante atmosphère de corrida, et apparaissant rapidement comme un des épisodes de la furieuse guerre des sexes déclenchée après l’affaire Weinstein.

Où est la présomption d’innocence ?

Martelons encore une fois, que l’élaboration de la vérité judiciaire n’est pas destinée à donner satisfaction à telle ou telle cause militante, à faire reconnaître un statut de victime, à permettre « de se reconstruire », de faire son deuil ou autres objectifs qui sont peut-être légitimes, mais qui ne relèvent pas de la mission de la justice pénale. Celle-ci a pour but d’appliquer la violence légitime, dont l’État est titulaire, à celui qui a commis une faute, dont la réalité doit être démontrée après une procédure contradictoire et loyale. Établie indiscutablement, cette vérité judiciaire acquiert « l’autorité de la chose jugée », et s’impose à tous.

Force est de constater que le procès de Georges Tron a commencé dans un abominable foutoir. On citera ici quelques-uns des épisodes qui rendaient impossible sa poursuite dans le respect des règles et des principes. Le procès a été précédé d’une campagne de presse complètement à charge, Georges Tron étant présenté comme un prédateur sexuel dont l’acquittement constituerait un terrible scandale. Rares sont les médias à avoir rappelé l’ordonnance de non-lieu et la position constante du parquet. Les réseaux n’ont pas été en reste, à base d’injures, d’insultes et de diffamation. Où est la présomption d’innocence ? Pour certains il est clair qu’elle n’existe pas. C’est dans ces conditions que le jury des citoyens a été constitué, composé de gens qui rentrent chez eux le soir et ont donc accès à ce déferlement.

Il faut s’arrêter aussi sur le comportement du parquet. Il existe un principe qui dit que pour les procureurs, « la plume est serve, mais la parole est libre ». C’est-à-dire qu’à l’audience le procureur n’est pas lié par les réquisitions écrites, il est libre de ses positions et de ses arguments. Dans l’affaire Tron, la magistrate tenant le rôle de l’accusation a adopté une position radicalement inverse à celle tenue par ses collègues jusque-là. Ce rappel est justifié par les positions pour le moins originales développées par le représentant du parquet.

Procès-Twitter et documentaire à charge

Comme c’est devenu un usage, éminemment critiquable, les audiences ne font plus l’objet de chroniques judiciaires a posteriori, mais en temps réel à l’aide de tweets. La presse s’en donne à cœur joie, certains n’hésitant pas à reproduire les fac-similés de ces tweets pour renforcer l’impression de « direct ». On imagine l’usage qui en est fait ensuite à base d’insultes, de mises en cause, et de hashtags vengeurs. Le président de la cour s’est ainsi fait traîner dans la boue rendant de plus en plus difficile sa mission pourtant essentielle. L’avocat général a trouvé ça formidable, considérant qu’il fallait être moderne et que ce mode d’expression était la forme nouvelle de la chronique judiciaire ! Ah oui ? Alors pourquoi la loi prévoit-elle une interdiction de diffuser ce qui se dit à l’audience ? Et qu’il apparaît d’évidence que cette utilisation des tweets est grossièrement utilisée à la contourner.

Autre séquence hallucinante, celle de la diffusion, en plein procès, par une chaîne de télévision du service public (!) d’un documentaire complètement à charge contre l’accusé, ne donnant la parole qu’aux plaignantes et à un témoin de l’accusation qui devait être entendu par la cour le lendemain !

Pour la professionnelle que je suis, cet épisode est simplement monstrueux. Comme la réponse de l’avocat général à l’avocat de la défense qui s’en plaignait : « vous n’aviez qu’à demander à participer à l’émission ». Ce qui peut se traduire par « le débat contradictoire, c’est à la télé et tant pis pour les absents. L’audience finalement, c’est pour la galerie ».

Si l’on comprend bien ce qui s’est passé ensuite dans cette ambiance irrespirable, le président a demandé aux avocats de venir dans son bureau. Il se serait alors ouvert de ses difficultés à mener sereinement l’audience et à remplir sa mission. Il a été question d’un renvoi mais quand les avocats de la défense l’ont demandé, à leur grande surprise, il leur a été refusé.

La justice victime de la « guerre des sexes »

Considérant que l’intérêt supérieur de la défense était en cause, l’avocat de Georges Tron, Éric Dupond-Moretti, a fait état de cette conversation brisant l’usage qui aurait voulu qu’elle reste confidentielle. Et a demandé à nouveau le report du procès, ce qui a été décidé par la Cour. Inutile de détailler les hurlements de rage accompagnant cette décision. Qui était pourtant celle qu’exigeait une situation incompatible avec le déroulement d’un procès régulier. Depuis, ce confrère est vilipendé, traité de « terroriste judiciaire », et autres gracieusetés épithètes. Après le procès Merah, il va commencer à en avoir l’habitude. Alors qu’il n’a fait que son devoir, celui de s’opposer à ces dévoiements. Ce qui est grave, et je parle d’expérience pour avoir traité des dossiers de cette nature par dizaines depuis 20 ans, c’est que les conditions d’exercice de la défense se sont dégradées et que les principes qui nous protègent tous s’affaiblissent de jour en jour. Je ne sais pas si Georges Tron est coupable. La réponse à cette question devra être donnée par la justice, à condition qu’elle puisse s’exercer dans un climat simplement normal. Ce qui n’est pas le cas aujourd’hui.

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La délinquance sexuelle, dont la répression remplit massivement les prisons, est délicate à traiter par les tribunaux, car souvent domaine du « parole contre parole ». Elle est aussi malheureusement l’objet d’emportements excessifs de l’opinion publique. Les affaires récentes de Pontoise et Melun le démontrent abondamment. Mais le problème s’est encore aggravé, avec l’embrasement que nous connaissons depuis les débuts de l’affaire Weinstein. Certains courants du féminisme ont lancé une véritable « guerre des sexes ». Les médias suivent et les réseaux amplifient. Et le champ de bataille principal choisi pour la mener est celui de la justice et du droit.

Les magistrats sont soumis à d’énormes pressions, même si pour l’instant, ils s’efforcent tant bien que mal d’y résister. Ce n’est pas le cas des politiques qui, de démagogie en surenchères, portent atteinte, par des propositions et des textes délirants, aux principes fondamentaux qui caractérisent un État de droit.

Aucune cause, fût-elle celle des femmes, ne mérite que l’on porte aussi gravement atteinte aux libertés.

Loi sur l’immigration: la vraie droite, c’est Macron

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Le ministre de l'Intérieur, Gérard Collomb (à gauche) et le président de la République, Emmanuel Macron, à l'Elysée, octobre 2017. SIPA. 00829969_000007

Le futur projet de loi portant sur l’immigration que devrait bientôt présenter le ministre de l’Intérieur Gérard Collomb fait déjà beaucoup parler de lui. On lit volontiers ici et là qu’il s’agira de la première épreuve véritable pour la force nouvelle née des élections parlementaires de 2017, cet assemblage parfois hétéroclite de députés élus sous le nom d’Emmanuel Macron et qui forment La République en Marche. « Épreuve », voire « piège », car sur cette « question clivante », comme on nous le répète à longueur d’antenne, il y aurait un risque de fracture entre des députés LREM approuvant les mesures plus strictes que l’on nous annonce et d’autres qui s’y opposeraient. Et certains d’attendre, le sourire aux lèvres, l’implosion du nouveau parti. Ils ont bien tort, car le piège – s’il y a – ne concerne pas LREM, mais la droite.

LREM, unie par la peur (et l’ambition)

Il ne concerne pas LREM parce qu’il s’agit d’une majorité au pouvoir sous la Cinquième république, donc disciplinée par le fonctionnement même des institutions, un effet encore renforcé par le fait que cette majorité parlementaire n’est jamais que l’ombre portée de l’élection présidentielle qui l’a précédée. Aucun député LREM ou presque, y compris les transfuges qui siégeaient déjà dans les assemblées précédentes, n’aurait été élu sur son seul nom en 2017.

Mais en dehors de la fidélité morale que cela peut impliquer pour certains envers le chef de l’État, il est d’autres éléments. Avec les effets combinés de la diminution annoncée du nombre de parlementaires et de l’évolution du mode de scrutin, il se pourrait que, bien que toujours majoritaire, un groupe LREM soit mathématiquement réduit de presque moitié en 2022… soit demain. Qui aura l’investiture dans les nouvelles circonscriptions ? Qui sera en position éligible à la proportionnelle sur la ou les listes ? Certes, la vie de député est dure : on sait maintenant que l’on ne mange plus que des pâtes tant le salaire est faible et qu’il faut une cellule de soutien psychologique pour supporter le rythme de travail. Mais enfin, il y a une belle vue sur tout Paris des fenêtres du restaurant et, même si elle est en lambeaux, on reste un élu de la République !

La gauche soumise

Alors, pourquoi se fâcher avec ceux qui attribueront les places par un vote de défiance ou même par une bête abstention ? Et ce d’autant plus que, lorsque l’on discute sur la place de marché de sa circonscription le week-end, on se rend vite compte que le sujet n’est pas « clivant ». Il ne l’est en fait qu’entre une certaine caste médiatique et la population qui, elle, souhaite dans son écrasante majorité, et le répète sondage après sondage, qu’une solution soit le plus rapidement trouvée à cette déferlante migratoire – qui, bien sûr, n’existe pas.

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Le tableau est donc fixé. À gauche, on entendra, largement relayées dans les médias, les critiques de ceux qui, loin d’être insoumis comme ils s’en font gloire, sont, sur ce point au moins, déjà totalement soumis à ce qui vient. En maintenant des réformes restreignant certains statuts, le gouvernement passera alors à bon compte comme le défenseur de la France éternelle, alors même que tout cela n’aura sans doute qu’un intérêt limité : à quoi bon par exemple accélérer le traitement des dossiers des demandeurs d’asile si les déboutés restent en France ? Et quid des sanctions contre des individus ou des associations qui enfreignent sciemment la loi ? Mais on aura joué à bon compte, pour un public qui n’attendait que cela, la saynète du retour de la souveraineté grâce à l’habituelle brochette d’idiots utiles.

La droite pas prête

Pas de piège donc, et pas de risques pour LREM, mais un piège qui va, par contre, se refermer sur une droite LR qui n’a pas encore de corps de doctrine cohérent. Face au nouveau projet en effet, « que faire ? », comme disait l’autre… Écartons le cas extrême de quelques belles âmes des bords de la Garonne ou de la Seine, si de n’est des profondeurs du Poitou, qui pourraient trouver le nouveau texte liberticide. Pour les autres, le choix sera cornélien : soit passer son tour et éviter de prendre des coups en reconnaissant, du bout des lèvres, que la réforme entreprise va « dans le bon sens », et il n’y a alors pas d’opposition sur un sujet qui est au cœur des préoccupations des Français. ; soit en dénoncer les faiblesses… et être immédiatement accusé de faire le jeu du Front national, emporté dans la fuite en avant d’une radicalisation sans bornes.

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Ainsi, on risque de retrouver sur ce thème des migrations la totale sidération de la droite devant les réformes entreprises dans l’Éducation nationale par Jean-Michel Blanquer, réformes que les successifs ministres de l’Éducation des gouvernements de droite n’ont eu ni la volonté ni l’intelligence de porter quand ils étaient aux affaires. Sans coup férir, Emmanuel Macron paraîtra, de nouveau, comme étant celui qui est seul capable d’agir, les autres se contentant de subir.

L’absence sinon d’un corps de doctrine, au moins d’un projet, se fait une nouvelle fois cruellement sentir à droite. S’il est nécessaire pour tracer sa route de manière cohérente quand on est au gouvernement, il l’est tout autant pour arriver à se faire entendre et être crédible quand on est dans l’opposition. En politique, qui reste l’art des choix, et plus encore dans les situations d’urgence comme celles que nous vivons, on peut surmonter les erreurs de cap, mais le destin ne pardonne jamais à celui qui tergiverse. Encore faut-il savoir quoi faire et oser le dire.

Les Rien-pensants

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Uber prend le macronisme à contresens

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Manifestation de chauffeurs à Paris, décembre 2015. SIPA. AP21836251_000006

Il pleut sur Paris ; le cadran de Saint-Paul indique minuit passé de quarante minutes, dont trente à héler en vain des taxis à l’enseigne plus ou moins rouge ; une berline de marque coréenne ruisselante daigne enfin ralentir, vitre à demi-baissée et radio communautaire en fond ; vous allez à Suresnes ? Ah non, en fait, j’ai fini mon service. Pas un bonsoir et une giclée d’eau stagnante au redémarrage en guise de salutation distinguée. Voyager en voiture, en zone urbaine, dans des conditions acceptables : voilà ce que les économistes ont longtemps appelé « un besoin latent » en jargon de technicien.

Un démarrage sauvage…

C’est peu ou prou sur la base d’un tel constat que les fondateurs d’Uber se sont convaincus, un soir de 2008, de la nécessité d’une alternative aux taxis réglementés. Ironie de l’histoire, leur épiphanie eut lieu en France, après avoir dû subir une attente interminable de véhicule pour se rendre à un salon professionnel ; on n’usurpe jamais vraiment une mauvaise réputation. En moins d’une décennie, l’entreprise est devenue l’archétype de la « licorne » insolente : 70 milliards de valorisation, plus de 1 milliard de trajets effectués, plusieurs centaines de métropoles couvertes, près de 3 milliards de pertes d’exploitation l’année dernière et une morgue à toute épreuve.

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Si le modèle VTC « haut-de-gamme » originel s’est assez naturellement inscrit dans l’écosystème du transport professionnel de personnes, il n’a pas manqué de montrer très tôt ses limites en termes de potentialités de marchés. Les coûts élevés de structure et le manque de personnel suffisamment qualifié ont vite eu raison des premières orientations stratégiques de la marque, la conduisant rapidement – comme ses concurrents, Lyft en tête – à envisager de pénétrer le segment grand public, au mépris des réglementations protectionnistes en vigueur dans la plupart des métropoles mondiales.

…qui laisse les politiques sans réaction

Cette irruption a mis le monde face à ses contradictions : le système monopolistique dysfonctionnant des taxis est à bout de souffle, mais le confort « administratif » qu’il procure (transparence, fiscalité) ainsi que les barrières artificielles érigées pour l’isoler (licences, normes ad hoc) constituent des freins puissants à son démantèlement. Si certaines grandes villes ont opté pour la solution radicale d’une interdiction de licence à Uber, beaucoup, dont Paris, brillent par leur absence de réaction politique suffisamment proportionnée.

Pourtant, la stratégie de la marque a de quoi interpeller, tant elle confine à une immoralité érigée en credo. Ainsi, le logiciel secret Greyball simulait-il des écrans affichant des mouvements de véhicules fictifs sur l’application de tout utilisateur suspecté d’appartenir aux autorités ; ainsi Uber continue-t-elle d’employer des chauffeurs sans vérification préalable de leurs antécédents judiciaires ou psychiatriques, pour des raisons d’économie et au mépris de la sécurité des passagers ; ainsi la méthode de fingerprinting permet-elle toujours de suivre l’activité et l’identité d’un client, même désabonné du service.

Cette liste, aussi longue qu’éloquente, de pratiques au mieux indésirables, au pire délictueuses, n’est qu’une illustration parcellaire du système d’enfoncement systématique des limites légales, mis en place par le géant californien. Rien qu’aux Etats-Unis, Uber fait aujourd’hui l’objet de plus de 170 procédures judiciaires et a déjà été condamné à de nombreuses reprises.

La désintermédiation des rapports marchands

Vivement décrié pour avoir insufflé et encouragé cette culture délétère, Travis Kalanick a dû récemment céder sa place à la tête de l’entreprise qu’il a cofondée. Concomitamment, Uber a pris le parti d’assumer ses errements, en faisant acte de contrition publique, prosodiant ses remords comme les Américains savent si bien le faire, à longueur des spots télévisés grandiloquents : « Nous sommes parfois allés trop vite et nous n’avons pas toujours su écouter. (…) Il faut savoir avoir tort, se perdre, revenir en arrière, s’arrêter… pour mieux repartir ».

La relative impunité dont Uber a pu jouir tout au long de ces dernières années pourrait surprendre si elle n’était due qu’à l’incapacité du législateur à établir un cadre juridique suffisamment contraignant. Elle est en réalité le stigmate de l’ambivalence politique qui prévaut à l’égard du phénomène global de désintermédiation des rapports marchands, particulièrement au sein d’une gauche gouvernementale tiraillée entre l’opportunité d’offrir une activité professionnelle à des « populations ordinairement éloignées de l’emploi » et le souci de préserver les formes sociales établies, structurées autour du salariat conventionnel.

Acquis sociaux contre jeunesse des banlieues

Quand Emmanuel Macron se targue de la vitalité entrepreneuriale libérée de la jeunesse de nos banlieues – parce qu’elle conduit désormais des berlines en leasing – il néglige sciemment la précarité de son statut ainsi que l’extrême dépendance de ses revenus à des équilibres de marchés dont elle ne possède pas la maîtrise des rouages fins. Les conflits sociaux balbutiants émanant de nouveaux autoentrepreneurs déjà constitués en intersyndicales vindicatives réclamant une requalification de leurs statuts, illustrent toute l’hypocrisie d’un système ignorant la manière de gérer les impératifs contradictoires d’une transition qui le transcende.

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Et quand le progressisme considère le micro-entrepreneuriat comme une solution libérale au problème de la discrimination à l’embauche de populations mal intégrées, il fait fi des complexités du pathologique pour se complaire dans l’immédiateté visible et confortable du symptomatique. Libre de choisir sa clientèle, le chauffeur salafiste pourra choisir de ne convoyer que des hommes ; libre de se réintégrer, le délinquant pourra se mettre au service de ses anciennes victimes ; libre d’ignorer les rudiments du français, le chauffeur nouvellement immigré pourra trouver une activité qui le fera vivre dignement. Pour ne pas avoir, entre autres griefs, vérifié les casiers judiciaires de ses chauffeurs, Uber a récemment perdu sa licence d’exploitation à Londres. La France a, pour sa part, modestement haussé ses exigences administratives vis-à-vis des VTC en promulguant la loi Grandguillaume, destinée à encadrer statutairement la profession.

Les grandes problématiques sociétales induites par la mutation économique à l’œuvre perdurent pourtant et l’ornière intellectuelle dans laquelle le débat français se trouve n’en laisse entrevoir aucune évolution pragmatique sensée. L’anticipation prospective que toute démocratie moderne devrait entretenir en son sein en vue d’inscrire ses choix politiques dans le temps long, quant à elle, attendra. L’urgence est à l’immédiateté.

Un an de Trump et toujours pas de guerre mondiale

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Poutine et Trump au sommet de l'Apec, novembre 2011. Sipa. Numéro de reportage : AP22128455_000001.

Alors que le président des États-Unis a soulevé un hypocrite tollé en reconnaissant la réalité de Jérusalem comme capitale d’Israël, et que l’ONU annonçait le 17 décembre 2017 examiner – à la demande de l’Égypte – la possibilité d’une résolution contre cette reconnaissance, comment la crédibilité des États-Unis en matière de politique étrangère est-elle perçue à l’issue de cette première année de pouvoir de Donald Trump ?


Les États-Unis ne cessent de perdre leur crédibilité en matière de politique étrangère. C’est ce qu’écrit, dans un article de la revue Foreign Affairs, l’universitaire de Princeton Keren Yarhi-Milo, dont l’essai à paraître mi-2018 est attendu[tooltips content= »Who Fights for Réputation ? The Psychology of Leaders in international Conflict, Princeton University Press »]1[/tooltips]. Selon elle, ce fut déjà le cas avec Obama. Et cela s’accentuerait avec Trump : « Trump suffers from a credibility gap » (« Trump souffre d’un déficit de crédibilité »), écrit-elle. Pour des raisons psychologiques. L’usage veut, dans les milieux opposés à Trump, aux États-Unis comme en Europe, de lui accorder un cerveau plus proche de celui de Stallone dans Rambo que de celui d’un « sage » néo-new âge/new-yorkais nourri au quinoa, au cannabis et aux algues bio depuis sa plus tendre enfance. La côte Est des États-Unis et Paris ne parviennent toujours pas à accepter la victoire d’un Trump.

Bras de fer avec Pyongyang

Yarhi-Milo soutient à juste titre qu’il n’est pas de politique étrangère sans crédibilité. Un État doit être crédible pour mener une politique servant ses intérêts propres, point focal de toute politique étrangère. Leçon de Carl Schmitt. La crédibilité, c’est là que le bât blesserait : comment une menace d’usage de la force peut-elle être efficace si le président des États-Unis a perdu toute crédibilité ? Bombardant la Syrie, réengageant des troupes en Afghanistan ou augmentant la pression sur la Corée du Nord, le président Trump aurait la réputation d’un chef d’État trop enclin à user de la force. Pourtant, le 15 décembre 2017, après avoir souligné que « les États-Unis auront recours à toutes les mesures nécessaires pour se défendre en cas d’agression nord-coréenne », y compris la force donc, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson soulignait que la diplomatie reste privilégiée et qu’une Corée du Nord cessant « son comportement menaçant » pouvait être conviée à discuter. Ajoutant : « Nous ne voulons pas la guerre ». Depuis novembre, les éditorialistes s’agitent au son d’un Trump va-t-en-guerre… Pourtant, la tension entre les deux nations est banale : rien de neuf sous le soleil.

Convergence Washington-Moscou

Si ce n’est que Trump et Poutine ont évoqué la Corée du Nord lors de leur conversation du jeudi 14 décembre 2017. Ils se sont aussi mutuellement complimentés sur divers sujets. Un Trump et un Poutine agissant de concert afin de résoudre des crises ? Comment la Côte Est des éditorialistes pourrait-elle ne pas s’étrangler ? Donald Trump, loin d’être ce Docteur Folamour décrit ici et là, et en particulier à Paris, semble en passe de réussir là où les États-Unis échouent depuis des lustres. C’est pourquoi il a pu reconnaître en Jérusalem la capitale d’Israël, reconnaissance votée au Congrès des États-Unis il y a plus de vingt ans, et que ses prédécesseurs avaient promis sans jamais agir. Que Trump le fasse montre son degré de confiance. La position conservatrice privilégiant la nécessaire résolution pacifique des tensions avec la Corée du Nord a d’ailleurs été récemment rappelée dans The American Conservative par un spécialiste, Harry J. Kazianis, intellectuel influent de The National Interest : toutes les solutions menant à la guerre sont le pire pour les États-Unis car cela ouvrirait la « boîte de Pandore nucléaire ». Un conflit local se transformant par capillarité en conflit nucléaire mondial.

Trump, danger public ?

C’est une inquiétude qui parcourt une partie des médias, magazines et plateaux de télévision américains. Les mots, tweets et atermoiements de Donald Trump en matière de politique étrangère rendraient incohérente la politique américaine, si bien qu’elle peut sembler dangereuse. Le président est ainsi passé, au sujet de Kim Jong-un, de « smart cookie » à « Little Rocket Man » puis à « totally destroy ». Pour Keren Yarhi-Milo, les données psychologiques jouent toujours un rôle dans les décisions politiques. Cet aspect serait accentué par les revirements de Trump, semblant changer de politique entre deux tweets. Et même entre deux « mensonges ». D’où la prégnance de la question de la crédibilité : qui accorderait du crédit à une politique menée par un « menteur » ? Ainsi, le New York Times publiait mi-décembre 2017 une liste des « mensonges » prononcés en public par Trump depuis son élection, une volonté de nuire de la part d’un quotidien indécemment pro-Clinton. Il est exact cependant que Trump ne mâche pas ses outrances. Yarhi-Milo explique aussi que Trump « veut être pris au mot » mais qu’il est difficile de le suivre tant les axes de sa politique étrangère seraient changeants. L’idée générale est la suivante : la psychologie de Trump serait trop instable pour que les États-Unis retrouvent une politique étrangère crédible, ce qui mettrait le pays en danger. Trump, danger public, est-ce si simple ? Certainly, not. La politique des tweets de Trump n’est pas destinée à l’international mais à l’opinion publique américaine. Par contre, la nomination du professeur de l’université de Georgetown et spécialiste respecté de la péninsule coréenne, Victor Cha, le 11 décembre, comme ambassadeur à Séoul, est un fait véritablement crucial.

La Corée du Nord, voilà l’ennemi

Le 15 décembre 2017, James M. Lindsay, dont les analyses paraissant sur son blog The Water’s Edge sont fortement relayées outre Atlantique, publiait un article commençant ainsi : « 2017 is a year to remember in global affairs » (« 2017 est une année marquante dans les relations internationales »). Le monde a en effet connu une année animée. Il convient de penser le « America first » du président américain dans ce cadre. Pas au sens xénophobe où les rédactions parisiennes font mine de l’enfermer mais à celui de la realpolitik : les gouvernements servent les intérêts de leur pays. Le reste ? Fariboles. Trump applique ce sain principe à la politique étrangère américaine. Une année animée ? Que l’on en juge : Mugabe a quitté le pouvoir, il y a eu les suites du Brexit, l’économie mondiale libérale est repartie à la hausse, un prince saoudien annonce des réformes qui pourraient changer bien des choses, le réchauffement climatique est toujours au cœur des débats – même si ces derniers sont compliqués -, les présidents chinois et américains se parlent, tout comme les présidents russes et américains, l’État islamique a été vaincu sur le théâtre des opérations, sur fond d’attentats…

Sur un plan plus spécifiquement américain, Trump travaille à contenir ce qui est la véritable crainte des analystes : le recul supposé du leadership international des États-Unis. De ce recul ancien, Donald Trump n’est pas comptable. Et si les dingos n’étaient pas ceux que l’on croit ? Trump n’est pas un danger pesant sur l’Amérique, il en est le président. Il n’est pas plus un danger pesant sur le monde. S’il faut cerner un ennemi, la Corée du Nord fait un très bon candidat. Quand on dispose d’un Kim Jong-un, il est surprenant pour certains commentateurs français de se chercher un ennemi dans le camp de ses propres alliés, en la personne de Trump. S’il est un Etat dingo qui menace le monde, l’Europe, les États-Unis, le Japon, la Corée du Sud et nos modes de vie, le régime de Pyongyang paraît taillé pour le rôle.

Kim Jong-un devrait inquiéter davantage

Ainsi, au lieu de tomber à bras raccourcis sur un Trump concrétisant la réalité de Jérusalem comme capitale d’Israël, nos commentateurs ne devraient-ils pas plutôt s’inquiéter d’un Kim Jong-un déclarant que la ville sainte ne saurait être capitale d’un État puisque Israël n’existerait pas ? Au fond, ce dont serait avant tout « coupable » l’actuel président des États-Unis n’est pas d’être instable, argument rhétorique destiné à l’opinion publique. C’est d’avoir une vision du monde autre que celle de ses adversaires politiques. De fonctionner selon d’autres critères que ceux des politiciens qui ont conduit le monde là où il est. Ce qui est reproché à l’accusé Donald Trump ? D’être Donald Trump, autrement dit de ne pas être Hillary Clinton. Et si cela, ne pas être Madame Clinton, s’avérait être une sacrée qualité ? Et si le monde en train de naître de la politique étrangère de Donald Trump s’avérait être sous peu un monde meilleur ? Une question qui déplaira à Paris comme à Manhattan.

Terre et Mer

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Natacha Polony: la nation (souveraine) c’est maintenant!

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Natacha Polony / Hannah Assouline

Le bilan des erreurs de Hollande et des horreurs de Staline doit-il nous faire renoncer à changer la vie? Dans son livre, Natacha Polony réfute la fin de l’Histoire et récuse le laisser-faire marchand. Un nouveau monde est possible, fondé sur la souveraineté des peuples, donc des nations. 


Changer la vie : on se souvient que la célèbre formule rimbaldienne avait donné son titre au programme du Parti socialiste en 1972, puis à son hymne, chanté en 1977 au congrès de Nantes : « Ne croyons plus aux lendemains qui chantent/Changeons la vie ici et maintenant/C’est aujourd’hui que l’avenir s’invente… »

Il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation

Si l’avenir s’inventa pendant les années Mitterrand, le changement de la vie fut, lui, remis à une date ultérieure, celle de 2012, sous une forme un peu plus prosaïque : « Le changement, c’est maintenant. » La suite est connue de tout le monde et Natacha Polony n’est manifestement pas convaincue que le slogan, plus martial, du vainqueur de 2017, « En marche ! », fasse davantage droit à l’exhortation et à l’espérance du poète. L’important est donc de dire à quelle condition la vie, et, au premier chef, la vie politique, pourrait changer. C’est ce qu’indique le sous-titre de son ouvrage, présenté sous la forme d’un dictionnaire dont les 82 entrées constituent un ensemble cohérent : « Pour une reconquête démocratique. » Si la démocratie est à reconquérir, c’est que nous l’avons perdue. Nous vivons dans ses apparences, mais ce que nous connaissons sous ce nom est « une organisation politique oligarchique validée par le suffrage universel ».

A lire aussi : Comment le capitalisme a éteint les Lumières 

Il n’est pas indifférent que le dictionnaire de Natacha Polony s’ouvre par le mot quelque peu oublié, sinon refoulé, d’aliénation, qu’elle entend remettre en honneur pour penser notre présent. Nous avons perdu la démocratie parce que nous sommes doublement dépossédés de nous-mêmes. Il y a d’abord l’Union européenne dont, depuis l’arrêt Costa, le droit prime les droits nationaux alors même qu’elle se réduit à un espace économique sans consistance politique. Face à cette contradiction majeure, Natacha Polony rappelle que la citoyenneté est indissociable de la nationalité et qu’il ne saurait y avoir de souveraineté du peuple sans souveraineté de la nation. En l’absence d’une nation et d’une citoyenneté européennes, les abandons de souveraineté vident la citoyenneté de toute substance et découragent les citoyens de se rendre aux urnes. La « bonne gouvernance » s’est d’ores et déjà substituée au « gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple ». Il y a aussi, et plus profondément, à travers la mondialisation néolibérale, destructrice de toutes les identités, la réduction de l’homme à un agent économique gouverné selon le principe utilitariste de l’intérêt bien compris : l’autonomie du sujet politique qui prend son destin en main est alors battue en brèche par l’hétéronomie de l’individu consumériste dont l’imaginaire est confisqué et les désirs orientés par la publicité. Contre cette réduction, favorisée par le développement de l’individualisme moderne, Natacha Polony rappelle avec force cette vieille vérité aristotélicienne que l’homme est un animal politique.

Un socialisme sans barbarie

On n’est certes pas obligé de la suivre en tout point. Qu’en quelques décennies des centaines de millions d’êtres humains aient été arrachés à la famine devrait conduire non pas à applaudir béatement la mondialisation, mais à en nuancer la critique – et mériterait à tout le moins de ne pas être écarté en quelques phrases un peu rapides, sinon désinvoltes. Pareillement, lorsque Natacha Polony s’appuie sur le taux élevé de l’abstention pour mettre en cause la légitimité des vainqueurs des élections, tout en voyant dans le « dégagisme » de Mélenchon « la traduction électorale d’une immense aspiration à davantage de démocratie », on a envie de la taquiner un peu : il ne faut pas oublier, chère Natacha, que l’offre populiste n’a pas manqué aux électeurs et que le « dégagisme » de Mélenchon a commencé par dégager Mélenchon lui-même…

Cependant, si les thèses de Natacha Polony croisent souvent celles de la gauche, elles n’en épousent ni le dogmatisme, ni le sectarisme, ni l’aveuglement. Aux lecteurs pressés de Lévi-Strauss, Polony montre que la barbarie islamiste n’est pas celle d’une civilisation autre dont il faudrait respecter l’altérité, mais qu’elle procède de la déculturation d’individus qui sont issus de notre civilisation et la rejettent. Aux mauvais lecteurs de Bourdieu, elle remontre qu’en universalisant le modèle de la domination symbolique qu’est censé exercer tout détenteur d’un capital culturel, on en vient non seulement à rendre l’école incapable d’accomplir sa tâche, mais aussi à faire oublier « la principale domination, la domination économique et politique ». Faut-il voir là une profession de foi de marxisme ? Assurément, Natacha Polony récuse l’illusion selon laquelle la chute du mur de Berlin et l’effondrement de l’empire soviétique auraient mis fin, en même temps qu’à l’histoire, à tout antagonisme de classes, mais le concept marxiste de lutte des classes n’en doit pas moins être repensé à nouveaux frais : ce sont des fractures inédites qui opposent les bénéficiaires de la mondialisation néolibérale et les autres, et les conditions qui permettraient à ceux-ci de parvenir à une conscience de classe ne semblent pas réunies. Sur la question de l’immigration, elle insiste sur la nécessité de ne pas la dissocier d’une intégration qui suppose elle-même une acculturation forcément longue et difficile pour des individus qui ont grandi dans des structures sociofamiliales archaïques et patriarcales. S’agissant du multiculturalisme, l’auteur met en évidence que si une société peut sans aucune contradiction être multiethnique, la division de la société en communautés fermées expose l’espace public à devenir un lieu d’affrontement.

Argument de vente: ce livre a déplu à Laurent Joffrin

On aura compris sans peine que le socialisme dont se réclame Natacha Polony n’est pas celui du parti qui porte ce nom. C’est un socialisme libertaire qui s’inscrit dans la tradition de Proudhon et dans l’esprit de George Orwell ou, plus près de nous, de Jean-Claude Michéa. Comme ces derniers, Natacha Polony est un esprit libre. Sa liberté d’esprit, jointe à la lucidité de son regard, à l’exigence de sa réflexion et à la force tranquille de sa conviction, transparaît à travers toutes les pages de Changer la vie. Ce livre a déplu à Laurent Joffrin qui lui a consacré dans Libération un éditorial plein de fiel. C’est bien naturel et c’est une raison de plus pour le lire.

Emmanuel Macron, un président sans opposition

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Emmanuel Macron à Paris, décembre 2017. SIPA. 00835733_000001

Ainsi, la communication présidentielle aurait dérapé. C’est ce qu’on pouvait lire samedi sur les réseaux sociaux alors que toutes les radios avaient annoncé qu’Emmanuel Macron fêterait son anniversaire à Chambord et qu’il avait même rencontré des chasseurs au petit matin. On a pu y voir des comparaisons avec les mésaventures de Nicolas Sarkozy consécutives à la soirée au Fouquet’s et au séjour sur le yacht de Vincent Bolloré. Ceux qui se sont prêtés à ces analyses se fourvoyaient évidemment. De dérapage, il n’y avait pas. Très vite, après un début d’agitation sur internet, on a fait savoir que le président de la République ne dormirait pas dans le château, mais dans un pavillon, et que la salle louée pour la fête d’anniversaire, payée sur les deniers personnels d’Emmanuel Macron, était moins onéreuse que si elle avait eu lieu à Paris. Bref, les spécialistes de la polémique ont pris dans les dents le boomerang qu’ils croyaient avoir lancé, alors qu’ils avaient joué les idiots utiles de la communication présidentielle. Chapeau l’artiste !

Ni Sarkozy, ni Hollande

Bien sûr, la référence à la monarchie était une volonté, et non une maladresse, dans l’esprit d’Emmanuel Macron. Et contrairement à ce que pensent Jean-Luc Mélenchon et Alexis Corbière, elle ne constitue nullement une provocation. Le chef de file de la France insoumise se souvient-il des nombreuses allusions à la France des Rois dans les discours et actes politiques de François Mitterrand, ce président qu’il a tant admiré ? C’est aussi ce qu’a remarqué Patrick Buisson, interrogé par David Pujadas en début de semaine dernière : il prêtait à Emmanuel Macron, dans cette France qui a été si longtemps monarchique, dans les institutions forgées par l’homme du 18-juin de vouloir incarner la fonction, d’avoir à l’esprit qu’il ne succédait pas seulement aux présidents de la République, mais aussi à tous les monarques qui l’ont précédé.

Et cette obligation est d’autant plus pressante dans un contexte mondialisé où les Français ont compris que les marges de manœuvre étaient davantage réduites pour celui qu’ils élisaient. C’est ce que n’avaient compris ni Nicolas Sarkozy ni, davantage encore, François Hollande, lesquels, chacun dans leur style, hyperprésident vibrionnant et touche-à-tout pour l’un, président (trop) normal pour l’autre, avaient tant donné l’impression qu’ils n’incarnaient aucunement la fonction. Dès l’été 2016, dans un entretien accordé au magazine Le 1 hebdo, Emmanuel Macron l’avait théorisé ; il récidivait un an plus tard, interrogé par le magazine Challenges. Pendant toute sa campagne, la promesse du retour à un style « gaullo-mitterrandien » avait été martelée et il n’est pas interdit de penser qu’elle a pu être décisive en avril dernier lors du premier tour.

Macron apprend vite de ses erreurs

Comme nous l’avions expliqué à deux reprises dans ces colonnes, il semblait bien qu’après un mois réussi dans cette manière d’incarner la fonction, Emmanuel Macron avait oublié sa promesse, se rapprochant de plus en plus du style de Nicolas Sarkozy. La façon dont il avait morigéné publiquement le général De Villiers en avait été le meilleur exemple. L’espace réduit qu’il laissait à son Premier ministre y participait également. A cela s’est ajouté l’erreur originelle des députés de son parti qui ont accepté de se faire rouler dans la farine par Thierry Solère dans la consternante affaire de la questure, provoquant la colère du groupe LR, qui a boycotté le bureau de l’Assemblée pendant quelques mois. Ce qui a eu pour conséquence de promouvoir des députés complètement inexpérimentés aux vice-présidences, laissant cette impression d’amateurisme justifiée l’été dernier.

Mais, ce qui est notable chez Emmanuel Macron, c’est qu’il apprend vite de ses erreurs, contrairement à ses prédécesseurs. Il y a quelques jours, les Républicains acceptaient de revenir au bureau de l’Assemblée, retrouvant les vice-présidences qui leur étaient promises. D’autre part, Thierry Solère ayant décidé d’entrer à LREM, pression lui a été mise pour qu’il renonce à la questure et qu’elle soit rendue à la véritable opposition. Et voilà qu’une affaire sortait mercredi dernier à propos du député de Boulogne-Billancourt et que Jupiter, par Christophe Castaner interposé, lançait sa foudre en sa direction, lui signifiant la plus rapide exclusion de l’histoire.

L’Etat est tenu

Si Emmanuel Macron se porte désormais beaucoup mieux dans les sondages, c’est parce qu’il a appris de ses erreurs. Il a laissé Edouard Philippe prendre davantage de place. Lorsqu’un mot dévastateur – car révélateur de ses pensées profondes – lui échappe dans le Limousin, évoquant ceux qui « foutent le bordel » au lieu d’aller chercher du travail « pas loin », c’est-à-dire à deux heures de route, il rectifie le tir immédiatement dans une émission, anticipant les critiques justifiées sur son rapport à la France périphérique et la « haine de la province » que Laurent Wauquiez lui reproche. Et il demande à son Premier ministre de mettre en scène une délocalisation de Matignon à Cahors, afin de batailler sur ce terrain avec le nouveau président de LR. Alors que ce dernier a décidé de l’attaquer aussi sur l’immigration, il envoie aussi des messages directs, qu’on n’aurait sans doute pas pardonnés à Nicolas Sarkozy, en répondant à une femme déboutée du droit d’asile : « il faut retourner chez vous, madame ». Et enfin, sur la question essentielle de l’éducation, il dispose de son atout maître, Jean-Michel Blanquer, qui plaît à peu près autant à droite qu’à gauche, lequel envoie des messages de fermeté et de retour au bon sens que 80% de l’opinion approuve avec soulagement, presque étonnée par tant d’audace. Même Marlène Schiappa, qui enchaînait les bourdes à vitesse supersonique l’été dernier, semble avoir trouvé son rythme de croisière à l’étonnement de ceux qui la moquaient. Bref, Emmanuel Macron, en cette fin d’année a fini par donner cette impression, inconnue depuis bien des années, surtout sous la présidence de François Hollande, que « l’Etat est tenu ».

Elle est là, l’erreur de Jean-Luc Mélenchon. Arcbouté sur sa chimère de VIe République, il ne voit pas que c’est justement ce sentiment qu’il était lui-même un chef et que l’Etat serait tenu s’il devenait président qui lui avait permis d’obtenir 19%. Dès lors, critiquer Emmanuel Macron sur ce thème, ne peut que nourrir l’impression, d’une part qu’il n’aurait pas été aussi bon président que ne l’auraient imaginé ses sept millions d’électeurs – leur laissant croire que l’Etat ressemblerait à cette France insoumise tirant à hue et à dia, entre Danièle Obono et Clémentine Autain d’un côté, et Alexis Corbière de l’autre – et d’autre part qu’il reproche à Macron de gouverner, lui donnant quitus que le président incarne effectivement la souveraineté, alors qu’il ne fait, avec son style de présidence, que donner le change. Mélenchon fait de Macron celui qui décide de prolonger le glyphosate alors qu’il le subit. Mélenchon passe sous silence le fait que Macron n’est pas aussi monarque qu’il le dit, lorsqu’il renonce à prononcer un moratoire sur l’extension des surfaces commerciales, otage des desiderata de l’inspection des finances et de la grande distribution.

La France qui va bien l’aime (toujours) bien

Laurent Wauquiez a annoncé qu’il serait meilleur opposant que Mélenchon. On attend de savoir s’il saura percer l’armure du président qui se veut monarque. Mais après avoir suivi sa campagne, et l’avoir entendu répéter à l’envi que « la droite était de retour », il est à craindre qu’il ne soit pas davantage à la hauteur que le chef de file de la France insoumise.

Hier soir, France 2 diffusait un entretien, enregistré en milieu de semaine, entre Laurent Delahousse et Emmanuel Macron.

Sa volonté d’incarner la fonction présidentielle, y ajoutant pédagogie de l’action, dédain du commentaire politicien et proximité avec un journaliste populaire, constituait le fil rouge du reportage. L’anti-Sarkhollande. La France qui va bien a dû adorer. Mais cela suffira-t-il longtemps à la France qui souffre ?

Le lynchage de Ronaldinho n’aura pas lieu

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Ronaldinho, 2014. Sipa. Numéro de reportage : AP21555798_000002.

« Ronaldinho veut devenir sénateur sous une étiquette d’extrême-droite ». Le site du mensuel So Foot, et beaucoup d’autres médias généralistes, se sont fait peur. Mais ouf, non, l’ancienne vedette du PSG ne devrait pas se présenter sous les couleurs du parti Patriota du probable candidat à la présidence Jair Bolsonaro. Le mouvement du très controversé député de Rio a démenti la pseudo-information du média O Globo: le footballeur ne devrait pas être investi.

L’idée n’était pourtant pas si saugrenue. Tout indique que ce scrutin, prévu en octobre 2018, réservera de grandes surprises et causera – qui sait – le renouvellement tant attendu des élites politiques brésiliennes. 

Un clown au Parlement

Si des joueurs de football s’essaient à la politique (un autre ex-attaquant de la Seleçao, Romario, a déjà franchi le pas), c’est que les Brésiliens sont prêts à donner leur chance à tous ceux qui ne sont pas des politiciens professionnels. Le niveau de dégoût est tel qu’un clown (Tiririca) a été élu et réélu comme député de São Paulo. Les Brésiliens se disent que ces candidats alternatifs n’ont pas besoin d’argent sale pour financer leur campagne car leur popularité devrait suffire à les faire élire.

A lire aussi: Le Brésil, un géant sans boussole

A São Paulo, Joao Doria (centre gauche) a gagné les élections municipales de 2016 au premier tour (du jamais vu) sur la ligne : « Je ne suis pas un homme politique, je suis un entrepreneur » (não sou politico, sou empresario).

Bolsonaro, hantise des médias

Ce qui a choqué, c’est la possibilité d’un rapprochement de Ronaldinho avec Bolsonaro, l’homme que les médias brésiliens adorent détester. Il est réputé homophobe, machiste, raciste, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement. On s’attendait peut-être à ce que Ronaldinho se rallie à un candidat du camp progressista, fût-il coupable de blanchiment d’argent comme l’ancien président Lula.  

Un pays à gauche toute…

En réalité, le Brésil est un pays à gauche toute et depuis longtemps. Ici, la droite occupe un espace extrêmement étroit et ne lui reste que l’économie (plus de libéralisme et moins d’impôts) comme terrain de combat idéologique. Des professeurs universitaires, aux milieux journalistiques en passant par la société civile, le pays est balayé par une vague de politiquement correct qui interdit certains mots comme favela (il faut dire comunidade) et use et abuse du mot fascista pour rendre silencieuses les voix dissonantes.  La mode actuelle est de déconstruire le mythe du métissage et de la démocratie raciale, deux symboles du Brésil, pour s’aligner sans trop de nuances sur la croyance que la société brésilienne est raciste et seulement raciste. Qui regarde la scène politique et culturelle brésilienne de loin peut avoir l’impression que le pays vit sous régime d’apartheid.

…où la droite raisonnable est introuvable

Même l’opposition à la gauche traditionnelle (PT, PSOL, PCdoB) est incarnée par les sociaux-démocrates  du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira). C’est dire l’hégémonie des idées de gauche sous les tropiques ! C’est dans ce contexte que Bolsonaro arrive pour jouer le rôle que certains attendent peut-être de lui : exagérer, offenser et crier fort. Objectif: diaboliser toute opinion contraire à la gauche. Ce faisant, il ne laisse aucune marge de manœuvre à une droite équilibrée et de gouvernement : elle est condamnée à se joindre à un front républica inversion tropicale pour faire barrage au « fascisme ».

Notons tout de même que Bolsonaro soutient Israël et suit en cela un réflexe commun parmi les évangélistes qui considèrent comme naturelle et légitime la présence israélienne au Moyen-Orient. Quand aux accusations de racisme, elles restent à prouver d’autant plus que le candidat est friand de dérapages verbaux et aime collectionner les preuves contre sa propre personne. Il n’y a par contre aucun doute sur son antipathie pour le mouvement féministe et gay.

Candidat du buzz

L’effet Bolsonaro – deuxième dans tous les sondages à un an des élections – profitera certainement à une kyrielle de candidats mineurs qui veulent surfer sur le ras-le-bol des Brésiliens. Reste que Bolsonaro a peu de chance de devenir président du Brésil car il n’a pas beaucoup d’alliés dans la perspective d’un second tour. Mais a-t-il vraiment envie de devenir président ?

L’hommage à Johnny : retour sur une étrange polémique

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Chaque dimanche, sur les ondes de RCJ, Alain Finkielkraut commente, face à Élisabeth Lévy, l’actualité de la semaine. Un rythme qui permet, dit-il, de « s’arracher au magma ou flux des humeurs ».


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Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…

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Patrick Eudeline. Sipa. Numéro de reportage : 00656839_000015.

Quand elle nous attrape, elle ne nous lâche plus. C’est comme ça. Dans son roman Les Panthères grises (La Martinière, 2017) Patrick Eudeline revisite une époque révolue, pourtant pas si lointaine.

Les prophètes avaient des guitares en bandoulière

Il nous présente trois musiciens, la soixantaine, n’ayant plus beaucoup de scènes underground à faire vibrer. Le temps du mariage d’un de leur petit­­-fils, ils reforment leur groupe. Pas vraiment de quoi les stimuler. L’un d’entre eux est même mort, une overdose a eu raison de l’organiste, Jean­­-Yves. Les spécialistes se réjouiront à la lecture de certains instruments cités comme une Gibson Les Paul­­ custom shop 1959 ou une Black Beauty trois micros. On pense aussitôt à Keith Richards ou Jimmy Page. Période bénie où les prophètes avaient des guitares en bandoulière, et surtout pas de kalachnikovs. Ils ne voulaient pas notre peau. C’était la musique, leur idéal. C’était notre cœur qui devait faire boom, pas nos avions.

L’un des trois vétérans se prénomme Guy. C’est le plus acharné. Pour le mariage, il s’est acheté un « vrai jean », une chemise à pois et des boots façon Beatles. Mais le charme est rompu. Les trentenaires sont tristes à pleurer. Ils sont suivis aux trousses par des gamins qui hurlent et tyrannisent les parents.

Pauvre vieux rocker réac

Alors Guy, dégueulant sur la société, la gauche qui a vendu ses principes au capitalisme sauvage, regrettant les vieux quartiers de Paris complètement dénaturés par les bobos à barbe et trottinette, se dit, non sans effroi, qu’il est devenu un « réac ». Eudeline s’interroge : « Lui qui jadis avait tant admiré, envié les blacks ? Leur cool absolu et félin, leur statut hip et rebelle. Lui qui s’était échiné sur sa guitare à comprendre le balancement du blues, à s’en imprégner, qui avait rêvé de chanter comme Ray Charles, de hurler comme James Brown, et flashé sur l’élégance innée de Miles Davis ou d’Hendrix ? » Constat terrible. Même Johnny Hallyday semblait devenu sage et respectable avec l’âge. Il y a de quoi se flinguer, vraiment, pour nos Panthères grises. Ou alors tenter un dernier coup d’éclat. Faire un casse, à l’ancienne, comme du temps de Gabin et Delon.

Chouettes sixties

Le quartier de Pigalle est particulièrement bien restitué. Eudeline le connaît, il l’a humé, et grâce à ce livre, il nous en restitue son parfum d’interdit, son code de l’honneur, et ses petits rades où l’on commentait l’actualité en lançant les dés sur le zinc.

L’écriture, heureusement qu’elle existe et qu’elle permet la sauvegarde de notre mémoire. Les sixties, c’était quand même chouette. On marchait sur la lune. Et comme le dit Eudeline, désormais, « tout est petit, resserré, interdit. Bouffer, fumer, baiser, boire, penser de travers. » Et d’ajouter, le regard caché par les lunettes noires, comme pour ne pas montrer ses larmes à des gens qui ne comprendraient pas, puisque les sentiments sont hors la loi : « Et nous, on est comme des vieux cons qui veulent encore marcher sur la lune. »

Patrick Eudeline, Les Panthères grises, La Martinière, 2017.