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Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…

Patrick Eudeline : la nostalgie, camarade…
Patrick Eudeline. Sipa. Numéro de reportage : 00656839_000015.

Quand elle nous attrape, elle ne nous lâche plus. C’est comme ça. Dans son roman Les Panthères grises (La Martinière, 2017) Patrick Eudeline revisite une époque révolue, pourtant pas si lointaine.

Les prophètes avaient des guitares en bandoulière

Il nous présente trois musiciens, la soixantaine, n’ayant plus beaucoup de scènes underground à faire vibrer. Le temps du mariage d’un de leur petit­­-fils, ils reforment leur groupe. Pas vraiment de quoi les stimuler. L’un d’entre eux est même mort, une overdose a eu raison de l’organiste, Jean­­-Yves. Les spécialistes se réjouiront à la lecture de certains instruments cités comme une Gibson Les Paul­­ custom shop 1959 ou une Black Beauty trois micros. On pense aussitôt à Keith Richards ou Jimmy Page. Période bénie où les prophètes avaient des guitares en bandoulière, et surtout pas de kalachnikovs. Ils ne voulaient pas notre peau. C’était la musique, leur idéal. C’était notre cœur qui devait faire boom, pas nos avions.

L’un des trois vétérans se prénomme Guy. C’est le plus acharné. Pour le mariage, il s’est acheté un « vrai jean », une chemise à pois et des boots façon Beatles. Mais le charme est rompu. Les trentenaires sont tristes à pleurer. Ils sont suivis aux trousses par des gamins qui hurlent et tyrannisent les parents.

Pauvre vieux rocker réac

Alors Guy, dégueulant sur la société, la gauche qui a vendu ses principes au capitalisme sauvage, regrettant les vieux quartiers de Paris complètement dénaturés par les bobos à barbe et trottinette, se dit, non sans effroi, qu’il est devenu un « réac ». Eudeline s’interroge : « Lui qui jadis avait tant admiré, envié les blacks ? Leur cool absolu et félin, leur statut hip et rebelle. Lui qui s’était échiné sur sa guitare à comprendre le balancement du blues, à s’en imprégner, qui avait rêvé de chanter comme Ray Charles, de hurler comme James Brown, et flashé sur l’élégance innée de Miles Davis ou d’Hendrix ? » Constat terrible. Même Johnny Hallyday semblait devenu sage et respectable avec l’âge. Il y a de quoi se flinguer, vraiment, pour nos Panthères grises. Ou alors tenter un dernier coup d’éclat. Faire un casse, à l’ancienne, comme du temps de Gabin et Delon.

Chouettes sixties

Le quartier de Pigalle est particulièrement bien restitué. Eudeline le connaît, il l’a humé, et grâce à ce livre, il nous en restitue son parfum d’interdit, son code de l’honneur, et ses petits rades où l’on commentait l’actualité en lançant les dés sur le zinc.

L’écriture, heureusement qu’elle existe et qu’elle permet la sauvegarde de notre mémoire. Les sixties, c’était quand même chouette. On marchait sur la lune. Et comme le dit Eudeline, désormais, « tout est petit, resserré, interdit. Bouffer, fumer, baiser, boire, penser de travers. » Et d’ajouter, le regard caché par les lunettes noires, comme pour ne pas montrer ses larmes à des gens qui ne comprendraient pas, puisque les sentiments sont hors la loi : « Et nous, on est comme des vieux cons qui veulent encore marcher sur la lune. »

Patrick Eudeline, Les Panthères grises, La Martinière, 2017.

Les panthères grises

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est auteur de "Johnny que je t’aime" (Praxys diffusion) et directeur littéraire des éditions Tohu-Bohu.

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