Si, d’aventure, Emmanuel Macron devait se retrouver président de la République française à l’issue de la mêlée électorale à rebondissements à laquelle nous assistons, c’est à Lyon qu’il devrait, en toute gratitude, venir célébrer son historique victoire.

La métropole rhodanienne, considérée (à tort !) comme peu encline à se mêler d’influer de manière décisive sur le destin de la nation et préférant des édiles besogneux et discrets aux ténors de la « grande » politique parisienne pour la gérer et la représenter dans la capitale, s’est en effet engagée comme jamais dans son histoire en faveur d’un candidat venu d’ailleurs.

Le laboratoire du vieux Macron

Une aventure politique singulière, celle d’un jeune homme se lançant à l’assaut du sommet sans parti, sans expérience des luttes d’appareils, en méprisant souverainement le « cursus honorum » classique décrit jadis lapidairement par Valéry Giscard d’Estaing (député à 30 ans, ministre à 40, président de la République à 50), aurait-elle pu se frayer un chemin vers le succès sans qu’un homme, le sénateur maire Gérard Collomb, et une ville, Lyon, se soient rangés derrière lui, avec une ferveur peu coutumière du lieu et des gens qui l’habitent ? Il est permis d’en douter.

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Même si la victoire finale est encore loin d’être acquise pour Emmanuel Macron, cette conquête politique de la capitale des Gaules est l’assurance, pour lui, de ne pas tomber dans le néant qui menace ceux qui, comme François Bayrou, échouent de justesse au pied de la dernière marche… Si cela devait être le cas, Lyon la prospère, l’internationale, entrée avec succès dans la mondialisation heureuse et la révolution numérique, pourrait l’accueillir comme un des siens, pour se préparer au combat suivant. Gérard Collomb, 69 ans, s’est trouvé un héritier spirituel à sa convenance après avoir pris soin, tout au long de sa carrière, de savonner la planche de tous ceux de ses « amis » politiques qui étaient susceptibles de contester sa prééminence.

Lyon a été un laboratoire du macronisme avant même que le dénommé Macron songe à entrer par la grande porte dans l’arène politique. L’alliance historique de la social-démocratie avec le monde de l’entreprise, l’appel aux compétences issues de la société civile pour gérer la cité, l’assèchement, à son profit, du marais centriste pour confiner la droite locale dans son ghetto sociologique sont les marqueurs de l’exercice du pouvoir municipal et métropolitain exercé par Gérard Collomb depuis son accès à l’Hôtel de Ville et à la tête du Grand Lyon en 2008.

Lorsque, en 2011, la candidature de Dominique Strauss-Kahn se fracasse dans une chambre d’hôtel de Manhattan, Collomb se sent délié de toute allégeance envers un socialisme solférinien incarné par François Hollande, qui l’a

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Luc Rosenzweig
est journaliste.Il a travaillé pendant de nombreuses années à Libération, Le Monde & Arte.Il collabore actuellement à la revue Politique Internationale, tient une chronique hebdomadaire à RCJ et produit des émissions pour France Culture.Il est l'auteur de plusieurs essais parmi lesquels "Parfaits espions" (édition du Rocher), ...