« Ronaldinho veut devenir sénateur sous une étiquette d’extrême-droite ». Le site du mensuel So Foot, et beaucoup d’autres médias généralistes, se sont fait peur. Mais ouf, non, l’ancienne vedette du PSG ne devrait pas se présenter sous les couleurs du parti Patriota du probable candidat à la présidence Jair Bolsonaro. Le mouvement du très controversé député de Rio a démenti la pseudo-information du média O Globo: le footballeur ne devrait pas être investi.

L’idée n’était pourtant pas si saugrenue. Tout indique que ce scrutin, prévu en octobre 2018, réservera de grandes surprises et causera – qui sait – le renouvellement tant attendu des élites politiques brésiliennes. 

Un clown au Parlement

Si des joueurs de football s’essaient à la politique (un autre ex-attaquant de la Seleçao, Romario, a déjà franchi le pas), c’est que les Brésiliens sont prêts à donner leur chance à tous ceux qui ne sont pas des politiciens professionnels. Le niveau de dégoût est tel qu’un clown (Tiririca) a été élu et réélu comme député de São Paulo. Les Brésiliens se disent que ces candidats alternatifs n’ont pas besoin d’argent sale pour financer leur campagne car leur popularité devrait suffire à les faire élire.

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A São Paulo, Joao Doria (centre gauche) a gagné les élections municipales de 2016 au premier tour (du jamais vu) sur la ligne : « Je ne suis pas un homme politique, je suis un entrepreneur » (não sou politico, sou empresario).

Bolsonaro, hantise des médias

Ce qui a choqué, c’est la possibilité d’un rapprochement de Ronaldinho avec Bolsonaro, l’homme que les médias brésiliens adorent détester. Il est réputé homophobe, machiste, raciste, favorable à la peine de mort et opposé à l’avortement. On s’attendait peut-être à ce que Ronaldinho se rallie à un candidat du camp progressista, fût-il coupable de blanchiment d’argent comme l’ancien président Lula.  

Un pays à gauche toute…

En réalité, le Brésil est un pays à gauche toute et depuis longtemps. Ici, la droite occupe un espace extrêmement étroit et ne lui reste que l’économie (plus de libéralisme et moins d’impôts) comme terrain de combat idéologique. Des professeurs universitaires, aux milieux journalistiques en passant par la société civile, le pays est balayé par une vague de politiquement correct qui interdit certains mots comme favela (il faut dire comunidade) et use et abuse du mot fascista pour rendre silencieuses les voix dissonantes.  La mode actuelle est de déconstruire le mythe du métissage et de la démocratie raciale, deux symboles du Brésil, pour s’aligner sans trop de nuances sur la croyance que la société brésilienne est raciste et seulement raciste. Qui regarde la scène politique et culturelle brésilienne de loin peut avoir l’impression que le pays vit sous régime d’apartheid.

…où la droite raisonnable est introuvable

Même l’opposition à la gauche traditionnelle (PT, PSOL, PCdoB) est incarnée par les sociaux-démocrates  du PSDB (Partido da Social Democracia Brasileira). C’est dire l’hégémonie des idées de gauche sous les tropiques ! C’est dans ce contexte que Bolsonaro arrive pour jouer le rôle que certains attendent peut-être de lui : exagérer, offenser et crier fort. Objectif: diaboliser toute opinion contraire à la gauche. Ce faisant, il ne laisse aucune marge de manœuvre à une droite équilibrée et de gouvernement : elle est condamnée à se joindre à un front républica inversion tropicale pour faire barrage au « fascisme ».

Notons tout de même que Bolsonaro soutient Israël et suit en cela un réflexe commun parmi les évangélistes qui considèrent comme naturelle et légitime la présence israélienne au Moyen-Orient. Quand aux accusations de racisme, elles restent à prouver d’autant plus que le candidat est friand de dérapages verbaux et aime collectionner les preuves contre sa propre personne. Il n’y a par contre aucun doute sur son antipathie pour le mouvement féministe et gay.

Candidat du buzz

L’effet Bolsonaro – deuxième dans tous les sondages à un an des élections – profitera certainement à une kyrielle de candidats mineurs qui veulent surfer sur le ras-le-bol des Brésiliens. Reste que Bolsonaro a peu de chance de devenir président du Brésil car il n’a pas beaucoup d’alliés dans la perspective d’un second tour. Mais a-t-il vraiment envie de devenir président ?

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