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Aux armes, lycéens!

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Ils voulaient “tout bloquer” mais Retailleau avait donné des consignes de fermeté aux forces de l’ordre. Résultat: pas de révolution, juste un peu de pagaille dans les rues et quelques poubelles carbonisées. Dans les cortèges du 10 septembre, on croisait beaucoup de jeunes bourgeois, déjà angoissés par les fins de mois difficiles. Rencontre.


Il a dix-sept ans, il est au lycée, il se sent concerné par la politique. Pour lui, c’est le grand jour : et pourtant, même ce matin, il a hésité à émerger du lit ; il faut dire que la veille, il a binge watché sur Netflix la dernière série à la mode. Il bâille, s’étire, se rendort ; sauvé par le snooze, il se lève, à contrecœur ; et, après une bonne heure de toilette matinale, il sort enfin, paire de Nike et jean Levis, airpods aux oreilles et smartphone en poche, prêt à larmoyer devant les caméras sur son pouvoir d’achat. Certes, il n’a encore jamais vraiment travaillé, il vit comme un prince chez ses parents, qu’il déteste : mais rien que de songer qu’un jour, il ira lui aussi à l’usine deux mois l’été pour payer sa caisse, entre deux années d’HEC — ou de Sciences-po… il en a des boutons !

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Cheveux fluos et looks androgynes

Il retrouve ses potes à l’entrée du lycée : Gabriel, Noah, Elvis et Kendji, et Jean (ou Jade ? il a un doute) ; teintures bleues et pantalons troués, look mi-androgyne, mi-années 90, ils se checkent sans se faire la bise, par un vieux reste de terreur covidique. Un grand dadet tout maigre, les cheveux gras, qui mue, gueule des paroles inaudibles dans un mégaphone. Une enceinte Bluetooth, accrochée au portail, crache un métal enfiévré qui s’entend dans les fumées des cigarettes. On échange trois mots, « wesh », « wallah », avant que tous retombent dans une sorte de torpeur, les yeux mi-clos.

Paris, 13e arrondissement, hier © HENRI WELSCHINGER/OLA NEW/SIPA

Des mecs avec des sweats à capuche, des filles habillées comme des gars, par terre, écrivent des slogans vulgaires sur des pancartes en carton : « Zbeul général », « Manu Ciao ». Soudain, du bruit : c’est un groupe d’excités, qui traînent derrière eux de grosses poubelles ; ils arrivent au milieu des applaudissements, hilares. Quand la cloche de l’établissement se met à sonner, un petit frémissement court dans l’assistance : ça y est, pour la première fois, on bloque le lycée ! Les plus cultivés se prennent pour des Communards de 1871 ; les autres, pêle-mêle, pour des Robins des bois contre les voleurs, pour des communistes contre la fachosphère capitaliste, pour des révolutionnaires contre les agents du pouvoir.

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Taxez les riches (ou papa-maman) !

Aux journalistes qui vont pour les interroger, ils se plaignent, ils expliquent que les lycées manquent de moyens. Ils s’imaginent déjà gestionnaires de budget, et tant pis pour les chiffres officiels des dépenses dans l’Éducation nationale. D’ailleurs, la contradiction ne leur fait pas peur : vent debout contre le grand capitalisme libéral, ils croient à la vertu de la consommation pour relancer l’économie ; ils frémissent aux discours de Greta Thunberg, mais honnissent le protectionnisme et prônent la grande globalisation ; ils en veulent à ce système scolaire qui les oppresse, mais de concert avec les rectorats, écrivent leurs manifestes en écriture inclusive. À l’école, on leur a appris que la police tue, que l’homme est toxique, qu’un riche est méchant : forts de ces quelques maximes insufflées par l’Éducation nationale, fortifiées par la bien-pensance médiatique, exaltées enfin par la grande gaucherie, ils insultent les flics et déversent des poubelles sur les trottoirs. Quoi ? Ce n’est pas eux qui ramasseront les déchets.

Les plus excités, d’une voix tremblante d’émotion, parlent de génération sacrifiée, de répression criminelle, d’État totalitaire ; ils voudraient ne rien faire que ce qui leur plaît, et être payés pour cela, par cet État qu’ils abhorrent ; qu’on les lance un peu, ils invoquent Robespierre avec la liberté, confondent fascisme et libéralisme, justifient le voile par la laïcité et s’offusquent des liens entre immigration et délinquance, comme Jourdain devant sa propre ignorance ; de temps à autre, ils crient des formules toutes faites, qu’ils répètent comme des mantras : « Tout le monde déteste la police ! » Puis, ils scrollent frénétiquement sur leurs téléphones, les yeux exorbités.

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L’éducation gratuite, les bibliothèques gratuites, les musées gratuits ne les empêchent nullement de citer Bourdieu, qu’ils n’ont jamais lu, et de parler d’héritage culturel. Il ne faut pas leur dire que l’élitisme républicain, c’est justement le pur produit de l’égalité ; que sous la Troisième République où on était cinquante par classes et sans pupitres (lire l’enfance de Flaubert chez Henri Troyat), à une époque où rien n’était gratuit et tout bien plus précaire qu’aujourd’hui, l’école fonctionnait à merveille, les hussards noirs formaient des générations de grands esprits ; qu’un jour, ils recevront leur premier relevé d’imposition, et qu’alors ils changeront d’avis et crieront au matraquage fiscal. Non, il ne faut pas leur dire cela ; il faut les protéger : pensez donc ! Choyés par leurs professeurs, choyés par leurs parents, ils n’ont jamais connu la frustration. Pour l’instant, la rage au ventre, ils ne veulent que moins d’heures de cours, plus de semaines de vacances, l’abolition des notes, des devoirs et des concours, le revenu universel. En un mot, — âge oblige —, ils ne veulent… rien branler.

Flaubert

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Charlie Kirk: mort pour avoir ouvert le dialogue

Aux États-Unis, la « guerre culturelle » fait une victime réelle. L’influenceur conservateur MAGA populaire Charlie Kirk a été abattu dans l’Utah en pleine conférence hier. «Personne ne comprenait ou n’avait à cœur la jeunesse des États-Unis d’Amérique mieux que Charlie», a écrit Donald Trump


Hier, dans les années 1960-1970 (on pense évidemment aux frères Kennedy et à Martin Luther King Jr.), les martyrs de la liberté d’expression en Amérique étaient classés à gauche ; aujourd’hui, ils sont classés à droite. Considérons cela dorénavant comme une réalité historique.

Charlie Kirk était certes un activiste et une personnalité politique mais c’était avant tout un homme d’une grande tolérance, ouvert à toutes les opinions pour peu qu’elles acceptent de se frotter à l’exercice de la raison. Il combattait l’extrême gauche sur le terrain des idées, en les affrontant sur le terrain et dans le cadre du débat civilisé. Il n’a jamais été haineux à l’égard de qui que ce soit. Il faut rappeler, de nos jours, puisque cela semble nécessaire, qu’on peut combattre sans haïr. Qu’on peut vouloir battre une idéologie à plate couture sans en vouloir personnellement à quiconque. Il semble que cette règle de bon sens ne soit pas partagée par les ennemis de Charlie Kirk.

On vous dira (on vous le dit déjà, me dit-on) que Charlie Kirk était un militant d’extrême droite. N’en croyez rien. Charlie Kirk était un chrétien conservateur de droite. Il ne voulait censurer personne ; bien au contraire : il voulait avoir un dialogue ouvert avec tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. L’exact opposé d’un fanatique. Il s’est fait connaître du grand public de cette manière, en débattant ouvertement et sans montage avec des étudiants sur les campus américains qui nourrissaient des opinions bien différentes des siennes. Tellement différentes qu’ils l’insultaient abondamment alors qu’il venait discuter avec eux. Tellement différentes que Charlie Kirk se fit finalement abattre sur l’un de ces campus. Se faire abattre dans une université… Un lieu censé être le terrain sacré de l’échange d’idées. Réalisez-vous bien à quel point l’Occident s’est éloigné de ses fondations ?

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Charlie Kirk a eu le tort d’avoir trop de succès. Ses échanges retors avec certains étudiants sont vite devenus viraux sur Internet. Il n’est jamais bon d’avoir un interlocuteur intelligent : il déboulonne votre argumentaire bancal en deux trois coups de clé anglaise. Charlie Kirk était de ces orateurs hors pair, avec une capacité de raisonnement rapide comme l’éclair. Américain, ses positions pouvaient différer de notre sensibilité européenne, mais les Européens ne comprendront jamais les priorités de l’Amérique, autant se le dire une fois pour toutes. C’est un pays trop vaste et encore trop sauvage pour que nous y comprenions quelque chose. Charlie Kirk était un modèle de gentleman civilisé pour sa génération, qui allait jusqu’à faire taire ses soutiens pour laisser parler ses opposants. Agé de 31 ans, il laisse une épouse, une fille de trois ans et un fils d’un an.

Ceux qui voulaient sa peau ou ceux qui appelaient encore hier matin à le faire taire (une pétition circulait pour l’interdire de s’exprimer sur le campus) n’auront eu aucune compassion pour cette famille. Alors ne laissez plus ces gens vous convaincre qu’ils sont les gentils. Qu’ils défendent un monde meilleur dont vous ne pouvez pas comprendre les critères de sélection. La liberté de ton de Charlie Kirk dérangeait une certaine gauche. Ne vous laissez donc plus jamais dire que la gauche est toujours du côté du camp du Bien. C’est faux. Tout camp nourrit en son sein ou dans ses franges une pensée totalitaire, intolérante, inhumaine et meurtrière. Il est grand temps que notre pays aussi prenne conscience de ce danger. Charlie Kirk, 31 ans, est mort pour que les gens prennent conscience de ce danger.

Paumé comme un jeune en France

La longue et méthodique déconstruction qui a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain a marginalisé toute une partie de la jeunesse. Réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, elle refuse même de faire des enfants.


Les émeutes qui ont frappé le territoire français de manière tournante cet été sont le fait de jeunes hommes des « classes populaires », adolescents le plus fréquemment, à ce qu’en disent les policiers. On peut ajouter d’autres symptômes à cette triste litanie. De sordides agressions de personnes très âgées, dépouillées à leur domicile ou dans la rue par deux ou trois hommes masqués pour une poignée de bijoux ou quelques euros ; certainement pour acheter leur drogue. La déshumanisation de vieillards réduits à l’état de butin me semble pire, anthropologiquement, que les meutes agressives et destructrices. Prolongeons par l’effondrement de la natalité en cours, initié par une génération désinsérée dépourvue d’avenir ; au point que des millions de jeunes mâles sont incapables d’élever leur enfant plus de quelques semaines ou mois, laissant la charge de ce travail de toute humanité à leur compagne esseulée.

Efforts constants et décomposition linguistique généralisée

Pour parvenir à cette brillante séquence, il a fallu beaucoup d’efforts de notre société en paix – des efforts aussi constants que durables – pour désintégrer et broyer des pans entiers de nos classes populaires.

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Il a d’abord fallu casser l’école. Ce chef-d’œuvre collectif a été concocté durant un demi-siècle dans les salons de la Rue de Grenelle. On a désappris aux maîtres, puis aux élèves, la transmission minimale du savoir nécessaire à un citoyen éclairé. On a commencé par enlever les accents circonflexes ; on a fini par déconstruire la phrase (majuscule-sujet-verbe-complément-point), structure de base du langage. Un nombre important des néobacheliers ne sait pas écrire une phrase cohérente en français. En saupoudrant dans les classes un nombre croissant d’élèves allogènes, non pris en charge de manière spécifique, on a accéléré la décomposition linguistique collective.

Il a fallu ensuite briser le monde du travail. La France peut s’honorer d’avoir un taux exceptionnellement élevé de chômage chez ses jeunes, et l’une des pires insertions dans le monde du travail en Europe. Trois millions de jeunes désœuvrés (euphémisés en NEET) entre 15 et 34 ans y végètent, soit près d’un jeune Français sur cinq, dont 40 % issus de l’immigration. Transformation de l’enseignement professionnel en voie de garage proposée aux illettrés et aux a-chiffrés, désindustrialisation sans retour et destruction de l’agriculture paysanne ayant détruit des millions d’emplois, culture de la fête et de la défonce, bas salaires et précarisation de masse (dite aussi ubérisation), tout concourt à ce résultat : des millions d’emplois décemment payés manquent à l’appel en France.

Campagne sociétale contre la famille « traditionnelle »

Les élites culturelles et médiatiques se sont ensuite abattues sur la famille, qualifiée de « traditionnelle » pour la délégitimer. Cette campagne sociétale au long cours a eu ses effets les plus destructeurs dans les classes populaires. La garde partagée ou alternée (13 % des enfants de parents séparés) est un privilège bourgeois, qui ne descend guère dans la société. La plupart des pères défaillants – déresponsabilisés par l’idéologie dominante – abandonnent femme et enfants. 22 enfants dont les parents sont séparés vivent au foyer de leur mère, contre un seul chez leur père. Cette caraïbisation partielle du modèle familial français débouche sur le phénomène devenu massif des enfants en familles monoparentales (2,8 millions). Psychiatres et policiers sont confrontés au quotidien à la faction la plus violente qui en est issue.

Ajoutons à cette descente aux enfers la ville, dûment touchée par une forme de désagrégation. Un univers périurbain inédit a été (dé)construit depuis les années 1980. Après les cités HLM des Trente Glorieuses, la décentralisation a libéralisé le foncier et transféré aux maires les permis de construire : la « France moche » est advenue, qui ne cesse de s’étendre et de coloniser bourgs et villages. Un bon tiers des Français, dont la majorité des pauvres et des immigrés, y habitent ou y travaillent. Elle se caractérise par l’absence de toute réflexion esthétique et harmonie d’ensemble, par la concurrence sauvage du bâti commercial, par une américanisation clinquante au rabais, par la fast-foodisation de l’alimentation et par une parkinguisation omniprésente. Cet univers laid et décivilisé ne porte ni à la paix ni au repos de l’âme : la nature, la beauté et l’art (qu’une simple corniche de pierre donnait à voir) en sont bannis. Les Enrico Macias de ce temps ne chantent plus « Paris, tu m’as pris dans tes bras ! », mais écrivent un rap amer et vengeur, aux couleurs de leur non-ville.

Choc des cultures importées

En définitive, pour une fraction importante de la jeunesse populaire, le sens de la vie s’est dérobé. Le travail ne paye pas. L’école les instruit mal. L’État n’a plus besoin d’eux, ni comme paysans, ni comme ouvriers, ni comme soldats. La bourgeoisie n’attend même plus d’eux qu’ils fassent des enfants, car elle peut importer des consommateurs, et qu’elle fait fabriquer ses produits par des pauvres d’ailleurs (textiles) ou par des robots (électronique). Les familles, trop souvent déstructurées et sursollicitées par un consumérisme bas de gamme, ont perdu la connaissance du beau (l’environnement), du bon (la cuisine familiale) et parfois du sens de la vie (l’habitus familial ou l’amour du pays). Le choc des cultures importées par l’immigration, la déprise de l’assimilation culturelle et la valse des modèles culturels (consumérisme américain versus hallalisation islamique) accentuent les effets de cette désagrégation, sauf à se structurer en communautés culturelles soudées, homogènes et fermées. C’est la carte des frères musulmans et des salafistes, qui enferment les leurs avec le moins d’interactions externes possible. C’est la carte des évangélistes ou de certains groupes chrétiens afro-caribéens ou roms qui prospèrent non loin des précédents.

Pour les autres, mais sans exclusive, la culture du rap, la consommation et l’économie de la drogue, le caïdat et les effets des bandes constituent d’autres agrégateurs d’énergies juvéniles à la dérive. L’école et la réussite scolaire et professionnelle demeurent l’autre option ouverte, mais que la régression scolaire rend extrêmement difficile pour les garçons non aidés par leurs familles.

Prenons l’exemple des stupéfiants. Les pouvoirs publics et sanitaires ont consciencieusement lutté depuis des décennies contre la culture ancestrale du vin, tout en rendant le tabac taxé prohibitif pour les classes populaires. Or ces deux produits étaient l’échappatoire des hommes des classes populaires françaises depuis le xixe siècle. Les autorités sont ainsi devenues à leur corps défendant les promoteurs de nouvelles drogues plus dangereuses. En effet, la lutte contre les psychotropes légalement vendus et taxés en France a dopé l’économie criminelle des drogues. Le haschisch, associé au tabac de contrebande (dont la France importe la moitié de toutes les ventes réalisées dans l’Union européenne), est devenu le « vin rouge » de la jeune génération (dans tous les milieux sociaux d’ailleurs). La destruction des emplois légaux de la viticulture est compensée par la nouvelle économie criminelle ; un autre effet est de remplir les cabinets des psychiatres et les hôpitaux psychiatriques de jeunes malades mentaux ayant décompensé leur maladie sous l’effet du cannabis.

A relire, du même auteur: 60 millions de consommateurs

À croiser les données suivantes – le malaise d’une jeunesse dépossédée et déculturée qui n’a souvent aucun espoir d’insertion ; la mise en place de réseaux criminels importateurs facilités par l’immigration et le tourisme international ; la création d’un secteur d’activité qui emploie 200 à 300 000 jeunes désœuvrés avec des perspectives d’enrichissement rapide (même si la mort est au bout du chemin pour des centaines d’entre eux chaque année) ; la fuite dans les paradis artificiels qui permet d’oublier un quotidien morose et un avenir opaque –, tout a été réuni pour que le caïdat de la drogue, porté par les jeunes hommes issus du Maghreb où il est produit, s’impose comme un modèle de référence dans un lumpenprolétariat abandonné par la société. Générateur de délinquance, de violences, mais aussi d’enrichissement et de risque, il s’érige en contre-modèle social et culturel pour toute une jeunesse qui le chante dans ses tubes de rap, écoutés en boucle dans la moindre campagne.

Priorité

François Hollande puis Emmanuel Macron avaient affirmé faire de la « jeunesse » leur priorité politique. Ils n’ont apparemment pas fait le lien entre l’instruction, l’insertion par le travail et le bien-être de la jeunesse ; à moins que la pratique du pouvoir les ait ramenés vers les préoccupations de leurs électeurs boomers. Toujours est-il que notre société est malade de ses jeunes, et que son avenir en est en partie obéré. Une des réponses des jeunes Français à ce drame est de cesser de se reproduire, ce qui ne va rien arranger, mais a le mérite de tirer la sonnette d’alarme à son maximum. Car c’est tout le mécano de notre État social qui menace de s’effondrer.

Drogue qui abêtit et désocialise, pornographie qui animalise les femmes pour la vie dès la petite adolescence, caïdat qui impose sa loi meurtrière, fuite en avant dans la marginalité ou la délinquance des bandes, chômage et vie en rétréci dans l’assistanat ou la fraude sociale, refuge dans le religieux (pour le meilleur et pour le pire) ou les paradis artificiels, émigration croissante à l’étranger, toute une partie de la jeunesse est malade de la place qui ne lui a pas été préparée par notre société. La violence des meutes est un symptôme, mais la crise est bien plus large. Elle ne dispense pas d’une justice qui punisse les crimes à leur juste mesure, sans faillir pour prévenir leur inévitable répétition ad nauseam. Pour le reste, les remèdes sont connus mais de long terme ; plus le temps passe, plus la récupération sera difficile. Si on commençait par instruire sérieusement la jeunesse de demain, et par recréer des emplois de production et de service décemment payés ?

Face à l’obscurantisme woke

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11-Septembre: la blessure et la veille

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Il y a 24 ans, l’islamisme replongeait l’Occident dans l’incertitude


Il y a des dates qui ne s’effacent pas, même lorsque le temps croit avoir le pouvoir d’apaiser. Le 11 septembre 2001 appartient à ces jours où l’histoire a pris feu sous nos yeux, où un matin de ciel bleu s’est transformé en crépuscule planétaire. À New York, des avions ont traversé les tours jumelles comme des poignards dans la chair d’un monde qui se croyait invincible. En quelques minutes, ce ne sont pas seulement des vies qui furent fauchées, ce fut une civilisation tout entière qui comprit qu’elle n’était plus à l’abri, que la barbarie frappait désormais au cœur même de sa modernité.

Mais pour moi, cet effondrement ne fut pas seulement celui de deux géants de verre et d’acier. J’y vis ressurgir les spectres de ma propre mémoire. Alger avait déjà connu la morsure de la haine, les cris étouffés sous le vacarme des bombes, les rues vidées de leurs passants, les bibliothèques incendiées comme des bûchers modernes. Le 11-Septembre ne m’apprit rien de neuf : il confirma seulement que ce que nous avions enduré dans l’ombre allait, tôt ou tard, engloutir la lumière du monde. L’Algérie avait été un laboratoire sanglant ; New York devint la vitrine tragique de ce que nous n’avions cessé d’annoncer.

Et pourtant, à mesure que les années passent, je vois l’oubli tisser sa toile. Vingt-quatre ans plus tard, combien de consciences se rappellent vraiment ce jour ? Combien ont remplacé l’effroi par une indulgence coupable, un relativisme confortable, une volonté de banaliser ce qui fut une déclaration de guerre à l’humanité ? On préfère parler de « diversité culturelle », on maquille le fanatisme en folklore, on confond la tolérance avec l’abdication. L’oubli n’est pas seulement une faute morale : il est une complicité.

Je sais ce que signifie cet effacement. J’ai vu, en Algérie, les premières concessions faites au nom de la paix. On a laissé les islamistes imposer leurs codes dans les quartiers, leurs dogmes dans les écoles, leurs menaces dans les foyers. On a cédé des mots, puis des gestes, puis des vies. On a pensé qu’en fermant les yeux, la bête s’assagirait. Mais le ventre restait fécond, et il l’est encore.

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Voilà pourquoi je ne peux me taire. Voilà pourquoi je répète, avec une obstination que certains me reprochent, que la laïcité n’est pas une option française, mais une condition universelle de survie. Elle n’est pas un luxe pour pays apaisés, elle est le socle sur lequel se construit une société adulte. Elle protège la foi en la préservant de l’instrumentalisation. Elle protège l’incroyance en lui donnant droit de cité. Elle protège la République en la tenant à distance des cléricatures de tous bords. Elle est ce garde-fou fragile, mais vital, contre la tentation du retour au sacré meurtrier.

Se souvenir du 11-Septembre, ce n’est pas nourrir un ressentiment. Ce n’est pas appeler à la revanche. C’est refuser la complaisance, refuser la naïveté, refuser la fatigue de penser. Car la haine, elle, ne se fatigue pas. Elle guette les faiblesses, les silences, les dérobades. Elle s’avance masquée, avec le sourire des compromis, avant de révéler le couteau qu’elle tenait dans son dos.

Je me souviens d’Alger, où un rire pouvait devenir une provocation, où une chanson à la radio pouvait valoir une condamnation, où des jeunes femmes furent égorgées pour avoir osé garder leurs cheveux libres. Je me souviens de ces amis disparus, assassinés pour avoir écrit, pour avoir enseigné, pour avoir simplement refusé de se taire. Alors quand je vois aujourd’hui certains expliquer qu’il faut « comprendre » les fanatiques, qu’il faut « contextualiser » leur violence, je sens monter la colère froide de celui qui a déjà vécu la descente aux enfers et qui sait que le prix du silence est toujours payé en sang.

Le 11-Septembre est une cicatrice mondiale. Mais une cicatrice ne signifie pas guérison : elle rappelle la blessure, elle exige la vigilance. Si nous baissons la garde, elle se rouvrira. Les flammes qui ont consumé New York peuvent renaître ailleurs, sous d’autres formes, avec d’autres visages.

C’est pourquoi j’écris, non pour ressasser, mais pour veiller. Comme on garde une flamme vacillante dans la tempête, comme on tient une veilleuse dans une chambre obscure. Les peuples n’ont pas besoin de discours rassurants, ils ont besoin de vérité. Et la vérité, c’est que la liberté n’est jamais acquise. Elle est un combat quotidien, un acte de résistance à l’endormissement général.

Je parle ici en exilé qui a dû quitter sa terre pour sauver sa voix. En poète qui croit encore que les mots peuvent tenir tête aux armes quand ils sont justes et courageux. En citoyen qui sait que la République n’est pas un mot d’histoire, mais un horizon à réinventer chaque jour.

Le 11-Septembre n’est pas seulement une date à commémorer. C’est un avertissement à ne jamais oublier. La barbarie est patiente. L’humanité, elle, n’a qu’une arme : la mémoire.

L'islamisme ou la crucifixion de l'Occident

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Quand la France débloque

À midi, Sébastien Lecornu fera son entrée à Matignon pour s’installer dans le fauteuil éjectable que François Bayrou a quitté hier. Pendant ce temps, l’extrême gauche bat le pavé depuis ce matin avec son mot d’ordre «Bloquons tout». Le ministre de l’Intérieur a promis une réponse policière des plus fermes en cas de débordements ou de blocages.


D’après Bruno Retailleau, la colère des Français pourrait se manifester par la violence en cette journée du 10 septembre. Ce qui s’exprime aujourd’hui, ce n’est pas la colère des Français, mais la rage impuissante des franges radicales et violentes de la gauche, la France qui débloque. C’est une mayonnaise largement montée par LFI. Dans les boucles Télégram étudiées par la Fondation Jean Jaurès, on a dénombré 88% d’électeurs de Mélenchon ou de Poutou. Ça a commencé avec « Nicolas qui paie » et ça finit en « Free Palestine »/ « La police tue » / « Macron démission ». Comme toujours ! Sauf les gilets jaunes au début, la plupart des mobilisations sociales de ces dernières années sont prises en otages par des voyous qui jouent à la révolution. Ils peuvent mettre des policiers au tapis (j’ai une pensée pour les 80 000 forces de l’ordre déployées aujourd’hui), ruiner d’honnêtes commerçants, peut-être menacer des sites stratégiques. Mais à part faire payer les riches, ils n’ont aucun projet. Et ils ne prendront pas le pouvoir dans la rue. Ni dans les urnes, j’espère.

Colères

Chacun brandit sa colère comme si cela créait des droits. Nous avons tous d’excellentes raisons d’être en colère. Contre le type qui met sa musique à fond dans le métro, contre le patron qui ne m’augmente pas, contre le gouvernement qui fait une mauvaise politique… C’est très humain, mais la colère n’est pas une politique. À moins de voter et de l’exprimer dans les urnes.

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Oui, mais les Français n’ont plus confiance dans leurs politiques, me dit-on.

Eh bien qu’ils en changent ! Il est vrai que notre système politique ne fabrique plus de légitimité. Jamais l’Assemblée nationale n’a été aussi représentative de la France et jamais aussi bloquée. Ce n’est pas seulement parce que de méchants partis seraient incapables de s’entendre, c’est le reflet de la profonde division du pays. Sommes-nous encore un peuple, c’est-à-dire une communauté politique qui se donne des institutions et des lois pour se gouverner ? Rappel historique : pour donner la citoyenneté pleine aux juifs français, Napoléon leur avait demandé s’ils considéraient les autres Français comme leurs frères. Aujourd’hui, j’ai l’impression que beaucoup de Français considèrent les autres Français comme leurs créanciers plus que leurs frères. Nicolas en a marre de payer pour les chômeurs et les retraités. Ce n’est pas super-fraternel. Mais c’est vrai pour tout le monde. Chacun en a marre des efforts à faire pour les autres.

L’immigration peut bien sûr aggraver le phénomène, mais il n’y a pas que ces fractures ethnico-culturelles. L’individualisme nous frappe tous, par ailleurs. Chacun pense que ses intérêts sont l’expression de la justice (j’ai travaillé donc j’ai droit à ma retraite, je suis pauvre donc j’ai droit à mes aides) et élit le candidat qui les défend. Les intérêts sont légitimes, il n’y a rien de mal à ça. Mais si la France court à la catastrophe aujourd’hui, c’est peut-être parce que chacun se demande ce que le pays lui doit et oublie de ce qu’il peut faire pour lui.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger.

Eugénisme et intifada: l’été caniculaire des démocrates américains

À New York, Zohran Mamdani, le nouveau champion démocrate, aura la lourde tâche de faire oublier ses positions jugées trop radicales au cours des prochains mois…


Mauvaise nouvelle pour les progressistes : le wokisme n’est pas mort. Deux polémiques estivales l’ont encore prouvé. D’abord, l’affaire American Eagle : la marque de jeans diffuse le 23 juillet une pub avec la jolie actrice blonde Sydney Sweeney. Son slogan joue sur l’homonymie, en anglais, jeans/gênes (« Sydney Sweeney has great jeans »). Des militants ultra-vigilants y voient du racisme ; certains crient même au suprémacisme blanc. Pourtant, aux dernières nouvelles, on peut bien dire de n’importe qui qu’il a de « bons gênes » s’il a un physique avantageux, quelle que soit sa carnation. Pas sûr que les publicitaires aient vraiment voulu rallumer la guerre raciale aux États-Unis, donc, même s’ils sont contents de leur coup.

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J. D. Vance se moque : « Continuez de dire aux gens qui trouvent Sydney belle qu’ils sont nazis ! » Ted Cruz renchérit : « La gauche folle s’en prend aux jolies femmes, ça va cartonner dans les sondages. » Le wokisme, cette idéologie qui traque partout le racisme, finit par exiger des démocrates les pires délires : se prosterner devant des Noirs, définancer la police, soutenir des pilleurs… Et puis quoi encore, des supermarchés gratuits ?

Justement, Zohran Mamdani, étoile montante démocrate, en rêve. Mais pendant que les ventes d’American Eagle explosent, il panique : certains de ses anciens propos sont exhumés par la presse. Le candidat à la mairie de New York coche toutes les cases qu’extrême droite et complotistes collaient jadis à Obama : pas né aux États-Unis, socialiste, musulman, haine de l’Amérique… Pour lui, la NYPD est « raciste, anti-queer et menace la sécurité publique » et les prisons sont « obsolètes ». « À quoi servent-elles ? » Oh, l’Américain moyen a bien sa petite idée… En juin, sur NBC, Mamdani a carrément refusé de condamner ceux qui veulent « mondialiser l’intifada ». On souhaite bien du courage aux démocrates qui vont devoir justifier leur appartenance au même parti que cet olibrius. Comment dit Trump déjà ? Losers !

Connemara, d’Alex Lutz: Bof!

On connaît la chanson: la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au Festival de Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas. L’adaptation du roman à succès de Nicolas Mathieu n’a pas convaincu Causeur.


On apprécie hautement l’humour souvent élégant d’Alex Lutz.

Son film Guy était un petit miracle de vrai-faux biopic mélancolique et acide. On reste beaucoup plus circonspect en découvrant sa nouvelle réalisation présentée au dernier Festival de Cannes.

L’esprit de sérieux ne lui réussit guère. En adaptant Connemara, le très convenu roman « social » de Nicolas Mathieu, l’acteur-cinéaste ne parvient pas à s’en extraire et sa fidélité au propos initial en accentue forcément les défauts et limites.

A lire ensuite, du même auteur: Boum ! « Sirât », d’Oliver Laxe

Se déroulant dans des zones périurbaines de l’est de la France dans les années 2010-2015, le film raconte le parcours d’une transfuge de classe qui revient soigner sa déprime dans la peu réjouissante ville de son enfance. Il est assez frappant de constater qu’il s’agit de la même histoire que celle racontée par un autre film cannois, Partir un jour, d’Amélie Bonnin. Or, ce dernier est nettement plus réussi, tout simplement parce qu’il cultive une modestie qui fait du bien.

Connemara

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« Bloquons tout! »: LFI, pilleur d’idées

Alors que des blocages sont organisés un peu partout en France ce mercredi 10 septembre, Bruno Retailleau a mis en cause l’ultra-gauche lors d’un point presse, qu’il a jugé responsable de plusieurs débordements « violents ». Selon lui, « la mobilisation citoyenne a été récupérée et instrumentalisée par ces mouvances [d’extrème gauche], avec le soutien des Insoumis ». En nommant Sébastien Lecornu à Matignon, le président Macron joue la montre et prive les citoyens de leur droit à s’exprimer démocratiquement lors d’élections anticipées, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol.


Les Français ne se laisseront plus éternellement berner. Encore moins par Jean-Luc Mélenchon quand il dit parler en leur nom. Le savoir-faire de LFI dans la récupération du mouvement « Bloquons tout ! », lancé ce mercredi, n’est destiné qu’à promouvoir les intérêts de l’extrême gauche. Or il est peu probable que les citoyens, excédés des mauvaises manières de la politique, se laissent encore longtemps déposséder dans leurs initiatives. En l’occurrence, cette protestation contre le gouvernement avait été lancée, au début de l’été sur le réseau Telegram, par Les Essentiels, un groupe souverainiste et classé à droite.

Stratégie du coucou

Observer la manière dont LFI se précipite sur la moindre originalité émanant d’anonymes dit la vacuité de ses stratégies, hormis celle du coucou qui pond ses œufs dans le nid des autres. Spoliée par LFI, cette France silencieuse confirme son potentiel de créativité réactive. Cette dynamique est appelée à pallier l’effacement des partis et leur pauvreté intellectuelle. Le symbole du gilet jaune, choisi pour rendre visible les oubliés, était sorti de l’intelligence de la France périphérique avant d’être détourné, déjà, par la gauche radicale qui allait en faire un repoussoir. L’idée de retourner les panneaux signalétiques des communes rurales pour illustrer le mouvement agricole « On marche sur la tête » n’a pas eu besoin non plus du concours de publicistes. En octobre 2013, M. Mélenchon avait traité de « nigauds » les Bretons mobilisés à Quimper contre l’écotaxe : ils avaient trouvé dans le bonnet rouge, symbole d’une jacquerie contre Colbert de 1675, l’emblème de leur combat. Tandis que le monde politique radote et que la gauche vitupère, la société civile phosphore. Le génie populaire va avoir de plus en plus son mot à dire…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Quand la France débloque

Affrontements entre CRS et black blocks à la gare du Nord à Paris, des dizaines d’interpellations de manifestants violents partout en France à la mi-journée

Dans l’immédiat, il est à craindre que l’extrême gauche, dans son obsession à détruire et à voler les places, ne décourage les citoyens désireux de manifester leurs irritations. La logique révolutionnaire de LFI et son goût pour la violence prédisposent à des confrontations qui sont autant de repoussoirs. Les mobilisations des forces de l’ordre (80.000 hommes) prévoient, pour aujourd’hui, de possibles affrontements dans des tentatives de blocages de points névralgiques. Or Mélenchon s’apprête, ainsi, à faire le jeu d’Emmanuel Macron en rendant « Bloquons tout ! » répulsif.

Les Français, en mal d’expressions publiques, risquent d’être expropriés encore un peu plus du champ politique et social. Le choix du chef de l’Etat, après la démission de François Bayrou mardi, de jouer la montre pour tenter de tenir encore vingt mois avec Sébastien Lecornu, nommé hier soir à Matignon, va priver les citoyens de leur droit à s’exprimer démocratiquement lors de législatives, voire même d’une présidentielle anticipée.

Cette relégation prolongée des citoyens, par une classe politique soucieuse de sa seule survie, ne peut que les inciter à se mobiliser et à se constituer, grâce aux réseaux sociaux, en force d’appoint. La France de demain se construit hors les murs de la politique, qui ne sait plus quoi dire. Les gens ordinaires, ces #Gueux, ont l’imagination pour eux…

Les #Gueux

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Sébastien Lecornu va-t-il protéger Emmanuel Macron?

Le président a nommé hier à Matignon l’ancien ministre des Armées de 39 ans, un bon petit soldat de la macronie.


C’est un homme intelligent et aimable qui a été nommé Premier ministre. J’avais eu la chance de le rencontrer lors d’un déjeuner et sa personnalité avait séduit tous les convives. On sentait chez lui un tempérament éloigné de tout sectarisme et très doué pour un dialogue tranquille et de bon aloi.

Première surprise. Pour une fois, le président a tenu sa promesse et a même agi plus vite que prévu. C’est à saluer : la France ne pouvait plus attendre.

Un fidèle du président

Sur un plan politique, j’avais apprécié en décembre 2024 la retenue et la discrétion avec lesquelles Sébastien Lecornu avait appris son remplacement de dernière minute par François Bayrou qui avait fait le forcing auprès du président.

Celui-ci l’a chargé de réunir tous les partis – lesquels accepteront l’invitation ? – afin de déterminer, avec eux, les conditions et les modalités de la préparation du futur budget. Ensuite, seulement, si un accord a été obtenu, le prochain gouvernement sera formé.

J’espère que sur ce plan nous aurons au moins une double bonne nouvelle : le maintien comme garde des Sceaux de l’ami proche de Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin, et de Bruno Retailleau comme ministre de l’Intérieur.

A lire aussi, du même auteur:Quelques mots pour François Bayrou…

Tactiquement, on peut concevoir la volonté d’Emmanuel Macron, tellement dégradé dans l’estime publique, de se construire un système apparemment plus confortable, moins subtilement conflictuel, avec un Premier ministre dont la révérence, le dévouement et peut-être l’admiration seront acquis. Sébastien Lecornu est un proche, un fidèle, un organisateur hors pair. Aucun coup fourré ne viendra de lui contre Emmanuel Macron.

En demeurant sur le plan de la manœuvre, est-ce pourtant une si bonne idée de s’être installé avec lui dans un pré carré d’autant plus attaqué qu’il sera constitué par un président très largement désavoué et par son favori ?

Tout dépend de ce qu’Emmanuel Macron va demander à Sébastien Lecornu. Un respect absolu de la fonction présidentielle, une concordance totale de vues, une défense systématique des propos et des actions du président, une assurance d’avoir auprès de lui une assise sûre et respectueuse ? Il les aura.

Mais si Emmanuel Macron souhaite profiter de son Premier ministre pour reprendre pied véritablement dans la politique active, dans une présidence qui le sortira de l’inévitable léthargie qu’il a engendrée avec cette dissolution calamiteuse, ce sera beaucoup plus dangereux.

Art du compromis

Sébastien Lecornu, quels que soient ses talents, sa finesse, son art du compromis, sera lui-même menacé, comme ses prédécesseurs, par une Assemblée tripartite, donc non maîtrisable, avec les risques qui en découleront. Sébastien Lecornu protégera-t-il le président, comme l’a affirmé Yves Thréard sur BFM TV ? Ou au contraire son possible échec, les oppositions qu’il devra affronter, l’impossibilité même au coup par coup d’une majorité, l’éventuel délitement de ses projets, ne seront-ils pas perçus comme des opportunités supplémentaires de s’en prendre au président dont les enquêtes d’opinion montrent durablement un bas niveau ? La proximité va rassurer le président, mais ne va-t-elle pas ajouter à son discrédit ? Car avec Sébastien Lecornu, aucune défausse possible : il a tranché vite, il l’a voulu. Il sera associé à l’embellie si elle survient. Mais s’il y a fiasco, si l’implacable mécanique d’une démocratie parlementaire dévoyée prend le dessus, Emmanuel Macron continuera de descendre. Sa démission sera réclamée mais qui l’imagine capable de s’incriminer au point de s’effacer avant l’heure républicaine ?

Boum !

On connaît la chanson: la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au Festival de Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas. « Sirât », d’Oliver Laxe, en salles aujourd’hui


La nouvelle coqueluche des cinéphiles snobs s’intitule Sirât, un film réalisé par le cinéaste franco-espagnol Oliver Laxe. Selon l’islam, « sirat » renvoie à un pont qui relie l’enfer et le paradis, et que l’on doit traverser le jour du Jugement dernier. Disons-le d’entrée de jeu, on reste en enfer durant ces très longues cent vingt minutes. Deux heures de vacuité absolue, mais qui se veulent à la fois métaphysiques, expérimentales, radicales et profondément cinématographiques. L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. Ici, il est carrément envahi de clichés et de caricatures qui, durant le Festival de Cannes, ont déjà soulevé les passions de ceux qui confondent pensée et posture, mystique et fumisterie. Quant au jury de ce même festival présidé par l’ineffable Juliette Binoche, il n’a rien trouvé de mieux à faire que de lui attribuer ex aequo son prix du Jury (l’autre récompensé, Sound of Falling, de Masha Schilinski, s’avérant tout aussi boursouflé). Et pourquoi pas la Palme d’or tant qu’on y était ?

Que raconte ce monument d’emphase ? Un père (Sergi Lopez qui tout au long du film trimballe sa dégaine paresseuse) fait irruption dans une rave party interdite organisée dans le Sud marocain. Débutent alors trente minutes de musique techno expérimentale et assourdissante qu’on est obligé de subir, avant qu’apparaissent à l’écran le titre du film et son générique d’ouverture. Si cette coquetterie inutile était la seule, on serait indulgent à son égard, mais ce n’est que le commencement d’une série de facilités et autres positions « artistiques » se voulant audacieuses.

On comprend rapidement que ce père de famille est à la recherche de sa fille Mar, une jeune adulte disparue depuis plusieurs mois et habituée de ce type de festivités bruyantes. Il distribue avec son fils des photos de la disparue aux teufeurs, en vain. Mais apprenant qu’une autre rave party est prévue dans le désert, plus au sud, ils décident de faire route avec une bande de marginaux déglingués, clochards punks sortis d’une cour des miracles que n’aurait pas reniés le Tod Browning de Freaks. On est malheureusement à mille lieues des beautés vénéneuses de ce film culte. Littéralement abrutis par les drogues, écrasés par la musique et lestés parfois de lourds handicaps physiques (l’un d’eux porte une prothèse improvisée qui, évidemment, ne l’empêche pas de se lancer dans de torrides chorégraphies technoïdes), ces spécimens d’une humanité façon Mad Max nous sont présentés comme le condensé d’un monde alternatif possible et forcément émouvant – ils ne sont que pathétiques.

Il est sidérant de constater comment l’étalage de cette philosophie d’une pauvreté absolue trouve preneur. Selon le réalisateur, il s’agirait de mettre en avant un « chemin intérieur qui te pousse à mourir avant de mourir ». Comprenne qui pourra ou plus précisément qui aura la faiblesse d’adhérer à cet hymne béat aux forces telluriques et autres transes mystiques chères aux gourous de tous bords. Pour faire passer sa pilule d’ecstasy, Oliver Laxe nous fait le coup de la fin du monde à venir. La conclusion vire alors au jeu de massacre. Après avoir filmé une scène ignoble en créant un suspense autour de la mort d’un enfant, le cinéaste transforme son film en une immense salle de jeu vidéo ultra-violent. Le décor devient un champ de mines qui explosent une à une sous les pieds des protagonistes. Colère divine ? Bêtise stupéfiante – au sens propre du terme ? Délire démiurgique d’un scénariste en mal de puissance ou en panne totale d’inspiration ? Toutes les hypothèses se valent, car elles débouchent sur le même constat : en faisant exploser ses personnages, Oliver Laxe ne fait que révéler son attraction mortifère et douteuse pour le néant et le vide abyssal d’une pensée chic, choc et toc.

Sortie le 10 septembre

Aux armes, lycéens!

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Bordeaux, 10 septembre 2025 © UGO AMEZ/SIPA

Ils voulaient “tout bloquer” mais Retailleau avait donné des consignes de fermeté aux forces de l’ordre. Résultat: pas de révolution, juste un peu de pagaille dans les rues et quelques poubelles carbonisées. Dans les cortèges du 10 septembre, on croisait beaucoup de jeunes bourgeois, déjà angoissés par les fins de mois difficiles. Rencontre.


Il a dix-sept ans, il est au lycée, il se sent concerné par la politique. Pour lui, c’est le grand jour : et pourtant, même ce matin, il a hésité à émerger du lit ; il faut dire que la veille, il a binge watché sur Netflix la dernière série à la mode. Il bâille, s’étire, se rendort ; sauvé par le snooze, il se lève, à contrecœur ; et, après une bonne heure de toilette matinale, il sort enfin, paire de Nike et jean Levis, airpods aux oreilles et smartphone en poche, prêt à larmoyer devant les caméras sur son pouvoir d’achat. Certes, il n’a encore jamais vraiment travaillé, il vit comme un prince chez ses parents, qu’il déteste : mais rien que de songer qu’un jour, il ira lui aussi à l’usine deux mois l’été pour payer sa caisse, entre deux années d’HEC — ou de Sciences-po… il en a des boutons !

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Cheveux fluos et looks androgynes

Il retrouve ses potes à l’entrée du lycée : Gabriel, Noah, Elvis et Kendji, et Jean (ou Jade ? il a un doute) ; teintures bleues et pantalons troués, look mi-androgyne, mi-années 90, ils se checkent sans se faire la bise, par un vieux reste de terreur covidique. Un grand dadet tout maigre, les cheveux gras, qui mue, gueule des paroles inaudibles dans un mégaphone. Une enceinte Bluetooth, accrochée au portail, crache un métal enfiévré qui s’entend dans les fumées des cigarettes. On échange trois mots, « wesh », « wallah », avant que tous retombent dans une sorte de torpeur, les yeux mi-clos.

Paris, 13e arrondissement, hier © HENRI WELSCHINGER/OLA NEW/SIPA

Des mecs avec des sweats à capuche, des filles habillées comme des gars, par terre, écrivent des slogans vulgaires sur des pancartes en carton : « Zbeul général », « Manu Ciao ». Soudain, du bruit : c’est un groupe d’excités, qui traînent derrière eux de grosses poubelles ; ils arrivent au milieu des applaudissements, hilares. Quand la cloche de l’établissement se met à sonner, un petit frémissement court dans l’assistance : ça y est, pour la première fois, on bloque le lycée ! Les plus cultivés se prennent pour des Communards de 1871 ; les autres, pêle-mêle, pour des Robins des bois contre les voleurs, pour des communistes contre la fachosphère capitaliste, pour des révolutionnaires contre les agents du pouvoir.

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Taxez les riches (ou papa-maman) !

Aux journalistes qui vont pour les interroger, ils se plaignent, ils expliquent que les lycées manquent de moyens. Ils s’imaginent déjà gestionnaires de budget, et tant pis pour les chiffres officiels des dépenses dans l’Éducation nationale. D’ailleurs, la contradiction ne leur fait pas peur : vent debout contre le grand capitalisme libéral, ils croient à la vertu de la consommation pour relancer l’économie ; ils frémissent aux discours de Greta Thunberg, mais honnissent le protectionnisme et prônent la grande globalisation ; ils en veulent à ce système scolaire qui les oppresse, mais de concert avec les rectorats, écrivent leurs manifestes en écriture inclusive. À l’école, on leur a appris que la police tue, que l’homme est toxique, qu’un riche est méchant : forts de ces quelques maximes insufflées par l’Éducation nationale, fortifiées par la bien-pensance médiatique, exaltées enfin par la grande gaucherie, ils insultent les flics et déversent des poubelles sur les trottoirs. Quoi ? Ce n’est pas eux qui ramasseront les déchets.

Les plus excités, d’une voix tremblante d’émotion, parlent de génération sacrifiée, de répression criminelle, d’État totalitaire ; ils voudraient ne rien faire que ce qui leur plaît, et être payés pour cela, par cet État qu’ils abhorrent ; qu’on les lance un peu, ils invoquent Robespierre avec la liberté, confondent fascisme et libéralisme, justifient le voile par la laïcité et s’offusquent des liens entre immigration et délinquance, comme Jourdain devant sa propre ignorance ; de temps à autre, ils crient des formules toutes faites, qu’ils répètent comme des mantras : « Tout le monde déteste la police ! » Puis, ils scrollent frénétiquement sur leurs téléphones, les yeux exorbités.

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L’éducation gratuite, les bibliothèques gratuites, les musées gratuits ne les empêchent nullement de citer Bourdieu, qu’ils n’ont jamais lu, et de parler d’héritage culturel. Il ne faut pas leur dire que l’élitisme républicain, c’est justement le pur produit de l’égalité ; que sous la Troisième République où on était cinquante par classes et sans pupitres (lire l’enfance de Flaubert chez Henri Troyat), à une époque où rien n’était gratuit et tout bien plus précaire qu’aujourd’hui, l’école fonctionnait à merveille, les hussards noirs formaient des générations de grands esprits ; qu’un jour, ils recevront leur premier relevé d’imposition, et qu’alors ils changeront d’avis et crieront au matraquage fiscal. Non, il ne faut pas leur dire cela ; il faut les protéger : pensez donc ! Choyés par leurs professeurs, choyés par leurs parents, ils n’ont jamais connu la frustration. Pour l’instant, la rage au ventre, ils ne veulent que moins d’heures de cours, plus de semaines de vacances, l’abolition des notes, des devoirs et des concours, le revenu universel. En un mot, — âge oblige —, ils ne veulent… rien branler.

Flaubert

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Charlie Kirk: mort pour avoir ouvert le dialogue

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Charlie Kirk distribue des casquettes MAGA avant de prendre la parole à l’Université de la Vallée de l’Utah, à Orem, le mercredi 10 septembre 2025. Il sera abattu peu de temps après © Tess Crowley/AP/SIPA

Aux États-Unis, la « guerre culturelle » fait une victime réelle. L’influenceur conservateur MAGA populaire Charlie Kirk a été abattu dans l’Utah en pleine conférence hier. «Personne ne comprenait ou n’avait à cœur la jeunesse des États-Unis d’Amérique mieux que Charlie», a écrit Donald Trump


Hier, dans les années 1960-1970 (on pense évidemment aux frères Kennedy et à Martin Luther King Jr.), les martyrs de la liberté d’expression en Amérique étaient classés à gauche ; aujourd’hui, ils sont classés à droite. Considérons cela dorénavant comme une réalité historique.

Charlie Kirk était certes un activiste et une personnalité politique mais c’était avant tout un homme d’une grande tolérance, ouvert à toutes les opinions pour peu qu’elles acceptent de se frotter à l’exercice de la raison. Il combattait l’extrême gauche sur le terrain des idées, en les affrontant sur le terrain et dans le cadre du débat civilisé. Il n’a jamais été haineux à l’égard de qui que ce soit. Il faut rappeler, de nos jours, puisque cela semble nécessaire, qu’on peut combattre sans haïr. Qu’on peut vouloir battre une idéologie à plate couture sans en vouloir personnellement à quiconque. Il semble que cette règle de bon sens ne soit pas partagée par les ennemis de Charlie Kirk.

On vous dira (on vous le dit déjà, me dit-on) que Charlie Kirk était un militant d’extrême droite. N’en croyez rien. Charlie Kirk était un chrétien conservateur de droite. Il ne voulait censurer personne ; bien au contraire : il voulait avoir un dialogue ouvert avec tous ceux qui ne pensaient pas comme lui. L’exact opposé d’un fanatique. Il s’est fait connaître du grand public de cette manière, en débattant ouvertement et sans montage avec des étudiants sur les campus américains qui nourrissaient des opinions bien différentes des siennes. Tellement différentes qu’ils l’insultaient abondamment alors qu’il venait discuter avec eux. Tellement différentes que Charlie Kirk se fit finalement abattre sur l’un de ces campus. Se faire abattre dans une université… Un lieu censé être le terrain sacré de l’échange d’idées. Réalisez-vous bien à quel point l’Occident s’est éloigné de ses fondations ?

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Charlie Kirk a eu le tort d’avoir trop de succès. Ses échanges retors avec certains étudiants sont vite devenus viraux sur Internet. Il n’est jamais bon d’avoir un interlocuteur intelligent : il déboulonne votre argumentaire bancal en deux trois coups de clé anglaise. Charlie Kirk était de ces orateurs hors pair, avec une capacité de raisonnement rapide comme l’éclair. Américain, ses positions pouvaient différer de notre sensibilité européenne, mais les Européens ne comprendront jamais les priorités de l’Amérique, autant se le dire une fois pour toutes. C’est un pays trop vaste et encore trop sauvage pour que nous y comprenions quelque chose. Charlie Kirk était un modèle de gentleman civilisé pour sa génération, qui allait jusqu’à faire taire ses soutiens pour laisser parler ses opposants. Agé de 31 ans, il laisse une épouse, une fille de trois ans et un fils d’un an.

Ceux qui voulaient sa peau ou ceux qui appelaient encore hier matin à le faire taire (une pétition circulait pour l’interdire de s’exprimer sur le campus) n’auront eu aucune compassion pour cette famille. Alors ne laissez plus ces gens vous convaincre qu’ils sont les gentils. Qu’ils défendent un monde meilleur dont vous ne pouvez pas comprendre les critères de sélection. La liberté de ton de Charlie Kirk dérangeait une certaine gauche. Ne vous laissez donc plus jamais dire que la gauche est toujours du côté du camp du Bien. C’est faux. Tout camp nourrit en son sein ou dans ses franges une pensée totalitaire, intolérante, inhumaine et meurtrière. Il est grand temps que notre pays aussi prenne conscience de ce danger. Charlie Kirk, 31 ans, est mort pour que les gens prennent conscience de ce danger.

Paumé comme un jeune en France

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La cité Félix-Pyat, dans les quartiers nord de Marseille, novembre 2017. Rap vengeur, caïdat et drogue : contre-modèle social et culturel d’une jeunesse déculturée © Adlan Mansri/SIPA

La longue et méthodique déconstruction qui a cassé l’école, brisé le monde du travail, délégitimé la famille et enlaidi l’environnement urbain a marginalisé toute une partie de la jeunesse. Réfugiée dans la drogue, la délinquance et la violence, elle refuse même de faire des enfants.


Les émeutes qui ont frappé le territoire français de manière tournante cet été sont le fait de jeunes hommes des « classes populaires », adolescents le plus fréquemment, à ce qu’en disent les policiers. On peut ajouter d’autres symptômes à cette triste litanie. De sordides agressions de personnes très âgées, dépouillées à leur domicile ou dans la rue par deux ou trois hommes masqués pour une poignée de bijoux ou quelques euros ; certainement pour acheter leur drogue. La déshumanisation de vieillards réduits à l’état de butin me semble pire, anthropologiquement, que les meutes agressives et destructrices. Prolongeons par l’effondrement de la natalité en cours, initié par une génération désinsérée dépourvue d’avenir ; au point que des millions de jeunes mâles sont incapables d’élever leur enfant plus de quelques semaines ou mois, laissant la charge de ce travail de toute humanité à leur compagne esseulée.

Efforts constants et décomposition linguistique généralisée

Pour parvenir à cette brillante séquence, il a fallu beaucoup d’efforts de notre société en paix – des efforts aussi constants que durables – pour désintégrer et broyer des pans entiers de nos classes populaires.

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Il a d’abord fallu casser l’école. Ce chef-d’œuvre collectif a été concocté durant un demi-siècle dans les salons de la Rue de Grenelle. On a désappris aux maîtres, puis aux élèves, la transmission minimale du savoir nécessaire à un citoyen éclairé. On a commencé par enlever les accents circonflexes ; on a fini par déconstruire la phrase (majuscule-sujet-verbe-complément-point), structure de base du langage. Un nombre important des néobacheliers ne sait pas écrire une phrase cohérente en français. En saupoudrant dans les classes un nombre croissant d’élèves allogènes, non pris en charge de manière spécifique, on a accéléré la décomposition linguistique collective.

Il a fallu ensuite briser le monde du travail. La France peut s’honorer d’avoir un taux exceptionnellement élevé de chômage chez ses jeunes, et l’une des pires insertions dans le monde du travail en Europe. Trois millions de jeunes désœuvrés (euphémisés en NEET) entre 15 et 34 ans y végètent, soit près d’un jeune Français sur cinq, dont 40 % issus de l’immigration. Transformation de l’enseignement professionnel en voie de garage proposée aux illettrés et aux a-chiffrés, désindustrialisation sans retour et destruction de l’agriculture paysanne ayant détruit des millions d’emplois, culture de la fête et de la défonce, bas salaires et précarisation de masse (dite aussi ubérisation), tout concourt à ce résultat : des millions d’emplois décemment payés manquent à l’appel en France.

Campagne sociétale contre la famille « traditionnelle »

Les élites culturelles et médiatiques se sont ensuite abattues sur la famille, qualifiée de « traditionnelle » pour la délégitimer. Cette campagne sociétale au long cours a eu ses effets les plus destructeurs dans les classes populaires. La garde partagée ou alternée (13 % des enfants de parents séparés) est un privilège bourgeois, qui ne descend guère dans la société. La plupart des pères défaillants – déresponsabilisés par l’idéologie dominante – abandonnent femme et enfants. 22 enfants dont les parents sont séparés vivent au foyer de leur mère, contre un seul chez leur père. Cette caraïbisation partielle du modèle familial français débouche sur le phénomène devenu massif des enfants en familles monoparentales (2,8 millions). Psychiatres et policiers sont confrontés au quotidien à la faction la plus violente qui en est issue.

Ajoutons à cette descente aux enfers la ville, dûment touchée par une forme de désagrégation. Un univers périurbain inédit a été (dé)construit depuis les années 1980. Après les cités HLM des Trente Glorieuses, la décentralisation a libéralisé le foncier et transféré aux maires les permis de construire : la « France moche » est advenue, qui ne cesse de s’étendre et de coloniser bourgs et villages. Un bon tiers des Français, dont la majorité des pauvres et des immigrés, y habitent ou y travaillent. Elle se caractérise par l’absence de toute réflexion esthétique et harmonie d’ensemble, par la concurrence sauvage du bâti commercial, par une américanisation clinquante au rabais, par la fast-foodisation de l’alimentation et par une parkinguisation omniprésente. Cet univers laid et décivilisé ne porte ni à la paix ni au repos de l’âme : la nature, la beauté et l’art (qu’une simple corniche de pierre donnait à voir) en sont bannis. Les Enrico Macias de ce temps ne chantent plus « Paris, tu m’as pris dans tes bras ! », mais écrivent un rap amer et vengeur, aux couleurs de leur non-ville.

Choc des cultures importées

En définitive, pour une fraction importante de la jeunesse populaire, le sens de la vie s’est dérobé. Le travail ne paye pas. L’école les instruit mal. L’État n’a plus besoin d’eux, ni comme paysans, ni comme ouvriers, ni comme soldats. La bourgeoisie n’attend même plus d’eux qu’ils fassent des enfants, car elle peut importer des consommateurs, et qu’elle fait fabriquer ses produits par des pauvres d’ailleurs (textiles) ou par des robots (électronique). Les familles, trop souvent déstructurées et sursollicitées par un consumérisme bas de gamme, ont perdu la connaissance du beau (l’environnement), du bon (la cuisine familiale) et parfois du sens de la vie (l’habitus familial ou l’amour du pays). Le choc des cultures importées par l’immigration, la déprise de l’assimilation culturelle et la valse des modèles culturels (consumérisme américain versus hallalisation islamique) accentuent les effets de cette désagrégation, sauf à se structurer en communautés culturelles soudées, homogènes et fermées. C’est la carte des frères musulmans et des salafistes, qui enferment les leurs avec le moins d’interactions externes possible. C’est la carte des évangélistes ou de certains groupes chrétiens afro-caribéens ou roms qui prospèrent non loin des précédents.

Pour les autres, mais sans exclusive, la culture du rap, la consommation et l’économie de la drogue, le caïdat et les effets des bandes constituent d’autres agrégateurs d’énergies juvéniles à la dérive. L’école et la réussite scolaire et professionnelle demeurent l’autre option ouverte, mais que la régression scolaire rend extrêmement difficile pour les garçons non aidés par leurs familles.

Prenons l’exemple des stupéfiants. Les pouvoirs publics et sanitaires ont consciencieusement lutté depuis des décennies contre la culture ancestrale du vin, tout en rendant le tabac taxé prohibitif pour les classes populaires. Or ces deux produits étaient l’échappatoire des hommes des classes populaires françaises depuis le xixe siècle. Les autorités sont ainsi devenues à leur corps défendant les promoteurs de nouvelles drogues plus dangereuses. En effet, la lutte contre les psychotropes légalement vendus et taxés en France a dopé l’économie criminelle des drogues. Le haschisch, associé au tabac de contrebande (dont la France importe la moitié de toutes les ventes réalisées dans l’Union européenne), est devenu le « vin rouge » de la jeune génération (dans tous les milieux sociaux d’ailleurs). La destruction des emplois légaux de la viticulture est compensée par la nouvelle économie criminelle ; un autre effet est de remplir les cabinets des psychiatres et les hôpitaux psychiatriques de jeunes malades mentaux ayant décompensé leur maladie sous l’effet du cannabis.

A relire, du même auteur: 60 millions de consommateurs

À croiser les données suivantes – le malaise d’une jeunesse dépossédée et déculturée qui n’a souvent aucun espoir d’insertion ; la mise en place de réseaux criminels importateurs facilités par l’immigration et le tourisme international ; la création d’un secteur d’activité qui emploie 200 à 300 000 jeunes désœuvrés avec des perspectives d’enrichissement rapide (même si la mort est au bout du chemin pour des centaines d’entre eux chaque année) ; la fuite dans les paradis artificiels qui permet d’oublier un quotidien morose et un avenir opaque –, tout a été réuni pour que le caïdat de la drogue, porté par les jeunes hommes issus du Maghreb où il est produit, s’impose comme un modèle de référence dans un lumpenprolétariat abandonné par la société. Générateur de délinquance, de violences, mais aussi d’enrichissement et de risque, il s’érige en contre-modèle social et culturel pour toute une jeunesse qui le chante dans ses tubes de rap, écoutés en boucle dans la moindre campagne.

Priorité

François Hollande puis Emmanuel Macron avaient affirmé faire de la « jeunesse » leur priorité politique. Ils n’ont apparemment pas fait le lien entre l’instruction, l’insertion par le travail et le bien-être de la jeunesse ; à moins que la pratique du pouvoir les ait ramenés vers les préoccupations de leurs électeurs boomers. Toujours est-il que notre société est malade de ses jeunes, et que son avenir en est en partie obéré. Une des réponses des jeunes Français à ce drame est de cesser de se reproduire, ce qui ne va rien arranger, mais a le mérite de tirer la sonnette d’alarme à son maximum. Car c’est tout le mécano de notre État social qui menace de s’effondrer.

Drogue qui abêtit et désocialise, pornographie qui animalise les femmes pour la vie dès la petite adolescence, caïdat qui impose sa loi meurtrière, fuite en avant dans la marginalité ou la délinquance des bandes, chômage et vie en rétréci dans l’assistanat ou la fraude sociale, refuge dans le religieux (pour le meilleur et pour le pire) ou les paradis artificiels, émigration croissante à l’étranger, toute une partie de la jeunesse est malade de la place qui ne lui a pas été préparée par notre société. La violence des meutes est un symptôme, mais la crise est bien plus large. Elle ne dispense pas d’une justice qui punisse les crimes à leur juste mesure, sans faillir pour prévenir leur inévitable répétition ad nauseam. Pour le reste, les remèdes sont connus mais de long terme ; plus le temps passe, plus la récupération sera difficile. Si on commençait par instruire sérieusement la jeunesse de demain, et par recréer des emplois de production et de service décemment payés ?

Face à l’obscurantisme woke

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11-Septembre: la blessure et la veille

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© FRANCES M. ROBERTS/NEWSCOM/SIPA

Il y a 24 ans, l’islamisme replongeait l’Occident dans l’incertitude


Il y a des dates qui ne s’effacent pas, même lorsque le temps croit avoir le pouvoir d’apaiser. Le 11 septembre 2001 appartient à ces jours où l’histoire a pris feu sous nos yeux, où un matin de ciel bleu s’est transformé en crépuscule planétaire. À New York, des avions ont traversé les tours jumelles comme des poignards dans la chair d’un monde qui se croyait invincible. En quelques minutes, ce ne sont pas seulement des vies qui furent fauchées, ce fut une civilisation tout entière qui comprit qu’elle n’était plus à l’abri, que la barbarie frappait désormais au cœur même de sa modernité.

Mais pour moi, cet effondrement ne fut pas seulement celui de deux géants de verre et d’acier. J’y vis ressurgir les spectres de ma propre mémoire. Alger avait déjà connu la morsure de la haine, les cris étouffés sous le vacarme des bombes, les rues vidées de leurs passants, les bibliothèques incendiées comme des bûchers modernes. Le 11-Septembre ne m’apprit rien de neuf : il confirma seulement que ce que nous avions enduré dans l’ombre allait, tôt ou tard, engloutir la lumière du monde. L’Algérie avait été un laboratoire sanglant ; New York devint la vitrine tragique de ce que nous n’avions cessé d’annoncer.

Et pourtant, à mesure que les années passent, je vois l’oubli tisser sa toile. Vingt-quatre ans plus tard, combien de consciences se rappellent vraiment ce jour ? Combien ont remplacé l’effroi par une indulgence coupable, un relativisme confortable, une volonté de banaliser ce qui fut une déclaration de guerre à l’humanité ? On préfère parler de « diversité culturelle », on maquille le fanatisme en folklore, on confond la tolérance avec l’abdication. L’oubli n’est pas seulement une faute morale : il est une complicité.

Je sais ce que signifie cet effacement. J’ai vu, en Algérie, les premières concessions faites au nom de la paix. On a laissé les islamistes imposer leurs codes dans les quartiers, leurs dogmes dans les écoles, leurs menaces dans les foyers. On a cédé des mots, puis des gestes, puis des vies. On a pensé qu’en fermant les yeux, la bête s’assagirait. Mais le ventre restait fécond, et il l’est encore.

A lire aussi, Charles Rojzman: La culpabilité des enfants gâtés de la gauche et la fabrication de l’ennemi

Voilà pourquoi je ne peux me taire. Voilà pourquoi je répète, avec une obstination que certains me reprochent, que la laïcité n’est pas une option française, mais une condition universelle de survie. Elle n’est pas un luxe pour pays apaisés, elle est le socle sur lequel se construit une société adulte. Elle protège la foi en la préservant de l’instrumentalisation. Elle protège l’incroyance en lui donnant droit de cité. Elle protège la République en la tenant à distance des cléricatures de tous bords. Elle est ce garde-fou fragile, mais vital, contre la tentation du retour au sacré meurtrier.

Se souvenir du 11-Septembre, ce n’est pas nourrir un ressentiment. Ce n’est pas appeler à la revanche. C’est refuser la complaisance, refuser la naïveté, refuser la fatigue de penser. Car la haine, elle, ne se fatigue pas. Elle guette les faiblesses, les silences, les dérobades. Elle s’avance masquée, avec le sourire des compromis, avant de révéler le couteau qu’elle tenait dans son dos.

Je me souviens d’Alger, où un rire pouvait devenir une provocation, où une chanson à la radio pouvait valoir une condamnation, où des jeunes femmes furent égorgées pour avoir osé garder leurs cheveux libres. Je me souviens de ces amis disparus, assassinés pour avoir écrit, pour avoir enseigné, pour avoir simplement refusé de se taire. Alors quand je vois aujourd’hui certains expliquer qu’il faut « comprendre » les fanatiques, qu’il faut « contextualiser » leur violence, je sens monter la colère froide de celui qui a déjà vécu la descente aux enfers et qui sait que le prix du silence est toujours payé en sang.

Le 11-Septembre est une cicatrice mondiale. Mais une cicatrice ne signifie pas guérison : elle rappelle la blessure, elle exige la vigilance. Si nous baissons la garde, elle se rouvrira. Les flammes qui ont consumé New York peuvent renaître ailleurs, sous d’autres formes, avec d’autres visages.

C’est pourquoi j’écris, non pour ressasser, mais pour veiller. Comme on garde une flamme vacillante dans la tempête, comme on tient une veilleuse dans une chambre obscure. Les peuples n’ont pas besoin de discours rassurants, ils ont besoin de vérité. Et la vérité, c’est que la liberté n’est jamais acquise. Elle est un combat quotidien, un acte de résistance à l’endormissement général.

Je parle ici en exilé qui a dû quitter sa terre pour sauver sa voix. En poète qui croit encore que les mots peuvent tenir tête aux armes quand ils sont justes et courageux. En citoyen qui sait que la République n’est pas un mot d’histoire, mais un horizon à réinventer chaque jour.

Le 11-Septembre n’est pas seulement une date à commémorer. C’est un avertissement à ne jamais oublier. La barbarie est patiente. L’humanité, elle, n’a qu’une arme : la mémoire.

L'islamisme ou la crucifixion de l'Occident

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Quand la France débloque

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Des manifestants du mouvement "Bloquons tout" tentent de bloquer une rue Porte de Montreuil, à Paris, le 10 septembre 2025 © Thibault Camus/AP/SIPA

À midi, Sébastien Lecornu fera son entrée à Matignon pour s’installer dans le fauteuil éjectable que François Bayrou a quitté hier. Pendant ce temps, l’extrême gauche bat le pavé depuis ce matin avec son mot d’ordre «Bloquons tout». Le ministre de l’Intérieur a promis une réponse policière des plus fermes en cas de débordements ou de blocages.


D’après Bruno Retailleau, la colère des Français pourrait se manifester par la violence en cette journée du 10 septembre. Ce qui s’exprime aujourd’hui, ce n’est pas la colère des Français, mais la rage impuissante des franges radicales et violentes de la gauche, la France qui débloque. C’est une mayonnaise largement montée par LFI. Dans les boucles Télégram étudiées par la Fondation Jean Jaurès, on a dénombré 88% d’électeurs de Mélenchon ou de Poutou. Ça a commencé avec « Nicolas qui paie » et ça finit en « Free Palestine »/ « La police tue » / « Macron démission ». Comme toujours ! Sauf les gilets jaunes au début, la plupart des mobilisations sociales de ces dernières années sont prises en otages par des voyous qui jouent à la révolution. Ils peuvent mettre des policiers au tapis (j’ai une pensée pour les 80 000 forces de l’ordre déployées aujourd’hui), ruiner d’honnêtes commerçants, peut-être menacer des sites stratégiques. Mais à part faire payer les riches, ils n’ont aucun projet. Et ils ne prendront pas le pouvoir dans la rue. Ni dans les urnes, j’espère.

Colères

Chacun brandit sa colère comme si cela créait des droits. Nous avons tous d’excellentes raisons d’être en colère. Contre le type qui met sa musique à fond dans le métro, contre le patron qui ne m’augmente pas, contre le gouvernement qui fait une mauvaise politique… C’est très humain, mais la colère n’est pas une politique. À moins de voter et de l’exprimer dans les urnes.

A lire aussi: Crise politique: la résistible ascension de Jean-Luc Mélenchon

Oui, mais les Français n’ont plus confiance dans leurs politiques, me dit-on.

Eh bien qu’ils en changent ! Il est vrai que notre système politique ne fabrique plus de légitimité. Jamais l’Assemblée nationale n’a été aussi représentative de la France et jamais aussi bloquée. Ce n’est pas seulement parce que de méchants partis seraient incapables de s’entendre, c’est le reflet de la profonde division du pays. Sommes-nous encore un peuple, c’est-à-dire une communauté politique qui se donne des institutions et des lois pour se gouverner ? Rappel historique : pour donner la citoyenneté pleine aux juifs français, Napoléon leur avait demandé s’ils considéraient les autres Français comme leurs frères. Aujourd’hui, j’ai l’impression que beaucoup de Français considèrent les autres Français comme leurs créanciers plus que leurs frères. Nicolas en a marre de payer pour les chômeurs et les retraités. Ce n’est pas super-fraternel. Mais c’est vrai pour tout le monde. Chacun en a marre des efforts à faire pour les autres.

L’immigration peut bien sûr aggraver le phénomène, mais il n’y a pas que ces fractures ethnico-culturelles. L’individualisme nous frappe tous, par ailleurs. Chacun pense que ses intérêts sont l’expression de la justice (j’ai travaillé donc j’ai droit à ma retraite, je suis pauvre donc j’ai droit à mes aides) et élit le candidat qui les défend. Les intérêts sont légitimes, il n’y a rien de mal à ça. Mais si la France court à la catastrophe aujourd’hui, c’est peut-être parce que chacun se demande ce que le pays lui doit et oublie de ce qu’il peut faire pour lui.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez notre directrice de la rédaction dans la matinale de Patrick Roger.

Eugénisme et intifada: l’été caniculaire des démocrates américains

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DR.

À New York, Zohran Mamdani, le nouveau champion démocrate, aura la lourde tâche de faire oublier ses positions jugées trop radicales au cours des prochains mois…


Mauvaise nouvelle pour les progressistes : le wokisme n’est pas mort. Deux polémiques estivales l’ont encore prouvé. D’abord, l’affaire American Eagle : la marque de jeans diffuse le 23 juillet une pub avec la jolie actrice blonde Sydney Sweeney. Son slogan joue sur l’homonymie, en anglais, jeans/gênes (« Sydney Sweeney has great jeans »). Des militants ultra-vigilants y voient du racisme ; certains crient même au suprémacisme blanc. Pourtant, aux dernières nouvelles, on peut bien dire de n’importe qui qu’il a de « bons gênes » s’il a un physique avantageux, quelle que soit sa carnation. Pas sûr que les publicitaires aient vraiment voulu rallumer la guerre raciale aux États-Unis, donc, même s’ils sont contents de leur coup.

A lire aussi: Minneapolis: existe-t-il un terrorisme trans?

J. D. Vance se moque : « Continuez de dire aux gens qui trouvent Sydney belle qu’ils sont nazis ! » Ted Cruz renchérit : « La gauche folle s’en prend aux jolies femmes, ça va cartonner dans les sondages. » Le wokisme, cette idéologie qui traque partout le racisme, finit par exiger des démocrates les pires délires : se prosterner devant des Noirs, définancer la police, soutenir des pilleurs… Et puis quoi encore, des supermarchés gratuits ?

Justement, Zohran Mamdani, étoile montante démocrate, en rêve. Mais pendant que les ventes d’American Eagle explosent, il panique : certains de ses anciens propos sont exhumés par la presse. Le candidat à la mairie de New York coche toutes les cases qu’extrême droite et complotistes collaient jadis à Obama : pas né aux États-Unis, socialiste, musulman, haine de l’Amérique… Pour lui, la NYPD est « raciste, anti-queer et menace la sécurité publique » et les prisons sont « obsolètes ». « À quoi servent-elles ? » Oh, l’Américain moyen a bien sa petite idée… En juin, sur NBC, Mamdani a carrément refusé de condamner ceux qui veulent « mondialiser l’intifada ». On souhaite bien du courage aux démocrates qui vont devoir justifier leur appartenance au même parti que cet olibrius. Comment dit Trump déjà ? Losers !

Connemara, d’Alex Lutz: Bof!

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Mélanie Thierry et Bastien Bouillon, "Connemara" (2025) d'Alex Lutz © Studio Canal

On connaît la chanson: la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au Festival de Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas. L’adaptation du roman à succès de Nicolas Mathieu n’a pas convaincu Causeur.


On apprécie hautement l’humour souvent élégant d’Alex Lutz.

Son film Guy était un petit miracle de vrai-faux biopic mélancolique et acide. On reste beaucoup plus circonspect en découvrant sa nouvelle réalisation présentée au dernier Festival de Cannes.

L’esprit de sérieux ne lui réussit guère. En adaptant Connemara, le très convenu roman « social » de Nicolas Mathieu, l’acteur-cinéaste ne parvient pas à s’en extraire et sa fidélité au propos initial en accentue forcément les défauts et limites.

A lire ensuite, du même auteur: Boum ! « Sirât », d’Oliver Laxe

Se déroulant dans des zones périurbaines de l’est de la France dans les années 2010-2015, le film raconte le parcours d’une transfuge de classe qui revient soigner sa déprime dans la peu réjouissante ville de son enfance. Il est assez frappant de constater qu’il s’agit de la même histoire que celle racontée par un autre film cannois, Partir un jour, d’Amélie Bonnin. Or, ce dernier est nettement plus réussi, tout simplement parce qu’il cultive une modestie qui fait du bien.

Connemara

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« Bloquons tout! »: LFI, pilleur d’idées

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Le ministre de l’Intérieur, Bruno Retailleau, a donné une conférence de presse après avoir présidé une réunion interministérielle de crise au sujet des manifestations du 10 septembre, Paris © Gabrielle CEZARD/SIPA

Alors que des blocages sont organisés un peu partout en France ce mercredi 10 septembre, Bruno Retailleau a mis en cause l’ultra-gauche lors d’un point presse, qu’il a jugé responsable de plusieurs débordements « violents ». Selon lui, « la mobilisation citoyenne a été récupérée et instrumentalisée par ces mouvances [d’extrème gauche], avec le soutien des Insoumis ». En nommant Sébastien Lecornu à Matignon, le président Macron joue la montre et prive les citoyens de leur droit à s’exprimer démocratiquement lors d’élections anticipées, estime notre chroniqueur Ivan Rioufol.


Les Français ne se laisseront plus éternellement berner. Encore moins par Jean-Luc Mélenchon quand il dit parler en leur nom. Le savoir-faire de LFI dans la récupération du mouvement « Bloquons tout ! », lancé ce mercredi, n’est destiné qu’à promouvoir les intérêts de l’extrême gauche. Or il est peu probable que les citoyens, excédés des mauvaises manières de la politique, se laissent encore longtemps déposséder dans leurs initiatives. En l’occurrence, cette protestation contre le gouvernement avait été lancée, au début de l’été sur le réseau Telegram, par Les Essentiels, un groupe souverainiste et classé à droite.

Stratégie du coucou

Observer la manière dont LFI se précipite sur la moindre originalité émanant d’anonymes dit la vacuité de ses stratégies, hormis celle du coucou qui pond ses œufs dans le nid des autres. Spoliée par LFI, cette France silencieuse confirme son potentiel de créativité réactive. Cette dynamique est appelée à pallier l’effacement des partis et leur pauvreté intellectuelle. Le symbole du gilet jaune, choisi pour rendre visible les oubliés, était sorti de l’intelligence de la France périphérique avant d’être détourné, déjà, par la gauche radicale qui allait en faire un repoussoir. L’idée de retourner les panneaux signalétiques des communes rurales pour illustrer le mouvement agricole « On marche sur la tête » n’a pas eu besoin non plus du concours de publicistes. En octobre 2013, M. Mélenchon avait traité de « nigauds » les Bretons mobilisés à Quimper contre l’écotaxe : ils avaient trouvé dans le bonnet rouge, symbole d’une jacquerie contre Colbert de 1675, l’emblème de leur combat. Tandis que le monde politique radote et que la gauche vitupère, la société civile phosphore. Le génie populaire va avoir de plus en plus son mot à dire…

A lire aussi, Elisabeth Lévy: Quand la France débloque

Affrontements entre CRS et black blocks à la gare du Nord à Paris, des dizaines d’interpellations de manifestants violents partout en France à la mi-journée

Dans l’immédiat, il est à craindre que l’extrême gauche, dans son obsession à détruire et à voler les places, ne décourage les citoyens désireux de manifester leurs irritations. La logique révolutionnaire de LFI et son goût pour la violence prédisposent à des confrontations qui sont autant de repoussoirs. Les mobilisations des forces de l’ordre (80.000 hommes) prévoient, pour aujourd’hui, de possibles affrontements dans des tentatives de blocages de points névralgiques. Or Mélenchon s’apprête, ainsi, à faire le jeu d’Emmanuel Macron en rendant « Bloquons tout ! » répulsif.

Les Français, en mal d’expressions publiques, risquent d’être expropriés encore un peu plus du champ politique et social. Le choix du chef de l’Etat, après la démission de François Bayrou mardi, de jouer la montre pour tenter de tenir encore vingt mois avec Sébastien Lecornu, nommé hier soir à Matignon, va priver les citoyens de leur droit à s’exprimer démocratiquement lors de législatives, voire même d’une présidentielle anticipée.

Cette relégation prolongée des citoyens, par une classe politique soucieuse de sa seule survie, ne peut que les inciter à se mobiliser et à se constituer, grâce aux réseaux sociaux, en force d’appoint. La France de demain se construit hors les murs de la politique, qui ne sait plus quoi dire. Les gens ordinaires, ces #Gueux, ont l’imagination pour eux…

Les #Gueux

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Sébastien Lecornu va-t-il protéger Emmanuel Macron?

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Sébastien Lecornu photographié à Toulon le 29 août 2025 © Kay Nietfeld/DPA/SIPA

Le président a nommé hier à Matignon l’ancien ministre des Armées de 39 ans, un bon petit soldat de la macronie.


C’est un homme intelligent et aimable qui a été nommé Premier ministre. J’avais eu la chance de le rencontrer lors d’un déjeuner et sa personnalité avait séduit tous les convives. On sentait chez lui un tempérament éloigné de tout sectarisme et très doué pour un dialogue tranquille et de bon aloi.

Première surprise. Pour une fois, le président a tenu sa promesse et a même agi plus vite que prévu. C’est à saluer : la France ne pouvait plus attendre.

Un fidèle du président

Sur un plan politique, j’avais apprécié en décembre 2024 la retenue et la discrétion avec lesquelles Sébastien Lecornu avait appris son remplacement de dernière minute par François Bayrou qui avait fait le forcing auprès du président.

Celui-ci l’a chargé de réunir tous les partis – lesquels accepteront l’invitation ? – afin de déterminer, avec eux, les conditions et les modalités de la préparation du futur budget. Ensuite, seulement, si un accord a été obtenu, le prochain gouvernement sera formé.

J’espère que sur ce plan nous aurons au moins une double bonne nouvelle : le maintien comme garde des Sceaux de l’ami proche de Sébastien Lecornu, Gérald Darmanin, et de Bruno Retailleau comme ministre de l’Intérieur.

A lire aussi, du même auteur:Quelques mots pour François Bayrou…

Tactiquement, on peut concevoir la volonté d’Emmanuel Macron, tellement dégradé dans l’estime publique, de se construire un système apparemment plus confortable, moins subtilement conflictuel, avec un Premier ministre dont la révérence, le dévouement et peut-être l’admiration seront acquis. Sébastien Lecornu est un proche, un fidèle, un organisateur hors pair. Aucun coup fourré ne viendra de lui contre Emmanuel Macron.

En demeurant sur le plan de la manœuvre, est-ce pourtant une si bonne idée de s’être installé avec lui dans un pré carré d’autant plus attaqué qu’il sera constitué par un président très largement désavoué et par son favori ?

Tout dépend de ce qu’Emmanuel Macron va demander à Sébastien Lecornu. Un respect absolu de la fonction présidentielle, une concordance totale de vues, une défense systématique des propos et des actions du président, une assurance d’avoir auprès de lui une assise sûre et respectueuse ? Il les aura.

Mais si Emmanuel Macron souhaite profiter de son Premier ministre pour reprendre pied véritablement dans la politique active, dans une présidence qui le sortira de l’inévitable léthargie qu’il a engendrée avec cette dissolution calamiteuse, ce sera beaucoup plus dangereux.

Art du compromis

Sébastien Lecornu, quels que soient ses talents, sa finesse, son art du compromis, sera lui-même menacé, comme ses prédécesseurs, par une Assemblée tripartite, donc non maîtrisable, avec les risques qui en découleront. Sébastien Lecornu protégera-t-il le président, comme l’a affirmé Yves Thréard sur BFM TV ? Ou au contraire son possible échec, les oppositions qu’il devra affronter, l’impossibilité même au coup par coup d’une majorité, l’éventuel délitement de ses projets, ne seront-ils pas perçus comme des opportunités supplémentaires de s’en prendre au président dont les enquêtes d’opinion montrent durablement un bas niveau ? La proximité va rassurer le président, mais ne va-t-elle pas ajouter à son discrédit ? Car avec Sébastien Lecornu, aucune défausse possible : il a tranché vite, il l’a voulu. Il sera associé à l’embellie si elle survient. Mais s’il y a fiasco, si l’implacable mécanique d’une démocratie parlementaire dévoyée prend le dessus, Emmanuel Macron continuera de descendre. Sa démission sera réclamée mais qui l’imagine capable de s’incriminer au point de s’effacer avant l’heure républicaine ?

Boum !

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© Pyramide Distribution.

On connaît la chanson: la rentrée de septembre, c’est la grande sortie des films présentés en mai au Festival de Cannes. Pour le pire et pas pour le meilleur, hélas. « Sirât », d’Oliver Laxe, en salles aujourd’hui


La nouvelle coqueluche des cinéphiles snobs s’intitule Sirât, un film réalisé par le cinéaste franco-espagnol Oliver Laxe. Selon l’islam, « sirat » renvoie à un pont qui relie l’enfer et le paradis, et que l’on doit traverser le jour du Jugement dernier. Disons-le d’entrée de jeu, on reste en enfer durant ces très longues cent vingt minutes. Deux heures de vacuité absolue, mais qui se veulent à la fois métaphysiques, expérimentales, radicales et profondément cinématographiques. L’enfer est, dit-on, pavé de bonnes intentions. Ici, il est carrément envahi de clichés et de caricatures qui, durant le Festival de Cannes, ont déjà soulevé les passions de ceux qui confondent pensée et posture, mystique et fumisterie. Quant au jury de ce même festival présidé par l’ineffable Juliette Binoche, il n’a rien trouvé de mieux à faire que de lui attribuer ex aequo son prix du Jury (l’autre récompensé, Sound of Falling, de Masha Schilinski, s’avérant tout aussi boursouflé). Et pourquoi pas la Palme d’or tant qu’on y était ?

Que raconte ce monument d’emphase ? Un père (Sergi Lopez qui tout au long du film trimballe sa dégaine paresseuse) fait irruption dans une rave party interdite organisée dans le Sud marocain. Débutent alors trente minutes de musique techno expérimentale et assourdissante qu’on est obligé de subir, avant qu’apparaissent à l’écran le titre du film et son générique d’ouverture. Si cette coquetterie inutile était la seule, on serait indulgent à son égard, mais ce n’est que le commencement d’une série de facilités et autres positions « artistiques » se voulant audacieuses.

On comprend rapidement que ce père de famille est à la recherche de sa fille Mar, une jeune adulte disparue depuis plusieurs mois et habituée de ce type de festivités bruyantes. Il distribue avec son fils des photos de la disparue aux teufeurs, en vain. Mais apprenant qu’une autre rave party est prévue dans le désert, plus au sud, ils décident de faire route avec une bande de marginaux déglingués, clochards punks sortis d’une cour des miracles que n’aurait pas reniés le Tod Browning de Freaks. On est malheureusement à mille lieues des beautés vénéneuses de ce film culte. Littéralement abrutis par les drogues, écrasés par la musique et lestés parfois de lourds handicaps physiques (l’un d’eux porte une prothèse improvisée qui, évidemment, ne l’empêche pas de se lancer dans de torrides chorégraphies technoïdes), ces spécimens d’une humanité façon Mad Max nous sont présentés comme le condensé d’un monde alternatif possible et forcément émouvant – ils ne sont que pathétiques.

Il est sidérant de constater comment l’étalage de cette philosophie d’une pauvreté absolue trouve preneur. Selon le réalisateur, il s’agirait de mettre en avant un « chemin intérieur qui te pousse à mourir avant de mourir ». Comprenne qui pourra ou plus précisément qui aura la faiblesse d’adhérer à cet hymne béat aux forces telluriques et autres transes mystiques chères aux gourous de tous bords. Pour faire passer sa pilule d’ecstasy, Oliver Laxe nous fait le coup de la fin du monde à venir. La conclusion vire alors au jeu de massacre. Après avoir filmé une scène ignoble en créant un suspense autour de la mort d’un enfant, le cinéaste transforme son film en une immense salle de jeu vidéo ultra-violent. Le décor devient un champ de mines qui explosent une à une sous les pieds des protagonistes. Colère divine ? Bêtise stupéfiante – au sens propre du terme ? Délire démiurgique d’un scénariste en mal de puissance ou en panne totale d’inspiration ? Toutes les hypothèses se valent, car elles débouchent sur le même constat : en faisant exploser ses personnages, Oliver Laxe ne fait que révéler son attraction mortifère et douteuse pour le néant et le vide abyssal d’une pensée chic, choc et toc.

Sortie le 10 septembre