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Le chanteur antisioniste, la canicule et l’ex-petite copine juive

À Amsterdam, une rencontre sportive et familiale juive a dégénéré en âpres discussions sur la signification du mot « sionisme » et avec la fuite de l’artiste qui devait s’y produire et qui le tient en horreur.


Le chanteur en question s’appelle Douwe Bob, Amstellodamois trentenaire fort en gueule qui n’a pas hésité à se qualifier de « garçon juif, en quelque sorte ». Contre toute évidence généalogique, d’ailleurs.

Coup de chaud

Dimanche 29 juin, Douwe Bob était l’invité de la fête annuelle Jom Ha Voetbal1 sur les terrains du club de football AFC dans le sud d’Amsterdam. Autour d’un tournoi de foot pour de très jeunes garçons et filles y convergent traditionnellement de nombreux membres de la communauté juive de la capitale néerlandaise et d’ailleurs, toutes tendances politiques et religieuses confondues.

Sous un soleil de plomb, des fans de Douwe Bob, souvent en tenue sportive, attendaient avec impatience l’arrivée, en retard, comme sied à une vedette, du chanteur qui cependant les saluait avec les propos suivants: « Bonjour, j’ai vu ici tant de manifestations de sentiments que j’abhorre, que j’ai décidé d’annuler mon concert. Votre fête a été séquestrée par des organisations politiques, avec leurs slogans et leurs pamphlets. Je suis un garçon juif d’Amsterdam, en quelque sorte, mais je m’oppose au sionisme. »

Après leur avoir souhaité une bonne continuation, il a tendu son micro à un technicien et s’est hâté, avec son guitariste, vers la sortie où l’attendait sa moto.

Les jeunes fans n’y ont pas compris grand-chose, à en croire des parents présents et forcés d’expliquer les propos sibyllins. L’hebdomadaire Nieuw Israëlitiesch Weekblad cite une mère qui, jugeant sa fille de 10 ans trop jeune pour une dissertation sur le sionisme, lui a menti et a affirmé que Douwe Bob avait eu un coup de chaleur et, de ce fait, était incapable de chanter… Un père de famille, journaliste et intellectuel connu, s’est creusé les méninges sur l’explication qu’il se devait de donner à son gamin, à savoir que pendant une fête juive un chanteur avait boudé de jeunes Juifs sur un thème qui les dépasse totalement.

Le poster de la discorde

Il paraît qu’un poster près de la scène d’une organisation de jeunes Juifs, Netzer, où figure le mot néerlandais « zionistisch » ait éveillé le courroux du chanteur. Netzer se tient cependant éloigné des controverses sur la politique de Benyamin Nétanyahou. Un autre stand, plus éloigné de la scène, chantait cependant les louanges de Tsahal, a en revanche constaté un journaliste du journal AD.

Le fait divers n’a pas manqué de se répandre comme une trainée de poudre dans le petit monde politico-journalistique pendant ce dimanche caniculaire. Des politiciens israélophiles de haut niveau s’en sont mêlés, comme la dirigeante liberale Dilan Yesilgöz, qui a accusé Douwe Bob de « haine contre les Juifs ».

J’ai un très bon ami juif…

Le soir même, dans un programme d’actualités à la télévision, le chanteur a affirmé que ses propos lui avaient valu des menaces de mort. Il s’est défendu maladroitement en disant qu’une de ses (nombreuses) ex-copines était juive, Israélienne même. Laquelle ex ne manqua pas de manifester sa désapprobation d’être ainsi utilisée comme alibi… Douwe Bob a rappelé aussi que, l’année dernière, il avait chanté une chanson lors de l’ouverture du musée de l’Holocauste à Amsterdam, tandis que, dehors, des manifestants hurlaient leur haine contre la présence du président israélien Isaac Herzog.

L’affaire passionne les médias néerlandais, où de doctes digressions sur la signification du mot sionisme alternent avec des rappels des nombreux cas d’infidélité conjugale de Douwe Bob, qui représenta les Pays-Bas à l’Eurovision de 2016, ou il termina onzième.

Mercredi matin, le 2 juin, Douwe Bob a annoncé sa fuite sur Instagram, en voiture avec femme et enfant, hors des Pays-Bas suite à des menaces de mort. A l’en croire, sous escorte policière, ce que nient les autorités. Sera-t-il de retour le week-end prochain, alors qu’il est attendu à d’autres festivals d’été, sans sionistes cette fois-ci ?

  1. https://www.jomhavoetbal.nl/ ↩︎

Manuel Ostermann: le cri d’un flic dans une Allemagne à la dérive

Dans un pays où 12 attentats islamistes ont causé 20 morts et 118 blessés entre 2016 et 2024, le livre Deutschland ist nicht mehr sicher du policier est en tête des ventes en librairie. Nous l’avons lu.


Manuel Ostermann n’a jamais été du genre à plier devant les tabous. Policier dans la Ruhr, il a vu son pays se fracturer de l’intérieur, miné par une insécurité galopante. Dans son livre « Deutschland ist nicht mehr sicher » (« L’Allemagne n’est plus sûre »), publié en juin 2025 et déjà propulsé best-seller (n°1 sur Amazon), il vide son sac avec une franchise brutale : criminalité hors de contrôle, immigration débordante, police transformée en punching-ball…

Simbach am Inn : l’illusion migratoire de 2015

En 2015, Manuel Ostermann, jeune policier fédéral, est envoyé à Simbach am Inn, petite ville bavaroise à la frontière autrichienne, en plein cœur de la crise migratoire. Lui qui n’avait vu la guerre qu’à la télévision s’attendait à encadrer des familles syriennes brisées mais reconnaissantes. Quelle désillusion ! Il découvre une vague humaine, massive, indomptable, accueillie par des Bavarois en liesse brandissant des ours en peluche. Mais les bons sentiments s’effritent vite face à la réalité. Les Syriens aux regards hagards ? Quasi introuvables. À leur place, des hommes arabes qui jettent leurs passeports avant la frontière pour brouiller leur identité et éviter l’expulsion. Leur première exigence, assénée avec une assurance sidérante : « Où est le Wi-Fi ? ». Les policiers réalisent alors qu’ils n’ont pas affaire à des réfugiés fuyant la guerre, mais à des opportunistes venus chercher fortune en Allemagne, sans intention de s’intégrer.

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Ostermann, sonné, se retrouve à placarder des affiches expliquant comment utiliser des toilettes – sinon, c’est la nature qui fait office de latrines. À l’heure des repas, le spectacle est plus cruel encore : les hommes s’accaparent la nourriture, engloutissant les rations sous les yeux de femmes et d’enfants affamés. Le policier saisit alors une réalité brutale : cette vague humaine, ces dizaines de milliers de nouveaux arrivants, seront incapables d’adopter les us et coutumes européens. Une bombe à retardement vient de franchir la frontière.

De retour dans la Ruhr, Ostermann gravit les échelons, devient officier, s’engage dans le syndicalisme policier et rejoint la CDU. Il écoute ses collègues, recueille leurs récits. Tous convergent vers une même conclusion : l’Allemagne fonce tête baissée vers le chaos. La crise migratoire a planté les graines d’une fracture durable, dont les effets se font sentir dix ans plus tard.

Une Allemagne qui renie ses couleurs

L’Euro 2024 fait vibrer l’Allemagne, et dans les rangs des flics, on ose rêver d’un sursaut patriotique. Un écusson noir-rouge-or sur l’uniforme, une voiture de patrouille aux couleurs nationales : juste un signe pour dire « nous sommes là, pour l’Allemagne ». Mais l’État, sous Olaf Scholz, oppose un « verboten » cinglant. Neutralité, qu’ils disent. La fierté nationale ? Suspecte, dangereuse, trop chargée du poids de l’histoire. Dans une Allemagne qui se flagelle depuis 1945, brandir le drapeau noir-rouge-or reste un crime de lèse-mémoire.

Mais que vienne la Gay Pride, et tout change. Exit la neutralité. Les commissariats ont pour consigne de se parer d’arcs-en-ciel, les voitures de police deviennent des chars de parade. L’État, si pudibond face à sa propre identité, devient prêt à placarder son engagement progressiste jusqu’au Reichstag. Le summum ? Qatar 2022, match Allemagne-Japon. Nancy Faeser, ministre de l’Intérieur, trône en tribune, sans l’ombre d’un drapeau allemand. Mais sur son bras, bien visible, le brassard « One Love », étendard des minorités sexuelles.

Dans les commissariats, il est désormais interdit de demander le « dead name », le nom de naissance des suspects transgenres, de peur d’offenser les sensibilités. Les procédures s’évanouissent, la priorité absolue étant de ne heurter personne. La justice s’efface, et le drapeau arc-en-ciel impose sa loi.

Wokisme et islamisme : une alliance contre-nature

Ostermann dresse un constat alarmant : l’Allemagne est rongée par un mélange explosif de wokisme et d’islamisme. Prenons les « Omas gegen Rechts »[1], ces « Mamies contre la droite », un groupe de militantes âgées de 50 à 90 ans, drapées dans leur vertu progressiste. Subventionnées à hauteur de 5 000 euros pour « promouvoir la démocratie », ces féministes autoproclamées s’acharnent contre l’extrême droite. Pourtant, on les retrouve dans des manifestations pro-palestiniennes, keffieh au cou, défilant main dans la main avec des islamistes, parfois proches du Hamas. Une alliance paradoxale, comme le souligne Ostermann : comment des championnes de l’égalité des genres peuvent-elles fraterniser avec les tenants d’une idéologie qui opprime les femmes ?

Au cœur de ce mouvement, une figure : Cansın Köktürk, sorte de Rima Hassan allemande. Cette élue de gauche, expulsée du Bundestag en juin 2025[2] pour avoir arboré un tee-shirt « Palestine », incarne cette contradiction. Keffieh en bandoulière, elle scande des slogans anti-Israël. Mais où est son indignation face aux Iraniennes privées d’éducation, voilées de force, ou aux fillettes mariées sous la contrainte ? Silence radio. Pour Ostermann, le wokisme a ses obsessions : vouer l’Occident aux gémonies, brandir le keffieh comme un étendard, vilipender les forces de l’ordre. Ces « mamies » ne réalisent-elles pas qu’une société sans police serait leur propre arrêt de mort, livrée au chaos ?

Les chiffres sont éloquents. Entre 2024 et 2025, les infractions sexuelles bondissent de 9,3 %. La part des agresseurs non-Allemands grimpe de 15,7 %, celle des migrants de 10,3 %. Un sondage de 2025 sur Gayromeo révèle que 30 % des homosexuels interrogés envisagent de voter pour l’AfD[3], en réaction aux agressions attribuées à des populations arabo-musulmanes. La radicalisation de la gauche alimente celle de la droite, chaque extrême nourrissant son opposé.

Une police à l’agonie

Manuel Ostermann, sollicité pour un poste à la CDU, a choisi de rester sur le terrain, auprès de ses collègues. Les policiers, épuisés, font face à une délinquance juvénile en explosion, des agressions physiques, un sentiment d’abandon et un discrédit généralisé. Équipements vétustes, salaires indignes, lois obsolètes, manque de perspectives : les démissions s’enchaînent. S’ajoutent à cela des campagnes orchestrées sur les réseaux sociaux visant à museler les voix divergentes, entravant le travail des forces de l’ordre. Lors d’un rassemblement de la CDU, 11 policiers sont blessés par des activistes d’Attac et des antifas. Ostermann alerte : « Nous vivons dans un monde où les policiers auront bientôt besoin d’une protection policière. »

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L’extrême gauche, forte de 37 000 membres en 2023 (+1,4 %), dont 11 200 prêts à la violence, rejette structurellement la police, prônant son désarmement, voire son abolition. Une police affaiblie, c’est un pouvoir consolidé pour ces extrémistes. Mais la gauche modérée mesure-t-elle le danger d’un tel projet, qui précipiterait l’Allemagne dans l’anarchie ? Pour Ostermann, la police reste le dernier rempart de la démocratie.

Le drame de Rouven Laur : un symbole tragique

Le drame de Rouven Laur[4] hante Manuel Ostermann. Ce policier de 29 ans, tué en 2024 par un Afghan de 25 ans proche de l’État islamique, incarnait l’engagement des flics allemands. Laur, animé par une volonté d’intégration, avait appris l’arabe pour dialoguer avec les migrants, espérant construire des ponts. Mais son geste d’ouverture n’a pas suffi à le protéger. Poignardé lors d’une intervention, il est devenu un symbole des risques encourus par les forces de l’ordre face à une menace islamiste croissante. Ce meurtre a choqué l’Allemagne, révélant la vulnérabilité des policiers dans un climat de tensions exacerbées.

Les fêtes traditionnelles, telles que le Carnaval ou les marchés de Noël, sont désormais placées sous haute surveillance ou supprimées en raison de la menace terroriste. Entre 2021 et 2025, 365 891 entrées illégales à la frontière sont comptabilisées, un nombre supérieur à la population de Münster. En 2024, 79 crimes sont recensés chaque jour, ainsi que 761 viols collectifs dont 48 % des auteurs sont d’origine étrangère. Depuis 2011, 1 150 Allemands ont rejoint des groupes terroristes en Syrie et en Irak, dont seule la moitié est revenue. De 2016 à 2024, 12 attentats islamistes ont causé 20 morts et 118 blessés.

L’islamisme, menace numéro un

Pour Ostermann, l’islamisme, dopé par les flux migratoires, représente le danger numéro un pour l’Allemagne. Il asphyxie les cultures, fait annuler festivals et événements sportifs, entrave les libertés, et propage des discours anti-chrétiens et anti-israéliens, souvent teintés de soutien au Hamas. Des « territoires perdus », à l’image de ceux observés en France, voient le jour, où règnent la loi des clans et l’anarchie. Ostermann insiste, balayant un préjugé tenace : la police n’abandonne pas ces zones, elle se contente d’obéir aux ordres politiques. Son slogan claque comme une évidence : sans sécurité, ni liberté ni démocratie. Pour Ostermann, l’heure n’est plus aux diagnostics mais à l’ultimatum. L’Allemagne a franchi le seuil, et ce qui vient ne sera pas une crise, mais un basculement. Son livre ? Le dernier avertissement avant l’effondrement.

Manuel Ostermann, Deutschland ist nicht mehr sicher (en allemand), Éditions Deutscher Wirtschaftsbuch, juin 2025. 256 pages


[1] https://www.nouvelobs.com/monde/20250217.OBS100419/elections-en-allemagne-qui-sont-les-omas-gegen-rechts-ces-mamies-qui-se-battent-contre-l-extreme-droite.html

[2] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/allemagne-une-militante-pro-palestienne-expulsee-du-bundestag-20250604

[3] https://www.causeur.fr/uberraschung-l-arc-en-ciel-vire-a-droite-afd-homosexuels-301862

[4] https://fr.aleteia.org/2024/06/17/sans-lui-cest-moi-qui-serais-mort-le-poignant-hommage-au-policier-poignarde-a-mannheim/

Dans la caravane

Monsieur Nostalgie nous envoie une carte postale du Tour de France et en profite pour louer les vertus des « petites » routes. Il dit oui aux départementales !


Quand les températures grimpent, les villes surchauffent et les esprits s’échauffent ; dans les rues de la capitale, les altercations se multiplient, les incivilités polluent aujourd’hui le quotidien de tous les usagers (automobilistes, cyclistes, piétons, chauffeurs, etc.) comme si la courtoisie avait laissé place à l’insulte et à la menace. La cohabitation est ce rêve devenu impossible face à l’égoïsme de chacun. Un mot de trop, un coup de klaxon éruptif, une main levée en signe de désespoir et la situation peut dégénérer, virer au cauchemar urbain. La peur s’installe au volant ou au guidon. À chaque carrefour, le drame sourd. Nous sommes perpétuellement sur nos gardes. Les éclats de voix sont annonciateurs d’une violence sans filtre, ils n’ont plus le charme et le folklore à la Pagnol.

Bas instincts

Plus personne ne semble être maître de ses nerfs. Les citadins finissent par croire que la route n’est que désolation et embrouilles infinies. Qu’elle serait le théâtre seulement des plus bas instincts, l’expression décomplexée de notre face la plus sombre. Alors qu’à l’approche des vacances, une départementale ombragée est la promesse d’un avenir meilleur. Un doux présage. On s’y engouffre, on s’y prélasse et on s’y sent bien. Que les entrailles de notre pays ont fière allure avec leurs champs et leurs haies, leurs vaches et leurs rivières, leurs calvaires et leurs bornes Michelin. Regardez bien ces paysages du Berry, de la Creuse ou du Béarn, ces volutes à travers la campagne, ces îlots de calme et de fraîcheur, loin du fracas, ils dessinent les coutures de notre vieux pays, son armature des temps immémoriaux. Avec eux, on retrouve un peu d’évasion et d’apaisement. L’estime de soi. Ils sont propices à la rêverie et au temps enfin retrouvé. Cette province des bourgs et des villages a tant à nous apprendre, à nous souvenir, à nous rééduquer sur notre façon de conduire et de profiter de quelques jours arrachés à la virtualité assassine. Donnez-moi, durant une semaine, une Peugeot 404 aux ailes tendues ou une Lambretta fatiguée, un scooter à bout de souffle comme dans la chanson de Voulzy, et une route gendarmée par une rangée de platanes, je serai un homme heureux. Car la route et l’automobile n’ont pas toujours été des frères ennemis. Ces deux-là, ensemble, ont façonné un imaginaire collectif, celui des grands départs, des bouchons et de la famille réunie, tout ce qui manque cruellement aux peuples sans repères.

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Glorieuse Nationale 7

Partout en France, dès l’arrivée des beaux jours, la nostalgie des carrosseries anciennes réenchante l’asphalte. Aucun cœur, même le plus sec, ne peut résister à ces cortèges de voitures, de mobylettes et d’estafettes, à la queuleleu, c’est un peu notre tapisserie de Bayeux des heures mécaniques. Ils étaient encore plus de 800 au 43ème Tour de Bretagne début juin dans les Côtes-d’Armor. Les Français ont soif de cette farandole-là. Elle est pleine de vie et d’une communion d’esprit qui sédimente. Le succès de la Nationale 7 en est la preuve. Désormais, on la vénère, on la panthéonise, on lui restitue ses titres de gloire. Elle fait même de la concurrence à la Route 66, cette starlette américaine. Elle fut comme l’a montré un récent reportage à la télévision, l’épine dorsale gastronomique des Trente Glorieuses, le passage de témoin des mères nourricières aux chefs étoilés. On y mangeait bien et elle faisait partie de la magie du voyage. Elle était Le voyage. La route et les autos, cette longue histoire se perpétuera en juillet dans la caravane publicitaire du Tour de France. Elle passera peut-être par chez vous, avant le peloton et les hélicos de l’organisation. Vous ne la verrez pas dans le poste mais elle attire des milliers de personnes venus assister au dernier spectacle gratuit à retentissement mondial. Avec ses engins déguisés en forme de tasse à café ou de baril de lessive, elle est joyeuse, amusante, désuète, donc essentielle.

Quand elle traverse nos provinces et qu’elle est acclamée par des enfants, l’émotion nous étreint. Ce n’est rien, presque rien, et pourtant l’espoir renaît.

Tendre est la province

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Cinéma: l’envers du décor

Les films nous racontent des histoires. Mais qui nous raconte celles des films ? Journaliste collaborant à Première et Télérama, l’historien du cinéma Olivier Rajchman revient sur des tournages mythiques du 7e art dans son dernier livre. Un ouvrage qui a changé le regard que notre chroniqueur porte sur le cinéma


On se rend dans une salle de cinéma, on regarde un film, on en sort ébloui ou déçu ou, pire, indifférent et on s’imagine peut-être qu’il n’y avait là rien d’extraordinaire. Un spectacle comme un autre. Quand on lit le remarquable livre L’Aventure des films, d’Olivier Rajchman, on comprend tout. Les très grands films sont des tours de force, des miracles.

Une sélection de vingt films

Pour apprécier cet ouvrage critique de haute volée, je l’admets volontiers, il convient d’être un amateur épris de cinéma, attentif à tout ce qu’il a apporté et sensible à son histoire, de l’éclat des stars aux modestes mais irremplaçables contributions des seconds rôles. Mais il est vrai que la connaissance du cinéma devrait faire partie de la culture générale, tant elle permet une vision du monde, de la société et de l’être humain, qui s’ajoute aux formations plus classiques.

Dissipons d’emblée un malentendu qui a failli m’égarer. Olivier Rajchman, dans son choix des vingt films qu’il considère comme emblématiques, ne se prononce pas sur leur excellence, leur supériorité qualitative mais explique parfaitement que chacun d’eux a été décisif dans la création d’un genre et qu’à ce titre il a sa place dans ce panthéon. Aussi bien « Autant en emporte le vent » que « À bout de souffle », « Chinatown » que « Barbie », « Le Dernier métro » que « Chantons sous la pluie » par exemple.

En lisant Olivier Rajchman, j’ai abandonné l’approche superficielle que j’avais du cinéma. J’ai maintenant conscience qu’il s’agit, dans tous les cas, d’un travail colossal et très éprouvant pour les nerfs. Tous ceux qui participent à l’élaboration du film passent par des phases de désespoir, avant d’en être très rarement satisfaits !

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Je n’imaginais pas les épreuves, la minutie, le perfectionnisme, l’ampleur et la fatigue des tâches qui conduisent, dans le meilleur des cas, au sublime, ou au moins imparfait possible. La collaboration constante et infiniment créatrice entre le producteur, le ou les scénaristes et le réalisateur est impressionnante parfois de solidarité, souvent d’antagonismes surmontés, d’écoute, de tolérance, d’échanges puissants et sans concession, d’abandons puis de reprises, de pessimisme amendé par un optimisme que le travail fourni fait surgir.

Éprouvantes entreprises

Je n’aurais garde d’oublier les acteurs qui, choisis pour ce qu’ils vont apporter au film – sans le moindre doute pour certains, pour d’autres après moult hésitations et revirements -, peuvent faire preuve d’un caractère, d’une implication ou non, qui compliquent ou facilitent le processus de création.

Le réalisateur est le personnage central de cette magnifique et éprouvante entreprise, de sa conception à peine esquissée jusqu’à sa diffusion en majesté. On est effaré par le nombre d’incidents techniques, personnels, humains et psychologiques, que doit régler un metteur en scène appelé à se muer en médecin des âmes et des sensibilités avant d’être un maître dans son activité artistique. Et tous les réalisateurs n’ont pas la politesse, la patience et la tranquillité constante d’un François Truffaut !

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On ne peut pas non plus passer sous silence le rôle capital de l’auteur de la musique, qui a son idée se confrontant parfois à celle du réalisateur. Dans les moments de grâce, la musique de film n’est pas un ornement mais une puissance à part entière comme Ennio Morricone l’a toujours voulu.

Il faut rendre justice à l’infinie richesse de ce livre, de ses chapitres qui pour chaque film, mélangeant genèse, construction intellectuelle, détails techniques, approfondissement des personnages, anecdotes de tournage, focalisation sur les acteurs, histoire des rapports entre producteurs, scénaristes, réalisateurs et compositeurs, offre un panorama complet et passionnant de la tâche himalayesque d’une œuvre menée à terme ! Je ne traiterai plus jamais le cinéma à la légère.

448 pages.

New York: la plus grande ville juive du monde peut-elle élire maire Zohran Mamdani?

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L’ultra-progressiste Zohran Mamdani est loin d’être uniquement cet opposant « radical » à Trump que nous présente la bonne presse…


Les résultats du vote à la primaire démocrate pour la Mairie de New York ont été connus 48h à peine après un bombardement américain sur l’Iran qui laissait peu de place médiatique à la victoire d’un inconnu à une élection municipale qui ne se tiendrait que six mois plus tard, victoire qui ne fut d’ailleurs officielle que le 1er juillet. Ce délai s’explique par le système de vote utilisé, vote à choix classés dans lequel les voix sont redistribuées en fonction du classement des candidats par chaque électeur. On aboutit à un résultat qui compare les deux candidats les mieux placés, les autres ayant disparu dans les décomptes successifs. Donc Zohran Mamdani, 33 ans, a gagné par 56% des voix contre 44% à Andrew Cuomo, ex-gouverneur de l’État de New York.

Ce système électoral, qui a été étrenné avec succès à New York, mais qui est déjà utilisé en Australie, en Irlande et dans l’État du Maine favorise les candidats les plus consensuels aux dépens de ceux qui sont plus clivants. Ne rêvez pas, il n’est pas près de s’appliquer en France. Est-ce à dire que Zohran Mamdani est un candidat modéré ?

Ennemi virulent d’Israël

Un ennemi virulent d’Israël, disent la plupart des organisations sionistes. Cela signifiait pour moi que New York, la plus grande ville juive du monde, même si le nombre de Juifs, un million environ, y est bien plus réduit qu’il y a cinquante ans, risque d’élire en novembre  un maire antisémite. À des amis New-Yorkais: j’ai demandé comment cela était possible… et leur réponse m’a sidéré…

Ils soutiennent Zohran Mamdani, jeune, intègre et expérimenté. Il défend la justice sociale, les travailleurs étrangers, arbitrairement pourchassés par la police d’immigration de Trump alors qu’ils travaillent et paient leurs impôts, mais qu’ils n’ont pas de permis de séjour à cause des dysfonctionnements administratifs. M. Mamdani réclame plus de crèches, des allocations pour les plus pauvres, un gel des loyers et plus d’inclusion pour les minorités. Et puis, il l’a dit et redit, il n’est absolument pas antisémite…

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Je précise que mes amis sont des Juifs orthodoxes très liés à Israël, que l’épouse a longtemps travaillé dans une grande organisation sioniste et qu’ils habitent West End Manhattan, un des quartiers les plus huppés des États-Unis. 

Alors j’ai essayé d’en savoir un peu plus sur Zahran Mamdani.

Sa mère, Mira Nair, est une célèbre cinéaste indo-américaine. Son père, musulman d’origine indienne, éduqué en Ouganda, est aujourd’hui un des critiques de l’impérialisme les plus influents du monde anglophone. Il est titulaire à Columbia de la chaire de Sciences politiques Herbert Lehman, nommée d’après un homme politique du New Deal, philanthrope juif et sioniste convaincu. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’en est pas de même de Mahmoud Mamdani, qui s’est révélé depuis le 7-Octobre un opposant d’Israël parmi les plus virulents du campus.

Les Talibans, c’est la faute aux néoconservateurs américains !

Ses livres, dont ses partisans disent que certains sont des chefs d’œuvre, reposent sur la thèse que la violence n’est pas culturellement liée à l’islam mais qu’elle provient des choix effectués par les puissances impérialistes dans un désir de domination. Ce sont elles qui dans un but anti-soviétique ont favorisé  en Afghanistan l’islam religieux, elles qui ont fait naitre un Etat juif fondé sur une identité ethno-religieuse, elles aussi qui avaient créé au Rwanda des identités hutu et tutsi artificielles dont le résultat fut un génocide. Mahmoud Mamdani prétend que toute violence est politique et doit être contextualisée. Il plaide en Palestine pour un état non identitaire, post national et post ethnique où Juifs et musulmans se mélangeraient sans accroc. En somme une laïcité à la française de rêve…

Mahmoud Mamdani façonne ses thèses sur ces postulats préétablis, refuse toute culpabilité qui ne serait pas impérialiste, oublie l’expulsion des Juifs du monde arabe comme la charte du Hamas et prône un futur idyllique qui ne pourrait se transformer qu’en cauchemar pour une minorité juive. 

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Son fils reconnait à Israël le droit à exister, mais si on l’interroge mieux, on voit qu’il voudrait que chacun y ait des droits égaux, que l’apartheid qu’il dit exister actuellement disparaisse et que les Palestiniens bénéficient du droit au retour. Le 8 octobre, il a regretté les morts des deux côtés, n’a pas cité le Hamas et a fait porter la responsabilité sur l’occupation israélienne. Inutile d’ajouter que l’existence d’un génocide à Gaza est pour lui une évidence. Il a demandé à mondialiser l’intifada et a répondu aux critiques que intifada, c’est aussi le terme par lequel on traduit en arabe l’insurrection du ghetto de Varsovie, donc un terme indiscutablement honorable. En somme, sous un couvercle universaliste une garantie de destruction d’Israël.

Comme étudiant il avait été au premier rang des manifestations de BDS et de Students for Justice in Palestine. Il accuse aujourd’hui Netanyahu d’être un criminel de guerre génocidaire. Il réserve d’ailleurs les mêmes qualificatifs à l’Indien Modi.

Soutenu par Bernie Sanders

S’il répète la pensée paternelle, il a ajouté son sourire, son charisme, son expertise en réseaux sociaux, ses talents de rappeur et producteur hip-hop ainsi que son expérience personnelle de juriste auprès des mal-logés de New York. Tout cela explique l’engouement auprès des jeunes et le soutien de poids lourds de la gauche progressiste américaine, Alexandria Ocasio‑Cortez, la célèbre  AOC, la pasionaria pro-palestinienne Linda Sarsour et le sénateur Bernie Sanders. Car la victoire de Zharan Mamdani, c’est la victoire d’un parti démocrate progressiste sur un parti démocrate traditionnel tétanisé depuis la victoire de Trump. D’autres établiront peut-être les liens de ce courant progressiste avec un financement qatari dont l’importance n’est plus à démontrer.

Le discours de Zohran Mamdani convient aux mouvements juifs antisionistes  devenus très présents sur la scène américaine tels «Jewish Voice for Peace» ou «IfNotNow», sans compter probablement aux 30 000 familles Satmar de Williamsburg, sensibles aussi aux questions de loyers. Mais sa victoire a été aussi digérée, et parfois même soutenue, par des Juifs sionistes authentiques sensibles aux questions de justice sociale, très soucieux de paix et de morale et souvent aussi très hostiles à Benyamin Nétanyahou. Tels sont Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat et Jerry Nadler, inamovible représentant démocrate de Manhattan au Congrès, deux personnalités politiques juives majeures de New York qui, après sa victoire ont félicité Zohran Mamdani, certainement à contre-cœur, mais l’ont félicité quand même.

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Zahran Mamdani a bénéficié du soutien des jeunes, des mal-logés et de tous ceux qui voudraient un parti démocrate plus progressif et qui ont accusé Andrew Cuomo, l’ex-gouverneur de l’Etat de New York, longtemps en tête des sondages, de collusion avec les Républicains. M. Cuomo représentait d’autant plus le «vieux monde», celui des liens avec les syndicats plutôt qu’avec les jeunes, qu’il avait dû démissionner de ses fonctions de gouverneur à la suite d’accusations de harcèlement sexuel. Celles-ci n’ont finalement pas été retenues par la justice mais sa réputation en a été définitivement entachée, d’autant que c’est à l’Etat donc au contribuable new-yorkais de payer les 60 millions de dollars de frais de procédure. Cuomo sera malgré tout encore candidat en novembre sous un autre nom de parti mais ses chances seront très faibles. 

Ce sera aussi le cas du maire actuel Eric Adams, un policier noir dont l’arrivée à la Mairie représentait y a quatre ans une remarquable success story. Sa mandature a été mise à mal par une accusation de corruption liée à des passe-droits sur l’immeuble bâti pour la délégation turque à l’ONU, et sur lequel pesait l’exigence de Erdogan d’inauguration rapide, pour la session d’ouverture de l’ONU. Eric Adams qui n’a pas osé participer à la primaire démocrate se présentera en candidat indépendant, mais on ne donne pas fort de ses chances, même si toute procédure ici encore a été abandonnée, car sur lui pèse la suspicion d’avoir cédé à l’administration Trump et ses exigences d’expulsions en échange d’un non-lieu personnel.

Aussi bien Cuomo que Adams ont d’excellentes relations avec la communauté juive. Je le regrette pour mes amis New-Yorkais, mais je doute qu’il en soit de même pour Zahran Mamdani, désormais favori des sondages. Son élection apporterait une nouvelle fois la démonstration qu’une campagne axée sur d’âpres sujets économiques et sociaux, tels les bons alimentaires et les réductions d’abonnements de transports devient plus plaisante et plus mobilisatrice si elle s’effectue sous un couvercle de détestation d’Israël. Jean-Luc Mélenchon l’a bien compris.

Wimbledon, l’élégance à l’anglaise

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Seul le service-volée, qui tend à disparaitre, manque aux conservateurs et autres esthètes du beau jeu…


En plein cœur d’une époque qui pèche trop souvent par défaut d’élégance, Wimbledon est l’un des tout derniers bastions où la tradition résiste à la modernité. À l’écart d’un monde devenu fou, le All England Club, antre de la compétition, est un havre de paix où les balles que l’on s’échange sont jaunes et n’ont d’autre objectif que celui de tuer les illusions de l’adversaire ; rétif à la déconstruction de tous les repères, le tournoi londonien résiste aux progressistes zélés ; comme pour défier le temps qui défile, la quinzaine pose son ancre sur la vie.

Les tenues blanches tranchent avec les accoutrements criards de l’époque et, dans leurs uniformes immaculés, les joueurs rivalisent d’une classe qu’aucun défilé de mode sans doute n’égalera : a-t-on d’ailleurs jamais vu homme plus élégant que Roger Federer entrant sur le court en costume nivéen ou – pardonnez-moi ce jugement peu dans l’esprit du temps – femme plus belle que Maria Sharapova dans sa robe blanche ? Les rythmes binaires de la musique moderne sont remplacés par le bruit sourd des échanges qui perturbent à peine le flegme des spectateurs. La chaleur pose son dôme en plein cœur d’un été à propos duquel on pense encore naïvement qu’à l’instar de l’enfance ou des moments heureux, il ne terminera jamais. 

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Wimbledon a accouché des plus grands champions de l’histoire du jeu : Fred Perry, avant d’être la marque prisée par les mods et la jeunesse politisée, fut pendant plusieurs décennies le dernier joueur de tennis britannique à inscrire son nom au palmarès avant qu’Andy Murray ne rectifiât l’anomalie ; Stefan Edberg et Boum Boum Becker, l’eau et le feu, les deux héros de mon enfance, jouèrent trois finales consécutives au tournant des années 90 ; l’esthète Roger coiffa les lauriers à huit reprises, une fois de plus que le plus grand joueur de tous les temps, Novak Djokovic, et que Pete Sampras ; chez les femmes, Martina Navratilova vint gagner au filet neuf éditions, Steffi Graff et Serena Williams raflèrent la mise à sept reprises, la Française Suzanne Lenglen remporta le dernier de ses six titres il y a tout juste un siècle.      

Si Wimbledon est le tournoi des traditions, certaines se dérobent toutefois. Pendant longtemps, le service-volée a dicté le rythme des rencontres. Ce coup exercé à la hussarde est le mariage de la puissance et de la finesse, l’esthétisme des guerriers, la preuve que la virilité est une question d’audace plus que de gros coups assénés à la force du bras ; cet enchaînement est l’art des funambules et des voltigeurs ; il est une intrusion aux confins du territoire adverse que l’on pourrait, si l’on n’y prenait garde, confondre avec une déclaration de guerre ; il est la stratégie des impatients qui veulent finir en deux coups là où d’autres usent et abusent des préliminaires. Désormais, prudence oblige, on reste le plus souvent au fond du court. 

Wimbledon restera toutefois Wimbledon tant que les crépuscules de début d’été darderont leurs derniers rayons sur le Central Court, que l’anglais de la BBC nous paraîtra aisé à comprendre, que les Anglais mangeront des fraises accompagnées de crème dans les gradins et que le gazon, martyrisé par le martèlement des pas, finira, comme toutes les chevelures, par se clairsemer au fil de la quinzaine. À la fin de celle-ci, cette année comme toutes les précédentes, un peu de l’été s’en sera allé, les jours et nos vies auront perdu de leur longueur et de nouveaux champions auront inscrit pour l’éternité leur nom à l’auguste palmarès. 

Le créole pour tous!

Le leader de lextrême gauche et chantre de la « Nouvelle France » n’a rien compris au créole. Il le sait, mais, pour prendre le pouvoir, il est un « déconstructeur » prêt à tout qui s’assume.


Jean-Luc Mélenchon a proposé dernièrement de rebaptiser la langue française et de l’appeler désormais « langue créole ». Cela ressemble fortement à une conversion forcée, car la langue française ne répond pas à la définition du créole que donne le Larousse : « langue née du contact d’une langue européenne avec une langue locale ou importée et devenue langue maternelle dans une communauté créole ». Il existe des créoles à base de français, d’anglais, de portugais, etc. ; issus de la colonisation et de l’esclavage, et qu’on trouve historiquement dans les contrées les ayant connus. Si donc, certains créoles se sont constitués à partir du français, c’est qu’il y a bel et bien du français ! Précisons immédiatement que les créoles sont des langues à part entière, qu’il n’y a donc aucune discrimination dans le fait de dire que la langue française n’en est pas ; c’est simplement une question de constitution.

Ben mon côlon (colon)

Jean-Luc Mélenchon a également affirmé que le français, créole ou non cette fois-ci, n’appartenait plus aux Français mais à tous ceux qui le parlaient de par le monde. Ajoutant que ce sont les gens qui vont à la langue et pas la langue qui va à eux. Drôle de formule qui contredit l’Histoire puisque si d’autres que les Français parlent le français, mis à part les amoureux inconditionnels qui ne sont jamais légion, c’est bien parce que la langue française est allée à eux et pas avec des pincettes ! Par ailleurs, le fait qu’une trentaine d’autres pays que la France parlent le français, est une bonne nouvelle dans le globish généralisé, mais cela n’implique aucunement que le français ne serait pas la langue de la France. Quant aux apports des autres langues qu’on trouve dans la nôtre, apports qu’on trouve du reste dans bien d’autres langues, nul n’a jamais songé à les nier, mais ces apports, souvent sous forme de mots, n’ont pas affecté les structures essentielles de la langue française. Enfin, Jean-Luc Mélenchon a introduit sa proposition en affirmant que la langue française était langue coloniale et impériale ; ce qui contredit le principe même de « langue créole » !

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Cela n’a jamais empêché que la langue française dont on semble toujours déplorer je ne sais quelle rigidité d’extrême droite n’est-ce pas, connaisse des rencontres heureuses entre créole précisément et elle-même. Voir les littératures antillaises et africaines qui nous offrent des mixages linguistiques luxuriants et baroques. Mais, précisément, cela s’appelle littérature, laquelle réalise des écarts à la norme que réalisent d’autant mieux ceux qui, précisément, connaissent la norme…

Les derniers seront les premiers

Et Jean-Luc Melenchon le sait parfaitement qui pratique un français souvent savoureux, qui n’hésite pas à nous servir quelques imparfaits du subjonctif etc. Dans le genre : « Je maîtrise la langue », il n’est pas le dernier !

En revanche, le sont tous ceux auxquels on fait croire qu’il n’est en rien nécessaire d’apprendre lexique, grammaire, orthographe, et qu’ils peuvent baragouiner toute leur vie avec deux noms, trois adjectifs et quatre verbes, et que cela profitera à la créolisation mondialisée à laquelle nous serions appelés.

Alain Bentolila, linguiste, s’est exprimé au sujet de ce projet (Marianne du 24 /6 et Le Figaro du 28/6) et je renvoie le lecteur à ce qu’il en dit. Il avance même l’idée que Jean-Luc Mélenchon voudrait être le seul à parler… De fait, vouloir embellir la pauvreté linguistique des jeunes avec l’idée que tout cela serait du créole en devenir est une imposture et permet, effectivement, d’être le seul, au bout du compte, à détenir la parole. On ne peut également s’empêcher de penser qu’il s’agit, une fois de plus, d’un exercice de dépossession nationale tant l’idée d’une « identité française » qui passerait par « la langue française » serait à abattre, et qu’il faudrait derechef lui en substituer une autre. Mais, ironie de l’histoire, cette dépossession touche également les langues créoles qui tiennent à leur particularité et ne veulent pas être noyées dans l’indistinction. Il aura donc réussi à fâcher tout le monde ! 

Bref, il n’y a rien qui va dans cette histoire. Mais on aura compris que si la langue française n’est pas une « langue créole », il s’agit qu’elle le devienne…

La dérive iranienne des Insoumis

Le soutien implicite de certains députés de La France insoumise à l’Iran s’explique. L’hostilité systématique envers Israël du parti de M. Mélenchon est une dérive idéologique dangereuse où l’antisionisme est devenu un principe structurant.


Le 17 juin, à l’Assemblée nationale, la députée LFI Alma Dufour parla de l’Iran comme de l’Etat agressé, d’Israël comme de l’Etat agresseur, juridiquement non fondé à s’engager dans une guerre. Le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Noël Barrot, accusa la députée d’être le porte-parole du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran. Mediapart a accusé le ministre de dégrader le niveau du débat parlementaire, comme si celui-ci avait été jusque-là porté à des hauteurs éminentes par les députés LFI…

Israël, nouvelle boussole politique de l’extrême gauche « antisioniste »

Mme Dufour, quand elle s’exprime sur le droit de la guerre, en faisant fi de près d’un demi-siècle de promesses de destruction d’Israël par le régime iranien, ne témoigne pas d’une conversion subite des représentants de LFI à un juridisme pointilleux. Non, elle applique le principe politique fondamental qui, sous la houlette de Mélenchon, détermine les positionnements de son parti : la dénonciation de l’ennemi.

L’incarnation de celui-ci pour une France insoumise, devenue France islamiste, c’est Israël. Mme Alma Dufour, militante écologiste, féministe et laïque, défend une théocratie terroriste dont l’oppression religieuse, la course à la bombe atomique et la répression des femmes sont des marques de fabrique cauchemardesques. Ce sont là des considérations mineures, car l’important est de ne pas dévier de l’objectif et de continuer en toute circonstance à dénoncer Israël. C’est le théoricien allemand du droit, Carl Schmitt, qui dans un ouvrage célèbre de 1927, avait placé la désignation de l’ennemi, interne ou externe, au centre de toute action politique.  

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Carl Schmitt offrit ses services à Hitler, qui n’en voulut pas, car il rejetait toute tutelle idéologique. Comme pour Heidegger, ce mépris du Führer fut salvateur pour Carl Schmitt à qui il laissa une porte de sortie après la guerre. Ce n’est pas seulement à l’extrême droite qu’il exerça son influence intellectuelle. L’ennemi était le Capital pour les marxistes et le Juif pour les nazis. Il est Israël pour les islamistes. C’est cet ennemi que Jean-Luc Mélenchon a cyniquement choisi. La dénonciation du « génocide » à Gaza résume aujourd’hui sa pensée politique.

Déguisements

Ce faisant, M. Mélenchon n’est pas le premier à avoir trahi ses engagements de jeunesse et à enrober cette trahison sous les déguisements de paix, de justice sociale et de défense des opprimés.

Au parti socialiste français des années 1930, la prééminence de Léon Blum n’était pas du goût de tous. Certains dénonçaient son attitude hostile envers l’Allemagne désormais sous la férule de Hitler et prétendaient que ses origines juives le rendaient inapte à comprendre les objectifs de celui-ci. Ces hommes, marqués par la saignée de la guerre de 14, avaient fait de la paix leur horizon politique et de ceux qui risquaient de déclencher des hostilités leurs ennemis irréductibles. Objectif honorable qui les a conduits à tout accepter : le réarmement de l’Allemagne, la remilitarisation de la Rhénane, l’annexion de l’Autriche, des Sudètes et de la Tchécoslovaquie et l’invasion de la Pologne (« Nous n’allons pas mourir pour Dantzig »). Leurs convictions pacifistes les ont plongés dans la plus abjecte collaboration avec le nazisme. Ces hommes formaient un pan important du parti socialiste français, aujourd’hui remisé aux oubliettes. Il n’en surnage guère que le nom de Marcel Déat. 

Jean-Luc Mélenchon a utilisé la figure de ce socialiste pacifiste autoritaire devenu un fervent partisan des nazis pour discréditer ses ennemis socialistes en les traitant de social fasciste. En réalité, outre que, en matière d’autoritarisme, le leader de LFI ne craint personne, le socialisme national de Déat peut être utilement comparé à son propre socialisme. Entre soutenir l’Iran de Khamenei et soutenir l’Allemagne de Hitler, il y a malheureusement quelques analogies…

Véhicules électriques: l’hémorragie du capital des ménages

À la revente, les véhicules électriques voient leur cote chuter par rapport aux véhicules thermiques. C’est la douche froide ! Comment l’expliquer ? Comment les concessionnaires automobiles et les particuliers peuvent-ils réagir face à ce phénomène ?


En France, la transition vers la mobilité électrique s’est accélérée à marche forcée, soutenue par des politiques publiques incitatives et un discours dominant sur la décarbonation du secteur automobile. Pourtant, à mesure que le marché des véhicules électriques mûrit, une réalité plus rugueuse s’impose aux premiers acheteurs : la revente de ces véhicules d’occasion se heurte à un effondrement brutal des prix. Cette dépréciation anormale représente, pour de nombreux particuliers, une perte en capital d’ampleur inédite dans l’histoire récente de l’automobile.

C’est pas l’Argus, ici !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors qu’un véhicule thermique perdait traditionnellement entre 35 % et 45 % de sa valeur au bout de trois ans, les véhicules électriques, eux, voient leur prix chuter de 55 % à 65 % sur la même période. Certains modèles affichent des valeurs résiduelles inférieures à 40 % du prix neuf à trois ans. La généralisation du leasing, combinée à l’arrivée de modèles chinois bon marché, a accru la pression sur les prix du marché de l’occasion, provoquant un phénomène de « désolvabilisation » des vendeurs particuliers.

Ce phénomène constitue l’un des effets pervers les plus sous-estimés de l’effondrement du marché de l’occasion des véhicules électriques. En théorie, un particulier devrait pouvoir revendre son véhicule pour financer l’achat d’un nouveau modèle, voire rembourser le solde d’un crédit ou d’un contrat de location. Or, dans la pratique, la chute brutale de la valeur résiduelle des véhicules électriques empêche de plus en plus de propriétaires de sortir sans perte d’une location avec option d’achat (LOA) ou d’un prêt auto. La décote est telle qu’il faut parfois ajouter plusieurs milliers d’euros pour solder un contrat ou financer un véhicule de remplacement. Cette situation piège les ménages dans des véhicules devenus invendables à un prix raisonnable, et les prive de leur pouvoir de mobilité. En retour, elle fragilise l’un des ressorts essentiels du marché automobile : la fluidité de l’échange entre le neuf et l’occasion. À terme, cette désolvabilisation pourrait nourrir une méfiance durable à l’égard de l’électrique, en particulier dans les classes moyennes, premières visées par les politiques d’incitation.

Location avec Option d’Achat : engagez-vous qu’ils disaient…

Prenons un exemple simple. Un ménage ayant acheté une voiture électrique neuve en 2021 pour 35 000 euros (bonus écologique déduit) peut aujourd’hui espérer en tirer entre 12 000 et 15 000 euros à la revente. La perte sèche s’élève donc à environ 20 000 euros en trois ans, soit une dépréciation annuelle de près de 6 700 euros, bien au-delà des standards historiques.

En tenant compte des données disponibles, on estime qu’environ 200 000 véhicules électriques sont revendus chaque année par des particuliers. Même avec une hypothèse prudente de 10 000 euros de perte moyenne excédentaire par véhicule (par rapport à une dépréciation « normale »), cela représenterait 2 milliards d’euros de pertes en capital supportées chaque année par les ménages français.

Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il concerne une population souvent encouragée à investir dans l’électrique par des aides publiques et des incitations fiscales. Pour certains foyers modestes, il s’agit d’un investissement équivalent à plusieurs années d’épargne.

Face à ce retournement de marché, les concessionnaires tentent de limiter leur exposition. Pour les véhicules en LOA, certains réseaux refusent aujourd’hui les reprises à la valeur résiduelle fixée initialement, obligeant les clients à acheter leur véhicule à perte ou à le restituer sans espoir de revente avantageuse. D’autres préfèrent « gonfler artificiellement » les prix de reprise sur des modèles thermiques, tout en durcissant les conditions de reprise des véhicules électriques.

Plus stratégiquement, les concessionnaires privilégient aujourd’hui les offres de location longue durée (LLD) sur les véhicules électriques neufs, afin de transférer le risque de décote sur des sociétés de financement, ou sur le constructeur lui-même. Dans certains cas, les stocks de voitures électroniques d’occasion invendus sont réexportés vers d’autres marchés, en particulier en Europe de l’Est ou au Maghreb, à des prix fortement décotés.

Ce désajustement entre le prix d’achat et la valeur de revente constitue non seulement une atteinte au patrimoine des ménages, mais risque aussi d’éroder la confiance dans la transition électrique. Si l’électrification devait s’accompagner d’un appauvrissement net des particuliers ayant cru au discours officiel, la suite de la transition pourrait se heurter à une défiance croissante, voire à une crispation sociale.

En somme, l’effondrement du marché de l’occasion des véhicules électriques révèle une asymétrie mal anticipée entre politique industrielle, comportements de consommation, et réalité économique. Tant que le problème de la valeur résiduelle des véhicules électriques ne sera pas stabilisé, la promesse d’une transition juste et soutenable restera partiellement illusoire.

Les hauts et les bas de la liberté de parole en France

La militante racialiste Rokhaya Diallo a perdu son procès en appel contre l’écrivain Pascal Bruckner. De son côté, Aymeric Caron tente de faire taire CNews — ex-I>Télé, où il présentait autrefois les actualités. Le procureur général Rémy Heitz, quant à lui, s’indigne d’une sortie extra-scolaire organisée pour des étudiants magistrats. Si l’on peut déplorer que les tribunaux et les instances de régulation soient de plus en plus sollicités par ceux qui cherchent à faire taire la parole d’autrui, il ne faut pas pour autant céder au découragement.


Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent.
Éphésiens 4:29.


Les juridictions françaises parviennent parfois à se hisser à la hauteur de la mémoire de Voltaire.

Peut en témoigner Rokhaya Diallo, qui vient d’être déboutée en appel de son recours en diffamation contre l’écrivain Pascal Bruckner, héraut de la laïcité et de la liberté d’expression. Rappelons qu’elle avait signé une pétition dénonçant le soutien à Charlie Hebdo au lendemain de l’attentat de la nuit du 1er au 2 novembre 2011, laquelle relativisait le cocktail molotov ayant causé des dégâts aux locaux du journal. Au cours d’une émission télévisée, en octobre 2020, Bruckner avait reproché à la « féministe intersectionnelle et décolonialiste » d’avoir « armé le bras des tueurs » et « poussé à la haine », contribuant avec d’autres à « la mort des douze de Charlie Hebdo » lors des attentats de janvier 2015. Est indéniable l’hyperbole du littérateur, qui soulevait une responsabilité morale, mais l’ « indivisible » féministe avait toute latitude pour répondre et remettre quelques pendules à l’heure et surtout, en l’espèce, de rectifier le tir. Une burqa s’est-elle déchirée brusquement dans son esprit? Toujours est-il qu’elle opta plutôt pour une indignation surjouée, quitta le plateau avec fracas, hurlant au « scandale » et promettant de s’adresser à la justice afin de lui jeter en pâture cet insolent Blanc. Elle tint parole. Mal lui en prit.

Par ailleurs, l’élève Aymeric Caron récidive en allant se plaindre au surveillant de la cour de récré, M’sieur l’Arcom, au sujet du traitement réservé à Shannon Seban par Pascal Praud de CNews, laquelle s’exprimait sur le racisme et la xénophobie du RN ainsi que sur son livre Juive, et alors?. L’intervieweur s’exclama ainsi : « Je ne comprends rien à ce que vous dites. C’est un méli-mélo de choses, de poncifs et de phrases creuses ». Si ce n’était que ça. Il eut l’outrecuidance d’émettre ce jugement sur son livre (objet sacré en France) : « Je vous assure, c’est incompréhensible. Pour moi, c’est une sorte de bouillie intellectuelle ». 

Au pays de Jean-Paul Sartre, de Jacques Derrida, et d’Alain Robbe-Grillet, on ne peut évidemment badiner avec de tels propos. On peut même parler en l’occurrence de lèse-écrivain : nous sommes en France.

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Et ne s’est pas fait attendre la réaction d’Aymeric Caron, député apparenté à La France Insoumise (non accompagné par Rima Hassan cette fois, sans doute retenue ailleurs); saisi d’indignation :

« Je saisis l’Arcom pour cette séquence où l’ensemble du plateau de CNews, y compris son présentateur Pascal Praud, prend fait et cause pour le Rassemblement national en tentant d’humilier l’invitée Shannon Seban, accusée d’avoir écrit de la « bouillie » dans un livre où elle dénonce précisément l’islamophobie et l’antisémitisme du RN, lucidité que l’on se doit de saluer… CNews est censée être une chaîne d’information qui produit, donc, de l’information (ici il n’y en a pas), avec un équilibre de points de vue (ici c’est juste un plateau pro-RN). »

Là encore, on peut se demander de prime abord s’il est du ressort de M. Caron, a fortiori de l’Arcom, de se prononcer sur la qualité ou la fiabilité des éléments produits par CNews, ou d’ailleurs par n’importe quel média. Est contraire à la liberté de la presse l’imposition d’un format donné comportant dans telle ou telle émission l’intervention de participants aux convictions divergentes. La presse d’opinion n’a rien d’illégitime. Au citoyen de faire les recoupements avec d’autres sources concurrentes (dont France Télévisions, qui semble justement établir un sain équilibre puisqu’elle est vertement critiquée par M. Praud) et de former son propre jugement sur l’intégrité intellectuelle des participants à l’émission. Si tel est son bon plaisir. Au lieu de l’anathème, Caron eût été plus inspiré de faire tout simplement la promotion du livre de madame Seban, en vente dans toutes les bonnes librairies.

Le grand frère protecteur de Shannon aurait peut-être dû penser que si celle-ci a accepté de donner une entrevue à CNews, c’est peut-être en toute connaissance de sa ligne éditoriale. Elle aurait plus qualité pour agir qu’Aymeric.

Mais Caron, tout bien intentionné fût-il, appartient à un courant de pensée inspiré, sinon encadré, par des textes à valeur canonique destinés à être décortiqués par les exégètes, et toujours prêt à sanctionner l’hérésie. Le tribunal du peuple et l’Inquisition, même démarche intellectuelle. A défaut, les nostalgiques de l’Index vaticanesque aboli se rabattent aujourd’hui en France sur une éventuelle fatwa de l’Arcom.

Concluons sur une note plus légère, où est en jeu la liberté pédagogique, qui relève de la liberté, plus générale, de parole.

Eric Dupond-Moretti s’est reconverti dans le théâtre (à supposer que, pour un avocat pénaliste, on puisse parler de « reconversion » quand il y a simplement changement de salle), que l’on pourrait qualifier de « théâtre-vérité ». Un « homme-spectacle » comme disent les Anglo-Saxons. Il évoque avec humour les failles de la Justice et notamment celles de Rémy Heitz, à l’heure actuelle procureur général près la Cour de Cassation, qu’on ne saurait sans exagération qualifier de commensal de l’ex-garde des Sceaux. Dans un but didactique, les élèves de la classe prépa Talent de l’ENM-Paris (aspirants magistrats) ont eu droit à une représentation.

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M. Heitz contacta la direction de l’école afin d’exprimer son irritation, qu’il justifie en ces termes :

« Comme préparation au grand oral de l’ENM, il y avait sans doute meilleur choix que le seul-en-scène de l’ancien garde des Sceaux, où la Justice en prend tout de même pour son grade…

C’est vrai que Dupond-Moretti se moque allègrement de moi et de mon prédécesseur, dans son spectacle, et que je me retrouve sur la sellette. Sans vouloir remettre en cause la liberté pédagogique des professeurs [Note : personne n’en a douté], il m’a semblé que cette sortie n’était pas très opportune et je peine à voir sa dimension culturelle [Note : on le croit volontiers]. Ce spectacle n’est sans doute pas la meilleure préparation au concours qui soit. À titre personnel [Note : cela va de soi], j’ai trouvé ça très moyen et je l’ai fait savoir. »

Cependant, que l’on se rassure, il ne s’agissait pas de vengeance. Honni soit qui mal y pense. C’est seulement à titre de vice-président du conseil d’administration, et donc de bon gestionnaire qu’il a exprimé ses réserves :

« Si chacun avait payé sa place, je n’aurais rien dit [Note : nul doute à ce sujet]. Mais les billets d’entrée, qui se chiffraient à plusieurs centaines d’euros, dans un théâtre privé [le Marigny], ont été financés sur les fonds de l’école, autrement dit avec l’argent du contribuable. Ce qui est contestable et ne m’a pas semblé très malin. »

Son intervention ne suscite donc aucun conflit d’intérêt. Cela dit, que ce strict gestionnaire soit rassuré : le contribuable, qui est aussi un justiciable, ne peut qu’approuver l’intégration à la formation préparatoire des candidats à la magistrature un tableau sur scène exposant les impairs de l’institution judiciaire, qui sont parfois encore plus riches d’enseignement que ses (immenses) réussites.

La liberté de parole n’est donc pas morte en France, en dépit de regrettables brèches. Chose certaine, les esprits sensibles devraient comprendre que l’indignation vociférante est souvent contre-productive car elle peut même donner un retentissement accru aux paroles des contradicteurs. Pour mémoire, la plaidoirie de l’avocat impérial Ernest Pinard visant Madame Bovary pour outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs en 1857, est, en soi, un chef d’œuvre sur le plan de la critique littéraire qui n’a rien à envier à Sainte-Beuve ; les adjectifs « lascive » et « voluptueuse » y sont récurrents. Fut ainsi assurée une publicité inespérée à l’auteur encore inconnu Flaubert. Plus récemment, il est permis de penser que la (par ailleurs discutable) fatwa de l’ayatollah Khomeini a considérablement contribué aux gros tirages des Versets sataniques de Salman Rushdie. Enfin, M. Dupond-Moretti doit un billet de faveur à Rémi Heitz puisqu’il devra sans doute organiser des soirées supplémentaires afin de répondre à la demande accrue.

Le silence, le cas échéant teinté d’une petite dose de mépris, est parfois d’or. Telle est donc la leçon de bon sens à tirer.

Mais patience. Nous sommes en France.

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Le chanteur antisioniste, la canicule et l’ex-petite copine juive

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Le chanteur hollandais Douwe Bob photographié en 2016 © Martin Meissner/AP/SIPA

À Amsterdam, une rencontre sportive et familiale juive a dégénéré en âpres discussions sur la signification du mot « sionisme » et avec la fuite de l’artiste qui devait s’y produire et qui le tient en horreur.


Le chanteur en question s’appelle Douwe Bob, Amstellodamois trentenaire fort en gueule qui n’a pas hésité à se qualifier de « garçon juif, en quelque sorte ». Contre toute évidence généalogique, d’ailleurs.

Coup de chaud

Dimanche 29 juin, Douwe Bob était l’invité de la fête annuelle Jom Ha Voetbal1 sur les terrains du club de football AFC dans le sud d’Amsterdam. Autour d’un tournoi de foot pour de très jeunes garçons et filles y convergent traditionnellement de nombreux membres de la communauté juive de la capitale néerlandaise et d’ailleurs, toutes tendances politiques et religieuses confondues.

Sous un soleil de plomb, des fans de Douwe Bob, souvent en tenue sportive, attendaient avec impatience l’arrivée, en retard, comme sied à une vedette, du chanteur qui cependant les saluait avec les propos suivants: « Bonjour, j’ai vu ici tant de manifestations de sentiments que j’abhorre, que j’ai décidé d’annuler mon concert. Votre fête a été séquestrée par des organisations politiques, avec leurs slogans et leurs pamphlets. Je suis un garçon juif d’Amsterdam, en quelque sorte, mais je m’oppose au sionisme. »

Après leur avoir souhaité une bonne continuation, il a tendu son micro à un technicien et s’est hâté, avec son guitariste, vers la sortie où l’attendait sa moto.

Les jeunes fans n’y ont pas compris grand-chose, à en croire des parents présents et forcés d’expliquer les propos sibyllins. L’hebdomadaire Nieuw Israëlitiesch Weekblad cite une mère qui, jugeant sa fille de 10 ans trop jeune pour une dissertation sur le sionisme, lui a menti et a affirmé que Douwe Bob avait eu un coup de chaleur et, de ce fait, était incapable de chanter… Un père de famille, journaliste et intellectuel connu, s’est creusé les méninges sur l’explication qu’il se devait de donner à son gamin, à savoir que pendant une fête juive un chanteur avait boudé de jeunes Juifs sur un thème qui les dépasse totalement.

Le poster de la discorde

Il paraît qu’un poster près de la scène d’une organisation de jeunes Juifs, Netzer, où figure le mot néerlandais « zionistisch » ait éveillé le courroux du chanteur. Netzer se tient cependant éloigné des controverses sur la politique de Benyamin Nétanyahou. Un autre stand, plus éloigné de la scène, chantait cependant les louanges de Tsahal, a en revanche constaté un journaliste du journal AD.

Le fait divers n’a pas manqué de se répandre comme une trainée de poudre dans le petit monde politico-journalistique pendant ce dimanche caniculaire. Des politiciens israélophiles de haut niveau s’en sont mêlés, comme la dirigeante liberale Dilan Yesilgöz, qui a accusé Douwe Bob de « haine contre les Juifs ».

J’ai un très bon ami juif…

Le soir même, dans un programme d’actualités à la télévision, le chanteur a affirmé que ses propos lui avaient valu des menaces de mort. Il s’est défendu maladroitement en disant qu’une de ses (nombreuses) ex-copines était juive, Israélienne même. Laquelle ex ne manqua pas de manifester sa désapprobation d’être ainsi utilisée comme alibi… Douwe Bob a rappelé aussi que, l’année dernière, il avait chanté une chanson lors de l’ouverture du musée de l’Holocauste à Amsterdam, tandis que, dehors, des manifestants hurlaient leur haine contre la présence du président israélien Isaac Herzog.

L’affaire passionne les médias néerlandais, où de doctes digressions sur la signification du mot sionisme alternent avec des rappels des nombreux cas d’infidélité conjugale de Douwe Bob, qui représenta les Pays-Bas à l’Eurovision de 2016, ou il termina onzième.

Mercredi matin, le 2 juin, Douwe Bob a annoncé sa fuite sur Instagram, en voiture avec femme et enfant, hors des Pays-Bas suite à des menaces de mort. A l’en croire, sous escorte policière, ce que nient les autorités. Sera-t-il de retour le week-end prochain, alors qu’il est attendu à d’autres festivals d’été, sans sionistes cette fois-ci ?

  1. https://www.jomhavoetbal.nl/ ↩︎

Manuel Ostermann: le cri d’un flic dans une Allemagne à la dérive

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Manuel Ostermann photographié en 2023. DR.

Dans un pays où 12 attentats islamistes ont causé 20 morts et 118 blessés entre 2016 et 2024, le livre Deutschland ist nicht mehr sicher du policier est en tête des ventes en librairie. Nous l’avons lu.


Manuel Ostermann n’a jamais été du genre à plier devant les tabous. Policier dans la Ruhr, il a vu son pays se fracturer de l’intérieur, miné par une insécurité galopante. Dans son livre « Deutschland ist nicht mehr sicher » (« L’Allemagne n’est plus sûre »), publié en juin 2025 et déjà propulsé best-seller (n°1 sur Amazon), il vide son sac avec une franchise brutale : criminalité hors de contrôle, immigration débordante, police transformée en punching-ball…

Simbach am Inn : l’illusion migratoire de 2015

En 2015, Manuel Ostermann, jeune policier fédéral, est envoyé à Simbach am Inn, petite ville bavaroise à la frontière autrichienne, en plein cœur de la crise migratoire. Lui qui n’avait vu la guerre qu’à la télévision s’attendait à encadrer des familles syriennes brisées mais reconnaissantes. Quelle désillusion ! Il découvre une vague humaine, massive, indomptable, accueillie par des Bavarois en liesse brandissant des ours en peluche. Mais les bons sentiments s’effritent vite face à la réalité. Les Syriens aux regards hagards ? Quasi introuvables. À leur place, des hommes arabes qui jettent leurs passeports avant la frontière pour brouiller leur identité et éviter l’expulsion. Leur première exigence, assénée avec une assurance sidérante : « Où est le Wi-Fi ? ». Les policiers réalisent alors qu’ils n’ont pas affaire à des réfugiés fuyant la guerre, mais à des opportunistes venus chercher fortune en Allemagne, sans intention de s’intégrer.

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Ostermann, sonné, se retrouve à placarder des affiches expliquant comment utiliser des toilettes – sinon, c’est la nature qui fait office de latrines. À l’heure des repas, le spectacle est plus cruel encore : les hommes s’accaparent la nourriture, engloutissant les rations sous les yeux de femmes et d’enfants affamés. Le policier saisit alors une réalité brutale : cette vague humaine, ces dizaines de milliers de nouveaux arrivants, seront incapables d’adopter les us et coutumes européens. Une bombe à retardement vient de franchir la frontière.

De retour dans la Ruhr, Ostermann gravit les échelons, devient officier, s’engage dans le syndicalisme policier et rejoint la CDU. Il écoute ses collègues, recueille leurs récits. Tous convergent vers une même conclusion : l’Allemagne fonce tête baissée vers le chaos. La crise migratoire a planté les graines d’une fracture durable, dont les effets se font sentir dix ans plus tard.

Une Allemagne qui renie ses couleurs

L’Euro 2024 fait vibrer l’Allemagne, et dans les rangs des flics, on ose rêver d’un sursaut patriotique. Un écusson noir-rouge-or sur l’uniforme, une voiture de patrouille aux couleurs nationales : juste un signe pour dire « nous sommes là, pour l’Allemagne ». Mais l’État, sous Olaf Scholz, oppose un « verboten » cinglant. Neutralité, qu’ils disent. La fierté nationale ? Suspecte, dangereuse, trop chargée du poids de l’histoire. Dans une Allemagne qui se flagelle depuis 1945, brandir le drapeau noir-rouge-or reste un crime de lèse-mémoire.

Mais que vienne la Gay Pride, et tout change. Exit la neutralité. Les commissariats ont pour consigne de se parer d’arcs-en-ciel, les voitures de police deviennent des chars de parade. L’État, si pudibond face à sa propre identité, devient prêt à placarder son engagement progressiste jusqu’au Reichstag. Le summum ? Qatar 2022, match Allemagne-Japon. Nancy Faeser, ministre de l’Intérieur, trône en tribune, sans l’ombre d’un drapeau allemand. Mais sur son bras, bien visible, le brassard « One Love », étendard des minorités sexuelles.

Dans les commissariats, il est désormais interdit de demander le « dead name », le nom de naissance des suspects transgenres, de peur d’offenser les sensibilités. Les procédures s’évanouissent, la priorité absolue étant de ne heurter personne. La justice s’efface, et le drapeau arc-en-ciel impose sa loi.

Wokisme et islamisme : une alliance contre-nature

Ostermann dresse un constat alarmant : l’Allemagne est rongée par un mélange explosif de wokisme et d’islamisme. Prenons les « Omas gegen Rechts »[1], ces « Mamies contre la droite », un groupe de militantes âgées de 50 à 90 ans, drapées dans leur vertu progressiste. Subventionnées à hauteur de 5 000 euros pour « promouvoir la démocratie », ces féministes autoproclamées s’acharnent contre l’extrême droite. Pourtant, on les retrouve dans des manifestations pro-palestiniennes, keffieh au cou, défilant main dans la main avec des islamistes, parfois proches du Hamas. Une alliance paradoxale, comme le souligne Ostermann : comment des championnes de l’égalité des genres peuvent-elles fraterniser avec les tenants d’une idéologie qui opprime les femmes ?

Au cœur de ce mouvement, une figure : Cansın Köktürk, sorte de Rima Hassan allemande. Cette élue de gauche, expulsée du Bundestag en juin 2025[2] pour avoir arboré un tee-shirt « Palestine », incarne cette contradiction. Keffieh en bandoulière, elle scande des slogans anti-Israël. Mais où est son indignation face aux Iraniennes privées d’éducation, voilées de force, ou aux fillettes mariées sous la contrainte ? Silence radio. Pour Ostermann, le wokisme a ses obsessions : vouer l’Occident aux gémonies, brandir le keffieh comme un étendard, vilipender les forces de l’ordre. Ces « mamies » ne réalisent-elles pas qu’une société sans police serait leur propre arrêt de mort, livrée au chaos ?

Les chiffres sont éloquents. Entre 2024 et 2025, les infractions sexuelles bondissent de 9,3 %. La part des agresseurs non-Allemands grimpe de 15,7 %, celle des migrants de 10,3 %. Un sondage de 2025 sur Gayromeo révèle que 30 % des homosexuels interrogés envisagent de voter pour l’AfD[3], en réaction aux agressions attribuées à des populations arabo-musulmanes. La radicalisation de la gauche alimente celle de la droite, chaque extrême nourrissant son opposé.

Une police à l’agonie

Manuel Ostermann, sollicité pour un poste à la CDU, a choisi de rester sur le terrain, auprès de ses collègues. Les policiers, épuisés, font face à une délinquance juvénile en explosion, des agressions physiques, un sentiment d’abandon et un discrédit généralisé. Équipements vétustes, salaires indignes, lois obsolètes, manque de perspectives : les démissions s’enchaînent. S’ajoutent à cela des campagnes orchestrées sur les réseaux sociaux visant à museler les voix divergentes, entravant le travail des forces de l’ordre. Lors d’un rassemblement de la CDU, 11 policiers sont blessés par des activistes d’Attac et des antifas. Ostermann alerte : « Nous vivons dans un monde où les policiers auront bientôt besoin d’une protection policière. »

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L’extrême gauche, forte de 37 000 membres en 2023 (+1,4 %), dont 11 200 prêts à la violence, rejette structurellement la police, prônant son désarmement, voire son abolition. Une police affaiblie, c’est un pouvoir consolidé pour ces extrémistes. Mais la gauche modérée mesure-t-elle le danger d’un tel projet, qui précipiterait l’Allemagne dans l’anarchie ? Pour Ostermann, la police reste le dernier rempart de la démocratie.

Le drame de Rouven Laur : un symbole tragique

Le drame de Rouven Laur[4] hante Manuel Ostermann. Ce policier de 29 ans, tué en 2024 par un Afghan de 25 ans proche de l’État islamique, incarnait l’engagement des flics allemands. Laur, animé par une volonté d’intégration, avait appris l’arabe pour dialoguer avec les migrants, espérant construire des ponts. Mais son geste d’ouverture n’a pas suffi à le protéger. Poignardé lors d’une intervention, il est devenu un symbole des risques encourus par les forces de l’ordre face à une menace islamiste croissante. Ce meurtre a choqué l’Allemagne, révélant la vulnérabilité des policiers dans un climat de tensions exacerbées.

Les fêtes traditionnelles, telles que le Carnaval ou les marchés de Noël, sont désormais placées sous haute surveillance ou supprimées en raison de la menace terroriste. Entre 2021 et 2025, 365 891 entrées illégales à la frontière sont comptabilisées, un nombre supérieur à la population de Münster. En 2024, 79 crimes sont recensés chaque jour, ainsi que 761 viols collectifs dont 48 % des auteurs sont d’origine étrangère. Depuis 2011, 1 150 Allemands ont rejoint des groupes terroristes en Syrie et en Irak, dont seule la moitié est revenue. De 2016 à 2024, 12 attentats islamistes ont causé 20 morts et 118 blessés.

L’islamisme, menace numéro un

Pour Ostermann, l’islamisme, dopé par les flux migratoires, représente le danger numéro un pour l’Allemagne. Il asphyxie les cultures, fait annuler festivals et événements sportifs, entrave les libertés, et propage des discours anti-chrétiens et anti-israéliens, souvent teintés de soutien au Hamas. Des « territoires perdus », à l’image de ceux observés en France, voient le jour, où règnent la loi des clans et l’anarchie. Ostermann insiste, balayant un préjugé tenace : la police n’abandonne pas ces zones, elle se contente d’obéir aux ordres politiques. Son slogan claque comme une évidence : sans sécurité, ni liberté ni démocratie. Pour Ostermann, l’heure n’est plus aux diagnostics mais à l’ultimatum. L’Allemagne a franchi le seuil, et ce qui vient ne sera pas une crise, mais un basculement. Son livre ? Le dernier avertissement avant l’effondrement.

Manuel Ostermann, Deutschland ist nicht mehr sicher (en allemand), Éditions Deutscher Wirtschaftsbuch, juin 2025. 256 pages


[1] https://www.nouvelobs.com/monde/20250217.OBS100419/elections-en-allemagne-qui-sont-les-omas-gegen-rechts-ces-mamies-qui-se-battent-contre-l-extreme-droite.html

[2] https://www.lefigaro.fr/flash-actu/allemagne-une-militante-pro-palestienne-expulsee-du-bundestag-20250604

[3] https://www.causeur.fr/uberraschung-l-arc-en-ciel-vire-a-droite-afd-homosexuels-301862

[4] https://fr.aleteia.org/2024/06/17/sans-lui-cest-moi-qui-serais-mort-le-poignant-hommage-au-policier-poignarde-a-mannheim/

Dans la caravane

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Le bouchon de Tourves, Nationale 7. Unsplash.

Monsieur Nostalgie nous envoie une carte postale du Tour de France et en profite pour louer les vertus des « petites » routes. Il dit oui aux départementales !


Quand les températures grimpent, les villes surchauffent et les esprits s’échauffent ; dans les rues de la capitale, les altercations se multiplient, les incivilités polluent aujourd’hui le quotidien de tous les usagers (automobilistes, cyclistes, piétons, chauffeurs, etc.) comme si la courtoisie avait laissé place à l’insulte et à la menace. La cohabitation est ce rêve devenu impossible face à l’égoïsme de chacun. Un mot de trop, un coup de klaxon éruptif, une main levée en signe de désespoir et la situation peut dégénérer, virer au cauchemar urbain. La peur s’installe au volant ou au guidon. À chaque carrefour, le drame sourd. Nous sommes perpétuellement sur nos gardes. Les éclats de voix sont annonciateurs d’une violence sans filtre, ils n’ont plus le charme et le folklore à la Pagnol.

Bas instincts

Plus personne ne semble être maître de ses nerfs. Les citadins finissent par croire que la route n’est que désolation et embrouilles infinies. Qu’elle serait le théâtre seulement des plus bas instincts, l’expression décomplexée de notre face la plus sombre. Alors qu’à l’approche des vacances, une départementale ombragée est la promesse d’un avenir meilleur. Un doux présage. On s’y engouffre, on s’y prélasse et on s’y sent bien. Que les entrailles de notre pays ont fière allure avec leurs champs et leurs haies, leurs vaches et leurs rivières, leurs calvaires et leurs bornes Michelin. Regardez bien ces paysages du Berry, de la Creuse ou du Béarn, ces volutes à travers la campagne, ces îlots de calme et de fraîcheur, loin du fracas, ils dessinent les coutures de notre vieux pays, son armature des temps immémoriaux. Avec eux, on retrouve un peu d’évasion et d’apaisement. L’estime de soi. Ils sont propices à la rêverie et au temps enfin retrouvé. Cette province des bourgs et des villages a tant à nous apprendre, à nous souvenir, à nous rééduquer sur notre façon de conduire et de profiter de quelques jours arrachés à la virtualité assassine. Donnez-moi, durant une semaine, une Peugeot 404 aux ailes tendues ou une Lambretta fatiguée, un scooter à bout de souffle comme dans la chanson de Voulzy, et une route gendarmée par une rangée de platanes, je serai un homme heureux. Car la route et l’automobile n’ont pas toujours été des frères ennemis. Ces deux-là, ensemble, ont façonné un imaginaire collectif, celui des grands départs, des bouchons et de la famille réunie, tout ce qui manque cruellement aux peuples sans repères.

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Glorieuse Nationale 7

Partout en France, dès l’arrivée des beaux jours, la nostalgie des carrosseries anciennes réenchante l’asphalte. Aucun cœur, même le plus sec, ne peut résister à ces cortèges de voitures, de mobylettes et d’estafettes, à la queuleleu, c’est un peu notre tapisserie de Bayeux des heures mécaniques. Ils étaient encore plus de 800 au 43ème Tour de Bretagne début juin dans les Côtes-d’Armor. Les Français ont soif de cette farandole-là. Elle est pleine de vie et d’une communion d’esprit qui sédimente. Le succès de la Nationale 7 en est la preuve. Désormais, on la vénère, on la panthéonise, on lui restitue ses titres de gloire. Elle fait même de la concurrence à la Route 66, cette starlette américaine. Elle fut comme l’a montré un récent reportage à la télévision, l’épine dorsale gastronomique des Trente Glorieuses, le passage de témoin des mères nourricières aux chefs étoilés. On y mangeait bien et elle faisait partie de la magie du voyage. Elle était Le voyage. La route et les autos, cette longue histoire se perpétuera en juillet dans la caravane publicitaire du Tour de France. Elle passera peut-être par chez vous, avant le peloton et les hélicos de l’organisation. Vous ne la verrez pas dans le poste mais elle attire des milliers de personnes venus assister au dernier spectacle gratuit à retentissement mondial. Avec ses engins déguisés en forme de tasse à café ou de baril de lessive, elle est joyeuse, amusante, désuète, donc essentielle.

Quand elle traverse nos provinces et qu’elle est acclamée par des enfants, l’émotion nous étreint. Ce n’est rien, presque rien, et pourtant l’espoir renaît.

Tendre est la province

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Cinéma: l’envers du décor

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Le réalisateur Stanley Kubrick, 1er mai 1984 © MARY EVANS/SIPA

Les films nous racontent des histoires. Mais qui nous raconte celles des films ? Journaliste collaborant à Première et Télérama, l’historien du cinéma Olivier Rajchman revient sur des tournages mythiques du 7e art dans son dernier livre. Un ouvrage qui a changé le regard que notre chroniqueur porte sur le cinéma


On se rend dans une salle de cinéma, on regarde un film, on en sort ébloui ou déçu ou, pire, indifférent et on s’imagine peut-être qu’il n’y avait là rien d’extraordinaire. Un spectacle comme un autre. Quand on lit le remarquable livre L’Aventure des films, d’Olivier Rajchman, on comprend tout. Les très grands films sont des tours de force, des miracles.

Une sélection de vingt films

Pour apprécier cet ouvrage critique de haute volée, je l’admets volontiers, il convient d’être un amateur épris de cinéma, attentif à tout ce qu’il a apporté et sensible à son histoire, de l’éclat des stars aux modestes mais irremplaçables contributions des seconds rôles. Mais il est vrai que la connaissance du cinéma devrait faire partie de la culture générale, tant elle permet une vision du monde, de la société et de l’être humain, qui s’ajoute aux formations plus classiques.

Dissipons d’emblée un malentendu qui a failli m’égarer. Olivier Rajchman, dans son choix des vingt films qu’il considère comme emblématiques, ne se prononce pas sur leur excellence, leur supériorité qualitative mais explique parfaitement que chacun d’eux a été décisif dans la création d’un genre et qu’à ce titre il a sa place dans ce panthéon. Aussi bien « Autant en emporte le vent » que « À bout de souffle », « Chinatown » que « Barbie », « Le Dernier métro » que « Chantons sous la pluie » par exemple.

En lisant Olivier Rajchman, j’ai abandonné l’approche superficielle que j’avais du cinéma. J’ai maintenant conscience qu’il s’agit, dans tous les cas, d’un travail colossal et très éprouvant pour les nerfs. Tous ceux qui participent à l’élaboration du film passent par des phases de désespoir, avant d’en être très rarement satisfaits !

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Je n’imaginais pas les épreuves, la minutie, le perfectionnisme, l’ampleur et la fatigue des tâches qui conduisent, dans le meilleur des cas, au sublime, ou au moins imparfait possible. La collaboration constante et infiniment créatrice entre le producteur, le ou les scénaristes et le réalisateur est impressionnante parfois de solidarité, souvent d’antagonismes surmontés, d’écoute, de tolérance, d’échanges puissants et sans concession, d’abandons puis de reprises, de pessimisme amendé par un optimisme que le travail fourni fait surgir.

Éprouvantes entreprises

Je n’aurais garde d’oublier les acteurs qui, choisis pour ce qu’ils vont apporter au film – sans le moindre doute pour certains, pour d’autres après moult hésitations et revirements -, peuvent faire preuve d’un caractère, d’une implication ou non, qui compliquent ou facilitent le processus de création.

Le réalisateur est le personnage central de cette magnifique et éprouvante entreprise, de sa conception à peine esquissée jusqu’à sa diffusion en majesté. On est effaré par le nombre d’incidents techniques, personnels, humains et psychologiques, que doit régler un metteur en scène appelé à se muer en médecin des âmes et des sensibilités avant d’être un maître dans son activité artistique. Et tous les réalisateurs n’ont pas la politesse, la patience et la tranquillité constante d’un François Truffaut !

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On ne peut pas non plus passer sous silence le rôle capital de l’auteur de la musique, qui a son idée se confrontant parfois à celle du réalisateur. Dans les moments de grâce, la musique de film n’est pas un ornement mais une puissance à part entière comme Ennio Morricone l’a toujours voulu.

Il faut rendre justice à l’infinie richesse de ce livre, de ses chapitres qui pour chaque film, mélangeant genèse, construction intellectuelle, détails techniques, approfondissement des personnages, anecdotes de tournage, focalisation sur les acteurs, histoire des rapports entre producteurs, scénaristes, réalisateurs et compositeurs, offre un panorama complet et passionnant de la tâche himalayesque d’une œuvre menée à terme ! Je ne traiterai plus jamais le cinéma à la légère.

448 pages.

New York: la plus grande ville juive du monde peut-elle élire maire Zohran Mamdani?

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Alexandria Ocasio-Cortez et Zohran Kwame Mamdani, New York, 8 juin 2025 © Europa Newswire/Shutterstock/SIPA

L’ultra-progressiste Zohran Mamdani est loin d’être uniquement cet opposant « radical » à Trump que nous présente la bonne presse…


Les résultats du vote à la primaire démocrate pour la Mairie de New York ont été connus 48h à peine après un bombardement américain sur l’Iran qui laissait peu de place médiatique à la victoire d’un inconnu à une élection municipale qui ne se tiendrait que six mois plus tard, victoire qui ne fut d’ailleurs officielle que le 1er juillet. Ce délai s’explique par le système de vote utilisé, vote à choix classés dans lequel les voix sont redistribuées en fonction du classement des candidats par chaque électeur. On aboutit à un résultat qui compare les deux candidats les mieux placés, les autres ayant disparu dans les décomptes successifs. Donc Zohran Mamdani, 33 ans, a gagné par 56% des voix contre 44% à Andrew Cuomo, ex-gouverneur de l’État de New York.

Ce système électoral, qui a été étrenné avec succès à New York, mais qui est déjà utilisé en Australie, en Irlande et dans l’État du Maine favorise les candidats les plus consensuels aux dépens de ceux qui sont plus clivants. Ne rêvez pas, il n’est pas près de s’appliquer en France. Est-ce à dire que Zohran Mamdani est un candidat modéré ?

Ennemi virulent d’Israël

Un ennemi virulent d’Israël, disent la plupart des organisations sionistes. Cela signifiait pour moi que New York, la plus grande ville juive du monde, même si le nombre de Juifs, un million environ, y est bien plus réduit qu’il y a cinquante ans, risque d’élire en novembre  un maire antisémite. À des amis New-Yorkais: j’ai demandé comment cela était possible… et leur réponse m’a sidéré…

Ils soutiennent Zohran Mamdani, jeune, intègre et expérimenté. Il défend la justice sociale, les travailleurs étrangers, arbitrairement pourchassés par la police d’immigration de Trump alors qu’ils travaillent et paient leurs impôts, mais qu’ils n’ont pas de permis de séjour à cause des dysfonctionnements administratifs. M. Mamdani réclame plus de crèches, des allocations pour les plus pauvres, un gel des loyers et plus d’inclusion pour les minorités. Et puis, il l’a dit et redit, il n’est absolument pas antisémite…

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Je précise que mes amis sont des Juifs orthodoxes très liés à Israël, que l’épouse a longtemps travaillé dans une grande organisation sioniste et qu’ils habitent West End Manhattan, un des quartiers les plus huppés des États-Unis. 

Alors j’ai essayé d’en savoir un peu plus sur Zahran Mamdani.

Sa mère, Mira Nair, est une célèbre cinéaste indo-américaine. Son père, musulman d’origine indienne, éduqué en Ouganda, est aujourd’hui un des critiques de l’impérialisme les plus influents du monde anglophone. Il est titulaire à Columbia de la chaire de Sciences politiques Herbert Lehman, nommée d’après un homme politique du New Deal, philanthrope juif et sioniste convaincu. Le moins qu’on puisse dire est qu’il n’en est pas de même de Mahmoud Mamdani, qui s’est révélé depuis le 7-Octobre un opposant d’Israël parmi les plus virulents du campus.

Les Talibans, c’est la faute aux néoconservateurs américains !

Ses livres, dont ses partisans disent que certains sont des chefs d’œuvre, reposent sur la thèse que la violence n’est pas culturellement liée à l’islam mais qu’elle provient des choix effectués par les puissances impérialistes dans un désir de domination. Ce sont elles qui dans un but anti-soviétique ont favorisé  en Afghanistan l’islam religieux, elles qui ont fait naitre un Etat juif fondé sur une identité ethno-religieuse, elles aussi qui avaient créé au Rwanda des identités hutu et tutsi artificielles dont le résultat fut un génocide. Mahmoud Mamdani prétend que toute violence est politique et doit être contextualisée. Il plaide en Palestine pour un état non identitaire, post national et post ethnique où Juifs et musulmans se mélangeraient sans accroc. En somme une laïcité à la française de rêve…

Mahmoud Mamdani façonne ses thèses sur ces postulats préétablis, refuse toute culpabilité qui ne serait pas impérialiste, oublie l’expulsion des Juifs du monde arabe comme la charte du Hamas et prône un futur idyllique qui ne pourrait se transformer qu’en cauchemar pour une minorité juive. 

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Son fils reconnait à Israël le droit à exister, mais si on l’interroge mieux, on voit qu’il voudrait que chacun y ait des droits égaux, que l’apartheid qu’il dit exister actuellement disparaisse et que les Palestiniens bénéficient du droit au retour. Le 8 octobre, il a regretté les morts des deux côtés, n’a pas cité le Hamas et a fait porter la responsabilité sur l’occupation israélienne. Inutile d’ajouter que l’existence d’un génocide à Gaza est pour lui une évidence. Il a demandé à mondialiser l’intifada et a répondu aux critiques que intifada, c’est aussi le terme par lequel on traduit en arabe l’insurrection du ghetto de Varsovie, donc un terme indiscutablement honorable. En somme, sous un couvercle universaliste une garantie de destruction d’Israël.

Comme étudiant il avait été au premier rang des manifestations de BDS et de Students for Justice in Palestine. Il accuse aujourd’hui Netanyahu d’être un criminel de guerre génocidaire. Il réserve d’ailleurs les mêmes qualificatifs à l’Indien Modi.

Soutenu par Bernie Sanders

S’il répète la pensée paternelle, il a ajouté son sourire, son charisme, son expertise en réseaux sociaux, ses talents de rappeur et producteur hip-hop ainsi que son expérience personnelle de juriste auprès des mal-logés de New York. Tout cela explique l’engouement auprès des jeunes et le soutien de poids lourds de la gauche progressiste américaine, Alexandria Ocasio‑Cortez, la célèbre  AOC, la pasionaria pro-palestinienne Linda Sarsour et le sénateur Bernie Sanders. Car la victoire de Zharan Mamdani, c’est la victoire d’un parti démocrate progressiste sur un parti démocrate traditionnel tétanisé depuis la victoire de Trump. D’autres établiront peut-être les liens de ce courant progressiste avec un financement qatari dont l’importance n’est plus à démontrer.

Le discours de Zohran Mamdani convient aux mouvements juifs antisionistes  devenus très présents sur la scène américaine tels «Jewish Voice for Peace» ou «IfNotNow», sans compter probablement aux 30 000 familles Satmar de Williamsburg, sensibles aussi aux questions de loyers. Mais sa victoire a été aussi digérée, et parfois même soutenue, par des Juifs sionistes authentiques sensibles aux questions de justice sociale, très soucieux de paix et de morale et souvent aussi très hostiles à Benyamin Nétanyahou. Tels sont Chuck Schumer, leader de la minorité démocrate au Sénat et Jerry Nadler, inamovible représentant démocrate de Manhattan au Congrès, deux personnalités politiques juives majeures de New York qui, après sa victoire ont félicité Zohran Mamdani, certainement à contre-cœur, mais l’ont félicité quand même.

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Zahran Mamdani a bénéficié du soutien des jeunes, des mal-logés et de tous ceux qui voudraient un parti démocrate plus progressif et qui ont accusé Andrew Cuomo, l’ex-gouverneur de l’Etat de New York, longtemps en tête des sondages, de collusion avec les Républicains. M. Cuomo représentait d’autant plus le «vieux monde», celui des liens avec les syndicats plutôt qu’avec les jeunes, qu’il avait dû démissionner de ses fonctions de gouverneur à la suite d’accusations de harcèlement sexuel. Celles-ci n’ont finalement pas été retenues par la justice mais sa réputation en a été définitivement entachée, d’autant que c’est à l’Etat donc au contribuable new-yorkais de payer les 60 millions de dollars de frais de procédure. Cuomo sera malgré tout encore candidat en novembre sous un autre nom de parti mais ses chances seront très faibles. 

Ce sera aussi le cas du maire actuel Eric Adams, un policier noir dont l’arrivée à la Mairie représentait y a quatre ans une remarquable success story. Sa mandature a été mise à mal par une accusation de corruption liée à des passe-droits sur l’immeuble bâti pour la délégation turque à l’ONU, et sur lequel pesait l’exigence de Erdogan d’inauguration rapide, pour la session d’ouverture de l’ONU. Eric Adams qui n’a pas osé participer à la primaire démocrate se présentera en candidat indépendant, mais on ne donne pas fort de ses chances, même si toute procédure ici encore a été abandonnée, car sur lui pèse la suspicion d’avoir cédé à l’administration Trump et ses exigences d’expulsions en échange d’un non-lieu personnel.

Aussi bien Cuomo que Adams ont d’excellentes relations avec la communauté juive. Je le regrette pour mes amis New-Yorkais, mais je doute qu’il en soit de même pour Zahran Mamdani, désormais favori des sondages. Son élection apporterait une nouvelle fois la démonstration qu’une campagne axée sur d’âpres sujets économiques et sociaux, tels les bons alimentaires et les réductions d’abonnements de transports devient plus plaisante et plus mobilisatrice si elle s’effectue sous un couvercle de détestation d’Israël. Jean-Luc Mélenchon l’a bien compris.

Wimbledon, l’élégance à l’anglaise

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Londres, 2 juillet 2025 © Shutterstock/SIPA

Seul le service-volée, qui tend à disparaitre, manque aux conservateurs et autres esthètes du beau jeu…


En plein cœur d’une époque qui pèche trop souvent par défaut d’élégance, Wimbledon est l’un des tout derniers bastions où la tradition résiste à la modernité. À l’écart d’un monde devenu fou, le All England Club, antre de la compétition, est un havre de paix où les balles que l’on s’échange sont jaunes et n’ont d’autre objectif que celui de tuer les illusions de l’adversaire ; rétif à la déconstruction de tous les repères, le tournoi londonien résiste aux progressistes zélés ; comme pour défier le temps qui défile, la quinzaine pose son ancre sur la vie.

Les tenues blanches tranchent avec les accoutrements criards de l’époque et, dans leurs uniformes immaculés, les joueurs rivalisent d’une classe qu’aucun défilé de mode sans doute n’égalera : a-t-on d’ailleurs jamais vu homme plus élégant que Roger Federer entrant sur le court en costume nivéen ou – pardonnez-moi ce jugement peu dans l’esprit du temps – femme plus belle que Maria Sharapova dans sa robe blanche ? Les rythmes binaires de la musique moderne sont remplacés par le bruit sourd des échanges qui perturbent à peine le flegme des spectateurs. La chaleur pose son dôme en plein cœur d’un été à propos duquel on pense encore naïvement qu’à l’instar de l’enfance ou des moments heureux, il ne terminera jamais. 

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Wimbledon a accouché des plus grands champions de l’histoire du jeu : Fred Perry, avant d’être la marque prisée par les mods et la jeunesse politisée, fut pendant plusieurs décennies le dernier joueur de tennis britannique à inscrire son nom au palmarès avant qu’Andy Murray ne rectifiât l’anomalie ; Stefan Edberg et Boum Boum Becker, l’eau et le feu, les deux héros de mon enfance, jouèrent trois finales consécutives au tournant des années 90 ; l’esthète Roger coiffa les lauriers à huit reprises, une fois de plus que le plus grand joueur de tous les temps, Novak Djokovic, et que Pete Sampras ; chez les femmes, Martina Navratilova vint gagner au filet neuf éditions, Steffi Graff et Serena Williams raflèrent la mise à sept reprises, la Française Suzanne Lenglen remporta le dernier de ses six titres il y a tout juste un siècle.      

Si Wimbledon est le tournoi des traditions, certaines se dérobent toutefois. Pendant longtemps, le service-volée a dicté le rythme des rencontres. Ce coup exercé à la hussarde est le mariage de la puissance et de la finesse, l’esthétisme des guerriers, la preuve que la virilité est une question d’audace plus que de gros coups assénés à la force du bras ; cet enchaînement est l’art des funambules et des voltigeurs ; il est une intrusion aux confins du territoire adverse que l’on pourrait, si l’on n’y prenait garde, confondre avec une déclaration de guerre ; il est la stratégie des impatients qui veulent finir en deux coups là où d’autres usent et abusent des préliminaires. Désormais, prudence oblige, on reste le plus souvent au fond du court. 

Wimbledon restera toutefois Wimbledon tant que les crépuscules de début d’été darderont leurs derniers rayons sur le Central Court, que l’anglais de la BBC nous paraîtra aisé à comprendre, que les Anglais mangeront des fraises accompagnées de crème dans les gradins et que le gazon, martyrisé par le martèlement des pas, finira, comme toutes les chevelures, par se clairsemer au fil de la quinzaine. À la fin de celle-ci, cette année comme toutes les précédentes, un peu de l’été s’en sera allé, les jours et nos vies auront perdu de leur longueur et de nouveaux champions auront inscrit pour l’éternité leur nom à l’auguste palmarès. 

Le créole pour tous!

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© Stephane Lemouton-POOL/SIPA

Le leader de lextrême gauche et chantre de la « Nouvelle France » n’a rien compris au créole. Il le sait, mais, pour prendre le pouvoir, il est un « déconstructeur » prêt à tout qui s’assume.


Jean-Luc Mélenchon a proposé dernièrement de rebaptiser la langue française et de l’appeler désormais « langue créole ». Cela ressemble fortement à une conversion forcée, car la langue française ne répond pas à la définition du créole que donne le Larousse : « langue née du contact d’une langue européenne avec une langue locale ou importée et devenue langue maternelle dans une communauté créole ». Il existe des créoles à base de français, d’anglais, de portugais, etc. ; issus de la colonisation et de l’esclavage, et qu’on trouve historiquement dans les contrées les ayant connus. Si donc, certains créoles se sont constitués à partir du français, c’est qu’il y a bel et bien du français ! Précisons immédiatement que les créoles sont des langues à part entière, qu’il n’y a donc aucune discrimination dans le fait de dire que la langue française n’en est pas ; c’est simplement une question de constitution.

Ben mon côlon (colon)

Jean-Luc Mélenchon a également affirmé que le français, créole ou non cette fois-ci, n’appartenait plus aux Français mais à tous ceux qui le parlaient de par le monde. Ajoutant que ce sont les gens qui vont à la langue et pas la langue qui va à eux. Drôle de formule qui contredit l’Histoire puisque si d’autres que les Français parlent le français, mis à part les amoureux inconditionnels qui ne sont jamais légion, c’est bien parce que la langue française est allée à eux et pas avec des pincettes ! Par ailleurs, le fait qu’une trentaine d’autres pays que la France parlent le français, est une bonne nouvelle dans le globish généralisé, mais cela n’implique aucunement que le français ne serait pas la langue de la France. Quant aux apports des autres langues qu’on trouve dans la nôtre, apports qu’on trouve du reste dans bien d’autres langues, nul n’a jamais songé à les nier, mais ces apports, souvent sous forme de mots, n’ont pas affecté les structures essentielles de la langue française. Enfin, Jean-Luc Mélenchon a introduit sa proposition en affirmant que la langue française était langue coloniale et impériale ; ce qui contredit le principe même de « langue créole » !

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Cela n’a jamais empêché que la langue française dont on semble toujours déplorer je ne sais quelle rigidité d’extrême droite n’est-ce pas, connaisse des rencontres heureuses entre créole précisément et elle-même. Voir les littératures antillaises et africaines qui nous offrent des mixages linguistiques luxuriants et baroques. Mais, précisément, cela s’appelle littérature, laquelle réalise des écarts à la norme que réalisent d’autant mieux ceux qui, précisément, connaissent la norme…

Les derniers seront les premiers

Et Jean-Luc Melenchon le sait parfaitement qui pratique un français souvent savoureux, qui n’hésite pas à nous servir quelques imparfaits du subjonctif etc. Dans le genre : « Je maîtrise la langue », il n’est pas le dernier !

En revanche, le sont tous ceux auxquels on fait croire qu’il n’est en rien nécessaire d’apprendre lexique, grammaire, orthographe, et qu’ils peuvent baragouiner toute leur vie avec deux noms, trois adjectifs et quatre verbes, et que cela profitera à la créolisation mondialisée à laquelle nous serions appelés.

Alain Bentolila, linguiste, s’est exprimé au sujet de ce projet (Marianne du 24 /6 et Le Figaro du 28/6) et je renvoie le lecteur à ce qu’il en dit. Il avance même l’idée que Jean-Luc Mélenchon voudrait être le seul à parler… De fait, vouloir embellir la pauvreté linguistique des jeunes avec l’idée que tout cela serait du créole en devenir est une imposture et permet, effectivement, d’être le seul, au bout du compte, à détenir la parole. On ne peut également s’empêcher de penser qu’il s’agit, une fois de plus, d’un exercice de dépossession nationale tant l’idée d’une « identité française » qui passerait par « la langue française » serait à abattre, et qu’il faudrait derechef lui en substituer une autre. Mais, ironie de l’histoire, cette dépossession touche également les langues créoles qui tiennent à leur particularité et ne veulent pas être noyées dans l’indistinction. Il aura donc réussi à fâcher tout le monde ! 

Bref, il n’y a rien qui va dans cette histoire. Mais on aura compris que si la langue française n’est pas une « langue créole », il s’agit qu’elle le devienne…

La dérive iranienne des Insoumis

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L'élue d'extrême gauche Alma Dufour à l'Assemblée nationale, 17 juin 2025 © ISA HARSIN/SIPA

Le soutien implicite de certains députés de La France insoumise à l’Iran s’explique. L’hostilité systématique envers Israël du parti de M. Mélenchon est une dérive idéologique dangereuse où l’antisionisme est devenu un principe structurant.


Le 17 juin, à l’Assemblée nationale, la députée LFI Alma Dufour parla de l’Iran comme de l’Etat agressé, d’Israël comme de l’Etat agresseur, juridiquement non fondé à s’engager dans une guerre. Le ministre des Affaires Etrangères, Jean-Noël Barrot, accusa la députée d’être le porte-parole du Hamas, du Hezbollah et de l’Iran. Mediapart a accusé le ministre de dégrader le niveau du débat parlementaire, comme si celui-ci avait été jusque-là porté à des hauteurs éminentes par les députés LFI…

Israël, nouvelle boussole politique de l’extrême gauche « antisioniste »

Mme Dufour, quand elle s’exprime sur le droit de la guerre, en faisant fi de près d’un demi-siècle de promesses de destruction d’Israël par le régime iranien, ne témoigne pas d’une conversion subite des représentants de LFI à un juridisme pointilleux. Non, elle applique le principe politique fondamental qui, sous la houlette de Mélenchon, détermine les positionnements de son parti : la dénonciation de l’ennemi.

L’incarnation de celui-ci pour une France insoumise, devenue France islamiste, c’est Israël. Mme Alma Dufour, militante écologiste, féministe et laïque, défend une théocratie terroriste dont l’oppression religieuse, la course à la bombe atomique et la répression des femmes sont des marques de fabrique cauchemardesques. Ce sont là des considérations mineures, car l’important est de ne pas dévier de l’objectif et de continuer en toute circonstance à dénoncer Israël. C’est le théoricien allemand du droit, Carl Schmitt, qui dans un ouvrage célèbre de 1927, avait placé la désignation de l’ennemi, interne ou externe, au centre de toute action politique.  

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Carl Schmitt offrit ses services à Hitler, qui n’en voulut pas, car il rejetait toute tutelle idéologique. Comme pour Heidegger, ce mépris du Führer fut salvateur pour Carl Schmitt à qui il laissa une porte de sortie après la guerre. Ce n’est pas seulement à l’extrême droite qu’il exerça son influence intellectuelle. L’ennemi était le Capital pour les marxistes et le Juif pour les nazis. Il est Israël pour les islamistes. C’est cet ennemi que Jean-Luc Mélenchon a cyniquement choisi. La dénonciation du « génocide » à Gaza résume aujourd’hui sa pensée politique.

Déguisements

Ce faisant, M. Mélenchon n’est pas le premier à avoir trahi ses engagements de jeunesse et à enrober cette trahison sous les déguisements de paix, de justice sociale et de défense des opprimés.

Au parti socialiste français des années 1930, la prééminence de Léon Blum n’était pas du goût de tous. Certains dénonçaient son attitude hostile envers l’Allemagne désormais sous la férule de Hitler et prétendaient que ses origines juives le rendaient inapte à comprendre les objectifs de celui-ci. Ces hommes, marqués par la saignée de la guerre de 14, avaient fait de la paix leur horizon politique et de ceux qui risquaient de déclencher des hostilités leurs ennemis irréductibles. Objectif honorable qui les a conduits à tout accepter : le réarmement de l’Allemagne, la remilitarisation de la Rhénane, l’annexion de l’Autriche, des Sudètes et de la Tchécoslovaquie et l’invasion de la Pologne (« Nous n’allons pas mourir pour Dantzig »). Leurs convictions pacifistes les ont plongés dans la plus abjecte collaboration avec le nazisme. Ces hommes formaient un pan important du parti socialiste français, aujourd’hui remisé aux oubliettes. Il n’en surnage guère que le nom de Marcel Déat. 

Jean-Luc Mélenchon a utilisé la figure de ce socialiste pacifiste autoritaire devenu un fervent partisan des nazis pour discréditer ses ennemis socialistes en les traitant de social fasciste. En réalité, outre que, en matière d’autoritarisme, le leader de LFI ne craint personne, le socialisme national de Déat peut être utilement comparé à son propre socialisme. Entre soutenir l’Iran de Khamenei et soutenir l’Allemagne de Hitler, il y a malheureusement quelques analogies…

La Notion de politique - Théorie du partisan

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Véhicules électriques: l’hémorragie du capital des ménages

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© ACau/SIPA

À la revente, les véhicules électriques voient leur cote chuter par rapport aux véhicules thermiques. C’est la douche froide ! Comment l’expliquer ? Comment les concessionnaires automobiles et les particuliers peuvent-ils réagir face à ce phénomène ?


En France, la transition vers la mobilité électrique s’est accélérée à marche forcée, soutenue par des politiques publiques incitatives et un discours dominant sur la décarbonation du secteur automobile. Pourtant, à mesure que le marché des véhicules électriques mûrit, une réalité plus rugueuse s’impose aux premiers acheteurs : la revente de ces véhicules d’occasion se heurte à un effondrement brutal des prix. Cette dépréciation anormale représente, pour de nombreux particuliers, une perte en capital d’ampleur inédite dans l’histoire récente de l’automobile.

C’est pas l’Argus, ici !

Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Alors qu’un véhicule thermique perdait traditionnellement entre 35 % et 45 % de sa valeur au bout de trois ans, les véhicules électriques, eux, voient leur prix chuter de 55 % à 65 % sur la même période. Certains modèles affichent des valeurs résiduelles inférieures à 40 % du prix neuf à trois ans. La généralisation du leasing, combinée à l’arrivée de modèles chinois bon marché, a accru la pression sur les prix du marché de l’occasion, provoquant un phénomène de « désolvabilisation » des vendeurs particuliers.

Ce phénomène constitue l’un des effets pervers les plus sous-estimés de l’effondrement du marché de l’occasion des véhicules électriques. En théorie, un particulier devrait pouvoir revendre son véhicule pour financer l’achat d’un nouveau modèle, voire rembourser le solde d’un crédit ou d’un contrat de location. Or, dans la pratique, la chute brutale de la valeur résiduelle des véhicules électriques empêche de plus en plus de propriétaires de sortir sans perte d’une location avec option d’achat (LOA) ou d’un prêt auto. La décote est telle qu’il faut parfois ajouter plusieurs milliers d’euros pour solder un contrat ou financer un véhicule de remplacement. Cette situation piège les ménages dans des véhicules devenus invendables à un prix raisonnable, et les prive de leur pouvoir de mobilité. En retour, elle fragilise l’un des ressorts essentiels du marché automobile : la fluidité de l’échange entre le neuf et l’occasion. À terme, cette désolvabilisation pourrait nourrir une méfiance durable à l’égard de l’électrique, en particulier dans les classes moyennes, premières visées par les politiques d’incitation.

Location avec Option d’Achat : engagez-vous qu’ils disaient…

Prenons un exemple simple. Un ménage ayant acheté une voiture électrique neuve en 2021 pour 35 000 euros (bonus écologique déduit) peut aujourd’hui espérer en tirer entre 12 000 et 15 000 euros à la revente. La perte sèche s’élève donc à environ 20 000 euros en trois ans, soit une dépréciation annuelle de près de 6 700 euros, bien au-delà des standards historiques.

En tenant compte des données disponibles, on estime qu’environ 200 000 véhicules électriques sont revendus chaque année par des particuliers. Même avec une hypothèse prudente de 10 000 euros de perte moyenne excédentaire par véhicule (par rapport à une dépréciation « normale »), cela représenterait 2 milliards d’euros de pertes en capital supportées chaque année par les ménages français.

Ce chiffre est d’autant plus préoccupant qu’il concerne une population souvent encouragée à investir dans l’électrique par des aides publiques et des incitations fiscales. Pour certains foyers modestes, il s’agit d’un investissement équivalent à plusieurs années d’épargne.

Face à ce retournement de marché, les concessionnaires tentent de limiter leur exposition. Pour les véhicules en LOA, certains réseaux refusent aujourd’hui les reprises à la valeur résiduelle fixée initialement, obligeant les clients à acheter leur véhicule à perte ou à le restituer sans espoir de revente avantageuse. D’autres préfèrent « gonfler artificiellement » les prix de reprise sur des modèles thermiques, tout en durcissant les conditions de reprise des véhicules électriques.

Plus stratégiquement, les concessionnaires privilégient aujourd’hui les offres de location longue durée (LLD) sur les véhicules électriques neufs, afin de transférer le risque de décote sur des sociétés de financement, ou sur le constructeur lui-même. Dans certains cas, les stocks de voitures électroniques d’occasion invendus sont réexportés vers d’autres marchés, en particulier en Europe de l’Est ou au Maghreb, à des prix fortement décotés.

Ce désajustement entre le prix d’achat et la valeur de revente constitue non seulement une atteinte au patrimoine des ménages, mais risque aussi d’éroder la confiance dans la transition électrique. Si l’électrification devait s’accompagner d’un appauvrissement net des particuliers ayant cru au discours officiel, la suite de la transition pourrait se heurter à une défiance croissante, voire à une crispation sociale.

En somme, l’effondrement du marché de l’occasion des véhicules électriques révèle une asymétrie mal anticipée entre politique industrielle, comportements de consommation, et réalité économique. Tant que le problème de la valeur résiduelle des véhicules électriques ne sera pas stabilisé, la promesse d’une transition juste et soutenable restera partiellement illusoire.

Les hauts et les bas de la liberté de parole en France

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De gauche à droite : la militante Rokhaya Diallo, le député d'extrème gauche Aymeric Caron, le magistrat Rémy Heitz. Photos : Hannah Assouline, Capture Le Parisien YT, Capture France inter YT.

La militante racialiste Rokhaya Diallo a perdu son procès en appel contre l’écrivain Pascal Bruckner. De son côté, Aymeric Caron tente de faire taire CNews — ex-I>Télé, où il présentait autrefois les actualités. Le procureur général Rémy Heitz, quant à lui, s’indigne d’une sortie extra-scolaire organisée pour des étudiants magistrats. Si l’on peut déplorer que les tribunaux et les instances de régulation soient de plus en plus sollicités par ceux qui cherchent à faire taire la parole d’autrui, il ne faut pas pour autant céder au découragement.


Qu’il ne sorte de votre bouche aucune parole mauvaise, mais, s’il y a lieu, quelque bonne parole, qui serve à l’édification et communique une grâce à ceux qui l’entendent.
Éphésiens 4:29.


Les juridictions françaises parviennent parfois à se hisser à la hauteur de la mémoire de Voltaire.

Peut en témoigner Rokhaya Diallo, qui vient d’être déboutée en appel de son recours en diffamation contre l’écrivain Pascal Bruckner, héraut de la laïcité et de la liberté d’expression. Rappelons qu’elle avait signé une pétition dénonçant le soutien à Charlie Hebdo au lendemain de l’attentat de la nuit du 1er au 2 novembre 2011, laquelle relativisait le cocktail molotov ayant causé des dégâts aux locaux du journal. Au cours d’une émission télévisée, en octobre 2020, Bruckner avait reproché à la « féministe intersectionnelle et décolonialiste » d’avoir « armé le bras des tueurs » et « poussé à la haine », contribuant avec d’autres à « la mort des douze de Charlie Hebdo » lors des attentats de janvier 2015. Est indéniable l’hyperbole du littérateur, qui soulevait une responsabilité morale, mais l’ « indivisible » féministe avait toute latitude pour répondre et remettre quelques pendules à l’heure et surtout, en l’espèce, de rectifier le tir. Une burqa s’est-elle déchirée brusquement dans son esprit? Toujours est-il qu’elle opta plutôt pour une indignation surjouée, quitta le plateau avec fracas, hurlant au « scandale » et promettant de s’adresser à la justice afin de lui jeter en pâture cet insolent Blanc. Elle tint parole. Mal lui en prit.

Par ailleurs, l’élève Aymeric Caron récidive en allant se plaindre au surveillant de la cour de récré, M’sieur l’Arcom, au sujet du traitement réservé à Shannon Seban par Pascal Praud de CNews, laquelle s’exprimait sur le racisme et la xénophobie du RN ainsi que sur son livre Juive, et alors?. L’intervieweur s’exclama ainsi : « Je ne comprends rien à ce que vous dites. C’est un méli-mélo de choses, de poncifs et de phrases creuses ». Si ce n’était que ça. Il eut l’outrecuidance d’émettre ce jugement sur son livre (objet sacré en France) : « Je vous assure, c’est incompréhensible. Pour moi, c’est une sorte de bouillie intellectuelle ». 

Au pays de Jean-Paul Sartre, de Jacques Derrida, et d’Alain Robbe-Grillet, on ne peut évidemment badiner avec de tels propos. On peut même parler en l’occurrence de lèse-écrivain : nous sommes en France.

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Et ne s’est pas fait attendre la réaction d’Aymeric Caron, député apparenté à La France Insoumise (non accompagné par Rima Hassan cette fois, sans doute retenue ailleurs); saisi d’indignation :

« Je saisis l’Arcom pour cette séquence où l’ensemble du plateau de CNews, y compris son présentateur Pascal Praud, prend fait et cause pour le Rassemblement national en tentant d’humilier l’invitée Shannon Seban, accusée d’avoir écrit de la « bouillie » dans un livre où elle dénonce précisément l’islamophobie et l’antisémitisme du RN, lucidité que l’on se doit de saluer… CNews est censée être une chaîne d’information qui produit, donc, de l’information (ici il n’y en a pas), avec un équilibre de points de vue (ici c’est juste un plateau pro-RN). »

Là encore, on peut se demander de prime abord s’il est du ressort de M. Caron, a fortiori de l’Arcom, de se prononcer sur la qualité ou la fiabilité des éléments produits par CNews, ou d’ailleurs par n’importe quel média. Est contraire à la liberté de la presse l’imposition d’un format donné comportant dans telle ou telle émission l’intervention de participants aux convictions divergentes. La presse d’opinion n’a rien d’illégitime. Au citoyen de faire les recoupements avec d’autres sources concurrentes (dont France Télévisions, qui semble justement établir un sain équilibre puisqu’elle est vertement critiquée par M. Praud) et de former son propre jugement sur l’intégrité intellectuelle des participants à l’émission. Si tel est son bon plaisir. Au lieu de l’anathème, Caron eût été plus inspiré de faire tout simplement la promotion du livre de madame Seban, en vente dans toutes les bonnes librairies.

Le grand frère protecteur de Shannon aurait peut-être dû penser que si celle-ci a accepté de donner une entrevue à CNews, c’est peut-être en toute connaissance de sa ligne éditoriale. Elle aurait plus qualité pour agir qu’Aymeric.

Mais Caron, tout bien intentionné fût-il, appartient à un courant de pensée inspiré, sinon encadré, par des textes à valeur canonique destinés à être décortiqués par les exégètes, et toujours prêt à sanctionner l’hérésie. Le tribunal du peuple et l’Inquisition, même démarche intellectuelle. A défaut, les nostalgiques de l’Index vaticanesque aboli se rabattent aujourd’hui en France sur une éventuelle fatwa de l’Arcom.

Concluons sur une note plus légère, où est en jeu la liberté pédagogique, qui relève de la liberté, plus générale, de parole.

Eric Dupond-Moretti s’est reconverti dans le théâtre (à supposer que, pour un avocat pénaliste, on puisse parler de « reconversion » quand il y a simplement changement de salle), que l’on pourrait qualifier de « théâtre-vérité ». Un « homme-spectacle » comme disent les Anglo-Saxons. Il évoque avec humour les failles de la Justice et notamment celles de Rémy Heitz, à l’heure actuelle procureur général près la Cour de Cassation, qu’on ne saurait sans exagération qualifier de commensal de l’ex-garde des Sceaux. Dans un but didactique, les élèves de la classe prépa Talent de l’ENM-Paris (aspirants magistrats) ont eu droit à une représentation.

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M. Heitz contacta la direction de l’école afin d’exprimer son irritation, qu’il justifie en ces termes :

« Comme préparation au grand oral de l’ENM, il y avait sans doute meilleur choix que le seul-en-scène de l’ancien garde des Sceaux, où la Justice en prend tout de même pour son grade…

C’est vrai que Dupond-Moretti se moque allègrement de moi et de mon prédécesseur, dans son spectacle, et que je me retrouve sur la sellette. Sans vouloir remettre en cause la liberté pédagogique des professeurs [Note : personne n’en a douté], il m’a semblé que cette sortie n’était pas très opportune et je peine à voir sa dimension culturelle [Note : on le croit volontiers]. Ce spectacle n’est sans doute pas la meilleure préparation au concours qui soit. À titre personnel [Note : cela va de soi], j’ai trouvé ça très moyen et je l’ai fait savoir. »

Cependant, que l’on se rassure, il ne s’agissait pas de vengeance. Honni soit qui mal y pense. C’est seulement à titre de vice-président du conseil d’administration, et donc de bon gestionnaire qu’il a exprimé ses réserves :

« Si chacun avait payé sa place, je n’aurais rien dit [Note : nul doute à ce sujet]. Mais les billets d’entrée, qui se chiffraient à plusieurs centaines d’euros, dans un théâtre privé [le Marigny], ont été financés sur les fonds de l’école, autrement dit avec l’argent du contribuable. Ce qui est contestable et ne m’a pas semblé très malin. »

Son intervention ne suscite donc aucun conflit d’intérêt. Cela dit, que ce strict gestionnaire soit rassuré : le contribuable, qui est aussi un justiciable, ne peut qu’approuver l’intégration à la formation préparatoire des candidats à la magistrature un tableau sur scène exposant les impairs de l’institution judiciaire, qui sont parfois encore plus riches d’enseignement que ses (immenses) réussites.

La liberté de parole n’est donc pas morte en France, en dépit de regrettables brèches. Chose certaine, les esprits sensibles devraient comprendre que l’indignation vociférante est souvent contre-productive car elle peut même donner un retentissement accru aux paroles des contradicteurs. Pour mémoire, la plaidoirie de l’avocat impérial Ernest Pinard visant Madame Bovary pour outrage à la morale publique et religieuse et aux bonnes mœurs en 1857, est, en soi, un chef d’œuvre sur le plan de la critique littéraire qui n’a rien à envier à Sainte-Beuve ; les adjectifs « lascive » et « voluptueuse » y sont récurrents. Fut ainsi assurée une publicité inespérée à l’auteur encore inconnu Flaubert. Plus récemment, il est permis de penser que la (par ailleurs discutable) fatwa de l’ayatollah Khomeini a considérablement contribué aux gros tirages des Versets sataniques de Salman Rushdie. Enfin, M. Dupond-Moretti doit un billet de faveur à Rémi Heitz puisqu’il devra sans doute organiser des soirées supplémentaires afin de répondre à la demande accrue.

Le silence, le cas échéant teinté d’une petite dose de mépris, est parfois d’or. Telle est donc la leçon de bon sens à tirer.

Mais patience. Nous sommes en France.

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