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La boîte du bouquiniste

«Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres», dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


C’est un petit livre, à peine plus de cent pages. Mais les idées qui y sont consignées dépassent de loin ce format. Jean Paulhan (1884-1968) explore la critique littéraire, non celle qui dit que tel ouvrage est bon ou mauvais, mais celle qui offre un nouvel éclairage, qui approfondit une œuvre et sa compréhension. Cette recherche est d’abord une réflexion sur la langue française, le sens des mots et leur sonorité, l’orthographe et la grammaire, la syntaxe – jusqu’aux correcteurs et aux imprimeurs. S’il dénombre les critiques savants, historiens, psychanalystes et sociologues, Paulhan admet une certaine imprécision – voire irrationalité : « Le critique est dans la situation d’un homme à qui chacun viendrait demander l’heure, et qui répondrait au petit bonheur – comme les parents font à leurs enfants : “C’est l’heure d’être sage.” Ou : “C’est l’heure de ne pas dire de sottises.” Ou même : “C’est l’heure de te taire.” » Il note aussi, sans qu’on sache s’il le blâme vraiment, que la création de son temps se double elle-même d’un système critique. Valéry, Proust, Gide, Claudel, Joyce, Breton, Sartre et d’autres : « Une bonne moitié de leur œuvre se dépense à prouver qu’ils ont eu raison d’écrire l’autre moitié. »

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Dans la première partie de l’ouvrage, ses observations et ses démonstrations sortent parfois péniblement de sa plume. Paulhan peine à descendre de son Olympe pour traduire en mots simples une pensée complexe – comme Valéry, il semble croire que la ligne droite n’est pas le chemin le plus court pour relier deux points. Le ton diffère cependant dans la seconde partie, jusqu’à devenir parfois quasi pamphlétaire. Il dézingue avec intelligence et son argumentation est limpide. Ainsi démonte-t-il le critique André Rousseaux qui déclare que « Jouhandeau écrit mal », et Sartre en prend pour son grade : Dans Situations, « il s’est une fois pour toutes prononcé sur les problèmes du langage. Il leur consacre quelque quatre-vingts pages. […] Je ne vois qu’un défaut : c’est que malgré la bonne volonté et les loyaux efforts, il n’est pas une fois question de langage. » Paulhan s’explique, point par point, citations à l’appui. Lorsque Sartre affirme que les mots traduisent des sentiments, des opinions, des préjugés sociaux à réajuster selon le contexte et les individus (comprendre lorsque le dominé est face au dominant, le pauvre face au riche), notre critique rétorque qu’on ne peut pas « se plaindre » des mots, qu’on ne peut pas leur en vouloir. Ils ont simplement, et par nature, une résonnance différente selon chacun : pour l’un, la mort est la vie éternelle, pour l’autre, la disparition pure et simple ; de même pour Dieu, qui peut-être soit le vide, le rien, soit la raison de tout, l’Être suprême. Ce sont les pensées qui changent, non les mots. Voilà pourquoi Paulhan estime que « Sartre voit la littérature à l’envers » ; et de déplorer : « Il s’agirait moins, pour les hommes d’aujourd’hui, si l’on en croit Lénine, de comprendre le langage que de le changer. Chaque mot doit devenir un mot d’ordre, que la classe dominante de demain – la classe ouvrière – chargera de son sens. »

Petite préface à toute critique, Jean Paulhan, Les Éditions de Minuit, 1951.

Y a-t-il un pilote dans l’IA?

L’IA s’emballe et s’emballe si fort que des pontes de la Silicon Valley démissionnent, effrayés de la voir toujours plus autonome, jusqu’à, disent-ils, pouvoir tuer l’humanité. Mais la régulation ne semble pas encore au programme: un ralentissement de l’innovation signifierait, pour les Américains, de laisser la première place aux Chinois.


L’IA va-t-elle tous nous tuer ? Cette menace, déjà imaginée par la science-fiction, est aujourd’hui régulièrement convoquée par des magnats de la tech eux-mêmes. La perspective d’une destruction de l’humanité par sa créature a fait la une des médias partout dans le monde en septembre. Le 8, Jacob Coxon, chercheur à Anthropic après avoir travaillé pour OpenAI, les deux leaders américains de l’IA, annonce sa démission. En une journée, son post récolte plus de 100 millions de vues. Coxon dénonce l’attitude irresponsable de ses ex-employeurs face à la rapidité incontrôlée des avancées. Selon lui, faute d’une régulation adaptée, l’IA pourrait échapper à la tutelle des humains et poursuivre ses propres objectifs qui ne seraient pas « alignés », comme dit le jargon technique, sur les buts des hommes. Une IA autonome, une « superintelligence », pourrait même décider d’œuvrer pour l’extinction de l’espèce humaine, et ce dans un avenir proche. Quatre jours plus tard, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui avait déjà alerté sur le rythme débridé des progrès accomplis par des sociétés comme la sienne, appelle à un accord collectif pour maîtriser la cadence des innovations et éviter une catastrophe. D’autres leaders de la tech, dont Musk et le patron d’OpenAI, Sam Altman, approuvent cet appel. Trois jours après, le clan des « doomers » (de l’anglais doom, « désastre ») est rejoint par un duo improbable, le sénateur démocrate, Bernie Sanders, et le gourou des MAGA, Steve Bannon. À Washington, ils participent à la « Pro-Human Assembly », événement organisé par une ONG où chacun dénonce le pouvoir excessif des chefs de la tech et exige des contrôles gouvernementaux plus stricts. Pendant ce temps, des élus au Congrès, aussi bien républicains que démocrates, réclament des mesures législatives – très diverses et variées – pour réguler le secteur.

Ces inquiétudes ne sont pas nouvelles. Mais si la démission de Coxon fait autant de bruit, c’est parce que certains événements semblent lui donner raison.

Charybde ou Scylla ?

L’IA présente deux catégories de risque liées au développement de l’IA « agentique ». Cette dernière, à la différence de l’IA générative qui ne fait que répondre aux questions qu’on lui pose, jouit d’une certaine autonomie et peut planifier et exécuter des actions pour atteindre un but général que nous lui avons fixé. Le premier type de risque concerne la possibilité que ces modèles puissants tombent entre les mains de pirates, de terroristes ou d’États voyous. Le 10 septembre, Anthropic a publié un long rapport détaillant des tentatives – dont certaines réussies – par les Chinois, les Russes, les Iraniens et les Houthis pour exploiter son modèle de base, Claude, à des fins néfastes : cyberattaques, campagnes de propagande, opérations d’espionnage et même la construction de systèmes de guidage de missiles. C’est dire si ce type de risque est réel.

Le deuxième risque, c’est que des agents IA poussent leur autonomie si loin qu’ils échappent au contrôle de leurs créateurs. En anglais, on parle d’IA « rogue ». Ce terme, qui veut dire à la fois « dévoyé » et « hors-la-loi », peut semer la confusion en prêtant à l’IA une intentionnalité quasi humaine. Nous sommes proches du fantasme d’un Frankenstein qui se retourne contre son créateur. C’est encore au mois de septembre que des exemples de ce deuxième risque ont été rendus publics. Le 4, OpenAI a révélé que, lors d’un test de cybersécurité conduit entre mai et juillet, plus de 1 200 de ses agents IA, opérant de manière autonome dans un essaim qu’ils ont coordonné eux-mêmes, ont piraté une entreprise d’outils et de services IA, Hugging Face, afin d’y accéder à des données dont ils avaient besoin pour réussir le test. Non seulement ils ont « triché », mais ils l’ont fait en s’évadant du « bac à sable », c’est-à-dire de l’environnement fermé conçu afin de conduire de telles expériences en toute sécurité. Et le tout à l’insu des ingénieurs d’Anthropic qui n’ont appris la nouvelle que quand Hugging Face les en a informés. Le 17 septembre, Google révèle que, au mois de mai, son IA, Gemini, s’est échappée trois fois du bac à sable pour attaquer trois entreprises qui portaient le même nom que trois cibles fictives créées pour les besoins d’un test. Enfin le 24, le Premier ministre australien annonce qu’un agent rogue d’OpenAI a piraté le portail du système de santé de son pays. L’agent faisait de la recherche sur les dépenses médicales. L’incident a eu lieu en juin, mais OpenAI n’en a informé le chef de gouvernement que le 10 septembre.

De telles histoires, transformées par la presse en gros titres, ont donné l’impression que ces agents « rogues » avaient acquis une sorte de volonté propre. En réalité, il n’en est rien. Les agents avaient été entraînés à « tricher », à trouver tous les moyens possibles pour atteindre les buts qu’on leur avait fixés. Les « évasions » étaient le résultat à la fois de leurs capacités et d’un certain laxisme en termes de sécurité chez Anthropic et d’autres. Nous sommes donc loin de l’avènement d’une superintelligence artificielle. Aujourd’hui, pourtant, deux innovations pourraient y conduire un jour. Actuellement, dans les sociétés les plus en pointe, la recherche est majoritairement pilotée par des agents IA souvent employés à créer des versions supérieures d’eux-mêmes par un processus qu’on appelle l’« auto-amélioration récursive ». De plus, les modèles les plus avancés peuvent avoir recours à une fonction appelée « profondeur récurrente » qui permet à un agent de conduire ses raisonnements, non pas selon le procédé habituel dont les ingénieurs peuvent suivre les étapes, mais dans un « espace latent » auquel ces derniers n’ont pas accès. Il est donc concevable qu’un jour une superintelligence émerge à l’insu et contre le gré de l’humanité. Mais pour le moment nous en sommes loin, et le deuxième type de risque, comme le premier, relève encore de l’action humaine, qu’il s’agisse de la malveillance ou de la négligence. Il est donc urgent de prévenir les risques. Reste à savoir qui le fera et comment.

Le dilemme du régulateur

Le 23 septembre, Altman et Amodei sont intervenus séparément devant l’Assemblée générale de l’ONU pour demander un accord international afin de ralentir les progrès et établir des normes de sécurité. Les leaders du secteur ne sont pas seulement inquiets pour l’avenir de l’humanité, ils ont aussi deux autres motivations. D’abord, vu la gravité des risques, ils ne veulent pas être seuls responsables. Mais comme il y a une concurrence farouche entre les entreprises, il faut que toutes se mettent d’accord pour éviter que certaines continuent d’innover à bride abattue au désavantage des autres. Deuxièmement, ils veulent garder la confiance des investisseurs. Leurs sociétés sont endettées jusqu’au cou, car elles consacrent des centaines de milliards de dollars à la recherche et à la puissance de calcul. Ces entreprises, qui jusqu’ici n’ont pas fait de bénéfices, comptent beaucoup sur des introductions en bourse pour sécuriser leur avenir financier. Anthropic espère ainsi atteindre une valeur initiale de deux billions de dollars en novembre. OpenAI a reporté son opération à l’année prochaine. Leur appel à la régulation est une façon de dire : « Nos produits sont de plus en plus puissants et méritent votre argent, mais nous sommes responsables. Vous pouvez vous fier à nous. »

Reste un grand dilemme qui tient au fait que les sociétés américaines sont en concurrence non seulement entre elles, mais aussi avec les chinoises. Si les premières ralentissent, les dernières prendront l’avantage. La compétition est féroce, car les produits américains sont chers et les chinois, proposés à bas coût, conquièrent plus de parts de marché. Et après la publication du rapport sur les abus de son modèle Claude, Amodei a dit redouter que l’IA la plus avancée serve les intérêts des régimes autoritaires comme la Chine. C’est pour cette raison que Donald Trump, qui craint que les États-Unis perdent leur avance technologique sur la Chine, est opposé à la régulation. Il réfute les inquiétudes sur le risque existentiel et dans son propre discours devant l’ONU, a proposé, en bon provocateur qu’il est, de remplacer le terme « Artificial Intelligence » par « Super Intelligence ». Il sait que l’IA est vitale pour la croissance américaine. Au deuxième semestre, le secteur aurait généré un tiers de la croissance du pays. Si les États-Unis veulent conserver leur avantage stratégique et militaire sur la Chine, ils doivent continuer à la distancer en termes d’IA. Or, actuellement leur avance technologique se mesure à peine en mois.

De son côté, la Chine mise aussi sur l’IA pour booster sa croissance, mais elle est moins préoccupée par la menace existentielle que par le risque que l’IA soit utilisée pour déstabiliser son régime. Elle se méfie aussi des appels au ralentissement lancés par les sociétés américaines. La Chine reste derrière les États-Unis en termes d’innovation, mais plagie les modèles de pointe américains dont elle fait des versions bas de gamme. On dit qu’elle fait du « ski nautique » derrière son rival. Or, en cas de moratoire, les Chinois craignent de rester figés dans cette position, incapables de passer devant les Américains par leurs propres innovations.

Juste après la session de l’ONU, Trump a accueilli Xi Jinping à Washington. Inévitablement, ceux qui espéraient que les deux dirigeants trouveraient un accord sur l’IA ont été déçus, mais les deux puissances sont quand même convenues de créer un mécanisme par laquelle chacune signalera à l’autre des incidents touchant la sécurité des modèles. C’est mieux que rien. Le président américain a affirmé à maintes reprises que son pays doit « gagner la course à l’IA ». Mais y a-t-il une ligne d’arrivée ? Dans le fond, c’est peut-être le véritable risque existentiel : une course qui n’a pas de fin.

À nos chers lycéens, Marine reconnaissante

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En politique, manifestement, la France aime réinventer la roue tous les trente ou quarante ans. Finira-t-elle par confier ses clés à Marine Le Pen et au FMI cette fois ?


Ce pourrait être l’épitaphe gravée sur la tombe du mouvement lycéen. Il faut se méfier des comparaisons historiques, mais octobre 2026 donne la même impression de désordre insurmontable que Mai 68. Un mois suivi par juin 68, qui a vu le triomphe électoral du camp de l’ordre, incarné aujourd’hui, que ça plaise ou non, par le parti à la cravate. Bruno Retailleau a de très bonnes idées pour restaurer la paix civile, mais l’effet boule de neige se portera sur Marine, dont la cote dans les sondages monte inéluctablement. « Nothing succeeds like success », dit-on en anglais : rien ne réussit comme le succès.

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À chaque génération de jeunes Français, la même idée géniale jaillit dans un, deux, cent, mille cerveaux de 17 ans : « Et si nous partagions tout ? Et si l’État dirigeait toute l’économie et en répartissait les fruits à chacun selon ses besoins ? » Nobles et beaux principes, séduisants à première vue, douteux à la seconde, catastrophiques à la troisième. Pourquoi faut-il que la jeunesse de ce pays, seule ou à peu près en Europe, n’apprenne rien du passé ? Les profs d’histoire, forcément de gauche, y sont pour quelque chose, mais pas que. François Furet n’aurait jamais dû écrire Le Passé d’une illusion, les traducteurs français de Soljenitsyne ont perdu leur temps à travailler sur L’Archipel du Goulag et le plus sublime encore Pavillon des cancéreux. Que d’efforts inutiles ! Paul Valéry a raison, l’histoire ne sert à rien, du moins en France. Il faut redécouvrir tous les trente ans que le socialisme a toujours et partout échoué, et souvent fini en tyrannie. Kim Il-sung n’est pas une caricature, c’est l’évolution logique et terrifiante du communisme, auquel on croit donner un visage plus aimable en l’appelant socialisme. Les admirateurs de la Chine feraient bien de lire le nouveau livre de Jean-François Colosimo, Quand la Chine vacillera, qui montre que la prospérité économique de ce pays est payée par une effroyable oppression de chaque individu au moyen de son « crédit social ». Selon l’essayiste, un ingénieur chinois sur trois rêve de partir, et je connais un immeuble de Montréal rempli d’immigrés aisés qui ont fui le pouvoir de Xi et son impitoyable sourire.

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L’archange Raphaël a fait de multiples apparitions sur les écrans de télévision dimanche soir 11 octobre. Sa bonne bouille et son élocution polie ont séduit les naïfs qui s’émerveillent de ses différences avec le diable Mélenchon. Jetons un coup d’œil sur le programme de Place publique. Retraite à 62 ans, refus de la capitalisation : les marchés financiers et les autres pays de la zone euro vont adorer. Baisse du chômage et réindustrialisation grâce à « de nouvelles politiques commerciales pro-françaises et pro-européennes » : vieux refrain, quand les politiciens français ne savent pas résoudre un problème, ils le « renvoient au niveau européen ». Ouverture de la chasse aux très riches, la taxe Zucman est « la base de tout accord » et les héritages seront pillés : les fortunés partiront à Milan, ville charmante et détaxée. Force est de donner raison à Javier Milei : communisme et socialisme sont à mettre dans le même panier. Glucksmann, gentil loup d’Intermarché, retrouverait au pouvoir le goût des viandes saignantes.

Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, à part un coup de force judiciaire qui soulèverait contre lui des manifestations aussi importantes que la démonstration gaulliste sur les Champs-Élysées le 30 mai 1968. Elle ne subira même pas l’impopularité de baisser les retraites et toutes les dépenses publiques, puisque le FMI et l’Europe s’en chargeront. Quelle honte pour un pays qui a fait trembler le continent sous Louis XIV et Napoléon ! Soyons optimistes : le parti mélenchoniste, quand on aura réprimé ses velléités de révolution, rentrera dans le lit d’une gauche d’opposition classique. Le bloc centriste et la fausse bonne idée de « prendre le meilleur de la gauche et le meilleur de la droite » disparaîtront en ne laissant que de mauvais souvenirs. Au revoir là-haut à Bayrou et Macron. Ce serait une merveilleuse ironie de l’histoire : la fille de Jean-Marie Le Pen et le boute-feu d’extrême gauche rétablissant le bon fonctionnement de la Ve République voulu par de Gaulle et Michel Debré : une large majorité et une large opposition alternant au pouvoir.

Une jeune gaulliste avec le drapeau francais, pendant la remontee de l’avenue des Champs-Elysees, 30 mai 1968. SIPAHIOGLU/SIPA

Quand la Chine vacillera...: L'empire du Milieu sera-t-il l'empire du Chaos ?

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« M’avez-vous mordue, Renaud Camus? »

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Qui serait ignorant du pedigree d’Amina Damerdji, poétesse, romancière, essayiste et chercheuse franco-algérienne issue d’une grand-mère bourguignonne et d’un grand-père maghrébin pourrait à bon droit s’interroger, sur la seule foi du titre de son dernier livre, paru chez Gallimard il y a quelques jours : Dans la gueule du loup. Encore un bouquin consacré au Führer dans son bunker berlinois ou sur les cimes du Berghof ? La jaquette de l’éditeur ne vous met pas précisément sur la voie : « DE QUOI AVONS-NOUS PEUR ? », questionne le bandeau, en lettres capitales sur fond rouge. Le terme « roman », pour une fois, ne figure pas sur la couverture. Bon, alors, une enquête sur les frissons qui agitent l’époque ? Sur le spectre d’un retour de l’Ordre noir ? Eh bien non. Le loup, c’est Renaud Camus ! Et la gueule, le château de Plieux – où tout lecteur familier de l’écrivain sait qu’il a de longue date élu domicile.

Tremblez, moutons

Sous la plume d’Amina Damerdji – et pour assumer le mode allusif jusque dans la lourde évidence de ses résonances historiques – la gueule devient « la tanière » du « loup-châtelain », dont « les crocs étincellent » […], si, si, « la tanière, la vraie, l’endroit ou le Loup [notez, cette fois, le L majuscule] compose ses pièces, où il [Camus] pianote sur son clavier comme on plante ses griffes dans sa chair ». Bigre ! La messe est dite : Camus est cet animal sauvage, carnassier, qui s’attaque aux brebis que nous sommes. Dès lors, on comprend la peur d’Amina Damerdji, si prégnante que Madame  aura procrastiné cinq ans avant de se résoudre à raconter comment, au sortir de la salle d’audience du tribunal d’Agen (où se tenait le procès en appel intenté contre l’auteur du Grand Remplacement), elle a pris le risque insigne d’accepter de grimper dans la voiture d’un Loup flanqué de ses « louveteaux » Rimokh et Verwaerde, dans la nuit noire qui plus est, pour atteindre, à une bonne heure de route, le château de ce Dracula des belles-lettres : il l’avait gentiment conviée à un entretien (enregistré) autour d’un apéro puis d’une volaille rôtie.  

Au récit de cette visite, dont sa mémoire tente de reconstituer le décor et le climat, Dans la gueule du loup mêle, non sans habileté sur le plan narratif, d’autres ressouvenirs douloureux, en particulier ceux de l’adolescence d’Amina, à ‘’Stan’’ (avec la lecture propitiatoire des Désarrois de l’élève Törless, le chef d’œuvre de Musil), ceux de l’exil familial, en 1994 pour fuir la guerre civile algérienne propagée par le Front islamique du Salut, sans compter quelques autres expériences éprouvantes à l’en croire, telle cette garde à vue, à Paris, pour un cambriolage à Athis-Mons dont elle fut accusée à tort par la police… Ainsi, précédé de celui du tribunal, l’épisode de Plieux (au reste rapporté de façon fort aimable par le Journal de Renaud Camus) est-il l’aimant qui convoque ici, par la force d’une étrange et tardive attraction, les traumas de toute une vie.

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Je te tiens, tu me tiens…

Amina Damerdji, comme elle le précisera de son propre chef à ses interlocuteurs camusiens pendant une suspension de séance, « travaille sur les écrivains de la haine » [sic], comme chercheuse. « Et l’homme [Camus] qui vient de roucouler [sic], poursuit-elle, de me faire des yeux si doux que je la sens encore sa caresse, de s’exclamer : mais je ne vois pas du tout ce que cela a à voir avec la haine ! ». Sauf que la bête est bien là, devant elle, en chair et en os, dissimulée sous ses airs doucereux et sous l’onction de son langage châtié. Sur la route de Plieux, un félin percuté par une voiture agonise-t-il ? « Camus plaide pour l’achever, un abrègement rapide et net des souffrances ».  Plus loin, un chien aboie-t-il au pied du donjon du château ? Camus invite à l’abattre, croit-elle se rappeler. « Je vous interroge sur votre manière d’écrire, vos écrivains favoris, et vous me bercez de vos sourires, de vos mots affectueux, je suis la chère consœur, celle qui comprend tout de suite, mais dès que mes questions portent sur votre engagement, vos liens avec des militants, vous vous glacez, vos pupilles rétrécissent, votre mâchoire se durcit sous l’épaisseur de votre barbe. […] Et vous m’enfumez, oui, je le vois, vous m’enfumez de littérature ». Ce qui tourmente durablement Amina Damerdji, c’est le soupçon que les formes extérieures du savoir-vivre et de la courtoisie, tout autant que le style coruscant, ne sont que le masque du mensonge, la grimace boursouflée de la haine, mitonnée dans un « lexique bilieux ». Et de se demander : « Par quels stratagèmes obtenez-vous l’adhésion à votre conte, Camus ? Quels sont les trucs et astuces de vos spectacles ? Les tenez-vous, tous, par les sentiments ? […] Est-ce ainsi que, moi aussi, vous espérez me tenir ? ». Camus ne serait donc qu’un manipulateur, dont la prose collet monté vaporise du narcotique. Difficile pourtant de résister au charme de Rimokh et Verwaerde, les deux cicérones d’Amina, qui lui font les honneurs du donjon: « J’aime être avec eux dans cet escalier. J’aime leur prévenance. J’aime leur vivacité, leur humour » […] « Et ce trouble m’aurait-il empêché d’écrire ? », cogite cette mère sensible qui dorlote sa petite fille adorée, et s’en veut de ne pas céder tout à fait à sa détestation à l’endroit du diariste qui, rapportant cet entretien, notera quant à lui avec l’humour qu’on lui connaît : « ces messieurs [les fameux ‘’louveteaux’’] étaient tout à fait sous le charme, et je les comprends – elle [Amina Damerdji] écrira sans doute sur moi des horreurs [voilà qui est fait !] mais s’il fallait détester tous les gens qui écrivent sur moi des horreurs, ces temps-ci, je ne pourrais plus aimer personne ». Saurait-on se montrer plus galant homme ? Et l’hôtesse d’un soir d’invoquer « ce paragraphe » et « les sentiments que vous y insinuez » [?] pour justifier ses atermoiements, à savoir sa propre résistance « à poser des mots sur notre rencontre pendant plus de quatre ans », écrit-elle.

Universitaire hispaniste, auteur de Laissez-moi vous rejoindre puis Bientôt les vivants, deux romans parus déjà chez Gallimard, Amina Damerdji a naguère étudié les poètes de la merveilleuse révolution cubaine, dont on voit aujourd’hui à quel triomphe celle-ci a mené l’île caribéenne. À chacun ses amours. Un passage éloquent de Dans la gueule du loup évoque une première tentative, avortée à contre gré, de rendre compte de « cette expérience à Plieux » à travers un « article scientifique » destiné à une revue confidentielle. Le courrier de refus que lui adresse un jour son directeur (pour des motifs au demeurant discutables) semble la heurter beaucoup, au point que dans le présent livre elle en extrait de longs passages. Or, quel titre avait-elle donné à l’article en question ? Le voici : « Enquêter humainement en terrain haineux : une soirée au château de Renaud Camus et autres expériences dans l’extrême droite française ».

De quel côté, la haine ? De quel côté, l’humanité ? Paradoxalement, dans l’épilogue de son récit Amina Damerdji rejoint, non sans une certaine candeur, les positions ‘’réactionnaires’’ de Renaud Camus, lorsqu’elle exprime son désir légitime de « transmettre à[sa] fille, lui montrer des photographies de son arrière-grand-père, lui raconter l’histoire de ses ancêtres »…

En librairie : Dans la gueule du loup, par Amina Damerdji. 108p. Gallimard, 2026

Dans la gueule du loup

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Fusillade à Aubagne : l’émergence d’un terrorisme d’un genre nouveau ?

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La fusillade survenue au collège d’Aubagne marque un tournant sécuritaire inédit. En retenant la qualification de terrorisme face à des éléments pointant vers la sous-culture en ligne de la True Crime Community, la justice française prend acte de l’émergence possible d’une nouvelle forme de passage à l’acte, nourrie par le nihilisme et la fascination des tueries de masse.

Fusillade au collège d’Aubagne : le choc d’une qualification de terrorisme inédite

C’est une première juridique et sociétale majeure en France. À la suite des tirs survenus aux abords d’un établissement scolaire à Aubagne, l’enquête a rapidement pris une tournure exceptionnelle avec la saisine du Parquet national anti-terroriste (PNAT). Ce qui aurait pu être traité au départ comme un fait divers dramatique ou un dérapage individuel relève désormais officiellement de la justice antiterroriste, explique Le Monde.

La raison ? Les premiers éléments d’investigation mettent en évidence des liens probables entre le suspect et la True Crime Community (TCC), une nébuleuse virtuelle internationale vouant un culte morbide aux tueurs en série et aux auteurs de tueries en milieu scolaire, à l’image du massacre de Columbine. En retenant ce prisme terroriste, les autorités judiciaires prennent la mesure d’un engrenage où l’embrigadement numérique et la fascination pour les massacres peuvent conduire au drame.

A lire aussi : Aubagne : « Elle m’a appelée en panique »… un collégien de 14 ans ouvre le feu dans son établissement

De l’idéologie au nihilisme : la mutation du spectre terroriste

Cette affaire ne signifie pas que les formes traditionnelles de terrorisme ont disparu, comme le rappelle justement France Info, dans un article revenant sur une enquête ouverte ce mois-ci pour apologie du terrorisme et des crimes contre l’humanité à Caen. La menace islamiste comme les extrémismes politiques violents demeurent au cœur des priorités sécuritaires. En revanche, le drame d’Aubagne démontre que le spectre de la violence aveugle s’élargit et se diversifie de manière inquiétante.

À côté des doctrinaires idéologiques ou religieux, une nouvelle matrice d’action émerge, portée par un nihilisme adolescent survolté par les réseaux sociaux. Au lieu d’un dogme politique ou d’une bannière confessionnelle, les adeptes de ces sous-cultures virtuelles recherchent la mise en scène, l’esthétisation de la violence et une forme de notoriété macabre. L’algorithme des plateformes et la recherche du spectaculaire deviennent le carburant d’individus isolés, captés par des récits de haine et d’ultra-violence mis en partage sur Telegram, TikTok ou des forums spécialisés.

Fusillade à Aubagne et terrorisme : un défi inédit pour la détection et l’institution scolaire ?

Pour les services de renseignement et l’Éducation nationale, ce basculement constitue un casse-tête sécuritaire d’une complexité rare. Les grilles de lecture traditionnelles de la radicalisation — fondées sur des signaux de rupture idéologique, des appartenances politiques marginales ou des pratiques religieuses ostentatoires — s’avèrent inopérantes face à ces profils.

La dérive vers la True Crime Community s’effectue dans le secret des écrans et la solitude des chambres d’adolescents. Elle mêle mal-être existentiel, fascination pour les armes et culture du « meme » morbide. Face à cette sous-culture toxique qui pénètre l’enceinte républicaine des collèges et lycées, la réponse ne pourra pas être uniquement sécuritaire : elle impose une révision profonde des mécanismes de vigilance numérique et de détection précoce du mal-être des élèves.

Piège au faux panneau : 400 automobilistes injustement flashés pour excès de vitesse

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Piégés par une fausse limitation de vitesse installée à la sauvette, 400 conducteurs ont vu le radar s’affoler outre-Rhin. Si l’affaire s’est terminée par une annulation générale, un tel scénario en France virerait rapidement au cauchemar administratif.

Piège au faux panneau : un radar flashe 400 automobilistes

L’histoire a tout d’un scénario absurde, mais les conséquences, elles, étaient bien réelles pour près de 400 conducteurs, informe La Dépêche sur son site. En Allemagne, dans la commune de Haldensleben, un ou plusieurs plaisantins ont eu l’idée d’installer de nuit un faux panneau de limitation de vitesse affichant 70 km/h juste devant une zone habituellement limitée à 50 km/h. Le problème ? Quelques mètres plus loin, le radar automatique, réglé sur la vitesse légale de 50 km/h, ne faisait pas de distinction : en pensant être dans leur bon droit et rouler en toute sécurité sous le seuil affiché, des centaines d’automobilistes ont vu l’appareil se déclencher.

En l’espace de quelques heures, le compteur de la cabine s’est affolé. Alertée par ce pic anormal de flashs et le dépôt du panneau sauvage, la municipalité a fini par intervenir. Face au ridicule de la situation et à l’erreur induite par un tiers, les autorités locales ont pris une décision radicale : l’annulation pure et simple de l’ensemble des 400 PV émis pendant la supercherie, épargnant aux usagers un imbroglio administratif inextricable.

Piège au faux panneau et radar fou : votre contravention aurait-elle été annulée en France ?

Si ce cas de figure s’était déroulé sur une route nationale ou départementale française, la réaction de la machine administrative aurait pu être bien plus rigide. En droit routier français, la validité d’un procès-verbal repose sur la régularité de la signalisation. L’article R. 411-25 du Code de la route est clair : les arrêtés municipaux ou préfectoraux fixant une limitation de vitesse ne sont opposables aux usagers que si la signalisation réglementaire est correctement implantée et visible. Un panneau contredit par un radar relève donc d’un vice fondamental d’opposabilité.

Cependant, le système de contrôle automatisé français (géré par l’ANTAI) n’intègre pas d’intelligence contextuelle. Même en cas de signalisation trompeuse, piratée ou modifiée illégalement, l’avis de contravention est édité et envoyé automatiquement.

Deux scénarios auraient alors pu se produire :

  • Le parcours du combattant individuel : À défaut d’une neutralisation immédiate par les autorités, la charge de la preuve aurait incombé aux automobilistes. Chaque conducteur aurait reçu son avis et aurait dû engager une procédure formelle de contestation pour faire valoir la nullité de l’amende.
  • La décision administrative globale (le cas idéal) : Si les forces de l’ordre ou le maire avaient constaté sur-le-champ la superposition de la fausse signalisation et saisi l’Officier du Ministère Public (OMP), une annulation en masse des séries de flashs sur ce radar fixe aurait pu être ordonnée en amont, bloquant l’envoi des PV.

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Radar fou et faux panneau : comment se défendre face aux autorités, en France ?

Pour les usagers confrontés à un piège similaire (panneau masqué par la végétation, signalisation de chantier contradictoire ou faux panneau), la règle d’or est la réactivité, comme le souligne le site d’avocats Juris’Auto.

  • Ne jamais payer l’amende immédiatement : En droit français, régler une amende forfaitaire vaut reconnaissance de la réalité de l’infraction. Le paiement rend toute contestation ultérieure impossible et déclenche le retrait de points.
  • Matérialiser la preuve tout de suite : La foi du Procès-Verbal ne s’efface que devant une preuve contraire. Si vous repérez une anomalie sur la route, prenez des photos horodatées et géolocalisées du panneau contradictoire, du radar et de l’environnement (ou conservez les extraits de caméra embarquée/dashcam).
  • Contester dans les règles (Cas n°3 de l’ANTAI) : Déposez une requête en exonération sous 45 jours via la plateforme antai.gouv.fr ou par lettre recommandée avec AR. Rédigez un courrier motivé citant l’article R. 411-25 du Code de la route et joignez-y vos justificatifs visuels et, si possible, la mention de faits similaires constatés par d’autres usagers.

Que reproche-t-on au prix Nobel de la paix, au juste?

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Notre contributeur dénonce un Prix Nobel déplorable et explique ici pourquoi.


Alors haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mme Pillay manifestait une hostilité envers Israël qui contrastait avec son aménité envers l’Iran, qu’elle avait ménagé après l’élection frauduleuse d’Ahmadinejad en 2009. Mais ce sont ses fonctions d’après 2021 qui lui ont valu la gloire du prix Nobel de la paix 2026, même si celui-ci lui a été décerné pour le motif très vague de « ses efforts en faveur de la paix et du droit international ».

Parmi les 47 membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui créa la Commission Pillay — Conseil supposé maintenir, je cite, « les normes les plus élevées en matière de droits de l’homme » —, les deux tiers étaient classés par Freedom House comme des régimes autoritaires ou des dictatures : parmi eux la Chine, la Russie, Cuba, le Venezuela, le Soudan, sans compter l’Érythrée, un pays dont le niveau de répression dépasse celui de la Corée du Nord. C’est le Pakistan, agissant au nom de l’Organisation de la coopération islamique, et lui-même régulièrement épinglé pour ses discriminations envers ses minorités religieuses, qui proposa en mai 2021 à ce Conseil une innovation : la création d’une commission d’enquête permanente chargée d’enquêter sur un territoire exclusif, à savoir le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël.

Mai 2021, c’est l’opération dite « Gardien des murailles » ou « guerre des 11 jours », lancée par le gouvernement Netanyahou et son ministre de la Défense, Benny Gantz, à la suite de tirs de roquettes du Hamas sur Jérusalem.

Une commission permanente, cela signifie une structure administrative lourde, bien différente de l’envoi de rapporteurs spéciaux, qui sont des experts individuels indépendants enquêtant sur un pays donné et dont le mandat est éventuellement renouvelé chaque année. L’argument allégué était la prolongation d’une situation illégale au regard du droit international, mais aucune commission permanente n’a été créée, évidemment, sur le Tibet, le Xinjiang, Chypre du Nord ou le Haut-Karabagh.

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Les trois membres de cette Commission, dont les noms furent probablement soufflés à la présidente fidjienne par le délégué pakistanais, étaient anti-israéliens, donc politiquement irréprochables suivant les critères du Conseil des droits de l’homme.

La Sud-Africaine Mme Pillay, sa présidente, avait déjà qualifié à de multiples reprises Israël d’État d’apartheid. L’Australien Chris Sidoti, encore en activité, était connu comme militant anti-israélien particulièrement virulent. M. Miloon Kothari, un architecte indien, se distingua en parlant d’un lobby juif qui contrôlait les réseaux sociaux et se demanda pourquoi Israël n’avait pas encore été chassé des Nations unies. Il fut obligé de se rétracter, mais avait été fortement soutenu par sa présidente, qui considérait qu’il n’y avait dans ces phrases rien d’antisémite et que les critiques traduisaient simplement la volonté israélienne de discréditer sa Commission…

Les résultats du travail de la Commission, titre de gloire essentiel de Mme Pillay, sont objectivement minables : ses deux rapports par an, l’un à Genève, l’autre à New York, manifestent un aveuglement très volontaire par rapport au fonctionnement du Hamas, simplement qualifié d’« autorité de fait » ; sa charte exterminationniste et son idéologie islamiste radicale ne sont pas mentionnées, tout comme ne le sont pas non plus le détournement de l’aide humanitaire ni la construction de tunnels. La répression impitoyable des protestations civiles est édulcorée, alors qu’Israël, qui savait à quoi s’en tenir et a refusé de coopérer avec la Commission, est disséqué de façon impitoyable.

Trois jours après le 7-Octobre, en condamnant les crimes de guerre contre les civils israéliens, la Commission Pillay évite les mots Hamas et terrorisme. Contrairement à la représentante de l’ONU sur les crimes sexuels, il lui faudra très longtemps pour admettre l’existence de ces crimes. Et quand elle le fera, la Commission les mettra en parallèle avec des fouilles au corps infligées à des détenus palestiniens.

Enfin, après avoir fait grand usage du terme « actes génocidaires », Navi Pillay a sauté le pas dans son rapport de 2025 à l’ONU en affirmant que les déclarations des dirigeants israéliens témoignaient d’une « intention génocidaire ». Ce faisant, elle a totalement outrepassé ses prérogatives, la qualification relevant exclusivement de la Cour internationale de justice et la notion d’intentionnalité étant réfutée aujourd’hui par la quasi-totalité des experts impartiaux.

Elle l’est d’ailleurs apparemment aussi par le président du Comité Nobel norvégien lui-même. M. Jørgen Frydnes a déclaré que l’attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay ne signifiait pas forcément que le Comité approuvait sa conclusion selon laquelle Israël aurait commis un génocide à Gaza.

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C’est là une véritable tartuferie, puisqu’en dehors de cette annonce spectaculaire, on ne voit pas ce que Mme Pillay a fait de vraiment remarquable au long de sa carrière. C’est bien en réalité pour imposer indirectement le mensonge du génocide que lui et la majorité de ses quatre collègues ont choisi Navi Pillay comme prix Nobel de la paix 2026, devant 287 candidats enregistrés. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas de cinq gauchistes à la Greta Thunberg. Deux font partie de la droite conservatrice et une troisième est une chrétienne anti-avortement. Ce n’est pas non plus, les enquêtes le montrent, un surgeon de la politique antisémite féroce et longtemps occultée du parti fasciste norvégien de Quisling, qui envoya dans les chambres à gaz d’Auschwitz 40 % des Juifs qui n’avaient pas pu fuir en Suède. Aujourd’hui, plus de la moitié des Norvégiens se disent favorables à la cause palestinienne contre 10 % pour Israël. Plus de la moitié, également, ne voient pas de différence entre Gaza et la Shoah. En plus d’une tradition pacifiste et moraliste que le rôle de leur pays dans l’attribution du prix Nobel de la paix ne fait que sublimer, une partie des Norvégiens se sentent coupables d’être devenus trop riches grâce au pétrole et au gaz. Ce sentiment cherche à s’apaiser dans la bonne volonté envers les opprimés et s’accompagne d’une naïveté géopolitique qui confine à la complaisance.

Mme Pillay avait été sélectionnée à l’ONU pour présider une commission permanente conçue d’emblée comme une machine de guerre contre Israël, et cette apparatchik « a fait le job ». Ceux qui lui ont attribué ce Nobel déplorable ne veulent pas connaître ces objectifs. Ils ne sont probablement pas antisémites. Ils sont aveugles en bonne conscience. Ils sont aussi, et c’est ce qui est grave, en phase avec la majorité des habitants de leur pays et de bien d’autres. La manipulation des émotions, l’arme la plus efficace des islamistes, a réussi à faire naufrager l’esprit critique des démocraties.


Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J.

Faut-il souffrir pour être macho?

En quête de virilité, les jeunes « mascus » sont prêts à malmener leur propre corps: oreilles en chou-fleur, testicules XXL et autres joyeusetés sont devenus de nouveaux trophées pour prouver leur valeur. Si ces phénomènes inquiètent la presse, les néoféministes, elles, ne parlent jamais de cette masculinité toxique-là.


Des cosmétiques à la chirurgie esthétique, les hommes se donnent désormais autant de mal que les femmes pour soigner leur apparence. La vanité et parfois la sottise ne sont plus réservées au seul beau sexe. Ce que l’on n’avait pas vu venir, en revanche, c’est le « looksmaxxing » : des pratiques extrêmes pour améliorer son apparence physique. Clavicular, influenceur américain masculiniste de 20 ans, a ainsi acquis une grande notoriété grâce à ses mâchoires redessinées à coups de marteau, à ses injections dans le visage et à son corps sculpté à grand renfort de stéroïdes. À côté du fameux « looksmaxxing », la presse française s’est inquiétée de deux autres phénomènes : les oreilles en chou-fleur et le « ballmaxxing ». Le Parisien a trouvé des centaines de vidéos de jeunes hommes souhaitant obtenir des oreilles boursouflées comme celles des combattants de MMA. Moyennant 35 euros, le combattant monténégrin Matija Gajovic fournit des tutoriels détaillant la procédure à faire chez soi.

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Cette déformation, vécue comme un trophée, serait aussi un bon « signal à envoyer en cas d’embrouille ». Mais elle peut provoquer des lésions graves du conduit auditif, perforer le tympan, voire entraîner une surdité totale. Le « ballmaxxing » n’est pas sans risques non plus : il consiste à s’injecter du sérum phy ou de l’eau salée dans le scrotum, jusqu’à un litre pour les plus ambitieux, afin d’augmenter le volume de ses testicules. L’opération devant être répétée fréquemment, les risques d’infection ou d’infertilité ne sont pas à exclure. Des groupes Reddit où s’échangent des photos ont été découverts par France Info. Évidemment, le mensuel homosexuel Pride n’est pas passé à côté du phénomène et y consacre dix pages, à la fois inquiètes et excitées, dans un dossier titré « Testicules XXL : le nouveau six-pack ? » En revanche, ne comptez pas trop sur nos militantes féministes pour s’inquiéter de ces pratiques dangereuses, étant bien trop occupées à combattre les adeptes du barbecue, le « manspreading » dans les transports ou la place disproportionnée laissée aux jeux de ballon dans les cours de récré.

Les vieilles lunes et les armes neuves

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La séquence politique actuelle, marquée par la révolte de lycéens, est très favorable à Jean-Luc Mélenchon – déjà bien haut dans les sondages – et à sa stratégie islamo-gauchiste.


Des lycéens et des étudiants se heurtent à la police, les drapeaux palestiniens flottent devant leurs établissements : Mélenchon doit se dire que l’Histoire a enfin retrouvé son adresse. Le Vietnam est loin, Billancourt a disparu, mais les cortèges reviennent et leurs participants ont l’âge de ses petits-enfants. Quelle délicatesse envers un homme qui attend depuis si longtemps que le monde confirme ses vingt ans !

Le peuple a mal tourné

Il serait mesquin de ne voir là qu’une affaire de bulletins de vote. Mélenchon cherche davantage : la justification rétrospective d’une existence. Il lui faut des puissants à maudire, des opprimés à représenter et des jeunes pour croire que tout commence, puisque lui-même ne peut se résoudre à penser que quelque chose aurait pu finir.

Les costumes ont changé, ce qui permet de ne pas toucher à la pièce. Le prolétaire sort, le minoritaire entre ; la banlieue remplace l’usine, la Palestine recueille les anciens enthousiasmes pour le Vietnam. On rafraîchit les affiches, on recrute les figurants, puis on annonce la rupture avec un matériel idéologique qui devrait depuis longtemps intéresser les brocanteurs.

Le peuple ouvrier, il est vrai, avait mal tourné : il s’obstinait à vouloir rester français, sans comprendre que son émancipation exigeait qu’il s’en excuse. À force de rencontrer des gens qui souhaitaient qu’on les rejoigne dans leur pays plutôt qu’on le leur réinvente, il devenait urgent de découvrir une « nouvelle France ». Le peuple aurait enfin le bon goût de ressembler à son programme.

A lire aussi: Les lycéens veulent-ils vraiment plus de profs?

La révolution de Mai avait échoué à renverser le capitalisme ; ses héritiers ont fait carrière. Cela aurait pu leur inspirer quelque modestie. Ils en ont tiré une autorité morale. Installée dans les lieux où se fabriquent les réputations, la contestation a continué de se croire clandestine, avec cette supériorité pratique sur les véritables proscrits qu’elle pouvait distribuer les brevets de respectabilité.

C’est le privilège rouge : avoir toujours le droit de juger au nom d’une promesse que personne ne vous demande plus de tenir. L’antifascisme sert de casier judiciaire vierge, l’antiracisme de sommation à se taire. Pourquoi répondre à une objection quand on peut découvrir chez celui qui la formule une inquiétante parenté avec les heures les plus sombres ?

Le pipeau de l’émancipation

La Palestine rend à ce vieux mécanisme sa fraîcheur supposée. Voici le faible et le puissant, l’Occident coupable et l’adversaire absous par sa seule hostilité. Quel repos de retrouver un monde où les coupables sont connus avant leurs actes ! Il suffit ensuite de détourner les yeux des fanatismes, des tyrannies et des victimes qui auraient le mauvais goût de déranger la distribution.

Et le cortège suit, des jeunes musulmans des quartiers aux enfants de la bourgeoisie des lycées et des universités. Mélenchon joue du pipeau de l’émancipation ; les enfants de Hamelin s’ébranlent et appellent cela penser par eux-mêmes. Il y a quelque chose de désolant à les voir prendre pour une découverte ce que leurs aînés ressortent des housses, et pour une pensée libre des slogans dont il suffirait de changer la date.

Pour qui a connu Mai 68, la copie est comique ; ce qu’elle recouvre l’est moins. Mélenchon ressort les barricades du magasin des accessoires, mais les armes qui circulent ne sont pas des accessoires, et rien ne garantit qu’elles resteront au service du trafic. Le rêve islamiste, lui, ne sent pas la naphtaline. Le tribun cherche une seconde jeunesse ; il pourrait surtout fournir une couverture à des ambitions qui n’attendent de lui ni permission ni leçon.

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La censure, c’est la liberté d’expression…

… telle pourrait être la devise orwellienne de l’Arcom et de QuotaClimat, si ça continue.


L’élection présidentielle approche et le bloc central-socialiste est en émoi. Sachant que les Français ne se contentent plus d’écouter les médias mainstream mais s’informent de plus en plus sur les réseaux sociaux et auprès des médias alternatifs indépendants, l’Arcom, soutenue par le pouvoir, amplifie sa surveillance. De nouvelles règles s’ajoutent régulièrement à celles, françaises et européennes, qui ont permis d’élargir au fil des ans le périmètre de la censure. Les podcasteurs (ou « créateurs de contenus ») sont maintenant dans la ligne de mire de Martin Ajdari. Le président de l’Arcom dit vouloir réfléchir à « de nouvelles règles pour la campagne 2027 » afin d’encadrer ces empêcheurs de penser en rond. L’étau se resserre. L’Arcom donne parfois l’impression de n’être plus qu’une officine politico-policière aux ordres d’un groupe d’individus redoutant de perdre le pouvoir. Et la liberté d’expression plus qu’une expression souvent utilisée par ces mêmes individus pour tenter de dissimuler leurs méfaits, à savoir le contrôle total des médias pour une diffusion exclusive de la doxa progressiste.

Pour notre bien

Le projet stratégique 2026-2028 de l’Arcom est un projet purement orwellien : sous prétexte de « protéger les citoyens » et de leur garantir le « droit à un accès effectif à une information fiable et pluraliste et à des médias libres et indépendants », l’agence s’autorise à définir ce qui relève du pluralisme ou non, à mettre en cause les lignes éditoriales de certains médias, à poursuivre ceux qui délivrent « des contenus illicites et des dynamiques haineuses, y compris diffuses » ou ce qu’elle jugera être des « contenus toxiques », à renforcer « la capacité collective à analyser et combattre la désinformation », en particulier via « son action en matière d’éducation à la citoyenneté numérique (sic) en partenariat notamment avec l’Éducation nationale », et, il fallait le souligner, à « garantir l’indépendance, l’impartialité et l’exemplarité du service public ». Éduquer la population, contrôler les médias, censurer les dissidents au nom de la démocratie et des libertés fondamentales des citoyens – un slogan orwellien vient naturellement à l’esprit, qui pourrait servir de devise à l’Arcom : la censure, c’est la liberté d’expression.

Qui dit officine politico-policière, dit mouchards. L’Arcom, noyautée par la gauche socialiste et la macronie, n’en manque pas. Reporters sans frontières, Conspiracy Watch et SOS Racisme sont parmi les plus actifs. En plus d’une surveillance assidue des réseaux sociaux et des médias numériques, ces associations, financées pour une grande part avec l’argent des contribuables, scrutent quotidiennement les médias Bolloré, CNews en particulier. Le moindre « dérapage », la plus petite « désinformation », la plus infime « absence de pluralisme », sont signalés à l’Arcom. On réclame des avertissements, des réprimandes, des amendes. On espère des sanctions qui, à terme, pourront conduire à une interdiction d’émettre sur la TNT. Les écologistes les plus bornés et les plus opportunistes ne pouvaient pas ne pas se joindre à cette bande de sycophantes.

Le climat ? Au moins 20% du temps d’antenne !

En collaboration avec la Fondation Jean-Jaurès, l’association écologiste QuotaClimat (1) vient de saisir l’Arcom contre CNews au motif que la chaîne d’info sous-traiterait les sujets sur l’environnement et multiplierait les « mésinformations » sur le climat. Pour prouver ses dires, cette association a réalisé une étude qu’elle juge inédite et impartiale. Après avoir visionné, en juillet 2025, 75 heures de séquences sur l’environnement sur CNews, BFMTV, LCI et Franceinfo, elle accuse CNews de n’avoir consacré que 2 % de son temps d’antenne à l’environnement, contre 4,9 % pour France info – voilà qui ne peut faire que tiquer une association qui milite depuis des années pour que 20 % du temps d’antenne des médias audiovisuels soient consacrés aux « enjeux environnementaux et à l’urgence climatique ». QuotaClimat reproche ensuite à CNews d’être la chaîne la moins favorable aux énergies renouvelables « présentées comme inefficaces ou inutiles en raison de leur intermittence, responsables d’une explosion des prix ou génératrices de blackouts ».L’association s’en remet à la Commission de la régulation de l’énergie et au Giec pour décréter que toutes ces affirmations sont erronées et relèvent de la désinformation. Or, ces informations sont vraies, étayées par les nombreuses analyses de chercheurs renommés, de spécialistes des dossiers énergétiques, d’anciens dirigeants d’EDF ou, tout simplement, par la réalité des faits (2) !

CNews pointe du doigt la ségrégation sociale engendrée par les ZFE : c’est mal. CNews valorise notre parc nucléaire au détriment des parcs éoliens : c’est insupportable. CNews critique la décision européenne d’arrêter la production des véhicules à moteur thermique en 2035 : c’est répréhensible. Il semblerait bien que QuotaClimat reproche à CNews de ne pas avoir pris le Tournant environnemental préconisé par la direction de Radio France dans une charte stipulant que, se tenant « résolument du côté de la science », elle sort « du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine » et considère que cette dernière est « un fait scientifique établi, pas une opinion comme une autre ». Radio France ne risque pas de se voir malmenée par QuotaClimat, association créée en 2022 par Eva Morel, Lola Morel et Anne-Lise Vernières. Ces anciennes attachées parlementaires macronistes formées à Sciences-Po ont immédiatement pu bénéficier d’une aide financière publique provenant de l’Ademe, du ministère de la Culture et de… l’Arcom ! Par ailleurs, pour laisser accroire à une grande impartialité et à une parfaite objectivité de leur part, ces dames se flattent de se référer aux chiffres de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie mais omettent de préciser qu’elles sont à l’origine de la création de cette énième officine d’espionnage écolo et que celle-ci est entièrement financée par la Caisse des dépôts, l’Ademe, le ministère de la Culture et… l’Arcom ! L’année prochaine, après que, espérons-le, les Français se seront débarrassés de leurs tourmenteurs, un grand et définitif ménage serait bienvenu dans ce petit monde se gobergeant aux frais des contribuables.

Écologie politique

Rédigée par Théodore Tallent, chercheur en science politique affilié à l’École du climat de Sciences Po (sic) et co-directeur de l’Observatoire de l’urgence climatique et sociale de la Fondation Jean Jaurès, la conclusion de cette « enquête » est un petit bijou de manipulation idéologique et de distorsion du sens. Son usage abusif des mots science, consensus, réalités ou vérités scientifiques, peut éblouir une âme simple ; il ne trompera pas le lecteur attentif et critique des brochures dogmatiques actuelles, en particulier celles issues de l’écologisme, et qui sait ce qui se cache derrière ce procédé lyssenkiste. Extraits : « Lorsque les médias offrent peu de contradiction ou, à l’inverse, mettent en scène une contradiction artificielle entre science et opinion, les attitudes à l’égard du climat tendent à se durcir plutôt qu’à se nuancer » – la science en question ne peut naturellement être que celle issue des « connaissances scientifiques validées par le Giec » et des « experts » de plateaux de télé poussant des hauts cris à chaque canicule censée prouver le « dérèglement climatique » ; l’opinion, elle, est représentée aussi bien par les journalistes que par les chercheurs réfutant tout ou partie des conclusions du rapport du Giec et questionnant les causes du changement climatique en dehors de celles imputées aux seules « activités humaines », et par tous ceux qui remettent en cause les décisions prises par des dirigeants obnubilés par la « transition écologique » et la « décarbonation ». Il y a donc, pour M. Tallent, « un pluralisme malhonnête, vecteur de désinformation lorsqu’il légitime une fausse équivalence entre le consensus scientifique et des positions minoritaires qui le contestent ». Ce faux pluralisme, écrit-il, « met en scène des désaccords sur des réalités scientifiquement établies et ne favorise pas la délibération, il la paralyse ». De plus, il fallait bien en arriver là, cela « renforce les attitudes politiques les plus polarisées, notamment à l’extrême droite ». Selon le comité de surveillance de QuotaClimat, l’Arcom se doit d’agir ; elle ne saurait « tolérer un pluralisme défaillant [compromettant] la transition écologique » ou accepter que « le débat se structure autour de camps antagonistes, au détriment d’une discussion sur les modalités concrètes de la transition, ses temporalités et ses bénéfices potentiels ». Il convient d’empêcher par tous les moyens possibles un « ralentissement de l’acceptabilité sociale des transformations nécessaires ». En résumé et en clair, non seulement les médias audiovisuels doivent réserver 20 % de leur temps d’antenne à la propagande écologiste, mais, de plus, il doit leur être expressément interdit de contredire les conclusions du rapport du Giec et de remettre en cause le dogme anthropique du changement climatique, de critiquer les politiques énergétiques françaises et européennes en faveur des énergies dites renouvelables et de tenter de démontrer leurs effets désastreux sur l’industrie, l’agriculture et, globalement, sur la vie des Français. Interdiction également de souligner les avantages, en termes de coûts, d’indépendance et de souveraineté, de l’énergie nucléaire – domaine dans lequel la France excellait avant les décisions catastrophiques prises par François Hollande et Emmanuel Macron pour obéir lâchement aux injonctions des écologistes français et des dirigeants allemands. Toute entorse à ce catalogue non exhaustif de prohibitions sera impitoyablement signalée à l’Arcom par l’agence de surveillance QuotaClimat, laquelle espère que les sanctions les plus sévères seront prises à l’encontre des contrevenants, en particulier son ennemi juré CNews.

Petits despotes

L’écologisme est une idéologie despotique essentiellement relayée par des jeunes gens issus de milieux privilégiés qui, après avoir suivi un cursus scolaire imprégné d’écologie, ont achevé leurs études dans ce qui est devenu l’antre de tous les dogmes progressistes – wokisme, décolonialisme, écologisme – à savoir Sciences Po. Nombre d’universités, soucieuses de copier les lieux où sont formatées nos futures « élites », accueillent dorénavant dans leurs murs des départements d’études sur le genre, sur le décolonialisme ou sur la transition écologique, desquels sortent les mêmes profils d’individus endoctrinés et opportunistes. Inaptes au travail, improductifs, ces derniers n’ont pas d’autre but que de noyauter, voire de créer des mouvements militants, associations ou ONG inondées d’argent public ou soudoyées par des entreprises privées y trouvant leur compte. L’entre-soi est total et les carnets d’adresses utiles se remplissent au fil de rencontres intrigantes avec certains syndicats, mouvements politiques ou associations militantes déjà en place.

QuotaClimat est un exemple parfait de ce qui peut se faire de pire : doctrinaire et intolérante, cette association s’apparente à un mouvement sectaire quasi-religieux. Inquisitoriale, elle n’hésite pas à dénoncer et à exiger l’excommunication de tous ceux qui s’opposent à son dogme. Comme tout mouvement ayant des penchants totalitaires, elle use et abuse du mot science, mot qui ne désigne plus alors une recherche critique de la vérité mais une Vérité établie, indiscutable et incontestable, asservie à son idéologie – quiconque la réfute ou, simplement, l’interroge, sera considéré comme un hérétique. S’appuyant sur des alliés influents et rémunérateurs qui espèrent en retour une collaboration étroite dans le contrôle des médias et des réseaux sociaux, ainsi que dans l’éducation, voire la rééducation de la population, elle est, intrinsèquement, une organisation partisane, policière et liberticide. Bref, dans certains pays, sous certains régimes, cette antichambre de la Police de la Pensée ne dépareillerait pas et aurait tout à fait sa place…


(1) J’ai récemment décrit cette association dogmatique, inutile, voire nuisible, dans ces colonnes : https://www.causeur.fr/demandez-le-programme-informationnel-de-quotaclimat-332305

(2) Le black-out électrique qu’ont subi l’Espagne et le Portugal en avril 2025 (plus de quinze heures sans électricité, provoquant l’arrêt de toute activité et la mort de 147 personnes) est dû à une production excédentaire, ingérable et incontrôlable des énergies dites renouvelables. Un rapport de la société qui gère le réseau espagnol soulignait déjà, en mai 2024, le risque accru de pannes fréquentes et graves causées par la dépendance croissante aux énergies intermittentes – le gouvernement espagnol se targue que ces dernières représentent environ la moitié de son mix énergétique et espère atteindre les 80 %. Problème : ces énergies intermittentes présentent l’inconvénient majeur de ne pas être pilotables. Impossible, avec elles, d’assurer la stabilité en tension et en fréquence du réseau. La presse et les écologistes n’ont pas cru bon de nous en informer mais… l’Espagne a à nouveau frôlé la catastrophe le 28 janvier dernier : des rafales de vent supérieures à 100 km/h (tempête Kristin) ont activé l’arrêt automatique d’une partie du parc éolien, faisant chuter drastiquement la production électrique. Résultat n°1 : la remise en marche des centrales à gaz n’a pas suffi à compenser la perte et, pour assurer le flux vers les particuliers, le gestionnaire du système électrique espagnol s’est vu obliger de ralentir ou de carrément couper l’alimentation des plus gros consommateurs industriels, mettant en péril l’existence de centaines d’entreprises. Résultat n° 2 : ce type de coupures se multipliant, il est prévu d’indemniser les entreprises concernées. Ces indemnisations seront payées par tous les Espagnols qui vont devoir participer au remboursement d’une première facture s’élevant à 775 millions d’euros. Une nouvelle flambée des factures d’électricité est d’ores et déjà prévue en Espagne : d’abord pour continuer de subventionner la « transition énergétique » ; ensuite pour indemniser les victimes collatérales de cette transition. Si l’on suit les préconisations des écologistes et de QuotaClimat, voilà ce qui pend au nez des Français qui ont déjà vu leurs notes d’électricité multipliées par deux en à peine quinze ans.

La boîte du bouquiniste

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«Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres», dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


C’est un petit livre, à peine plus de cent pages. Mais les idées qui y sont consignées dépassent de loin ce format. Jean Paulhan (1884-1968) explore la critique littéraire, non celle qui dit que tel ouvrage est bon ou mauvais, mais celle qui offre un nouvel éclairage, qui approfondit une œuvre et sa compréhension. Cette recherche est d’abord une réflexion sur la langue française, le sens des mots et leur sonorité, l’orthographe et la grammaire, la syntaxe – jusqu’aux correcteurs et aux imprimeurs. S’il dénombre les critiques savants, historiens, psychanalystes et sociologues, Paulhan admet une certaine imprécision – voire irrationalité : « Le critique est dans la situation d’un homme à qui chacun viendrait demander l’heure, et qui répondrait au petit bonheur – comme les parents font à leurs enfants : “C’est l’heure d’être sage.” Ou : “C’est l’heure de ne pas dire de sottises.” Ou même : “C’est l’heure de te taire.” » Il note aussi, sans qu’on sache s’il le blâme vraiment, que la création de son temps se double elle-même d’un système critique. Valéry, Proust, Gide, Claudel, Joyce, Breton, Sartre et d’autres : « Une bonne moitié de leur œuvre se dépense à prouver qu’ils ont eu raison d’écrire l’autre moitié. »

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Dans la première partie de l’ouvrage, ses observations et ses démonstrations sortent parfois péniblement de sa plume. Paulhan peine à descendre de son Olympe pour traduire en mots simples une pensée complexe – comme Valéry, il semble croire que la ligne droite n’est pas le chemin le plus court pour relier deux points. Le ton diffère cependant dans la seconde partie, jusqu’à devenir parfois quasi pamphlétaire. Il dézingue avec intelligence et son argumentation est limpide. Ainsi démonte-t-il le critique André Rousseaux qui déclare que « Jouhandeau écrit mal », et Sartre en prend pour son grade : Dans Situations, « il s’est une fois pour toutes prononcé sur les problèmes du langage. Il leur consacre quelque quatre-vingts pages. […] Je ne vois qu’un défaut : c’est que malgré la bonne volonté et les loyaux efforts, il n’est pas une fois question de langage. » Paulhan s’explique, point par point, citations à l’appui. Lorsque Sartre affirme que les mots traduisent des sentiments, des opinions, des préjugés sociaux à réajuster selon le contexte et les individus (comprendre lorsque le dominé est face au dominant, le pauvre face au riche), notre critique rétorque qu’on ne peut pas « se plaindre » des mots, qu’on ne peut pas leur en vouloir. Ils ont simplement, et par nature, une résonnance différente selon chacun : pour l’un, la mort est la vie éternelle, pour l’autre, la disparition pure et simple ; de même pour Dieu, qui peut-être soit le vide, le rien, soit la raison de tout, l’Être suprême. Ce sont les pensées qui changent, non les mots. Voilà pourquoi Paulhan estime que « Sartre voit la littérature à l’envers » ; et de déplorer : « Il s’agirait moins, pour les hommes d’aujourd’hui, si l’on en croit Lénine, de comprendre le langage que de le changer. Chaque mot doit devenir un mot d’ordre, que la classe dominante de demain – la classe ouvrière – chargera de son sens. »

Petite préface à toute critique, Jean Paulhan, Les Éditions de Minuit, 1951.

Y a-t-il un pilote dans l’IA?

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Duo improbable : Bernie Sanders et Steve Bannon à la Pro-Human Assembly, Washington, 15 septembre 2026 © LENIN NOLLY/EFE/SIPA

L’IA s’emballe et s’emballe si fort que des pontes de la Silicon Valley démissionnent, effrayés de la voir toujours plus autonome, jusqu’à, disent-ils, pouvoir tuer l’humanité. Mais la régulation ne semble pas encore au programme: un ralentissement de l’innovation signifierait, pour les Américains, de laisser la première place aux Chinois.


L’IA va-t-elle tous nous tuer ? Cette menace, déjà imaginée par la science-fiction, est aujourd’hui régulièrement convoquée par des magnats de la tech eux-mêmes. La perspective d’une destruction de l’humanité par sa créature a fait la une des médias partout dans le monde en septembre. Le 8, Jacob Coxon, chercheur à Anthropic après avoir travaillé pour OpenAI, les deux leaders américains de l’IA, annonce sa démission. En une journée, son post récolte plus de 100 millions de vues. Coxon dénonce l’attitude irresponsable de ses ex-employeurs face à la rapidité incontrôlée des avancées. Selon lui, faute d’une régulation adaptée, l’IA pourrait échapper à la tutelle des humains et poursuivre ses propres objectifs qui ne seraient pas « alignés », comme dit le jargon technique, sur les buts des hommes. Une IA autonome, une « superintelligence », pourrait même décider d’œuvrer pour l’extinction de l’espèce humaine, et ce dans un avenir proche. Quatre jours plus tard, le PDG d’Anthropic, Dario Amodei, qui avait déjà alerté sur le rythme débridé des progrès accomplis par des sociétés comme la sienne, appelle à un accord collectif pour maîtriser la cadence des innovations et éviter une catastrophe. D’autres leaders de la tech, dont Musk et le patron d’OpenAI, Sam Altman, approuvent cet appel. Trois jours après, le clan des « doomers » (de l’anglais doom, « désastre ») est rejoint par un duo improbable, le sénateur démocrate, Bernie Sanders, et le gourou des MAGA, Steve Bannon. À Washington, ils participent à la « Pro-Human Assembly », événement organisé par une ONG où chacun dénonce le pouvoir excessif des chefs de la tech et exige des contrôles gouvernementaux plus stricts. Pendant ce temps, des élus au Congrès, aussi bien républicains que démocrates, réclament des mesures législatives – très diverses et variées – pour réguler le secteur.

Ces inquiétudes ne sont pas nouvelles. Mais si la démission de Coxon fait autant de bruit, c’est parce que certains événements semblent lui donner raison.

Charybde ou Scylla ?

L’IA présente deux catégories de risque liées au développement de l’IA « agentique ». Cette dernière, à la différence de l’IA générative qui ne fait que répondre aux questions qu’on lui pose, jouit d’une certaine autonomie et peut planifier et exécuter des actions pour atteindre un but général que nous lui avons fixé. Le premier type de risque concerne la possibilité que ces modèles puissants tombent entre les mains de pirates, de terroristes ou d’États voyous. Le 10 septembre, Anthropic a publié un long rapport détaillant des tentatives – dont certaines réussies – par les Chinois, les Russes, les Iraniens et les Houthis pour exploiter son modèle de base, Claude, à des fins néfastes : cyberattaques, campagnes de propagande, opérations d’espionnage et même la construction de systèmes de guidage de missiles. C’est dire si ce type de risque est réel.

Le deuxième risque, c’est que des agents IA poussent leur autonomie si loin qu’ils échappent au contrôle de leurs créateurs. En anglais, on parle d’IA « rogue ». Ce terme, qui veut dire à la fois « dévoyé » et « hors-la-loi », peut semer la confusion en prêtant à l’IA une intentionnalité quasi humaine. Nous sommes proches du fantasme d’un Frankenstein qui se retourne contre son créateur. C’est encore au mois de septembre que des exemples de ce deuxième risque ont été rendus publics. Le 4, OpenAI a révélé que, lors d’un test de cybersécurité conduit entre mai et juillet, plus de 1 200 de ses agents IA, opérant de manière autonome dans un essaim qu’ils ont coordonné eux-mêmes, ont piraté une entreprise d’outils et de services IA, Hugging Face, afin d’y accéder à des données dont ils avaient besoin pour réussir le test. Non seulement ils ont « triché », mais ils l’ont fait en s’évadant du « bac à sable », c’est-à-dire de l’environnement fermé conçu afin de conduire de telles expériences en toute sécurité. Et le tout à l’insu des ingénieurs d’Anthropic qui n’ont appris la nouvelle que quand Hugging Face les en a informés. Le 17 septembre, Google révèle que, au mois de mai, son IA, Gemini, s’est échappée trois fois du bac à sable pour attaquer trois entreprises qui portaient le même nom que trois cibles fictives créées pour les besoins d’un test. Enfin le 24, le Premier ministre australien annonce qu’un agent rogue d’OpenAI a piraté le portail du système de santé de son pays. L’agent faisait de la recherche sur les dépenses médicales. L’incident a eu lieu en juin, mais OpenAI n’en a informé le chef de gouvernement que le 10 septembre.

De telles histoires, transformées par la presse en gros titres, ont donné l’impression que ces agents « rogues » avaient acquis une sorte de volonté propre. En réalité, il n’en est rien. Les agents avaient été entraînés à « tricher », à trouver tous les moyens possibles pour atteindre les buts qu’on leur avait fixés. Les « évasions » étaient le résultat à la fois de leurs capacités et d’un certain laxisme en termes de sécurité chez Anthropic et d’autres. Nous sommes donc loin de l’avènement d’une superintelligence artificielle. Aujourd’hui, pourtant, deux innovations pourraient y conduire un jour. Actuellement, dans les sociétés les plus en pointe, la recherche est majoritairement pilotée par des agents IA souvent employés à créer des versions supérieures d’eux-mêmes par un processus qu’on appelle l’« auto-amélioration récursive ». De plus, les modèles les plus avancés peuvent avoir recours à une fonction appelée « profondeur récurrente » qui permet à un agent de conduire ses raisonnements, non pas selon le procédé habituel dont les ingénieurs peuvent suivre les étapes, mais dans un « espace latent » auquel ces derniers n’ont pas accès. Il est donc concevable qu’un jour une superintelligence émerge à l’insu et contre le gré de l’humanité. Mais pour le moment nous en sommes loin, et le deuxième type de risque, comme le premier, relève encore de l’action humaine, qu’il s’agisse de la malveillance ou de la négligence. Il est donc urgent de prévenir les risques. Reste à savoir qui le fera et comment.

Le dilemme du régulateur

Le 23 septembre, Altman et Amodei sont intervenus séparément devant l’Assemblée générale de l’ONU pour demander un accord international afin de ralentir les progrès et établir des normes de sécurité. Les leaders du secteur ne sont pas seulement inquiets pour l’avenir de l’humanité, ils ont aussi deux autres motivations. D’abord, vu la gravité des risques, ils ne veulent pas être seuls responsables. Mais comme il y a une concurrence farouche entre les entreprises, il faut que toutes se mettent d’accord pour éviter que certaines continuent d’innover à bride abattue au désavantage des autres. Deuxièmement, ils veulent garder la confiance des investisseurs. Leurs sociétés sont endettées jusqu’au cou, car elles consacrent des centaines de milliards de dollars à la recherche et à la puissance de calcul. Ces entreprises, qui jusqu’ici n’ont pas fait de bénéfices, comptent beaucoup sur des introductions en bourse pour sécuriser leur avenir financier. Anthropic espère ainsi atteindre une valeur initiale de deux billions de dollars en novembre. OpenAI a reporté son opération à l’année prochaine. Leur appel à la régulation est une façon de dire : « Nos produits sont de plus en plus puissants et méritent votre argent, mais nous sommes responsables. Vous pouvez vous fier à nous. »

Reste un grand dilemme qui tient au fait que les sociétés américaines sont en concurrence non seulement entre elles, mais aussi avec les chinoises. Si les premières ralentissent, les dernières prendront l’avantage. La compétition est féroce, car les produits américains sont chers et les chinois, proposés à bas coût, conquièrent plus de parts de marché. Et après la publication du rapport sur les abus de son modèle Claude, Amodei a dit redouter que l’IA la plus avancée serve les intérêts des régimes autoritaires comme la Chine. C’est pour cette raison que Donald Trump, qui craint que les États-Unis perdent leur avance technologique sur la Chine, est opposé à la régulation. Il réfute les inquiétudes sur le risque existentiel et dans son propre discours devant l’ONU, a proposé, en bon provocateur qu’il est, de remplacer le terme « Artificial Intelligence » par « Super Intelligence ». Il sait que l’IA est vitale pour la croissance américaine. Au deuxième semestre, le secteur aurait généré un tiers de la croissance du pays. Si les États-Unis veulent conserver leur avantage stratégique et militaire sur la Chine, ils doivent continuer à la distancer en termes d’IA. Or, actuellement leur avance technologique se mesure à peine en mois.

De son côté, la Chine mise aussi sur l’IA pour booster sa croissance, mais elle est moins préoccupée par la menace existentielle que par le risque que l’IA soit utilisée pour déstabiliser son régime. Elle se méfie aussi des appels au ralentissement lancés par les sociétés américaines. La Chine reste derrière les États-Unis en termes d’innovation, mais plagie les modèles de pointe américains dont elle fait des versions bas de gamme. On dit qu’elle fait du « ski nautique » derrière son rival. Or, en cas de moratoire, les Chinois craignent de rester figés dans cette position, incapables de passer devant les Américains par leurs propres innovations.

Juste après la session de l’ONU, Trump a accueilli Xi Jinping à Washington. Inévitablement, ceux qui espéraient que les deux dirigeants trouveraient un accord sur l’IA ont été déçus, mais les deux puissances sont quand même convenues de créer un mécanisme par laquelle chacune signalera à l’autre des incidents touchant la sécurité des modèles. C’est mieux que rien. Le président américain a affirmé à maintes reprises que son pays doit « gagner la course à l’IA ». Mais y a-t-il une ligne d’arrivée ? Dans le fond, c’est peut-être le véritable risque existentiel : une course qui n’a pas de fin.

À nos chers lycéens, Marine reconnaissante

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Marine Le Pen au salon de l'élevage de Cournon d'Auvergne, 7 octobre 2026 © Alain ROBERT/SIPA

En politique, manifestement, la France aime réinventer la roue tous les trente ou quarante ans. Finira-t-elle par confier ses clés à Marine Le Pen et au FMI cette fois ?


Ce pourrait être l’épitaphe gravée sur la tombe du mouvement lycéen. Il faut se méfier des comparaisons historiques, mais octobre 2026 donne la même impression de désordre insurmontable que Mai 68. Un mois suivi par juin 68, qui a vu le triomphe électoral du camp de l’ordre, incarné aujourd’hui, que ça plaise ou non, par le parti à la cravate. Bruno Retailleau a de très bonnes idées pour restaurer la paix civile, mais l’effet boule de neige se portera sur Marine, dont la cote dans les sondages monte inéluctablement. « Nothing succeeds like success », dit-on en anglais : rien ne réussit comme le succès.

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À chaque génération de jeunes Français, la même idée géniale jaillit dans un, deux, cent, mille cerveaux de 17 ans : « Et si nous partagions tout ? Et si l’État dirigeait toute l’économie et en répartissait les fruits à chacun selon ses besoins ? » Nobles et beaux principes, séduisants à première vue, douteux à la seconde, catastrophiques à la troisième. Pourquoi faut-il que la jeunesse de ce pays, seule ou à peu près en Europe, n’apprenne rien du passé ? Les profs d’histoire, forcément de gauche, y sont pour quelque chose, mais pas que. François Furet n’aurait jamais dû écrire Le Passé d’une illusion, les traducteurs français de Soljenitsyne ont perdu leur temps à travailler sur L’Archipel du Goulag et le plus sublime encore Pavillon des cancéreux. Que d’efforts inutiles ! Paul Valéry a raison, l’histoire ne sert à rien, du moins en France. Il faut redécouvrir tous les trente ans que le socialisme a toujours et partout échoué, et souvent fini en tyrannie. Kim Il-sung n’est pas une caricature, c’est l’évolution logique et terrifiante du communisme, auquel on croit donner un visage plus aimable en l’appelant socialisme. Les admirateurs de la Chine feraient bien de lire le nouveau livre de Jean-François Colosimo, Quand la Chine vacillera, qui montre que la prospérité économique de ce pays est payée par une effroyable oppression de chaque individu au moyen de son « crédit social ». Selon l’essayiste, un ingénieur chinois sur trois rêve de partir, et je connais un immeuble de Montréal rempli d’immigrés aisés qui ont fui le pouvoir de Xi et son impitoyable sourire.

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L’archange Raphaël a fait de multiples apparitions sur les écrans de télévision dimanche soir 11 octobre. Sa bonne bouille et son élocution polie ont séduit les naïfs qui s’émerveillent de ses différences avec le diable Mélenchon. Jetons un coup d’œil sur le programme de Place publique. Retraite à 62 ans, refus de la capitalisation : les marchés financiers et les autres pays de la zone euro vont adorer. Baisse du chômage et réindustrialisation grâce à « de nouvelles politiques commerciales pro-françaises et pro-européennes » : vieux refrain, quand les politiciens français ne savent pas résoudre un problème, ils le « renvoient au niveau européen ». Ouverture de la chasse aux très riches, la taxe Zucman est « la base de tout accord » et les héritages seront pillés : les fortunés partiront à Milan, ville charmante et détaxée. Force est de donner raison à Javier Milei : communisme et socialisme sont à mettre dans le même panier. Glucksmann, gentil loup d’Intermarché, retrouverait au pouvoir le goût des viandes saignantes.

Je ne vois pas ce qui pourrait empêcher l’arrivée au pouvoir de Marine Le Pen, à part un coup de force judiciaire qui soulèverait contre lui des manifestations aussi importantes que la démonstration gaulliste sur les Champs-Élysées le 30 mai 1968. Elle ne subira même pas l’impopularité de baisser les retraites et toutes les dépenses publiques, puisque le FMI et l’Europe s’en chargeront. Quelle honte pour un pays qui a fait trembler le continent sous Louis XIV et Napoléon ! Soyons optimistes : le parti mélenchoniste, quand on aura réprimé ses velléités de révolution, rentrera dans le lit d’une gauche d’opposition classique. Le bloc centriste et la fausse bonne idée de « prendre le meilleur de la gauche et le meilleur de la droite » disparaîtront en ne laissant que de mauvais souvenirs. Au revoir là-haut à Bayrou et Macron. Ce serait une merveilleuse ironie de l’histoire : la fille de Jean-Marie Le Pen et le boute-feu d’extrême gauche rétablissant le bon fonctionnement de la Ve République voulu par de Gaulle et Michel Debré : une large majorité et une large opposition alternant au pouvoir.

Une jeune gaulliste avec le drapeau francais, pendant la remontee de l’avenue des Champs-Elysees, 30 mai 1968. SIPAHIOGLU/SIPA

Quand la Chine vacillera...: L'empire du Milieu sera-t-il l'empire du Chaos ?

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« M’avez-vous mordue, Renaud Camus? »

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L'écrivaine franco-algérienne Amina Damerdji. Capture YouTube Librairie Mollat.

Qui serait ignorant du pedigree d’Amina Damerdji, poétesse, romancière, essayiste et chercheuse franco-algérienne issue d’une grand-mère bourguignonne et d’un grand-père maghrébin pourrait à bon droit s’interroger, sur la seule foi du titre de son dernier livre, paru chez Gallimard il y a quelques jours : Dans la gueule du loup. Encore un bouquin consacré au Führer dans son bunker berlinois ou sur les cimes du Berghof ? La jaquette de l’éditeur ne vous met pas précisément sur la voie : « DE QUOI AVONS-NOUS PEUR ? », questionne le bandeau, en lettres capitales sur fond rouge. Le terme « roman », pour une fois, ne figure pas sur la couverture. Bon, alors, une enquête sur les frissons qui agitent l’époque ? Sur le spectre d’un retour de l’Ordre noir ? Eh bien non. Le loup, c’est Renaud Camus ! Et la gueule, le château de Plieux – où tout lecteur familier de l’écrivain sait qu’il a de longue date élu domicile.

Tremblez, moutons

Sous la plume d’Amina Damerdji – et pour assumer le mode allusif jusque dans la lourde évidence de ses résonances historiques – la gueule devient « la tanière » du « loup-châtelain », dont « les crocs étincellent » […], si, si, « la tanière, la vraie, l’endroit ou le Loup [notez, cette fois, le L majuscule] compose ses pièces, où il [Camus] pianote sur son clavier comme on plante ses griffes dans sa chair ». Bigre ! La messe est dite : Camus est cet animal sauvage, carnassier, qui s’attaque aux brebis que nous sommes. Dès lors, on comprend la peur d’Amina Damerdji, si prégnante que Madame  aura procrastiné cinq ans avant de se résoudre à raconter comment, au sortir de la salle d’audience du tribunal d’Agen (où se tenait le procès en appel intenté contre l’auteur du Grand Remplacement), elle a pris le risque insigne d’accepter de grimper dans la voiture d’un Loup flanqué de ses « louveteaux » Rimokh et Verwaerde, dans la nuit noire qui plus est, pour atteindre, à une bonne heure de route, le château de ce Dracula des belles-lettres : il l’avait gentiment conviée à un entretien (enregistré) autour d’un apéro puis d’une volaille rôtie.  

Au récit de cette visite, dont sa mémoire tente de reconstituer le décor et le climat, Dans la gueule du loup mêle, non sans habileté sur le plan narratif, d’autres ressouvenirs douloureux, en particulier ceux de l’adolescence d’Amina, à ‘’Stan’’ (avec la lecture propitiatoire des Désarrois de l’élève Törless, le chef d’œuvre de Musil), ceux de l’exil familial, en 1994 pour fuir la guerre civile algérienne propagée par le Front islamique du Salut, sans compter quelques autres expériences éprouvantes à l’en croire, telle cette garde à vue, à Paris, pour un cambriolage à Athis-Mons dont elle fut accusée à tort par la police… Ainsi, précédé de celui du tribunal, l’épisode de Plieux (au reste rapporté de façon fort aimable par le Journal de Renaud Camus) est-il l’aimant qui convoque ici, par la force d’une étrange et tardive attraction, les traumas de toute une vie.

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Je te tiens, tu me tiens…

Amina Damerdji, comme elle le précisera de son propre chef à ses interlocuteurs camusiens pendant une suspension de séance, « travaille sur les écrivains de la haine » [sic], comme chercheuse. « Et l’homme [Camus] qui vient de roucouler [sic], poursuit-elle, de me faire des yeux si doux que je la sens encore sa caresse, de s’exclamer : mais je ne vois pas du tout ce que cela a à voir avec la haine ! ». Sauf que la bête est bien là, devant elle, en chair et en os, dissimulée sous ses airs doucereux et sous l’onction de son langage châtié. Sur la route de Plieux, un félin percuté par une voiture agonise-t-il ? « Camus plaide pour l’achever, un abrègement rapide et net des souffrances ».  Plus loin, un chien aboie-t-il au pied du donjon du château ? Camus invite à l’abattre, croit-elle se rappeler. « Je vous interroge sur votre manière d’écrire, vos écrivains favoris, et vous me bercez de vos sourires, de vos mots affectueux, je suis la chère consœur, celle qui comprend tout de suite, mais dès que mes questions portent sur votre engagement, vos liens avec des militants, vous vous glacez, vos pupilles rétrécissent, votre mâchoire se durcit sous l’épaisseur de votre barbe. […] Et vous m’enfumez, oui, je le vois, vous m’enfumez de littérature ». Ce qui tourmente durablement Amina Damerdji, c’est le soupçon que les formes extérieures du savoir-vivre et de la courtoisie, tout autant que le style coruscant, ne sont que le masque du mensonge, la grimace boursouflée de la haine, mitonnée dans un « lexique bilieux ». Et de se demander : « Par quels stratagèmes obtenez-vous l’adhésion à votre conte, Camus ? Quels sont les trucs et astuces de vos spectacles ? Les tenez-vous, tous, par les sentiments ? […] Est-ce ainsi que, moi aussi, vous espérez me tenir ? ». Camus ne serait donc qu’un manipulateur, dont la prose collet monté vaporise du narcotique. Difficile pourtant de résister au charme de Rimokh et Verwaerde, les deux cicérones d’Amina, qui lui font les honneurs du donjon: « J’aime être avec eux dans cet escalier. J’aime leur prévenance. J’aime leur vivacité, leur humour » […] « Et ce trouble m’aurait-il empêché d’écrire ? », cogite cette mère sensible qui dorlote sa petite fille adorée, et s’en veut de ne pas céder tout à fait à sa détestation à l’endroit du diariste qui, rapportant cet entretien, notera quant à lui avec l’humour qu’on lui connaît : « ces messieurs [les fameux ‘’louveteaux’’] étaient tout à fait sous le charme, et je les comprends – elle [Amina Damerdji] écrira sans doute sur moi des horreurs [voilà qui est fait !] mais s’il fallait détester tous les gens qui écrivent sur moi des horreurs, ces temps-ci, je ne pourrais plus aimer personne ». Saurait-on se montrer plus galant homme ? Et l’hôtesse d’un soir d’invoquer « ce paragraphe » et « les sentiments que vous y insinuez » [?] pour justifier ses atermoiements, à savoir sa propre résistance « à poser des mots sur notre rencontre pendant plus de quatre ans », écrit-elle.

Universitaire hispaniste, auteur de Laissez-moi vous rejoindre puis Bientôt les vivants, deux romans parus déjà chez Gallimard, Amina Damerdji a naguère étudié les poètes de la merveilleuse révolution cubaine, dont on voit aujourd’hui à quel triomphe celle-ci a mené l’île caribéenne. À chacun ses amours. Un passage éloquent de Dans la gueule du loup évoque une première tentative, avortée à contre gré, de rendre compte de « cette expérience à Plieux » à travers un « article scientifique » destiné à une revue confidentielle. Le courrier de refus que lui adresse un jour son directeur (pour des motifs au demeurant discutables) semble la heurter beaucoup, au point que dans le présent livre elle en extrait de longs passages. Or, quel titre avait-elle donné à l’article en question ? Le voici : « Enquêter humainement en terrain haineux : une soirée au château de Renaud Camus et autres expériences dans l’extrême droite française ».

De quel côté, la haine ? De quel côté, l’humanité ? Paradoxalement, dans l’épilogue de son récit Amina Damerdji rejoint, non sans une certaine candeur, les positions ‘’réactionnaires’’ de Renaud Camus, lorsqu’elle exprime son désir légitime de « transmettre à[sa] fille, lui montrer des photographies de son arrière-grand-père, lui raconter l’histoire de ses ancêtres »…

En librairie : Dans la gueule du loup, par Amina Damerdji. 108p. Gallimard, 2026

Dans la gueule du loup

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Fusillade à Aubagne : l’émergence d’un terrorisme d’un genre nouveau ?

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Fusillade dans un collège de l'Aubagne. Le PNAT parle d'un acte de terrorisme, potentiellement relié à la True Crime Community.
The Joseph-Lakanal middle school after a headmaster was shot and wounded with a hunting rifle and a teenager was arrested . The prime minister's office said the principal's life was not in danger and that the interior and education ministers were heading to the scene in Aubagne, southern France, on October 12, 2026. Le college Joseph-Lakanal apres qu'un proviseur a ete blesse par balle à l aide d un fusil de chasse et qu un adolescent a été arrete. Le cabinet du Premier ministre a indique que la vie du proviseur n etait pas en danger et que les ministres de l Intérieur et de l Education se rendaient sur les lieux a Aubagne le lundi 12 septembre 2026. //ALAINROBERT_1Y8A2559/Credit:Alain ROBERT/SIPA/2610121501

La fusillade survenue au collège d’Aubagne marque un tournant sécuritaire inédit. En retenant la qualification de terrorisme face à des éléments pointant vers la sous-culture en ligne de la True Crime Community, la justice française prend acte de l’émergence possible d’une nouvelle forme de passage à l’acte, nourrie par le nihilisme et la fascination des tueries de masse.

Fusillade au collège d’Aubagne : le choc d’une qualification de terrorisme inédite

C’est une première juridique et sociétale majeure en France. À la suite des tirs survenus aux abords d’un établissement scolaire à Aubagne, l’enquête a rapidement pris une tournure exceptionnelle avec la saisine du Parquet national anti-terroriste (PNAT). Ce qui aurait pu être traité au départ comme un fait divers dramatique ou un dérapage individuel relève désormais officiellement de la justice antiterroriste, explique Le Monde.

La raison ? Les premiers éléments d’investigation mettent en évidence des liens probables entre le suspect et la True Crime Community (TCC), une nébuleuse virtuelle internationale vouant un culte morbide aux tueurs en série et aux auteurs de tueries en milieu scolaire, à l’image du massacre de Columbine. En retenant ce prisme terroriste, les autorités judiciaires prennent la mesure d’un engrenage où l’embrigadement numérique et la fascination pour les massacres peuvent conduire au drame.

A lire aussi : Aubagne : « Elle m’a appelée en panique »… un collégien de 14 ans ouvre le feu dans son établissement

De l’idéologie au nihilisme : la mutation du spectre terroriste

Cette affaire ne signifie pas que les formes traditionnelles de terrorisme ont disparu, comme le rappelle justement France Info, dans un article revenant sur une enquête ouverte ce mois-ci pour apologie du terrorisme et des crimes contre l’humanité à Caen. La menace islamiste comme les extrémismes politiques violents demeurent au cœur des priorités sécuritaires. En revanche, le drame d’Aubagne démontre que le spectre de la violence aveugle s’élargit et se diversifie de manière inquiétante.

À côté des doctrinaires idéologiques ou religieux, une nouvelle matrice d’action émerge, portée par un nihilisme adolescent survolté par les réseaux sociaux. Au lieu d’un dogme politique ou d’une bannière confessionnelle, les adeptes de ces sous-cultures virtuelles recherchent la mise en scène, l’esthétisation de la violence et une forme de notoriété macabre. L’algorithme des plateformes et la recherche du spectaculaire deviennent le carburant d’individus isolés, captés par des récits de haine et d’ultra-violence mis en partage sur Telegram, TikTok ou des forums spécialisés.

Fusillade à Aubagne et terrorisme : un défi inédit pour la détection et l’institution scolaire ?

Pour les services de renseignement et l’Éducation nationale, ce basculement constitue un casse-tête sécuritaire d’une complexité rare. Les grilles de lecture traditionnelles de la radicalisation — fondées sur des signaux de rupture idéologique, des appartenances politiques marginales ou des pratiques religieuses ostentatoires — s’avèrent inopérantes face à ces profils.

La dérive vers la True Crime Community s’effectue dans le secret des écrans et la solitude des chambres d’adolescents. Elle mêle mal-être existentiel, fascination pour les armes et culture du « meme » morbide. Face à cette sous-culture toxique qui pénètre l’enceinte républicaine des collèges et lycées, la réponse ne pourra pas être uniquement sécuritaire : elle impose une révision profonde des mécanismes de vigilance numérique et de détection précoce du mal-être des élèves.

Piège au faux panneau : 400 automobilistes injustement flashés pour excès de vitesse

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Un radar a flashé plusieurs centaines d'automobilistes après l'installation d'un faux panneau de signalisation.
Police operation de controles routiers nocturne, des policiers en amont du dispositif controlent les plaques d immatriculation a l aide d un terminal NEO (Nouvel Equipement Operationnel) sur les reseaux classiques ou specifiques des forces de securite bases sur Tetrapol (Acropol pour la Police Nationale ou Rubis pour la Gendarmerie Nationale). Le terminal detecte les defauts d assurance de controle technique, indique le proprietaire et si il est recherchee. Cagnes-sur-Mer FRANCE - 27/11/2025//SYSPEO_sysA025/Credit:Syspeo/SIPA/2512032002

Piégés par une fausse limitation de vitesse installée à la sauvette, 400 conducteurs ont vu le radar s’affoler outre-Rhin. Si l’affaire s’est terminée par une annulation générale, un tel scénario en France virerait rapidement au cauchemar administratif.

Piège au faux panneau : un radar flashe 400 automobilistes

L’histoire a tout d’un scénario absurde, mais les conséquences, elles, étaient bien réelles pour près de 400 conducteurs, informe La Dépêche sur son site. En Allemagne, dans la commune de Haldensleben, un ou plusieurs plaisantins ont eu l’idée d’installer de nuit un faux panneau de limitation de vitesse affichant 70 km/h juste devant une zone habituellement limitée à 50 km/h. Le problème ? Quelques mètres plus loin, le radar automatique, réglé sur la vitesse légale de 50 km/h, ne faisait pas de distinction : en pensant être dans leur bon droit et rouler en toute sécurité sous le seuil affiché, des centaines d’automobilistes ont vu l’appareil se déclencher.

En l’espace de quelques heures, le compteur de la cabine s’est affolé. Alertée par ce pic anormal de flashs et le dépôt du panneau sauvage, la municipalité a fini par intervenir. Face au ridicule de la situation et à l’erreur induite par un tiers, les autorités locales ont pris une décision radicale : l’annulation pure et simple de l’ensemble des 400 PV émis pendant la supercherie, épargnant aux usagers un imbroglio administratif inextricable.

Piège au faux panneau et radar fou : votre contravention aurait-elle été annulée en France ?

Si ce cas de figure s’était déroulé sur une route nationale ou départementale française, la réaction de la machine administrative aurait pu être bien plus rigide. En droit routier français, la validité d’un procès-verbal repose sur la régularité de la signalisation. L’article R. 411-25 du Code de la route est clair : les arrêtés municipaux ou préfectoraux fixant une limitation de vitesse ne sont opposables aux usagers que si la signalisation réglementaire est correctement implantée et visible. Un panneau contredit par un radar relève donc d’un vice fondamental d’opposabilité.

Cependant, le système de contrôle automatisé français (géré par l’ANTAI) n’intègre pas d’intelligence contextuelle. Même en cas de signalisation trompeuse, piratée ou modifiée illégalement, l’avis de contravention est édité et envoyé automatiquement.

Deux scénarios auraient alors pu se produire :

  • Le parcours du combattant individuel : À défaut d’une neutralisation immédiate par les autorités, la charge de la preuve aurait incombé aux automobilistes. Chaque conducteur aurait reçu son avis et aurait dû engager une procédure formelle de contestation pour faire valoir la nullité de l’amende.
  • La décision administrative globale (le cas idéal) : Si les forces de l’ordre ou le maire avaient constaté sur-le-champ la superposition de la fausse signalisation et saisi l’Officier du Ministère Public (OMP), une annulation en masse des séries de flashs sur ce radar fixe aurait pu être ordonnée en amont, bloquant l’envoi des PV.

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Radar fou et faux panneau : comment se défendre face aux autorités, en France ?

Pour les usagers confrontés à un piège similaire (panneau masqué par la végétation, signalisation de chantier contradictoire ou faux panneau), la règle d’or est la réactivité, comme le souligne le site d’avocats Juris’Auto.

  • Ne jamais payer l’amende immédiatement : En droit français, régler une amende forfaitaire vaut reconnaissance de la réalité de l’infraction. Le paiement rend toute contestation ultérieure impossible et déclenche le retrait de points.
  • Matérialiser la preuve tout de suite : La foi du Procès-Verbal ne s’efface que devant une preuve contraire. Si vous repérez une anomalie sur la route, prenez des photos horodatées et géolocalisées du panneau contradictoire, du radar et de l’environnement (ou conservez les extraits de caméra embarquée/dashcam).
  • Contester dans les règles (Cas n°3 de l’ANTAI) : Déposez une requête en exonération sous 45 jours via la plateforme antai.gouv.fr ou par lettre recommandée avec AR. Rédigez un courrier motivé citant l’article R. 411-25 du Code de la route et joignez-y vos justificatifs visuels et, si possible, la mention de faits similaires constatés par d’autres usagers.

Que reproche-t-on au prix Nobel de la paix, au juste?

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L'avocate sud-africaine Navanethem Pillay, photographiée à Genève en avril 2009 © MARTIAL TREZZINI/AP/SIPA

Notre contributeur dénonce un Prix Nobel déplorable et explique ici pourquoi.


Alors haute-commissaire des Nations unies aux droits de l’homme, Mme Pillay manifestait une hostilité envers Israël qui contrastait avec son aménité envers l’Iran, qu’elle avait ménagé après l’élection frauduleuse d’Ahmadinejad en 2009. Mais ce sont ses fonctions d’après 2021 qui lui ont valu la gloire du prix Nobel de la paix 2026, même si celui-ci lui a été décerné pour le motif très vague de « ses efforts en faveur de la paix et du droit international ».

Parmi les 47 membres du Conseil des droits de l’homme de l’ONU qui créa la Commission Pillay — Conseil supposé maintenir, je cite, « les normes les plus élevées en matière de droits de l’homme » —, les deux tiers étaient classés par Freedom House comme des régimes autoritaires ou des dictatures : parmi eux la Chine, la Russie, Cuba, le Venezuela, le Soudan, sans compter l’Érythrée, un pays dont le niveau de répression dépasse celui de la Corée du Nord. C’est le Pakistan, agissant au nom de l’Organisation de la coopération islamique, et lui-même régulièrement épinglé pour ses discriminations envers ses minorités religieuses, qui proposa en mai 2021 à ce Conseil une innovation : la création d’une commission d’enquête permanente chargée d’enquêter sur un territoire exclusif, à savoir le territoire palestinien occupé, y compris Jérusalem-Est et Israël.

Mai 2021, c’est l’opération dite « Gardien des murailles » ou « guerre des 11 jours », lancée par le gouvernement Netanyahou et son ministre de la Défense, Benny Gantz, à la suite de tirs de roquettes du Hamas sur Jérusalem.

Une commission permanente, cela signifie une structure administrative lourde, bien différente de l’envoi de rapporteurs spéciaux, qui sont des experts individuels indépendants enquêtant sur un pays donné et dont le mandat est éventuellement renouvelé chaque année. L’argument allégué était la prolongation d’une situation illégale au regard du droit international, mais aucune commission permanente n’a été créée, évidemment, sur le Tibet, le Xinjiang, Chypre du Nord ou le Haut-Karabagh.

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Les trois membres de cette Commission, dont les noms furent probablement soufflés à la présidente fidjienne par le délégué pakistanais, étaient anti-israéliens, donc politiquement irréprochables suivant les critères du Conseil des droits de l’homme.

La Sud-Africaine Mme Pillay, sa présidente, avait déjà qualifié à de multiples reprises Israël d’État d’apartheid. L’Australien Chris Sidoti, encore en activité, était connu comme militant anti-israélien particulièrement virulent. M. Miloon Kothari, un architecte indien, se distingua en parlant d’un lobby juif qui contrôlait les réseaux sociaux et se demanda pourquoi Israël n’avait pas encore été chassé des Nations unies. Il fut obligé de se rétracter, mais avait été fortement soutenu par sa présidente, qui considérait qu’il n’y avait dans ces phrases rien d’antisémite et que les critiques traduisaient simplement la volonté israélienne de discréditer sa Commission…

Les résultats du travail de la Commission, titre de gloire essentiel de Mme Pillay, sont objectivement minables : ses deux rapports par an, l’un à Genève, l’autre à New York, manifestent un aveuglement très volontaire par rapport au fonctionnement du Hamas, simplement qualifié d’« autorité de fait » ; sa charte exterminationniste et son idéologie islamiste radicale ne sont pas mentionnées, tout comme ne le sont pas non plus le détournement de l’aide humanitaire ni la construction de tunnels. La répression impitoyable des protestations civiles est édulcorée, alors qu’Israël, qui savait à quoi s’en tenir et a refusé de coopérer avec la Commission, est disséqué de façon impitoyable.

Trois jours après le 7-Octobre, en condamnant les crimes de guerre contre les civils israéliens, la Commission Pillay évite les mots Hamas et terrorisme. Contrairement à la représentante de l’ONU sur les crimes sexuels, il lui faudra très longtemps pour admettre l’existence de ces crimes. Et quand elle le fera, la Commission les mettra en parallèle avec des fouilles au corps infligées à des détenus palestiniens.

Enfin, après avoir fait grand usage du terme « actes génocidaires », Navi Pillay a sauté le pas dans son rapport de 2025 à l’ONU en affirmant que les déclarations des dirigeants israéliens témoignaient d’une « intention génocidaire ». Ce faisant, elle a totalement outrepassé ses prérogatives, la qualification relevant exclusivement de la Cour internationale de justice et la notion d’intentionnalité étant réfutée aujourd’hui par la quasi-totalité des experts impartiaux.

Elle l’est d’ailleurs apparemment aussi par le président du Comité Nobel norvégien lui-même. M. Jørgen Frydnes a déclaré que l’attribution du prix Nobel de la paix à Navi Pillay ne signifiait pas forcément que le Comité approuvait sa conclusion selon laquelle Israël aurait commis un génocide à Gaza.

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C’est là une véritable tartuferie, puisqu’en dehors de cette annonce spectaculaire, on ne voit pas ce que Mme Pillay a fait de vraiment remarquable au long de sa carrière. C’est bien en réalité pour imposer indirectement le mensonge du génocide que lui et la majorité de ses quatre collègues ont choisi Navi Pillay comme prix Nobel de la paix 2026, devant 287 candidats enregistrés. Contrairement à ce qu’on pourrait penser, il ne s’agit pas de cinq gauchistes à la Greta Thunberg. Deux font partie de la droite conservatrice et une troisième est une chrétienne anti-avortement. Ce n’est pas non plus, les enquêtes le montrent, un surgeon de la politique antisémite féroce et longtemps occultée du parti fasciste norvégien de Quisling, qui envoya dans les chambres à gaz d’Auschwitz 40 % des Juifs qui n’avaient pas pu fuir en Suède. Aujourd’hui, plus de la moitié des Norvégiens se disent favorables à la cause palestinienne contre 10 % pour Israël. Plus de la moitié, également, ne voient pas de différence entre Gaza et la Shoah. En plus d’une tradition pacifiste et moraliste que le rôle de leur pays dans l’attribution du prix Nobel de la paix ne fait que sublimer, une partie des Norvégiens se sentent coupables d’être devenus trop riches grâce au pétrole et au gaz. Ce sentiment cherche à s’apaiser dans la bonne volonté envers les opprimés et s’accompagne d’une naïveté géopolitique qui confine à la complaisance.

Mme Pillay avait été sélectionnée à l’ONU pour présider une commission permanente conçue d’emblée comme une machine de guerre contre Israël, et cette apparatchik « a fait le job ». Ceux qui lui ont attribué ce Nobel déplorable ne veulent pas connaître ces objectifs. Ils ne sont probablement pas antisémites. Ils sont aveugles en bonne conscience. Ils sont aussi, et c’est ce qui est grave, en phase avec la majorité des habitants de leur pays et de bien d’autres. La manipulation des émotions, l’arme la plus efficace des islamistes, a réussi à faire naufrager l’esprit critique des démocraties.


Retrouvez Richard Prasquier au micro de Radio J.

Faut-il souffrir pour être macho?

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D.R.

En quête de virilité, les jeunes « mascus » sont prêts à malmener leur propre corps: oreilles en chou-fleur, testicules XXL et autres joyeusetés sont devenus de nouveaux trophées pour prouver leur valeur. Si ces phénomènes inquiètent la presse, les néoféministes, elles, ne parlent jamais de cette masculinité toxique-là.


Des cosmétiques à la chirurgie esthétique, les hommes se donnent désormais autant de mal que les femmes pour soigner leur apparence. La vanité et parfois la sottise ne sont plus réservées au seul beau sexe. Ce que l’on n’avait pas vu venir, en revanche, c’est le « looksmaxxing » : des pratiques extrêmes pour améliorer son apparence physique. Clavicular, influenceur américain masculiniste de 20 ans, a ainsi acquis une grande notoriété grâce à ses mâchoires redessinées à coups de marteau, à ses injections dans le visage et à son corps sculpté à grand renfort de stéroïdes. À côté du fameux « looksmaxxing », la presse française s’est inquiétée de deux autres phénomènes : les oreilles en chou-fleur et le « ballmaxxing ». Le Parisien a trouvé des centaines de vidéos de jeunes hommes souhaitant obtenir des oreilles boursouflées comme celles des combattants de MMA. Moyennant 35 euros, le combattant monténégrin Matija Gajovic fournit des tutoriels détaillant la procédure à faire chez soi.

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Cette déformation, vécue comme un trophée, serait aussi un bon « signal à envoyer en cas d’embrouille ». Mais elle peut provoquer des lésions graves du conduit auditif, perforer le tympan, voire entraîner une surdité totale. Le « ballmaxxing » n’est pas sans risques non plus : il consiste à s’injecter du sérum phy ou de l’eau salée dans le scrotum, jusqu’à un litre pour les plus ambitieux, afin d’augmenter le volume de ses testicules. L’opération devant être répétée fréquemment, les risques d’infection ou d’infertilité ne sont pas à exclure. Des groupes Reddit où s’échangent des photos ont été découverts par France Info. Évidemment, le mensuel homosexuel Pride n’est pas passé à côté du phénomène et y consacre dix pages, à la fois inquiètes et excitées, dans un dossier titré « Testicules XXL : le nouveau six-pack ? » En revanche, ne comptez pas trop sur nos militantes féministes pour s’inquiéter de ces pratiques dangereuses, étant bien trop occupées à combattre les adeptes du barbecue, le « manspreading » dans les transports ou la place disproportionnée laissée aux jeux de ballon dans les cours de récré.

Les vieilles lunes et les armes neuves

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Paris, 13 octobre 2026 © Luis ABAD/SIPA

La séquence politique actuelle, marquée par la révolte de lycéens, est très favorable à Jean-Luc Mélenchon – déjà bien haut dans les sondages – et à sa stratégie islamo-gauchiste.


Des lycéens et des étudiants se heurtent à la police, les drapeaux palestiniens flottent devant leurs établissements : Mélenchon doit se dire que l’Histoire a enfin retrouvé son adresse. Le Vietnam est loin, Billancourt a disparu, mais les cortèges reviennent et leurs participants ont l’âge de ses petits-enfants. Quelle délicatesse envers un homme qui attend depuis si longtemps que le monde confirme ses vingt ans !

Le peuple a mal tourné

Il serait mesquin de ne voir là qu’une affaire de bulletins de vote. Mélenchon cherche davantage : la justification rétrospective d’une existence. Il lui faut des puissants à maudire, des opprimés à représenter et des jeunes pour croire que tout commence, puisque lui-même ne peut se résoudre à penser que quelque chose aurait pu finir.

Les costumes ont changé, ce qui permet de ne pas toucher à la pièce. Le prolétaire sort, le minoritaire entre ; la banlieue remplace l’usine, la Palestine recueille les anciens enthousiasmes pour le Vietnam. On rafraîchit les affiches, on recrute les figurants, puis on annonce la rupture avec un matériel idéologique qui devrait depuis longtemps intéresser les brocanteurs.

Le peuple ouvrier, il est vrai, avait mal tourné : il s’obstinait à vouloir rester français, sans comprendre que son émancipation exigeait qu’il s’en excuse. À force de rencontrer des gens qui souhaitaient qu’on les rejoigne dans leur pays plutôt qu’on le leur réinvente, il devenait urgent de découvrir une « nouvelle France ». Le peuple aurait enfin le bon goût de ressembler à son programme.

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La révolution de Mai avait échoué à renverser le capitalisme ; ses héritiers ont fait carrière. Cela aurait pu leur inspirer quelque modestie. Ils en ont tiré une autorité morale. Installée dans les lieux où se fabriquent les réputations, la contestation a continué de se croire clandestine, avec cette supériorité pratique sur les véritables proscrits qu’elle pouvait distribuer les brevets de respectabilité.

C’est le privilège rouge : avoir toujours le droit de juger au nom d’une promesse que personne ne vous demande plus de tenir. L’antifascisme sert de casier judiciaire vierge, l’antiracisme de sommation à se taire. Pourquoi répondre à une objection quand on peut découvrir chez celui qui la formule une inquiétante parenté avec les heures les plus sombres ?

Le pipeau de l’émancipation

La Palestine rend à ce vieux mécanisme sa fraîcheur supposée. Voici le faible et le puissant, l’Occident coupable et l’adversaire absous par sa seule hostilité. Quel repos de retrouver un monde où les coupables sont connus avant leurs actes ! Il suffit ensuite de détourner les yeux des fanatismes, des tyrannies et des victimes qui auraient le mauvais goût de déranger la distribution.

Et le cortège suit, des jeunes musulmans des quartiers aux enfants de la bourgeoisie des lycées et des universités. Mélenchon joue du pipeau de l’émancipation ; les enfants de Hamelin s’ébranlent et appellent cela penser par eux-mêmes. Il y a quelque chose de désolant à les voir prendre pour une découverte ce que leurs aînés ressortent des housses, et pour une pensée libre des slogans dont il suffirait de changer la date.

Pour qui a connu Mai 68, la copie est comique ; ce qu’elle recouvre l’est moins. Mélenchon ressort les barricades du magasin des accessoires, mais les armes qui circulent ne sont pas des accessoires, et rien ne garantit qu’elles resteront au service du trafic. Le rêve islamiste, lui, ne sent pas la naphtaline. Le tribun cherche une seconde jeunesse ; il pourrait surtout fournir une couverture à des ambitions qui n’attendent de lui ni permission ni leçon.

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La censure, c’est la liberté d’expression…

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Martin Ajdari, dirigeant de l'Arcom (ici photographié en novembre 2025 à l'Assemblée), est de plus en plus souvent sollicité par des mouchards pour censurer ceux qui sortent de la doxa progressiste ou écolo © Jeanne Accorsini/SIPA

… telle pourrait être la devise orwellienne de l’Arcom et de QuotaClimat, si ça continue.


L’élection présidentielle approche et le bloc central-socialiste est en émoi. Sachant que les Français ne se contentent plus d’écouter les médias mainstream mais s’informent de plus en plus sur les réseaux sociaux et auprès des médias alternatifs indépendants, l’Arcom, soutenue par le pouvoir, amplifie sa surveillance. De nouvelles règles s’ajoutent régulièrement à celles, françaises et européennes, qui ont permis d’élargir au fil des ans le périmètre de la censure. Les podcasteurs (ou « créateurs de contenus ») sont maintenant dans la ligne de mire de Martin Ajdari. Le président de l’Arcom dit vouloir réfléchir à « de nouvelles règles pour la campagne 2027 » afin d’encadrer ces empêcheurs de penser en rond. L’étau se resserre. L’Arcom donne parfois l’impression de n’être plus qu’une officine politico-policière aux ordres d’un groupe d’individus redoutant de perdre le pouvoir. Et la liberté d’expression plus qu’une expression souvent utilisée par ces mêmes individus pour tenter de dissimuler leurs méfaits, à savoir le contrôle total des médias pour une diffusion exclusive de la doxa progressiste.

Pour notre bien

Le projet stratégique 2026-2028 de l’Arcom est un projet purement orwellien : sous prétexte de « protéger les citoyens » et de leur garantir le « droit à un accès effectif à une information fiable et pluraliste et à des médias libres et indépendants », l’agence s’autorise à définir ce qui relève du pluralisme ou non, à mettre en cause les lignes éditoriales de certains médias, à poursuivre ceux qui délivrent « des contenus illicites et des dynamiques haineuses, y compris diffuses » ou ce qu’elle jugera être des « contenus toxiques », à renforcer « la capacité collective à analyser et combattre la désinformation », en particulier via « son action en matière d’éducation à la citoyenneté numérique (sic) en partenariat notamment avec l’Éducation nationale », et, il fallait le souligner, à « garantir l’indépendance, l’impartialité et l’exemplarité du service public ». Éduquer la population, contrôler les médias, censurer les dissidents au nom de la démocratie et des libertés fondamentales des citoyens – un slogan orwellien vient naturellement à l’esprit, qui pourrait servir de devise à l’Arcom : la censure, c’est la liberté d’expression.

Qui dit officine politico-policière, dit mouchards. L’Arcom, noyautée par la gauche socialiste et la macronie, n’en manque pas. Reporters sans frontières, Conspiracy Watch et SOS Racisme sont parmi les plus actifs. En plus d’une surveillance assidue des réseaux sociaux et des médias numériques, ces associations, financées pour une grande part avec l’argent des contribuables, scrutent quotidiennement les médias Bolloré, CNews en particulier. Le moindre « dérapage », la plus petite « désinformation », la plus infime « absence de pluralisme », sont signalés à l’Arcom. On réclame des avertissements, des réprimandes, des amendes. On espère des sanctions qui, à terme, pourront conduire à une interdiction d’émettre sur la TNT. Les écologistes les plus bornés et les plus opportunistes ne pouvaient pas ne pas se joindre à cette bande de sycophantes.

Le climat ? Au moins 20% du temps d’antenne !

En collaboration avec la Fondation Jean-Jaurès, l’association écologiste QuotaClimat (1) vient de saisir l’Arcom contre CNews au motif que la chaîne d’info sous-traiterait les sujets sur l’environnement et multiplierait les « mésinformations » sur le climat. Pour prouver ses dires, cette association a réalisé une étude qu’elle juge inédite et impartiale. Après avoir visionné, en juillet 2025, 75 heures de séquences sur l’environnement sur CNews, BFMTV, LCI et Franceinfo, elle accuse CNews de n’avoir consacré que 2 % de son temps d’antenne à l’environnement, contre 4,9 % pour France info – voilà qui ne peut faire que tiquer une association qui milite depuis des années pour que 20 % du temps d’antenne des médias audiovisuels soient consacrés aux « enjeux environnementaux et à l’urgence climatique ». QuotaClimat reproche ensuite à CNews d’être la chaîne la moins favorable aux énergies renouvelables « présentées comme inefficaces ou inutiles en raison de leur intermittence, responsables d’une explosion des prix ou génératrices de blackouts ».L’association s’en remet à la Commission de la régulation de l’énergie et au Giec pour décréter que toutes ces affirmations sont erronées et relèvent de la désinformation. Or, ces informations sont vraies, étayées par les nombreuses analyses de chercheurs renommés, de spécialistes des dossiers énergétiques, d’anciens dirigeants d’EDF ou, tout simplement, par la réalité des faits (2) !

CNews pointe du doigt la ségrégation sociale engendrée par les ZFE : c’est mal. CNews valorise notre parc nucléaire au détriment des parcs éoliens : c’est insupportable. CNews critique la décision européenne d’arrêter la production des véhicules à moteur thermique en 2035 : c’est répréhensible. Il semblerait bien que QuotaClimat reproche à CNews de ne pas avoir pris le Tournant environnemental préconisé par la direction de Radio France dans une charte stipulant que, se tenant « résolument du côté de la science », elle sort « du champ du débat la crise climatique, son existence comme son origine humaine » et considère que cette dernière est « un fait scientifique établi, pas une opinion comme une autre ». Radio France ne risque pas de se voir malmenée par QuotaClimat, association créée en 2022 par Eva Morel, Lola Morel et Anne-Lise Vernières. Ces anciennes attachées parlementaires macronistes formées à Sciences-Po ont immédiatement pu bénéficier d’une aide financière publique provenant de l’Ademe, du ministère de la Culture et de… l’Arcom ! Par ailleurs, pour laisser accroire à une grande impartialité et à une parfaite objectivité de leur part, ces dames se flattent de se référer aux chiffres de l’Observatoire des Médias sur l’Écologie mais omettent de préciser qu’elles sont à l’origine de la création de cette énième officine d’espionnage écolo et que celle-ci est entièrement financée par la Caisse des dépôts, l’Ademe, le ministère de la Culture et… l’Arcom ! L’année prochaine, après que, espérons-le, les Français se seront débarrassés de leurs tourmenteurs, un grand et définitif ménage serait bienvenu dans ce petit monde se gobergeant aux frais des contribuables.

Écologie politique

Rédigée par Théodore Tallent, chercheur en science politique affilié à l’École du climat de Sciences Po (sic) et co-directeur de l’Observatoire de l’urgence climatique et sociale de la Fondation Jean Jaurès, la conclusion de cette « enquête » est un petit bijou de manipulation idéologique et de distorsion du sens. Son usage abusif des mots science, consensus, réalités ou vérités scientifiques, peut éblouir une âme simple ; il ne trompera pas le lecteur attentif et critique des brochures dogmatiques actuelles, en particulier celles issues de l’écologisme, et qui sait ce qui se cache derrière ce procédé lyssenkiste. Extraits : « Lorsque les médias offrent peu de contradiction ou, à l’inverse, mettent en scène une contradiction artificielle entre science et opinion, les attitudes à l’égard du climat tendent à se durcir plutôt qu’à se nuancer » – la science en question ne peut naturellement être que celle issue des « connaissances scientifiques validées par le Giec » et des « experts » de plateaux de télé poussant des hauts cris à chaque canicule censée prouver le « dérèglement climatique » ; l’opinion, elle, est représentée aussi bien par les journalistes que par les chercheurs réfutant tout ou partie des conclusions du rapport du Giec et questionnant les causes du changement climatique en dehors de celles imputées aux seules « activités humaines », et par tous ceux qui remettent en cause les décisions prises par des dirigeants obnubilés par la « transition écologique » et la « décarbonation ». Il y a donc, pour M. Tallent, « un pluralisme malhonnête, vecteur de désinformation lorsqu’il légitime une fausse équivalence entre le consensus scientifique et des positions minoritaires qui le contestent ». Ce faux pluralisme, écrit-il, « met en scène des désaccords sur des réalités scientifiquement établies et ne favorise pas la délibération, il la paralyse ». De plus, il fallait bien en arriver là, cela « renforce les attitudes politiques les plus polarisées, notamment à l’extrême droite ». Selon le comité de surveillance de QuotaClimat, l’Arcom se doit d’agir ; elle ne saurait « tolérer un pluralisme défaillant [compromettant] la transition écologique » ou accepter que « le débat se structure autour de camps antagonistes, au détriment d’une discussion sur les modalités concrètes de la transition, ses temporalités et ses bénéfices potentiels ». Il convient d’empêcher par tous les moyens possibles un « ralentissement de l’acceptabilité sociale des transformations nécessaires ». En résumé et en clair, non seulement les médias audiovisuels doivent réserver 20 % de leur temps d’antenne à la propagande écologiste, mais, de plus, il doit leur être expressément interdit de contredire les conclusions du rapport du Giec et de remettre en cause le dogme anthropique du changement climatique, de critiquer les politiques énergétiques françaises et européennes en faveur des énergies dites renouvelables et de tenter de démontrer leurs effets désastreux sur l’industrie, l’agriculture et, globalement, sur la vie des Français. Interdiction également de souligner les avantages, en termes de coûts, d’indépendance et de souveraineté, de l’énergie nucléaire – domaine dans lequel la France excellait avant les décisions catastrophiques prises par François Hollande et Emmanuel Macron pour obéir lâchement aux injonctions des écologistes français et des dirigeants allemands. Toute entorse à ce catalogue non exhaustif de prohibitions sera impitoyablement signalée à l’Arcom par l’agence de surveillance QuotaClimat, laquelle espère que les sanctions les plus sévères seront prises à l’encontre des contrevenants, en particulier son ennemi juré CNews.

Petits despotes

L’écologisme est une idéologie despotique essentiellement relayée par des jeunes gens issus de milieux privilégiés qui, après avoir suivi un cursus scolaire imprégné d’écologie, ont achevé leurs études dans ce qui est devenu l’antre de tous les dogmes progressistes – wokisme, décolonialisme, écologisme – à savoir Sciences Po. Nombre d’universités, soucieuses de copier les lieux où sont formatées nos futures « élites », accueillent dorénavant dans leurs murs des départements d’études sur le genre, sur le décolonialisme ou sur la transition écologique, desquels sortent les mêmes profils d’individus endoctrinés et opportunistes. Inaptes au travail, improductifs, ces derniers n’ont pas d’autre but que de noyauter, voire de créer des mouvements militants, associations ou ONG inondées d’argent public ou soudoyées par des entreprises privées y trouvant leur compte. L’entre-soi est total et les carnets d’adresses utiles se remplissent au fil de rencontres intrigantes avec certains syndicats, mouvements politiques ou associations militantes déjà en place.

QuotaClimat est un exemple parfait de ce qui peut se faire de pire : doctrinaire et intolérante, cette association s’apparente à un mouvement sectaire quasi-religieux. Inquisitoriale, elle n’hésite pas à dénoncer et à exiger l’excommunication de tous ceux qui s’opposent à son dogme. Comme tout mouvement ayant des penchants totalitaires, elle use et abuse du mot science, mot qui ne désigne plus alors une recherche critique de la vérité mais une Vérité établie, indiscutable et incontestable, asservie à son idéologie – quiconque la réfute ou, simplement, l’interroge, sera considéré comme un hérétique. S’appuyant sur des alliés influents et rémunérateurs qui espèrent en retour une collaboration étroite dans le contrôle des médias et des réseaux sociaux, ainsi que dans l’éducation, voire la rééducation de la population, elle est, intrinsèquement, une organisation partisane, policière et liberticide. Bref, dans certains pays, sous certains régimes, cette antichambre de la Police de la Pensée ne dépareillerait pas et aurait tout à fait sa place…


(1) J’ai récemment décrit cette association dogmatique, inutile, voire nuisible, dans ces colonnes : https://www.causeur.fr/demandez-le-programme-informationnel-de-quotaclimat-332305

(2) Le black-out électrique qu’ont subi l’Espagne et le Portugal en avril 2025 (plus de quinze heures sans électricité, provoquant l’arrêt de toute activité et la mort de 147 personnes) est dû à une production excédentaire, ingérable et incontrôlable des énergies dites renouvelables. Un rapport de la société qui gère le réseau espagnol soulignait déjà, en mai 2024, le risque accru de pannes fréquentes et graves causées par la dépendance croissante aux énergies intermittentes – le gouvernement espagnol se targue que ces dernières représentent environ la moitié de son mix énergétique et espère atteindre les 80 %. Problème : ces énergies intermittentes présentent l’inconvénient majeur de ne pas être pilotables. Impossible, avec elles, d’assurer la stabilité en tension et en fréquence du réseau. La presse et les écologistes n’ont pas cru bon de nous en informer mais… l’Espagne a à nouveau frôlé la catastrophe le 28 janvier dernier : des rafales de vent supérieures à 100 km/h (tempête Kristin) ont activé l’arrêt automatique d’une partie du parc éolien, faisant chuter drastiquement la production électrique. Résultat n°1 : la remise en marche des centrales à gaz n’a pas suffi à compenser la perte et, pour assurer le flux vers les particuliers, le gestionnaire du système électrique espagnol s’est vu obliger de ralentir ou de carrément couper l’alimentation des plus gros consommateurs industriels, mettant en péril l’existence de centaines d’entreprises. Résultat n° 2 : ce type de coupures se multipliant, il est prévu d’indemniser les entreprises concernées. Ces indemnisations seront payées par tous les Espagnols qui vont devoir participer au remboursement d’une première facture s’élevant à 775 millions d’euros. Une nouvelle flambée des factures d’électricité est d’ores et déjà prévue en Espagne : d’abord pour continuer de subventionner la « transition énergétique » ; ensuite pour indemniser les victimes collatérales de cette transition. Si l’on suit les préconisations des écologistes et de QuotaClimat, voilà ce qui pend au nez des Français qui ont déjà vu leurs notes d’électricité multipliées par deux en à peine quinze ans.