Gilles Riberolles a fréquenté de près les plus grands rockeurs. Ses Mémoires d’outre-rock nous livrent des anecdotes destroys sur des légendes françaises et anglo-saxonnes, tels James Brown et Serge Gainsbourg, Blondie et Iggy Pop. Des pages qui ressuscitent une époque flamboyante.

« Gilles Riberolles ne raconte pas seulement des rencontres : il fait surgir des forces de vie, des figures de révolte et de liberté », écrit en quatrième de couverture Patrick Frémeaux, l’éditeur de Mémoires d’outre-rock. Le récit du journaliste et musicien Gilles Riberolles est une remarquable galerie de portraits où l’on croise Frank Zappa, Iggy Pop, Blondie, David Bowie, les Cramps, Gainsbourg… Autant d’artistes qui tracent la cartographie d’une musique devenue insoumission, poésie et célébration, « toujours une même vision qui affleure : celle d’un rock libertaire, punk au sens large qui brûle d’excès et de liberté ». Tel est l’esprit de ce livre singulier qui, souvent, scrute l’anecdote et le détail pour nous offrir une vision complète des chanteurs et des groupes interviewés par l’auteur.
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Pourquoi sortir cet opus aujourd’hui ? « En 2024, à la mort de John Sinclair, fondateur des White Panthers à Detroit, éminence grise des MC5, écrivain, poète et ami avec qui j’ai partagé des moments exceptionnels de Paris à La Nouvelle-Orléans, j’ai pris conscience de la nécessité de transmettre quelques histoires, et de révéler les esprits qui les habitent, pas seulement aux fans de rock ou à ceux qui ont connu les 70’s, mais aussi aux plus jeunes », confie Riberolles qui, après avoir étudié à la faculté de Vincennes, devient journaliste à la revue Best de 1977 à 1981. Il trouve le temps de sortir un premier disque single fin 1978 avec son groupe d’alors, Casino Music, suivi d’un album et d’un EP. Au cours des années 1980, il poursuit sa carrière de critique rock tout en composant et produisant des disques sous différents noms, à quoi s’ajoutent les réalisations à La Nouvelle Orléans de deux documentaires et de quelques clips.
Toute une époque
Il est beaucoup question de Best dans ce livre. De quelques-uns de ses journalistes, surtout : Alain Wais, dit Bill Schmock, le regretté Christian Lebrun, rédacteur en chef historique et épatant, humaniste et bienveillant, les tout aussi regrettés Stéphane Heurtaux, maquettiste, et Jean-Yves Legras, photographe. « À 20 ans, je me suis vu lâché dans un monde de journalistes passionnés et érudits, mais pas tous musiciens pour autant. Je suis entré dans cet univers grâce à Bill Schmock que j’avais rencontré par hasard », raconte Riberolles. « Entre 1977 et 1981, une révolution stylistique a eu lieu dans le monde du rock. Best vendait 180 000 exemplaires par mois, ce qui représentait 500 000 lecteurs réguliers. Tout le monde était en ébullition. Cette période a été un âge d’or pour le rock et pour les journalistes qui le chroniquaient. »
Parmi les artistes, chanteurs et groupes évoqués, Gilles Riberolles se souvient particulièrement de Blondie, de David Bowie et de James Brown : « Blondie, parce que Chris Stein, l’âme du groupe et principal compositeur, avait produit mon premier album, et parce qu’ils m’ont proposé de co-écrire une chanson avec eux. Parce qu’ils ont toujours soutenu publiquement mes productions discographiques et qu’on ne s’est jamais perdu de vue toutes ces années. David Bowie, parce qu’il a choisi une de mes photos pour un de ses albums historiques, c’est-à-dire d’avant les 80’s. James Brown parce qu’il m’a offert un de ses costumes de scène. Ce sont des événements concrets qui outrepassent largement la relation entre rock-critic et musiciens… et des événements profondément marquants pour le fan total que j’étais de ces artistes. »

Riberolles s’attarde – et il a raison – sur ce très grand disque qu’est « L.A.M.F. », des Heartbreakers. L’album qui marque la fin d’un monde normal, dit-il. « Il y avait déjà eu les New York Dolls et les Stooges, mais celui-ci a enfoncé le dernier clou du cercueil. « L.A.M.F. » est un album lyrique à sa manière, c’est une des pierres angulaires du punk new yorkais de 1977… percutant, poétique et trash. » Sa mémoire le conduit également à évoquer ce moment pour le moins étrange, quand Iggy Pop s’est mis à pleurer sur les genoux du photographe Jean-Yves Legras. On est en droit de se demander quelle était la raison de ce chagrin subit. « Ce n’était pas du chagrin mais plutôt un théâtre (légèrement surjoué), un drame nourri d’authentiques angoisses mortifères d’avant-scène, d’avant show magistral ! », analyse Riberolles. « En 1977, Iggy avait fait tout un sketch hystérique aux journalistes qui le suivaient, c’est pourquoi l’année suivante personne n’a voulu se risquer à se confronter à son chaos existentiel. Mais je suis allé l’interviewer sans aucune appréhension. J’ai découvert un esprit drôle et brillant que j’ai retrouvé par la suite à plusieurs occasions. »
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Notre auteur-rockeur se souvient aussi de Serge Gainsbourg, qu’il admire, « c’était le seul Français, avec Higelin, à détenir une classe comparable à celle des Anglo-saxons », et de citer « Du chant à la une ! », son premier album (1958), « Histoire de Melody Nelson » et « L’Homme à la tête de chou ». Gainsbarre, en revanche, pouvait parfois se comporter de façon exécrable. Il évoque ainsi l’étrange conférence de presse du lancement des Gitanes blondes à laquelle participait la star : « Une fumisterie mercantile orchestrée par la marque et dont Gainsbarre tenait le rôle, pas très flamboyant, de l’ »avida dollars ». »
On s’étonne plus loin quand il écrit que Mick Jagger, avec ses sourcils roux très épais, ressemblait à un bouc. « Une légende court toujours : Jagger a vendu son âme au diable en 1968, à l’époque de « Sympathy for the Devil »… Un peu à la manière de Robert Johnson et sa mythique chanson « Crossroads blues ». Quand je l’ai rencontré au début des 90’s, il m’est apparu comme un bouc le temps d’un flash. Sûrement une association d’idées avec un bouc, un vrai, qui avait surgi un jour face à moi dans un canyon en Espagne. Quelque chose dans le port de tête m’est revenu à l’esprit. Une aura. Une magnificence. »
Grâce à son sens de l’observation et à son goût pour les détails les plus infimes, Gilles Riberolles rend vivants ces monstres de scène, toutes ces légendes de la fureur du rock.
Mémoires d’outre-rock, Gilles Riberolles, Frémeaux & Associés, 2026, 233 pages
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