Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.
L’élimination des dirigeants iraniens au début du conflit actuel devait provoquer un changement de régime significatif. Si un tel changement ne s’est pas matérialisé, c’est parce qu’il n’y a pas d’opposition armée en Iran. Dans un pays proche, sur le plan géographique, comme l’Afghanistan, on a l’habitude de se battre. La culture clanique des tribus y encourage. Mais la prise d’armes ne fait pas partie de la culture de la population iranienne. Quand Donald Trump affirme que, au sein de la direction actuelle du pays, il y a des factions qui luttent entre elles pour le pouvoir suprême, il a peut-être raison. Pourtant, il est peu probable que ces factions soient divisées par des questions profondes de stratégie, car tous les cadres du Corps des gardiens de la révolution islamique (CGRI) ont imbibé le même endoctrinement au cours de leur formation et de leur carrière. Ils sont beaucoup plus homogènes que ne l’étaient leurs aînés qui sont aujourd’hui morts ou marginalisés.
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Les Emirats viennent d’annoncer qu’ils quittent l’OPEP dont les pays membres sont censés partager la même stratégie de production du pétrole. Les Emirats veulent produire et exporter plus de barils, car ils ont besoin d’argent. Ils peuvent le faire, ayant fait construire, entre 2008 et 2012, un oléoduc qui leur permet de contourner le détroit d’Ormuz et d’accéder directement au Golfe d’Oman. Mais au-delà de cette question économique, qui pourrait donner lieu à une baisse des prix dans l’immédiat mais à une plus grande instabilité du marché à plus long terme, Dubaï et Abu Dhabi signalent un manque de confiance dans la sécurité qu’apporte la solidarité des pays du Golfe. Ayant subi le plus d’attaques de la part des Iraniens après Israël, les Emirats renforcent leurs relations, déjà fortes, avec l’Etat juif qui a partagé avec eux la technologie du Dôme de fer.
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Le Mali, qui a connu des transformations incessantes depuis son indépendance en 1960, n’a jamais fait partie de ce qu’on appelle la Françafrique. Néanmoins, le régime malien a fait appel aux forces françaises pour le soutenir contre les insurrectionistes djihadistes, d’où l’opération Serval conduite entre 2013 et 2014 et, plus généralement, l’opération Barkhane de 2014 à 2022. La France a rempli sa mission, mais n’a pas voulu assujettir les Touaregs qui s’étaient alliés avec les islamistes. Le régime a donc fait appel aux Russes, d’abord sous la guise des mercenaires de Wagner, ensuite – après la dissolution de cette organisation – sous celle de troupes officiellement plus proches du Kremlin. Aujourd’hui, le régime et ses alliés russes subissent des revers. Le résultat sera-t-il une partition du pays?
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Outre-Atlantique, la visite d’Etat du roi Charles semble faire un tabac parmi les Américains. Le président Trump et ses opposants démocrates s’enthousiasment pour le monarque britannique, mais pour des raisons différentes. Trump adore la royauté et il est flatté par la façon dont la pompe et le faste de cet événement rejaillissent sur lui. En revanche, ses adversaires adorent tout ce qui est européen et traditionnel parce que ça les change des façons de faire de leur président actuel.
L' »éléphant dans la pièce » de cette visite, – le grand sujet dont personne n’a parlé – c’est ce qui a provoqué la détérioration des relations anglo-américaines, à savoir l’état piteux des forces armées britanniques. A l’époque de la guerre des Malouines, il y a plus de 45 ans, le Royaume Uni était capable d’envoyer une force de 20 000 hommes jusque dans l’Atlantique Sud. Aujourd’hui, il aurait beaucoup de mal à mobiliser 5 000 troupes. Quant à la marine britannique, ses deux porte-avions sont hors-service pour raison de maintenance. En janvier, le pays a mis fin à sa présence permanente dans le Golfe en rappelant son dernier dragueur de mines. Il manque 32 milliards d’euros au financement des équipements. Un nouveau plan d’investissement défense, annoncé à l’automne, n’a toujours pas été publié. Qu’il le veuille ou non, le Royaume Uni ne peut pas se montrer un très bon allié pour les Etats-Unis – pas plus que pour ses partenaires européens. Charles peut-il faire oublier durablement cette vérité incommode?
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