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Patrick Modiano, ou les souvenirs de l’amnésie

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En mars 2027, la célèbre collection de la Pléiade, reliée cuir pleine peau et dorée à l’or fin, va accueillir l’œuvre complète de Patrick Modiano. Le romancier, né en 1945, se voit ainsi couronner une fois de plus, après le Goncourt en 1978 et le Nobel de littérature en 2014, entre autres.

Ces distinctions (méritées) n’ont jamais fait déraper la plume modianesque, acharnée à faire revivre la mémoire engloutie de la Shoah, comme dans Dora Bruder, chef-d’œuvre de 1997. Au fond, le sujet de Modiano, c’est l’« homme déconstruit », dont on a souvent parlé si maladroitement. C’est chez lui qu’il faut le trouver, comme un marqueur de notre époque où l’éthique a de la peine à dire son mot. Le dernier roman de Modiano, qui vient tout juste de sortir, en apporte une démonstration fascinante. C’est titré L’Éléphant ‒ à cause aussi de la mémoire, sans doute, mais par antiphrase ‒ et il raconte la vie spectrale d’un homme défait dans la société postmoderne.

L’essentiel en peu de mots

Il n’y a pas vraiment d’intrigue, dans L’Éléphant. « Un récit ? demandait Maurice Blanchot. Non, pas de récit, plus jamais. » (La Folie du jour, 1973) Ce court roman fait aussi penser à Simenon ou encore Peter Handke. Modiano appartient à cette famille d’écrivains qui disent l’essentiel en peu de mots. Son personnage principal se nomme Van Walle. Il n’a pas de prénom. Il habite près des Invalides à Paris, et ne sort jamais de son quartier. Il regarde le monde par la fenêtre de sa chambre. Il utilise des jumelles, pour espionner ses vis-à-vis. Son regard de « voyeur », si l’on veut, est incisif. À ceci près qu’il ne se souvient plus de son passé. Nous retrouvons là ce qui caractérisait déjà en 1978 le protagoniste de Rue des Boutiques Obscures (un titre superbe, soit dit en passant) : l’amnésie. Et on se dit que ce pourrait être la clef de toute l’œuvre de Modiano. Dans L’Éléphant, Modiano le confirme, comme un boxeur mettant K.-O. son adversaire, quand il dit de Van Walle : « Une lumière aveuglante l’éblouissait, la lumière blanche de l’amnésie, qui le protégeait aussi du moindre souvenir […] Il ne se souvenait de rien. » Beaucoup de passages réutilisent cette image de la lumière blanche, dans la suite du roman. Désormais, ce serait cela, l’éléphant du titre : non pas la « lourdeur » physique de Van Walle, mais plutôt « la lumière blanche de l’amnésie » qui le mine, symbolisée par un éléphant qui serait blanc.

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Un monde « sous vide »

Le personnage de Van Walle est un anti-héros. « Un voyageur sans bagages, nous indique Modiano. Et pas même un voyageur », précise-t-il. Van Walle me fait penser, très prosaïquement, à la chanson de Jean-Jacques Goldmann : « Elle vit sa vie par procuration… » Il habite un monde « sous vide ». C’est peut-être Paris, mais un Paris changé, devenu anonyme, une sorte de bled paumé qui aurait surgi au XXIe siècle comme une conséquence du Covid ou du réchauffement climatique. Les plus beaux endroits, rappelant les jours heureux, sont devenus une souffrance. Modiano fait cette remarque très vraie : « ce sont les lieux, plus que les personnes, qui provoquent l’afflux des souvenirs ». Ajoutons néanmoins que, dans L’Éléphant, il y a un certain nombre d’hommes et de femmes que croise Van Walle, ceux et celles qu’il espionne et dont il va à la rencontre, poussé par une curiosité irrépressible. Je vous laisse les découvrir, ainsi que leurs noms à tous. Les noms sont importants, pour Modiano, comme vous le savez. Ici, ils sont très beaux dans leur simplicité même, qui cache leurs zones d’ombre, mais pas leur statut de « vies minuscules ».

« Oh tout finir »

Je soupçonne Modiano d’avoir mis dans L’Éléphant beaucoup de lui-même. J’ai l’impression qu’il nous donne un livre sur sa propre vieillesse. Je rappelle qu’il a désormais 81 ans, le grand âge. Et alors il imite un peu ce qu’avait fait Beckett, autrefois, avec Soubresauts (1989), court et angoissant texte testamentaire, où l’auteur franco-irlandais de 83 ans décrivait, non sans une certaine franchise, son état mental particulièrement déprimé et dévasté. On se rappelle que Soubresauts se terminait par : « N’importe comment n’importe où. Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir. » Modiano n’est certes pas aussi cru que Beckett, mais il exprime cependant le même désarroi. Toutes les personnes âgées, du moins celles qui « intellectualisent », y reconnaîtront sûrement un phénomène familier. Moi-même, qui suis désormais vieux, même si mon amnésie reste encore limitée, j’ai été touché de retrouver dans le roman de Modiano cet état d’esprit si particulier qui nous incite à résister, à survivre. Et qui donne sens à la vie, à toute une vie, quand vient l’heure du bilan. Je crois que, dans l’effondrement même qu’elle entraîne, la vieillesse a un sens, surtout si l’on a eu ce qu’on appelle une vie bonne. Van Walle, c’est important, travaille au milieu des livres, pour un petit éditeur parisien. Modiano sent que c’est par là que son héros peut être sauvé. Il a amassé, grâce aux livres qu’il a lus, un trésor pour plus tard. Une phrase de l’Évangile de Matthieu m’y fait penser par association d’idées : « mais placez pour vous des trésors dans les cieux, où le ver ne corrompt pas, et où les voleurs ne percent ni ne volent. Car là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur. » Pour moi, cette parole évoque entre autres le capital de la lecture, et donc, je le crois, un acquis pour l’éternité.

Patrick Modiano, L’Éléphant. Éd. Gallimard, 98 pages.

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🎙️ Podcast : Élections en Israël et aux États-Unis, corruption en Ukraine: l’analyse de Harold Hyman

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Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Harold Hyman revient d’un voyage en Israël où il a assisté à la préparation des élections du 27 octobre et à la commémoration du 7-Octobre. Ou plutôt aux commémorations, car le gouvernement en a organisé une le 5 octobre, en respectant le calendrier judaïque, à Jérusalem, et la société civile une autre le 7 à Tel Aviv. Lors de la deuxième, on a vu beaucoup de pancartes exigeant une commission d’enquête sur la gestion par Benyamin Netanyahou des suites de l’attaque du Hamas. C’est un des deux grands enjeux des élections, et celui-ci se focalise même sur les 20 premieres minutes suivant l’attaque pour savoir si Netanyahou a réagi avec suffisamment de rapidité.

L’autre grand enjeu est la question des Haredim, ces étudiants ultra-orthodoxes qui sont exemptés du service militaire. Dans un pays où tous les citoyens sont dans l’armée, cette question a acquis une importance électorale capitale. Un troisième enjeu, mais de moindre importance, est le documentaire Naza, tourné par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, qui met en cause les règles d’engagement de Tsahal au cours de ses actions à Gaza. La menace iranienne préoccupe l’électorat moins que ces autres questions.

Le 3 novembre, d’autres élections – celles de mi-mandat – auront lieu aux États-Unis. Le sentiment qui domine chez les électeurs outre-Atlantique est l’exaspération. Les citoyens de tous les bords sont exaspérés par le prix du carburant qui monte sans cesse et par la performance apparemment anémique de l’économie. Une autre question qui fait surface dans la campagne est celle de Gaza et du soutien américain à Israël. Chez les Démocrates, il y a ceux qui regrettent de devoir abandonner Israël et ceux dont les déclarations frôlent l’antisémitisme, comme le maire de New York, Zohran Mamdani, membre à la fois du Parti démocrate et des Socialistes démocrates d’Amérique (SDA), ou le candidat à l’élection sénatoriale dans le Michigan, Abdul El-Sayed, compagnon de route des SDA.

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Le Parti démocrate reste divisé entre les modérés traditionnels et une extreme-gauche qui semble subir une crise d’adolescence en réclamant un éventail de mesures pseudo-communistes ou islamogauchistes. Cette crise est en train de se résoudre et une réconciliation deviendra possible. Si les Démocrates remportent les élections et contrôlent les deux chambres du Congrès, Trump sera bloqué pour les deux dernières années de son mandat, comme c’était le cas lors de son premier. Sa sphère d’action sera réduite sans être anéantie.

En Ukraine, la corruption reste un facteur majeur. Elle est depuis longtemps endémique, et la guerre – comme toutes les guerres – représente un facteur d’accélération de la corruption. Zelensky a été élu sur une promesse de lutte anti-corruption, mais essayer de l’éradiquer en pleine guerre risquerait de déstabiliser les systèmes politique et économique au pire moment.

Le niveau de corruption actuel en Ukraine devrait empêcher une adhésion du pays à l’Union européenne, mais cette dernière a souvent tendance à faire des exceptions. Une adhésion à l’UE n’entraînera pas une adhésion automatique à l’Otan, ce que beaucoup des membres actuels refusent. Écoutez nos analyses dans le podcast (37 minutes) 👇


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Fast fashion : la Chine avait menacé la France de représailles, les cosmétiques en subissent déjà les conséquences

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Jusqu’à 15 % des produits de certains fabricants français de cosmétiques seraient actuellement bloqués dans les douanes chinoises. Pour Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, le lien avec les mesures françaises contre l’ultra-fast fashion et les petits colis est direct. Pékin avait prévenu dès juillet qu’il prendrait des « contre-mesures » si les intérêts de ses entreprises étaient lésés.


La menace était jusqu’ici restée diplomatique. Elle commence à avoir des conséquences très concrètes pour les entreprises françaises. Plusieurs fabricants de cosmétiques rencontrent actuellement des difficultés pour faire entrer leurs produits en Chine, avec des retards de livraison et d’enregistrement qui toucheraient déjà une part importante de leurs exportations. Selon Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, certains adhérents de l’organisation professionnelle estiment qu’environ 15 % de leurs produits sont actuellement bloqués dans les douanes chinoises.

Le secteur concerné n’est pourtant ni celui du textile, ni celui du commerce électronique. Marc-Antoine Jamet établit néanmoins un lien direct avec les mesures prises contre les plateformes chinoises. « La taxe sur les petits colis et la pénalité française sur l’ultra fast fashion ont très directement provoqué ces retards de livraison et d’enregistrement », a-t-il déclaré. L’information est d’autant plus sensible que la Chine représente le deuxième marché des cosmétiques français, avec 1,8 milliard d’euros d’exportations l’an dernier, sur un total de 22,4 milliards pour la filière.

Pékin avait prévenu Paris

Il est difficile de ne pas rapprocher ces difficultés des avertissements adressés depuis plusieurs mois par Pékin à la France. Le ministère chinois du Commerce avait accusé en juillet la loi française contre l’ultra-fast fashion d’imposer des restrictions « discriminatoires » aux plateformes chinoises de commerce électronique transfrontalier. Pékin avait surtout averti qu’il prendrait les « contre-mesures nécessaires » si les intérêts légitimes des entreprises chinoises étaient affectés.

Paris avait rejeté ces accusations et défendu un dispositif présenté comme environnemental et destiné à encadrer les pratiques de l’ultra-fast fashion. Mais le problème n’est désormais plus seulement théorique. Les plateformes chinoises sont visées par les mesures françaises et des entreprises françaises rencontrent à leur tour des difficultés en Chine.

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Il faut toutefois conserver une nuance importante. À ce stade, Pékin n’a pas officiellement présenté les ralentissements douaniers touchant les cosmétiques comme une mesure de rétorsion. L’administration chinoise des douanes n’avait pas répondu à la demande de commentaire de Reuters. C’est Marc-Antoine Jamet, représentant de la filière française, qui établit publiquement le lien entre les mesures françaises et les retards constatés.

Les cosmétiques beaucoup plus exposés que la fast fashion

Le rapport de force est d’autant plus délicat que les intérêts français en Chine dépassent largement le secteur textile. La France exporte relativement peu de vêtements vers le marché chinois, tandis que les parfums et les cosmétiques y ont construit des positions considérables. Les seules exportations françaises de cosmétiques vers la Chine ont représenté 1,8 milliard d’euros l’an dernier, soit une part significative des 22,4 milliards d’euros d’exportations du secteur.

La filière se retrouve de surcroît prise entre plusieurs fronts commerciaux. Reuters souligne qu’elle subit parallèlement la pression des droits de douane instaurés par les États-Unis. Des entreprises françaises fortement exportatrices se retrouvent donc exposées à la fois au durcissement américain et aux tensions commerciales croissantes avec Pékin.

C’est précisément le risque que soulevait la controverse autour de la loi française. Le gouvernement présente le dispositif comme un moyen de corriger les effets environnementaux et économiques de l’ultra-fast fashion. Pékin considère au contraire que la France utilise ces critères pour instaurer un traitement commercial discriminatoire visant en pratique les acteurs chinois.

Le sujet dépasse désormais le débat sur la fast fashion. Une mesure conçue pour renchérir les vêtements vendus par certaines plateformes chinoises pourrait avoir pour première conséquence commerciale visible de compliquer l’accès au marché chinois de produits fabriqués par des entreprises françaises. Et pas n’importe lesquels : les cosmétiques font partie des secteurs où la France conserve une forte capacité exportatrice et un savoir-faire mondialement reconnu.

Pour l’instant, il s’agit de retards douaniers, pas d’une interdiction d’importation. Mais le chiffre avancé par Cosmetic Valley — environ 15 % des produits de certains adhérents bloqués — donne une première mesure du risque. Surtout, il intervient quelques mois après que Pékin a publiquement averti Paris qu’il prendrait des contre-mesures si la loi française portait atteinte aux entreprises chinoises. La bataille française contre l’ultra-fast fashion pourrait ainsi commencer à se payer très loin des rayons de vêtements.

La « voiture volante » d’Elon Musk est-elle vraiment une révolution ?

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Tesla a dévoilé son nouveau Roadster, capable de quitter le sol grâce à des technologies développées avec SpaceX. L’image est spectaculaire et permet à Elon Musk de renouer avec son personnage de visionnaire. Mais derrière la démonstration, la « voiture volante » est surtout une vitrine technologique dont l’intérêt pour l’automobiliste ordinaire reste très limité.


Une Tesla lancée sur une rampe, qui se retrouve la tête en bas avant de quitter le sol, de pivoter dans les airs et de retomber sur ses roues. Pour présenter son nouveau Roadster au Texas, Elon Musk n’a pas vraiment choisi la sobriété, informe Reuters. Une seconde démonstration a montré le véhicule bondissant au-dessus d’une rangée de Tesla grâce à des propulseurs intégrés. « Eh bien, ça a marché », s’est contenté de commenter le patron de Tesla après la première figure.

Les images ont évidemment fait le tour des réseaux sociaux. En France, L’ThinkTank a notamment relayé la séquence sur X. Il faut toutefois s’entendre sur les mots. Le Roadster n’est pas une voiture volante au sens d’un véhicule destiné à décoller de Paris pour atterrir à Lyon. Tesla a greffé à une voiture électrique des technologies venues de SpaceX qui lui permettent de réaliser des sauts et des manœuvres aériennes pendant une durée limitée. La version la plus radicale n’est d’ailleurs pas destinée, en l’état, à devenir une voiture ordinaire de grande diffusion.

Un peu Tesla, beaucoup SpaceX

La prouesse technique reste impressionnante, souligne Euronews. Le Roadster utilise sous son châssis un système capable de produire un appui considérable, auquel s’ajoutent des technologies empruntées à SpaceX pour propulser et contrôler le véhicule lorsqu’il quitte le sol. Les performances annoncées sont à l’avenant : la version la plus radicale vise une accélération de 0 à 60 miles par heure, soit 96 km/h, en moins d’une seconde.

Mais cette technologie n’annonce probablement pas une invasion prochaine de voitures capables de sauter au-dessus des embouteillages. Les principes employés sont connus des ingénieurs. Volkswagen, Ferrari ou les grands groupes français disposent évidemment de compétences leur permettant d’explorer des dispositifs comparables s’ils décidaient d’y consacrer suffisamment de moyens. La vraie difficulté n’est pas seulement de faire décoller momentanément une voiture. Elle consiste à transformer la démonstration en un véhicule sûr, homologable, industrialisable et surtout suffisamment abordable pour avoir un intérêt commercial.

Et c’est précisément là que la « voiture volante » de Musk change de nature. Pour l’automobiliste classique, ajouter des propulseurs et des systèmes complexes à une voiture électrique afin de lui permettre de réaliser des figures aériennes n’a guère de sens économique. Le Roadster sert surtout de voiture-vitrine : un objet spectaculaire destiné à montrer ce dont Tesla et les ingénieurs liés à SpaceX sont capables.

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Tesla doit de nouveau faire rêver

C’est sans doute le contexte dans lequel cette présentation prend tout son sens. Tesla n’est plus l’entreprise qui régnait presque seule sur l’imaginaire de la voiture électrique. Les constructeurs historiques ont massivement investi le secteur et les groupes chinois sont devenus des concurrents redoutables. Même dans le très haut de gamme électrique, plusieurs marques occupent désormais un terrain que Tesla pouvait autrefois présenter comme presque exclusivement sien.

La concurrence chinoise est particulièrement importante. Tesla doit désormais affronter des groupes capables de proposer rapidement de nouveaux modèles électriques, souvent moins chers, très équipés et produits à grande échelle. Dans cette bataille, le Roadster remplit une fonction que son volume de ventes ne permettra probablement jamais de remplir : faire reparler de Tesla comme de l’entreprise qui invente le futur.

La collaboration avec SpaceX renforce encore cette image. Là où Volkswagen, Ferrari, Renault ou Peugeot vendent d’abord des automobiles, Elon Musk peut mettre en scène une continuité entre fusées, robots, intelligence artificielle et voitures électriques. C’est précisément son avantage médiatique : une technologie qui serait probablement une coûteuse expérimentation chez un constructeur classique devient, chez Musk, un nouvel épisode de la conquête du futur.

Le patron de Tesla maîtrise ce registre depuis longtemps. En 2018, il avait envoyé dans l’espace son premier Roadster à bord d’une fusée Falcon Heavy. Huit ans plus tard, il effectue presque le mouvement inverse en installant une technologie issue de ses fusées dans une Tesla. L’utilité commerciale immédiate est discutable. L’efficacité médiatique l’est beaucoup moins.

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Sympa, mais pas demain sur nos routes

Il reste enfin quelques obstacles assez sérieux avant de voir ce type d’engin devant un supermarché. Sécurité, homologation, coût, poids et intérêt pratique limitent fortement les perspectives d’une diffusion massive. Une démonstration réussie ne signifie pas qu’un véhicule puisse être produit à des centaines de milliers d’exemplaires, assuré, entretenu et utilisé quotidiennement par des automobilistes ordinaires.

Ce qui a été présenté au Texas doit donc être regardé pour ce qu’il est : une démonstration d’ingénierie spectaculaire et probablement reproductible, sous une forme ou une autre, par d’autres grands constructeurs disposant des compétences et des budgets nécessaires. Mais pas nécessairement une révolution automobile. Pour l’automobiliste classique, le rapport entre le coût, la complexité et l’utilité de cette technologie est difficile à défendre.

Pour Elon Musk, en revanche, l’investissement peut déjà être rentable autrement. Les images d’une Tesla dans les airs permettent à la marque de reprendre momentanément l’initiative dans une industrie électrique devenue beaucoup plus concurrentielle. La voiture volante n’est peut-être pas l’avenir de l’automobile. Elle reste une assez bonne manière de rappeler qu’Elon Musk entend toujours incarner le futur.

«Naza», ou l’étrange liberté d’Israël

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Il faut décidément que ce petit pays soit bien spécial pour fournir lui-même, avec une pareille obstination, les témoins de son propre procès. Israël produit ses accusateurs, leur donne la parole, les laisse instruire le réquisitoire et regarde ensuite le monde applaudir. À Venise, le documentaire Naza, réalisé par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, aurait reçu vingt-cinq minutes d’ovation. Vingt-cinq minutes ! On imagine la jubilation de la salle. Israël venait de trouver des Israéliens pour expliquer tout le mal qu’il fallait penser d’Israël.

Un film à charge

Charles Rojzman, dans un récent article de Causeur, s’est interrogé sur cette ferveur. Qu’applaudissait-on ? Le courage des réalisateurs, la souffrance des Palestiniens ou cette satisfaction particulière que procure la condamnation d’Israël lorsqu’elle est prononcée par ses propres enfants ? La question est cruelle mais pas illégitime.

Yuval Abraham et Rachel Szor posent avec le Prix spécial du jury décerné à « Naza », lors du photocall des lauréats à la cérémonie de clôture de la 83e Mostra de Venise, le 12 septembre 2026 à Venise, en Italie © Gian Mattia D’Alberto/LaPresse/Shutterstock/SIPA

Naza est un film à charge. Des militaires et des agents du renseignement israéliens y racontent les méthodes de ciblage, l’acceptation des pertes civiles, la froide mécanique d’une guerre où la technologie éloigne les hommes des corps qu’elle détruit. Le propos est terrible et mérite examen, même lorsque les témoignages anonymes, les choix du montage ou les silences du film privent le spectateur d’une partie des éléments nécessaires à son jugement.

Il y eut pourtant un 7-Octobre. Des familles massacrées, des femmes victimes de violences sexuelles, des enfants assassinés, des otages emmenés à Gaza. Une nation entière découvrant que ses ennemis pouvaient entrer chez elle et transformer ses maisons en abattoirs. Le Hamas avait frappé au cœur de la promesse sur laquelle Israël fut fondé : offrir aux Juifs un lieu où ils ne seraient plus condamnés à attendre que d’autres veuillent bien les protéger. On comprend ce que ce traumatisme a libéré de peur et de fureur, sans que cette compréhension dispense de regarder les souffrances infligées aux civils palestiniens.

Mais ce qui frappe dans Naza, au-delà de son réquisitoire, c’est que ce film existe. Quel est donc ce pays où des cinéastes peuvent accuser leur armée de crimes de guerre, où d’anciens militaires témoignent contre leurs chefs, où les journaux étrillent quotidiennement le gouvernement tandis que des foules considérables manifestent pour réclamer le départ du Premier ministre ?

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Il faut connaître un peu Israël pour mesurer combien l’image qu’on en donne à l’étranger est sommaire, déformée. On décrit volontiers la société israélienne comme un bloc. Encore faudrait-il réussir à mettre ses habitants d’accord sur l’heure du déjeuner…

Passions israéliennes

Entre les ultraorthodoxes de Jérusalem et les laïcs de Tel-Aviv, il y a parfois davantage qu’une différence de civilisation. Les descendants des Juifs polonais, marocains, irakiens ou russes ne partagent ni les mêmes souvenirs ni toujours les mêmes fidélités. Les religieux nationalistes, les anciens kibboutzniks, les citoyens arabes, les Druzes et les militants de la paix vivent dans un pays minuscule où les querelles occupent presque autant de place que les immeubles. On y discute de Dieu, des frontières, de l’armée, des juges et jusqu’à la définition du judaïsme. À peine un accord est-il trouvé qu’il faut déjà se disputer sur sa signification.

Cette passion de la contradiction plonge dans une vieille tradition intellectuelle juive où l’on n’a jamais considéré qu’une question était définitivement réglée parce qu’une autorité avait donné sa réponse. Le Talmud est une immense conversation, parfois une empoignade, entre des intelligences qui se répondent à travers les siècles. Le pilpoul, cette méthode dialectique développée dans les écoles talmudiques, pousse l’art de l’objection jusqu’à ses derniers raffinements. Chaque argument appelle sa réfutation, chaque certitude son trouble-fête. Deux rabbins, trois opinions, dit la vieille plaisanterie. Encore faut-il qu’ils soient de bonne humeur.

La démocratie israélienne n’est évidemment pas sortie toute armée des académies talmudiques. Elle doit bien davantage à l’Europe, aux Lumières, au socialisme des premiers sionistes et aux institutions parlementaires modernes. Mais cette familiarité avec la dispute lui donne une couleur singulière. En Israël, on peut aimer son pays jusqu’à l’excès et consacrer le reste de son existence à lui expliquer pourquoi il a tort.

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Les prophètes bibliques avaient déjà cette mauvaise habitude. Ils accablaient les rois d’Israël de reproches, dénonçaient leurs injustices, leurs corruptions et leurs infidélités. Le pouvoir n’a jamais beaucoup apprécié les prophètes. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît. Quelque chose de cet esprit survit dans cette démocratie querelleuse, bruyante, parfois épuisante, dont les adversaires peinent à comprendre qu’elle puisse être traversée de contradictions aussi violentes sans cesser d’exister.

Voilà pourquoi Naza me paraît remarquable, jusque dans ses partis pris. Ses auteurs appartiennent à cette société dont ils exposent les fautes. Les témoins qu’ils interrogent ont servi les institutions qu’ils mettent aujourd’hui en cause. On peut discuter leurs méthodes, contester leurs conclusions, leur reprocher de laisser dans l’ombre une partie de la réalité. Il demeure qu’ils ont choisi de parler. Or parler ainsi dans un pays en guerre, où chacun connaît un soldat, un blessé, un otage ou une famille endeuillée, n’a rien d’une mondanité. C’est risquer de se brouiller avec les siens, de passer pour un traître et découvrir que la liberté d’expression est une fort belle chose jusqu’au jour où l’on décide de s’en servir.

Cette capacité d’autocritique mérite l’admiration. Elle ne rend pas Israël innocent. Les crimes éventuels ne s’effacent pas parce qu’un cinéaste les dénonce. Les Palestiniens des territoires occupés ne jouissent pas des mêmes droits politiques que les citoyens israéliens – c’est un fait – et cette réalité demeure une blessure profonde dans la prétention démocratique de l’État. Il serait obscène de transformer la liberté des uns en consolation pour les souffrances des autres. Mais faut-il pour autant tenir cette liberté pour quantité négligeable ?

L’Europe intellectuelle entretient avec Israël une relation singulière. Elle applaudit ses dissidents, cite ses historiens critiques, reprend les enquêtes de ses journalistes, puis explique volontiers que ce pays serait devenu une société entièrement soumise au nationalisme et à l’autoritarisme. On voudrait parfois demander à ces bonnes consciences d’où sortent donc tous ces Israéliens qui leur fournissent leurs arguments. De quelle étrange dictature viennent ces écrivains, ces universitaires, ces cinéastes qui passent leur temps à dénoncer leur propre État ?

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L’objection ne suffit pas à écarter leurs accusations. Elle devrait au moins compliquer le jugement. Ce serait déjà beaucoup demander à notre époque, qui préfère toujours les verdicts aux enquêtes.

Il existe pourtant un danger réel. Camus savait combien la violence, lorsqu’elle se croit justifiée par l’Histoire ou par la nécessité, finit par s’affranchir de toute limite. Une cause juste ne sanctifie pas tous les moyens employés pour la défendre. Israël n’échappe pas à cette vieille tentation des peuples blessés : faire de sa propre souffrance une absolution. Depuis le 7-Octobre, la peur a réveillé de vieux démons, la colère a libéré des paroles que l’on croyait réservées aux extrémistes. La guerre menace toujours de corrompre jusqu’aux raisons pour lesquelles on l’a entreprise. La démocratie n’est pas une rente acquise pour l’éternité. C’est précisément pourquoi ces voix dissidentes sont précieuses. Elles rappellent que le patriotisme n’a jamais dispensé de réfléchir, et que les morts du 7-Octobre ne rendent pas invisibles ceux de Gaza.

Naza ne dit pas toute la vérité sur Israël mais il révèle, presque malgré lui, cette étonnante faculté qu’a conservée la société israélienne de se retourner contre ses propres certitudes. Il faudrait peut-être que ceux qui ont applaudi pendant vingt-cinq minutes à Venise prennent un instant pour y réfléchir. Ils ont salué un film qui accuse Israël. Ils ont aussi, qu’ils le veuillent ou non, applaudi une certaine idée de la liberté israélienne.

Il y a là quelque chose qui mérite mieux qu’une ovation. Cela mérite qu’on y pense.

«Fauda», la série qu’Emmanuel Macron aurait dû voir

Pour Libération, la cinquième saison de Fauda, qui reconstitue les attaques du 7-Octobre, fait le « Tsahal boulot ». La série commet surtout le crime de désigner sans détour le Hamas comme l’ennemi sanguinaire d’Israël et de l’Occident. Face à cette tragédie, elle nous interroge aussi sur la Justice et la vengeance.


Depuis la sortie le 8 septembre de sa cinquième saison, la série israélienne Fauda n’a jamais aussi bien porté son nom. Il faut dire qu’en arabe, fauda signifie « chaos » et que les nouveaux épisodes, déjà tous disponibles sur Netflix, ont pour point d’orgue l’attaque terroriste du 7-Octobre, restituée à l’écran avec un réalisme époustouflant.

Records d’audience au Liban, au Qatar ou en Egypte

Si, dès les premiers jours de sa diffusion, le programme a sans surprise enregistré un record d’audience en Israël, il a aussi connu un grand succès au-delà des frontières du pays. Dans le monde arabe, où une bonne partie du public n’éprouve aucune sympathie pour le Hamas (contrairement à certaines catégories de téléspectateurs en France), les chiffres de Netflix sont sans appel : dans la semaine qui a suivi sa mise en ligne, Fauda a été la série la plus regardée de la plateforme au Liban, la deuxième en Jordanie, la troisième au Qatar, à Oman et au Koweït et la quatrième en Égypte.

Voilà de quoi balayer les critiques aigries de Libération, qui accuse la série de « reconstituer sans immense pudeur les attentats du Hamas » et de n’être en fin de compte qu’une officine faisant le « Tsahal boulot », ce qui ne manque pas de sel quand on se remémore les innombrables articles indécents du quotidien, qui depuis trois ans, ont relayé, eux aussi sans pudeur, la pire propagande islamiste sur le « génocide en cours », « la famine en marche » et « les innocents journalistes tués par Israël ».

Fauda raconte les aventures de Doron, un officier aguerri des Mista’arvim, ces forces spéciales israéliennes dont les membres, tous parfaitement arabophones, sont spécialisés dans l’infiltration en territoire hostile. Homme intuitif et impulsif, Doron doit parfois se battre contre sa hiérarchie, qui se méfie de sa personnalité de risque-tout courageux et charismatique.

Les difficultés rencontrées par l’agent de terrain avec ses hauts gradés ne sont hélas pas qu’un artifice d’écriture. Ce phénomène répandu dans l’armée israélienne s’est illustré de façon terrible le 7-Octobre, quand les alertes des « observatrices », ces conscrites d’une vingtaine d’années chargées de surveiller la frontière avec Gaza, ont été sous-estimées pour ne pas dire méprisées par des militaires de premier rang.

Depuis sa création, il y a une douzaine d’années, Fauda s’évertue ainsi à refléter la vérité du conflit au Proche-Orient sous tous ses aspects, même ceux qui ne sont pas à l’honneur de l’État juif. Portant un regard nuancé mais jamais timoré sur la situation régionale, la série montre l’échec complet des accords d’Oslo, l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne et l’internationalisation du conflit, se penchant à ce titre en particulier sur la manière dont le Hamas a étendu son emprise à Gaza mais aussi en Cisjordanie, a tissé des liens avec Daech et a posé ses jalons en Europe, en l’occurrence en Belgique, puis en France, ces deux ventres mous de l’Occident.

Dès le début de la série, l’ennemi de la paix est donc clairement identifié : c’est le Hamas. Jamais l’Autorité palestinienne n’est en revanche vraiment décriée, sinon pour montrer que ses efforts sont toujours insuffisants, voire ambigus quand il s’agit de réduire l’influence des islamistes qui lui nuisent pourtant autant qu’à Israël. Les services de renseignement de Ramallah sont ainsi présentés comme des interlocuteurs impuissants, distillant des informations qu’ils peinent à recueillir tant ils sont déconnectés de leur population.

Tragédie globale

En 2020, à partir de la troisième saison, l’intrigue, qui avait commencé en Cisjordanie, se transporte dans le huis clos terrifiant de Gaza. S’introduisant dans la densité urbaine de l’enclave surpeuplée, pénétrant dans les réseaux de tunnels du Hamas, constatant l’endoctrinement islamiste des Gazaouis, les hommes de Doron ressentent dès cet instant qu’un cheminement vers une tragédie globale est en cours.

Cette tragédie prend encore plus forme dans la quatrième saison de 2023, qui montre la mondialisation du conflit voulue par le Hamas, avec un scénario où l’on voit des membres du mouvement terroriste œuvrer main dans la main avec la diaspora djihadiste de Bruxelles, ainsi qu’avec le Hezbollah et le régime iranien. La saison se termine d’ailleurs dramatiquement puisque toute l’unité de Doron semble décimée.

La nouvelle saison de Fauda se déroule dans le cadre du 7-Octobre cette fois. Elle est dès lors encore plus désespérante et crépusculaire que les précédentes. À travers une mission dans laquelle Doron se trouve embarqué presque malgré lui, c’est tout un pays qui ne paraît plus certain de pouvoir sortir un jour de ce chaos tandis que le héros revit en boucle le traumatisme de l’échec sécuritaire de l’attaque du 7-Octobre. Plus que jamais, tout le monde perd ses repères au cours de ces épisodes haletants. Tout le monde sauf le Hamas bien sûr, qui poursuit son objectif criminel, s’appuyant désormais sur le capital de sympathie qu’il s’est construit auprès d’une opinion occidentale ignorante des enjeux, instrumentalisée et aveuglée.

Le tha’ar (mot arabe pour vengeance) est le fil rouge de cette saison, où l’on voit Ali, un Bédouin musulman, convaincre son ami juif Eli de l’aider à tuer un terroriste qui a assassiné leurs deux familles le 7-Octobre. On voit aussi des gauchistes embrigadés par le Hamas à Marseille finir par se retourner contre Sayid al-Khatib, le « Sinwar européen » impeccablement interprété par l’acteur franco-algérien Hakim Djaziri. Sans oublier Doron, qui se venge quant à lui de ses chefs en leur désobéissant une fois encore pour démasquer leur cynisme.

Avi Issacharoff, le créateur de Fauda, dit avoir voulu poser une question dans cette dernière saison : « La vengeance n’est-elle pas la perpétuation d’un cycle de violence sans fin ? » On pourrait lui répondre que la vengeance peut aussi être la mère de la Justice. Chez Eschyle, les déesses de la vengeance deviennent les Euménides, les gardiennes du tribunal. De même, la loi du talion est à l’origine de la proportionnalité de la peine : pas plus que le mal infligé. Mais si la Justice se trouve impuissante à punir les auteurs des crimes, si elle renverse toutes les valeurs civilisationnelles en mettant en équivalence d’une part le massacre de civils ciblés selon leur origine et d’autre part des pertes collatérales liées à un conflit militaire de forte intensité, à quoi d’autre un esprit humain enfiévré de douleur peut-il se raccrocher si ce n’est au fil rouge de la vengeance ?

Ayoub Aissiou, l’homme des années Bouteflika qui embarrasse l’Espagne

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Arrêté à Barcelone à la demande de l’Algérie, Ayoub Aissiou est devenu un sujet de tension entre Alger et Madrid, qui vient de refuser son extradition.


Plusieurs personnalités françaises se sont mobilisées en faveur de cet homme d’affaires qui se présente comme un opposant au pouvoir algérien. Son parcours est pourtant plus complexe : l’homme a fait l’essentiel de sa carrière sous Abdelaziz Bouteflika et est aujourd’hui cerné par des poursuites qui concernent des affaires de droit commun. Madrid a-t-elle intérêt à laisser le sort de cet individu rafraichir ses relations avec Alger ?

Casse-tête

Les dossiers concernant des personnalités étrangères installées ou arrêtées dans un autre pays sont par nature délicats. La justice doit examiner les faits, mais elle doit aussi déterminer si la personne réclamée par son pays d’origine risque d’y être poursuivie pour des raisons politiques. Lorsque l’intéressé est connu, dispose de soutiens à l’étranger et que deux États entretiennent des relations compliquées, une procédure d’extradition peut rapidement devenir un sujet diplomatique.

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C’est ce qui se passe aujourd’hui en Espagne avec Ayoub Aissiou. Le 25 juillet 2026, cet homme d’affaires algérien de 44 ans est interpellé à l’aéroport de Barcelone-El Prat alors qu’il arrive de Casablanca. Visé par une demande d’extradition d’Alger, il est placé en détention provisoire avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire le 4 septembre par l’Audiencia Nacional. Son passeport lui est retiré et il lui est interdit de quitter l’Espagne.

Installé en France depuis 2019, où il a demandé l’asile, M. Aissiou se présente désormais comme un opposant au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune. Plusieurs personnalités françaises ont appelé à empêcher son extradition et un comité international s’est constitué pour le soutenir. Sa défense considère qu’un retour en Algérie l’exposerait à des persécutions et conteste la nature des poursuites engagées contre lui. Reste que le parcours de M. Aissiou ne commence pas avec son départ d’Algérie en 2019. Il a construit sa carrière pendant les années Bouteflika, avant de devenir un adversaire du pouvoir qui lui a succédé, un passé qui rend son cas moins évident que celui d’un opposant poursuivi pour ses seules activités politiques.

Un homme des années Bouteflika

Né en 1982 à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, Aissiou développe dans les années 2000 et 2010 des activités dans l’industrie, l’immobilier et les médias. Il devient notamment propriétaire de la chaîne El Djazairia One. Il est également le gendre de Bachir Ould Zemirli, ancien vice-président de la Fédération algérienne de football, avec lequel il a entretenu des liens d’affaires en France.

Son ascension intervient à une époque où les relations entre le pouvoir politique et certains grands entrepreneurs algériens sont étroites. L’accès au crédit, aux autorisations administratives et aux grands projets dépend alors largement de l’État. Après la chute de Bouteflika en 2019, plusieurs hommes d’affaires ayant prospéré durant cette période sont poursuivis par la justice algérienne. M. Aissiou quitte le pays pour la France et devient progressivement un opposant au nouveau pouvoir, statut qu’il ne possédait donc pas au moment où se sont déroulés plusieurs des faits qui lui sont aujourd’hui reprochés.

Les condamnations prononcées en Algérie concernent principalement des infractions économiques. Conflits fait état de trois décisions successives : quinze ans de prison en 2022, vingt ans en 2023 puis vingt ans en décembre 2025, notamment pour blanchiment, transferts illicites de capitaux et dissipation de produits de crimes. Les enquêteurs algériens se sont également intéressés à ses sociétés, à des mouvements de capitaux vers l’étranger et à ses relations avec plusieurs responsables de l’époque Bouteflika. Africa Intelligence rapporte notamment qu’en 2017, un chèque de 50 millions de dinars provenant de Casteel, une aciérie appartenant à M. Aissiou et à ses frères, a été émis au bénéfice du FLN. La justice algérienne soupçonne que ce financement ait pu faciliter certaines démarches auprès de l’administration.

Le dossier mentionne aussi Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie entre 2014 et 2017, qui avait accordé à Aissiou un agrément pour un projet d’usine de montage Ford, usine qui ne sortira finalement jamais de terre.

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Mais les éléments les plus susceptibles de mettre à mal la défense d’Ayoub Aissiou sont plus récents : le quotidien espagnol El Debate vient ainsi de révéler l’existence d’une plainte déposée en Espagne dans laquelle le nom d’Aissiou est cité à propos d’un réseau présumé de trafic international de stupéfiants. Celui-ci aurait contribué à acheminer de la drogue depuis le Brésil et la Guinée-Bissau vers l’Europe et l’Afrique du Nord. La plainte mentionne également Rúben Oliveira, dit « Xuxas », figure connue du narcotrafic portugais. Si le bienfondé de ces accusations reste à établir, elles ont toutefois une particularité importante : cette procédure n’émane cette fois pas d’Alger mais est apparue en Espagne.

Un dossier devenu diplomatique

L’affaire intervient alors que Madrid et Alger essaient de normaliser leurs relations après plusieurs années difficiles. L’Algérie reste importante pour l’Espagne en matière d’énergie, de commerce et de sécurité en Méditerranée. Or, si Madrid n’a certes pas à extrader M. Aissiou pour satisfaire Alger, sa qualité d’opposant ne permet pas non plus d’écarter les faits de droit commun qui figurent dans son dossier, la plupart étant antérieurs à son départ d’Algérie et à son engagement contre le pouvoir actuel.

C’est toute la difficulté de ces affaires. Un homme poursuivi pour des infractions de droit commun peut aussi être devenu un opposant politique, et un État peut avoir intérêt à récupérer un adversaire sans que les accusations portées contre lui soient nécessairement inventées. Dans le cas d’Aissiou, c’est précisément ce que la justice espagnole doit essayer de départager.

La question est d’autant plus sensible que son cas pèse désormais, nous l’avons dit, sur le rapprochement entre Madrid et Alger. L’Espagne doit pouvoir examiner son dossier sans faire de la relation avec l’Algérie un critère judiciaire, c’est incontestable, mais elle ne doit pas non plus laisser la mobilisation politique autour de M. Aissiou remplacer l’examen des faits. Comme souvent lorsqu’une personnalité importante est poursuivie à l’étranger, la justice et la diplomatie finissent par se croiser. Reste à savoir, dans le cas d’Aissiou, quelle part relève réellement de la politique et quelle part relève du droit et de la souveraineté d’un Etat sur ses ressortissants et justiciables.

Pluraliste ta mère !

Charles Sapin, chroniqueur hebdomadaire sur France Inter? C’était trop demander à la rédaction qui a exigé, et obtenu, la tête du journaliste de Valeurs actuelles. Radio France, tout occupée à faire «barrage à l’extrême droite», vit dans une réalité parallèle où le pluralisme est impensable.


Tous contre un. Dans l’URSS de Staline, il y avait des dissidents. Pas à Radio France. En trois semaines de polémiques autour de Charles Sapin, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme que l’on soupçonne d’avoir vu l’ours, pas une voix ne s’est élevée de l’intérieur pour le défendre, sinon celles d’Anne Rosencher et de Sophia Aram, laquelle a malicieusement imaginé une cellule d’aide psychologique pour les salariés craignant d’être exposés à une autre opinion que la leur et un numéro vert pour les auditeurs saisis de vertige idéologique. Mais elles sont compagnes de route, pas membres du Parti. Pas un journaliste maison n’a osé dire ou même penser que l’unanimité hargneuse déchaînée contre un confrère, coupable d’occuper l’antenne deux minutes trente par semaine, était un brin déplacée. Pas même un vague stratège pour se demander si, à la veille d’une élection capitale, il n’était pas un peu suicidaire de fournir des munitions aux partisans de la destruction massive, c’est-à-dire de la privatisation.

Dès que les syndicats commencent à brailler, la défense de Céline Pigalle, la directrice de la station, annonce la reddition. « Nous ne pouvons pas vous céder, même à vous », pleurniche Vincent Meslet, coordinateur éditorial de Radio France, à l’adresse des personnels en grève. Quant à la patronne, elle soutient son poulain comme une corde le pendu. C’est qu’elle ne mange pas de ce pain-là, Madame Pigalle. N’a-t-elle pas bouté le Zemmour hors d’i-Télé ? Interrogée par la médiatrice de Radio France, elle condamne avec force les dérapages qui ont valu des condamnations à Valeurs actuelles (VA) parce qu’elle est attachée de toute sa personne (sic) à la lutte contre le racisme. D’ailleurs, elle aussi est tombée de sa chaise en apprenant le transfert de Sapin du Point à VA, nouvelle rendue publique deux jours avant qu’elle annonce son arrivée à Inter. Mais attention, rassure-t-elle, il lui a juré que sa mission était de refaire de VA un journal honorable. Ouf, le gars n’est pas nazi, il est chargé de dénazifier. Sinon, on aurait vu ce qu’on aurait vu, sa main n’aurait pas tremblé. Céline Pigalle avait l’odorat politique moins délicat il y a quelques années, quand elle a recruté sur BFM Geoffroy Lejeune, alors patron de VA et inventeur de la ligne et des unes qui lui donnent aujourd’hui des vapeurs. Voilà qui dénote une admirable capacité d’adaptation. Cependant, comme ses protestations ne suffisent pas, elle propose de placer le Sapin en liberté surveillée en lui adjoignant un contradicteur. Là, c’est lui qui refuse. Fin de l’histoire. Au moins, tout le monde sait qui dirige France Inter.

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Le pluralisme selon Radio France

Rien de nouveau sous le soleil. Toute la Maison ronde vit dans une réalité parallèle. Dans le monde des francintériens, il n’y a pas d’insécurité, mais des fantasmes sécuritaires, pas de musulmans radicaux, mais des victimes de l’islamophobie, pas de baisse du niveau, mais une aggravation des inégalités, pas d’antisémites, mais des défenseurs des Palestiniens. Leur credo politique se résume à une phrase : faire barrage à l’extrême droite. De sorte qu’ils peuvent écouter sans broncher des Insoumis excuser, justifier ou approuver le 7-Octobre, mais défaillent pour quelques phrases soraliennes et grossièrement antisémites prêtées à Jordan Bardella – toujours sans la moindre preuve à l’heure où nous bouclons. Le pire, c’est que la plupart croient à leurs sornettes. Ils ne perçoivent même pas le problème logique et démocratique qu’il y a à exclure de la conversation des idées représentées à l’Assemblée. Au contraire, ils se considèrent comme le rempart. Puisque le cordon sanitaire a cédé en politique, à eux de reprendre le flambeau dans l’arène du combat culturel. Cette pensée sommaire et réconfortante, qui se déploie aussi chez Blast ou Radio Nova, nourrit (ou étouffe) de très nombreux jeunes esprits. Les lycéens en lutte qui expulsent (avec force insultes et menaces) les journalistes qui leur déplaisent sont les dignes héritiers de l’esprit francintérien.

Quand les gentils découvrent la guillotine

Le plus surprenant et le plus agaçant, ce sont la surprise et l’agacement de mes amis-de-gauche (bon teint, c’est-à-dire macronistes et assimilés) qui entendent les balles siffler autour d’eux. Tant que les infréquentables étaient des fachos estampillés, ça ne les gênait pas, au contraire. Certes, ils avaient des amis-de-droite. Mais eux-mêmes auraient sans doute pétitionné si on avait donné un édito à Charlotte d’Ornellas ou Alain de Benoist. Ce qui, bien sûr, n’a traversé l’esprit d’aucune direction. Et voilà que mes amis-de-gauche découvrent la lune et qu’elle ne leur plaît pas. Quand la CGT s’attaque à Guillaume Erner ou à Charles Sapin, un gars avec qui on pourrait déjeuner, ils sont inquiets. Eh oh, on fait partie des gentils ! Désolée, fallait vous réveiller avant.

En réalité, tout le camp progressiste (qui comprend une bonne partie de la droite) se satisfait d’un pluralisme limité, comme la souveraineté des pays frères de l’URSS dans le pacte de Varsovie. Seul le curseur varie. Presque aucun des prétendus libéraux ne plaide pour que la supposée extrême droite soit traitée à la loyale sur le marché concurrentiel des idées, par exemple en permettant à des éditorialistes proches d’elle d’avoir leur rond de serviette dans l’audiovisuel public. Il me semble pourtant que le véritable pluralisme consiste à causer avec des gens très éloignés de soi, voire à défendre la liberté d’expression de ses adversaires. Mais Voltaire, c’est has been. En revanche, Lagasnerie (qui refuse de parler avec la droite), c’est tendance.

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Attention, mes amis-de-gauche ne sont pas comme ça. Leur tolérance va jusqu’à Eugénie Bastié – à France Télé, beaucoup auraient aimé la faire taire, mais on dirait que Delphine Ernotte en a plus que Madame Pigalle. Du reste, s’ils pensent que Le Pen et les autres sont infréquentables, c’est sans doute moins pour des raisons politiques que sociologiques. Je ne sais plus dans quel livre Christopher Lasch observe que la plupart des journalistes, issus des classes moyennes ou supérieures urbaines, n’ont jamais rencontré un électeur républicain (et encore moins un trumpiste, dirait-il aujourd’hui). Si ça se trouve, mes amis-de-gauche n’ont jamais déjeuné avec un électeur du Rassemblement national.

46 % des musulmans prêts à quitter la France si Marine Le Pen est élue: « Ils ont tort », répond la candidate

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Le chiffre a beaucoup circulé ces derniers jours : selon une enquête Ifop pour Marianne, 46 % des Français musulmans envisageraient de quitter le pays en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027. Interrogée jeudi soir sur CNews et Europe 1, la candidate du Rassemblement national leur a répondu qu’ils avaient « tort » de s’inquiéter et assuré que « l’islam est compatible avec la République ».


C’est l’un des chiffres politiques les plus commentés de la semaine. Une enquête Ifop publiée par Marianne indique que 46 % des Français de confession musulmane envisageraient de quitter la France si Marine Le Pen remportait l’élection présidentielle de 2027. Parmi eux, 20 % déclarent même qu’ils le feraient « certainement ». L’information, notamment reprise mercredi par Causeur, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias.

L’enquête ne porte d’ailleurs pas uniquement sur les musulmans. 44 % des Français de confession juive envisageraient également de partir en cas de victoire de Marine Le Pen, de même que 43 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Dans l’ensemble de la population, ils sont 21 % à envisager un départ. L’étude a été réalisée par l’Ifop pour Marianne auprès de 9 689 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 25 au 30 septembre.

Les résultats témoignent surtout d’une inquiétude importante chez les Français musulmans interrogés. 81 % estiment qu’une victoire de Marine Le Pen entraînerait une hausse des agressions et des discriminations visant les musulmans. 27 % déclarent qu’ils pourraient alors dissimuler leur appartenance religieuse au quotidien. François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop, estime qu’une arrivée du RN au pouvoir pourrait ainsi susciter « des blocages importants » et des niveaux élevés de crainte et de sentiment d’insécurité.

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« C’est leur pays, ils sont Français »

Marine Le Pen a répondu directement à ces inquiétudes jeudi soir, indique Le Parisien. Invitée de l’émission Objectif Élysée 2027 sur CNews et Europe 1, elle a estimé que les Français musulmans envisageant de quitter le pays en cas de victoire du RN avaient « tout à fait tort de craindre [son] arrivée au pouvoir ». Une réponse qu’elle a également relayée sur son compte X : « Les Français de confession musulmane qui envisagent de partir si je suis élue ont tort : c’est leur pays, ils sont Français. »

« On n’a qu’un pays », a-t-elle poursuivi sur le plateau. Marine Le Pen a assuré qu’elle serait « la présidente de tous les Français » et s’est présentée comme « éminemment respectueuse de la démocratie et de l’ensemble des opinions politiques ». Une manière de répondre directement à l’un des principaux enseignements du sondage, qui mesure moins une intention de départ certaine qu’un niveau élevé d’inquiétude à l’idée d’une arrivée du Rassemblement national au pouvoir.

La candidate a surtout voulu tracer une frontière nette entre l’islam et l’islamisme. « L’islam est compatible avec la République », a-t-elle affirmé. « Ce qui n’est pas compatible avec la République, c’est la charia et le fondamentalisme islamique. » Elle assure être « extrêmement respectueuse de la liberté de conscience et de la liberté religieuse » et affirme que les musulmans pourront continuer « à exercer leur religion, à avoir leur croyance sans aucune difficulté » si elle accède à l’Élysée.

Cette distinction figurait déjà dans l’entretien accordé cette semaine au Financial Times. Interrogée sur les accusations selon lesquelles ses propositions pourraient être dirigées contre les musulmans, Marine Le Pen y répondait que le RN combattait « le fondamentalisme islamiste », présenté comme une idéologie politique, et non « les musulmans » ou « la religion musulmane ».

Sur le voile, Marine Le Pen maintient sa ligne

La réponse rassurante adressée aux musulmans ne signifie cependant pas un abandon des mesures les plus controversées du programme du RN. Marine Le Pen continue de vouloir restreindre le port du voile. Elle a confirmé jeudi soir son intention de soumettre à référendum un projet de loi consacré à la lutte contre les « idéologies totalitaires » et considère que le voile participe de cette idéologie.

Elle évoque désormais une interdiction progressive, qui concernerait d’abord certains espaces comme les universités, les fédérations sportives et les bâtiments publics. La candidate distingue donc explicitement la pratique de l’islam, qu’elle juge compatible avec les institutions françaises, de certaines manifestations religieuses qu’elle rattache au fondamentalisme et qu’elle entend combattre.

C’est précisément cette question qui nourrit une partie des inquiétudes mesurées par l’Ifop. Le sondage intervient alors que la visibilité de l’islam et la laïcité prennent une place croissante dans la campagne présidentielle. Il montre également que les tensions provoquées par une éventuelle victoire de Marine Le Pen dépasseraient largement la seule population musulmane : 44 % des Français juifs envisagent eux aussi de quitter le pays et 45 % des agents de la fonction publique interrogés se disent prêts à désobéir à des lois qu’ils considéreraient comme injustes.

Marine Le Pen cherche donc à tenir deux lignes simultanément : rassurer les Français musulmans sur leur place dans le pays tout en maintenant un programme particulièrement ferme contre l’islamisme et certaines manifestations visibles de l’islam. Le chiffre des 46 % lui a donné jeudi soir l’occasion de préciser cette distinction. À ceux qui envisagent déjà leur départ en cas de victoire du RN, sa réponse tient en quelques mots : « Ils ont tort. C’est leur pays, ils sont Français. »

«Freud et l’esprit talmudique»: pour les novices en psychanalyse et en judaïsme

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Le « moi » est haïssable, mais quand le sujet est la psychanalyse, l’auteur peut-il faire l’économie de sa propre expérience ? Freud l’a fait, la psy Claudine Lanzarotti aussi. L’auteur de Freud et l’esprit talmudique, sorti tout récemment aux éditions Campagne première, commence sa passionnante comparaison entre la démarche de ses confrères et celle des talmudistes, en y ajoutant la dimension émotionnelle de son vécu, qui assaisonne la technique d’une saveur plus humaine.

La psychanalyse aurait-elle pu être théorisée par un non-juif ?

Freud n’évoquait jamais sa connaissance du judaïsme de crainte que sa découverte iconoclaste fût, de surcroit, cataloguée comme « science juive », ce qui était presque aussi dommageable en Autriche au début du XXe siècle que ça l’est en France au début du XXIe (!) Pourtant, sa démarche devait énormément à cette culture de l’exégèse, de l’interprétation et de l’extrapolation qu’enseigne le Talmud, le recueil de tous les commentaires de la Torah (la bible). Talmud est un mot hébreu qui vient de la racine LMD, étude. L’hébreu est effectivement indispensable à la compréhension du phénomène que Lanzarotti détricote avec efficacité et humour, car c’est une langue consonantique, dont tous les mots dérivent d’une racine de trois consonnes. L’absence de voyelle multiplie donc à souhait les interprétations possibles d’un texte écrit dans cette langue. Un des exemples qu’elle donne est celui du mot « hébreu », qui se dit « ivrit » en VO, à partir de la racine HVR[1]. Cette racine peut se décliner en :

HaVaR: le passé, passer, dépasser, changer de lieu, transgresser, passer à l’attaque.

maHaVaR : passage.

haHaVRa ou haHaViR : transfert.

HiBouR: grossesse, altération, produit, récolte, moment critique.

iVeR : ajouter, féconder, déformer, fausser.

HouBaR : embryon, fœtus.

HeVRa : péché, transgression, s’emporter, être en colère.

HaVaRian : délinquant, malfaiteur.

Interprétation, vous avez dit interprétation ?

Ce n’est pas par hasard si l’interprétation des rêves a été l’instrument privilégié de celui qui s’est donné pour tâche de décoder l’inconscient de ses congénères. Il avait appris la technique dès l’enfance et, de surcroît, « le fil rouge qui unit ces deux univers est une façon particulière de jouer avec les idées et les mots… »

L’humour étant un outil de choix pour mettre à distance les situations sur lesquelles il n’avait aucune maîtrise, Freud a découvert qu’il a le même rôle dans l’inconscient de ses patients. « Depuis la haute Antiquité… les juifs ont dû faire avec la réalité d’un antijudaïsme dont le nom est changeant et dont l’expression est variable… Pour résister et survivre à l’angoisse et à l’humiliation, ils n’avaient à leur disposition aucune autre arme que l’humour, l’ironie, le regard distancié sur eux-mêmes et la minimisation, voire le déni de leur impuissance. »

Voyage entre Talmud et interprétation psychanalytique

Les talmudistes et les psychanalystes sont des enquêteurs, observe Claudine Lanzarotti. « Tout se passe comme si, en comptant sur l’association libre et l’attention égale pour tous les thèmes, les rabbins effectuaient simultanément le travail psychique de l’analysant et celui de l’analyste à l’écoute de son patient. Le transfert qu’ils cherchent à constituer, ce rapport « d’attente croyante » pour reprendre l’expression freudienne, s’établit entre chacun d’entre eux et les textes à étudier… »

Le rapport dont parle l’auteur fonctionne selon trois principes : inter-textualité, atemporalité et non-contradiction. Ces « bases mêmes de l’interprétation rabbinique, seront considérées bien des siècles plus tard par Freud comme étant celles-là mêmes qui régissent l’inconscient, tel qu’il l’a théorisé. » L’intertextualité consiste à rechercher toutes les occurrences d’un mot ou d’une image, que ce soit dans la totalité de la Torah pour les rabbins expliquant un verset, ou dans les précédents rêves, par les psychanalystes repérant une image ou une expression dans le récit de leur patient. L’atemporalité est la mise en perspective « des textes, quel que soit le moment où ils furent écrits et connus », que ce soit dans le corpus biblique pour les uns ou dans le récit d’un analysant pour les autres. Enfin le principe de non-contradiction est permis par les deux précédentes pour rendre compte des invraisemblances que l’on peut rencontrer aussi bien dans le texte consonantique (où l’on va chercher les occurrences d’un mot dans des séquences historiques qui n’ont rien en commun) que dans les rêves, qui utilisent le déplacement[2] et la condensation[3] pour cacher un contenu latent derrière le contenu manifeste.

« Les talmudistes ont sondé la Bible comme Freud, plus tard, sondera l’inconscient »

Claudine Lanzarotti DR.

Claudine Lanzarotti développe : « À l’instar de la façon dont Freud considère le rêve, les rabbins considèrent le langage biblique comme offert à d’infinis transferts, déplacements et condensations des expressions et des significations contenues dans ses lettres et dans ses mots. » L’ouvrage culmine dans une exégèse de « Œil pour œil, dent pour dent », formule que les non-juifs interprètent comme une loi de vengeance, qui s’appliquerait à la lettre dans le judaïsme. Lanzarotti utilise les méthodes qu’elle a minutieusement décrites tout au long de l’ouvrage pour arriver à la conclusion des rabbins… et des juges de tribunaux israéliens qui contredit absolument l’idée reçue. Comparant le texte biblique à « une pulsion exprimée librement, sans refoulement », et « le Talmud à un surmoi particulièrement éthique et moral », elle conclut que « la Torah parle de la haine et la met en scène, sans aucune censure. Le Talmud la polit, la transforme, sans toutefois en masquer l’existence et la réalité : il fait avec en prônant les manières de ne pas la mettre en acte », substituant le dédommagement pécuniaire à la punition physique du coupable. Dont acte, ou plutôt dont loi orale, qui stipule : « Qui a blessé quelqu’un est redevable pour cette blessure d’une indemnité à cinq titres : il doit payer pour le dommage lui-même, pour la douleur, pour les soins médicaux, pour la perte des moyens de subsistance et pour le préjudice moral ». Comme le remarque l’auteur, « ces dispositions normatives et ces règles juridiques qui ont plus de deux mille ans d’âge paraissent étonnamment modernes, et comme sorties d’un manuel de nos facultés de droit. »

Un livre évoquant des processus compliqués avec une virtuosité qui les rend compréhensibles aux profanes, c’est à lire pour joindre l’utile à l’agréable et briller ensuite dans les dîners en ville !

256 pages.

Freud et l'esprit talmudique: L’interprétation et ses méthodes, une comparaison entre Talmud et psychanalyse

Prix: 23,00 €

1 d'occasion et neuf disponible à partir de 23,00 €


[1] En hébreu, le V et le B sont une seule et même lettre.

[2] Le déplacement consiste à détacher l’intensité psychique d’une idée importante pour la transférer sur un élément mineur ou insignifiant du rêve.

[3] La condensation compresse plusieurs idées, personnes, images et/ou souvenirs en un élément unique.

Patrick Modiano, ou les souvenirs de l’amnésie

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Les Invalides à Paris. DR.

En mars 2027, la célèbre collection de la Pléiade, reliée cuir pleine peau et dorée à l’or fin, va accueillir l’œuvre complète de Patrick Modiano. Le romancier, né en 1945, se voit ainsi couronner une fois de plus, après le Goncourt en 1978 et le Nobel de littérature en 2014, entre autres.

Ces distinctions (méritées) n’ont jamais fait déraper la plume modianesque, acharnée à faire revivre la mémoire engloutie de la Shoah, comme dans Dora Bruder, chef-d’œuvre de 1997. Au fond, le sujet de Modiano, c’est l’« homme déconstruit », dont on a souvent parlé si maladroitement. C’est chez lui qu’il faut le trouver, comme un marqueur de notre époque où l’éthique a de la peine à dire son mot. Le dernier roman de Modiano, qui vient tout juste de sortir, en apporte une démonstration fascinante. C’est titré L’Éléphant ‒ à cause aussi de la mémoire, sans doute, mais par antiphrase ‒ et il raconte la vie spectrale d’un homme défait dans la société postmoderne.

L’essentiel en peu de mots

Il n’y a pas vraiment d’intrigue, dans L’Éléphant. « Un récit ? demandait Maurice Blanchot. Non, pas de récit, plus jamais. » (La Folie du jour, 1973) Ce court roman fait aussi penser à Simenon ou encore Peter Handke. Modiano appartient à cette famille d’écrivains qui disent l’essentiel en peu de mots. Son personnage principal se nomme Van Walle. Il n’a pas de prénom. Il habite près des Invalides à Paris, et ne sort jamais de son quartier. Il regarde le monde par la fenêtre de sa chambre. Il utilise des jumelles, pour espionner ses vis-à-vis. Son regard de « voyeur », si l’on veut, est incisif. À ceci près qu’il ne se souvient plus de son passé. Nous retrouvons là ce qui caractérisait déjà en 1978 le protagoniste de Rue des Boutiques Obscures (un titre superbe, soit dit en passant) : l’amnésie. Et on se dit que ce pourrait être la clef de toute l’œuvre de Modiano. Dans L’Éléphant, Modiano le confirme, comme un boxeur mettant K.-O. son adversaire, quand il dit de Van Walle : « Une lumière aveuglante l’éblouissait, la lumière blanche de l’amnésie, qui le protégeait aussi du moindre souvenir […] Il ne se souvenait de rien. » Beaucoup de passages réutilisent cette image de la lumière blanche, dans la suite du roman. Désormais, ce serait cela, l’éléphant du titre : non pas la « lourdeur » physique de Van Walle, mais plutôt « la lumière blanche de l’amnésie » qui le mine, symbolisée par un éléphant qui serait blanc.

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Un monde « sous vide »

Le personnage de Van Walle est un anti-héros. « Un voyageur sans bagages, nous indique Modiano. Et pas même un voyageur », précise-t-il. Van Walle me fait penser, très prosaïquement, à la chanson de Jean-Jacques Goldmann : « Elle vit sa vie par procuration… » Il habite un monde « sous vide ». C’est peut-être Paris, mais un Paris changé, devenu anonyme, une sorte de bled paumé qui aurait surgi au XXIe siècle comme une conséquence du Covid ou du réchauffement climatique. Les plus beaux endroits, rappelant les jours heureux, sont devenus une souffrance. Modiano fait cette remarque très vraie : « ce sont les lieux, plus que les personnes, qui provoquent l’afflux des souvenirs ». Ajoutons néanmoins que, dans L’Éléphant, il y a un certain nombre d’hommes et de femmes que croise Van Walle, ceux et celles qu’il espionne et dont il va à la rencontre, poussé par une curiosité irrépressible. Je vous laisse les découvrir, ainsi que leurs noms à tous. Les noms sont importants, pour Modiano, comme vous le savez. Ici, ils sont très beaux dans leur simplicité même, qui cache leurs zones d’ombre, mais pas leur statut de « vies minuscules ».

« Oh tout finir »

Je soupçonne Modiano d’avoir mis dans L’Éléphant beaucoup de lui-même. J’ai l’impression qu’il nous donne un livre sur sa propre vieillesse. Je rappelle qu’il a désormais 81 ans, le grand âge. Et alors il imite un peu ce qu’avait fait Beckett, autrefois, avec Soubresauts (1989), court et angoissant texte testamentaire, où l’auteur franco-irlandais de 83 ans décrivait, non sans une certaine franchise, son état mental particulièrement déprimé et dévasté. On se rappelle que Soubresauts se terminait par : « N’importe comment n’importe où. Temps et peine et soi soi-disant. Oh tout finir. » Modiano n’est certes pas aussi cru que Beckett, mais il exprime cependant le même désarroi. Toutes les personnes âgées, du moins celles qui « intellectualisent », y reconnaîtront sûrement un phénomène familier. Moi-même, qui suis désormais vieux, même si mon amnésie reste encore limitée, j’ai été touché de retrouver dans le roman de Modiano cet état d’esprit si particulier qui nous incite à résister, à survivre. Et qui donne sens à la vie, à toute une vie, quand vient l’heure du bilan. Je crois que, dans l’effondrement même qu’elle entraîne, la vieillesse a un sens, surtout si l’on a eu ce qu’on appelle une vie bonne. Van Walle, c’est important, travaille au milieu des livres, pour un petit éditeur parisien. Modiano sent que c’est par là que son héros peut être sauvé. Il a amassé, grâce aux livres qu’il a lus, un trésor pour plus tard. Une phrase de l’Évangile de Matthieu m’y fait penser par association d’idées : « mais placez pour vous des trésors dans les cieux, où le ver ne corrompt pas, et où les voleurs ne percent ni ne volent. Car là où est votre trésor, là sera aussi votre cœur. » Pour moi, cette parole évoque entre autres le capital de la lecture, et donc, je le crois, un acquis pour l’éternité.

Patrick Modiano, L’Éléphant. Éd. Gallimard, 98 pages.

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🎙️ Podcast : Élections en Israël et aux États-Unis, corruption en Ukraine: l’analyse de Harold Hyman

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Volodymyr Zelensky, président de l’Ukraine, s’exprime lors d’une conférence de presse en marge du sommet de l’UE. Bruxelles, Belgique, le 16 octobre 2026. nMichael Kappeler/DPA/SIPA

Avec Harold Hyman et Jeremy Stubbs.


Harold Hyman revient d’un voyage en Israël où il a assisté à la préparation des élections du 27 octobre et à la commémoration du 7-Octobre. Ou plutôt aux commémorations, car le gouvernement en a organisé une le 5 octobre, en respectant le calendrier judaïque, à Jérusalem, et la société civile une autre le 7 à Tel Aviv. Lors de la deuxième, on a vu beaucoup de pancartes exigeant une commission d’enquête sur la gestion par Benyamin Netanyahou des suites de l’attaque du Hamas. C’est un des deux grands enjeux des élections, et celui-ci se focalise même sur les 20 premieres minutes suivant l’attaque pour savoir si Netanyahou a réagi avec suffisamment de rapidité.

L’autre grand enjeu est la question des Haredim, ces étudiants ultra-orthodoxes qui sont exemptés du service militaire. Dans un pays où tous les citoyens sont dans l’armée, cette question a acquis une importance électorale capitale. Un troisième enjeu, mais de moindre importance, est le documentaire Naza, tourné par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, qui met en cause les règles d’engagement de Tsahal au cours de ses actions à Gaza. La menace iranienne préoccupe l’électorat moins que ces autres questions.

Le 3 novembre, d’autres élections – celles de mi-mandat – auront lieu aux États-Unis. Le sentiment qui domine chez les électeurs outre-Atlantique est l’exaspération. Les citoyens de tous les bords sont exaspérés par le prix du carburant qui monte sans cesse et par la performance apparemment anémique de l’économie. Une autre question qui fait surface dans la campagne est celle de Gaza et du soutien américain à Israël. Chez les Démocrates, il y a ceux qui regrettent de devoir abandonner Israël et ceux dont les déclarations frôlent l’antisémitisme, comme le maire de New York, Zohran Mamdani, membre à la fois du Parti démocrate et des Socialistes démocrates d’Amérique (SDA), ou le candidat à l’élection sénatoriale dans le Michigan, Abdul El-Sayed, compagnon de route des SDA.

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Le Parti démocrate reste divisé entre les modérés traditionnels et une extreme-gauche qui semble subir une crise d’adolescence en réclamant un éventail de mesures pseudo-communistes ou islamogauchistes. Cette crise est en train de se résoudre et une réconciliation deviendra possible. Si les Démocrates remportent les élections et contrôlent les deux chambres du Congrès, Trump sera bloqué pour les deux dernières années de son mandat, comme c’était le cas lors de son premier. Sa sphère d’action sera réduite sans être anéantie.

En Ukraine, la corruption reste un facteur majeur. Elle est depuis longtemps endémique, et la guerre – comme toutes les guerres – représente un facteur d’accélération de la corruption. Zelensky a été élu sur une promesse de lutte anti-corruption, mais essayer de l’éradiquer en pleine guerre risquerait de déstabiliser les systèmes politique et économique au pire moment.

Le niveau de corruption actuel en Ukraine devrait empêcher une adhésion du pays à l’Union européenne, mais cette dernière a souvent tendance à faire des exceptions. Une adhésion à l’UE n’entraînera pas une adhésion automatique à l’Otan, ce que beaucoup des membres actuels refusent. Écoutez nos analyses dans le podcast (37 minutes) 👇


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Fast fashion : la Chine avait menacé la France de représailles, les cosmétiques en subissent déjà les conséquences

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Les fabricants français de cosmétiques sont pénalisés dans les dédouanements en Chine.
Illustration de produits cosmetiques Yves Saint Laurent exposes a la vente a l'aeroport de Paris Orly Sud.//BENAYACHEADIL_sipa.01249/Credit:ADIL BENAYACHE/SIPA/2404021309

Jusqu’à 15 % des produits de certains fabricants français de cosmétiques seraient actuellement bloqués dans les douanes chinoises. Pour Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, le lien avec les mesures françaises contre l’ultra-fast fashion et les petits colis est direct. Pékin avait prévenu dès juillet qu’il prendrait des « contre-mesures » si les intérêts de ses entreprises étaient lésés.


La menace était jusqu’ici restée diplomatique. Elle commence à avoir des conséquences très concrètes pour les entreprises françaises. Plusieurs fabricants de cosmétiques rencontrent actuellement des difficultés pour faire entrer leurs produits en Chine, avec des retards de livraison et d’enregistrement qui toucheraient déjà une part importante de leurs exportations. Selon Marc-Antoine Jamet, président de Cosmetic Valley, certains adhérents de l’organisation professionnelle estiment qu’environ 15 % de leurs produits sont actuellement bloqués dans les douanes chinoises.

Le secteur concerné n’est pourtant ni celui du textile, ni celui du commerce électronique. Marc-Antoine Jamet établit néanmoins un lien direct avec les mesures prises contre les plateformes chinoises. « La taxe sur les petits colis et la pénalité française sur l’ultra fast fashion ont très directement provoqué ces retards de livraison et d’enregistrement », a-t-il déclaré. L’information est d’autant plus sensible que la Chine représente le deuxième marché des cosmétiques français, avec 1,8 milliard d’euros d’exportations l’an dernier, sur un total de 22,4 milliards pour la filière.

Pékin avait prévenu Paris

Il est difficile de ne pas rapprocher ces difficultés des avertissements adressés depuis plusieurs mois par Pékin à la France. Le ministère chinois du Commerce avait accusé en juillet la loi française contre l’ultra-fast fashion d’imposer des restrictions « discriminatoires » aux plateformes chinoises de commerce électronique transfrontalier. Pékin avait surtout averti qu’il prendrait les « contre-mesures nécessaires » si les intérêts légitimes des entreprises chinoises étaient affectés.

Paris avait rejeté ces accusations et défendu un dispositif présenté comme environnemental et destiné à encadrer les pratiques de l’ultra-fast fashion. Mais le problème n’est désormais plus seulement théorique. Les plateformes chinoises sont visées par les mesures françaises et des entreprises françaises rencontrent à leur tour des difficultés en Chine.

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Il faut toutefois conserver une nuance importante. À ce stade, Pékin n’a pas officiellement présenté les ralentissements douaniers touchant les cosmétiques comme une mesure de rétorsion. L’administration chinoise des douanes n’avait pas répondu à la demande de commentaire de Reuters. C’est Marc-Antoine Jamet, représentant de la filière française, qui établit publiquement le lien entre les mesures françaises et les retards constatés.

Les cosmétiques beaucoup plus exposés que la fast fashion

Le rapport de force est d’autant plus délicat que les intérêts français en Chine dépassent largement le secteur textile. La France exporte relativement peu de vêtements vers le marché chinois, tandis que les parfums et les cosmétiques y ont construit des positions considérables. Les seules exportations françaises de cosmétiques vers la Chine ont représenté 1,8 milliard d’euros l’an dernier, soit une part significative des 22,4 milliards d’euros d’exportations du secteur.

La filière se retrouve de surcroît prise entre plusieurs fronts commerciaux. Reuters souligne qu’elle subit parallèlement la pression des droits de douane instaurés par les États-Unis. Des entreprises françaises fortement exportatrices se retrouvent donc exposées à la fois au durcissement américain et aux tensions commerciales croissantes avec Pékin.

C’est précisément le risque que soulevait la controverse autour de la loi française. Le gouvernement présente le dispositif comme un moyen de corriger les effets environnementaux et économiques de l’ultra-fast fashion. Pékin considère au contraire que la France utilise ces critères pour instaurer un traitement commercial discriminatoire visant en pratique les acteurs chinois.

Le sujet dépasse désormais le débat sur la fast fashion. Une mesure conçue pour renchérir les vêtements vendus par certaines plateformes chinoises pourrait avoir pour première conséquence commerciale visible de compliquer l’accès au marché chinois de produits fabriqués par des entreprises françaises. Et pas n’importe lesquels : les cosmétiques font partie des secteurs où la France conserve une forte capacité exportatrice et un savoir-faire mondialement reconnu.

Pour l’instant, il s’agit de retards douaniers, pas d’une interdiction d’importation. Mais le chiffre avancé par Cosmetic Valley — environ 15 % des produits de certains adhérents bloqués — donne une première mesure du risque. Surtout, il intervient quelques mois après que Pékin a publiquement averti Paris qu’il prendrait des contre-mesures si la loi française portait atteinte aux entreprises chinoises. La bataille française contre l’ultra-fast fashion pourrait ainsi commencer à se payer très loin des rayons de vêtements.

La « voiture volante » d’Elon Musk est-elle vraiment une révolution ?

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Tesla a récemment présenté son nouveau modèle de roadster propulsé sur rampe.
06 October 2026, Bavaria, Munich: The Tesla brand logo is visible on October 6, 2026, at one of the automaker’s locations in Parsdorf near Munich (Bavaria, Germany). Tesla, Inc. (formerly Tesla Motors) is an automaker headquartered in the United States. While the market share of electric cars in Europe is recovering, sales of vehicles from the company founded by co-founder and CEO Musk have plummeted. (Symbolic image, stock photo, illustration, symbolic photo, illustrative photo, thematic image, general image, thematic photo, company logo, corporate logo, group logo) Photo: Matthias Balk/dpa - urn:newsml:dpa.com:20090101:261008-99-888930 - Matthias Balk/DPA/SIPA/2610080811

Tesla a dévoilé son nouveau Roadster, capable de quitter le sol grâce à des technologies développées avec SpaceX. L’image est spectaculaire et permet à Elon Musk de renouer avec son personnage de visionnaire. Mais derrière la démonstration, la « voiture volante » est surtout une vitrine technologique dont l’intérêt pour l’automobiliste ordinaire reste très limité.


Une Tesla lancée sur une rampe, qui se retrouve la tête en bas avant de quitter le sol, de pivoter dans les airs et de retomber sur ses roues. Pour présenter son nouveau Roadster au Texas, Elon Musk n’a pas vraiment choisi la sobriété, informe Reuters. Une seconde démonstration a montré le véhicule bondissant au-dessus d’une rangée de Tesla grâce à des propulseurs intégrés. « Eh bien, ça a marché », s’est contenté de commenter le patron de Tesla après la première figure.

Les images ont évidemment fait le tour des réseaux sociaux. En France, L’ThinkTank a notamment relayé la séquence sur X. Il faut toutefois s’entendre sur les mots. Le Roadster n’est pas une voiture volante au sens d’un véhicule destiné à décoller de Paris pour atterrir à Lyon. Tesla a greffé à une voiture électrique des technologies venues de SpaceX qui lui permettent de réaliser des sauts et des manœuvres aériennes pendant une durée limitée. La version la plus radicale n’est d’ailleurs pas destinée, en l’état, à devenir une voiture ordinaire de grande diffusion.

Un peu Tesla, beaucoup SpaceX

La prouesse technique reste impressionnante, souligne Euronews. Le Roadster utilise sous son châssis un système capable de produire un appui considérable, auquel s’ajoutent des technologies empruntées à SpaceX pour propulser et contrôler le véhicule lorsqu’il quitte le sol. Les performances annoncées sont à l’avenant : la version la plus radicale vise une accélération de 0 à 60 miles par heure, soit 96 km/h, en moins d’une seconde.

Mais cette technologie n’annonce probablement pas une invasion prochaine de voitures capables de sauter au-dessus des embouteillages. Les principes employés sont connus des ingénieurs. Volkswagen, Ferrari ou les grands groupes français disposent évidemment de compétences leur permettant d’explorer des dispositifs comparables s’ils décidaient d’y consacrer suffisamment de moyens. La vraie difficulté n’est pas seulement de faire décoller momentanément une voiture. Elle consiste à transformer la démonstration en un véhicule sûr, homologable, industrialisable et surtout suffisamment abordable pour avoir un intérêt commercial.

Et c’est précisément là que la « voiture volante » de Musk change de nature. Pour l’automobiliste classique, ajouter des propulseurs et des systèmes complexes à une voiture électrique afin de lui permettre de réaliser des figures aériennes n’a guère de sens économique. Le Roadster sert surtout de voiture-vitrine : un objet spectaculaire destiné à montrer ce dont Tesla et les ingénieurs liés à SpaceX sont capables.

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Tesla doit de nouveau faire rêver

C’est sans doute le contexte dans lequel cette présentation prend tout son sens. Tesla n’est plus l’entreprise qui régnait presque seule sur l’imaginaire de la voiture électrique. Les constructeurs historiques ont massivement investi le secteur et les groupes chinois sont devenus des concurrents redoutables. Même dans le très haut de gamme électrique, plusieurs marques occupent désormais un terrain que Tesla pouvait autrefois présenter comme presque exclusivement sien.

La concurrence chinoise est particulièrement importante. Tesla doit désormais affronter des groupes capables de proposer rapidement de nouveaux modèles électriques, souvent moins chers, très équipés et produits à grande échelle. Dans cette bataille, le Roadster remplit une fonction que son volume de ventes ne permettra probablement jamais de remplir : faire reparler de Tesla comme de l’entreprise qui invente le futur.

La collaboration avec SpaceX renforce encore cette image. Là où Volkswagen, Ferrari, Renault ou Peugeot vendent d’abord des automobiles, Elon Musk peut mettre en scène une continuité entre fusées, robots, intelligence artificielle et voitures électriques. C’est précisément son avantage médiatique : une technologie qui serait probablement une coûteuse expérimentation chez un constructeur classique devient, chez Musk, un nouvel épisode de la conquête du futur.

Le patron de Tesla maîtrise ce registre depuis longtemps. En 2018, il avait envoyé dans l’espace son premier Roadster à bord d’une fusée Falcon Heavy. Huit ans plus tard, il effectue presque le mouvement inverse en installant une technologie issue de ses fusées dans une Tesla. L’utilité commerciale immédiate est discutable. L’efficacité médiatique l’est beaucoup moins.

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Sympa, mais pas demain sur nos routes

Il reste enfin quelques obstacles assez sérieux avant de voir ce type d’engin devant un supermarché. Sécurité, homologation, coût, poids et intérêt pratique limitent fortement les perspectives d’une diffusion massive. Une démonstration réussie ne signifie pas qu’un véhicule puisse être produit à des centaines de milliers d’exemplaires, assuré, entretenu et utilisé quotidiennement par des automobilistes ordinaires.

Ce qui a été présenté au Texas doit donc être regardé pour ce qu’il est : une démonstration d’ingénierie spectaculaire et probablement reproductible, sous une forme ou une autre, par d’autres grands constructeurs disposant des compétences et des budgets nécessaires. Mais pas nécessairement une révolution automobile. Pour l’automobiliste classique, le rapport entre le coût, la complexité et l’utilité de cette technologie est difficile à défendre.

Pour Elon Musk, en revanche, l’investissement peut déjà être rentable autrement. Les images d’une Tesla dans les airs permettent à la marque de reprendre momentanément l’initiative dans une industrie électrique devenue beaucoup plus concurrentielle. La voiture volante n’est peut-être pas l’avenir de l’automobile. Elle reste une assez bonne manière de rappeler qu’Elon Musk entend toujours incarner le futur.

«Naza», ou l’étrange liberté d’Israël

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Tel Aviv, Israël, octobre 2026 © Ariel Schalit/AP/SIPA

Il faut décidément que ce petit pays soit bien spécial pour fournir lui-même, avec une pareille obstination, les témoins de son propre procès. Israël produit ses accusateurs, leur donne la parole, les laisse instruire le réquisitoire et regarde ensuite le monde applaudir. À Venise, le documentaire Naza, réalisé par deux Israéliens, Yuval Abraham et Rachel Szor, aurait reçu vingt-cinq minutes d’ovation. Vingt-cinq minutes ! On imagine la jubilation de la salle. Israël venait de trouver des Israéliens pour expliquer tout le mal qu’il fallait penser d’Israël.

Un film à charge

Charles Rojzman, dans un récent article de Causeur, s’est interrogé sur cette ferveur. Qu’applaudissait-on ? Le courage des réalisateurs, la souffrance des Palestiniens ou cette satisfaction particulière que procure la condamnation d’Israël lorsqu’elle est prononcée par ses propres enfants ? La question est cruelle mais pas illégitime.

Yuval Abraham et Rachel Szor posent avec le Prix spécial du jury décerné à « Naza », lors du photocall des lauréats à la cérémonie de clôture de la 83e Mostra de Venise, le 12 septembre 2026 à Venise, en Italie © Gian Mattia D’Alberto/LaPresse/Shutterstock/SIPA

Naza est un film à charge. Des militaires et des agents du renseignement israéliens y racontent les méthodes de ciblage, l’acceptation des pertes civiles, la froide mécanique d’une guerre où la technologie éloigne les hommes des corps qu’elle détruit. Le propos est terrible et mérite examen, même lorsque les témoignages anonymes, les choix du montage ou les silences du film privent le spectateur d’une partie des éléments nécessaires à son jugement.

Il y eut pourtant un 7-Octobre. Des familles massacrées, des femmes victimes de violences sexuelles, des enfants assassinés, des otages emmenés à Gaza. Une nation entière découvrant que ses ennemis pouvaient entrer chez elle et transformer ses maisons en abattoirs. Le Hamas avait frappé au cœur de la promesse sur laquelle Israël fut fondé : offrir aux Juifs un lieu où ils ne seraient plus condamnés à attendre que d’autres veuillent bien les protéger. On comprend ce que ce traumatisme a libéré de peur et de fureur, sans que cette compréhension dispense de regarder les souffrances infligées aux civils palestiniens.

Mais ce qui frappe dans Naza, au-delà de son réquisitoire, c’est que ce film existe. Quel est donc ce pays où des cinéastes peuvent accuser leur armée de crimes de guerre, où d’anciens militaires témoignent contre leurs chefs, où les journaux étrillent quotidiennement le gouvernement tandis que des foules considérables manifestent pour réclamer le départ du Premier ministre ?

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Il faut connaître un peu Israël pour mesurer combien l’image qu’on en donne à l’étranger est sommaire, déformée. On décrit volontiers la société israélienne comme un bloc. Encore faudrait-il réussir à mettre ses habitants d’accord sur l’heure du déjeuner…

Passions israéliennes

Entre les ultraorthodoxes de Jérusalem et les laïcs de Tel-Aviv, il y a parfois davantage qu’une différence de civilisation. Les descendants des Juifs polonais, marocains, irakiens ou russes ne partagent ni les mêmes souvenirs ni toujours les mêmes fidélités. Les religieux nationalistes, les anciens kibboutzniks, les citoyens arabes, les Druzes et les militants de la paix vivent dans un pays minuscule où les querelles occupent presque autant de place que les immeubles. On y discute de Dieu, des frontières, de l’armée, des juges et jusqu’à la définition du judaïsme. À peine un accord est-il trouvé qu’il faut déjà se disputer sur sa signification.

Cette passion de la contradiction plonge dans une vieille tradition intellectuelle juive où l’on n’a jamais considéré qu’une question était définitivement réglée parce qu’une autorité avait donné sa réponse. Le Talmud est une immense conversation, parfois une empoignade, entre des intelligences qui se répondent à travers les siècles. Le pilpoul, cette méthode dialectique développée dans les écoles talmudiques, pousse l’art de l’objection jusqu’à ses derniers raffinements. Chaque argument appelle sa réfutation, chaque certitude son trouble-fête. Deux rabbins, trois opinions, dit la vieille plaisanterie. Encore faut-il qu’ils soient de bonne humeur.

La démocratie israélienne n’est évidemment pas sortie toute armée des académies talmudiques. Elle doit bien davantage à l’Europe, aux Lumières, au socialisme des premiers sionistes et aux institutions parlementaires modernes. Mais cette familiarité avec la dispute lui donne une couleur singulière. En Israël, on peut aimer son pays jusqu’à l’excès et consacrer le reste de son existence à lui expliquer pourquoi il a tort.

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Les prophètes bibliques avaient déjà cette mauvaise habitude. Ils accablaient les rois d’Israël de reproches, dénonçaient leurs injustices, leurs corruptions et leurs infidélités. Le pouvoir n’a jamais beaucoup apprécié les prophètes. C’est d’ailleurs à cela qu’on les reconnaît. Quelque chose de cet esprit survit dans cette démocratie querelleuse, bruyante, parfois épuisante, dont les adversaires peinent à comprendre qu’elle puisse être traversée de contradictions aussi violentes sans cesser d’exister.

Voilà pourquoi Naza me paraît remarquable, jusque dans ses partis pris. Ses auteurs appartiennent à cette société dont ils exposent les fautes. Les témoins qu’ils interrogent ont servi les institutions qu’ils mettent aujourd’hui en cause. On peut discuter leurs méthodes, contester leurs conclusions, leur reprocher de laisser dans l’ombre une partie de la réalité. Il demeure qu’ils ont choisi de parler. Or parler ainsi dans un pays en guerre, où chacun connaît un soldat, un blessé, un otage ou une famille endeuillée, n’a rien d’une mondanité. C’est risquer de se brouiller avec les siens, de passer pour un traître et découvrir que la liberté d’expression est une fort belle chose jusqu’au jour où l’on décide de s’en servir.

Cette capacité d’autocritique mérite l’admiration. Elle ne rend pas Israël innocent. Les crimes éventuels ne s’effacent pas parce qu’un cinéaste les dénonce. Les Palestiniens des territoires occupés ne jouissent pas des mêmes droits politiques que les citoyens israéliens – c’est un fait – et cette réalité demeure une blessure profonde dans la prétention démocratique de l’État. Il serait obscène de transformer la liberté des uns en consolation pour les souffrances des autres. Mais faut-il pour autant tenir cette liberté pour quantité négligeable ?

L’Europe intellectuelle entretient avec Israël une relation singulière. Elle applaudit ses dissidents, cite ses historiens critiques, reprend les enquêtes de ses journalistes, puis explique volontiers que ce pays serait devenu une société entièrement soumise au nationalisme et à l’autoritarisme. On voudrait parfois demander à ces bonnes consciences d’où sortent donc tous ces Israéliens qui leur fournissent leurs arguments. De quelle étrange dictature viennent ces écrivains, ces universitaires, ces cinéastes qui passent leur temps à dénoncer leur propre État ?

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L’objection ne suffit pas à écarter leurs accusations. Elle devrait au moins compliquer le jugement. Ce serait déjà beaucoup demander à notre époque, qui préfère toujours les verdicts aux enquêtes.

Il existe pourtant un danger réel. Camus savait combien la violence, lorsqu’elle se croit justifiée par l’Histoire ou par la nécessité, finit par s’affranchir de toute limite. Une cause juste ne sanctifie pas tous les moyens employés pour la défendre. Israël n’échappe pas à cette vieille tentation des peuples blessés : faire de sa propre souffrance une absolution. Depuis le 7-Octobre, la peur a réveillé de vieux démons, la colère a libéré des paroles que l’on croyait réservées aux extrémistes. La guerre menace toujours de corrompre jusqu’aux raisons pour lesquelles on l’a entreprise. La démocratie n’est pas une rente acquise pour l’éternité. C’est précisément pourquoi ces voix dissidentes sont précieuses. Elles rappellent que le patriotisme n’a jamais dispensé de réfléchir, et que les morts du 7-Octobre ne rendent pas invisibles ceux de Gaza.

Naza ne dit pas toute la vérité sur Israël mais il révèle, presque malgré lui, cette étonnante faculté qu’a conservée la société israélienne de se retourner contre ses propres certitudes. Il faudrait peut-être que ceux qui ont applaudi pendant vingt-cinq minutes à Venise prennent un instant pour y réfléchir. Ils ont salué un film qui accuse Israël. Ils ont aussi, qu’ils le veuillent ou non, applaudi une certaine idée de la liberté israélienne.

Il y a là quelque chose qui mérite mieux qu’une ovation. Cela mérite qu’on y pense.

«Fauda», la série qu’Emmanuel Macron aurait dû voir

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DR.

Pour Libération, la cinquième saison de Fauda, qui reconstitue les attaques du 7-Octobre, fait le « Tsahal boulot ». La série commet surtout le crime de désigner sans détour le Hamas comme l’ennemi sanguinaire d’Israël et de l’Occident. Face à cette tragédie, elle nous interroge aussi sur la Justice et la vengeance.


Depuis la sortie le 8 septembre de sa cinquième saison, la série israélienne Fauda n’a jamais aussi bien porté son nom. Il faut dire qu’en arabe, fauda signifie « chaos » et que les nouveaux épisodes, déjà tous disponibles sur Netflix, ont pour point d’orgue l’attaque terroriste du 7-Octobre, restituée à l’écran avec un réalisme époustouflant.

Records d’audience au Liban, au Qatar ou en Egypte

Si, dès les premiers jours de sa diffusion, le programme a sans surprise enregistré un record d’audience en Israël, il a aussi connu un grand succès au-delà des frontières du pays. Dans le monde arabe, où une bonne partie du public n’éprouve aucune sympathie pour le Hamas (contrairement à certaines catégories de téléspectateurs en France), les chiffres de Netflix sont sans appel : dans la semaine qui a suivi sa mise en ligne, Fauda a été la série la plus regardée de la plateforme au Liban, la deuxième en Jordanie, la troisième au Qatar, à Oman et au Koweït et la quatrième en Égypte.

Voilà de quoi balayer les critiques aigries de Libération, qui accuse la série de « reconstituer sans immense pudeur les attentats du Hamas » et de n’être en fin de compte qu’une officine faisant le « Tsahal boulot », ce qui ne manque pas de sel quand on se remémore les innombrables articles indécents du quotidien, qui depuis trois ans, ont relayé, eux aussi sans pudeur, la pire propagande islamiste sur le « génocide en cours », « la famine en marche » et « les innocents journalistes tués par Israël ».

Fauda raconte les aventures de Doron, un officier aguerri des Mista’arvim, ces forces spéciales israéliennes dont les membres, tous parfaitement arabophones, sont spécialisés dans l’infiltration en territoire hostile. Homme intuitif et impulsif, Doron doit parfois se battre contre sa hiérarchie, qui se méfie de sa personnalité de risque-tout courageux et charismatique.

Les difficultés rencontrées par l’agent de terrain avec ses hauts gradés ne sont hélas pas qu’un artifice d’écriture. Ce phénomène répandu dans l’armée israélienne s’est illustré de façon terrible le 7-Octobre, quand les alertes des « observatrices », ces conscrites d’une vingtaine d’années chargées de surveiller la frontière avec Gaza, ont été sous-estimées pour ne pas dire méprisées par des militaires de premier rang.

Depuis sa création, il y a une douzaine d’années, Fauda s’évertue ainsi à refléter la vérité du conflit au Proche-Orient sous tous ses aspects, même ceux qui ne sont pas à l’honneur de l’État juif. Portant un regard nuancé mais jamais timoré sur la situation régionale, la série montre l’échec complet des accords d’Oslo, l’affaiblissement de l’Autorité palestinienne et l’internationalisation du conflit, se penchant à ce titre en particulier sur la manière dont le Hamas a étendu son emprise à Gaza mais aussi en Cisjordanie, a tissé des liens avec Daech et a posé ses jalons en Europe, en l’occurrence en Belgique, puis en France, ces deux ventres mous de l’Occident.

Dès le début de la série, l’ennemi de la paix est donc clairement identifié : c’est le Hamas. Jamais l’Autorité palestinienne n’est en revanche vraiment décriée, sinon pour montrer que ses efforts sont toujours insuffisants, voire ambigus quand il s’agit de réduire l’influence des islamistes qui lui nuisent pourtant autant qu’à Israël. Les services de renseignement de Ramallah sont ainsi présentés comme des interlocuteurs impuissants, distillant des informations qu’ils peinent à recueillir tant ils sont déconnectés de leur population.

Tragédie globale

En 2020, à partir de la troisième saison, l’intrigue, qui avait commencé en Cisjordanie, se transporte dans le huis clos terrifiant de Gaza. S’introduisant dans la densité urbaine de l’enclave surpeuplée, pénétrant dans les réseaux de tunnels du Hamas, constatant l’endoctrinement islamiste des Gazaouis, les hommes de Doron ressentent dès cet instant qu’un cheminement vers une tragédie globale est en cours.

Cette tragédie prend encore plus forme dans la quatrième saison de 2023, qui montre la mondialisation du conflit voulue par le Hamas, avec un scénario où l’on voit des membres du mouvement terroriste œuvrer main dans la main avec la diaspora djihadiste de Bruxelles, ainsi qu’avec le Hezbollah et le régime iranien. La saison se termine d’ailleurs dramatiquement puisque toute l’unité de Doron semble décimée.

La nouvelle saison de Fauda se déroule dans le cadre du 7-Octobre cette fois. Elle est dès lors encore plus désespérante et crépusculaire que les précédentes. À travers une mission dans laquelle Doron se trouve embarqué presque malgré lui, c’est tout un pays qui ne paraît plus certain de pouvoir sortir un jour de ce chaos tandis que le héros revit en boucle le traumatisme de l’échec sécuritaire de l’attaque du 7-Octobre. Plus que jamais, tout le monde perd ses repères au cours de ces épisodes haletants. Tout le monde sauf le Hamas bien sûr, qui poursuit son objectif criminel, s’appuyant désormais sur le capital de sympathie qu’il s’est construit auprès d’une opinion occidentale ignorante des enjeux, instrumentalisée et aveuglée.

Le tha’ar (mot arabe pour vengeance) est le fil rouge de cette saison, où l’on voit Ali, un Bédouin musulman, convaincre son ami juif Eli de l’aider à tuer un terroriste qui a assassiné leurs deux familles le 7-Octobre. On voit aussi des gauchistes embrigadés par le Hamas à Marseille finir par se retourner contre Sayid al-Khatib, le « Sinwar européen » impeccablement interprété par l’acteur franco-algérien Hakim Djaziri. Sans oublier Doron, qui se venge quant à lui de ses chefs en leur désobéissant une fois encore pour démasquer leur cynisme.

Avi Issacharoff, le créateur de Fauda, dit avoir voulu poser une question dans cette dernière saison : « La vengeance n’est-elle pas la perpétuation d’un cycle de violence sans fin ? » On pourrait lui répondre que la vengeance peut aussi être la mère de la Justice. Chez Eschyle, les déesses de la vengeance deviennent les Euménides, les gardiennes du tribunal. De même, la loi du talion est à l’origine de la proportionnalité de la peine : pas plus que le mal infligé. Mais si la Justice se trouve impuissante à punir les auteurs des crimes, si elle renverse toutes les valeurs civilisationnelles en mettant en équivalence d’une part le massacre de civils ciblés selon leur origine et d’autre part des pertes collatérales liées à un conflit militaire de forte intensité, à quoi d’autre un esprit humain enfiévré de douleur peut-il se raccrocher si ce n’est au fil rouge de la vengeance ?

Ayoub Aissiou, l’homme des années Bouteflika qui embarrasse l’Espagne

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Ayoub Aïssiou. Image de profil sur X.

Arrêté à Barcelone à la demande de l’Algérie, Ayoub Aissiou est devenu un sujet de tension entre Alger et Madrid, qui vient de refuser son extradition.


Plusieurs personnalités françaises se sont mobilisées en faveur de cet homme d’affaires qui se présente comme un opposant au pouvoir algérien. Son parcours est pourtant plus complexe : l’homme a fait l’essentiel de sa carrière sous Abdelaziz Bouteflika et est aujourd’hui cerné par des poursuites qui concernent des affaires de droit commun. Madrid a-t-elle intérêt à laisser le sort de cet individu rafraichir ses relations avec Alger ?

Casse-tête

Les dossiers concernant des personnalités étrangères installées ou arrêtées dans un autre pays sont par nature délicats. La justice doit examiner les faits, mais elle doit aussi déterminer si la personne réclamée par son pays d’origine risque d’y être poursuivie pour des raisons politiques. Lorsque l’intéressé est connu, dispose de soutiens à l’étranger et que deux États entretiennent des relations compliquées, une procédure d’extradition peut rapidement devenir un sujet diplomatique.

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C’est ce qui se passe aujourd’hui en Espagne avec Ayoub Aissiou. Le 25 juillet 2026, cet homme d’affaires algérien de 44 ans est interpellé à l’aéroport de Barcelone-El Prat alors qu’il arrive de Casablanca. Visé par une demande d’extradition d’Alger, il est placé en détention provisoire avant d’être remis en liberté sous contrôle judiciaire le 4 septembre par l’Audiencia Nacional. Son passeport lui est retiré et il lui est interdit de quitter l’Espagne.

Installé en France depuis 2019, où il a demandé l’asile, M. Aissiou se présente désormais comme un opposant au pouvoir d’Abdelmadjid Tebboune. Plusieurs personnalités françaises ont appelé à empêcher son extradition et un comité international s’est constitué pour le soutenir. Sa défense considère qu’un retour en Algérie l’exposerait à des persécutions et conteste la nature des poursuites engagées contre lui. Reste que le parcours de M. Aissiou ne commence pas avec son départ d’Algérie en 2019. Il a construit sa carrière pendant les années Bouteflika, avant de devenir un adversaire du pouvoir qui lui a succédé, un passé qui rend son cas moins évident que celui d’un opposant poursuivi pour ses seules activités politiques.

Un homme des années Bouteflika

Né en 1982 à El Biar, sur les hauteurs d’Alger, Aissiou développe dans les années 2000 et 2010 des activités dans l’industrie, l’immobilier et les médias. Il devient notamment propriétaire de la chaîne El Djazairia One. Il est également le gendre de Bachir Ould Zemirli, ancien vice-président de la Fédération algérienne de football, avec lequel il a entretenu des liens d’affaires en France.

Son ascension intervient à une époque où les relations entre le pouvoir politique et certains grands entrepreneurs algériens sont étroites. L’accès au crédit, aux autorisations administratives et aux grands projets dépend alors largement de l’État. Après la chute de Bouteflika en 2019, plusieurs hommes d’affaires ayant prospéré durant cette période sont poursuivis par la justice algérienne. M. Aissiou quitte le pays pour la France et devient progressivement un opposant au nouveau pouvoir, statut qu’il ne possédait donc pas au moment où se sont déroulés plusieurs des faits qui lui sont aujourd’hui reprochés.

Les condamnations prononcées en Algérie concernent principalement des infractions économiques. Conflits fait état de trois décisions successives : quinze ans de prison en 2022, vingt ans en 2023 puis vingt ans en décembre 2025, notamment pour blanchiment, transferts illicites de capitaux et dissipation de produits de crimes. Les enquêteurs algériens se sont également intéressés à ses sociétés, à des mouvements de capitaux vers l’étranger et à ses relations avec plusieurs responsables de l’époque Bouteflika. Africa Intelligence rapporte notamment qu’en 2017, un chèque de 50 millions de dinars provenant de Casteel, une aciérie appartenant à M. Aissiou et à ses frères, a été émis au bénéfice du FLN. La justice algérienne soupçonne que ce financement ait pu faciliter certaines démarches auprès de l’administration.

Le dossier mentionne aussi Abdeslam Bouchouareb, ministre de l’Industrie entre 2014 et 2017, qui avait accordé à Aissiou un agrément pour un projet d’usine de montage Ford, usine qui ne sortira finalement jamais de terre.

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Mais les éléments les plus susceptibles de mettre à mal la défense d’Ayoub Aissiou sont plus récents : le quotidien espagnol El Debate vient ainsi de révéler l’existence d’une plainte déposée en Espagne dans laquelle le nom d’Aissiou est cité à propos d’un réseau présumé de trafic international de stupéfiants. Celui-ci aurait contribué à acheminer de la drogue depuis le Brésil et la Guinée-Bissau vers l’Europe et l’Afrique du Nord. La plainte mentionne également Rúben Oliveira, dit « Xuxas », figure connue du narcotrafic portugais. Si le bienfondé de ces accusations reste à établir, elles ont toutefois une particularité importante : cette procédure n’émane cette fois pas d’Alger mais est apparue en Espagne.

Un dossier devenu diplomatique

L’affaire intervient alors que Madrid et Alger essaient de normaliser leurs relations après plusieurs années difficiles. L’Algérie reste importante pour l’Espagne en matière d’énergie, de commerce et de sécurité en Méditerranée. Or, si Madrid n’a certes pas à extrader M. Aissiou pour satisfaire Alger, sa qualité d’opposant ne permet pas non plus d’écarter les faits de droit commun qui figurent dans son dossier, la plupart étant antérieurs à son départ d’Algérie et à son engagement contre le pouvoir actuel.

C’est toute la difficulté de ces affaires. Un homme poursuivi pour des infractions de droit commun peut aussi être devenu un opposant politique, et un État peut avoir intérêt à récupérer un adversaire sans que les accusations portées contre lui soient nécessairement inventées. Dans le cas d’Aissiou, c’est précisément ce que la justice espagnole doit essayer de départager.

La question est d’autant plus sensible que son cas pèse désormais, nous l’avons dit, sur le rapprochement entre Madrid et Alger. L’Espagne doit pouvoir examiner son dossier sans faire de la relation avec l’Algérie un critère judiciaire, c’est incontestable, mais elle ne doit pas non plus laisser la mobilisation politique autour de M. Aissiou remplacer l’examen des faits. Comme souvent lorsqu’une personnalité importante est poursuivie à l’étranger, la justice et la diplomatie finissent par se croiser. Reste à savoir, dans le cas d’Aissiou, quelle part relève réellement de la politique et quelle part relève du droit et de la souveraineté d’un Etat sur ses ressortissants et justiciables.

Pluraliste ta mère !

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Grève à Radio France, 13 septembre 2026. D.R.

Charles Sapin, chroniqueur hebdomadaire sur France Inter? C’était trop demander à la rédaction qui a exigé, et obtenu, la tête du journaliste de Valeurs actuelles. Radio France, tout occupée à faire «barrage à l’extrême droite», vit dans une réalité parallèle où le pluralisme est impensable.


Tous contre un. Dans l’URSS de Staline, il y avait des dissidents. Pas à Radio France. En trois semaines de polémiques autour de Charles Sapin, l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’homme que l’on soupçonne d’avoir vu l’ours, pas une voix ne s’est élevée de l’intérieur pour le défendre, sinon celles d’Anne Rosencher et de Sophia Aram, laquelle a malicieusement imaginé une cellule d’aide psychologique pour les salariés craignant d’être exposés à une autre opinion que la leur et un numéro vert pour les auditeurs saisis de vertige idéologique. Mais elles sont compagnes de route, pas membres du Parti. Pas un journaliste maison n’a osé dire ou même penser que l’unanimité hargneuse déchaînée contre un confrère, coupable d’occuper l’antenne deux minutes trente par semaine, était un brin déplacée. Pas même un vague stratège pour se demander si, à la veille d’une élection capitale, il n’était pas un peu suicidaire de fournir des munitions aux partisans de la destruction massive, c’est-à-dire de la privatisation.

Dès que les syndicats commencent à brailler, la défense de Céline Pigalle, la directrice de la station, annonce la reddition. « Nous ne pouvons pas vous céder, même à vous », pleurniche Vincent Meslet, coordinateur éditorial de Radio France, à l’adresse des personnels en grève. Quant à la patronne, elle soutient son poulain comme une corde le pendu. C’est qu’elle ne mange pas de ce pain-là, Madame Pigalle. N’a-t-elle pas bouté le Zemmour hors d’i-Télé ? Interrogée par la médiatrice de Radio France, elle condamne avec force les dérapages qui ont valu des condamnations à Valeurs actuelles (VA) parce qu’elle est attachée de toute sa personne (sic) à la lutte contre le racisme. D’ailleurs, elle aussi est tombée de sa chaise en apprenant le transfert de Sapin du Point à VA, nouvelle rendue publique deux jours avant qu’elle annonce son arrivée à Inter. Mais attention, rassure-t-elle, il lui a juré que sa mission était de refaire de VA un journal honorable. Ouf, le gars n’est pas nazi, il est chargé de dénazifier. Sinon, on aurait vu ce qu’on aurait vu, sa main n’aurait pas tremblé. Céline Pigalle avait l’odorat politique moins délicat il y a quelques années, quand elle a recruté sur BFM Geoffroy Lejeune, alors patron de VA et inventeur de la ligne et des unes qui lui donnent aujourd’hui des vapeurs. Voilà qui dénote une admirable capacité d’adaptation. Cependant, comme ses protestations ne suffisent pas, elle propose de placer le Sapin en liberté surveillée en lui adjoignant un contradicteur. Là, c’est lui qui refuse. Fin de l’histoire. Au moins, tout le monde sait qui dirige France Inter.

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Le pluralisme selon Radio France

Rien de nouveau sous le soleil. Toute la Maison ronde vit dans une réalité parallèle. Dans le monde des francintériens, il n’y a pas d’insécurité, mais des fantasmes sécuritaires, pas de musulmans radicaux, mais des victimes de l’islamophobie, pas de baisse du niveau, mais une aggravation des inégalités, pas d’antisémites, mais des défenseurs des Palestiniens. Leur credo politique se résume à une phrase : faire barrage à l’extrême droite. De sorte qu’ils peuvent écouter sans broncher des Insoumis excuser, justifier ou approuver le 7-Octobre, mais défaillent pour quelques phrases soraliennes et grossièrement antisémites prêtées à Jordan Bardella – toujours sans la moindre preuve à l’heure où nous bouclons. Le pire, c’est que la plupart croient à leurs sornettes. Ils ne perçoivent même pas le problème logique et démocratique qu’il y a à exclure de la conversation des idées représentées à l’Assemblée. Au contraire, ils se considèrent comme le rempart. Puisque le cordon sanitaire a cédé en politique, à eux de reprendre le flambeau dans l’arène du combat culturel. Cette pensée sommaire et réconfortante, qui se déploie aussi chez Blast ou Radio Nova, nourrit (ou étouffe) de très nombreux jeunes esprits. Les lycéens en lutte qui expulsent (avec force insultes et menaces) les journalistes qui leur déplaisent sont les dignes héritiers de l’esprit francintérien.

Quand les gentils découvrent la guillotine

Le plus surprenant et le plus agaçant, ce sont la surprise et l’agacement de mes amis-de-gauche (bon teint, c’est-à-dire macronistes et assimilés) qui entendent les balles siffler autour d’eux. Tant que les infréquentables étaient des fachos estampillés, ça ne les gênait pas, au contraire. Certes, ils avaient des amis-de-droite. Mais eux-mêmes auraient sans doute pétitionné si on avait donné un édito à Charlotte d’Ornellas ou Alain de Benoist. Ce qui, bien sûr, n’a traversé l’esprit d’aucune direction. Et voilà que mes amis-de-gauche découvrent la lune et qu’elle ne leur plaît pas. Quand la CGT s’attaque à Guillaume Erner ou à Charles Sapin, un gars avec qui on pourrait déjeuner, ils sont inquiets. Eh oh, on fait partie des gentils ! Désolée, fallait vous réveiller avant.

En réalité, tout le camp progressiste (qui comprend une bonne partie de la droite) se satisfait d’un pluralisme limité, comme la souveraineté des pays frères de l’URSS dans le pacte de Varsovie. Seul le curseur varie. Presque aucun des prétendus libéraux ne plaide pour que la supposée extrême droite soit traitée à la loyale sur le marché concurrentiel des idées, par exemple en permettant à des éditorialistes proches d’elle d’avoir leur rond de serviette dans l’audiovisuel public. Il me semble pourtant que le véritable pluralisme consiste à causer avec des gens très éloignés de soi, voire à défendre la liberté d’expression de ses adversaires. Mais Voltaire, c’est has been. En revanche, Lagasnerie (qui refuse de parler avec la droite), c’est tendance.

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Attention, mes amis-de-gauche ne sont pas comme ça. Leur tolérance va jusqu’à Eugénie Bastié – à France Télé, beaucoup auraient aimé la faire taire, mais on dirait que Delphine Ernotte en a plus que Madame Pigalle. Du reste, s’ils pensent que Le Pen et les autres sont infréquentables, c’est sans doute moins pour des raisons politiques que sociologiques. Je ne sais plus dans quel livre Christopher Lasch observe que la plupart des journalistes, issus des classes moyennes ou supérieures urbaines, n’ont jamais rencontré un électeur républicain (et encore moins un trumpiste, dirait-il aujourd’hui). Si ça se trouve, mes amis-de-gauche n’ont jamais déjeuné avec un électeur du Rassemblement national.

46 % des musulmans prêts à quitter la France si Marine Le Pen est élue: « Ils ont tort », répond la candidate

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Marine Le Pen sur le plateau de CNews et Europe 1, où elle a réagi au sondage Ifop affirmant que 46% des musulmans de France se disent prêts à quitter le pays si elle est élue.
Capture d'écran CNews - Europe 1

Le chiffre a beaucoup circulé ces derniers jours : selon une enquête Ifop pour Marianne, 46 % des Français musulmans envisageraient de quitter le pays en cas de victoire de Marine Le Pen en 2027. Interrogée jeudi soir sur CNews et Europe 1, la candidate du Rassemblement national leur a répondu qu’ils avaient « tort » de s’inquiéter et assuré que « l’islam est compatible avec la République ».


C’est l’un des chiffres politiques les plus commentés de la semaine. Une enquête Ifop publiée par Marianne indique que 46 % des Français de confession musulmane envisageraient de quitter la France si Marine Le Pen remportait l’élection présidentielle de 2027. Parmi eux, 20 % déclarent même qu’ils le feraient « certainement ». L’information, notamment reprise mercredi par Causeur, a rapidement circulé sur les réseaux sociaux et dans les médias.

L’enquête ne porte d’ailleurs pas uniquement sur les musulmans. 44 % des Français de confession juive envisageraient également de partir en cas de victoire de Marine Le Pen, de même que 43 % des électeurs de Jean-Luc Mélenchon. Dans l’ensemble de la population, ils sont 21 % à envisager un départ. L’étude a été réalisée par l’Ifop pour Marianne auprès de 9 689 personnes âgées de 18 ans et plus, interrogées en ligne du 25 au 30 septembre.

Les résultats témoignent surtout d’une inquiétude importante chez les Français musulmans interrogés. 81 % estiment qu’une victoire de Marine Le Pen entraînerait une hausse des agressions et des discriminations visant les musulmans. 27 % déclarent qu’ils pourraient alors dissimuler leur appartenance religieuse au quotidien. François Kraus, directeur du pôle politique de l’Ifop, estime qu’une arrivée du RN au pouvoir pourrait ainsi susciter « des blocages importants » et des niveaux élevés de crainte et de sentiment d’insécurité.

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« C’est leur pays, ils sont Français »

Marine Le Pen a répondu directement à ces inquiétudes jeudi soir, indique Le Parisien. Invitée de l’émission Objectif Élysée 2027 sur CNews et Europe 1, elle a estimé que les Français musulmans envisageant de quitter le pays en cas de victoire du RN avaient « tout à fait tort de craindre [son] arrivée au pouvoir ». Une réponse qu’elle a également relayée sur son compte X : « Les Français de confession musulmane qui envisagent de partir si je suis élue ont tort : c’est leur pays, ils sont Français. »

« On n’a qu’un pays », a-t-elle poursuivi sur le plateau. Marine Le Pen a assuré qu’elle serait « la présidente de tous les Français » et s’est présentée comme « éminemment respectueuse de la démocratie et de l’ensemble des opinions politiques ». Une manière de répondre directement à l’un des principaux enseignements du sondage, qui mesure moins une intention de départ certaine qu’un niveau élevé d’inquiétude à l’idée d’une arrivée du Rassemblement national au pouvoir.

La candidate a surtout voulu tracer une frontière nette entre l’islam et l’islamisme. « L’islam est compatible avec la République », a-t-elle affirmé. « Ce qui n’est pas compatible avec la République, c’est la charia et le fondamentalisme islamique. » Elle assure être « extrêmement respectueuse de la liberté de conscience et de la liberté religieuse » et affirme que les musulmans pourront continuer « à exercer leur religion, à avoir leur croyance sans aucune difficulté » si elle accède à l’Élysée.

Cette distinction figurait déjà dans l’entretien accordé cette semaine au Financial Times. Interrogée sur les accusations selon lesquelles ses propositions pourraient être dirigées contre les musulmans, Marine Le Pen y répondait que le RN combattait « le fondamentalisme islamiste », présenté comme une idéologie politique, et non « les musulmans » ou « la religion musulmane ».

Sur le voile, Marine Le Pen maintient sa ligne

La réponse rassurante adressée aux musulmans ne signifie cependant pas un abandon des mesures les plus controversées du programme du RN. Marine Le Pen continue de vouloir restreindre le port du voile. Elle a confirmé jeudi soir son intention de soumettre à référendum un projet de loi consacré à la lutte contre les « idéologies totalitaires » et considère que le voile participe de cette idéologie.

Elle évoque désormais une interdiction progressive, qui concernerait d’abord certains espaces comme les universités, les fédérations sportives et les bâtiments publics. La candidate distingue donc explicitement la pratique de l’islam, qu’elle juge compatible avec les institutions françaises, de certaines manifestations religieuses qu’elle rattache au fondamentalisme et qu’elle entend combattre.

C’est précisément cette question qui nourrit une partie des inquiétudes mesurées par l’Ifop. Le sondage intervient alors que la visibilité de l’islam et la laïcité prennent une place croissante dans la campagne présidentielle. Il montre également que les tensions provoquées par une éventuelle victoire de Marine Le Pen dépasseraient largement la seule population musulmane : 44 % des Français juifs envisagent eux aussi de quitter le pays et 45 % des agents de la fonction publique interrogés se disent prêts à désobéir à des lois qu’ils considéreraient comme injustes.

Marine Le Pen cherche donc à tenir deux lignes simultanément : rassurer les Français musulmans sur leur place dans le pays tout en maintenant un programme particulièrement ferme contre l’islamisme et certaines manifestations visibles de l’islam. Le chiffre des 46 % lui a donné jeudi soir l’occasion de préciser cette distinction. À ceux qui envisagent déjà leur départ en cas de victoire du RN, sa réponse tient en quelques mots : « Ils ont tort. C’est leur pays, ils sont Français. »

«Freud et l’esprit talmudique»: pour les novices en psychanalyse et en judaïsme

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DR

Le « moi » est haïssable, mais quand le sujet est la psychanalyse, l’auteur peut-il faire l’économie de sa propre expérience ? Freud l’a fait, la psy Claudine Lanzarotti aussi. L’auteur de Freud et l’esprit talmudique, sorti tout récemment aux éditions Campagne première, commence sa passionnante comparaison entre la démarche de ses confrères et celle des talmudistes, en y ajoutant la dimension émotionnelle de son vécu, qui assaisonne la technique d’une saveur plus humaine.

La psychanalyse aurait-elle pu être théorisée par un non-juif ?

Freud n’évoquait jamais sa connaissance du judaïsme de crainte que sa découverte iconoclaste fût, de surcroit, cataloguée comme « science juive », ce qui était presque aussi dommageable en Autriche au début du XXe siècle que ça l’est en France au début du XXIe (!) Pourtant, sa démarche devait énormément à cette culture de l’exégèse, de l’interprétation et de l’extrapolation qu’enseigne le Talmud, le recueil de tous les commentaires de la Torah (la bible). Talmud est un mot hébreu qui vient de la racine LMD, étude. L’hébreu est effectivement indispensable à la compréhension du phénomène que Lanzarotti détricote avec efficacité et humour, car c’est une langue consonantique, dont tous les mots dérivent d’une racine de trois consonnes. L’absence de voyelle multiplie donc à souhait les interprétations possibles d’un texte écrit dans cette langue. Un des exemples qu’elle donne est celui du mot « hébreu », qui se dit « ivrit » en VO, à partir de la racine HVR[1]. Cette racine peut se décliner en :

HaVaR: le passé, passer, dépasser, changer de lieu, transgresser, passer à l’attaque.

maHaVaR : passage.

haHaVRa ou haHaViR : transfert.

HiBouR: grossesse, altération, produit, récolte, moment critique.

iVeR : ajouter, féconder, déformer, fausser.

HouBaR : embryon, fœtus.

HeVRa : péché, transgression, s’emporter, être en colère.

HaVaRian : délinquant, malfaiteur.

Interprétation, vous avez dit interprétation ?

Ce n’est pas par hasard si l’interprétation des rêves a été l’instrument privilégié de celui qui s’est donné pour tâche de décoder l’inconscient de ses congénères. Il avait appris la technique dès l’enfance et, de surcroît, « le fil rouge qui unit ces deux univers est une façon particulière de jouer avec les idées et les mots… »

L’humour étant un outil de choix pour mettre à distance les situations sur lesquelles il n’avait aucune maîtrise, Freud a découvert qu’il a le même rôle dans l’inconscient de ses patients. « Depuis la haute Antiquité… les juifs ont dû faire avec la réalité d’un antijudaïsme dont le nom est changeant et dont l’expression est variable… Pour résister et survivre à l’angoisse et à l’humiliation, ils n’avaient à leur disposition aucune autre arme que l’humour, l’ironie, le regard distancié sur eux-mêmes et la minimisation, voire le déni de leur impuissance. »

Voyage entre Talmud et interprétation psychanalytique

Les talmudistes et les psychanalystes sont des enquêteurs, observe Claudine Lanzarotti. « Tout se passe comme si, en comptant sur l’association libre et l’attention égale pour tous les thèmes, les rabbins effectuaient simultanément le travail psychique de l’analysant et celui de l’analyste à l’écoute de son patient. Le transfert qu’ils cherchent à constituer, ce rapport « d’attente croyante » pour reprendre l’expression freudienne, s’établit entre chacun d’entre eux et les textes à étudier… »

Le rapport dont parle l’auteur fonctionne selon trois principes : inter-textualité, atemporalité et non-contradiction. Ces « bases mêmes de l’interprétation rabbinique, seront considérées bien des siècles plus tard par Freud comme étant celles-là mêmes qui régissent l’inconscient, tel qu’il l’a théorisé. » L’intertextualité consiste à rechercher toutes les occurrences d’un mot ou d’une image, que ce soit dans la totalité de la Torah pour les rabbins expliquant un verset, ou dans les précédents rêves, par les psychanalystes repérant une image ou une expression dans le récit de leur patient. L’atemporalité est la mise en perspective « des textes, quel que soit le moment où ils furent écrits et connus », que ce soit dans le corpus biblique pour les uns ou dans le récit d’un analysant pour les autres. Enfin le principe de non-contradiction est permis par les deux précédentes pour rendre compte des invraisemblances que l’on peut rencontrer aussi bien dans le texte consonantique (où l’on va chercher les occurrences d’un mot dans des séquences historiques qui n’ont rien en commun) que dans les rêves, qui utilisent le déplacement[2] et la condensation[3] pour cacher un contenu latent derrière le contenu manifeste.

« Les talmudistes ont sondé la Bible comme Freud, plus tard, sondera l’inconscient »

Claudine Lanzarotti DR.

Claudine Lanzarotti développe : « À l’instar de la façon dont Freud considère le rêve, les rabbins considèrent le langage biblique comme offert à d’infinis transferts, déplacements et condensations des expressions et des significations contenues dans ses lettres et dans ses mots. » L’ouvrage culmine dans une exégèse de « Œil pour œil, dent pour dent », formule que les non-juifs interprètent comme une loi de vengeance, qui s’appliquerait à la lettre dans le judaïsme. Lanzarotti utilise les méthodes qu’elle a minutieusement décrites tout au long de l’ouvrage pour arriver à la conclusion des rabbins… et des juges de tribunaux israéliens qui contredit absolument l’idée reçue. Comparant le texte biblique à « une pulsion exprimée librement, sans refoulement », et « le Talmud à un surmoi particulièrement éthique et moral », elle conclut que « la Torah parle de la haine et la met en scène, sans aucune censure. Le Talmud la polit, la transforme, sans toutefois en masquer l’existence et la réalité : il fait avec en prônant les manières de ne pas la mettre en acte », substituant le dédommagement pécuniaire à la punition physique du coupable. Dont acte, ou plutôt dont loi orale, qui stipule : « Qui a blessé quelqu’un est redevable pour cette blessure d’une indemnité à cinq titres : il doit payer pour le dommage lui-même, pour la douleur, pour les soins médicaux, pour la perte des moyens de subsistance et pour le préjudice moral ». Comme le remarque l’auteur, « ces dispositions normatives et ces règles juridiques qui ont plus de deux mille ans d’âge paraissent étonnamment modernes, et comme sorties d’un manuel de nos facultés de droit. »

Un livre évoquant des processus compliqués avec une virtuosité qui les rend compréhensibles aux profanes, c’est à lire pour joindre l’utile à l’agréable et briller ensuite dans les dîners en ville !

256 pages.

Freud et l'esprit talmudique: L’interprétation et ses méthodes, une comparaison entre Talmud et psychanalyse

Prix: 23,00 €

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[1] En hébreu, le V et le B sont une seule et même lettre.

[2] Le déplacement consiste à détacher l’intensité psychique d’une idée importante pour la transférer sur un élément mineur ou insignifiant du rêve.

[3] La condensation compresse plusieurs idées, personnes, images et/ou souvenirs en un élément unique.