Accueil Site Page 16

Karim Bouamrane ou la tentation féodale

0

 « Nous sommes face à une municipalité qui barricade un point de vente, c’est du jamais vu ! » s’indignent les dirigeants excités de Master Poulet, la chaîne de rôtisserie halal qui défraie la chronique. Le maire socialiste de Saint-Ouen outrepasse-t-il ses pouvoirs ? L’analyse de Céline Pina.


Le bras de fer qui oppose Karim Bouamrane et la chaîne Master Poulet est aussi révélatrice de la dérive féodale qui s’installe dans notre pays et de ces élus qui ont oublié que leur première fonction est d’incarner la loi, et non d’imposer leurs obsessions et leur volonté à un territoire.

Petit rappel des faits : la chaîne Master Poulet décide d’ouvrir un restaurant à la sortie du métro Mairie de Saint-Ouen début avril. Trois jours après l’ouverture, la mairie fait fermer le restaurant, accusant l’enseigne d’avoir ouvert sans autorisation préalable alors que la Ville avait refusé l’installation. Le maire a donc fait installer des blocs de béton devant le fast-food pour bloquer l’entrée. Puis après une bataille judiciaire perdue, il a dû les retirer, pour mieux installer le lendemain des pots de fleurs géants ayant la même fonction.

Le restaurant Master Poulet veut s’installer à Saint Ouen, malgré l’opposition de la mairie, 27 avril 2026 © Martin Rodier/SIPA

Le problème est que l’avis défavorable d’un maire n’a aucune valeur juridique contraignante si le commerce respecte les règles d’urbanisme, de sécurité et d’hygiène. Agir comme un parrain qui déciderait de qui peut ouvrir un commerce et de ce que l’on doit y trouver n’est pas dans les prérogatives d’un maire : il ne peut mobiliser la puissance publique pour harceler l’enseigne parce qu’elle lui déplait politiquement. La loi a tranché cette question depuis fort longtemps or, non seulement le maire n’est pas au-dessus de la loi, mais il est même censé en être le garant et le gardien (et pas le propriétaire).

La loi et les volontés de la municipalité 

Or Karim Bouamrane fait exactement l’inverse, il mobilise tout son pouvoir, afin d’imposer ses desiderata personnels. La réalité est cependant un éclairage très cru pour qui aime se mettre en scène en parangon de vertu. Alors dans l’entourage du maire on essaie de faire passer un comportement féodal pour un engagement dans la lutte contre la malbouffe. Un engagement très ciblé car à Saint-Ouen, nombreuses sont les enseignes de fast-food, et une seule subit l’ire du maire – cela interroge quand même un peu.

Mais ce qui interpelle est la dialectique, très manipulatrice et assez malhonnête intellectuellement, utilisée par le maire pour faire passer un abus de pouvoir pour une preuve de vertu. Dans une vidéo publiée sur son compte Tik-tok, le 24 avril, Karim Bouamrane ne dit pas, bien sûr, qu’il va s’en prendre à ce restaurant parce qu’il ne l’aime pas. Il affirme : « Master Poulet s’est installé à Saint-Ouen contre la volonté de la municipalité. Ils se sont installés sans respecter les règles du droit commun. Je dois faire respecter la puissance publique. Nous sommes rentrés dans une bataille judiciaire ». Cette logorrhée ne vise qu’à un seul objectif : opérer une usurpation symbolique. En effet, dans cette assertion, la puissance publique, autrement dit l’appel à l’autorité légitime et à la loi, est invoquée pour justifier une décision qui vient d’être justement invalidée par le tribunal administratif. L’homme retourne le langage de la légalité contre la légalité elle-même. En rhétorique cela s’appelle une catachrèse politique.

A lire aussi: Et mon culte, c’est du poulet?

Mais pour inscrire cette manipulation dans un contexte plus dramatique, l’entourage du maire a expliqué au Parisien : « Ce genre d’enseigne va à l’encontre de notre projet de commerce de qualité. La malbouffe n’a pas sa place à Saint-Ouen ». Un commerce légal est ainsi redéfini comme une atteinte à un projet politique préexistant dont le maire est le gardien. La loi n’est plus rien, le projet du maire est tout. L’objectif militant remplace la règle de droit.

Le terme « n’a pas sa place » est aussi particulièrement intéressant en ce qu’il révèle le fantasme féodal : le maire décide de qui a sa place sur son territoire, comme un propriétaire décide de ce et de ceux qu’il laisse entrer en son domaine. Quant à la référence à la malbouffe, elle atteint des sommets de paternalisme faussement bienveillant. Pendant que tout à sa mise en scène moraliste, Karim Bouamrane explique à ses habitants qu’il sait ce qui est bon pour eux et mobilise la puissance publique pour leur imposer sa conception du bien, ceux-ci font la queue devant Master Poulet. On est ici en plein perfectionnisme autoritaire.

Série à rebondissements

Tocqueville en parlait déjà dans De la démocratie en Amérique. Il évoque l’idée d’un despotisme doux qui ne se contente plus de garantir les libertés, mais veut imposer sa vision du bien vivre. C’est exactement la logique de Karim Bouamrane. Enfin la théâtralisation de ce conflit s’achève en triste feuilleton : à la banderole de Master Poulet « N’en déplaise à Karim, nous sommes ouverts », le maire répond « Bien joué, rendez-vous au prochain épisode ». Le conflit juridique est devenu à présent une saga personnelle, un bras de fer. Ici le maire n’est plus le garant de la loi, mais le protagoniste d’une série à rebondissements au terme de laquelle il compte bien imposer son pouvoir personnel contre la loi commune. S’il se met en scène sur les réseaux sociaux, c’est parce qu’en transformant un abus de pouvoir en spectacle, il espère s’offrir encore plus de légitimité. L’abus de pouvoir comme outil promotionnel, il fallait y penser, le progressisme l’a fait. L’homme a très bien compris que quand la loi ne vous donne pas raison, il reste encore le tribunal de l’opinion, alors il joue sa carte.

On est là à l’acmé de la confusion entre la fonction et la personne. Confusion qui est exactement ce que la loi est censée interdire : un maire n’est pas un héros moral qui impose sa conception du bien et du bon. Il est un gardien temporaire de la loi commune. Dès qu’il se prend pour le premier, il cesse d’être le second. Ainsi la libre administration des collectivités ne comprend pas le droit de décider quelles activités commerciales légales peuvent s’exercer sur un territoire. En agissant ainsi Karim Bouamrane traite Saint-Ouen comme son domaine privé, un lieu où sa volonté est la règle. C’est un glissement vers une baronnie de fait.

A lire aussi: Quand Brigitte voit le ciel en gris

Cet épisode met en lumière tous les traits du petit seigneur local que la décentralisation est en train de réveiller chez les élus les moins conscients de leurs missions et de leurs devoirs et les plus avides de pouvoir coercitif : le nouveau féodal confond la loi et sa volonté personnelle, substitue des objectifs militants à la règle de droit et s’approprie le territoire communal comme si c’était sa propriété privée. Et il en rajoute encore en mettant en scène ses abus comme s’il s’agissait d’une manière d’agir légitime. Non seulement il pose des actes de petit seigneur, mais il les revendique publiquement et sans honte.La question qui se pose derrière ce type d’attitude est le risque de corruption que cela promet et annonce.

Dans un rapport du Service central de Prévention de la Corruption paru en 2013, on trouve un avertissement limpide : « Urbanisme et urbanisme commercial : détournements de procédure, corruption, trafics d’influence, prise illégale d’interêt… Toute la panoplie peut se déployer sur ce terrain, tant la décision des élus est déterminante, le nombre d’acteurs concernés nombreux et l’impact des flux économiques importants ». Le mécanisme qui amène à la corruption est aussi simple qu’implacable : dès qu’un élu s’arroge un pouvoir discrétionnaire sur l’implantation des commerces, pouvoir que la loi ne lui accorde pas, il crée mécaniquement une rente. Celui qui veut s’installer doit obtenir la faveur du Prince. Et la faveur du Prince a un prix, qu’il soit monétaire, politique ou les deux…

Ces biens essentiels

Price: ---

0 used & new available from

Bruno Retailleau n’est plus un homme de devoir !

0

Le jeudi 23 avril, Bruno Retailleau était dans le Tarn, à Albi, pour son premier meeting de campagne. Après avoir été désigné candidat par les adhérents des Républicains avec 73,8 % des suffrages, il leur a présenté sa ligne: une droite «fière et sincère», axée notamment sur l’immigration et la sécurité. Dernièrement, il accuse Emmanuel Macron d’avoir «fait preuve de faiblesse» et d’être «dans une forme de dépendance» vis-à-vis de l’Algérie.


Depuis que la candidature de Bruno Retailleau a été nettement validée par Les Républicains, il est clair qu’il a changé de registre, poussé les feux et passé la cinquième vitesse. Surtout, il a cessé de plomber le moral de ses soutiens et de cette majorité « d’honnêtes gens » qu’il invoque si régulièrement et si justement. En effet, longtemps, il s’est présenté comme un homme de devoir, allant vers la candidature présidentielle comme si elle était un échafaud, n’insufflant pas, de ce fait, la confiance qu’un chef doit inspirer et diffuser. C’était hier, et c’est bien fini.

Un an pour convaincre

L’homme a compris que l’exigence du devoir devait être relayée par l’élan de l’enthousiasme et qu’aucun espoir n’était permis si le principal intéressé, dans cette échéance capitale à venir, manquait lui-même du désir d’opérer la rupture, de « renverser la table », comme il l’a encore déclaré récemment. Pour se convaincre de cette volte bienfaisante, sans laquelle rien n’aurait été possible — ni psychologiquement ni sur le plan politique —, il convient de lire la longue déclaration qu’il a développée dans le Tarn et dont chaque terme est pesé. Elle constitue à la fois une réponse aux polémiques injustes dont il a été victime, une déclaration volontariste, un programme éthique, une promesse sincère aux Français et, par sa vigueur et sa force, un acte. 

A lire aussi, Dominique Labarrière: David Lisnard broie du lourd

Un propos aussi résolu ne peut qu’engager celui qui l’a tenu : « Les gens ont appris à me connaître au ministère de l’Intérieur. Jamais je n’ai courbé l’échine devant la bien-pensance. J’ai suscité des polémiques à maintes reprises. J’ai dû affronter des désaccords avec le chef de l’État. Jamais je n’ai capitulé. Aujourd’hui, prendre la décision de se présenter à une élection présidentielle, c’est prendre une décision extrêmement grave, qui engage chaque cellule, chaque fibre de son corps et, par conséquent, rien ne me fera reculer. Je dirai la vérité, je convaincrai les Français. Je ne ferai pas de marketing électoral. Je ne chercherai pas à séduire avantageusement avec des slogans. Et de même que je ne ferai pas de segmentation, je ne m’adresserai pas à des clientèles successives, je m’adresserai au peuple français et je le convaincrai. J’en suis certain. »

Bruno Retailleau dispose d’un an pour convaincre ceux qui ne sont pas encore persuadés qu’une droite authentique est enfin de retour, pour battre en brèche le pessimisme de ceux qui, comme Jean-François Copé, choisissent de s’en prendre aux populistes plutôt que de créer et d’aider positivement, et, plus largement, pour instiller, dans notre paysage démocratique dévasté, sous une forme républicaine, l’espérance d’un redressement national et international.

Chance pour la France

Ce n’est pas l’insulte qui le visait indirectement au sujet de l’Algérie — Emmanuel Macron a traité de « mabouls » ceux qui défendaient une position ferme sur les rapports entre ce pays et la France — qui constituera un passif à l’encontre de Bruno Retailleau. Bien au contraire, puisque la stratégie purement diplomatique prônée par le pouvoir s’est révélée inefficace et que la sienne est largement approuvée. Et le président, par cette vulgarité ciblée, s’est déshonoré lui-même. La première pierre, pour remettre notre nation d’aplomb, sera d’abord, enfin, le courage de ses dirigeants.

Bruno Retailleau ne se contentera pas de faire son devoir : il mettra tout en œuvre pour être à l’heure de son rendez-vous avec le peuple français, porté par la conscience de la chance qui lui est donnée et qu’il aura su créer.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

Price: ---

0 used & new available from

La paix à l’iranienne: petit mode d’emploi pour se faire rouler

Ormuz : fermé pour travaux… de paix (jusqu’à quand?)


Les bombardements de l’Iran ont cessé depuis le 7 avril 2026, il y a quatre semaines.  Depuis lors, le blocage du détroit d’Ormuz est devenu l’épouvantail de nos sociétés. Alors que le président américain répète qu’il a gagné la guerre et que l’ennemi n’a plus de marine, la télévision iranienne montre de petites vedettes prenant le contrôle d’un navire récalcitrant. Peu à peu s’infiltre en nous l’image d’un Iran agile et résilient face à des Etats-Unis surarmés et patauds. Désormais, pour bien des commentateurs, Trump a perdu cette guerre et il doit négocier sous peine de plonger l’économie mondiale dans la tourmente. Notons néanmoins, en ce qui concerne l’économie américaine qui est la seule qui préoccupe le président américain, que en deux mois, depuis le 28 février, le SP500, l’indice de la Bourse a monté de 2,5% et que l’inflation ne s’élève qu’à 3,3% en glissement annuel alors que, avant même la hausse des prix du pétrole, on redoutait les effets sur la hausse des prix de l’augmentation des tarifs douaniers. Grâce à la Cour Suprême qui les a largement invalidés et aux assouplissements auxquels il a lui-même procédé, le président américain a évité au consommateur un choc inflationniste. Si la majorité des électeurs lui sont actuellement hostiles, les élections de midterms ne sont que dans six mois et Trump espère que le nouveau Gouverneur de la FED sera moins inflexible sur les taux que son prédécesseur, et mettra ainsi les Républicains en meilleure posture électorale. 

Midterms : tout n’est pas perdu pour Trump

De plus, bonne nouvelle pour le président, plusieurs Etats démocrates connaissent de gros troubles économiques. Il en est ainsi de l’Etat de New York et plus encore de la Californie, qui ayant imposé des taxations élevées pour des raisons écologiques, a fermé ses raffineries, importe une partie de son pétrole du Moyen Orient et se retrouve avec des prix à la pompe supérieurs de moitié à ceux de la moyenne américaine… Au contraire des Etats républicains comme la Louisiane qui produit du gaz, l’Alaska, le Dakota et surtout le Texas qui à cause de leur pétrole sont de grands bénéficiaires de la crise du détroit d’Ormuz. 

Ces considérations permettent de croire Donald Trump quand il dit qu’il a le temps, alors que beaucoup estiment qu’il cherche avant tout à se débarrasser du fardeau iranien. C’est certainement cela que pensent les dirigeants iraniens, qui n’ont pas, eux, à se soucier d’élections. Un président américain pressé d’en finir, quelle aubaine ! D’autant plus qu’on sait que Trump a peur de s’engager dans un conflit au sol où, en face d’ennemis heureux de donner leur vie pour le paradis et ses délices, il aurait à rendre compte à son peuple de chaque soldat tué si loin du continent américain et pour une cause qui reste obscure à beaucoup. On ne doit pas cependant sous-estimer la détermination du président américain dont l’opinion à l’égard de l’Iran n’a pas varié depuis ses premiers pas en politique. Il vient de refuser d’hallucinantes exigences lors de la rencontre avortée d’Islamabad.  Les Iraniens, se présentant comme les vainqueurs du conflit, revendiquaient une garantie américaine d’arrêter définitivement la guerre et de lever leur part du blocus et une reconnaissance du droit de l’Iran au contrôle du détroit d’Ormuz. Puis une fois les sanctions économiques annulées, l’Iran accepterait de «discuter» du nucléaire. Cela lancerait les Etats Unis dans d’interminables négociations pendant que l’Iran aurait tout le loisir de reconstituer ses armements. 

Même un Trump expert dans l’art de faire passer des vessies pour des lanternes aurait du mal à parler de victoire. Le président américain sait, quoi qu’il en dise, qu’il a piteusement échoué avec le dictateur nord-coréen. Mais pour ce dernier, la bombe atomique n’est qu’une garantie de survie du régime, alors que pour la théocratie iranienne, elle est un danger existentiel pour beaucoup de pays et pas seulement pour Israël envers qui le régime, depuis sa création, réitère des promesses de destruction de façon obsessionnelle

Menace sur les puits de pétrole

«La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.» La phrase est de Baruch Spinoza.  Avec l’Iran actuel, nous sommes aux antipodes.

Pourtant certains Etats, la France en particulier, insistent sur le fait que les Américains et les Israéliens mènent une guerre illégitime, que cette guerre n’est pas la leur, et qu’un conflit ne peut se résoudre que par la diplomatie qui amènera enfin la paix pour la région… C’est la même conception de la paix que celle de Chamberlain et Daladier à Munich. Parler de paix avec un régime pareil, que ce soit avec ses fanatiques dits extrémistes ou ses fanatiques dits modérés, c’est humilier le sens de ce mot. Lorsque Mme Vautrin, ministre des Armées, assimile par ailleurs Tsahal au Hezbollah, elle fait pire encore.

A lire aussi, Gil Mihaely: Les Émirats quittent l’OPEP: un séisme discret

Que fera le président américain, avec ses moyens et ses porte-avions ? Les experts pensent aujourd’hui pour la plupart qu’il va resserrer lui-même le blocus dont les Iraniens ont voulu faire leur joker, car ce blocus dont ils ont tiré beaucoup de prestige leur coûte très cher. Ce serait un habile retour du berger à la bergère.  Chaque jour l’Iran perd près de 500 millions de dollars de revenus pétroliers et il aura de plus en plus de mal à payer ses services. Par ailleurs, le pétrole qui ne sort pas du puits se fige comme l’huile refroidie sur la poêle et peut rendre ce puits inutilisable, car le récurage y est bien plus complexe que dans une cuisine… C’est l’avenir du pays qui serait en jeu.

Mais il s’agit là d’anticipations et de mécanismes à long terme. Or, la résilience du régime iranien est extrême. Il se prépare depuis près d’un demi-siècle à la confrontation finale et ceux qui le dirigent (Vahidi notamment) sont ceux-là mêmes qui ont préparé cette résilience en multipliant, dispersant, enterrant les usines de fabrication des armes et en leur consacrant l’essentiel des revenus pétroliers du pays. 

Il semble clair que la campagne de bombardements récente a détruit une grande partie du potentiel militaire, et notamment des moyens complexes de fabrication de missiles, une activité que l’Iran a développée alors qu’il était soumis aux sanctions de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien et à laquelle des pays amis comme la Chine et la Russie (un autre bénéficiaire du blocus pétrolier) ont apporté leur concours logistique ou commercial. Les experts s’accordent pour évaluer que ce potentiel de fabrication a été détruit pour 60% à la suite des bombardements.  Les pessimistes en concluent qu’il leur en reste près de la moitié…

Les bruit de délitement et de panique à l’intérieur du régime iranien appartiennent pour l’instant à la catégorie du wishful thinking, des désirs qu’on prend pour des réalités. Chacun des responsables iraniens sait qu’il s’agit pour lui et pour ses idées d’une question de survie. La décision appartient aux plus durs et les soi-disant modérés s’y conforment publiquement quand on le leur demande.

Quant au peuple iranien, il a été saigné par les massacres de janvier qui ont décapité en masse ceux qui ont levé la tête. Aussi affaibli puisse-t-il apparaitre, un régime organisé autour de la répression des opposants et de l’élimination des branches inutiles peut supporter longtemps un étranglement économique. De plus, ce régime a aujourd’hui des alliés : les pays qui aux Nations Unies l’ont choisi pour une fonction de prestige au Conseil économique et social de l’ONU en représentent un éventail.

Aussi longtemps que les militants de base des basidj et des pasdaran lui obéiront, autrement dit aussi longtemps qu’il pourra les payer, un tel régime pourra tenir. Le peuple iranien est une variable d’ajustement et c’est lui qui souffrira. Les pressions économiques ne suffisent pas à elles seules et il est probable qu’une reprise des bombardements soit nécessaire pour démanteler en profondeur les structures de fabrication et de transport et les lieux de mobilisation. Nul ne sait aujourd’hui si Trump la décidera.

S’il le fait, on trouvera des commentateurs pour dire que c’est une nouvelle gesticulation criminelle. Il est à noter que suivant les sources iraniennes elles-mêmes, corroborées par des évaluations extérieures indépendantes, le nombre de morts provoquées par six semaines de frappes aériennes américaines et israéliennes est d’environ 3500, soit, malgré des erreurs sur des équipements civils (par exemple une école bombardée par les Américains), moins de 10% des morts provoqués en deux jours par les basidj dans la population iranienne au mois de janvier. Cette comparaison pour distinguer la guerre par rapport à la sauvagerie

Le fait que le peuple iranien, dont la grande majorité déteste le régime, trouve en lui les moyens de se révolter ne relève pas de l’évidence. Mais la paix, la vraie, ne se fera que sur les décombres de la théocratie. Et non grâce à d’hypocrites appels à un dialogue diplomatique.

Edwy Plenel ou l’antiracisme qui compte les couleurs

Lors d’une homélie diffusée dans l’émission « Backseat », le journaliste a estimé que les nouveaux maires lfistes de banlieue qui ont fait couler tant d’encre ont vraiment un p’tit truc en plus. Au banquet de l’antiracisme, il renverse la table.


Dans l’émission Backseat de Jean Massiet sur Twitch, Edwy Plenel dit qu’il veut organiser un banquet des maires noirs de France.

Ecoutez-le: « Je voudrais les saluer en me disant qu’ils pourraient faire un grand bras d’honneur et fêter toutes leurs élections en organisant un congrès ou un banquet des maires noirs de France. Et pourquoi pas ? (…) Alors merci infiniment mesdames et messieurs les élus noirs de la France telle qu’elle vit, celle du peuple vivant. »

Le fondateur de Mediapart, l’une des grandes consciences de la gauche décoloniale, dresse une liste nominative d’élus noirs.

Salomon, vous êtes noir ?

Certes, Plenel ne veut pas les stigmatiser, mais les honorer, en les assignant à leur couleur de peau. Il précise aussi qu’ils ont en commun d’être de gauche dans sa diversité (qui ne comprend pas le PS). Pourtant, il ne suggère pas un banquet pour tous les élus de gauche.

C’est le parfait exemple de l’inversion d’un antiracisme qui passe son temps à compter : la couleur de peau n’est plus indifférente — ce qui était quand même l’objectif  —, elle devient une qualité supplémentaire. Un petit truc en plus !

L’élection de maires noirs montre au moins que le racisme est en déclin. Peut-être, même si beaucoup de leurs électeurs sont eux-mêmes issus de l’immigration. Mais ils n’ont pas été élus en disant qu’ils sont noirs, tout de même !

A lire aussi, Dominique Labarrière: Et mon culte, c’est du poulet?

Le racisme est aujourd’hui criminalisé et honteux dans notre société. Personne ne s’offusque de l’élection d’un Français noir ou arabe, tant mieux. Mais l’exaltation des origines est contraire à la tradition française d’assimilation. Dans les années 1930, alors que la ségrégation était féroce aux États-Unis, des écrivains et artistes noirs découvraient émerveillés qu’en France, on ne les voyait pas comme des Noirs.

L’antiracisme d’aujourd’hui rompt avec cette tradition. D’abord il y a eu le droit à la différence, ensuite la « diversité », et enfin avec les « tout-blancs, tout-moches » de Mélenchon, on recrée même si c’est pour rigoler une sorte de hiérarchie. Être blanc, c’est porter un passé coupable. En plus, ce ne serait pas beau.

Antiracisme 2.0

Cette gauche Plenel-Mélenchon fustige bruyamment les banquets du « Canon français ». Racisme, fascisme, xénophobie : tout y passe. C’est certainement très franchouillard, peut-être que le public n’est pas assez divers pour les gens qui comptent les couleurs. Mais ces rassemblements n’ont justement rien à voir avec la couleur de peau : ce sont des gens qui veulent défendre des mœurs, une convivialité « saucisson-pinard », une identité qui n’est pas blanche mais française. C’est une réponse semble-t-il assez joyeuse à la peur de la disparition.

Ces soi-disant antiracistes, qui divisent le monde entre racistes et racisés, entre blancs coupables et diversité victime, sont des incendiaires. Ils font tout pour transformer le côte à côte en face-à-face.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

https://www.youtube.com/watch?v=6c5-SWGPxCk

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Diplomatie franco-belge: fraises contre citrons

Prix citron pour Namur «l’antifa»: la capitale wallonne rompt avec Menton pour raisons politiques !


Avant toute chose, permettez-moi de rappeler cette étrangeté : il existe en Wallonie des villes officiellement « antifascistes ». Namur fait partie de celles-ci, comme Charleroi, Liège et Mons, manière pour elles d’interdire plus aisément les réunions de tout parti ou autour de toute personne qui rappellent que l’immigration n’est pas une chance, qu’un homme est un homme et une femme une femme ou encore que l’insécurité galopante devrait justifier une politique de tolérance zéro. Le concept est né au moment où le parti Chez Nous tentait de bousculer la mainmise de la particratie sur l’échiquier politique.

Engagé-e-s

Capitale de la région la moins démocratique d’Europe, Namur est jumelée à Menton (06). Problème : la ville du sud de la France a élu au poste de maire une représentante du Rassemblement national lors des dernières élections municipales. Il n’en fallait pas plus pour mettre entre parenthèses une amitié datant des années cinquante. Quant à Alexandra Masson, elle n’est pas la bienvenue au pied de la citadelle mosane. Mais peut-on la plaindre lorsque l’on voit ce qu’est devenue la ville wallonne ces dernières années ?

A lire aussi: Et mon culte, c’est du poulet?

À Namur, c’est le parti nommé Les Engagé-e-s, autrefois social-chrétien, qui règne en maître. Comme nombre de villes situées au confluent de deux cours d’eau – Lyon a pendant longtemps vécu la même situation –, elle a du mal à choisir et ne vote donc ni vraiment à gauche, ni vraiment à droite, mais pour les centristes qui, pour reprendre l’expression que j’entendais dans ma jeunesse, « se nourrissent à tous les rateliers ». L’homme fort est Maxime Prévot, bourgmestre entretemps devenu ministre des Affaires étrangères et qui a nommé une marionnette « faisant fonction » pour veiller aux destinées de la ville.

Dans sa nouvelle fonction, l’homme qui n’aime donc pas le RN ne cesse de se faire le porte-parole du Hamas et de relayer le palestinisme ambiant. Sous sa houlette, la Belgique appelle à davantage de sanctions contre Israël et à revoir l’accord d’association de l’UE avec l’Etat hébreu – Jérusalem, Menton, même croisade. Rappelons aussi que son parti est celui qui fut le premier à faire élire une députée voilée en Europe – ladite élue est aujourd’hui ministre dans le gouvernement d’Erdogan.

Nous n’avons pas les mêmes valeurs

Mais quittons les rives du Bosphore et revenons à celles de l’Entre-Sambre-et-Meuse: de ville bourgeoise, Namur est devenue une cité en voie de quart-mondisation où pauvreté, trafic de drogue et délinquance conjuguent leurs effets, notamment dans le quartier de la gare, porte d’entrée peu accueillante. En quelques années à peine, le visage de la « ville escargot » – comme elle est surnommée – s’est profondément transformé, au plus grand dépit des habitants qui sont 76 % à estimer que l’insécurité a augmenté. La ville ne survit financièrement que grâce au plan Oxygène, aide de la Région wallonne, elle-même endettée. Il n’y a pas de petites économies dans ce contexte : les associations folkloriques doivent désormais mettre la main à la poche pour occuper l’espace public. 

A lire ensuite: Et mon culte, c’est du poulet?

Mais apparemment, l’urgence pour la ville était de rompre avec son homologue française. Pour l’échevine de centre-droit Charlotte Deom (MR), « les relations internationales de la ville doivent s’inscrire dans le cadre des valeurs que nous défendons : la démocratie, l’état de droit, l’égalité et le respect des droits fondamentaux. C’est une question de cohérence. » Ça sonne creux comme un discours tenu lors d’un concours de miss, ça donne une fausse impression de la résistance – sans le maquis –, ça donne des gages à la gauche qui exerce un chantage moral permanent en Wallonie et surtout ça n’explique pas en quoi la nouvelle maire de Menton s’écarterait de ces principes. 

Les fraises de Wépion, cultivées à quelques encablures de Namur, ne se mélangeront plus aux citrons de Menton. Pour avoir travaillé quelques années dans la capitale wallonne et y avoir conservé des amis, je sais ce que ceux-ci pensent de l’évolution de leur ville. Et assurément, ils souhaiteraient une personnalité de la trempe d’Alexandra Masson à la tête de leur cité. Mais les édiles de la ville, préoccupés à être plus antifascistes que les antifas eux-mêmes, songent sans doute déjà, en concertation avec l’exécutif wallon, à rebaptiser l’Elysette, nom du lieu où siège le gouvernement, au cas où Marine Le Pen ou Jordan Bardella accéderaient à l’Elysée en France.

Magna carta: un discours «so british»

Nos journalistes se sont amusés à décoder les messages subliminaux prétendumment hostiles tenus par le Roi Charles à Trump…


Deuxième souverain britannique après Elizabeth, en 1991, à s’exprimerdevant le Congrès américain, le roi Charles III n’est pas venu, ce 28 avril 2026, réparer l’affrontlointain fait à son aïeul Georges III – « c’était l’autre jour, comme on dit chez moi », a dit le souverain, avec humour – mais pour fêter le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Non pour rappeler l’histoire conflictuelle de deux puissances coloniales rivales mais pour restaurer les relations diplomatiques entre deux pays divisés à propos de l’Ukraine et l’Iran. Bref, pour raviver la flamme clignotante d’une belle entente.

Humour et élégance, tels furent les maîtres mots de ce discours so british où les Futés de l’information qui frétillaient sur les ondes ne virent qu’un sermon et des « tacles » adressés au locataire de la Maison Blanche – pour ne pas dire au loup solitaire dans son bunker. A les en croire, le président Trump en aurait pris pour son grade. Sous un discours royal, élégant, entre histoire, humour et rappel des grands principes communs, le souverain britannique aurait donné à son hôte une leçon « subliminale », cinglante, morale et politique, en rappelant, devant le Congrès en joie, les points cardinaux d’une bonne gouvernance : fidélité aux alliés de l’Otan, défense de l’Ukraine, de l’état de droit, condamnation de la violence politique. Etonnant, en revanche, de ne pas avoir apprécié, comme il convenait, le rappel de son ascendance dans la bouche du souverain.

A lire aussi: Les femmes de Loosdrecht et la mairie en colocation (non choisie)

Ne sachant quoi dire à chaud, les journalistes s’emparèrent de la Magna Carta. Morceau de choix ! C’est quelque chose, dans notre imaginaire, que cette petite page qui soumet le pouvoir exécutif à des contre-pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie ! Née Outre-Manche, qu’est-ce qu’elle disait de brûlant, en cette occasion, cette Magna Carta ? De se méfier du despotisme ! La leçon était claire : suivez mon regard ! Ensuite, il y eut le rappel, dans la bouche de Charles III, d’une religion commune entre les deux nations. Qu’est-ce qu’elle disait, cette religion ? D’être « charitable » avec autrui sans exclusion. Derrière la porte, Donald était rincé ! Enfin, le must : le « tacle frontal » (sic) au dîner de gala qui suivit le Congrès quand le roi Charles III rappela au président la phrase qu’il avait prononcée au sommetde Davos : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le Président, que, sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que, sans nous, vous parleriez français ? » Vlan ! Révérence gardée, bien entendu.

Cette réponse du berger à la bergère fut l’occasion pour les journalistes de rappeler ce qu’est la diplomatie. Des attitudes et des paroles. Des petites phrases, des sous-entendus, des propos à double entente qui en disent plus que des traités et des détroits débloqués. Et du « subliminal ». Les couleurs des robes des premières dames, par exemple. Vous souvenez-vous, il y a peu, de la réception de Donald Trump à la Cour d’Angleterre ? La reine d’Angleterre était en bleu roi et Melania en jaune safran. Ça ne vous dit rien, ces couleurs ? Non, pas la Vierge Marie ni le Vatican, mais les couleurs de l’Ukraine ! Vraie complicité des deux dames ! Au dîner de gala du 28 avril, la Reine d’Angleterre était en rose fuschia, Mélanie en blanc crème : deux vraies roses. Autre exemple de « message » à décoder : la vocation messianique des Etats-Unis. Elle est connue. De Trump surtout. Le roi Charles ne fit-il pas une allusion « subliminale » au messianisme de son hôte en disant qu’en ces temps pascals que nous vivions encore, il priait contre « le repli ? » « Discours fantastique ! », dit l’intéressé, félicitant le roi Charles III d’avoir « fait se lever les démocrates, ce que lui-même n’avait jamais été capable de faire. »

A lire aussi: Trump brûle ses vassaux

La réception à la Maison Blanche, pour le thé et le dîner, fut chaleureuse. Là, encore, il y avait du subliminal. Car il fallait, bien sûr, interpréter le langage corporel. Tactile, pour l’accueillir, Donald Trump a « tapoté » l’épaule du roi et posé sa main sur son avant-bras pour l’orienter. Impair ? Non, dit l’interprète du langage des signes, mais « langage corporel léger et presque hésitant, témoignage de proximité plus qu’impair ». Signe « d’amitié active », pour tout dire.

De cette visite historique, voilà la version française d’un média : « En voyage aux Etats-Unis, Charles III tacle frontalement Donald Trump face à une Assemblée hilare ». L’anti-trumpisme se porte bien, en France. François de Sales ferait bien d’inspirer aux journalistes dont il est le saint patron un désir plus ardent de vérité. « Tacler » n’est pas jouer ! Encore moins « tacler de façon cinglante ! » 

Voter pour durer

Les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.


ll y a, dans la France contemporaine, quelque chose qui se défait en silence. Non pas une rupture éclatante, mais une lente désagrégation – une fatigue du monde, presque imperceptible pour ceux qui habitent encore les centres protégés du pouvoir, mais immédiatement lisible pour ceux qui vivent dans les marges, les périphéries, ces territoires où la vie se durcit sans bruit, sans mots, sans reconnaissance. 

Les classes populaires françaises – ce que l’on appelait autrefois le peuple – ne se reconnaissent plus dans le langage de ceux qui les gouvernent. Elles ne s’y opposent même plus : elles s’en retirent. Elles regardent, à distance, un monde politique devenu étranger, saturé de mots morts, de promesses sans chair, de discours qu’elles ne comprennent plus, ou qu’elles comprennent trop bien pour continuer à y croire. 

Entre ceux d’en bas et ceux d’en haut, il n’y a pas seulement une fracture sociale. Il y a une séparation des expériences, presque une séparation des réalités. Les uns vivent dans l’abstraction rassurante des normes, des flux, des équilibres macroéconomiques ; les autres dans la dureté concrète des fins de mois, des transports subis, des quartiers qui se transforment, des repères qui s’effacent. 

C’est dans cet écart que s’enracine le vote pour le Rassemblement national. Non comme une adhésion idéologique claire, mais comme un geste de retrait, presque un geste de survie. Ce vote dit moins une colère qu’une lassitude – lassitude d’être ignoré, lassitude de ne plus compter, lassitude d’entendre parler d’un pays dont on ne reconnaît plus ni les visages ni la langue. 

Le peuple réduit au silence 

Les milieux populaires vivent la mutation démographique non dans les statistiques, mais dans la chair du quotidien. 

Ils éprouvent la déliaison, les changements de mœurs, la montée d’un communautarisme islamique qui s’impose sans qu’on ose le nommer. Mais leur expérience est désormais interdite de parole : elle est disqualifiée avant même d’avoir été dite. 

C’est ici que se vérifie, tragiquement, la prophétie de Christopher Lasch. Les talking classes – les «  classes parlantes  » – ont confisqué la parole publique. Les autres, celles qui vivent sans être entendues, n’ont plus d’autre langage que le vote, ou le silence. La France des plateaux de télévision n’a plus rien à voir avec celle des supermarchés, des cités, des bourgs abandonnés. 

De cette fracture naît une colère sans voix. Le peuple comprend qu’on ne l’écoute plus, et qu’à chaque élection on lui intime de se taire sous la formule rituelle du «  barrage  ». Mais ce mouvement ne concerne plus seulement la France périphérique. On se tromperait gravement à n’y voir que la révolte d’une France pauvre. Dans les villes moyennes, dans certains centres urbains eux-mêmes, des commerçants, des artisans, des professions libérales basculent à leur tour – non par nécessité économique immédiate, mais par épuisement moral. Fatigue d’un monde qu’ils ont servi, qu’ils ont fait vivre, et qui désormais les ignore ou les entrave. Ils subissent l’empilement des normes, la pression fiscale, l’insécurité diffuse, et surtout ce sentiment d’un désordre sans nom que le langage officiel ne parvient plus à masquer. 

A lire aussi, Pierre Vermeren: Déracinés des villes, abandonnés des champs

Ce basculement dit quelque chose de plus grave encore : ce n’est pas une classe qui se détourne, c’est une confiance qui se retire. Et cette défiance épouse la géographie même du pays. Car la France ne vote pas selon des opinions abstraites, mais selon des expériences enracinées, presque charnelles. Dans plusieurs grandes villes du Sud – Nice, Perpignan, certaines parties de Marseille –, le vote pour le Rassemblement national s’installe, se fixe, se banalise. Non par hasard, mais parce que s’y concentrent des formes de vie où l’ordre, la sécurité, l’identité, la transformation du cadre quotidien ne sont pas des concepts mais des épreuves vécues. S’y ajoute une mémoire politique particulière, marquée par l’histoire des rapatriés, par une fidélité ancienne à des droites enracinées, qui rend ce vote moins scandaleux, moins interdit qu’ailleurs. 

À l’inverse, dans les grandes métropoles – Paris, Lyon, Bordeaux –, la structure sociale, plus instruite, plus mobile, plus dissoute dans les flux de la mondialisation, produit un autre rapport au réel. Le changement y est perçu comme promesse, comme ouverture, là où il est vécu ailleurs comme perte ou dépossession. Les tensions existent, bien sûr, mais elles sont tenues à distance, reléguées, invisibilisées. 

Face à la certitude du déclin

Deux mondes coexistent ainsi, séparés par une frontière invisible, mais presque infranchissable. C’est dans cet entre-deux que se noue une tension décisive. Beaucoup de ceux qui se tournent vers le Rassemblement national le font en sachant parfaitement ce que l’on dit de ce vote – chaos, rupture, menace. Ces accusations, répétées avec insistance par ses adversaires, notamment dans certains territoires où domine la crainte d’un affrontement, n’empêchent pourtant pas le mouvement. Comme si, pour une part croissante du pays, la peur du risque pesait désormais moins lourd que la certitude du déclin déjà vécu. 

Dans le même temps, cette mise en scène permanente du danger retient encore certains. Sans adhérer, sans franchir le pas, une partie de l’électorat – souvent plus âgée – demeure liée à une ancienne idée du vote, où choisir engage une responsabilité morale, presque une fidélité à un ordre ancien. Il faut se souvenir aussi de ce que fut le Front national de Jean-Marie Le Pen : un vote de rejet plus que d’adhésion, nourri par la peur, et parfois par une hostilité directe aux immigrés, en particulier aux populations arabes. 

Quelque chose s’est déplacé. Les constats qui appartenaient hier aux marges se sont lentement installés au centre – relation entre l’insécurité et l’immigration de masse, islamisation, tribalisation de la vie collective. Non parce que les idées du RN auraient triomphé, mais parce que le monde qui les rend audibles s’est étendu.

A lire aussi: Bardella au Medef: déjeuner en terre inconnue

 Le vote pour le Rassemblement national n’est pas seulement un fait politique. Il est le symptôme d’une rupture plus profonde : la séparation entre un peuple et ceux qui prétendent encore parler en son nom. Tant que ce lien ne sera pas renoué, non par des injonctions, ni par des condamnations morales, mais par une reconnaissance réelle, concrète, des vies vécues, ce vote continuera de croître, non comme une adhésion paisible, mais comme la voix persistante, presque muette, d’un pays qui sent qu’on ne le voit même plus.

La société malade

Price: ---

0 used & new available from

Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf

0

La cébre galeriste Sylvana Lorenz, femme dart et de communication, est morte ce jeudi 23 avril à l’âge de 73 ans. Surnommée Madame Cardin en raison de son amour impossible avec le cébre couturier, cette figure de lart contemporain aura été lintime de Jeff Koons, Keith Haring, César, Arman, Basquiat, Ben et Pierre Cornette de Saint-Cyr.


Pierre Cardin est définitivement veuf. Comme l’avait dit Jean Vilar lorsque Gérard Philippe s’en était allé, ce jeudi 23 avril, la mort a frappé haut.

« Madame Cardin » est partie comme elle a vécu : avec élégance, fantaisie et humour.

Une marginale cachée sous le masque du classicisme

Son dernier message à sa fille la célèbre romancière Amandine Cornette de Saint Cyr était à son image, une marginale cachée sous le masque du classicisme : « Demande au thanato-practeur de me mettre mon rouge à lèvres vermillon et de me lisser les cheveux au fer. Rappelle au prêtre que j’ai été une grande femme d’art, mais surtout l’égérie de Pierre Cardin pour qu’il le glisse dans son homélie. Sur la pierre tombale, fais graver « Dite Madame Cardin » à côté de mon nom, ça me ferait plaisir. Et puis ça attirera l’œil des promeneurs. Pour les fleurs, commande des roses rouges en hommage à Sainte Rita. Et surtout, pense à inviter mes copains Facebook, X, Linkedin, Instagram, TikTok. J’aimerais que ma dernière sortie ait du panache!». C’est hyper important d’inviter ses amis Linkedin à son enterrement : on l’oublie trop souvent. Avec sa mort, le panache, la grâce et l’ironie tirent leur révérence sans demander leur reste.

L’avenir prend soudain d’autres couleurs : d’un coup, la vie redevient en noir et blanc.

Une jeune galeriste

Dans les années 70, Sylvana, ravissante jeune italo-niçoise (pléonasme), qui a du destin plein sa besace, se rend dans un minuscule théâtre « lArtistique », boulevard Dubouchage, lieu parfait pour lui ouvrir les horizons d’une grande carrière. Elle y croise un inconnu prénommé Ben qui y fait une performance. Elle ne comprend rien à ce qu’il lui dit, puisqu’il un accent basque mêlé à de l’irlandais et de l’égyptien : elle tombe donc amoureuse de lui. C’est quand les gens se mettent à parler qu’ils nous ennuient, s’ils se taisaient, ils seraient bien plus intéressants. Ben est le seul artiste dont tout le monde a une œuvre, mais que personne ne connaît. Si tous les lycéens de France ont une trousse avec une absurdité en blanc sur fond noir, c’est la faute de Sylvana Lorenz, qui l’a tant inspiré. C’est à cause de folles comme Sylvana que toutes les mères de famille ont leur gosses qui les harcèlent depuis trente ans pour avoir des trousses bizarres. Elles auraient dû porter plainte contre Sylvana pour « incitation à la folie artistique ». D’ailleurs Sylvana était un peu fêlée, mais c’est ce qui permettait de laisser passer la lumière qui éclairait les tableaux exposés dans sa galerie.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Edition, médias: la gauche chic prise la main dans le pot de confiture

Madame Cardin

Elle quitte ensuite Nice pour aller vivre à Paris, puisque ce n’est qu’à Paris, n’est-ce pas, que l’on peut réussir sa vie ou finir de la perdre. Elle se souvient de ce sentiment qui l’avait saisie à son arrivée, qui relevait moins de l’ambition que de cette petite phrase innocente qui trottait dans sa tête : « tout est possible ». Elle est grande comme un rêve de gosse, belle comme la femme d’un autre, et élégante comme une gravure de Van Dongen. Surtout elle sait marcher comme John Travolta savait danser. La plupart des gens ne savent pas marcher.

On apprend plein de trucs inutiles au lycée comme le théorème de Thales (si un lecteur de Causeur utilise tous les jours le théorème de Thales, qu’il m’appelle au 0680559244) alors qu’on ne nous enseigne même pas comment marcher. Une foule, ça se fend, mais pas n’importe comment. Elle vend des petites mains en bronze dans sa galerie. Un beau matin, le voisin d’en face vient la voir pour en acheter une. Il s’appelle Pierre Cardin : l’homme qui a compris que rien n’est aussi dangereux que d’être trop moderne, et que c’est le meilleur moyen pour finir démodé. L’histoire avec un grand H commence. « Tout se mêle ! Amour, gloire et beauté, un conte de fée » écrira-t-elle. Elle sera directrice de la communication de l’Espace Cardin en 95, et ce, jusqu’à sa fermeture. Elle passera ses étés au palais Bulles puis dans le château du marquis de Sade, parmi les oliviers du Luberon. Sylvana aimait tellement Cardin qu’elle était finalement devenue plus Cardin que lui-même : elle s’habillait en rouge et noir Cardin, son appartement était une reconstitution de chez Maxim’s ; elle était son double, son reflet ou son miroir.

Pierre Cornette De Saint Cyr

Un autre homme aura marqué sa vie : son autre grand amour, le prince des commissaires-priseurs Pierre Cornette de Saint Cyr. Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette de Saint Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine. Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Une mort si jeune

Sylvana est morte jeune : 73 ans, d’un cancer aussi terrifiant qu’est sublime le livre qu’a fait dessus sa fille Amandine Cornette de Saint Cyr: Au secours, Marie !  Elle l’aura affronté avec un courage aussi admirable que le torero de Manet, Robert Jordan aux dernières lignes de Pour qui sonne le glas ou Honoré d’Estienne d’Orves qui refusera qu’on lui bande les yeux face au peloton d’exécution. Au moins elle ne sera jamais devenue une vieille dame. Elle ne ressemblera jamais à Brigitte Bardot ou à Catherine Deneuve : elle ne sera jamais fripée, jamais botoxée. Elle sera morte avec le même visage de nymphette que celui de la jeune galeriste qui fit découvrir dans sa petite boutique les premières œuvres de Ben et de Jeff Koons. Elle n’aura eu qu’un regret : n’avoir ni épousé Cardin, ni Pierre Cornette de Saint Cyr, les deux hommes de sa vie. En même temps, comment épouser quelqu’un quand on a dix demandes en mariage par jour.

Je me rends compte avoir écrit tout cet article au présent de l’indicatif. Les conjugaisons sont les pires des croque-morts : l’imparfait n’aura pas notre peau.

Tu es verseau comme moi et tu as prié Sainte Rita quand j’ai été en réanimation. Adieu Sylvana, tu avais le talent de la vie. Tu ne te seras jamais laissé salir par rien. Tu es là, intacte, protégée, comme un rêve de gosse. Tu as rejoint tes deux plus grands amours. La France est devenue chiante : tu es un ovni et ta folie, ou ton génie, n’auraient plus pu être compris par notre époque. Je te laisse. Tu dois être en train de préparer un cake à tes deux Pierre : Cornette et Cardin. Reste Pierre Tombale, ce salaud qui vient lundi 4 mai. Celui-là, il ne te fait pas peur.

Au secours, Marie !

Price: ---

0 used & new available from

Et mon culte, c’est du poulet?

A Saint-Ouen (93), le maire socialiste Karim Bouamrane s’est mis à dos l’enseigne Master Poulet qu’il ne souhaite pas voir débarquer dans sa commune. Les Insoumis sont de l’avis contraire, pensant « défendre le patrimoine culinaire de la Nouvelle France », analyse L’Opinion. Recours juridiques, outrances sur les réseaux sociaux contre l’édile: les prises de bec sont loin d’être finies.


Perso, dans une sorte de bouffée délirante, je le vois venir gros comme une maison. Oui, je le vois se profiler à l’horizon, le petit chantage crypto-communautaire. Il se trouve que le fast-food Master Poulet qui doit ouvrir à Saint-Ouen ne sert que du halal. Donc une nourriture plus spécifiquement dédiée à une certaine tranche de la population. Ceci n’est évidemment pas un détail. Ou s’il l’est pour l’instant, je m’autorise à craindre qu’il ne le reste pas longtemps. Il ne devrait pas manquer d’esprits particulièrement à cheval sur les strictes règles d’équité, d’égalité, de respect des modalités du vivre ensemble telles que prévues dans le manuel ad hoc pour s’agiter, renâcler, se cabrer à un moment ou à un autre. 

Pour l’heure, l’argument des autorités municipales de cette cité de Seine-Saint-Denis pour interdire l’ouverture de l’établissement repose sur deux justifications, l’une et l’autre des plus pertinentes au demeurant. Endiguer la propagation de mal bouffe et mettre fin à la prolifération d’enseignes répertoriées « restauration rapide » dans le périmètre de la commune. Rien de plus légitime. En effet, on comprend que les élus puissent prendre des décisions en regard de ces deux critères qui ne sont pas de détail, la santé alimentaire des populations et les équilibres commerciaux, économiques du territoire.

A lire aussi: Qui a peur du livre de Nicolas Pouvreau-Monti?

Tant que l’opposition à l’ouverture du la maison au poulet se tient sur ce terrain-là, personne, ne devrait rien trouver à redire. En théorie du moins.

Mais, ne parvenant pas à faire taire tout à fait le fond de mauvais esprit qui traîne quelque part en moi, et subitement titillé par une sorte de délire vaguement paranoïde, j’en viens à me demander si l’affaire ne va pas très vite prendre une autre dimension, et les enjeux se disputer sur un tout autre terrain.

J’évoque ici une éventuelle – mais heureusement très improbable – émergence du communautaire dans le débat. Une contre-attaque déplacée du terrain diétético-économique au registre inépuisable « ostracisme et stigmatisation » où l’on verrait des groupements, des associations, voire des mouvements politiques (suivez mon regard…), ceux qu’on connaît pour être toujours disposés à faire bouillir l’huile de la victimisation, monter au front sus à ce qu’ils s’ingénieraient à présenter comme un rejet, un refus pur et simple du halal. Et donc un acte d’hostilité délibérée. Vous le constatez, je ne fais que m’enfoncer encore un peu plus dans mon délire. Rien de cela ne se passera, on peut en être sûr. La sagesse prévaudra et chacun aura à cœur de se rendre aux très raisonnables préconisations de la municipalité en question. Il restera dès lors à Master Poulet à aller se faire frire ailleurs. Ce qu’il fera avec l’élégance et la docilité digne d’éloges auxquelles ces affectueux sujets de basse-cour nous ont habitués depuis longtemps.

Et ce n’est évidemment pas demain que nous verrons, dans les communes de France et de Navarre, instaurer, par exemple, un quota de fast-food halal pour tant d’enseignes ordinaire. Délire ou pas, cela me semble à jamais inimaginable. Et je n’imagine pas non plus que fleurissent dans les rues des revendications allant dans ce sens, avec des panneaux quatre par trois, des banderoles géantes, sur lesquels serait inscrit en lettres de feu le slogan – joyeux il est vrai – mais subtilement comminatoire que je me suis permis de faire figurer en titre de ma divagation avicole. Non, décidément, assez d’égarement. Oublions vite ces extravagances…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

RN au pouvoir: et si l’échec était déjà soigneusement préparé?

Que ferait l’armée en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national? ose carrément questionner tout haut notre chroniqueur, qui nous livre ses prévisions. Marine Le Pen ou Jordan Bardella s’inspireront-ils du « spoil system à la française » qu’il appelle de ses vœux pour notre République?


Depuis plusieurs années, tout est préparé par le pouvoir macronien pour qu’un(e)  président(e) de République issu(e) du Rassemblement national échoue très vite. Les Conseils Constitutionnels et d’Etat, la Cour des Comptes sont noyautés par des créatures présidentielles. Tout ceux qu’on décrit comme le “système”, les journalistes et intellectuels de gauche, la plupart des professeurs, la plupart des magistrats, tous endosseront avec enthousiasme le rôle de naufrageurs. Bruxelles n’est pas au bord de la mer mais là aussi, on allumera des feux sur les rochers pour le naufrage du France.

La majorité du Parlement européen se droitise, mais les pouvoirs non élus, comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme, resteront en place, toujours progressistes  et immigrationnistes. Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire perdurer son immobilisme mortifère après son départ.

Il faudrait donc qu’à son arrivée, le nouveau pouvoir change un certain nombre de règles jugées à tort sacro-saintes, en français imagé on dit “renverser la table”. Ce n’est pas là l’avis d’un boutefeu, c’est en termes plus choisis celui de l’ éminent juriste Jean-Éric Schoettl. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella prolongent la stratégie de la cravate par un strict respect des règles actuelles, la cravate les étranglera. Un changement total en douceur, est-ce concevable ?

Spoil system à la française ?

Par un savoureux paradoxe, c’est Emmanuel Macron qui peut fournir la solution : la sortie temporaire des règles, c’est exactement ce qu’il a fait pour la reconstruction de Notre-Dame, l’organisation des Jeux Olympiques, et c’est ce qu’il veut faire pour réindustrialiser la France. Les élections législatives qui suivront l’élection d’un président de la droite nationaliste ont beaucoup de chances d’apporter une majorité au vainqueur à laquelle s’opposera une minorité mélenchono-socialiste. La Vème République, après s’être perdue dix ans dans les marécages gaucho-centristes du macronisme, retrouverait enfin son lit principal, creusé par le Général de Gaulle et Michel Debré : un régime présidentiel appuyé par une majorité au parlement. Luc Ferry, qui balance régulièrement entre bonnes intuitions et erreurs, célébrait dimanche 26 sur LCI le régime parlementaire allemand, ces laborieuses coalitions gangrenées par les compromis. Solution antigaulliste, qui va à la France comme des chaussettes à un lapin.

Donc, une période spéciale de quelques mois après les élections du printemps 2027. Comment l’appeler ? La droite est trop droite, trop franche, elle doit apprendre de la gauche l’art subtil des désignations mensongères, comme le “vivre-ensemble” qui nomme l’état de divorce ethnique et religieux où nous vivons. “Moratoire constitutionnel” est à éviter, “moratoire” évoque trop le surplace des années “En Marche”. “Période constitutionnelle spéciale” est trop poutinien. Je propose le “Nouvel Etat de Droit”, le NED, avec majuscules et fanfare. Cela rappellera aux dinosaures de gauche la NEP, la “Nouvelle Economie Politique”, quelques mois de libéralisme imposé par Lénine, la seule période des années 20 où les Moscovites mangèrent à leur faim. Ça marchait trop bien, les communistes l’arrêtèrent. La mention “Etat de Droit” rassurera les naïfs.

L’acte fondateur du NED sera une loi instituant un “spoil system” à la française. Cet emprunt à la vénérable démocratie américaine stipulera qu’à chaque nouveau président, de nouveaux titulaires favorables à ses idées seront nommés dans la haute administration. Je propose ce même Jean-Éric Schoettl pour présider le nouveau Conseil constitutionnel et Sarah Knafo à la Cour des Comptes. Les deux connaissent ces boutiques, ce sera un parfait changement dans la continuité. De là tout découlera, comme l’eau qui jaillit au Mont Gerbier des Joncs et forme le plus grand fleuve de France. Réforme de l’Ecole de la magistrature scindée en douze entités, moratoire total sur l’immigration mis en œuvre par le ministre Fabrice Leggeri, peines planchers rétablies, a priori de légitime défense pour tous les gestes policiers, suppression de la loi mitterrandienne qui empêche la punition proportionnée des crimes les plus graves. Bien sûr, assurances répétées aux musulmans français qu’ils sont chez eux et y resteront, bonnes relations avec le Medef et les milieux économiques en donnant une orientation libérale plus marquée, Jordan forçant un peu son égérie.

Ne nous leurrons pas, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national ébranlera toute la société française et il faudra vérifier l’état de tous ses piliers. L’armée française est une armée pleinement républicaine. Selon l’adage latin Arma cedant togae, les armes obéissent à la toge, c’est-à-dire au pouvoir civil. Cependant, dans les grandes crises, on imagine souvent qu’on pourrait avoir besoin de l’armée pour rétablir l’ordre. C’est ce que pense la sénatrice Samia Ghali qui voudrait qu’elle intervienne dans les quartiers gangrenés par le trafic de drogue. L’ordre étant davantage une valeur de droite que de gauche, on pourrait penser qu’en cas d’affrontements graves, l’armée et ses chefs prendraient des positions plus favorables à la première. Au XIXe siècle, quand on voulait se moquer de la droite conservatrice, on l’appelait “l’alliance du sabre et du goupillon”. Le goupillon est depuis longtemps passé à gauche, mais le sabre ? Plus près de nous, en 2018, des généraux classés à droite ont protesté contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Ils gravitaient autour du général Antoine Martinez, animateur du site “Volontaires pour la France”. Mais aujourd’hui ?

Soyons raisonnables

Voici que la guerre d’Iran vient de jeter un éclairage surprenant sur l’état d’esprit des généraux, colonels, et amiraux de l’armée française en retraite, qui ne sont pas tenus au devoir de réserve. Cette génération de jeunes retraités a déferlé sur les plateaux de télévision pour critiquer avec la plus grande sévérité les armées américaines et israéliennes. Ils ne relèvent jamais qu’elles luttent pour nous épargner la destruction nucléaire possible par le régime le plus tyrannique et le plus dangereux de la planète. A côté de celui-ci, le Nord-Coréen Kim Jong Un fait figure de brave garçon rondouillard et espiègle qui s’amuse à titiller son jumeau du sud, le Japon et les Etats-Unis. Lui au moins ne commandite pas des attentats aux quatre coins de la planète et n’a pas des dizaines de Français à son tableau de chasse. Revenons à ces étonnants généraux doux comme des agneaux, pacifistes et totalement allergiques au risque. Lors des apparitions de l’un d’eux sur LCI, nous chronométrons ma femme et moi le nombre de secondes qui vont s’écouler avant qu’il ne s’écrie : “C’est trop risqué !”. D’où le surnom que nous lui donnons de “général Cétrorisquet”. Leur indifférence au sort d’Israël est abyssale: j’ai entendu le général Yakovleff s’exclamer : “Qu’importe si l’Iran lance une bombe atomique sur Israël, puisque les Israéliens pourront riposter, les deux pays seront vitrifiés”. Je n’ai pas entendu le mot “audace” sortir une seule fois des bouches de ces gentils scouts. Au Walhalla des grands guerriers, Jules César, Napoléon et Charles XII de Suède doivent rougir de leurs descendants. Dans son beau cimetière marin de Vendée, Clémenceau se tord de rire en redisant son fameux  « La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires. »

Pendant les troubles qui suivraient l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l’armée française ne ferait rien. Fidèle à l’héritage macronien, elle se tiendrait à mi-chemin de tout conflit, l’Amérique est aussi coupable dans ce conflit que l’Iran, la droite vaut la gauche, Marine et Mélenchon, c’est kif kif, ayons de la retenue, condamnons “avec la plus grande fermeté” et surtout ne faisons rien, ne levons pas le petit doigt, après il faudrait lever le bras, quelle fatigue ! Entendons-nous bien, je ne souhaite pas que l’armée agisse contre quiconque, je souhaite qu’elle soit une force d’interposition en cas de besoin, une sorte de Finul consacrée à la France. Comme toute haine exacerbée, la haine du président Trump et de l’Amérique n’améliore pas les capacités intellectuelles, loin de là. Le 23 avril dernier, dans C dans l’air, dont les gracieuses présentatrices sont habillées comme des reines grâce à nos impôts et à l’arnaque des sociétés de production, il y eut deux séquences étonnantes. Dans la première, on s’est alarmé du prix du kérosène, des difficultés de Transavia et de beaucoup de compagnies aériennes, des risques de ralentissement mondial du trafic aérien. Je me disais : l’un des intervenants, forcément écologiste, va forcément ironiser – grâce à Trump le climatosceptique l’empoisonnement de la terre par les énergies fossiles va ralentir ! Bien sûr, personne n’a eu l’idée de cette remarque qui aurait semblé une vague approbation du président américain. Incise personnelle : j’ai un fils qui sautait devant les avions sur les tarmacs d’aéroport pour dénoncer l’effet funeste de l’aviation sur le climat et qui a fait de la prison pour ce noble donquichottisme. Je suis fier de lui.

Deuxième séquence étrange : la célébration exaltée de la Chine, puissance raisonnable, puissance d’équilibre et de stabilité, qui bientôt bouffera les Américains à la baguette. Oubliés les Ouighours, oublié le contrôle facial auprès de quoi Big Brother est un gentil surveillant d’internat, oubliés les généraux et les opposants qui disparaissent avec la même rapidité qu’à Moscou, oubliée une verticalité du pouvoir qui les rend à la merci du moindre AVC, de la moindre chute préparée dans les escaliers…

Amère leçon : de Washington à Pékin, de Charles Alloncle au détroit d’Ormuz, la gauche, qui pouvait encore passer il y a quelques années pour une assistante sociale généreuse mais naïve, est devenue la reine du mensonge universel.

Karim Bouamrane ou la tentation féodale

0
Karim Bouamrane, maire de St Ouen lors du 81ème Congrès du Parti Socialiste au Centre Prouvé à Nancy le 14 juin 2025. © ISA HARSIN/SIPA

 « Nous sommes face à une municipalité qui barricade un point de vente, c’est du jamais vu ! » s’indignent les dirigeants excités de Master Poulet, la chaîne de rôtisserie halal qui défraie la chronique. Le maire socialiste de Saint-Ouen outrepasse-t-il ses pouvoirs ? L’analyse de Céline Pina.


Le bras de fer qui oppose Karim Bouamrane et la chaîne Master Poulet est aussi révélatrice de la dérive féodale qui s’installe dans notre pays et de ces élus qui ont oublié que leur première fonction est d’incarner la loi, et non d’imposer leurs obsessions et leur volonté à un territoire.

Petit rappel des faits : la chaîne Master Poulet décide d’ouvrir un restaurant à la sortie du métro Mairie de Saint-Ouen début avril. Trois jours après l’ouverture, la mairie fait fermer le restaurant, accusant l’enseigne d’avoir ouvert sans autorisation préalable alors que la Ville avait refusé l’installation. Le maire a donc fait installer des blocs de béton devant le fast-food pour bloquer l’entrée. Puis après une bataille judiciaire perdue, il a dû les retirer, pour mieux installer le lendemain des pots de fleurs géants ayant la même fonction.

Le restaurant Master Poulet veut s’installer à Saint Ouen, malgré l’opposition de la mairie, 27 avril 2026 © Martin Rodier/SIPA

Le problème est que l’avis défavorable d’un maire n’a aucune valeur juridique contraignante si le commerce respecte les règles d’urbanisme, de sécurité et d’hygiène. Agir comme un parrain qui déciderait de qui peut ouvrir un commerce et de ce que l’on doit y trouver n’est pas dans les prérogatives d’un maire : il ne peut mobiliser la puissance publique pour harceler l’enseigne parce qu’elle lui déplait politiquement. La loi a tranché cette question depuis fort longtemps or, non seulement le maire n’est pas au-dessus de la loi, mais il est même censé en être le garant et le gardien (et pas le propriétaire).

La loi et les volontés de la municipalité 

Or Karim Bouamrane fait exactement l’inverse, il mobilise tout son pouvoir, afin d’imposer ses desiderata personnels. La réalité est cependant un éclairage très cru pour qui aime se mettre en scène en parangon de vertu. Alors dans l’entourage du maire on essaie de faire passer un comportement féodal pour un engagement dans la lutte contre la malbouffe. Un engagement très ciblé car à Saint-Ouen, nombreuses sont les enseignes de fast-food, et une seule subit l’ire du maire – cela interroge quand même un peu.

Mais ce qui interpelle est la dialectique, très manipulatrice et assez malhonnête intellectuellement, utilisée par le maire pour faire passer un abus de pouvoir pour une preuve de vertu. Dans une vidéo publiée sur son compte Tik-tok, le 24 avril, Karim Bouamrane ne dit pas, bien sûr, qu’il va s’en prendre à ce restaurant parce qu’il ne l’aime pas. Il affirme : « Master Poulet s’est installé à Saint-Ouen contre la volonté de la municipalité. Ils se sont installés sans respecter les règles du droit commun. Je dois faire respecter la puissance publique. Nous sommes rentrés dans une bataille judiciaire ». Cette logorrhée ne vise qu’à un seul objectif : opérer une usurpation symbolique. En effet, dans cette assertion, la puissance publique, autrement dit l’appel à l’autorité légitime et à la loi, est invoquée pour justifier une décision qui vient d’être justement invalidée par le tribunal administratif. L’homme retourne le langage de la légalité contre la légalité elle-même. En rhétorique cela s’appelle une catachrèse politique.

A lire aussi: Et mon culte, c’est du poulet?

Mais pour inscrire cette manipulation dans un contexte plus dramatique, l’entourage du maire a expliqué au Parisien : « Ce genre d’enseigne va à l’encontre de notre projet de commerce de qualité. La malbouffe n’a pas sa place à Saint-Ouen ». Un commerce légal est ainsi redéfini comme une atteinte à un projet politique préexistant dont le maire est le gardien. La loi n’est plus rien, le projet du maire est tout. L’objectif militant remplace la règle de droit.

Le terme « n’a pas sa place » est aussi particulièrement intéressant en ce qu’il révèle le fantasme féodal : le maire décide de qui a sa place sur son territoire, comme un propriétaire décide de ce et de ceux qu’il laisse entrer en son domaine. Quant à la référence à la malbouffe, elle atteint des sommets de paternalisme faussement bienveillant. Pendant que tout à sa mise en scène moraliste, Karim Bouamrane explique à ses habitants qu’il sait ce qui est bon pour eux et mobilise la puissance publique pour leur imposer sa conception du bien, ceux-ci font la queue devant Master Poulet. On est ici en plein perfectionnisme autoritaire.

Série à rebondissements

Tocqueville en parlait déjà dans De la démocratie en Amérique. Il évoque l’idée d’un despotisme doux qui ne se contente plus de garantir les libertés, mais veut imposer sa vision du bien vivre. C’est exactement la logique de Karim Bouamrane. Enfin la théâtralisation de ce conflit s’achève en triste feuilleton : à la banderole de Master Poulet « N’en déplaise à Karim, nous sommes ouverts », le maire répond « Bien joué, rendez-vous au prochain épisode ». Le conflit juridique est devenu à présent une saga personnelle, un bras de fer. Ici le maire n’est plus le garant de la loi, mais le protagoniste d’une série à rebondissements au terme de laquelle il compte bien imposer son pouvoir personnel contre la loi commune. S’il se met en scène sur les réseaux sociaux, c’est parce qu’en transformant un abus de pouvoir en spectacle, il espère s’offrir encore plus de légitimité. L’abus de pouvoir comme outil promotionnel, il fallait y penser, le progressisme l’a fait. L’homme a très bien compris que quand la loi ne vous donne pas raison, il reste encore le tribunal de l’opinion, alors il joue sa carte.

On est là à l’acmé de la confusion entre la fonction et la personne. Confusion qui est exactement ce que la loi est censée interdire : un maire n’est pas un héros moral qui impose sa conception du bien et du bon. Il est un gardien temporaire de la loi commune. Dès qu’il se prend pour le premier, il cesse d’être le second. Ainsi la libre administration des collectivités ne comprend pas le droit de décider quelles activités commerciales légales peuvent s’exercer sur un territoire. En agissant ainsi Karim Bouamrane traite Saint-Ouen comme son domaine privé, un lieu où sa volonté est la règle. C’est un glissement vers une baronnie de fait.

A lire aussi: Quand Brigitte voit le ciel en gris

Cet épisode met en lumière tous les traits du petit seigneur local que la décentralisation est en train de réveiller chez les élus les moins conscients de leurs missions et de leurs devoirs et les plus avides de pouvoir coercitif : le nouveau féodal confond la loi et sa volonté personnelle, substitue des objectifs militants à la règle de droit et s’approprie le territoire communal comme si c’était sa propriété privée. Et il en rajoute encore en mettant en scène ses abus comme s’il s’agissait d’une manière d’agir légitime. Non seulement il pose des actes de petit seigneur, mais il les revendique publiquement et sans honte.La question qui se pose derrière ce type d’attitude est le risque de corruption que cela promet et annonce.

Dans un rapport du Service central de Prévention de la Corruption paru en 2013, on trouve un avertissement limpide : « Urbanisme et urbanisme commercial : détournements de procédure, corruption, trafics d’influence, prise illégale d’interêt… Toute la panoplie peut se déployer sur ce terrain, tant la décision des élus est déterminante, le nombre d’acteurs concernés nombreux et l’impact des flux économiques importants ». Le mécanisme qui amène à la corruption est aussi simple qu’implacable : dès qu’un élu s’arroge un pouvoir discrétionnaire sur l’implantation des commerces, pouvoir que la loi ne lui accorde pas, il crée mécaniquement une rente. Celui qui veut s’installer doit obtenir la faveur du Prince. Et la faveur du Prince a un prix, qu’il soit monétaire, politique ou les deux…

Ces biens essentiels

Price: ---

0 used & new available from

Bruno Retailleau n’est plus un homme de devoir !

0
Visite à Nanterre de Bruno Retailleau, candidat à l'élection présidentielle de 2027, sur le thème de l'état d'urgence contre la traite des êtres humains, en compagnie de Roger Karoutchi, Philippe Juvin et Hélène Matouk. Table ronde avec des officiers de police issus de différents syndicats au Campanile Prime de Nanterre, suivie d'une promenade dans le quartier Pablo Picasso et d'un entretien avec la presse, le 23 avril 2026 © ISA HARSIN/SIPA

Le jeudi 23 avril, Bruno Retailleau était dans le Tarn, à Albi, pour son premier meeting de campagne. Après avoir été désigné candidat par les adhérents des Républicains avec 73,8 % des suffrages, il leur a présenté sa ligne: une droite «fière et sincère», axée notamment sur l’immigration et la sécurité. Dernièrement, il accuse Emmanuel Macron d’avoir «fait preuve de faiblesse» et d’être «dans une forme de dépendance» vis-à-vis de l’Algérie.


Depuis que la candidature de Bruno Retailleau a été nettement validée par Les Républicains, il est clair qu’il a changé de registre, poussé les feux et passé la cinquième vitesse. Surtout, il a cessé de plomber le moral de ses soutiens et de cette majorité « d’honnêtes gens » qu’il invoque si régulièrement et si justement. En effet, longtemps, il s’est présenté comme un homme de devoir, allant vers la candidature présidentielle comme si elle était un échafaud, n’insufflant pas, de ce fait, la confiance qu’un chef doit inspirer et diffuser. C’était hier, et c’est bien fini.

Un an pour convaincre

L’homme a compris que l’exigence du devoir devait être relayée par l’élan de l’enthousiasme et qu’aucun espoir n’était permis si le principal intéressé, dans cette échéance capitale à venir, manquait lui-même du désir d’opérer la rupture, de « renverser la table », comme il l’a encore déclaré récemment. Pour se convaincre de cette volte bienfaisante, sans laquelle rien n’aurait été possible — ni psychologiquement ni sur le plan politique —, il convient de lire la longue déclaration qu’il a développée dans le Tarn et dont chaque terme est pesé. Elle constitue à la fois une réponse aux polémiques injustes dont il a été victime, une déclaration volontariste, un programme éthique, une promesse sincère aux Français et, par sa vigueur et sa force, un acte. 

A lire aussi, Dominique Labarrière: David Lisnard broie du lourd

Un propos aussi résolu ne peut qu’engager celui qui l’a tenu : « Les gens ont appris à me connaître au ministère de l’Intérieur. Jamais je n’ai courbé l’échine devant la bien-pensance. J’ai suscité des polémiques à maintes reprises. J’ai dû affronter des désaccords avec le chef de l’État. Jamais je n’ai capitulé. Aujourd’hui, prendre la décision de se présenter à une élection présidentielle, c’est prendre une décision extrêmement grave, qui engage chaque cellule, chaque fibre de son corps et, par conséquent, rien ne me fera reculer. Je dirai la vérité, je convaincrai les Français. Je ne ferai pas de marketing électoral. Je ne chercherai pas à séduire avantageusement avec des slogans. Et de même que je ne ferai pas de segmentation, je ne m’adresserai pas à des clientèles successives, je m’adresserai au peuple français et je le convaincrai. J’en suis certain. »

Bruno Retailleau dispose d’un an pour convaincre ceux qui ne sont pas encore persuadés qu’une droite authentique est enfin de retour, pour battre en brèche le pessimisme de ceux qui, comme Jean-François Copé, choisissent de s’en prendre aux populistes plutôt que de créer et d’aider positivement, et, plus largement, pour instiller, dans notre paysage démocratique dévasté, sous une forme républicaine, l’espérance d’un redressement national et international.

Chance pour la France

Ce n’est pas l’insulte qui le visait indirectement au sujet de l’Algérie — Emmanuel Macron a traité de « mabouls » ceux qui défendaient une position ferme sur les rapports entre ce pays et la France — qui constituera un passif à l’encontre de Bruno Retailleau. Bien au contraire, puisque la stratégie purement diplomatique prônée par le pouvoir s’est révélée inefficace et que la sienne est largement approuvée. Et le président, par cette vulgarité ciblée, s’est déshonoré lui-même. La première pierre, pour remettre notre nation d’aplomb, sera d’abord, enfin, le courage de ses dirigeants.

Bruno Retailleau ne se contentera pas de faire son devoir : il mettra tout en œuvre pour être à l’heure de son rendez-vous avec le peuple français, porté par la conscience de la chance qui lui est donnée et qu’il aura su créer.

L'Heure des crocs - De CNews et du délit d'opinion

Price: ---

0 used & new available from

La paix à l’iranienne: petit mode d’emploi pour se faire rouler

0
Téhéran, 6 avril © Vahid Salemi/AP/SIPA

Ormuz : fermé pour travaux… de paix (jusqu’à quand?)


Les bombardements de l’Iran ont cessé depuis le 7 avril 2026, il y a quatre semaines.  Depuis lors, le blocage du détroit d’Ormuz est devenu l’épouvantail de nos sociétés. Alors que le président américain répète qu’il a gagné la guerre et que l’ennemi n’a plus de marine, la télévision iranienne montre de petites vedettes prenant le contrôle d’un navire récalcitrant. Peu à peu s’infiltre en nous l’image d’un Iran agile et résilient face à des Etats-Unis surarmés et patauds. Désormais, pour bien des commentateurs, Trump a perdu cette guerre et il doit négocier sous peine de plonger l’économie mondiale dans la tourmente. Notons néanmoins, en ce qui concerne l’économie américaine qui est la seule qui préoccupe le président américain, que en deux mois, depuis le 28 février, le SP500, l’indice de la Bourse a monté de 2,5% et que l’inflation ne s’élève qu’à 3,3% en glissement annuel alors que, avant même la hausse des prix du pétrole, on redoutait les effets sur la hausse des prix de l’augmentation des tarifs douaniers. Grâce à la Cour Suprême qui les a largement invalidés et aux assouplissements auxquels il a lui-même procédé, le président américain a évité au consommateur un choc inflationniste. Si la majorité des électeurs lui sont actuellement hostiles, les élections de midterms ne sont que dans six mois et Trump espère que le nouveau Gouverneur de la FED sera moins inflexible sur les taux que son prédécesseur, et mettra ainsi les Républicains en meilleure posture électorale. 

Midterms : tout n’est pas perdu pour Trump

De plus, bonne nouvelle pour le président, plusieurs Etats démocrates connaissent de gros troubles économiques. Il en est ainsi de l’Etat de New York et plus encore de la Californie, qui ayant imposé des taxations élevées pour des raisons écologiques, a fermé ses raffineries, importe une partie de son pétrole du Moyen Orient et se retrouve avec des prix à la pompe supérieurs de moitié à ceux de la moyenne américaine… Au contraire des Etats républicains comme la Louisiane qui produit du gaz, l’Alaska, le Dakota et surtout le Texas qui à cause de leur pétrole sont de grands bénéficiaires de la crise du détroit d’Ormuz. 

Ces considérations permettent de croire Donald Trump quand il dit qu’il a le temps, alors que beaucoup estiment qu’il cherche avant tout à se débarrasser du fardeau iranien. C’est certainement cela que pensent les dirigeants iraniens, qui n’ont pas, eux, à se soucier d’élections. Un président américain pressé d’en finir, quelle aubaine ! D’autant plus qu’on sait que Trump a peur de s’engager dans un conflit au sol où, en face d’ennemis heureux de donner leur vie pour le paradis et ses délices, il aurait à rendre compte à son peuple de chaque soldat tué si loin du continent américain et pour une cause qui reste obscure à beaucoup. On ne doit pas cependant sous-estimer la détermination du président américain dont l’opinion à l’égard de l’Iran n’a pas varié depuis ses premiers pas en politique. Il vient de refuser d’hallucinantes exigences lors de la rencontre avortée d’Islamabad.  Les Iraniens, se présentant comme les vainqueurs du conflit, revendiquaient une garantie américaine d’arrêter définitivement la guerre et de lever leur part du blocus et une reconnaissance du droit de l’Iran au contrôle du détroit d’Ormuz. Puis une fois les sanctions économiques annulées, l’Iran accepterait de «discuter» du nucléaire. Cela lancerait les Etats Unis dans d’interminables négociations pendant que l’Iran aurait tout le loisir de reconstituer ses armements. 

Même un Trump expert dans l’art de faire passer des vessies pour des lanternes aurait du mal à parler de victoire. Le président américain sait, quoi qu’il en dise, qu’il a piteusement échoué avec le dictateur nord-coréen. Mais pour ce dernier, la bombe atomique n’est qu’une garantie de survie du régime, alors que pour la théocratie iranienne, elle est un danger existentiel pour beaucoup de pays et pas seulement pour Israël envers qui le régime, depuis sa création, réitère des promesses de destruction de façon obsessionnelle

Menace sur les puits de pétrole

«La paix n’est pas l’absence de guerre, c’est une vertu, un état d’esprit, une volonté de bienveillance, de confiance, de justice.» La phrase est de Baruch Spinoza.  Avec l’Iran actuel, nous sommes aux antipodes.

Pourtant certains Etats, la France en particulier, insistent sur le fait que les Américains et les Israéliens mènent une guerre illégitime, que cette guerre n’est pas la leur, et qu’un conflit ne peut se résoudre que par la diplomatie qui amènera enfin la paix pour la région… C’est la même conception de la paix que celle de Chamberlain et Daladier à Munich. Parler de paix avec un régime pareil, que ce soit avec ses fanatiques dits extrémistes ou ses fanatiques dits modérés, c’est humilier le sens de ce mot. Lorsque Mme Vautrin, ministre des Armées, assimile par ailleurs Tsahal au Hezbollah, elle fait pire encore.

A lire aussi, Gil Mihaely: Les Émirats quittent l’OPEP: un séisme discret

Que fera le président américain, avec ses moyens et ses porte-avions ? Les experts pensent aujourd’hui pour la plupart qu’il va resserrer lui-même le blocus dont les Iraniens ont voulu faire leur joker, car ce blocus dont ils ont tiré beaucoup de prestige leur coûte très cher. Ce serait un habile retour du berger à la bergère.  Chaque jour l’Iran perd près de 500 millions de dollars de revenus pétroliers et il aura de plus en plus de mal à payer ses services. Par ailleurs, le pétrole qui ne sort pas du puits se fige comme l’huile refroidie sur la poêle et peut rendre ce puits inutilisable, car le récurage y est bien plus complexe que dans une cuisine… C’est l’avenir du pays qui serait en jeu.

Mais il s’agit là d’anticipations et de mécanismes à long terme. Or, la résilience du régime iranien est extrême. Il se prépare depuis près d’un demi-siècle à la confrontation finale et ceux qui le dirigent (Vahidi notamment) sont ceux-là mêmes qui ont préparé cette résilience en multipliant, dispersant, enterrant les usines de fabrication des armes et en leur consacrant l’essentiel des revenus pétroliers du pays. 

Il semble clair que la campagne de bombardements récente a détruit une grande partie du potentiel militaire, et notamment des moyens complexes de fabrication de missiles, une activité que l’Iran a développée alors qu’il était soumis aux sanctions de l’Accord de Vienne sur le nucléaire iranien et à laquelle des pays amis comme la Chine et la Russie (un autre bénéficiaire du blocus pétrolier) ont apporté leur concours logistique ou commercial. Les experts s’accordent pour évaluer que ce potentiel de fabrication a été détruit pour 60% à la suite des bombardements.  Les pessimistes en concluent qu’il leur en reste près de la moitié…

Les bruit de délitement et de panique à l’intérieur du régime iranien appartiennent pour l’instant à la catégorie du wishful thinking, des désirs qu’on prend pour des réalités. Chacun des responsables iraniens sait qu’il s’agit pour lui et pour ses idées d’une question de survie. La décision appartient aux plus durs et les soi-disant modérés s’y conforment publiquement quand on le leur demande.

Quant au peuple iranien, il a été saigné par les massacres de janvier qui ont décapité en masse ceux qui ont levé la tête. Aussi affaibli puisse-t-il apparaitre, un régime organisé autour de la répression des opposants et de l’élimination des branches inutiles peut supporter longtemps un étranglement économique. De plus, ce régime a aujourd’hui des alliés : les pays qui aux Nations Unies l’ont choisi pour une fonction de prestige au Conseil économique et social de l’ONU en représentent un éventail.

Aussi longtemps que les militants de base des basidj et des pasdaran lui obéiront, autrement dit aussi longtemps qu’il pourra les payer, un tel régime pourra tenir. Le peuple iranien est une variable d’ajustement et c’est lui qui souffrira. Les pressions économiques ne suffisent pas à elles seules et il est probable qu’une reprise des bombardements soit nécessaire pour démanteler en profondeur les structures de fabrication et de transport et les lieux de mobilisation. Nul ne sait aujourd’hui si Trump la décidera.

S’il le fait, on trouvera des commentateurs pour dire que c’est une nouvelle gesticulation criminelle. Il est à noter que suivant les sources iraniennes elles-mêmes, corroborées par des évaluations extérieures indépendantes, le nombre de morts provoquées par six semaines de frappes aériennes américaines et israéliennes est d’environ 3500, soit, malgré des erreurs sur des équipements civils (par exemple une école bombardée par les Américains), moins de 10% des morts provoqués en deux jours par les basidj dans la population iranienne au mois de janvier. Cette comparaison pour distinguer la guerre par rapport à la sauvagerie

Le fait que le peuple iranien, dont la grande majorité déteste le régime, trouve en lui les moyens de se révolter ne relève pas de l’évidence. Mais la paix, la vraie, ne se fera que sur les décombres de la théocratie. Et non grâce à d’hypocrites appels à un dialogue diplomatique.

Edwy Plenel ou l’antiracisme qui compte les couleurs

0
Capture d'écran Backseat / YouTube.

Lors d’une homélie diffusée dans l’émission « Backseat », le journaliste a estimé que les nouveaux maires lfistes de banlieue qui ont fait couler tant d’encre ont vraiment un p’tit truc en plus. Au banquet de l’antiracisme, il renverse la table.


Dans l’émission Backseat de Jean Massiet sur Twitch, Edwy Plenel dit qu’il veut organiser un banquet des maires noirs de France.

Ecoutez-le: « Je voudrais les saluer en me disant qu’ils pourraient faire un grand bras d’honneur et fêter toutes leurs élections en organisant un congrès ou un banquet des maires noirs de France. Et pourquoi pas ? (…) Alors merci infiniment mesdames et messieurs les élus noirs de la France telle qu’elle vit, celle du peuple vivant. »

Le fondateur de Mediapart, l’une des grandes consciences de la gauche décoloniale, dresse une liste nominative d’élus noirs.

Salomon, vous êtes noir ?

Certes, Plenel ne veut pas les stigmatiser, mais les honorer, en les assignant à leur couleur de peau. Il précise aussi qu’ils ont en commun d’être de gauche dans sa diversité (qui ne comprend pas le PS). Pourtant, il ne suggère pas un banquet pour tous les élus de gauche.

C’est le parfait exemple de l’inversion d’un antiracisme qui passe son temps à compter : la couleur de peau n’est plus indifférente — ce qui était quand même l’objectif  —, elle devient une qualité supplémentaire. Un petit truc en plus !

L’élection de maires noirs montre au moins que le racisme est en déclin. Peut-être, même si beaucoup de leurs électeurs sont eux-mêmes issus de l’immigration. Mais ils n’ont pas été élus en disant qu’ils sont noirs, tout de même !

A lire aussi, Dominique Labarrière: Et mon culte, c’est du poulet?

Le racisme est aujourd’hui criminalisé et honteux dans notre société. Personne ne s’offusque de l’élection d’un Français noir ou arabe, tant mieux. Mais l’exaltation des origines est contraire à la tradition française d’assimilation. Dans les années 1930, alors que la ségrégation était féroce aux États-Unis, des écrivains et artistes noirs découvraient émerveillés qu’en France, on ne les voyait pas comme des Noirs.

L’antiracisme d’aujourd’hui rompt avec cette tradition. D’abord il y a eu le droit à la différence, ensuite la « diversité », et enfin avec les « tout-blancs, tout-moches » de Mélenchon, on recrée même si c’est pour rigoler une sorte de hiérarchie. Être blanc, c’est porter un passé coupable. En plus, ce ne serait pas beau.

Antiracisme 2.0

Cette gauche Plenel-Mélenchon fustige bruyamment les banquets du « Canon français ». Racisme, fascisme, xénophobie : tout y passe. C’est certainement très franchouillard, peut-être que le public n’est pas assez divers pour les gens qui comptent les couleurs. Mais ces rassemblements n’ont justement rien à voir avec la couleur de peau : ce sont des gens qui veulent défendre des mœurs, une convivialité « saucisson-pinard », une identité qui n’est pas blanche mais française. C’est une réponse semble-t-il assez joyeuse à la peur de la disparition.

Ces soi-disant antiracistes, qui divisent le monde entre racistes et racisés, entre blancs coupables et diversité victime, sont des incendiaires. Ils font tout pour transformer le côte à côte en face-à-face.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

https://www.youtube.com/watch?v=6c5-SWGPxCk

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Diplomatie franco-belge: fraises contre citrons

0
La Namuroise Charlotte Deom et la Mentonnaise Alexandra Masson. DR.

Prix citron pour Namur «l’antifa»: la capitale wallonne rompt avec Menton pour raisons politiques !


Avant toute chose, permettez-moi de rappeler cette étrangeté : il existe en Wallonie des villes officiellement « antifascistes ». Namur fait partie de celles-ci, comme Charleroi, Liège et Mons, manière pour elles d’interdire plus aisément les réunions de tout parti ou autour de toute personne qui rappellent que l’immigration n’est pas une chance, qu’un homme est un homme et une femme une femme ou encore que l’insécurité galopante devrait justifier une politique de tolérance zéro. Le concept est né au moment où le parti Chez Nous tentait de bousculer la mainmise de la particratie sur l’échiquier politique.

Engagé-e-s

Capitale de la région la moins démocratique d’Europe, Namur est jumelée à Menton (06). Problème : la ville du sud de la France a élu au poste de maire une représentante du Rassemblement national lors des dernières élections municipales. Il n’en fallait pas plus pour mettre entre parenthèses une amitié datant des années cinquante. Quant à Alexandra Masson, elle n’est pas la bienvenue au pied de la citadelle mosane. Mais peut-on la plaindre lorsque l’on voit ce qu’est devenue la ville wallonne ces dernières années ?

A lire aussi: Et mon culte, c’est du poulet?

À Namur, c’est le parti nommé Les Engagé-e-s, autrefois social-chrétien, qui règne en maître. Comme nombre de villes situées au confluent de deux cours d’eau – Lyon a pendant longtemps vécu la même situation –, elle a du mal à choisir et ne vote donc ni vraiment à gauche, ni vraiment à droite, mais pour les centristes qui, pour reprendre l’expression que j’entendais dans ma jeunesse, « se nourrissent à tous les rateliers ». L’homme fort est Maxime Prévot, bourgmestre entretemps devenu ministre des Affaires étrangères et qui a nommé une marionnette « faisant fonction » pour veiller aux destinées de la ville.

Dans sa nouvelle fonction, l’homme qui n’aime donc pas le RN ne cesse de se faire le porte-parole du Hamas et de relayer le palestinisme ambiant. Sous sa houlette, la Belgique appelle à davantage de sanctions contre Israël et à revoir l’accord d’association de l’UE avec l’Etat hébreu – Jérusalem, Menton, même croisade. Rappelons aussi que son parti est celui qui fut le premier à faire élire une députée voilée en Europe – ladite élue est aujourd’hui ministre dans le gouvernement d’Erdogan.

Nous n’avons pas les mêmes valeurs

Mais quittons les rives du Bosphore et revenons à celles de l’Entre-Sambre-et-Meuse: de ville bourgeoise, Namur est devenue une cité en voie de quart-mondisation où pauvreté, trafic de drogue et délinquance conjuguent leurs effets, notamment dans le quartier de la gare, porte d’entrée peu accueillante. En quelques années à peine, le visage de la « ville escargot » – comme elle est surnommée – s’est profondément transformé, au plus grand dépit des habitants qui sont 76 % à estimer que l’insécurité a augmenté. La ville ne survit financièrement que grâce au plan Oxygène, aide de la Région wallonne, elle-même endettée. Il n’y a pas de petites économies dans ce contexte : les associations folkloriques doivent désormais mettre la main à la poche pour occuper l’espace public. 

A lire ensuite: Et mon culte, c’est du poulet?

Mais apparemment, l’urgence pour la ville était de rompre avec son homologue française. Pour l’échevine de centre-droit Charlotte Deom (MR), « les relations internationales de la ville doivent s’inscrire dans le cadre des valeurs que nous défendons : la démocratie, l’état de droit, l’égalité et le respect des droits fondamentaux. C’est une question de cohérence. » Ça sonne creux comme un discours tenu lors d’un concours de miss, ça donne une fausse impression de la résistance – sans le maquis –, ça donne des gages à la gauche qui exerce un chantage moral permanent en Wallonie et surtout ça n’explique pas en quoi la nouvelle maire de Menton s’écarterait de ces principes. 

Les fraises de Wépion, cultivées à quelques encablures de Namur, ne se mélangeront plus aux citrons de Menton. Pour avoir travaillé quelques années dans la capitale wallonne et y avoir conservé des amis, je sais ce que ceux-ci pensent de l’évolution de leur ville. Et assurément, ils souhaiteraient une personnalité de la trempe d’Alexandra Masson à la tête de leur cité. Mais les édiles de la ville, préoccupés à être plus antifascistes que les antifas eux-mêmes, songent sans doute déjà, en concertation avec l’exécutif wallon, à rebaptiser l’Elysette, nom du lieu où siège le gouvernement, au cas où Marine Le Pen ou Jordan Bardella accéderaient à l’Elysée en France.

Magna carta: un discours «so british»

0
Le Roi d'Angleterre, Donald Trump et son épouse, lors d'un diner à la Maison Blanche, Washington, 29 avril 2026 © Alex Brandon/AP/SIPA

Nos journalistes se sont amusés à décoder les messages subliminaux prétendumment hostiles tenus par le Roi Charles à Trump…


Deuxième souverain britannique après Elizabeth, en 1991, à s’exprimerdevant le Congrès américain, le roi Charles III n’est pas venu, ce 28 avril 2026, réparer l’affrontlointain fait à son aïeul Georges III – « c’était l’autre jour, comme on dit chez moi », a dit le souverain, avec humour – mais pour fêter le deux-cent-cinquantième anniversaire de l’indépendance des Etats-Unis d’Amérique. Non pour rappeler l’histoire conflictuelle de deux puissances coloniales rivales mais pour restaurer les relations diplomatiques entre deux pays divisés à propos de l’Ukraine et l’Iran. Bref, pour raviver la flamme clignotante d’une belle entente.

Humour et élégance, tels furent les maîtres mots de ce discours so british où les Futés de l’information qui frétillaient sur les ondes ne virent qu’un sermon et des « tacles » adressés au locataire de la Maison Blanche – pour ne pas dire au loup solitaire dans son bunker. A les en croire, le président Trump en aurait pris pour son grade. Sous un discours royal, élégant, entre histoire, humour et rappel des grands principes communs, le souverain britannique aurait donné à son hôte une leçon « subliminale », cinglante, morale et politique, en rappelant, devant le Congrès en joie, les points cardinaux d’une bonne gouvernance : fidélité aux alliés de l’Otan, défense de l’Ukraine, de l’état de droit, condamnation de la violence politique. Etonnant, en revanche, de ne pas avoir apprécié, comme il convenait, le rappel de son ascendance dans la bouche du souverain.

A lire aussi: Les femmes de Loosdrecht et la mairie en colocation (non choisie)

Ne sachant quoi dire à chaud, les journalistes s’emparèrent de la Magna Carta. Morceau de choix ! C’est quelque chose, dans notre imaginaire, que cette petite page qui soumet le pouvoir exécutif à des contre-pouvoirs nécessaires au bon fonctionnement de la démocratie ! Née Outre-Manche, qu’est-ce qu’elle disait de brûlant, en cette occasion, cette Magna Carta ? De se méfier du despotisme ! La leçon était claire : suivez mon regard ! Ensuite, il y eut le rappel, dans la bouche de Charles III, d’une religion commune entre les deux nations. Qu’est-ce qu’elle disait, cette religion ? D’être « charitable » avec autrui sans exclusion. Derrière la porte, Donald était rincé ! Enfin, le must : le « tacle frontal » (sic) au dîner de gala qui suivit le Congrès quand le roi Charles III rappela au président la phrase qu’il avait prononcée au sommetde Davos : « Vous avez récemment déclaré, Monsieur le Président, que, sans les Etats-Unis, les pays européens parleraient l’allemand. Oserai-je dire que, sans nous, vous parleriez français ? » Vlan ! Révérence gardée, bien entendu.

Cette réponse du berger à la bergère fut l’occasion pour les journalistes de rappeler ce qu’est la diplomatie. Des attitudes et des paroles. Des petites phrases, des sous-entendus, des propos à double entente qui en disent plus que des traités et des détroits débloqués. Et du « subliminal ». Les couleurs des robes des premières dames, par exemple. Vous souvenez-vous, il y a peu, de la réception de Donald Trump à la Cour d’Angleterre ? La reine d’Angleterre était en bleu roi et Melania en jaune safran. Ça ne vous dit rien, ces couleurs ? Non, pas la Vierge Marie ni le Vatican, mais les couleurs de l’Ukraine ! Vraie complicité des deux dames ! Au dîner de gala du 28 avril, la Reine d’Angleterre était en rose fuschia, Mélanie en blanc crème : deux vraies roses. Autre exemple de « message » à décoder : la vocation messianique des Etats-Unis. Elle est connue. De Trump surtout. Le roi Charles ne fit-il pas une allusion « subliminale » au messianisme de son hôte en disant qu’en ces temps pascals que nous vivions encore, il priait contre « le repli ? » « Discours fantastique ! », dit l’intéressé, félicitant le roi Charles III d’avoir « fait se lever les démocrates, ce que lui-même n’avait jamais été capable de faire. »

A lire aussi: Trump brûle ses vassaux

La réception à la Maison Blanche, pour le thé et le dîner, fut chaleureuse. Là, encore, il y avait du subliminal. Car il fallait, bien sûr, interpréter le langage corporel. Tactile, pour l’accueillir, Donald Trump a « tapoté » l’épaule du roi et posé sa main sur son avant-bras pour l’orienter. Impair ? Non, dit l’interprète du langage des signes, mais « langage corporel léger et presque hésitant, témoignage de proximité plus qu’impair ». Signe « d’amitié active », pour tout dire.

De cette visite historique, voilà la version française d’un média : « En voyage aux Etats-Unis, Charles III tacle frontalement Donald Trump face à une Assemblée hilare ». L’anti-trumpisme se porte bien, en France. François de Sales ferait bien d’inspirer aux journalistes dont il est le saint patron un désir plus ardent de vérité. « Tacler » n’est pas jouer ! Encore moins « tacler de façon cinglante ! » 

Voter pour durer

0
Stand de charcuterie local, Isère. D.R.

Les classes populaires ne se reconnaissent plus dans ceux qui les gouvernent. Leur parole a été confisquée par une classe politico-médiatique qui refuse de dénoncer les maux qui rongent le pays à petit feu. Le vote est leur ultime moyen d’expression, et elles votent RN. Davantage par lassitude que par colère.


ll y a, dans la France contemporaine, quelque chose qui se défait en silence. Non pas une rupture éclatante, mais une lente désagrégation – une fatigue du monde, presque imperceptible pour ceux qui habitent encore les centres protégés du pouvoir, mais immédiatement lisible pour ceux qui vivent dans les marges, les périphéries, ces territoires où la vie se durcit sans bruit, sans mots, sans reconnaissance. 

Les classes populaires françaises – ce que l’on appelait autrefois le peuple – ne se reconnaissent plus dans le langage de ceux qui les gouvernent. Elles ne s’y opposent même plus : elles s’en retirent. Elles regardent, à distance, un monde politique devenu étranger, saturé de mots morts, de promesses sans chair, de discours qu’elles ne comprennent plus, ou qu’elles comprennent trop bien pour continuer à y croire. 

Entre ceux d’en bas et ceux d’en haut, il n’y a pas seulement une fracture sociale. Il y a une séparation des expériences, presque une séparation des réalités. Les uns vivent dans l’abstraction rassurante des normes, des flux, des équilibres macroéconomiques ; les autres dans la dureté concrète des fins de mois, des transports subis, des quartiers qui se transforment, des repères qui s’effacent. 

C’est dans cet écart que s’enracine le vote pour le Rassemblement national. Non comme une adhésion idéologique claire, mais comme un geste de retrait, presque un geste de survie. Ce vote dit moins une colère qu’une lassitude – lassitude d’être ignoré, lassitude de ne plus compter, lassitude d’entendre parler d’un pays dont on ne reconnaît plus ni les visages ni la langue. 

Le peuple réduit au silence 

Les milieux populaires vivent la mutation démographique non dans les statistiques, mais dans la chair du quotidien. 

Ils éprouvent la déliaison, les changements de mœurs, la montée d’un communautarisme islamique qui s’impose sans qu’on ose le nommer. Mais leur expérience est désormais interdite de parole : elle est disqualifiée avant même d’avoir été dite. 

C’est ici que se vérifie, tragiquement, la prophétie de Christopher Lasch. Les talking classes – les «  classes parlantes  » – ont confisqué la parole publique. Les autres, celles qui vivent sans être entendues, n’ont plus d’autre langage que le vote, ou le silence. La France des plateaux de télévision n’a plus rien à voir avec celle des supermarchés, des cités, des bourgs abandonnés. 

De cette fracture naît une colère sans voix. Le peuple comprend qu’on ne l’écoute plus, et qu’à chaque élection on lui intime de se taire sous la formule rituelle du «  barrage  ». Mais ce mouvement ne concerne plus seulement la France périphérique. On se tromperait gravement à n’y voir que la révolte d’une France pauvre. Dans les villes moyennes, dans certains centres urbains eux-mêmes, des commerçants, des artisans, des professions libérales basculent à leur tour – non par nécessité économique immédiate, mais par épuisement moral. Fatigue d’un monde qu’ils ont servi, qu’ils ont fait vivre, et qui désormais les ignore ou les entrave. Ils subissent l’empilement des normes, la pression fiscale, l’insécurité diffuse, et surtout ce sentiment d’un désordre sans nom que le langage officiel ne parvient plus à masquer. 

A lire aussi, Pierre Vermeren: Déracinés des villes, abandonnés des champs

Ce basculement dit quelque chose de plus grave encore : ce n’est pas une classe qui se détourne, c’est une confiance qui se retire. Et cette défiance épouse la géographie même du pays. Car la France ne vote pas selon des opinions abstraites, mais selon des expériences enracinées, presque charnelles. Dans plusieurs grandes villes du Sud – Nice, Perpignan, certaines parties de Marseille –, le vote pour le Rassemblement national s’installe, se fixe, se banalise. Non par hasard, mais parce que s’y concentrent des formes de vie où l’ordre, la sécurité, l’identité, la transformation du cadre quotidien ne sont pas des concepts mais des épreuves vécues. S’y ajoute une mémoire politique particulière, marquée par l’histoire des rapatriés, par une fidélité ancienne à des droites enracinées, qui rend ce vote moins scandaleux, moins interdit qu’ailleurs. 

À l’inverse, dans les grandes métropoles – Paris, Lyon, Bordeaux –, la structure sociale, plus instruite, plus mobile, plus dissoute dans les flux de la mondialisation, produit un autre rapport au réel. Le changement y est perçu comme promesse, comme ouverture, là où il est vécu ailleurs comme perte ou dépossession. Les tensions existent, bien sûr, mais elles sont tenues à distance, reléguées, invisibilisées. 

Face à la certitude du déclin

Deux mondes coexistent ainsi, séparés par une frontière invisible, mais presque infranchissable. C’est dans cet entre-deux que se noue une tension décisive. Beaucoup de ceux qui se tournent vers le Rassemblement national le font en sachant parfaitement ce que l’on dit de ce vote – chaos, rupture, menace. Ces accusations, répétées avec insistance par ses adversaires, notamment dans certains territoires où domine la crainte d’un affrontement, n’empêchent pourtant pas le mouvement. Comme si, pour une part croissante du pays, la peur du risque pesait désormais moins lourd que la certitude du déclin déjà vécu. 

Dans le même temps, cette mise en scène permanente du danger retient encore certains. Sans adhérer, sans franchir le pas, une partie de l’électorat – souvent plus âgée – demeure liée à une ancienne idée du vote, où choisir engage une responsabilité morale, presque une fidélité à un ordre ancien. Il faut se souvenir aussi de ce que fut le Front national de Jean-Marie Le Pen : un vote de rejet plus que d’adhésion, nourri par la peur, et parfois par une hostilité directe aux immigrés, en particulier aux populations arabes. 

Quelque chose s’est déplacé. Les constats qui appartenaient hier aux marges se sont lentement installés au centre – relation entre l’insécurité et l’immigration de masse, islamisation, tribalisation de la vie collective. Non parce que les idées du RN auraient triomphé, mais parce que le monde qui les rend audibles s’est étendu.

A lire aussi: Bardella au Medef: déjeuner en terre inconnue

 Le vote pour le Rassemblement national n’est pas seulement un fait politique. Il est le symptôme d’une rupture plus profonde : la séparation entre un peuple et ceux qui prétendent encore parler en son nom. Tant que ce lien ne sera pas renoué, non par des injonctions, ni par des condamnations morales, mais par une reconnaissance réelle, concrète, des vies vécues, ce vote continuera de croître, non comme une adhésion paisible, mais comme la voix persistante, presque muette, d’un pays qui sent qu’on ne le voit même plus.

La société malade

Price: ---

0 used & new available from

Sylvana Lorenz est morte: Pierre Cardin définitivement veuf

0
© BENAROCH/SIPA

La cébre galeriste Sylvana Lorenz, femme dart et de communication, est morte ce jeudi 23 avril à l’âge de 73 ans. Surnommée Madame Cardin en raison de son amour impossible avec le cébre couturier, cette figure de lart contemporain aura été lintime de Jeff Koons, Keith Haring, César, Arman, Basquiat, Ben et Pierre Cornette de Saint-Cyr.


Pierre Cardin est définitivement veuf. Comme l’avait dit Jean Vilar lorsque Gérard Philippe s’en était allé, ce jeudi 23 avril, la mort a frappé haut.

« Madame Cardin » est partie comme elle a vécu : avec élégance, fantaisie et humour.

Une marginale cachée sous le masque du classicisme

Son dernier message à sa fille la célèbre romancière Amandine Cornette de Saint Cyr était à son image, une marginale cachée sous le masque du classicisme : « Demande au thanato-practeur de me mettre mon rouge à lèvres vermillon et de me lisser les cheveux au fer. Rappelle au prêtre que j’ai été une grande femme d’art, mais surtout l’égérie de Pierre Cardin pour qu’il le glisse dans son homélie. Sur la pierre tombale, fais graver « Dite Madame Cardin » à côté de mon nom, ça me ferait plaisir. Et puis ça attirera l’œil des promeneurs. Pour les fleurs, commande des roses rouges en hommage à Sainte Rita. Et surtout, pense à inviter mes copains Facebook, X, Linkedin, Instagram, TikTok. J’aimerais que ma dernière sortie ait du panache!». C’est hyper important d’inviter ses amis Linkedin à son enterrement : on l’oublie trop souvent. Avec sa mort, le panache, la grâce et l’ironie tirent leur révérence sans demander leur reste.

L’avenir prend soudain d’autres couleurs : d’un coup, la vie redevient en noir et blanc.

Une jeune galeriste

Dans les années 70, Sylvana, ravissante jeune italo-niçoise (pléonasme), qui a du destin plein sa besace, se rend dans un minuscule théâtre « lArtistique », boulevard Dubouchage, lieu parfait pour lui ouvrir les horizons d’une grande carrière. Elle y croise un inconnu prénommé Ben qui y fait une performance. Elle ne comprend rien à ce qu’il lui dit, puisqu’il un accent basque mêlé à de l’irlandais et de l’égyptien : elle tombe donc amoureuse de lui. C’est quand les gens se mettent à parler qu’ils nous ennuient, s’ils se taisaient, ils seraient bien plus intéressants. Ben est le seul artiste dont tout le monde a une œuvre, mais que personne ne connaît. Si tous les lycéens de France ont une trousse avec une absurdité en blanc sur fond noir, c’est la faute de Sylvana Lorenz, qui l’a tant inspiré. C’est à cause de folles comme Sylvana que toutes les mères de famille ont leur gosses qui les harcèlent depuis trente ans pour avoir des trousses bizarres. Elles auraient dû porter plainte contre Sylvana pour « incitation à la folie artistique ». D’ailleurs Sylvana était un peu fêlée, mais c’est ce qui permettait de laisser passer la lumière qui éclairait les tableaux exposés dans sa galerie.

A lire aussi, Ivan Rioufol: Edition, médias: la gauche chic prise la main dans le pot de confiture

Madame Cardin

Elle quitte ensuite Nice pour aller vivre à Paris, puisque ce n’est qu’à Paris, n’est-ce pas, que l’on peut réussir sa vie ou finir de la perdre. Elle se souvient de ce sentiment qui l’avait saisie à son arrivée, qui relevait moins de l’ambition que de cette petite phrase innocente qui trottait dans sa tête : « tout est possible ». Elle est grande comme un rêve de gosse, belle comme la femme d’un autre, et élégante comme une gravure de Van Dongen. Surtout elle sait marcher comme John Travolta savait danser. La plupart des gens ne savent pas marcher.

On apprend plein de trucs inutiles au lycée comme le théorème de Thales (si un lecteur de Causeur utilise tous les jours le théorème de Thales, qu’il m’appelle au 0680559244) alors qu’on ne nous enseigne même pas comment marcher. Une foule, ça se fend, mais pas n’importe comment. Elle vend des petites mains en bronze dans sa galerie. Un beau matin, le voisin d’en face vient la voir pour en acheter une. Il s’appelle Pierre Cardin : l’homme qui a compris que rien n’est aussi dangereux que d’être trop moderne, et que c’est le meilleur moyen pour finir démodé. L’histoire avec un grand H commence. « Tout se mêle ! Amour, gloire et beauté, un conte de fée » écrira-t-elle. Elle sera directrice de la communication de l’Espace Cardin en 95, et ce, jusqu’à sa fermeture. Elle passera ses étés au palais Bulles puis dans le château du marquis de Sade, parmi les oliviers du Luberon. Sylvana aimait tellement Cardin qu’elle était finalement devenue plus Cardin que lui-même : elle s’habillait en rouge et noir Cardin, son appartement était une reconstitution de chez Maxim’s ; elle était son double, son reflet ou son miroir.

Pierre Cornette De Saint Cyr

Un autre homme aura marqué sa vie : son autre grand amour, le prince des commissaires-priseurs Pierre Cornette de Saint Cyr. Quand, à 7 ans, j’aperçus Pierre Cornette de Saint Cyr qui débarquait chez mes parents pour expertiser leur « collection » de tableaux, il était entouré d’un halo comme ceux qui nimbent les romans d’aventure. Un personnage que l’on a connu au berceau et quasiment plus revu depuis ne peut devenir qu’une légende dans notre imaginaire adulte. C’est peut-être à cela que servent les souvenirs d’enfance : façonner des mythes auxquels toute notre vie nous essayerons de donner forme humaine. Le monde des adultes m’était apparu jusqu’alors terne, sérieux et ennuyeux. Avec Cornette, je découvrais qu’il n’en était rien. Toujours hâlé, toujours enjoué, un sourire aguicheur sur des dents du bonheur, un déhanché à la John Travolta quand il s’approchait de vous, il semblait ne reculer devant aucun effet pour vous séduire, y compris les plus ridicules. Ça le rendait touchant. Et surtout, il avait des pantalons roses. Mais pas seulement. Des chemises violettes aussi. Des vestes canaries. Des pochettes turquoises. Toute une panoplie de l’arc-en-ciel, comme s’il avait voulu mettre des taches de couleur sur le gris de l’existence. Il m’expliquera bien plus tard son code couleur : une par jour, lundi rouge, mardi noir… jusqu’au dimanche jaune pour que la semaine se finisse en rayon de soleil. Ceci peut vous paraître anecdotique mais si Pierre Cornette de Saint-Cyr n’avait pas assorti sa pochette émeraude à son pantalon orange, je n’aurais pas écrit cet article. La beauté est la première des politesses et Cornette en était la preuve vivante.

Une mort si jeune

Sylvana est morte jeune : 73 ans, d’un cancer aussi terrifiant qu’est sublime le livre qu’a fait dessus sa fille Amandine Cornette de Saint Cyr: Au secours, Marie !  Elle l’aura affronté avec un courage aussi admirable que le torero de Manet, Robert Jordan aux dernières lignes de Pour qui sonne le glas ou Honoré d’Estienne d’Orves qui refusera qu’on lui bande les yeux face au peloton d’exécution. Au moins elle ne sera jamais devenue une vieille dame. Elle ne ressemblera jamais à Brigitte Bardot ou à Catherine Deneuve : elle ne sera jamais fripée, jamais botoxée. Elle sera morte avec le même visage de nymphette que celui de la jeune galeriste qui fit découvrir dans sa petite boutique les premières œuvres de Ben et de Jeff Koons. Elle n’aura eu qu’un regret : n’avoir ni épousé Cardin, ni Pierre Cornette de Saint Cyr, les deux hommes de sa vie. En même temps, comment épouser quelqu’un quand on a dix demandes en mariage par jour.

Je me rends compte avoir écrit tout cet article au présent de l’indicatif. Les conjugaisons sont les pires des croque-morts : l’imparfait n’aura pas notre peau.

Tu es verseau comme moi et tu as prié Sainte Rita quand j’ai été en réanimation. Adieu Sylvana, tu avais le talent de la vie. Tu ne te seras jamais laissé salir par rien. Tu es là, intacte, protégée, comme un rêve de gosse. Tu as rejoint tes deux plus grands amours. La France est devenue chiante : tu es un ovni et ta folie, ou ton génie, n’auraient plus pu être compris par notre époque. Je te laisse. Tu dois être en train de préparer un cake à tes deux Pierre : Cornette et Cardin. Reste Pierre Tombale, ce salaud qui vient lundi 4 mai. Celui-là, il ne te fait pas peur.

Au secours, Marie !

Price: ---

0 used & new available from

Et mon culte, c’est du poulet?

0
Le restaurant Master Poulet veut s'installer à Saint Ouen, malgré l'opposition de la mairie, 27 avril 2026 © Martin Rodier/SIPA

A Saint-Ouen (93), le maire socialiste Karim Bouamrane s’est mis à dos l’enseigne Master Poulet qu’il ne souhaite pas voir débarquer dans sa commune. Les Insoumis sont de l’avis contraire, pensant « défendre le patrimoine culinaire de la Nouvelle France », analyse L’Opinion. Recours juridiques, outrances sur les réseaux sociaux contre l’édile: les prises de bec sont loin d’être finies.


Perso, dans une sorte de bouffée délirante, je le vois venir gros comme une maison. Oui, je le vois se profiler à l’horizon, le petit chantage crypto-communautaire. Il se trouve que le fast-food Master Poulet qui doit ouvrir à Saint-Ouen ne sert que du halal. Donc une nourriture plus spécifiquement dédiée à une certaine tranche de la population. Ceci n’est évidemment pas un détail. Ou s’il l’est pour l’instant, je m’autorise à craindre qu’il ne le reste pas longtemps. Il ne devrait pas manquer d’esprits particulièrement à cheval sur les strictes règles d’équité, d’égalité, de respect des modalités du vivre ensemble telles que prévues dans le manuel ad hoc pour s’agiter, renâcler, se cabrer à un moment ou à un autre. 

Pour l’heure, l’argument des autorités municipales de cette cité de Seine-Saint-Denis pour interdire l’ouverture de l’établissement repose sur deux justifications, l’une et l’autre des plus pertinentes au demeurant. Endiguer la propagation de mal bouffe et mettre fin à la prolifération d’enseignes répertoriées « restauration rapide » dans le périmètre de la commune. Rien de plus légitime. En effet, on comprend que les élus puissent prendre des décisions en regard de ces deux critères qui ne sont pas de détail, la santé alimentaire des populations et les équilibres commerciaux, économiques du territoire.

A lire aussi: Qui a peur du livre de Nicolas Pouvreau-Monti?

Tant que l’opposition à l’ouverture du la maison au poulet se tient sur ce terrain-là, personne, ne devrait rien trouver à redire. En théorie du moins.

Mais, ne parvenant pas à faire taire tout à fait le fond de mauvais esprit qui traîne quelque part en moi, et subitement titillé par une sorte de délire vaguement paranoïde, j’en viens à me demander si l’affaire ne va pas très vite prendre une autre dimension, et les enjeux se disputer sur un tout autre terrain.

J’évoque ici une éventuelle – mais heureusement très improbable – émergence du communautaire dans le débat. Une contre-attaque déplacée du terrain diétético-économique au registre inépuisable « ostracisme et stigmatisation » où l’on verrait des groupements, des associations, voire des mouvements politiques (suivez mon regard…), ceux qu’on connaît pour être toujours disposés à faire bouillir l’huile de la victimisation, monter au front sus à ce qu’ils s’ingénieraient à présenter comme un rejet, un refus pur et simple du halal. Et donc un acte d’hostilité délibérée. Vous le constatez, je ne fais que m’enfoncer encore un peu plus dans mon délire. Rien de cela ne se passera, on peut en être sûr. La sagesse prévaudra et chacun aura à cœur de se rendre aux très raisonnables préconisations de la municipalité en question. Il restera dès lors à Master Poulet à aller se faire frire ailleurs. Ce qu’il fera avec l’élégance et la docilité digne d’éloges auxquelles ces affectueux sujets de basse-cour nous ont habitués depuis longtemps.

Et ce n’est évidemment pas demain que nous verrons, dans les communes de France et de Navarre, instaurer, par exemple, un quota de fast-food halal pour tant d’enseignes ordinaire. Délire ou pas, cela me semble à jamais inimaginable. Et je n’imagine pas non plus que fleurissent dans les rues des revendications allant dans ce sens, avec des panneaux quatre par trois, des banderoles géantes, sur lesquels serait inscrit en lettres de feu le slogan – joyeux il est vrai – mais subtilement comminatoire que je me suis permis de faire figurer en titre de ma divagation avicole. Non, décidément, assez d’égarement. Oublions vite ces extravagances…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

RN au pouvoir: et si l’échec était déjà soigneusement préparé?

0
Marine Le Pen et Jordan Bardella à Matignon, 11 mars 2026 ©Jeanne Accorsini/SIPA

Que ferait l’armée en cas d’arrivée au pouvoir du Rassemblement national? ose carrément questionner tout haut notre chroniqueur, qui nous livre ses prévisions. Marine Le Pen ou Jordan Bardella s’inspireront-ils du « spoil system à la française » qu’il appelle de ses vœux pour notre République?


Depuis plusieurs années, tout est préparé par le pouvoir macronien pour qu’un(e)  président(e) de République issu(e) du Rassemblement national échoue très vite. Les Conseils Constitutionnels et d’Etat, la Cour des Comptes sont noyautés par des créatures présidentielles. Tout ceux qu’on décrit comme le “système”, les journalistes et intellectuels de gauche, la plupart des professeurs, la plupart des magistrats, tous endosseront avec enthousiasme le rôle de naufrageurs. Bruxelles n’est pas au bord de la mer mais là aussi, on allumera des feux sur les rochers pour le naufrage du France.

La majorité du Parlement européen se droitise, mais les pouvoirs non élus, comme la Cour Européenne des Droits de l’Homme, resteront en place, toujours progressistes  et immigrationnistes. Emmanuel Macron aura réussi l’exploit de faire perdurer son immobilisme mortifère après son départ.

Il faudrait donc qu’à son arrivée, le nouveau pouvoir change un certain nombre de règles jugées à tort sacro-saintes, en français imagé on dit “renverser la table”. Ce n’est pas là l’avis d’un boutefeu, c’est en termes plus choisis celui de l’ éminent juriste Jean-Éric Schoettl. Si Marine Le Pen ou Jordan Bardella prolongent la stratégie de la cravate par un strict respect des règles actuelles, la cravate les étranglera. Un changement total en douceur, est-ce concevable ?

Spoil system à la française ?

Par un savoureux paradoxe, c’est Emmanuel Macron qui peut fournir la solution : la sortie temporaire des règles, c’est exactement ce qu’il a fait pour la reconstruction de Notre-Dame, l’organisation des Jeux Olympiques, et c’est ce qu’il veut faire pour réindustrialiser la France. Les élections législatives qui suivront l’élection d’un président de la droite nationaliste ont beaucoup de chances d’apporter une majorité au vainqueur à laquelle s’opposera une minorité mélenchono-socialiste. La Vème République, après s’être perdue dix ans dans les marécages gaucho-centristes du macronisme, retrouverait enfin son lit principal, creusé par le Général de Gaulle et Michel Debré : un régime présidentiel appuyé par une majorité au parlement. Luc Ferry, qui balance régulièrement entre bonnes intuitions et erreurs, célébrait dimanche 26 sur LCI le régime parlementaire allemand, ces laborieuses coalitions gangrenées par les compromis. Solution antigaulliste, qui va à la France comme des chaussettes à un lapin.

Donc, une période spéciale de quelques mois après les élections du printemps 2027. Comment l’appeler ? La droite est trop droite, trop franche, elle doit apprendre de la gauche l’art subtil des désignations mensongères, comme le “vivre-ensemble” qui nomme l’état de divorce ethnique et religieux où nous vivons. “Moratoire constitutionnel” est à éviter, “moratoire” évoque trop le surplace des années “En Marche”. “Période constitutionnelle spéciale” est trop poutinien. Je propose le “Nouvel Etat de Droit”, le NED, avec majuscules et fanfare. Cela rappellera aux dinosaures de gauche la NEP, la “Nouvelle Economie Politique”, quelques mois de libéralisme imposé par Lénine, la seule période des années 20 où les Moscovites mangèrent à leur faim. Ça marchait trop bien, les communistes l’arrêtèrent. La mention “Etat de Droit” rassurera les naïfs.

L’acte fondateur du NED sera une loi instituant un “spoil system” à la française. Cet emprunt à la vénérable démocratie américaine stipulera qu’à chaque nouveau président, de nouveaux titulaires favorables à ses idées seront nommés dans la haute administration. Je propose ce même Jean-Éric Schoettl pour présider le nouveau Conseil constitutionnel et Sarah Knafo à la Cour des Comptes. Les deux connaissent ces boutiques, ce sera un parfait changement dans la continuité. De là tout découlera, comme l’eau qui jaillit au Mont Gerbier des Joncs et forme le plus grand fleuve de France. Réforme de l’Ecole de la magistrature scindée en douze entités, moratoire total sur l’immigration mis en œuvre par le ministre Fabrice Leggeri, peines planchers rétablies, a priori de légitime défense pour tous les gestes policiers, suppression de la loi mitterrandienne qui empêche la punition proportionnée des crimes les plus graves. Bien sûr, assurances répétées aux musulmans français qu’ils sont chez eux et y resteront, bonnes relations avec le Medef et les milieux économiques en donnant une orientation libérale plus marquée, Jordan forçant un peu son égérie.

Ne nous leurrons pas, l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national ébranlera toute la société française et il faudra vérifier l’état de tous ses piliers. L’armée française est une armée pleinement républicaine. Selon l’adage latin Arma cedant togae, les armes obéissent à la toge, c’est-à-dire au pouvoir civil. Cependant, dans les grandes crises, on imagine souvent qu’on pourrait avoir besoin de l’armée pour rétablir l’ordre. C’est ce que pense la sénatrice Samia Ghali qui voudrait qu’elle intervienne dans les quartiers gangrenés par le trafic de drogue. L’ordre étant davantage une valeur de droite que de gauche, on pourrait penser qu’en cas d’affrontements graves, l’armée et ses chefs prendraient des positions plus favorables à la première. Au XIXe siècle, quand on voulait se moquer de la droite conservatrice, on l’appelait “l’alliance du sabre et du goupillon”. Le goupillon est depuis longtemps passé à gauche, mais le sabre ? Plus près de nous, en 2018, des généraux classés à droite ont protesté contre le pacte de Marrakech sur les migrations. Ils gravitaient autour du général Antoine Martinez, animateur du site “Volontaires pour la France”. Mais aujourd’hui ?

Soyons raisonnables

Voici que la guerre d’Iran vient de jeter un éclairage surprenant sur l’état d’esprit des généraux, colonels, et amiraux de l’armée française en retraite, qui ne sont pas tenus au devoir de réserve. Cette génération de jeunes retraités a déferlé sur les plateaux de télévision pour critiquer avec la plus grande sévérité les armées américaines et israéliennes. Ils ne relèvent jamais qu’elles luttent pour nous épargner la destruction nucléaire possible par le régime le plus tyrannique et le plus dangereux de la planète. A côté de celui-ci, le Nord-Coréen Kim Jong Un fait figure de brave garçon rondouillard et espiègle qui s’amuse à titiller son jumeau du sud, le Japon et les Etats-Unis. Lui au moins ne commandite pas des attentats aux quatre coins de la planète et n’a pas des dizaines de Français à son tableau de chasse. Revenons à ces étonnants généraux doux comme des agneaux, pacifistes et totalement allergiques au risque. Lors des apparitions de l’un d’eux sur LCI, nous chronométrons ma femme et moi le nombre de secondes qui vont s’écouler avant qu’il ne s’écrie : “C’est trop risqué !”. D’où le surnom que nous lui donnons de “général Cétrorisquet”. Leur indifférence au sort d’Israël est abyssale: j’ai entendu le général Yakovleff s’exclamer : “Qu’importe si l’Iran lance une bombe atomique sur Israël, puisque les Israéliens pourront riposter, les deux pays seront vitrifiés”. Je n’ai pas entendu le mot “audace” sortir une seule fois des bouches de ces gentils scouts. Au Walhalla des grands guerriers, Jules César, Napoléon et Charles XII de Suède doivent rougir de leurs descendants. Dans son beau cimetière marin de Vendée, Clémenceau se tord de rire en redisant son fameux  « La guerre, c’est une chose trop sérieuse pour être confiée aux militaires. »

Pendant les troubles qui suivraient l’arrivée au pouvoir du Rassemblement national, l’armée française ne ferait rien. Fidèle à l’héritage macronien, elle se tiendrait à mi-chemin de tout conflit, l’Amérique est aussi coupable dans ce conflit que l’Iran, la droite vaut la gauche, Marine et Mélenchon, c’est kif kif, ayons de la retenue, condamnons “avec la plus grande fermeté” et surtout ne faisons rien, ne levons pas le petit doigt, après il faudrait lever le bras, quelle fatigue ! Entendons-nous bien, je ne souhaite pas que l’armée agisse contre quiconque, je souhaite qu’elle soit une force d’interposition en cas de besoin, une sorte de Finul consacrée à la France. Comme toute haine exacerbée, la haine du président Trump et de l’Amérique n’améliore pas les capacités intellectuelles, loin de là. Le 23 avril dernier, dans C dans l’air, dont les gracieuses présentatrices sont habillées comme des reines grâce à nos impôts et à l’arnaque des sociétés de production, il y eut deux séquences étonnantes. Dans la première, on s’est alarmé du prix du kérosène, des difficultés de Transavia et de beaucoup de compagnies aériennes, des risques de ralentissement mondial du trafic aérien. Je me disais : l’un des intervenants, forcément écologiste, va forcément ironiser – grâce à Trump le climatosceptique l’empoisonnement de la terre par les énergies fossiles va ralentir ! Bien sûr, personne n’a eu l’idée de cette remarque qui aurait semblé une vague approbation du président américain. Incise personnelle : j’ai un fils qui sautait devant les avions sur les tarmacs d’aéroport pour dénoncer l’effet funeste de l’aviation sur le climat et qui a fait de la prison pour ce noble donquichottisme. Je suis fier de lui.

Deuxième séquence étrange : la célébration exaltée de la Chine, puissance raisonnable, puissance d’équilibre et de stabilité, qui bientôt bouffera les Américains à la baguette. Oubliés les Ouighours, oublié le contrôle facial auprès de quoi Big Brother est un gentil surveillant d’internat, oubliés les généraux et les opposants qui disparaissent avec la même rapidité qu’à Moscou, oubliée une verticalité du pouvoir qui les rend à la merci du moindre AVC, de la moindre chute préparée dans les escaliers…

Amère leçon : de Washington à Pékin, de Charles Alloncle au détroit d’Ormuz, la gauche, qui pouvait encore passer il y a quelques années pour une assistante sociale généreuse mais naïve, est devenue la reine du mensonge universel.