Home Économie E-sport: toucher le pactole sur le dos des “nerds”

E-sport: toucher le pactole sur le dos des “nerds”

Une carrière de sportif professionnel est à portée de clic du plus gringalet

E-sport: toucher le pactole sur le dos des “nerds”
Le responsable de gauche Jean-Luc Mélenchon teste un jeu virtuel à Angoulême, en janvier 2017 © Jean Michel Nossant/SIPA Numéro de reportage: 00790850_000012

Le développement de la pratique de l’e-sport (!) est une véritable manne financière. De quoi convaincre Trump de réviser sa position obtuse sur les jeux vidéos.


Pour des milliers de jeunes, septembre rime avec rentrée des classes. Leurs nouveaux enseignants, tradition oblige, consacreront leur premier cours à leur faire remplir une fiche où chacun devra indiquer ce qu’il veut « faire plus tard ». Si bon nombre de millenials ont sans doute répondu « joueur de jeux vidéo professionnel », à l’époque la réponse pouvait sembler amusante pour ne pas dire naïve. Mais ce rêve est en passe de devenir réalité pour certains de la génération Y.

De Tetris à Fornite, que de chemin parcouru

À première vue, apparenter les jeux-vidéos à du sport et voir les plus jeunes se rêver en professionnels du joystick peut prêter à sourire. Pourtant, le concept a réellement pris son envol depuis le début des années 2010 et dispose désormais d’un crédit que beaucoup ignorent encore. Auparavant considérés comme indépendants, de nombreux pays – la France en tête – ont cherché à résoudre le vide juridique qui planait au-dessus de la tête des « e-athlètes », afin de leur conférer un réel statut. En mai 2017, un décret (n°2017-872) fut signé afin que ceux-ci soient reconnus comme professionnels à part entière, leur permettant notamment de signer des contrats dont la finalité est de représenter une organisation lors d’une compétition.

Et le comité olympique envisagerait sérieusement de faire une place à l’e-sport parmi les autres disciplines. S’il est presque certain à l’heure actuelle que ce ne sera pas le cas pour 2024, les discussions continuent et il y a fort à parier que l’idée se concrétisera.

A vos billets!

Esprit start-up de notre époque oblige, de nombreux entrepreneurs se sont lancés dans ce secteur, s’intéressant à plusieurs aspects : compétitions, sponsoring, fabrication de matériel, voire ouverture d’écoles spécialisées dans l’e-gaming… Et c’est moins marginal qu’on ne le pense: de grands groupes arrivent sur ce marché. On peut notamment citer le Paris Saint-Germain qui, en plus de disposer d’une équipe de football, d’handball et de judo, dispose désormais d’e-athlètes chargés de représenter le club sur le jeu-vidéo de football FIFA. Des groupes tels que Ford, Audi ou Vivendi sont également de la partie, en tant que sponsors ou détenteurs de leur propre équipe…

Ridicule? Pour les néophytes qui estiment qu’appuyer sur quelques boutons n’a rien d’un sport, oui. Et pourtant… C’est de moins en moins abstrait.

Imaginez un stade d’une capacité de 30 000 personnes rempli de supporters n’ayant pas hésité à payer l’entrée à un prix similaire à celui d’un match de football, qui passent ensuite deux heures à regarder sur des écrans géants les performances des meilleurs e-sportifs de la planète, alignés sur la scène principale et portant fièrement un maillot dont les prestigieux sponsors feraient pâlir de jalousie bon nombre d’associations sportives. Commentateurs et journalistes spécialisés s’y pressent. Médecins et “e-arbitres” sont eux chargés de s’assurer qu’il n’y aura aucun cas de dopage ou de triche. Oui, c’est déjà arrivé.

Un secteur où investir ses économies

Quel intérêt me direz-vous ? Je n’irai pas jusqu’à vous parler de performance sportive…

Mais on peut y voir une certaine revanche des derniers de la classe ayant le profil de nerds. Si autrefois, la catégorie des « mauvais en cours mais bon en sport » se projetait en footballeurs professionnels, l’ère du tout numérique offre une option similaire à ceux qui sont meilleurs souris en main que balle au pied. Fort d’une audience de plus de 200 millions de spectateurs sur les plateformes en ligne en 2018, Newzoo (analyste spécialiste du domaine) valorise ce marché à la croissance exponentielle à plus de 900 millions de dollars par an, sans oublier que l’on compte actuellement près de 10 entreprises du secteur pesant plus de 100 millions de dollars en bourse. Ainsi, à défaut de faire partie des prochains Jeux Olympiques, peut-être que l’aspect financier du secteur permettra à Donald Trump de réviser son jugement sur la question du jeu vidéo, responsable selon lui des tueries de masse dans son pays.


Vous venez de lire un article en accès libre.
Causeur ne vit que par ses lecteurs, c’est la seule garantie de son indépendance.
Pour nous soutenir, achetez Causeur en kiosque ou abonnez-vous !
Previous article Julien Aubert (LR): «Le libre-échangisme a laminé les classes populaires»
Next article Bruno Maillé: la critique peut casser des briques

RÉAGISSEZ À CET ARTICLE

Le système de commentaires sur Causeur.fr évolue : nous vous invitons à créer ci-dessous un nouveau compte Disqus si vous n'en avez pas encore.
Une tenue correcte est exigée. Soyez courtois et évitez le hors sujet.
Notre charte de modération