Alors que Donald Trump a récemment manifesté son intérêt pour l’achat du Groenland, il est intéressant de se rappeler que l’Oncle Sam avait déjà acquis par une transaction ses premiers « arpents de neige » auprès de la Russie. Et que celle-ci lui avait volontairement vendu ses possessions le considérant alors comme le meilleur interlocuteur pour cette opération.


Les Russes sont partis à la conquête de la Sibérie à partir du XVIe siècle. Cette expansion devait les amener à découvrir l’Alaska en 1741 avec l’expédition de Vitus Bering. Toutefois, il faut attendre 1784 pour qu’une première colonie soit créée par Grigori Chelikhov.

Une expansion rapide, mais précaire

Les Russes viennent rapidement à bout des résistances autochtones, avec notamment la bataille de Sitka en 1804. C’est d’ailleurs à cet endroit qu’est implantée la capitale de la province, sous le nom de Novo-Arkhangelsk. En ayant le champ libre, ou presque, ils contrôlent un territoire assez vaste, et l’avant-poste de Fort Ross, en Californie1, va même se trouver au contact des Espagnols. Sur la côte ouest du continent, ce n’est pas encore les États-Unis. La mise en valeur est assurée par la Compagnie russe d’Amérique, créée en 1799, et passée sous le contrôle direct de l’État en 1818. Toutefois, le contrôle de ces vastes étendues peu peuplées reste superficiel, et la Compagnie, mal gérée, se révèle être une charge pour les Russes.

Mais c’est à 10 000 km de là que le sort de la région va être scellé. En effet, en 1856, l’Empire russe a perdu la guerre de Crimée contre une coalition de plusieurs États, parmi lesquels le Royaume-Uni. Or l’Alaska est un point de contact avec la Perfide Albion, présente au Canada. Et elle pourrait y ouvrir un front en cas de nouveau conflit, et cette situation serait très difficile à gérer pour Saint-Pétersbourg.

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Quand Washington sauve la Russie

La vente de l’Alaska aux États-Unis s’impose alors comme une solution miracle. Elle permet de transformer l’Alaska en zone tampon, contrôlée par un État isolationniste. Elle constituerait également une rentrée d’argent, même si le montant de la vente s’est révélé plutôt faible. La principale difficulté, finalement, a été d’attendre la fin de la Guerre de Sécession qui détournait l’Oncle Sam des affaires extérieures. L’affaire se conclut en 1867, en partie grâce à un cyclone qui avait dévasté les îles Vierges danoises2, qui étaient en « compétition » dans la politique d’acquisition américaine. Elle suscite des critiques de l’opinion publique des États-Unis qui ne voyait que peu d’intérêt à cette terre hyperboréale, parfois qualifiée de « Glacière ».

La Russie a ainsi évité de subir le sort de la France du XVIIIe siècle, qui a été obligée de sacrifier ses « arpents de neige »3 sur le territoire nord-américain, et ce, dans la position de faiblesse qui découlait de la guerre de Sept Ans. Elle a au contraire réussi à obtenir un profit financier, et renforcé un pays avec lequel les relations étaient correctes au détriment d’un adversaire. Du reste, la Guerre russo-japonaise qui se terminera en 1905 par la défaite de l’Empire tsariste confirme de façon flagrante qu’il n’aurait pas pu faire face à une attaque dans cette région.

Aujourd’hui, il reste encore quelques vestiges de la présence russe sur le territoire américain, et ce jusqu’en Californie. En Alaska, une partie de la population est d’origine russe, et la religion orthodoxe y est toujours pratiquée, quoiqu’une partie des descendants des premiers colons se soient « américanisés » à l’époque de la Guerre froide. À cette occasion-ci, la Russie devenue soviétique aura certainement regretté d’avoir fourni cet atout à un pays devenu son pire ennemi. Mais comment prévoir alors un tel retournement de situation ?

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