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Affaire FCPE: plainte en justice déposée contre l’humour de Laurent Bouvet

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Laurent Bouvet contre la FCPE : son esprit Charlie déplaît à la fédération de parents d’élèves aux positions communautaristes. Elle l’attaque pour « incitation à la haine ».


Le soi-disant « progressisme », qui n’a rien d’un progrès, aime décidément avancer main dans la main avec les pires obscurantismes. C’est qu’ils ont en commun d’être aveuglés par leurs certitudes, bouffis d’orgueil par leur supériorité morale autoproclamée, et particulièrement rétifs à l’humour.

Laurent Bouvet, co-fondateur du Printemps Républicain et membre du conseil des sages de la laïcité, en fait en ce moment la douloureuse expérience, visé par une campagne indigne qui masque un véritable déni de démocratie.

La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception?

La FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) a diffusé une affiche électorale affirmant son soutien à la participation de femmes voilées aux sorties scolaires, avec le slogan « La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception. »

L'affiche polémique de la FCPE
L’affiche polémique de la FCPE Photo: DR

Sur internet, les détournements humoristiques n’ont pas tardé, montrant tout le ridicule du slogan en s’amusant à le prendre au sérieux : sans exception, vraiment ? Nudistes, assortiments cuir et fouet, déguisements en tout genre, jeune homme avec un t-shirt du Rassemblement National, membres du KKK encagoulés, jihadistes, et même Sean Connery dans son indéfinissable costume de Zardoz. « Accueillir à l’école tous les parents sans exception. » Et Laurent Bouvet, comme beaucoup d’autres, a relayé ces parodies.

Les habituels islamo-gauchistes se sont déchaînés. Madjid Messaoudene a semble-t-il perdu le célèbre sens de l’humour qui l’avait conduit à ironiser sur les victimes de Merah et de l’Hyper Casher. Ai-je besoin de vous dire quel camp a choisi Aurélien Taché ? Un sénateur communiste, Pascal Savoldelli, s’est fendu d’une « question au gouvernement », dont la rhétorique est étrangement similaire à celle utilisée il y a quelques années contre Charlie Hebdo, avec les résultats sanglants que l’on sait, pour accuser Laurent Bouvet de manquer à son devoir de réserve et d’islamophobie. Et la FCPE porte plainte contre lui, pour « incitation à la haine contre les parents musulmans. »

Pour certains, musulmane = voilée

Je ne partage pas toutes les positions de Laurent Bouvet. Mon intuition et mon instinct me portent à souhaiter l’union sacrée face au totalitarisme islamiste et à la fragmentation communautariste, plus qu’à craindre ce qu’il appelle la « tenaille identitaire ». Bien que fermement républicain comme lui, je crois qu’il ne peut y avoir de république hors sol, et que la République française ne peut exister sans la France, qui est l’une de ses fondations. Mais il va sans dire que dans cette affaire il a tout mon soutien, sans la moindre réserve. Et ses accusateurs ont mon plus total mépris.

Je méprise la malhonnêteté foncière de l’affiche de la FCPE, et de son message. Un récent article de la Revue des Deux Mondes nous rappelle fort opportunément que deux tiers des musulmanes de France ne portent pas le voile. Or, toute la propagande pro-voile repose sur l’équation mensongère « musulmane = voilée », dans une volonté malsaine d’invisibiliser ces deux tiers de musulmanes non voilées, et en soutenant évidemment les islamistes qui s’appuient sur la banalisation de cette équation pour faire pression sur les musulmanes afin de les contraindre au port du voile. Dans sa plainte, la FCPE ose ainsi déclarer que questionner la présence de femmes voilées lors des sorties scolaires serait une « incitation à la haine contre les parents musulmans ». Cette fois, « parents musulmans = femme voilée ». Les mères musulmanes qui se sont battues, qui se battent, qui parfois risquent leur liberté et leur vie pour avoir le droit de ne pas porter le voile, pour que leurs filles aient ce droit, apprécieront à sa juste valeur le soutien que la FCPE apporte aux dictatures islamistes adeptes du voile obligatoire.

Un contexte particulier où l’islam se fait séparatiste

Celles qui choisissent de porter le voile et refusent de l’ôter quelles que soient les circonstances – travail, sortie scolaire, piscine avec le burqini – font un choix, et ce choix n’est pas simplement celui de l’islam : la majorité des musulmanes n’est pas voilée. Ce choix est celui de l’ostentation, du soutien affiché à l’islam communautariste, l’islam sécessionniste, voire l’islam conquérant. Bien sûr, toutes les femmes voilées ne sont pas islamistes ! Leurs motivations sont multiples, et parfois tout à fait honorables. Mais les jeunes générations ne peuvent prétendre ignorer le contexte d’aujourd’hui, et la portée politique acquise par le voile. On peut déplorer qu’il soit devenu un étendard du littéralisme coranique théocratique, on peut regretter que les musulmanes soient prisonnières de cette instrumentalisation par les islamistes. Mais on ne peut pas le nier. Et là où le port du voile est majoritaire, les droits des femmes non-voilées sont menacés, ou pire.

Quel que soit le sens qu’une femme lui donne dans son for intérieur, et dont je ne peux évidemment rien savoir, le port du voile islamique est aujourd’hui un marqueur de l’emprise des préceptes coraniques, y compris ceux qui sont radicalement opposés aux libertés garanties par nos lois, comme les versets 29 à 31 de la sourate 9 et le verset 34 de la sourate 4. Or, l’Etat ne légifère pas sur le for intérieur, et heureusement. Mais il peut et doit légiférer sur le port d’un symbole en fonction de la signification politique que prend ce symbole dans l’espace public. S’il accepte que des parents accompagnateurs affichent leur refus militant des règles fondamentales de notre société, il ouvre la boîte de Pandore.

On n’entend pas Marlène Schiappa

Au passage, il est amusant de constater que ceux qui accusent Laurent Bouvet d’islamophobie sous prétexte qu’il aurait assimilé les femmes voilées au djihadistes se désavouent d’eux-mêmes. Les multiples caricatures relayées par le co-fondateur du Printemps Républicain n’assimilent pas les femmes voilées aux jihadistes, pas plus qu’elles ne les assimilent au héros de Zardoz, aux militants du RN ou aux dominatrices en cuir clouté. Ce sont ses détracteurs qui, parmi toutes ces parodies, ont choisi de faire un lien particulier entre les femmes voilées et les djihadistes, pas Laurent Bouvet !

Je méprise leur ignorance plus ou moins volontaire des réalités de l’islam, qu’ils réduisent à un folklore exotique au lieu de le prendre au sérieux. Dans ses aspirations, ses noblesses, mais aussi ses zones d’ombre. Alors même que se poursuit le « Grenelle sur les violences conjugales », peut-on encore faire l’impasse sur la situation des femmes au regard de la charia ? L’excuse d’une prescription religieuse rendrait-elle l’inégalité de droits entre femmes et hommes soudain légitime ? Et encore une fois, qu’est-ce aujourd’hui que le refus militant d’ôter son voile sinon un soutien ostentatoire à la charia, et donc à son sexisme ?

Tenaille identitaire

Je méprise leur hypocrisie, et leur tentative d’instrumentalisation du droit. Car enfin, il faut n’avoir jamais lu ni écouté Laurent Bouvet pour l’accuser d’attiser la haine envers les musulmans ! Il passe son temps à la dénoncer comme étant la deuxième mâchoire du « piège identitaire » qu’il combat ! Personne n’est plus attaché que lui à faire la différence entre les musulmans et les islamistes. Qu’on le critique, soit. Mais alors qu’on le fasse en opposant des contre-arguments à ce qu’il dit vraiment, pas en l’accusant d’intentions dont il est facile de voir qu’elles n’ont jamais été les siennes.

Ce n’est pas là une querelle marginale. Ce n’est pas qu’une anecdote. C’est l’une des batailles de cette guerre que le « progressisme » et l’islamisme livrent ensemble à la démocratie, à force d’anathèmes, à force de condamnations prétendument morales, à force de harcèlement judiciaire, dans leur obsession de criminaliser toute pensée critique susceptible de pointer du doigt leurs mensonges, leurs erreurs et leurs absurdités.

Les accusations portées contre Laurent Bouvet sont évidemment une remise en cause de la liberté d’expression, mais aussi une tentative d’empêcher que le débat démocratique s’empare de sujets d’autant plus fondamentaux qu’ils touchent à nos enfants, et à l’éducation qui leur est donnée.

Ces accusations masquent la volonté de banaliser le voile et tout ce qu’il représente, et la volonté d’y contraindre toutes les musulmanes – et un jour toutes les femmes. La volonté de banaliser le communautarisme, au détriment de l’idéal républicain de l’intérêt général et de l’émancipation des consciences. La volonté d’imposer dans les écoles cette idéologie autoproclamée « progressiste », sans que jamais le peuple souverain ne puisse y réfléchir, en discuter et en décider. La volonté d’endoctriner nos enfants, au mépris de la démocratie.

C’est cette volonté qui est criminelle et qui doit être sanctionnée, mais certainement pas l’humour de Laurent Bouvet.

La nouvelle question laïque: Choisir la République

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La criminalité, outil essentiel d’analyse d’une société

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Il existe divers éléments permettant d’observer une société donnée. La criminalité est aussi un indicateur précis.


Lorsque je me rends dans un pays étranger, il y a deux lieux que je visite en priorité pour essayer de comprendre celui-ci : les supermarchés et les librairies. Les premiers permettent de comprendre comment les personnes vivent, les seconds comment elles pensent. Les rayons achalandés, les produits vendus, alimentaires et sanitaires, l’organisation même des supermarchés fournissent beaucoup d’informations sur la façon dont les personnes de ce pays ou de cette ville vivent et s’organisent. Quant aux librairies, elles permettent de comprendre les débats actuels, de voir quelles thématiques culturelles sont importantes, bref de prendre le pouls des débats d’idées. Leur présence plus ou moins nombreuse, ou leur absence est déjà un indicateur de la vivacité des échanges intellectuels.

Lecture de la presse locale et outils statistiques

Mais supermarchés et librairies, tout en offrant un panorama unique sur la société étudiée, restent limités à la face officielle, au monde visible. Il y a tout un pan de la société qui nous échappe alors, la face obscure, criminelle. Raison pour laquelle, pour compléter la compréhension d’un territoire donné, il faut aussi analyser la face sombre de celui-ci, par le biais de l’analyse de la criminalité. Crimes, meurtres, trafics de drogue, proxénétisme, mafias, etc. autant de thèmes souvent désolants, mais néanmoins essentiels pour appréhender une société. Aux supermarchés et aux librairies s’ajoute donc la nécessité de visiter les commissariats et les urgences des hôpitaux pour prendre la dimension de cette autre face de la société. Ces visites sont rarement possibles, mais d’autres outils permettent d’appréhender la criminalité d’un territoire.

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Les journaux locaux sont ainsi beaucoup plus riches d’information que la presse nationale. Violences conjugales, crimes de sang, arrestation pour trafics, émeutes et caillassages de véhicules, la lecture de ces entrefilets peut devenir déprimante, mais c’est essentiel pour comprendre l’autre vie des sociétés, d’autant que ces faits sont rarement rapportés dans la presse nationale.

Brésil, paradis du crime

Autre élément statistique important, le nombre de décès par armes à feu et le nombre d’homicides, en valeur absolu et pour 100 000 habitants. Le site gunpolicy.org fournit ainsi tous ces renseignements, qu’il collecte auprès des pays. La limite de cet exercice est que ne figurent ici que les crimes recensés. Il est tout à fait probable qu’un certain nombre d’homicides ne soit pas déclaré, surtout dans les pays où le maillage statistique est moins dense. On peut néanmoins y apprendre beaucoup.

Au Brésil, sous la présidence de Lula et de ses épigones (2003-2017), le nombre d’homicides est passé de 51 534 à 62 517. Ce qui donne un ratio pour 100 000 habitants de 28.39 à 30.37. Il y a davantage d’homicides au Brésil que dans un pays en guerre comme la Syrie. Ces données montrent l’échec de la politique de Lula, qui en plus d’avoir endetté son pays et bloqué son développement économique, a provoqué un accroissement sans précédent de la criminalité. Là réside la cause essentielle de la victoire de Jair Bolsonaro. Il a fait campagne sur la promesse de rétablir la paix civile et la sécurité dans les zones infestées par les meurtres. Lui-même a d’ailleurs manqué de peu d’être assassiné durant la campagne électorale.

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Inutile de crier au complot et d’imaginer une confédération mondiale des populistes regroupant Orban, Salvini, Trump et Bolsonaro. Les Brésiliens n’ont pas voté en regardant l’Italie ou la Hongrie, mais leur rue: puis-je sortir sans me faire agresser ? C’est la demande normale de populations qui souhaitent d’abord que leurs hommes politiques assurent la protection des biens sur le territoire. Que Bolsonaro arrive ou non à rétablir la sécurité est un autre problème. Mais le facteur de la criminalité est essentiel pour comprendre l’état de déshérence du Brésil.

Un autre pays se porte mal : l’Afrique du Sud. Alors que le taux d’homicide pour 100 000 habitants était tombé à 33.22 en 2009, il ne cesse de croître depuis lors, atteignant 37.08 en 2017. Il y a plus de 20 000 homicides par an dans le pays.

Que ce soit au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs, les homicides ne sont pas tout. Il y a tout un spectre de la criminalité qui va de l’agression, avec ou sans coup, au viol et aux blessures graves. Ces agressions peuvent être très fortement traumatisantes pour les victimes et les poursuivre toute leur vie. Ces éléments ne rentrent pas dans les outils statistiques, mais ce sont autant de blessures faites à la société, sans compter la peur qui s’emparent des populations et qui limite ensuite leurs déplacements. Le coût économique et social de la délinquance est très fort pour les sociétés.

Le crime nuit au développement des pays et effraie les investisseurs potentiels. Ainsi, les dix villes les plus violentes au monde, c’est-à-dire celles où il y a le plus d’homicides, se trouvent toute en Amérique latine. Caracas, Acapulco, San Pedro (Honduras) sont les trois premières. En Inde, le prix de la violence a été estimé à 1 200 milliards de $, soit environ 600 $ par habitant et 9% du PNB. Aux États-Unis, la violence par armes à feu coûte 229 milliards de dollars, soit 12.8 millions par jour. Ces dépenses regroupent les traitements médicaux, les frais de justice, les frais de police, les incarcérations, etc. Il est en revanche difficile de chiffrer le manque à gagner de toute la richesse qui aurait été créée en l’absence de violence.

Criminalité numérique

Tout un nouveau pan de la criminalité concerne la criminalité numérique. Cela regroupe les arnaques en tout genre et les fishing incitant à donner de l’argent. Nous avons probablement tous reçu ces messages émanant d’amis qui nous expliquent qu’ils sont coincés dans un pays étranger après avoir perdu leurs papiers et qu’il faut leur envoyer de l’argent. Un beau cas d’escroquerie, assez efficace.

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Il y a également le vol de données, soit par piratage soit par intrusion dans un ordinateur. Les salariés devraient être beaucoup mieux formés à ces questions, car ils font souvent preuve, par ignorance, d’une légèreté qui peut être très dangereuse. Par exemple le fait d’utiliser une adresse gmail ou outlook comme adresse professionnelle. Cela signifie que tous les messages sont stockés dans des serveurs américains et entrent donc sous le coup de l’extraterritorialité américaine. Même les messages supprimés continuent d’être stockés. Il existe pourtant des messageries qui proposent des adresses cryptées non basées aux États-Unis. Le fait de se connecter n’importe où avec son ordinateur en utilisant le réseau public est là aussi très dangereux, car il est facile de pénétrer dans l’appareil et d’en voler les données. L’usage d’un VPN, qui cache les adresses IP et sécurise les connexions est fortement conseillé. Il y a encore trop de personnes qui se connectent sur le réseau des gares et des aéroports, livrant leur smartphone à un potentiel vol de données. De la même façon que l’on apprend aux enfants à traverser la rue et à ne pas suivre les étrangers, il faut apprendre aux professionnels les risques de la cybersécurité et les façons de s’en prémunir.

Politique de la ville et criminalité

Les villes se gardent bien de communiquer leurs chiffres de la délinquance, surtout quand ils sont mauvais. Grenoble est ainsi devenue la première ville du crime en France. Plaque tournante du trafic de drogue et des armes, c’est là qu’il y a le plus de morts par balle en France, devant Marseille. Les violences contre les personnes ont augmenté de plus de 20% en 2018, à tel point que les syndicats de policiers ont parlé de la ville comme d’un « Chicago français ». En 2017, le procureur de la République, Jean-Yves Coquillat, avait eu des mots très directs : « Je n’ai jamais vu une ville de cette taille aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue. […] Pas un quartier n’est épargné par ces trafics qui sont à l’origine de la violence qui sévit ici. »

Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP
Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP

Irénisme de certains maires, pour d’autres refus idéologiques de lutter contre les causes de la délinquance, de nombreuses villes de province, autrefois calmes, sont en train de sombrer. C’est le cas de Nantes où, sont l’effet Notre-Dame des Landes, le centre-ville est en train de devenir une ZAD. L’accueil de migrants dans des gymnases et des tentes plantées en centre-ville n’a pas amélioré la situation. Comme le trafic de migrants est, pour une grande partie, organisé par les mafias, celles-ci profitent de l’implantation de ces populations pour développer leurs activités très lucratives. Drogue, proxénétisme, vols, tout cela prospère sur un terrain favorable, au détriment des populations locales. Ainsi vont les choses aussi à proximité de l’ancienne jungle de Calais, qui a certes été démontée, mais qui est toujours en activité, de façon informelle. Les populations locales subissent les nuisances des dégradations et des mafias.

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Les pouvoirs publics ont plutôt bien réussi à juguler la grande criminalité (il n’y a ainsi plus d’attentat en France dernièrement), mais ils ont échoué dans le contrôle de l’insécurité quotidienne, qui ne cesse de croître.

Or ces coups de canif répétés et réguliers contre la sécurité finissent par déchirer un tissu social français déjà fort fragile.

Source: Institut des libertés

Éloge de l'insécurité

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Privatisations: les sous-doués font de l’industrie


L’État multiplie les concessions au privé sans jamais défendre ses intérêts. Loin d’alléger les finances publiques, ces contrats plombent notre budget. Pendant que les polytechniciens désertent l’industrie pour faire carrière dans la finance, la haute administration hérite de gestionnaires incompétents


L’État est-il encore en mesure de gérer ses propres intérêts ? On viendrait à en douter à voir la calamiteuse privatisation des autoroutes et des aéroports, la fusion ratée entre Renault et Fiat Chrysler, les ruineux partenariats public-privé (PPP), etc. Pour Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, la cause est entendue : « L’État s’est affaibli […] par la réduction de ses capacités et de ses ressources en matière de conception et de stratégie », a-t-il déclaré au Monde le 5 juillet 2019.

Il n’est qu’à regarder quelques événements récents pour s’en convaincre. À commencer par les autoroutes  : moins de quinze ans après leur privatisation, en 2006, par Dominique de Villepin, les dividendes encaissés par les concessionnaires les ont déjà remboursés du prix d’achat. Et il reste encore une quinzaine d’années de concession…

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C’est que, d’emblée, les contrats conclus avec l’État étaient foireux. Ils prévoyaient que les 15 milliards nécessaires à l’achat seraient empruntés à des taux d’environ 5 %. Or, depuis, les taux sont redescendus à moins de 2 %. Soit, pour les autoroutiers, une économie, et donc un surprofit, de l’ordre de 500 millions par an – c’est-à-dire 15 milliards sur la durée de la concession. Car l’État, un peu négligent, avait oublié de faire ce que fait n’importe quel investisseur privé : inclure dans les contrats des « clauses de revoyure » qui prévoient le réexamen régulier des paramètres essentiels desdits contrats pour voir si leur équilibre n’a pas été modifié. Là, l’État a signé pour trente ans, sans possibilité de réexamen.

Il faut aussi évoquer les quelque 3,5 milliards d’euros de travaux à réaliser par les concessionnaires eux-mêmes en échange d’un prolongement de leur concession, décidé par François Hollande et Ségolène Royal. Une négociation dans laquelle «  les pouvoirs publics sont souvent apparus en position de faiblesse », note en avril 2019 un référé de la Cour des comptes.

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La fusion ratée entre Renault et Fiat Chrysler Automobiles (FCA), au printemps dernier, vaut également le détour. L’État est l’actionnaire principal de l’exRégie (15 % des actions et 20 % des droits de vote) et possède deux représentants au sein de son conseil d’administration. Il avait posé une condition impérative : que Nissan, alliée de Renault, soit d’accord avec la fusion. « Ils sont à 100 % d’accord », affirmaient en chœur Renault et FCA au cours des trois mois de négociation, supervisée par l’Agence des participations de l’État (APE, dont le patron siège au conseil de Renault). Agence qui n’a même pas pris la précaution de vérifier si c’était vrai. Or, c’était faux : les Japonais n’ont appris la fusion – qui les affaiblissait face à Renault et leur était donc très défavorable – que quelques heures avant sa divulgation, le 27 mai. Devant les menaces nippones, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a dû faire machine arrière, et annuler l’accord.

Autre exemple, la privatisation de l’aéroport de Toulouse, en avril 2015, qualifiée d’« échec de la privatisation » dans un rapport de la Cour des comptes publié en novembre 2018. L’APE, une fois de plus, n’a rien vu. L’acquéreur, un consortium de deux sociétés chinoises – une publique et une privée créée pour l’occasion aux Îles Vierges britanniques, paradis fiscal réputé –, n’avait pourtant aucune expérience aéronautique. Ni aucune présence en France. Son adresse à Paris, a constaté (après coup) la Cour des comptes, correspond à « celle d’une société spécialisée dans la domiciliation d’entreprises ». Aujourd’hui, ce curieux actionnaire s’apprête à revendre pour 500 millions ce qu’il avait acheté 308 millions, et après avoir empoché une cinquantaine de millions de dividendes. Soit près de 80 % de plus-value en cinq ans !

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Autre scandale récurrent : les partenariats public-privé qui consistent à confier à une société privée la construction et la gestion d’un équipement public pendant une certaine durée en échange d’une redevance payée par les fonds publics. Pour quelle raison ce que l’on appelle « leasing » dans le privé (où il marche parfaitement bien) tourne-t-il le plus souvent à la catastrophe en matière publique  ? Là encore, parce que les pouvoirs publics signent n’importe quoi. En l’occurrence, écrit la Cour des comptes (13 décembre 2017) des contrats comportant des coûts « pas transparents » et des données chiffrées « pas documentées ». Résultat : le ministère de la Justice doit payer à Bouygues 700 euros à chaque fois qu’il installe un pupitre pour une conférence de presse du procureur dans le nouveau Palais de justice de Paris. Ou le ministère de la Défense 5 000 euros pour l’ajout d’un simple œilleton à une porte du « Balardgone » (le siège du ministère de la Défense).

Jean-Marc Sauvé a son explication face à cette débandade de l’État : il serait « victime de la doxa libérale qui a conduit à réduire, voire sacrifier, des services d’études, de prospectives, de stratégies  », explique-t-il dans Le Monde. Un peu court : il y a quarante ans, la dépense publique représentait 44  % du PIB. Aujourd’hui, elle s’élève à 54 %, soit une augmentation d’un quart. Où est la « paupérisation » de l’État ?

Il faudrait plutôt incriminer la politisation actuelle de tous les débats techniques et la perte des compétences techniques qui s’ensuit. Un (ou une ministre) considère généralement son poste comme une simple étape dans sa carrière politique, où il doit donner la meilleure image possible. Quelle est la compétence d’un ministre du Logement, par exemple, à venir pérorer sur les radios sur tous les sujets, de la GPA au conflit israélo-palestinien ? Aucune, mais il prépare la suite de sa carrière.

Anne Lauvergeon, ex-présidente d'Areva, mars 2010 © JOEL SAGET/AFP
Anne Lauvergeon, ex-présidente d’Areva, mars 2010
© JOEL SAGET/AFP

À quoi s’ajoute la fuite des meilleurs vers le privé et ses hauts salaires. Il y a quelques années, Louis Gallois, ancien président de la SNCF, le constatait crûment  : «  L’époque où les premiers de Polytechnique venaient chez nous est révolue. Aujourd’hui, ils préfèrent la finance et ses hauts salaires.  » Une tendance encore accentuée par la règle instaurée en 2012 par François Hollande de plafonner à 450 000 euros la rémunération des dirigeants d’entreprises publiques. Vaut-il mieux une Anne Lauvergeon qui se contente chez Areva de 450 000 euros, mais a laissé une ardoise de 4 milliards, ou un Carlos Ghosn qui émargeait à 7 millions chez Renault, mais a fait de l’Alliance le premier groupe mondial ? Morale chrétienne et business font rarement bon ménage…

Cueillez dès aujourd’hui les fleurs de la diversité!

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En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste. Ce n’est pas Causeur, mais le Président Macron qui le dit.


France molle, France rance, France de beaufs. Notre pays requiert un regain de vitalité, n’est-ce pas ? Puisqu’il serait délicat d’affirmer au bon peuple qu’on accueille le Tiers Monde pour tirer les salaires vers le bas – pour le plus grand bonheur des grands patrons – mieux vaut invoquer l’humanisme. « En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste », a osé Emmanuel Macron. Cette petite phrase peut lui risquer un aller simple dans les flammes de la fachosphère.

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Salade, tomates, oignons ?

Dans l’imaginaire romantique, la figure de l’étranger intrigue, fait peur parfois, fascine souvent. En mai 1867, Gustave Flaubert s’enorgueillissait, dans une lettre à George Sand, de s’être « pâmé devant un campement de Bohémiens à Rouen », et de s’être « fait très mal voir de la foule en lui donnant quelques sols ». Près de deux siècles après, la gauche libérale en quête de voix ne s’y est pas trompée. Comme Flaubert, qui était « toujours pour les minorités » et qui souhaitait « condamner aux galères » les « sanglants imbéciles » de la Commune (lettre d’octobre 1871), notre gauche libérale se sent de tout cœur avec la figure de l’étranger et méprise la France périphérique, voire l’agriculteur, potentiellement racistes. Dans une perversion de l’orientalisme initié par les « Femmes d’Alger » d’Eugène Delacroix, le doux parfum de l’exotisme vient contrarier les indigestes relents des heures les plus sombres.

Désormais, grâce au triomphe de la globalisation, nul besoin  de s’aventurer en arides contrées pour s’imprégner de saveurs orientales. Au XIXème, Delacroix et Flaubert s’adonnaient à l’exotisme en Afrique du Nord. Aujourd’hui, un petit tour au kebab suffit, pour Benoît Hamon ou autres apôtres du multiculturalisme, à se sentir plus humanistes. Qu’il est bon de se sentir en symbiose avec les Damnés de la Terre! Peu importe qu’on s’intéresse à leurs cultures, d’ailleurs. Et peu importe que l’on sache situer les riches contrées d’Afrique sur une carte. Dans notre société pétrie de culpabilisation chrétienne, l’essentiel est de faire vœu de pénitence.

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Le doux parfum du misérabilisme

Échappatoire de la monotonie française tout en restant dans sa zone de confort, la figure de l’étranger incarne deux grandes sources de progrès : coloration et diversité. De préférence pauvre et opprimé, il sert de rédemption à deux grands péchés : être né blanc dans un pays riche. Si par malheur l’étranger (nationalisé français) vote à droite, ça déstabilise. Si en plus il a le toupet de militer pour LR, là ça hérisse franchement. Une flopée de noms d’oiseaux et des menaces de mort à l’encontre de Lydia Guirous, porte-parole de LR tout en étant d’origine maghrébine, nous a valu un silence radio de la part des humanistes. Pour cocher les bonnes cases du gauchisme, l’étranger doit être doublement victime. Victime du néocolonialisme dans son pays d’origine, victime de la société qui l’a accueilli ici. L’étranger noir ou arabe qui a réussi, qui peut s’acheter une montre Cartier à 5 000 euros sur les Champs-Elysées n’intéresse pas les humanistes. Il est rentré dans l’infréquentable caste de la bourgeoisie. Ce faisant, il a perdu tout le charme du doux parfum du misérabilisme. Alors une militante LR…

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Laver la France de ses péchés

Comme un « bon sauvage », l’étranger doit rester pur, et pour cela, il ne doit pas aimer l’argent. Peu importe que certains immigrés, travaillant dur sur nos chantiers, gagnent parfois plus qu’un petit fonctionnaire. Peu importe que certains mettent suffisamment de côté pour se refaire au pays.

L’étranger doit nous sauver de notre égoïsme et de notre cupidité. Il va sauver les villages de France à l’abandon, et ceux qui en doutent encore ne sont que des bidochons ! L’Autre est bon par essence. Si cette sanctification se trouve remuée, par le regard que notre étranger pourrait porter sur la femme par exemple, la faute incombe au colonialisme qui l’a aliéné. Il faut lui laisser le temps de s’adapter aux valeurs de notre société, le pauvre. Car l’étranger, il est un peu comme un grand enfant. Il n’est pas encore bien mûr mais ça viendra avec le temps. Pour épurer la France de tous ses péchés, ça vaut bien le coup d’attendre une cinquantaine d’années, vous ne croyez pas ? Cueillez dès à présent les fleurs de la diversité!

Correspondance Flaubert

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Comment la droite a enterré Malraux


André Malraux voulait permettre à tous les Français d’accéder à notre immense patrimoine. Rien de commun avec son lointain successeur Jack Lang qui met sur un même plan Picasso et Koons. Entre ces deux modèles, la droite a choisi. Et trahi l’auteur des Voix du silence.


En ouverture des célébrations du 60e anniversaire du ministère des Affaires culturelles, l’actuel ministre, Franck Riester, écrit : « Si le ministère a beaucoup évolué au cours des années, je veux croire qu’en soixante ans, une continuité s’est installée : ses grandes missions telles qu’elles ont été conçues par André Malraux, enrichies au fil des ans, n’ont jamais été remises en cause. » Et le même de préciser lors d’une communication au conseil des ministres du 24 juillet dernier : « Depuis sa naissance, le ministère de la Culture protège et valorise le patrimoine, stimule la création, promeut la diversité culturelle… »

Ancien collaborateur parlementaire, Jérôme Serri est journaliste littéraire. Il a publié Les Couleurs de la France, avec Michel Pastoureau et Pascal Ory (Hoëbeke), Roland Barthes, le texte et l’image (Éditions Paris-Musées) et participé à la rédaction du Dictionnaire Malraux (CNRS éditions).

Non ! Malraux n’entendait pas « stimuler la création. » Ça, c’est du Jack Lang  ! Malraux voulait favoriser la création « des œuvres de l’art et de l’esprit qui enrichissent notre patrimoine ». Aussi, la première mission que mentionnait son décret était-elle de « permettre l’accès aux œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ».

C’est une banalité, mais beaucoup semblent l’oublier : aucune création n’est possible si elle n’est adossée à un passé et conquise sur lui. Pas de création sans transmission préalable d’un héritage respecté et aimé. Comme Malraux n’a cessé de le répéter, les moutons de Giotto ne viennent pas des pâturages, mais des toiles de son maître Cimabue. Et Le Greco, partant pour Tolède, emportait Byzance et Venise derrière ses paupières. À la fin de sa vie, Roland Barthes, revenant sur des positions qui devaient beaucoup à l’air du temps, déclarait à son tour : « L’œuvre nouvelle doit être filiale, c’est-à-dire assumer une certaine filiation. » Et il ajoutait : « Il y a des moments où il faut dire avec Verdi : “Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès.” »

A lire, notre numéro de septembre: Causeur: Le niveau baisse!

Pour avoir ignoré ce processus créatif, pour en avoir même favorisé le mépris, Jack Lang s’est fourvoyé dans la promotion démagogique du préjugé de la tabula rasa, de la spontanéité, de l’immédiateté. « À 15 ans, j’ai découvert Apollinaire à la bibliothèque de ma ville et j’ai pris feu », confia Georges Brassens au micro du philosophe Philippe Nemo. Combien de pseudocréateurs subventionnés par le ministère se grattent la tête lorsqu’on leur demande ce qu’ils ont aimé au même âge ?

On portera bien sûr à l’actif du ministère Lang un certain nombre de réalisations. Mais ce n’est pas le sujet. N’importe quel ministre de l’Économie aurait pu mettre en place le prix unique du livre. Une aussi louable mesure ne compensera jamais les effets dévastateurs du contresens que le ministre de Mitterrand fit prospérer.

Où Franck Riester a-t-il lu que Malraux voulait également promouvoir la «  diversité culturelle » ? Quelle escroquerie ! C’est du pur Macron ! N’oublions pas que c’est ce dernier qui déclara en février 2017 : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France et elle est diverse. » Et s’il y a une continuité du ministère, comme le prétend Riester, c’est une continuité avec celui de Jack Lang, nullement avec celui d’André Malraux. Car c’est avec le ministre de la Culture de Mitterrand, avec son décret du 10 mai 1982, que la culture a été noyée dans le socioculturel et qu’a été donnée au ministère une nouvelle mission : « Préserver le patrimoine culturel des divers groupes sociaux. »

Lisons les deux décrets :

  • 24 juillet 1959 : « Le ministère chargé des Affaires culturelles a pour mission de rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français  ; d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. » Ce décret est de la main même de Malraux.
  • 10 mai 1982 : « Le ministère chargé de la culture a pour mission : de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la société tout entière ; de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l’art français dans le libre dialogue des cultures du monde. »

Lors des cinquante ans du ministère de la Culture, en 2009, l’ancien élève de Roland Barthes, Antoine Compagnon, professeur comme lui au Collège de France, reprocha à Lang et à ses successeurs d’avoir dévalué l’idée même de culture, renonçant ainsi à la « culture cultivée » d’André Malraux : « En cinquante ans, tout a changé et d’abord la notion même de culture, absorbée dans le culturel : “tout est culturel”, comme l’a dit Jack Lang à l’Assemblée nationale dès 1981. » Et Compagnon de préciser : « Chacun appelle culture ce à quoi il occupe ses loisirs, ses RTT ou son RSA. »

Piqué au vif, Jack Lang s’est défendu : « Ce décret fut improvisé et rédigé entre deux portes ; je n’en suis pas particulièrement fier et je ne crois pas d’ailleurs à l’utilité de ces textes. » Effectivement, le pays se serait bien passé d’un tel décret qui ne fut pas inutile, mais nuisible. En installant la confusion, en nivelant les genres, en délégitimant toute hiérarchie de valeurs, en flattant le moindre saltimbanque, en ouvrant grand la porte à l’impuissance et à la puérilité, ce décret rendait impossible tout consensus autour de ce qu’une génération se devait de transmettre à la suivante.

Jack Lang, Shanghai, Juin 2010 © Philippe LOPEZ/AFP
Jack Lang, Shanghai, Juin 2010
© Philippe LOPEZ/AFP

Au printemps 1986, en pleine polémique autour du projet des colonnes de Daniel Buren au Palais-Royal, alors que balbutiait la première cohabitation, le cabinet de la Rue de Valois supprima d’un entretien du nouveau ministre une citation de Malraux faisant allusion aux «  bandes verticales » que Matisse avait peintes sur la tenture de sa célèbre Nature morte aux oranges. Pour quelle raison ? La droite s’était engagée avant les législatives à stopper le projet de Daniel Buren. Comment pourrait-elle se débarrasser des rayures de Buren dès lors que Malraux avait chanté celles de Matisse ? Tétanisée, incertaine d’elle-même, la droite gaulliste avait de toute façon, depuis des années, oublié Malraux. Du reste, elle aurait pu se passer de ce microtraficotage, puisqu’elle donna finalement son feu vert à la poursuite du chantier ouvert par Jack Lang.

C’était un ralliement intégral à sa vision de la culture. Du reste, seize ans plus tard, en 2002, après la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République, la première exposition qu’inaugura le fidèle Jean-Jacques Aillagon, devenu ministre de la Culture, fut celle de l’inévitable Daniel Buren sur les six étages du Centre Georges Pompidou. Et en 2008, c’est le même Aillagon qui organise au château de Versailles l’exposition Jeff Koons, avec notamment ce homard géant en aluminium pendu au plafond du salon de Mars, et dont les pinces doivent hanter désormais, comme dans une vision infernale de Bosch ou de Brueghel, le sommeil de François de Rugy. Les homards du ministre de la Transition écologique sont pourtant de la roupie de sansonnet à côté des millions d’euros offerts à l’ex-mari de la Cicciolina ! On notera d’ailleurs qu’Aillagon, ministre d’un président gaulliste, avait aussi été l’employé de François Pinault, qui vit grimper la valeur de ses Jeff Koons grâce à l’exposition.

A lire: Cet oublié nommé Malraux

À chaque fois qu’elle aurait pu revendiquer l’héritage d’André Malraux, la droite a choisi l’air du temps, entérinant en toute occasion la dilution de la culture dans le culturel opérée par la gauche. Au lendemain de son élection à la présidence du Sénat, en 2008, il fut proposé à Gérard Larcher de réunir, pour le cinquantenaire du ministère, les meilleures interventions de Malraux à la tribune de la Haute Assemblée. Il ne daigna pas répondre.

En 2011, Jean-Jacques Aillagon quitte la présidence du château de Versailles. Gérard Larcher le congratule, ce qu’il justifie ainsi : « Avec Jeff Koons, il a tout de même dépoussiéré Versailles. » Quel parlementaire gaulliste n’a pas félicité Aillagon pour les crustacés géants ? On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que l’ouvrage collectif dirigé par Larcher en 2012, Le Gaullisme, une solution pour demain, ne contienne pas un mot sur la culture, ni sur notre dette à l’égard de Malraux. À ce stade, l’oubli a le goût amer de la trahison.

En 2012, à la veille des élections présidentielles, Le Figaro demande aux différents candidats qui a été le meilleur ministre de la Culture de la Ve République. François Bayrou et Marine Le Pen répondent : « Incontestablement, André Malraux. » François Hollande s’abstient. Nicolas Sarkozy, bottant en touche, affirme que chaque ministre a apporté sa pierre à l’édifice.

En 2013, un historien d’art (devenu depuis directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales), confondant Robert Poujade, le député-maire gaulliste de Dijon et Pierre Poujade, élu en 1956 sous la même étiquette que Jean-Marie Le Pen, en profite pour lepéniser l’auteur des Voix du silence : il faut préciser que le « bon Poujade » se tient derrière Malraux sur la célèbre photographie du 30 mai 1968. Malraux s’étant politiquement fourvoyé, sa pensée était, selon la doxa de la gauche, nulle et non avenue. Que répliquent les gaullistes ? Bien entendu, rien.

Toujours en 2013, on célèbre le 50e anniversaire de la mort de Braque. Voici ce qu’écrit le commissaire général de l’exposition du Grand Palais : « Son statut d’artiste officiel de la France gaullienne (le premier à bénéficier de son vivant d’une exposition au musée du Louvre qu’il venait de décorer) redoublé par les obsèques célébrées en grande pompe par le ministre de la Culture, André Malraux, lui avait indiscutablement porté ombrage auprès de la génération montante contestataire. » Seule la gauche, en somme, serait légitime pour organiser les obsèques nationales de l’un de nos plus grands peintres ? Aucun extrait de l’éloge funèbre du ministre dans l’anthologie publiée en fin de catalogue  ! Pour notre administration culturelle, que Malraux, ministre du général de Gaulle, ait pu être l’ami de Braque, de Chagall, de Picasso, de Fautrier, de Miró et de tant d’autres est inconcevable. Prévenus, les sénateurs gaullistes gardèrent encore le silence.

Les détracteurs de Malraux (qui ne savent rien de lui), lui prêtent un élitisme poussiéreux, il aurait été le chantre d’une culture réservée à une élite raffinée. Antoine Compagnon lui-même néglige la distinction fondamentale que Malraux établit dans le rapport à la «  culture cultivée  » et sur laquelle sa politique fut fondée. « Sans doute, écrit-il, l’homme cultivé est-il un homme de livres, d’œuvres d’art, un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. » Dans cette perspective, Malraux distinguait l’université, lieu du savoir, de la maison de la culture, lieu de l’émotion. Les universitaires s’entêtèrent, avec une copieuse mauvaise foi, à voir des menées antidémocratiques dans ce qui était le fondement d’une politique culturelle.

A lire: Le roman noir, c’est de la grande littérature

«  La dernière sonate pour piano de Schubert m’étant revenue hier soir, par surprise, une fois de plus, je me suis dit simplement :“Voilà.” Voilà ce qui tient inexplicablement debout, contre les pires tempêtes, contre l’aspiration du vide ; voilà ce qui mérite, définitivement, d’être aimé : la tendre colonne de feu qui vous conduit, même dans le désert qui semble n’avoir ni limites ni fin. » Ce n’est pas André Malraux qui parle, mais l’un de nos plus émouvants poètes, Philippe Jaccottet, qui a toujours eu en grande estime la pensée d’André Malraux sur l’art et a placé, comme lui, au centre de sa vie et de sa réflexion cette distinction insuffisamment méditée entre connaître et aimer.

Le président Macron et son ministre Franck Riester peuvent continuer d’y aller de leur « diversité culturelle » ; il n’y a plus personne face à eux. Par peur de passer pour rétrogrades, voire réacs, les gaullistes se taisent depuis des années. Ayant emboîté le pas à Jack Lang par lâcheté, ils ne sont en rien les héritiers d’André Malraux. Ils en sont, au même titre que l’insubmersible ministre de Mitterrand, les liquidateurs inconséquents.

Les couleurs de la France

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Elisabeth Lévy: tuer, c’est mâle!


« Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante, ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser »


Les mots ont un sens, affirme la sagesse populaire. Ça, c’était avant. Certains mots n’ont plus de sens, mais une fonction qui est de vous empêcher de penser. Le mot «  climat  », par exemple, doit déclencher une réaction pavlovienne d’indignation mâtinée de bonne conscience. Le mot « femme », quant à lui, ne mord pas (quoique), mais devrait vous plonger dans une atmosphère de compassion, de bienveillance – et, si vous êtes un mâle blanc tendance dragueur lourd, même jeune, de terreur et de culpabilité présumée. Dans l’arsenal lexical destiné à nous faire passer l’envie de déconner, «  féminicide  » vient de faire une entrée remarquée grâce à l’activisme déployé par les habituels groupuscules associatifs qui réclament bruyamment des mesures et des fonds publics pour lutter contre ce nouveau fléau – déjà réprimé par le Code pénal et condamné par la société. En quelques mois, ce crime contre la langue et contre la vérité s’est imposé, repris jusqu’à l’absurde par des journalistes tout fiers de participer à l’anéantissement des forces obscures du patriarcat.

0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche

Au début de l’été, quand un homme s’est rendu à la police après avoir tué sa femme, on a pu entendre l’un d’eux déclarer : « L’autopsie permettra d’établir s’il s’agissait d’un féminicide. » La fonction de ce terme est évidemment de suggérer par homophonie que, dans notre pays, les femmes sont menacées par un génocide ou au minimum, un massacre. Au risque de paraître sans cœur, il faut examiner les chiffres. Un génocide suppose une certaine fréquence prouvant la volonté d’éradication systématique. D’après le groupe  Facebook «  Féminicide par compagnon ou ex », « depuis janvier 2016, 452 femmes sont mortes sous les coups d’un frère, compagnon, mari, ex ou fils : 123 en 2016, 135 en 2017, 120 en 2018 et 97 au 28 août 2019 ». Considérant qu’il y a en France près de 27 millions de femmes âgées de plus de 20  ans, cela signifie que 0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche. « Ces chiffres donnent le vertige, peut-on lire dans Le Monde, et pourraient laisser croire que le phénomène s’est banalisé dans une sorte d’indifférence. » En fait d’indifférence, il ne se passe pas un jour sans que les médias évoquent le phénomène. Quant aux chiffres, ils suggèrent au contraire qu’on a affaire à de terribles tragédies individuelles – et pas à l’aboutissement d’un système culturel dans lequel les hommes se sentiraient autorisés à tuer leurs compagnes. Ou alors, il faudrait aussi dénoncer les mères comme des criminelles en puissance, puisqu’elles sont responsables de plus de deux tiers de la soixantaine d’infanticides recensés chaque année en moyenne. Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante, ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser.

À lire aussi : Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Ajouter que les policiers rient au nez des victimes, quand des dizaines d’hommes sont placés en garde à vue pour être accusés, à tort ou à raison, d’avoir donné une gifle, c’est encore une fois un amalgame éhonté. On voudrait nous faire croire que le meurtre d’une femme conclut toujours un récit identique, mettant en scène une grande brute nourrie à la culture du viol. Même dans ce cas, d’ailleurs, la victime n’est pas abattue parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle est la femme de ce type-là – souvent parce qu’elle n’a pas voulu le quitter, parfois parce qu’elle l’a quitté. Cela ne rend pas le crime plus acceptable moralement, cela lui redonne sa singularité. Surtout, il faut être furieusement déconnecté du réel pour affirmer que le meurtre d’une femme par « son frère, son mari ou son fils » raconte une seule et même histoire, et mettre dans le même sac le très mal nommé crime d’honneur et le crime d’amour. J’oubliais : « On ne tue pas par amour », trompettent sans relâche les mèresla-morale, sans doute expertes en matière de crimes et/ ou de passion, à défaut de l’être en littérature. L’amour c’est gentil et tuer c’est méchant. Julien Sorel n’est qu’un harceleur de première, qui finit, logique, en féminicide, et cette sotte de Madame de Rênal, engoncée dans son genre comme dans ses robes, une traîtresse à la cause. Le cas de Sorel est assurément pendable, d’ailleurs, il finit guillotiné. Mais que pensent nos expertes de ces vieux amoureux qui abrègent les souffrances de leur femme – et qui représentent une proportion non négligeable des prétendus féminicides ? Ou du mystérieux crime d’Althusser  ? Foin de ces chicayas sur les sombres recoins de l’âme. Féminicides, vous dis-je ! Et au cas que vous n’auriez pas compris que qui tire les cheveux de sa camarade finira par tuer sa femme, les associations exigent, outre la création d’une nouvelle infraction (ah, l’envie du pénal…), l’instauration «  d’un programme d’éducation contre le sexisme à l’école, de la maternelle au supérieur ». À partir du 3 septembre, et durant deux mois, se tiendra donc un « Grenelle des violences conjugales ». On voit mal l’utilité de ce grand raout pour améliorer le traitement policier et judiciaire de ces crimes ou la prise en charge des victimes. Quant à la nouvelle incrimination pénale, qui reviendrait à admettre qu’hommes et femmes ne sont pas égaux devant la loi – et devant le crime –, elle a peu de chances de voir le jour. Les femmes battues, violées et assassinées seront en réalité enrôlées pour permettre au gouvernement de montrer son meilleur profil et aux associations de tendre la main. Il faut lire l’appel du collectif #noustoutes (sans moi, merci), sidérant de cynisme inconscient et d’indécence tranquille, à se mobiliser à l’occasion du « centième féminicide de l’année » – qui n’a pas encore eu lieu. Ne lâchez rien, les filles. Plus que trois victimes et vous pourrez sortir les banderoles.

Les Rien-pensants

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Faux départ pour le rapprochement franco-russe

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En marge d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Brégançon, les deux chefs d’Etat ont tenté de relancer les relations franco-russes, avec leurs ministres des affaires étrangères et de la défense. Sans grand succès. Coulisses.


Après la rencontre avec Vladimir Poutine à Brégançon, le président a secoué ses ambassadeurs au début du mois de septembre, lors de la conférence de rentrée. Il anticipait de discrètes mais non moins fortes réticences à la relance de l’amitié franco-russe.

Tentative de rapprochement

Et en effet, « l’État profond », pointé par le président dans son discours, n’a pas tardé à réagir par l’intermédiaire de ses traditionnels relais d’influence. Nathalie Guibert et Marc Semo évoquent dans Le Monde les inquiétudes de nos alliés européens. Bruno Tertrais et Michel Eltchaninoff, toujours dans le quotidien vespéral, comparent l’initiative présidentielle aux vieilles lunes franco-soviétiques. La tribune qui sent bon la guerre froide est relayée avec ferveur par Benjamin Haddad et Olivier Schmitt sur Twitter. Dominique Moïsi pond une note pour l’institut Montaigne qui met en garde l’Élysée contre « le grand écart entre intérêts et valeurs »… Bref le landerneau atlantiste a battu le rappel des troupes: Il n’est pas question de copiner plus avant avec l’ogre Poutine.

Mark Esper, le nouveau secrétaire à la Défense des États-Unis, ancien du géant militaro-industriel Raytheon, a également tiré la sonnette d’alarme lors d’une rencontre avec son homologue française. « Les Russes doivent changer de comportement » a prévenu en guise d’avertissement le ministre. « Tout ne va pas changer du jour au lendemain » voulait-on rassurer au cabinet de Florence Parly. Il s’agit de jouer la montre en attendant que s’enlise de lui-même ce rapprochement franco-russe.

A lire aussi: Pourquoi la Russie a vendu l’Alaska aux Etats-Unis?

Et en effet, la frayeur atlantiste fut de courte durée. Après la rencontre entre la Russie et la France au format « 2+2 » (ministres de la Défense et des affaires étrangères) à Moscou le 9 septembre, les partisans de l’amitié franco-russe sont restés sur leur faim. Le soufflé est retombé.

Beaucoup de bruit, peu de résultats

Certes, en Afrique des ouvertures ont été constatées, l’état-major français semble ouvert à des coopérations en Centrafrique mais aussi au Niger.

Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.
Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.

Côté russe, les velléités françaises de rapprochements ont été accueillis avec beaucoup de circonspection. Le Président français a semblé pressé d’annoncer un sommet au format Normandie pour la fin septembre à Paris, comme s’il craignait le double jeu de son administration. Une poignée de main entre le nouveau président ukrainien Volodimir Zelinski et Vladimir Poutine aurait couronné ce nouveau virage de la diplomatie française…
Mais les Russes attendaient évidemment un geste en retour. Sergeï Lavrov[tooltips content= »Ministre des Affaires étrangères de la Russie NDLR »]1[/tooltips] n’en est pas à sa première tentative de séduction française. Il se souvient de la parenthèse de 2010 avant que n’éclate la guerre en Libye, puis celle de 2015 avant le flop de la vente des navires Mistral. Chat échaudé craint l’eau froide.

A lire également: Donbass: 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés

Tout avait pourtant bien démarré. La visite de Medvedev[tooltips content= »Chef du gouvernement russe NDLR »]2[/tooltips] au Havre chez Edouard Philippe a été suivie de celle de Poutine en août pour fêter le retour de la Russie au Conseil de l’Europe à Strasbourg, avec l’appui de la France. Le banquier français Philippe Delpal a été sorti de prison. Le raté du 75ème anniversaire du débarquement semblait déjà loin derrière. Mais depuis, aucune avancée n’a été constatée, aucune levée des sanctions économiques n’a été proposée, plus personne ne parle de sommet…

À Moscou, Jean-Yves Le Drian a fait quelques remarques aigres-douces soulignant le très long parcours restant à faire… La France a voulu parler de la relance du dialogue stratégique de désarmement, mais c’est un sujet que les Russes réservent à leur seul rival dans ce domaine, les États-Unis. À la manœuvre en Syrie, Libye et en Algérie, Moscou laisse venir les Français. Tant que Paris n’a pas le courage de mettre son veto aux sanctions européennes contre Moscou, le rapprochement franco-russe peut attendre. L’Ukraine aussi.

Lettre d’Arno Klarsfeld pour Emmanuel Macron

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Causeur s’est procuré la lettre adressée par Arno Klarsfeld en juin 2018 à Emmanuel Macron. Nous reproduisons ce courrier, alors que le Président vient de durcir sa ligne politique sur l’immigration. Selon l’avocat, connaisseur de la question migratoire, « le refus d’asile devrait valoir obligation de quitter le territoire. »


Le 17 juin 2018,

M. Président, cher Emmanuel Macron,

L’Europe fait face à deux dangers. Le premier danger est que si l’Europe laisse rentrer trop de migrants, elle risque de diluer son identité à laquelle les Européens sont attachés et ainsi de faire monter les partis d’extrême droite. Mais si l’Europe se montre intraitable et inexorable avec les migrants, alors la majorité indifférente sera la proie de la minorité d’extrême droite qui entraînera l’Europe dans des régimes qui lui feront perdre là aussi son identité acquise de l’expérience des tragédies de l’après deuxième guerre mondiale. Et cette Europe qui ne sera plus européenne renouvellera les erreurs et les guerres du passé.

Comment concilier générosité et fermeté ?

Nous savons que 90% des déboutés du droit d’asile demeurent en France, c’est à dire chaque année plus de soixante mille personnes

Nous savons que la plupart des pays dont sont originaires les migrants refusent de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires pour, après une décision de justice, renvoyer les migrants recalés chez eux.

Nous savons que les structures d’accueil en France sont pleines.

Nous savons que presque chaque jour des milliers de migrants ayant embarqué très souvent de Libye débarquent sur les côtes italiennes.

Nous savons qu’une fois arraisonnés dans les eaux internationales, les migrants doivent être, débarqués dans un port européen où ils pourront demander l’asile, selon la jurisprudence de la cour européenne de justice. Ce qui est illogique et intenable puisqu’il est paradoxal pour certaines ONG de prendre vers l’Europe des centaines de migrants une fois qu’ils ont mis le pied sur un bateau et en plus d’aller les chercher à quelques kilomètres des côtes libyennes. Pourquoi ne pas alors les chercher directement en Libye ? Est-il plus moral ou différent d’empêcher les gens de quitter les côtes africaines que de les ramener sur ces mêmes côtes quelques heures après qu’ils les ont quittées ? Les Français commencent à comprendre le paradoxe et le cercle infernal des passeurs, des bateaux et des naufragés si proches des côtes non pas européennes mais africaines.

Nous savons aussi que malgré ce qu’affirment les politiciens de droite comme de gauche, la phrase « ceux qui n’ont pas leurs papiers ont vocation à retourner dans leur pays » est de la poudre aux yeux puisqu’il est impossible – sans devenir un état policier – de diligenter de gigantesques rafles sur l’ensemble du territoire pour appréhender des dizaines de milliers d’irréguliers avec leurs familles et les attaches qu’ils ont créées avec le temps en France, de les placer dans des centres de rétention exigus et de les renvoyer ensuite « chez eux ». Un « chez eux » qui pour les enfants très souvent nés en France ne l’a jamais été.

Il faut se résoudre à l’évidence: une fois que les migrants ont mis le pied en Europe et qu’ils ne veulent pas rentrer volontairement dans leur pays, la vaste majorité est là pour rester.

Nous savons qu’il y a 50 ans il y avait 323 millions d’Africains, qu’aujourd’hui il y en a un milliard deux cent vingt millions et que dans cinquante ans il y en aura près de trois milliards. Et la question du planning familial reste tabou tant en Afrique que dans la diplomatie en général. Personne n’en parle ou ne veut en parler et celui qui en parle reçoit des coups de bâton.

Nous savons aussi que l’Europe porte une certaine responsabilité dans la situation du continent africain; continent d’abord partagé entre quelques Etats européens s’arrogeant les droits de surhommes blancs, auréolés de gloire pour avoir vaincu et parfois massacré des peuplades hostiles et pour leur avoir apporté une civilisation qu’ils ne demandaient pas. Nous avons, oui, une responsabilité morale puisque sans les vaccins, sans l’hygiène que nous avons apportés la population ne se serait pas accrue comme elle l’a fait.

Nous savons aussi que l’Europe s’est rendue coupable d’égoïsme puisqu’elle a laissé l’Italie seule en première ligne alors que les migrants ne choisissent pas l’Italie mais l’Europe comme destination réelle.

Nous savons donc que l’immigration est le défi majeur du 21ème siècle, qu’il faudra une solidarité sans faille entre les nations européennes si on ne veut pas un éclatement de l’Union, qu’il faudra des investissements colossaux pour à la fois préserver notre identité et notre sens moral, qu’il faudra des solutions innovantes, et pourtant nous ne faisons sinon rien du moins pas grand-chose.

Si on veut empêcher d’une part que l’identité européenne se dilue peu à peu mais inexorablement, et d’autre part que des individus, des familles, des enfants se noient, la seule solution consiste à empêcher les bateaux de passeurs de passer. Mais ceci n’est possible que si la jurisprudence de la Cour européenne de justice se modifie et que les bateaux puissent être ramenés vers les côtes africaines.

Il faudrait que le tri entre migrants économiques et personnes persécutées en raison de leur race, religion (…) soit effectué en Libye ou dans tout autre pays où il y aurait des départs conséquents pour les côtes européennes. Aujourd’hui, ce n’est pas possible puisque la Libye n’est pas stabilisée et que les structures adaptées n’existent pas. Il faudrait que le HCR ou une organisation européenne que l’on crée obtienne par traité une zone extraterritoriale dans laquelle installer de vastes campements convenables et fonctionnels dans lesquels serait effectué le tri entre les migrants économiques et ceux qui peuvent bénéficier d’une protection reconnue par la convention de Genève. Des systèmes de vidéo juridiction devraient aussi être installés et ce mode de juridiction devra être généralisé.

Ceux qui seraient considérés comme ayant une possibilité raisonnable d’obtenir l’asile ou la protection subsidiaire seraient alors conduits en Europe sur des navires européens et répartis équitablement entre les États européens. Mais le maximum des procédures devra être effectué de l’autre côté de la Méditerranée. Une fois que les migrants arrivent en Europe, il n’y a que peu de moyens de les faire repartir. Demandez à un de vos conseillers de vous faire un briefing sur le nombre de recours qu’un débouté du droit d’asile peut effectuer avant qu’il ne soit effectivement obligé de quitter le territoire. Vous en seriez étonné. Et les Français en seraient abasourdis.

Ceux à qui ne seraient pas reconnu le statut de réfugié en Europe devraient alors être reconduits, sauf circonstances exceptionnelles, dans le campement où le premier tri a été effectué, à condition que le délai pour traiter la demande ne dépasse pas un an, ce qui empêcherait, dans la vaste majorité des cas, que tout lien irrémédiable ne se soit créé entre le demandeur et le pays où la demande a été effectuée. Le refus d’asile devrait valoir obligation de quitter le territoire.

Dans la répartition des réfugiés il faudra se montrer compréhensif avec les pays de l’Est de l’Europe dont non seulement l’identité est forte, mais aussi qui ne se sont pas enrichis par la colonisation et ont eux-mêmes été durement colonisés, un temps par les nazis et pendant quelques décennies par les Soviétiques.

La responsabilité que nous avons envers l’Afrique ne va pas jusqu’à nous saborder et donner le continent européen à l’extrême droite.

Rien n’est éternel, l’empire romain était l’Europe d’aujourd’hui et il a vécu.

Amitiés.

Cette monnaie mondiale qu’on nous prépare

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À l’heure où les craintes d’une nouvelle crise économique augmentent, deux monnaies internationales pourraient remplacer le dollar dans les échanges et transformer en profondeur le secteur financier. Elles sont révélatrices des factions opposées qui agitent désormais le lanterneau financier de la planète.


Jean-Claude Trichet n’est pas n’importe qui. Ancien président de la Banque de France, il avait naguère préparé la fusion du Franc et du Mark dans la monnaie unique européenne. Puis il avait dirigé pendant 10 ans la Banque centrale européenne (2002-2012). À peine sorti de l’institution d’émission monétaire, il prenait la tête de la branche européenne de la Trilatérale, puissante institution mondialiste qui milite pour un rapprochement des zones d’influence américaine (Amérique du Nord, Europe, Japon). Or, il y a 5 ans, il prononçait et répétait à quelques mois d’intervalle une phrase quelque peu énigmatique, mais révélatrice. « Toutes les banques centrales importantes ont désormais la même définition de la stabilité des prix. C’est un phénomène passé inaperçu, mais qui est très important[tooltips content= »Académie des sciences morales et politiques, 2 mars 2015. »]1[/tooltips] ». Celui qui, dans les années 1990, avait augmenté les taux d’intérêts du Franc dans le seul but de rapprocher la devise nationale du Mark allemand afin de faciliter la création de l’euro, a-t-il participé à des discussions allant dans ce sens à un niveau plus global ? Un mouvement similaire se prépare-t-il sur les grandes devises mondiales ? Si l’on prend en compte le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen japonais, nous obtenons 90% des réserves de change mondiales et des dénominations monétaires des échanges extérieurs, selon la Banque des règlements internationaux et le système de paiement Swift.

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Écoutons Jacques de Larosière, autre membre éminent de l’élite financière mondiale. « Le privilège exorbitant du dollar demeure », se plaignait l’ancien directeur du FMI (1978-1987), mais « le monde va évoluer vers un système oligo-polaire [tooltips content= »Académie des sciences morales et politiques, 2 mars 2015. »]2[/tooltips] ». Évoquant un institut d’émission qui émettrait une « devise mondiale vraiment représentative », l’homme appelait de ses vœux à une « organisation centrale qui disposerait d’un dispositif de sanctions » afin de forcer les pays à rééquilibrer leurs balances des paiements les uns vis-à-vis des autres.

L’heure du Droit de tirage spécial (DTS) ?

Fin 2015, soit quelques mois après cette intervention, le Fonds monétaire international incluait le yuan (la devise chinoise) dans le panier de devises destiné à calculer le cours de son DTS vis-à-vis des autres monnaies. Si l’opération n’obligeait nullement les banques centrales à acquérir du yuan – le DTS n’est pas adossé à un panier de devises comme on l’entend souvent, mais simplement calculé selon ledit panier – il marquait une entrée symbolique de la monnaie émise par l’État chinois dans la cour des grandes puissances monétaires. Cette décision confirmait la volonté des élites financières mondiales de renforcer le rôle du DTS. Le DTS ? C’est la devise du FMI, qu’il crée et distribue à ses pays membres, quand ils font une demande de prêts. Il est au FMI ce que l’euro est à la BCE ou le dollar au système bancaire américain. Il n’est adossé à rien. Mais il peut être échangé par les pays membres contre des dollars ou des euros (ou d’autres devises plus mineures). Les transactions ainsi effectuées ne sont pas rendues publiques. En revanche, les émissions de DTS sont connues. Créé à Bretton Woods pour prêter des dollars sous surveillance étroite des États-Unis, le FMI n’a jusqu’ici lancé des émissions de DTS qu’en faible quantité (pour la première fois à la fin des années 1960 lors de la contestation anti-dollar menée par De Gaulle, une autre fois en 1981, enfin en 2009 lors de la crise financière).

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En 2018, lors d’un colloque tenu à Paris, c’est le très mondialiste président d’honneur du think tank Confrontations Europe, Philippe Herzog, qui y allait de sa petite phrase sur la devise du Fonds monétaire international. « Il y a quelque chose à faire avec le FMI et les DTS », affirmait-il, après avoir affirmé que l’euro n’était pas censé remplacer le dollar.

Selon l’analyste américain Jim Rickards, dont l’activité et les contacts passés l’amènent à côtoyer les élites financières états-uniennes, il ne fait aucun doute que les hauts responsables mondialistes ont un plan pour créer une devise mondiale d’émission. Reprenant les termes de Christine Lagarde, alors patronne du FMI, qui évoquait un prochain « reset monétaire », il estime que l’élite financière prépare une émission massive de DTS pour contrer les profonds effets déflationnistes à l’œuvre aujourd’hui.

« Si les gouvernements souhaitent dépenser plus, mais que le pouvoir législatif ne les y autorise pas, le FMI peut fournir des DTS et les gouvernements peuvent les dépenser sans attendre que leur propre pouvoir législatif prenne des mesures. Le FMI agit comme la Banque centrale mondiale, et rien ne peut l’arrêter[tooltips content= »Intelligence stratégique, juin 2016. »]3[/tooltips] ». En relançant l’inflation, les grands groupes bancaires et les gestionnaires de fonds – qui ont acquis un pouvoir considérable – pourraient ainsi sauvegarder la pyramide de dette et poursuivre leur activité.

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Les nations désireuses de se débarrasser de leur dépendance au dollar sont susceptibles d’accepter cette nouvelle monnaie d’échange. À cet égard, les efforts de la puissance exportatrice chinoise depuis le début de la décennie pour se faire accepter au sein du FMI ne trompent personne quant à son désir de disposer d’une autre devise de paiement internationale. Des déclarations diverses laissent à penser que les plans d’une future devise mondiale sont déjà bien avancés. Telle celle-ci, étonnante de la part de l’un des principaux représentants du système bancaire américain, lequel a tout à gagner des facilités avec lesquelles il peut créer des dollars : « Est-ce que ce serait un problème, pour les États-Unis, si la part des devises détenues en dollar diminuait au fil du temps en raison de progrès réalisés ailleurs ? Je pense que non. […] Je me réjouis des progrès effectués par d’autres pays en vue d’accomplir les prérequis nécessaires à l’obtention du statut de monnaie de réserve. Je pense que l’expansion de la capacité de ressources du FMI et de son mécanisme de liquidité pourrait représenter des étapes salutaires dans cette voie ».

La remonétisation rapide de l’or

Mais les années passent, et le DTS n’a toujours pas détrôné le dollar. À l’heure où le politique est en train de reprendre la main sur l’économique, y compris aux États-Unis, le récent passage de Christine Lagarde à la Banque centrale européenne pourrait signer le rétrécissement des espoirs des élites mondialistes. D’autant qu’une grande monnaie internationale s’impose de nouveau dans les esprits : l’or. Depuis la crise financière de 2008, qui avait vu des montagnes de titres de dette perdre toute valeur, l’ancien étalon monétaire a retrouvé grâce auprès des grands gouvernements. Depuis dix ans, les banques centrales de la planète sont devenues acheteuses de métal précieux, et le phénomène va en s’amplifiant: en 2018, la demande émanant des banques centrales a même été la plus élevée depuis …

>>> Lire la suite de cette analyse sur le site de Conflits <<<

Le F.M.I.

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Pourquoi les crises reviennent toujours: Prix Nobel 2008

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Plaidoyer pour un conservatisme plus fanatique

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« On ne fait rien de grand sans le fanatisme »
Gustave Flaubert, Correspondance, à Louise Collet, 1853

De reculade en reculade, nous, les amoureux de la civilisation française, assistons au triomphe du progressisme, la tête baissée et les larmes aux yeux. Notre lucidité et la justesse de notre diagnostic ne sont d’aucune utilité car la majorité de la population semble regarder ailleurs et préfère cultiver son jardin. Notre défaite est d’autant plus déroutante que l’ennemi est faible. Nous nous faisons casser la gueule par des nains ! Nos maîtres prennent leurs ordres chez Greta Thunberg et osent conjuguer, dans la même phrase, islamisme et féminisme. 

Nous sommes lassés de prendre des coups

La source de notre malheur est simple : nous ne sommes pas fanatiques. Nous avons raison sur le plan conceptuel mais tort sur celui des méthodes. Tel un boxeur menotté, nous avons tout compris à la dynamique du match et sommes incapables de donner le moindre coup. Pire, l’arbitre encourage la partie adverse à nous achever au mépris des règles. L’arbitre est tantôt la presse bienpensante, ce quatrième pouvoir qui a les yeux fixés sur 1940, tantôt une partie de la magistrature qui, au lieu de séparer les corps en lutte, jette du sel sur nos blessures ouvertes. 

Aucune guerre ne se gagne sans une dose de fanatisme. 

Le fanatisme est autre chose que l’extrémisme religieux ou la haine ethnique qui se manifeste parfois en Inde ou au Rwanda par exemple. Le fanatisme est avant tout l’attachement viscéral et exclusif à une cause au point de perdre amis, famille et situation. Un fanatique ne s’empêche plus. Il s’autorise à puiser au fond de lui-même les ressources que la civilisation a toujours utilisées pour provoquer le changement : la fureur, l’optimisme absolu et un certain grain de folie. Le fanatisme est l’arme des faibles et nous autres, adversaires du progressisme, sommes très faibles.

Le progressisme, voilà l’ennemi!

Or, la droite et les gens de droite se refusent à toute forme de fanatisme. Ils préfèrent recevoir les coups d’une manière noble alors que la vraie noblesse, celle du Moyen Age, était tout sauf douceur et soumission.

La violence peut être utile. Elle dissuade l’adversaire et l’incite à respecter les règles du jeu. Il n’y a que les non-violents qui se font lyncher. L’exemple de Ghandi est en réalité une leçon à méditer par la droite : il suffit de compter le nombre de morts en Inde au Pakistan en 1947/48 pour comprendre que la théorie de la non-violence ne résiste pas au choc de la réalité. Cultiver l’esprit guerrier est un droit, surtout lorsque l’on est attaqué. On veut priver la jeune génération actuelle de tout esprit guerrier.

Seul le fanatisme peut annuler l’avantage de l’ennemi et transformer ses actifs en passifs. Ce ne sont pas les tanks qui gagnent la guerre mais des idées incandescentes qui se font face. Une idée incandescente attire à elle les êtres les plus dynamiques et stimule en eux des ressources psychiques insoupçonnées. En 1940, il fallait être fanatique de la France pour rejoindre De Gaulle.

L’islamisme profite de notre faiblesse et de la puissance du progressisme

Pour éviter tout malentendu, je préciserai que la violence n’a pas besoin de se réaliser à travers les coups. Elle doit d’abord habiter la pensée des résistants, la pensée de tous ceux qui refusent le statu quo progressiste. Qu’ils commencent par se faire violence eux-mêmes en cessant d’aimer la modération ! On n’évite pas un infarctus par des caresses et de l’acupuncture. Au contraire, on ranime vigoureusement le malade quitte à lui casser des côtes.

L’islamisme, le plus grand ennemi de la France, est fanatique. Il ne s’en porte que mieux puisque tous les musulmans « modérés » sont soit morts soit exilés hors de portée des « grands frères » avec lesquels nos maîtres progressistes rêvent de « dialoguer ». Ils veulent organiser l’Islam de France disent-ils… Une belle chimère !

Pour sortir enfin de cet état pathologique nommé modération, il faudrait accepter de s’administrer une dose de fanatisme. Toute la question est de savoir lequel car, à droite, aucune idéologie n’a le potentiel d’enflammer les âmes. Évacuons de suite les idées nauséabondes qui vivent dans la nostalgie du fascisme. Être fanatique ne signifie pas être criminel.

Laïcité, droite libérale, Europe des peuples…

Évacuons aussi l’idée de la laïcité. Si la laïcité a toujours cultivé un certain fanatisme, son intolérance et son inflexibilité face au catholicisme ont paradoxalement accentué nos maux. Car si la laïcité est comme programmée génétiquement pour éradiquer le catholicisme, l’islamisme ne l’intéresse pas.

Évacuons aussi les idées managériales de l’aile libérale de la droite car jamais personne ne se sacrifiera pour la liberté économique ou le contrôle de l’inflation. Le dogme libéral dit juste à plus d’un titre mais il est ce que l’intendance est à la grande stratégie militaire : important certes mais jamais suffisant pour vaincre. 

Inventer un fanatisme est aussi difficile que créer une œuvre populaire car il est plus facile de séduire une niche de doctorants que de parler au plus grand nombre. Il faudrait raisonner en des termes nouveaux : commencer par les émotions avant d’arriver aux idées. Penser en termes de mélodie ! Le fanatisme est une chanson douce qui désarme les réticences de la raison et emporte la seule adhésion qui compte : celle de l’âme. Or, l’âme n’est pas sensible aux chiffres ni aux discours savants. Elle s’identifie aux tourments des faibles et s’indigne devant l’arrogance des puissants. Elle aime voir la justice advenir là où, à l’origine, il n’y avait que malheur et tyrannie. Elle raisonne en termes de « nous » et « eux », d’où le succès des idées qui avancent en posant des barbelés. C’est ainsi: une dose d’animosité est nécessaire pour qu’une idée puisse « intéresser » l’âme.  

Démocratie participative, Europe des peuples ? Trop de variables, trop d’abstraction, pas assez d’émotion. Pour déterminer si une idée a une chance d’enflammer les âmes, demandez-vous si elle définit clairement le camp du Bien et du Mal. 

Le progressisme a pris le soin de distinguer les siens (les bien-pensants) des autres (les mal-pensants c’est-à-dire nous). Il a également fait une promesse qui souffre d’un grave défaut : elle est court-termiste. D’où le grand malaise dans la civilisation française. 

Le progressisme a promis la liberté sexuelle (une idée de génie). Et nous n’avons pas tardé à constater qu’une sexualité libérée ne libère ni de la frustration ni des inégalités inhérentes à la nature humaine. Tout le monde se rend compte que les critères de beauté, de jeunesse et de bonne santé financière ont le dernier mot en matière sexuelle. 

Le progressisme a promis le vivre-ensemble. Chaque jour est un démenti cinglant (ou sanglant) à cette promesse stupide. Le progressisme nous interdit ne serait-ce que de rapporter certains faits divers. 

Regarder la France en face

Le progressime évoque l’URSS du début des années 1980: personne n’y croit et tout le monde répète les slogans convenus pour rester dans les bonnes grâces de la nomenklatura. Le système résiste encore car il dispose de l’argent de la grande bourgeoisie, de l’attention des médias et des méthodes de subversion du communisme.

Fanatisme ne signifie pas irréalisme. Rien d’utile ne sera réalisé par les conservateurs de droite si on ne regarde pas la France en face. Le patriotisme et l’amour de la civilisation française ne peuvent en aucun cas devenir des sentiments fossilisés que l’on admire dans les romans aux pages jaunies. La passion de l’époque est le changement, répondons à cet appel pour que ce changement soit conforme à nos valeurs.

Ces mots peuvent choquer une partie des lecteurs qui rêvent d’un retour au passé. Je leur dis que les Français de branche n’ont pas encore donné à la France ce qu’elle est en droit d’attendre d’eux. Le réveil ardemment désiré par tous les amoureux de la France, peut aussi être un jour porté par ces nouveaux-venus. Tous ne sont pas aigris ou assoiffés de revanche comme ces joueurs de foot qui crachent dans la soupe, ou au visage de la France qui leur a tout donné !

Une nation est un acte de foi et toute foi a besoin d’un fanatisme pour la servir.

David Galula et la théorie de la contre-insurrection

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Lettres à Louise Colet

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Affaire FCPE: plainte en justice déposée contre l’humour de Laurent Bouvet

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Le professeur des universités et militant de gauche Laurent Bouvet. © BALTEL/SIPA Numéro de reportage : 00643439_000021

Laurent Bouvet contre la FCPE : son esprit Charlie déplaît à la fédération de parents d’élèves aux positions communautaristes. Elle l’attaque pour « incitation à la haine ».


Le soi-disant « progressisme », qui n’a rien d’un progrès, aime décidément avancer main dans la main avec les pires obscurantismes. C’est qu’ils ont en commun d’être aveuglés par leurs certitudes, bouffis d’orgueil par leur supériorité morale autoproclamée, et particulièrement rétifs à l’humour.

Laurent Bouvet, co-fondateur du Printemps Républicain et membre du conseil des sages de la laïcité, en fait en ce moment la douloureuse expérience, visé par une campagne indigne qui masque un véritable déni de démocratie.

La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception?

La FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) a diffusé une affiche électorale affirmant son soutien à la participation de femmes voilées aux sorties scolaires, avec le slogan « La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception. »

L'affiche polémique de la FCPE
L’affiche polémique de la FCPE Photo: DR

Sur internet, les détournements humoristiques n’ont pas tardé, montrant tout le ridicule du slogan en s’amusant à le prendre au sérieux : sans exception, vraiment ? Nudistes, assortiments cuir et fouet, déguisements en tout genre, jeune homme avec un t-shirt du Rassemblement National, membres du KKK encagoulés, jihadistes, et même Sean Connery dans son indéfinissable costume de Zardoz. « Accueillir à l’école tous les parents sans exception. » Et Laurent Bouvet, comme beaucoup d’autres, a relayé ces parodies.

Les habituels islamo-gauchistes se sont déchaînés. Madjid Messaoudene a semble-t-il perdu le célèbre sens de l’humour qui l’avait conduit à ironiser sur les victimes de Merah et de l’Hyper Casher. Ai-je besoin de vous dire quel camp a choisi Aurélien Taché ? Un sénateur communiste, Pascal Savoldelli, s’est fendu d’une « question au gouvernement », dont la rhétorique est étrangement similaire à celle utilisée il y a quelques années contre Charlie Hebdo, avec les résultats sanglants que l’on sait, pour accuser Laurent Bouvet de manquer à son devoir de réserve et d’islamophobie. Et la FCPE porte plainte contre lui, pour « incitation à la haine contre les parents musulmans. »

Pour certains, musulmane = voilée

Je ne partage pas toutes les positions de Laurent Bouvet. Mon intuition et mon instinct me portent à souhaiter l’union sacrée face au totalitarisme islamiste et à la fragmentation communautariste, plus qu’à craindre ce qu’il appelle la « tenaille identitaire ». Bien que fermement républicain comme lui, je crois qu’il ne peut y avoir de république hors sol, et que la République française ne peut exister sans la France, qui est l’une de ses fondations. Mais il va sans dire que dans cette affaire il a tout mon soutien, sans la moindre réserve. Et ses accusateurs ont mon plus total mépris.

Je méprise la malhonnêteté foncière de l’affiche de la FCPE, et de son message. Un récent article de la Revue des Deux Mondes nous rappelle fort opportunément que deux tiers des musulmanes de France ne portent pas le voile. Or, toute la propagande pro-voile repose sur l’équation mensongère « musulmane = voilée », dans une volonté malsaine d’invisibiliser ces deux tiers de musulmanes non voilées, et en soutenant évidemment les islamistes qui s’appuient sur la banalisation de cette équation pour faire pression sur les musulmanes afin de les contraindre au port du voile. Dans sa plainte, la FCPE ose ainsi déclarer que questionner la présence de femmes voilées lors des sorties scolaires serait une « incitation à la haine contre les parents musulmans ». Cette fois, « parents musulmans = femme voilée ». Les mères musulmanes qui se sont battues, qui se battent, qui parfois risquent leur liberté et leur vie pour avoir le droit de ne pas porter le voile, pour que leurs filles aient ce droit, apprécieront à sa juste valeur le soutien que la FCPE apporte aux dictatures islamistes adeptes du voile obligatoire.

Un contexte particulier où l’islam se fait séparatiste

Celles qui choisissent de porter le voile et refusent de l’ôter quelles que soient les circonstances – travail, sortie scolaire, piscine avec le burqini – font un choix, et ce choix n’est pas simplement celui de l’islam : la majorité des musulmanes n’est pas voilée. Ce choix est celui de l’ostentation, du soutien affiché à l’islam communautariste, l’islam sécessionniste, voire l’islam conquérant. Bien sûr, toutes les femmes voilées ne sont pas islamistes ! Leurs motivations sont multiples, et parfois tout à fait honorables. Mais les jeunes générations ne peuvent prétendre ignorer le contexte d’aujourd’hui, et la portée politique acquise par le voile. On peut déplorer qu’il soit devenu un étendard du littéralisme coranique théocratique, on peut regretter que les musulmanes soient prisonnières de cette instrumentalisation par les islamistes. Mais on ne peut pas le nier. Et là où le port du voile est majoritaire, les droits des femmes non-voilées sont menacés, ou pire.

Quel que soit le sens qu’une femme lui donne dans son for intérieur, et dont je ne peux évidemment rien savoir, le port du voile islamique est aujourd’hui un marqueur de l’emprise des préceptes coraniques, y compris ceux qui sont radicalement opposés aux libertés garanties par nos lois, comme les versets 29 à 31 de la sourate 9 et le verset 34 de la sourate 4. Or, l’Etat ne légifère pas sur le for intérieur, et heureusement. Mais il peut et doit légiférer sur le port d’un symbole en fonction de la signification politique que prend ce symbole dans l’espace public. S’il accepte que des parents accompagnateurs affichent leur refus militant des règles fondamentales de notre société, il ouvre la boîte de Pandore.

On n’entend pas Marlène Schiappa

Au passage, il est amusant de constater que ceux qui accusent Laurent Bouvet d’islamophobie sous prétexte qu’il aurait assimilé les femmes voilées au djihadistes se désavouent d’eux-mêmes. Les multiples caricatures relayées par le co-fondateur du Printemps Républicain n’assimilent pas les femmes voilées aux jihadistes, pas plus qu’elles ne les assimilent au héros de Zardoz, aux militants du RN ou aux dominatrices en cuir clouté. Ce sont ses détracteurs qui, parmi toutes ces parodies, ont choisi de faire un lien particulier entre les femmes voilées et les djihadistes, pas Laurent Bouvet !

Je méprise leur ignorance plus ou moins volontaire des réalités de l’islam, qu’ils réduisent à un folklore exotique au lieu de le prendre au sérieux. Dans ses aspirations, ses noblesses, mais aussi ses zones d’ombre. Alors même que se poursuit le « Grenelle sur les violences conjugales », peut-on encore faire l’impasse sur la situation des femmes au regard de la charia ? L’excuse d’une prescription religieuse rendrait-elle l’inégalité de droits entre femmes et hommes soudain légitime ? Et encore une fois, qu’est-ce aujourd’hui que le refus militant d’ôter son voile sinon un soutien ostentatoire à la charia, et donc à son sexisme ?

Tenaille identitaire

Je méprise leur hypocrisie, et leur tentative d’instrumentalisation du droit. Car enfin, il faut n’avoir jamais lu ni écouté Laurent Bouvet pour l’accuser d’attiser la haine envers les musulmans ! Il passe son temps à la dénoncer comme étant la deuxième mâchoire du « piège identitaire » qu’il combat ! Personne n’est plus attaché que lui à faire la différence entre les musulmans et les islamistes. Qu’on le critique, soit. Mais alors qu’on le fasse en opposant des contre-arguments à ce qu’il dit vraiment, pas en l’accusant d’intentions dont il est facile de voir qu’elles n’ont jamais été les siennes.

Ce n’est pas là une querelle marginale. Ce n’est pas qu’une anecdote. C’est l’une des batailles de cette guerre que le « progressisme » et l’islamisme livrent ensemble à la démocratie, à force d’anathèmes, à force de condamnations prétendument morales, à force de harcèlement judiciaire, dans leur obsession de criminaliser toute pensée critique susceptible de pointer du doigt leurs mensonges, leurs erreurs et leurs absurdités.

Les accusations portées contre Laurent Bouvet sont évidemment une remise en cause de la liberté d’expression, mais aussi une tentative d’empêcher que le débat démocratique s’empare de sujets d’autant plus fondamentaux qu’ils touchent à nos enfants, et à l’éducation qui leur est donnée.

Ces accusations masquent la volonté de banaliser le voile et tout ce qu’il représente, et la volonté d’y contraindre toutes les musulmanes – et un jour toutes les femmes. La volonté de banaliser le communautarisme, au détriment de l’idéal républicain de l’intérêt général et de l’émancipation des consciences. La volonté d’imposer dans les écoles cette idéologie autoproclamée « progressiste », sans que jamais le peuple souverain ne puisse y réfléchir, en discuter et en décider. La volonté d’endoctriner nos enfants, au mépris de la démocratie.

C’est cette volonté qui est criminelle et qui doit être sanctionnée, mais certainement pas l’humour de Laurent Bouvet.

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La criminalité, outil essentiel d’analyse d’une société

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Un membre de la police fédérale lors d'une intervention à Rio de Janeiro (Brésil) le 28 novembre 2010. M.SAYAO/EFE/SIPA. Numéro de reportage : 00610190_000017

Il existe divers éléments permettant d’observer une société donnée. La criminalité est aussi un indicateur précis.


Lorsque je me rends dans un pays étranger, il y a deux lieux que je visite en priorité pour essayer de comprendre celui-ci : les supermarchés et les librairies. Les premiers permettent de comprendre comment les personnes vivent, les seconds comment elles pensent. Les rayons achalandés, les produits vendus, alimentaires et sanitaires, l’organisation même des supermarchés fournissent beaucoup d’informations sur la façon dont les personnes de ce pays ou de cette ville vivent et s’organisent. Quant aux librairies, elles permettent de comprendre les débats actuels, de voir quelles thématiques culturelles sont importantes, bref de prendre le pouls des débats d’idées. Leur présence plus ou moins nombreuse, ou leur absence est déjà un indicateur de la vivacité des échanges intellectuels.

Lecture de la presse locale et outils statistiques

Mais supermarchés et librairies, tout en offrant un panorama unique sur la société étudiée, restent limités à la face officielle, au monde visible. Il y a tout un pan de la société qui nous échappe alors, la face obscure, criminelle. Raison pour laquelle, pour compléter la compréhension d’un territoire donné, il faut aussi analyser la face sombre de celui-ci, par le biais de l’analyse de la criminalité. Crimes, meurtres, trafics de drogue, proxénétisme, mafias, etc. autant de thèmes souvent désolants, mais néanmoins essentiels pour appréhender une société. Aux supermarchés et aux librairies s’ajoute donc la nécessité de visiter les commissariats et les urgences des hôpitaux pour prendre la dimension de cette autre face de la société. Ces visites sont rarement possibles, mais d’autres outils permettent d’appréhender la criminalité d’un territoire.

A lire aussi, Jean-Baptiste Noé: « Regarder le monde tel qu’il est »

Les journaux locaux sont ainsi beaucoup plus riches d’information que la presse nationale. Violences conjugales, crimes de sang, arrestation pour trafics, émeutes et caillassages de véhicules, la lecture de ces entrefilets peut devenir déprimante, mais c’est essentiel pour comprendre l’autre vie des sociétés, d’autant que ces faits sont rarement rapportés dans la presse nationale.

Brésil, paradis du crime

Autre élément statistique important, le nombre de décès par armes à feu et le nombre d’homicides, en valeur absolu et pour 100 000 habitants. Le site gunpolicy.org fournit ainsi tous ces renseignements, qu’il collecte auprès des pays. La limite de cet exercice est que ne figurent ici que les crimes recensés. Il est tout à fait probable qu’un certain nombre d’homicides ne soit pas déclaré, surtout dans les pays où le maillage statistique est moins dense. On peut néanmoins y apprendre beaucoup.

Au Brésil, sous la présidence de Lula et de ses épigones (2003-2017), le nombre d’homicides est passé de 51 534 à 62 517. Ce qui donne un ratio pour 100 000 habitants de 28.39 à 30.37. Il y a davantage d’homicides au Brésil que dans un pays en guerre comme la Syrie. Ces données montrent l’échec de la politique de Lula, qui en plus d’avoir endetté son pays et bloqué son développement économique, a provoqué un accroissement sans précédent de la criminalité. Là réside la cause essentielle de la victoire de Jair Bolsonaro. Il a fait campagne sur la promesse de rétablir la paix civile et la sécurité dans les zones infestées par les meurtres. Lui-même a d’ailleurs manqué de peu d’être assassiné durant la campagne électorale.

A lire aussi: Brésil: Jair Bolsonaro n’est peut-être pas le dictateur annoncé

Inutile de crier au complot et d’imaginer une confédération mondiale des populistes regroupant Orban, Salvini, Trump et Bolsonaro. Les Brésiliens n’ont pas voté en regardant l’Italie ou la Hongrie, mais leur rue: puis-je sortir sans me faire agresser ? C’est la demande normale de populations qui souhaitent d’abord que leurs hommes politiques assurent la protection des biens sur le territoire. Que Bolsonaro arrive ou non à rétablir la sécurité est un autre problème. Mais le facteur de la criminalité est essentiel pour comprendre l’état de déshérence du Brésil.

Un autre pays se porte mal : l’Afrique du Sud. Alors que le taux d’homicide pour 100 000 habitants était tombé à 33.22 en 2009, il ne cesse de croître depuis lors, atteignant 37.08 en 2017. Il y a plus de 20 000 homicides par an dans le pays.

Que ce soit au Brésil, en Afrique du Sud et ailleurs, les homicides ne sont pas tout. Il y a tout un spectre de la criminalité qui va de l’agression, avec ou sans coup, au viol et aux blessures graves. Ces agressions peuvent être très fortement traumatisantes pour les victimes et les poursuivre toute leur vie. Ces éléments ne rentrent pas dans les outils statistiques, mais ce sont autant de blessures faites à la société, sans compter la peur qui s’emparent des populations et qui limite ensuite leurs déplacements. Le coût économique et social de la délinquance est très fort pour les sociétés.

Le crime nuit au développement des pays et effraie les investisseurs potentiels. Ainsi, les dix villes les plus violentes au monde, c’est-à-dire celles où il y a le plus d’homicides, se trouvent toute en Amérique latine. Caracas, Acapulco, San Pedro (Honduras) sont les trois premières. En Inde, le prix de la violence a été estimé à 1 200 milliards de $, soit environ 600 $ par habitant et 9% du PNB. Aux États-Unis, la violence par armes à feu coûte 229 milliards de dollars, soit 12.8 millions par jour. Ces dépenses regroupent les traitements médicaux, les frais de justice, les frais de police, les incarcérations, etc. Il est en revanche difficile de chiffrer le manque à gagner de toute la richesse qui aurait été créée en l’absence de violence.

Criminalité numérique

Tout un nouveau pan de la criminalité concerne la criminalité numérique. Cela regroupe les arnaques en tout genre et les fishing incitant à donner de l’argent. Nous avons probablement tous reçu ces messages émanant d’amis qui nous expliquent qu’ils sont coincés dans un pays étranger après avoir perdu leurs papiers et qu’il faut leur envoyer de l’argent. Un beau cas d’escroquerie, assez efficace.

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Il y a également le vol de données, soit par piratage soit par intrusion dans un ordinateur. Les salariés devraient être beaucoup mieux formés à ces questions, car ils font souvent preuve, par ignorance, d’une légèreté qui peut être très dangereuse. Par exemple le fait d’utiliser une adresse gmail ou outlook comme adresse professionnelle. Cela signifie que tous les messages sont stockés dans des serveurs américains et entrent donc sous le coup de l’extraterritorialité américaine. Même les messages supprimés continuent d’être stockés. Il existe pourtant des messageries qui proposent des adresses cryptées non basées aux États-Unis. Le fait de se connecter n’importe où avec son ordinateur en utilisant le réseau public est là aussi très dangereux, car il est facile de pénétrer dans l’appareil et d’en voler les données. L’usage d’un VPN, qui cache les adresses IP et sécurise les connexions est fortement conseillé. Il y a encore trop de personnes qui se connectent sur le réseau des gares et des aéroports, livrant leur smartphone à un potentiel vol de données. De la même façon que l’on apprend aux enfants à traverser la rue et à ne pas suivre les étrangers, il faut apprendre aux professionnels les risques de la cybersécurité et les façons de s’en prémunir.

Politique de la ville et criminalité

Les villes se gardent bien de communiquer leurs chiffres de la délinquance, surtout quand ils sont mauvais. Grenoble est ainsi devenue la première ville du crime en France. Plaque tournante du trafic de drogue et des armes, c’est là qu’il y a le plus de morts par balle en France, devant Marseille. Les violences contre les personnes ont augmenté de plus de 20% en 2018, à tel point que les syndicats de policiers ont parlé de la ville comme d’un « Chicago français ». En 2017, le procureur de la République, Jean-Yves Coquillat, avait eu des mots très directs : « Je n’ai jamais vu une ville de cette taille aussi pourrie et gangrenée par le trafic de drogue. […] Pas un quartier n’est épargné par ces trafics qui sont à l’origine de la violence qui sévit ici. »

Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP
Le Maire de Grenoble Eric Piolle © JEAN PIERRE CLATOT / AFP

Irénisme de certains maires, pour d’autres refus idéologiques de lutter contre les causes de la délinquance, de nombreuses villes de province, autrefois calmes, sont en train de sombrer. C’est le cas de Nantes où, sont l’effet Notre-Dame des Landes, le centre-ville est en train de devenir une ZAD. L’accueil de migrants dans des gymnases et des tentes plantées en centre-ville n’a pas amélioré la situation. Comme le trafic de migrants est, pour une grande partie, organisé par les mafias, celles-ci profitent de l’implantation de ces populations pour développer leurs activités très lucratives. Drogue, proxénétisme, vols, tout cela prospère sur un terrain favorable, au détriment des populations locales. Ainsi vont les choses aussi à proximité de l’ancienne jungle de Calais, qui a certes été démontée, mais qui est toujours en activité, de façon informelle. Les populations locales subissent les nuisances des dégradations et des mafias.

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Les pouvoirs publics ont plutôt bien réussi à juguler la grande criminalité (il n’y a ainsi plus d’attentat en France dernièrement), mais ils ont échoué dans le contrôle de l’insécurité quotidienne, qui ne cesse de croître.

Or ces coups de canif répétés et réguliers contre la sécurité finissent par déchirer un tissu social français déjà fort fragile.

Source: Institut des libertés

Éloge de l'insécurité

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Privatisations: les sous-doués font de l’industrie

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François Hollande, à gauche, accueille Anne Lauvergeon, ex-présidente du groupe Areva au Concours mondial d'Innovation 2030, le 22 février 2017 © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage : AP22017752_000002

L’État multiplie les concessions au privé sans jamais défendre ses intérêts. Loin d’alléger les finances publiques, ces contrats plombent notre budget. Pendant que les polytechniciens désertent l’industrie pour faire carrière dans la finance, la haute administration hérite de gestionnaires incompétents


L’État est-il encore en mesure de gérer ses propres intérêts ? On viendrait à en douter à voir la calamiteuse privatisation des autoroutes et des aéroports, la fusion ratée entre Renault et Fiat Chrysler, les ruineux partenariats public-privé (PPP), etc. Pour Jean-Marc Sauvé, vice-président du Conseil d’État, la cause est entendue : « L’État s’est affaibli […] par la réduction de ses capacités et de ses ressources en matière de conception et de stratégie », a-t-il déclaré au Monde le 5 juillet 2019.

Il n’est qu’à regarder quelques événements récents pour s’en convaincre. À commencer par les autoroutes  : moins de quinze ans après leur privatisation, en 2006, par Dominique de Villepin, les dividendes encaissés par les concessionnaires les ont déjà remboursés du prix d’achat. Et il reste encore une quinzaine d’années de concession…

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C’est que, d’emblée, les contrats conclus avec l’État étaient foireux. Ils prévoyaient que les 15 milliards nécessaires à l’achat seraient empruntés à des taux d’environ 5 %. Or, depuis, les taux sont redescendus à moins de 2 %. Soit, pour les autoroutiers, une économie, et donc un surprofit, de l’ordre de 500 millions par an – c’est-à-dire 15 milliards sur la durée de la concession. Car l’État, un peu négligent, avait oublié de faire ce que fait n’importe quel investisseur privé : inclure dans les contrats des « clauses de revoyure » qui prévoient le réexamen régulier des paramètres essentiels desdits contrats pour voir si leur équilibre n’a pas été modifié. Là, l’État a signé pour trente ans, sans possibilité de réexamen.

Il faut aussi évoquer les quelque 3,5 milliards d’euros de travaux à réaliser par les concessionnaires eux-mêmes en échange d’un prolongement de leur concession, décidé par François Hollande et Ségolène Royal. Une négociation dans laquelle «  les pouvoirs publics sont souvent apparus en position de faiblesse », note en avril 2019 un référé de la Cour des comptes.

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La fusion ratée entre Renault et Fiat Chrysler Automobiles (FCA), au printemps dernier, vaut également le détour. L’État est l’actionnaire principal de l’exRégie (15 % des actions et 20 % des droits de vote) et possède deux représentants au sein de son conseil d’administration. Il avait posé une condition impérative : que Nissan, alliée de Renault, soit d’accord avec la fusion. « Ils sont à 100 % d’accord », affirmaient en chœur Renault et FCA au cours des trois mois de négociation, supervisée par l’Agence des participations de l’État (APE, dont le patron siège au conseil de Renault). Agence qui n’a même pas pris la précaution de vérifier si c’était vrai. Or, c’était faux : les Japonais n’ont appris la fusion – qui les affaiblissait face à Renault et leur était donc très défavorable – que quelques heures avant sa divulgation, le 27 mai. Devant les menaces nippones, le ministre de l’Économie, Bruno Le Maire, a dû faire machine arrière, et annuler l’accord.

Autre exemple, la privatisation de l’aéroport de Toulouse, en avril 2015, qualifiée d’« échec de la privatisation » dans un rapport de la Cour des comptes publié en novembre 2018. L’APE, une fois de plus, n’a rien vu. L’acquéreur, un consortium de deux sociétés chinoises – une publique et une privée créée pour l’occasion aux Îles Vierges britanniques, paradis fiscal réputé –, n’avait pourtant aucune expérience aéronautique. Ni aucune présence en France. Son adresse à Paris, a constaté (après coup) la Cour des comptes, correspond à « celle d’une société spécialisée dans la domiciliation d’entreprises ». Aujourd’hui, ce curieux actionnaire s’apprête à revendre pour 500 millions ce qu’il avait acheté 308 millions, et après avoir empoché une cinquantaine de millions de dividendes. Soit près de 80 % de plus-value en cinq ans !

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Autre scandale récurrent : les partenariats public-privé qui consistent à confier à une société privée la construction et la gestion d’un équipement public pendant une certaine durée en échange d’une redevance payée par les fonds publics. Pour quelle raison ce que l’on appelle « leasing » dans le privé (où il marche parfaitement bien) tourne-t-il le plus souvent à la catastrophe en matière publique  ? Là encore, parce que les pouvoirs publics signent n’importe quoi. En l’occurrence, écrit la Cour des comptes (13 décembre 2017) des contrats comportant des coûts « pas transparents » et des données chiffrées « pas documentées ». Résultat : le ministère de la Justice doit payer à Bouygues 700 euros à chaque fois qu’il installe un pupitre pour une conférence de presse du procureur dans le nouveau Palais de justice de Paris. Ou le ministère de la Défense 5 000 euros pour l’ajout d’un simple œilleton à une porte du « Balardgone » (le siège du ministère de la Défense).

Jean-Marc Sauvé a son explication face à cette débandade de l’État : il serait « victime de la doxa libérale qui a conduit à réduire, voire sacrifier, des services d’études, de prospectives, de stratégies  », explique-t-il dans Le Monde. Un peu court : il y a quarante ans, la dépense publique représentait 44  % du PIB. Aujourd’hui, elle s’élève à 54 %, soit une augmentation d’un quart. Où est la « paupérisation » de l’État ?

Il faudrait plutôt incriminer la politisation actuelle de tous les débats techniques et la perte des compétences techniques qui s’ensuit. Un (ou une ministre) considère généralement son poste comme une simple étape dans sa carrière politique, où il doit donner la meilleure image possible. Quelle est la compétence d’un ministre du Logement, par exemple, à venir pérorer sur les radios sur tous les sujets, de la GPA au conflit israélo-palestinien ? Aucune, mais il prépare la suite de sa carrière.

Anne Lauvergeon, ex-présidente d'Areva, mars 2010 © JOEL SAGET/AFP
Anne Lauvergeon, ex-présidente d’Areva, mars 2010
© JOEL SAGET/AFP

À quoi s’ajoute la fuite des meilleurs vers le privé et ses hauts salaires. Il y a quelques années, Louis Gallois, ancien président de la SNCF, le constatait crûment  : «  L’époque où les premiers de Polytechnique venaient chez nous est révolue. Aujourd’hui, ils préfèrent la finance et ses hauts salaires.  » Une tendance encore accentuée par la règle instaurée en 2012 par François Hollande de plafonner à 450 000 euros la rémunération des dirigeants d’entreprises publiques. Vaut-il mieux une Anne Lauvergeon qui se contente chez Areva de 450 000 euros, mais a laissé une ardoise de 4 milliards, ou un Carlos Ghosn qui émargeait à 7 millions chez Renault, mais a fait de l’Alliance le premier groupe mondial ? Morale chrétienne et business font rarement bon ménage…

Cueillez dès aujourd’hui les fleurs de la diversité!

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Benoit Hamon mange un kebab à Béziers et s'en félicite auprès de ses abonnés Twitter, en 2017 Image: capture d'écran Twitter

En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste. Ce n’est pas Causeur, mais le Président Macron qui le dit.


France molle, France rance, France de beaufs. Notre pays requiert un regain de vitalité, n’est-ce pas ? Puisqu’il serait délicat d’affirmer au bon peuple qu’on accueille le Tiers Monde pour tirer les salaires vers le bas – pour le plus grand bonheur des grands patrons – mieux vaut invoquer l’humanisme. « En prétendant être humaniste, on est parfois trop laxiste », a osé Emmanuel Macron. Cette petite phrase peut lui risquer un aller simple dans les flammes de la fachosphère.

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Salade, tomates, oignons ?

Dans l’imaginaire romantique, la figure de l’étranger intrigue, fait peur parfois, fascine souvent. En mai 1867, Gustave Flaubert s’enorgueillissait, dans une lettre à George Sand, de s’être « pâmé devant un campement de Bohémiens à Rouen », et de s’être « fait très mal voir de la foule en lui donnant quelques sols ». Près de deux siècles après, la gauche libérale en quête de voix ne s’y est pas trompée. Comme Flaubert, qui était « toujours pour les minorités » et qui souhaitait « condamner aux galères » les « sanglants imbéciles » de la Commune (lettre d’octobre 1871), notre gauche libérale se sent de tout cœur avec la figure de l’étranger et méprise la France périphérique, voire l’agriculteur, potentiellement racistes. Dans une perversion de l’orientalisme initié par les « Femmes d’Alger » d’Eugène Delacroix, le doux parfum de l’exotisme vient contrarier les indigestes relents des heures les plus sombres.

Désormais, grâce au triomphe de la globalisation, nul besoin  de s’aventurer en arides contrées pour s’imprégner de saveurs orientales. Au XIXème, Delacroix et Flaubert s’adonnaient à l’exotisme en Afrique du Nord. Aujourd’hui, un petit tour au kebab suffit, pour Benoît Hamon ou autres apôtres du multiculturalisme, à se sentir plus humanistes. Qu’il est bon de se sentir en symbiose avec les Damnés de la Terre! Peu importe qu’on s’intéresse à leurs cultures, d’ailleurs. Et peu importe que l’on sache situer les riches contrées d’Afrique sur une carte. Dans notre société pétrie de culpabilisation chrétienne, l’essentiel est de faire vœu de pénitence.

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Le doux parfum du misérabilisme

Échappatoire de la monotonie française tout en restant dans sa zone de confort, la figure de l’étranger incarne deux grandes sources de progrès : coloration et diversité. De préférence pauvre et opprimé, il sert de rédemption à deux grands péchés : être né blanc dans un pays riche. Si par malheur l’étranger (nationalisé français) vote à droite, ça déstabilise. Si en plus il a le toupet de militer pour LR, là ça hérisse franchement. Une flopée de noms d’oiseaux et des menaces de mort à l’encontre de Lydia Guirous, porte-parole de LR tout en étant d’origine maghrébine, nous a valu un silence radio de la part des humanistes. Pour cocher les bonnes cases du gauchisme, l’étranger doit être doublement victime. Victime du néocolonialisme dans son pays d’origine, victime de la société qui l’a accueilli ici. L’étranger noir ou arabe qui a réussi, qui peut s’acheter une montre Cartier à 5 000 euros sur les Champs-Elysées n’intéresse pas les humanistes. Il est rentré dans l’infréquentable caste de la bourgeoisie. Ce faisant, il a perdu tout le charme du doux parfum du misérabilisme. Alors une militante LR…

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Laver la France de ses péchés

Comme un « bon sauvage », l’étranger doit rester pur, et pour cela, il ne doit pas aimer l’argent. Peu importe que certains immigrés, travaillant dur sur nos chantiers, gagnent parfois plus qu’un petit fonctionnaire. Peu importe que certains mettent suffisamment de côté pour se refaire au pays.

L’étranger doit nous sauver de notre égoïsme et de notre cupidité. Il va sauver les villages de France à l’abandon, et ceux qui en doutent encore ne sont que des bidochons ! L’Autre est bon par essence. Si cette sanctification se trouve remuée, par le regard que notre étranger pourrait porter sur la femme par exemple, la faute incombe au colonialisme qui l’a aliéné. Il faut lui laisser le temps de s’adapter aux valeurs de notre société, le pauvre. Car l’étranger, il est un peu comme un grand enfant. Il n’est pas encore bien mûr mais ça viendra avec le temps. Pour épurer la France de tous ses péchés, ça vaut bien le coup d’attendre une cinquantaine d’années, vous ne croyez pas ? Cueillez dès à présent les fleurs de la diversité!

Correspondance Flaubert

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Comment la droite a enterré Malraux

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André Malraux, Turin, Janvier 1959 © Archivi Farabola

André Malraux voulait permettre à tous les Français d’accéder à notre immense patrimoine. Rien de commun avec son lointain successeur Jack Lang qui met sur un même plan Picasso et Koons. Entre ces deux modèles, la droite a choisi. Et trahi l’auteur des Voix du silence.


En ouverture des célébrations du 60e anniversaire du ministère des Affaires culturelles, l’actuel ministre, Franck Riester, écrit : « Si le ministère a beaucoup évolué au cours des années, je veux croire qu’en soixante ans, une continuité s’est installée : ses grandes missions telles qu’elles ont été conçues par André Malraux, enrichies au fil des ans, n’ont jamais été remises en cause. » Et le même de préciser lors d’une communication au conseil des ministres du 24 juillet dernier : « Depuis sa naissance, le ministère de la Culture protège et valorise le patrimoine, stimule la création, promeut la diversité culturelle… »

Ancien collaborateur parlementaire, Jérôme Serri est journaliste littéraire. Il a publié Les Couleurs de la France, avec Michel Pastoureau et Pascal Ory (Hoëbeke), Roland Barthes, le texte et l’image (Éditions Paris-Musées) et participé à la rédaction du Dictionnaire Malraux (CNRS éditions).

Non ! Malraux n’entendait pas « stimuler la création. » Ça, c’est du Jack Lang  ! Malraux voulait favoriser la création « des œuvres de l’art et de l’esprit qui enrichissent notre patrimoine ». Aussi, la première mission que mentionnait son décret était-elle de « permettre l’accès aux œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français ».

C’est une banalité, mais beaucoup semblent l’oublier : aucune création n’est possible si elle n’est adossée à un passé et conquise sur lui. Pas de création sans transmission préalable d’un héritage respecté et aimé. Comme Malraux n’a cessé de le répéter, les moutons de Giotto ne viennent pas des pâturages, mais des toiles de son maître Cimabue. Et Le Greco, partant pour Tolède, emportait Byzance et Venise derrière ses paupières. À la fin de sa vie, Roland Barthes, revenant sur des positions qui devaient beaucoup à l’air du temps, déclarait à son tour : « L’œuvre nouvelle doit être filiale, c’est-à-dire assumer une certaine filiation. » Et il ajoutait : « Il y a des moments où il faut dire avec Verdi : “Tournons-nous vers le passé, ce sera un progrès.” »

A lire, notre numéro de septembre: Causeur: Le niveau baisse!

Pour avoir ignoré ce processus créatif, pour en avoir même favorisé le mépris, Jack Lang s’est fourvoyé dans la promotion démagogique du préjugé de la tabula rasa, de la spontanéité, de l’immédiateté. « À 15 ans, j’ai découvert Apollinaire à la bibliothèque de ma ville et j’ai pris feu », confia Georges Brassens au micro du philosophe Philippe Nemo. Combien de pseudocréateurs subventionnés par le ministère se grattent la tête lorsqu’on leur demande ce qu’ils ont aimé au même âge ?

On portera bien sûr à l’actif du ministère Lang un certain nombre de réalisations. Mais ce n’est pas le sujet. N’importe quel ministre de l’Économie aurait pu mettre en place le prix unique du livre. Une aussi louable mesure ne compensera jamais les effets dévastateurs du contresens que le ministre de Mitterrand fit prospérer.

Où Franck Riester a-t-il lu que Malraux voulait également promouvoir la «  diversité culturelle » ? Quelle escroquerie ! C’est du pur Macron ! N’oublions pas que c’est ce dernier qui déclara en février 2017 : « Il n’y a pas de culture française. Il y a une culture en France et elle est diverse. » Et s’il y a une continuité du ministère, comme le prétend Riester, c’est une continuité avec celui de Jack Lang, nullement avec celui d’André Malraux. Car c’est avec le ministre de la Culture de Mitterrand, avec son décret du 10 mai 1982, que la culture a été noyée dans le socioculturel et qu’a été donnée au ministère une nouvelle mission : « Préserver le patrimoine culturel des divers groupes sociaux. »

Lisons les deux décrets :

  • 24 juillet 1959 : « Le ministère chargé des Affaires culturelles a pour mission de rendre accessible les œuvres capitales de l’humanité, et d’abord de la France, au plus grand nombre possible de Français  ; d’assurer la plus vaste audience à notre patrimoine culturel, et de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit qui l’enrichissent. » Ce décret est de la main même de Malraux.
  • 10 mai 1982 : « Le ministère chargé de la culture a pour mission : de permettre à tous les Français de cultiver leur capacité d’inventer et de créer, d’exprimer librement leurs talents et de recevoir la formation artistique de leur choix ; de préserver le patrimoine culturel national, régional ou des divers groupes sociaux pour le profit commun de la société tout entière ; de favoriser la création des œuvres de l’art et de l’esprit et de leur donner la plus vaste audience ; de contribuer au rayonnement de la culture et de l’art français dans le libre dialogue des cultures du monde. »

Lors des cinquante ans du ministère de la Culture, en 2009, l’ancien élève de Roland Barthes, Antoine Compagnon, professeur comme lui au Collège de France, reprocha à Lang et à ses successeurs d’avoir dévalué l’idée même de culture, renonçant ainsi à la « culture cultivée » d’André Malraux : « En cinquante ans, tout a changé et d’abord la notion même de culture, absorbée dans le culturel : “tout est culturel”, comme l’a dit Jack Lang à l’Assemblée nationale dès 1981. » Et Compagnon de préciser : « Chacun appelle culture ce à quoi il occupe ses loisirs, ses RTT ou son RSA. »

Piqué au vif, Jack Lang s’est défendu : « Ce décret fut improvisé et rédigé entre deux portes ; je n’en suis pas particulièrement fier et je ne crois pas d’ailleurs à l’utilité de ces textes. » Effectivement, le pays se serait bien passé d’un tel décret qui ne fut pas inutile, mais nuisible. En installant la confusion, en nivelant les genres, en délégitimant toute hiérarchie de valeurs, en flattant le moindre saltimbanque, en ouvrant grand la porte à l’impuissance et à la puérilité, ce décret rendait impossible tout consensus autour de ce qu’une génération se devait de transmettre à la suivante.

Jack Lang, Shanghai, Juin 2010 © Philippe LOPEZ/AFP
Jack Lang, Shanghai, Juin 2010
© Philippe LOPEZ/AFP

Au printemps 1986, en pleine polémique autour du projet des colonnes de Daniel Buren au Palais-Royal, alors que balbutiait la première cohabitation, le cabinet de la Rue de Valois supprima d’un entretien du nouveau ministre une citation de Malraux faisant allusion aux «  bandes verticales » que Matisse avait peintes sur la tenture de sa célèbre Nature morte aux oranges. Pour quelle raison ? La droite s’était engagée avant les législatives à stopper le projet de Daniel Buren. Comment pourrait-elle se débarrasser des rayures de Buren dès lors que Malraux avait chanté celles de Matisse ? Tétanisée, incertaine d’elle-même, la droite gaulliste avait de toute façon, depuis des années, oublié Malraux. Du reste, elle aurait pu se passer de ce microtraficotage, puisqu’elle donna finalement son feu vert à la poursuite du chantier ouvert par Jack Lang.

C’était un ralliement intégral à sa vision de la culture. Du reste, seize ans plus tard, en 2002, après la réélection de Jacques Chirac à la présidence de la République, la première exposition qu’inaugura le fidèle Jean-Jacques Aillagon, devenu ministre de la Culture, fut celle de l’inévitable Daniel Buren sur les six étages du Centre Georges Pompidou. Et en 2008, c’est le même Aillagon qui organise au château de Versailles l’exposition Jeff Koons, avec notamment ce homard géant en aluminium pendu au plafond du salon de Mars, et dont les pinces doivent hanter désormais, comme dans une vision infernale de Bosch ou de Brueghel, le sommeil de François de Rugy. Les homards du ministre de la Transition écologique sont pourtant de la roupie de sansonnet à côté des millions d’euros offerts à l’ex-mari de la Cicciolina ! On notera d’ailleurs qu’Aillagon, ministre d’un président gaulliste, avait aussi été l’employé de François Pinault, qui vit grimper la valeur de ses Jeff Koons grâce à l’exposition.

A lire: Cet oublié nommé Malraux

À chaque fois qu’elle aurait pu revendiquer l’héritage d’André Malraux, la droite a choisi l’air du temps, entérinant en toute occasion la dilution de la culture dans le culturel opérée par la gauche. Au lendemain de son élection à la présidence du Sénat, en 2008, il fut proposé à Gérard Larcher de réunir, pour le cinquantenaire du ministère, les meilleures interventions de Malraux à la tribune de la Haute Assemblée. Il ne daigna pas répondre.

En 2011, Jean-Jacques Aillagon quitte la présidence du château de Versailles. Gérard Larcher le congratule, ce qu’il justifie ainsi : « Avec Jeff Koons, il a tout de même dépoussiéré Versailles. » Quel parlementaire gaulliste n’a pas félicité Aillagon pour les crustacés géants ? On ne s’étonnera pas, dans ces conditions, que l’ouvrage collectif dirigé par Larcher en 2012, Le Gaullisme, une solution pour demain, ne contienne pas un mot sur la culture, ni sur notre dette à l’égard de Malraux. À ce stade, l’oubli a le goût amer de la trahison.

En 2012, à la veille des élections présidentielles, Le Figaro demande aux différents candidats qui a été le meilleur ministre de la Culture de la Ve République. François Bayrou et Marine Le Pen répondent : « Incontestablement, André Malraux. » François Hollande s’abstient. Nicolas Sarkozy, bottant en touche, affirme que chaque ministre a apporté sa pierre à l’édifice.

En 2013, un historien d’art (devenu depuis directeur d’études à l’École des hautes études en sciences sociales), confondant Robert Poujade, le député-maire gaulliste de Dijon et Pierre Poujade, élu en 1956 sous la même étiquette que Jean-Marie Le Pen, en profite pour lepéniser l’auteur des Voix du silence : il faut préciser que le « bon Poujade » se tient derrière Malraux sur la célèbre photographie du 30 mai 1968. Malraux s’étant politiquement fourvoyé, sa pensée était, selon la doxa de la gauche, nulle et non avenue. Que répliquent les gaullistes ? Bien entendu, rien.

Toujours en 2013, on célèbre le 50e anniversaire de la mort de Braque. Voici ce qu’écrit le commissaire général de l’exposition du Grand Palais : « Son statut d’artiste officiel de la France gaullienne (le premier à bénéficier de son vivant d’une exposition au musée du Louvre qu’il venait de décorer) redoublé par les obsèques célébrées en grande pompe par le ministre de la Culture, André Malraux, lui avait indiscutablement porté ombrage auprès de la génération montante contestataire. » Seule la gauche, en somme, serait légitime pour organiser les obsèques nationales de l’un de nos plus grands peintres ? Aucun extrait de l’éloge funèbre du ministre dans l’anthologie publiée en fin de catalogue  ! Pour notre administration culturelle, que Malraux, ministre du général de Gaulle, ait pu être l’ami de Braque, de Chagall, de Picasso, de Fautrier, de Miró et de tant d’autres est inconcevable. Prévenus, les sénateurs gaullistes gardèrent encore le silence.

Les détracteurs de Malraux (qui ne savent rien de lui), lui prêtent un élitisme poussiéreux, il aurait été le chantre d’une culture réservée à une élite raffinée. Antoine Compagnon lui-même néglige la distinction fondamentale que Malraux établit dans le rapport à la «  culture cultivée  » et sur laquelle sa politique fut fondée. « Sans doute, écrit-il, l’homme cultivé est-il un homme de livres, d’œuvres d’art, un homme lié à des témoignages particuliers du passé. Mais peu importerait qu’il fût l’homme qui connaisse ces témoignages s’il n’était d’abord l’homme qui les aime. La connaissance, c’est l’étude de Rembrandt, de Shakespeare ou de Monteverdi ; la culture, c’est notre émotion devant La Ronde de nuit, la représentation de Macbeth ou l’exécution d’Orfeo. » Dans cette perspective, Malraux distinguait l’université, lieu du savoir, de la maison de la culture, lieu de l’émotion. Les universitaires s’entêtèrent, avec une copieuse mauvaise foi, à voir des menées antidémocratiques dans ce qui était le fondement d’une politique culturelle.

A lire: Le roman noir, c’est de la grande littérature

«  La dernière sonate pour piano de Schubert m’étant revenue hier soir, par surprise, une fois de plus, je me suis dit simplement :“Voilà.” Voilà ce qui tient inexplicablement debout, contre les pires tempêtes, contre l’aspiration du vide ; voilà ce qui mérite, définitivement, d’être aimé : la tendre colonne de feu qui vous conduit, même dans le désert qui semble n’avoir ni limites ni fin. » Ce n’est pas André Malraux qui parle, mais l’un de nos plus émouvants poètes, Philippe Jaccottet, qui a toujours eu en grande estime la pensée d’André Malraux sur l’art et a placé, comme lui, au centre de sa vie et de sa réflexion cette distinction insuffisamment méditée entre connaître et aimer.

Le président Macron et son ministre Franck Riester peuvent continuer d’y aller de leur « diversité culturelle » ; il n’y a plus personne face à eux. Par peur de passer pour rétrogrades, voire réacs, les gaullistes se taisent depuis des années. Ayant emboîté le pas à Jack Lang par lâcheté, ils ne sont en rien les héritiers d’André Malraux. Ils en sont, au même titre que l’insubmersible ministre de Mitterrand, les liquidateurs inconséquents.

Les couleurs de la France

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Elisabeth Lévy: tuer, c’est mâle!

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Paris le 6/07/2019 - Rassemblement pour réclamer des mesures immédiates pour lutter contre les "féminicides" en France. PATRICK GELY/SIPA/1907071615

« Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante, ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser »


Les mots ont un sens, affirme la sagesse populaire. Ça, c’était avant. Certains mots n’ont plus de sens, mais une fonction qui est de vous empêcher de penser. Le mot «  climat  », par exemple, doit déclencher une réaction pavlovienne d’indignation mâtinée de bonne conscience. Le mot « femme », quant à lui, ne mord pas (quoique), mais devrait vous plonger dans une atmosphère de compassion, de bienveillance – et, si vous êtes un mâle blanc tendance dragueur lourd, même jeune, de terreur et de culpabilité présumée. Dans l’arsenal lexical destiné à nous faire passer l’envie de déconner, «  féminicide  » vient de faire une entrée remarquée grâce à l’activisme déployé par les habituels groupuscules associatifs qui réclament bruyamment des mesures et des fonds publics pour lutter contre ce nouveau fléau – déjà réprimé par le Code pénal et condamné par la société. En quelques mois, ce crime contre la langue et contre la vérité s’est imposé, repris jusqu’à l’absurde par des journalistes tout fiers de participer à l’anéantissement des forces obscures du patriarcat.

0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche

Au début de l’été, quand un homme s’est rendu à la police après avoir tué sa femme, on a pu entendre l’un d’eux déclarer : « L’autopsie permettra d’établir s’il s’agissait d’un féminicide. » La fonction de ce terme est évidemment de suggérer par homophonie que, dans notre pays, les femmes sont menacées par un génocide ou au minimum, un massacre. Au risque de paraître sans cœur, il faut examiner les chiffres. Un génocide suppose une certaine fréquence prouvant la volonté d’éradication systématique. D’après le groupe  Facebook «  Féminicide par compagnon ou ex », « depuis janvier 2016, 452 femmes sont mortes sous les coups d’un frère, compagnon, mari, ex ou fils : 123 en 2016, 135 en 2017, 120 en 2018 et 97 au 28 août 2019 ». Considérant qu’il y a en France près de 27 millions de femmes âgées de plus de 20  ans, cela signifie que 0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche. « Ces chiffres donnent le vertige, peut-on lire dans Le Monde, et pourraient laisser croire que le phénomène s’est banalisé dans une sorte d’indifférence. » En fait d’indifférence, il ne se passe pas un jour sans que les médias évoquent le phénomène. Quant aux chiffres, ils suggèrent au contraire qu’on a affaire à de terribles tragédies individuelles – et pas à l’aboutissement d’un système culturel dans lequel les hommes se sentiraient autorisés à tuer leurs compagnes. Ou alors, il faudrait aussi dénoncer les mères comme des criminelles en puissance, puisqu’elles sont responsables de plus de deux tiers de la soixantaine d’infanticides recensés chaque année en moyenne. Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante, ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser.

À lire aussi : Comment le mot « féminicide » nous est imposé

Ajouter que les policiers rient au nez des victimes, quand des dizaines d’hommes sont placés en garde à vue pour être accusés, à tort ou à raison, d’avoir donné une gifle, c’est encore une fois un amalgame éhonté. On voudrait nous faire croire que le meurtre d’une femme conclut toujours un récit identique, mettant en scène une grande brute nourrie à la culture du viol. Même dans ce cas, d’ailleurs, la victime n’est pas abattue parce qu’elle est une femme, mais parce qu’elle est la femme de ce type-là – souvent parce qu’elle n’a pas voulu le quitter, parfois parce qu’elle l’a quitté. Cela ne rend pas le crime plus acceptable moralement, cela lui redonne sa singularité. Surtout, il faut être furieusement déconnecté du réel pour affirmer que le meurtre d’une femme par « son frère, son mari ou son fils » raconte une seule et même histoire, et mettre dans le même sac le très mal nommé crime d’honneur et le crime d’amour. J’oubliais : « On ne tue pas par amour », trompettent sans relâche les mèresla-morale, sans doute expertes en matière de crimes et/ ou de passion, à défaut de l’être en littérature. L’amour c’est gentil et tuer c’est méchant. Julien Sorel n’est qu’un harceleur de première, qui finit, logique, en féminicide, et cette sotte de Madame de Rênal, engoncée dans son genre comme dans ses robes, une traîtresse à la cause. Le cas de Sorel est assurément pendable, d’ailleurs, il finit guillotiné. Mais que pensent nos expertes de ces vieux amoureux qui abrègent les souffrances de leur femme – et qui représentent une proportion non négligeable des prétendus féminicides ? Ou du mystérieux crime d’Althusser  ? Foin de ces chicayas sur les sombres recoins de l’âme. Féminicides, vous dis-je ! Et au cas que vous n’auriez pas compris que qui tire les cheveux de sa camarade finira par tuer sa femme, les associations exigent, outre la création d’une nouvelle infraction (ah, l’envie du pénal…), l’instauration «  d’un programme d’éducation contre le sexisme à l’école, de la maternelle au supérieur ». À partir du 3 septembre, et durant deux mois, se tiendra donc un « Grenelle des violences conjugales ». On voit mal l’utilité de ce grand raout pour améliorer le traitement policier et judiciaire de ces crimes ou la prise en charge des victimes. Quant à la nouvelle incrimination pénale, qui reviendrait à admettre qu’hommes et femmes ne sont pas égaux devant la loi – et devant le crime –, elle a peu de chances de voir le jour. Les femmes battues, violées et assassinées seront en réalité enrôlées pour permettre au gouvernement de montrer son meilleur profil et aux associations de tendre la main. Il faut lire l’appel du collectif #noustoutes (sans moi, merci), sidérant de cynisme inconscient et d’indécence tranquille, à se mobiliser à l’occasion du « centième féminicide de l’année » – qui n’a pas encore eu lieu. Ne lâchez rien, les filles. Plus que trois victimes et vous pourrez sortir les banderoles.

Les Rien-pensants

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Faux départ pour le rapprochement franco-russe

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Emmanuel Macron serrant la main de Vladimir Poutine lors d'une rencontre au fort de Bregancon à Bormes-les-Mimosas, lundi 19 août 2019. Alexei Druzhinin/AP/SIPA. Numéro de reportage : AP22368739_000057

En marge d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Brégançon, les deux chefs d’Etat ont tenté de relancer les relations franco-russes, avec leurs ministres des affaires étrangères et de la défense. Sans grand succès. Coulisses.


Après la rencontre avec Vladimir Poutine à Brégançon, le président a secoué ses ambassadeurs au début du mois de septembre, lors de la conférence de rentrée. Il anticipait de discrètes mais non moins fortes réticences à la relance de l’amitié franco-russe.

Tentative de rapprochement

Et en effet, « l’État profond », pointé par le président dans son discours, n’a pas tardé à réagir par l’intermédiaire de ses traditionnels relais d’influence. Nathalie Guibert et Marc Semo évoquent dans Le Monde les inquiétudes de nos alliés européens. Bruno Tertrais et Michel Eltchaninoff, toujours dans le quotidien vespéral, comparent l’initiative présidentielle aux vieilles lunes franco-soviétiques. La tribune qui sent bon la guerre froide est relayée avec ferveur par Benjamin Haddad et Olivier Schmitt sur Twitter. Dominique Moïsi pond une note pour l’institut Montaigne qui met en garde l’Élysée contre « le grand écart entre intérêts et valeurs »… Bref le landerneau atlantiste a battu le rappel des troupes: Il n’est pas question de copiner plus avant avec l’ogre Poutine.

Mark Esper, le nouveau secrétaire à la Défense des États-Unis, ancien du géant militaro-industriel Raytheon, a également tiré la sonnette d’alarme lors d’une rencontre avec son homologue française. « Les Russes doivent changer de comportement » a prévenu en guise d’avertissement le ministre. « Tout ne va pas changer du jour au lendemain » voulait-on rassurer au cabinet de Florence Parly. Il s’agit de jouer la montre en attendant que s’enlise de lui-même ce rapprochement franco-russe.

A lire aussi: Pourquoi la Russie a vendu l’Alaska aux Etats-Unis?

Et en effet, la frayeur atlantiste fut de courte durée. Après la rencontre entre la Russie et la France au format « 2+2 » (ministres de la Défense et des affaires étrangères) à Moscou le 9 septembre, les partisans de l’amitié franco-russe sont restés sur leur faim. Le soufflé est retombé.

Beaucoup de bruit, peu de résultats

Certes, en Afrique des ouvertures ont été constatées, l’état-major français semble ouvert à des coopérations en Centrafrique mais aussi au Niger.

Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.
Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.

Côté russe, les velléités françaises de rapprochements ont été accueillis avec beaucoup de circonspection. Le Président français a semblé pressé d’annoncer un sommet au format Normandie pour la fin septembre à Paris, comme s’il craignait le double jeu de son administration. Une poignée de main entre le nouveau président ukrainien Volodimir Zelinski et Vladimir Poutine aurait couronné ce nouveau virage de la diplomatie française…
Mais les Russes attendaient évidemment un geste en retour. Sergeï Lavrov[tooltips content= »Ministre des Affaires étrangères de la Russie NDLR »]1[/tooltips] n’en est pas à sa première tentative de séduction française. Il se souvient de la parenthèse de 2010 avant que n’éclate la guerre en Libye, puis celle de 2015 avant le flop de la vente des navires Mistral. Chat échaudé craint l’eau froide.

A lire également: Donbass: 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés

Tout avait pourtant bien démarré. La visite de Medvedev[tooltips content= »Chef du gouvernement russe NDLR »]2[/tooltips] au Havre chez Edouard Philippe a été suivie de celle de Poutine en août pour fêter le retour de la Russie au Conseil de l’Europe à Strasbourg, avec l’appui de la France. Le banquier français Philippe Delpal a été sorti de prison. Le raté du 75ème anniversaire du débarquement semblait déjà loin derrière. Mais depuis, aucune avancée n’a été constatée, aucune levée des sanctions économiques n’a été proposée, plus personne ne parle de sommet…

À Moscou, Jean-Yves Le Drian a fait quelques remarques aigres-douces soulignant le très long parcours restant à faire… La France a voulu parler de la relance du dialogue stratégique de désarmement, mais c’est un sujet que les Russes réservent à leur seul rival dans ce domaine, les États-Unis. À la manœuvre en Syrie, Libye et en Algérie, Moscou laisse venir les Français. Tant que Paris n’a pas le courage de mettre son veto aux sanctions européennes contre Moscou, le rapprochement franco-russe peut attendre. L’Ukraine aussi.

Conversations avec Poutine

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Lettre d’Arno Klarsfeld pour Emmanuel Macron

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Arno Klarsfeld en 2017 © Jacques BENAROCH/SIPA Numéro de reportage: 00831976_000120

Causeur s’est procuré la lettre adressée par Arno Klarsfeld en juin 2018 à Emmanuel Macron. Nous reproduisons ce courrier, alors que le Président vient de durcir sa ligne politique sur l’immigration. Selon l’avocat, connaisseur de la question migratoire, « le refus d’asile devrait valoir obligation de quitter le territoire. »


Le 17 juin 2018,

M. Président, cher Emmanuel Macron,

L’Europe fait face à deux dangers. Le premier danger est que si l’Europe laisse rentrer trop de migrants, elle risque de diluer son identité à laquelle les Européens sont attachés et ainsi de faire monter les partis d’extrême droite. Mais si l’Europe se montre intraitable et inexorable avec les migrants, alors la majorité indifférente sera la proie de la minorité d’extrême droite qui entraînera l’Europe dans des régimes qui lui feront perdre là aussi son identité acquise de l’expérience des tragédies de l’après deuxième guerre mondiale. Et cette Europe qui ne sera plus européenne renouvellera les erreurs et les guerres du passé.

Comment concilier générosité et fermeté ?

Nous savons que 90% des déboutés du droit d’asile demeurent en France, c’est à dire chaque année plus de soixante mille personnes

Nous savons que la plupart des pays dont sont originaires les migrants refusent de délivrer les laissez-passer consulaires nécessaires pour, après une décision de justice, renvoyer les migrants recalés chez eux.

Nous savons que les structures d’accueil en France sont pleines.

Nous savons que presque chaque jour des milliers de migrants ayant embarqué très souvent de Libye débarquent sur les côtes italiennes.

Nous savons qu’une fois arraisonnés dans les eaux internationales, les migrants doivent être, débarqués dans un port européen où ils pourront demander l’asile, selon la jurisprudence de la cour européenne de justice. Ce qui est illogique et intenable puisqu’il est paradoxal pour certaines ONG de prendre vers l’Europe des centaines de migrants une fois qu’ils ont mis le pied sur un bateau et en plus d’aller les chercher à quelques kilomètres des côtes libyennes. Pourquoi ne pas alors les chercher directement en Libye ? Est-il plus moral ou différent d’empêcher les gens de quitter les côtes africaines que de les ramener sur ces mêmes côtes quelques heures après qu’ils les ont quittées ? Les Français commencent à comprendre le paradoxe et le cercle infernal des passeurs, des bateaux et des naufragés si proches des côtes non pas européennes mais africaines.

Nous savons aussi que malgré ce qu’affirment les politiciens de droite comme de gauche, la phrase « ceux qui n’ont pas leurs papiers ont vocation à retourner dans leur pays » est de la poudre aux yeux puisqu’il est impossible – sans devenir un état policier – de diligenter de gigantesques rafles sur l’ensemble du territoire pour appréhender des dizaines de milliers d’irréguliers avec leurs familles et les attaches qu’ils ont créées avec le temps en France, de les placer dans des centres de rétention exigus et de les renvoyer ensuite « chez eux ». Un « chez eux » qui pour les enfants très souvent nés en France ne l’a jamais été.

Il faut se résoudre à l’évidence: une fois que les migrants ont mis le pied en Europe et qu’ils ne veulent pas rentrer volontairement dans leur pays, la vaste majorité est là pour rester.

Nous savons qu’il y a 50 ans il y avait 323 millions d’Africains, qu’aujourd’hui il y en a un milliard deux cent vingt millions et que dans cinquante ans il y en aura près de trois milliards. Et la question du planning familial reste tabou tant en Afrique que dans la diplomatie en général. Personne n’en parle ou ne veut en parler et celui qui en parle reçoit des coups de bâton.

Nous savons aussi que l’Europe porte une certaine responsabilité dans la situation du continent africain; continent d’abord partagé entre quelques Etats européens s’arrogeant les droits de surhommes blancs, auréolés de gloire pour avoir vaincu et parfois massacré des peuplades hostiles et pour leur avoir apporté une civilisation qu’ils ne demandaient pas. Nous avons, oui, une responsabilité morale puisque sans les vaccins, sans l’hygiène que nous avons apportés la population ne se serait pas accrue comme elle l’a fait.

Nous savons aussi que l’Europe s’est rendue coupable d’égoïsme puisqu’elle a laissé l’Italie seule en première ligne alors que les migrants ne choisissent pas l’Italie mais l’Europe comme destination réelle.

Nous savons donc que l’immigration est le défi majeur du 21ème siècle, qu’il faudra une solidarité sans faille entre les nations européennes si on ne veut pas un éclatement de l’Union, qu’il faudra des investissements colossaux pour à la fois préserver notre identité et notre sens moral, qu’il faudra des solutions innovantes, et pourtant nous ne faisons sinon rien du moins pas grand-chose.

Si on veut empêcher d’une part que l’identité européenne se dilue peu à peu mais inexorablement, et d’autre part que des individus, des familles, des enfants se noient, la seule solution consiste à empêcher les bateaux de passeurs de passer. Mais ceci n’est possible que si la jurisprudence de la Cour européenne de justice se modifie et que les bateaux puissent être ramenés vers les côtes africaines.

Il faudrait que le tri entre migrants économiques et personnes persécutées en raison de leur race, religion (…) soit effectué en Libye ou dans tout autre pays où il y aurait des départs conséquents pour les côtes européennes. Aujourd’hui, ce n’est pas possible puisque la Libye n’est pas stabilisée et que les structures adaptées n’existent pas. Il faudrait que le HCR ou une organisation européenne que l’on crée obtienne par traité une zone extraterritoriale dans laquelle installer de vastes campements convenables et fonctionnels dans lesquels serait effectué le tri entre les migrants économiques et ceux qui peuvent bénéficier d’une protection reconnue par la convention de Genève. Des systèmes de vidéo juridiction devraient aussi être installés et ce mode de juridiction devra être généralisé.

Ceux qui seraient considérés comme ayant une possibilité raisonnable d’obtenir l’asile ou la protection subsidiaire seraient alors conduits en Europe sur des navires européens et répartis équitablement entre les États européens. Mais le maximum des procédures devra être effectué de l’autre côté de la Méditerranée. Une fois que les migrants arrivent en Europe, il n’y a que peu de moyens de les faire repartir. Demandez à un de vos conseillers de vous faire un briefing sur le nombre de recours qu’un débouté du droit d’asile peut effectuer avant qu’il ne soit effectivement obligé de quitter le territoire. Vous en seriez étonné. Et les Français en seraient abasourdis.

Ceux à qui ne seraient pas reconnu le statut de réfugié en Europe devraient alors être reconduits, sauf circonstances exceptionnelles, dans le campement où le premier tri a été effectué, à condition que le délai pour traiter la demande ne dépasse pas un an, ce qui empêcherait, dans la vaste majorité des cas, que tout lien irrémédiable ne se soit créé entre le demandeur et le pays où la demande a été effectuée. Le refus d’asile devrait valoir obligation de quitter le territoire.

Dans la répartition des réfugiés il faudra se montrer compréhensif avec les pays de l’Est de l’Europe dont non seulement l’identité est forte, mais aussi qui ne se sont pas enrichis par la colonisation et ont eux-mêmes été durement colonisés, un temps par les nazis et pendant quelques décennies par les Soviétiques.

La responsabilité que nous avons envers l’Afrique ne va pas jusqu’à nous saborder et donner le continent européen à l’extrême droite.

Rien n’est éternel, l’empire romain était l’Europe d’aujourd’hui et il a vécu.

Amitiés.

Cette monnaie mondiale qu’on nous prépare

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Le bâtiment du Fonds monétaire international (FMI) à Washington Photo: Karen BLEIER / AFP

À l’heure où les craintes d’une nouvelle crise économique augmentent, deux monnaies internationales pourraient remplacer le dollar dans les échanges et transformer en profondeur le secteur financier. Elles sont révélatrices des factions opposées qui agitent désormais le lanterneau financier de la planète.


Jean-Claude Trichet n’est pas n’importe qui. Ancien président de la Banque de France, il avait naguère préparé la fusion du Franc et du Mark dans la monnaie unique européenne. Puis il avait dirigé pendant 10 ans la Banque centrale européenne (2002-2012). À peine sorti de l’institution d’émission monétaire, il prenait la tête de la branche européenne de la Trilatérale, puissante institution mondialiste qui milite pour un rapprochement des zones d’influence américaine (Amérique du Nord, Europe, Japon). Or, il y a 5 ans, il prononçait et répétait à quelques mois d’intervalle une phrase quelque peu énigmatique, mais révélatrice. « Toutes les banques centrales importantes ont désormais la même définition de la stabilité des prix. C’est un phénomène passé inaperçu, mais qui est très important[tooltips content= »Académie des sciences morales et politiques, 2 mars 2015. »]1[/tooltips] ». Celui qui, dans les années 1990, avait augmenté les taux d’intérêts du Franc dans le seul but de rapprocher la devise nationale du Mark allemand afin de faciliter la création de l’euro, a-t-il participé à des discussions allant dans ce sens à un niveau plus global ? Un mouvement similaire se prépare-t-il sur les grandes devises mondiales ? Si l’on prend en compte le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen japonais, nous obtenons 90% des réserves de change mondiales et des dénominations monétaires des échanges extérieurs, selon la Banque des règlements internationaux et le système de paiement Swift.

A lire aussi, Gil Mihaely: Le clan des sept va à Biarritz

Écoutons Jacques de Larosière, autre membre éminent de l’élite financière mondiale. « Le privilège exorbitant du dollar demeure », se plaignait l’ancien directeur du FMI (1978-1987), mais « le monde va évoluer vers un système oligo-polaire [tooltips content= »Académie des sciences morales et politiques, 2 mars 2015. »]2[/tooltips] ». Évoquant un institut d’émission qui émettrait une « devise mondiale vraiment représentative », l’homme appelait de ses vœux à une « organisation centrale qui disposerait d’un dispositif de sanctions » afin de forcer les pays à rééquilibrer leurs balances des paiements les uns vis-à-vis des autres.

L’heure du Droit de tirage spécial (DTS) ?

Fin 2015, soit quelques mois après cette intervention, le Fonds monétaire international incluait le yuan (la devise chinoise) dans le panier de devises destiné à calculer le cours de son DTS vis-à-vis des autres monnaies. Si l’opération n’obligeait nullement les banques centrales à acquérir du yuan – le DTS n’est pas adossé à un panier de devises comme on l’entend souvent, mais simplement calculé selon ledit panier – il marquait une entrée symbolique de la monnaie émise par l’État chinois dans la cour des grandes puissances monétaires. Cette décision confirmait la volonté des élites financières mondiales de renforcer le rôle du DTS. Le DTS ? C’est la devise du FMI, qu’il crée et distribue à ses pays membres, quand ils font une demande de prêts. Il est au FMI ce que l’euro est à la BCE ou le dollar au système bancaire américain. Il n’est adossé à rien. Mais il peut être échangé par les pays membres contre des dollars ou des euros (ou d’autres devises plus mineures). Les transactions ainsi effectuées ne sont pas rendues publiques. En revanche, les émissions de DTS sont connues. Créé à Bretton Woods pour prêter des dollars sous surveillance étroite des États-Unis, le FMI n’a jusqu’ici lancé des émissions de DTS qu’en faible quantité (pour la première fois à la fin des années 1960 lors de la contestation anti-dollar menée par De Gaulle, une autre fois en 1981, enfin en 2009 lors de la crise financière).

A lire aussi sur Conflits: Miracles et mystères de l’économie allemande

En 2018, lors d’un colloque tenu à Paris, c’est le très mondialiste président d’honneur du think tank Confrontations Europe, Philippe Herzog, qui y allait de sa petite phrase sur la devise du Fonds monétaire international. « Il y a quelque chose à faire avec le FMI et les DTS », affirmait-il, après avoir affirmé que l’euro n’était pas censé remplacer le dollar.

Selon l’analyste américain Jim Rickards, dont l’activité et les contacts passés l’amènent à côtoyer les élites financières états-uniennes, il ne fait aucun doute que les hauts responsables mondialistes ont un plan pour créer une devise mondiale d’émission. Reprenant les termes de Christine Lagarde, alors patronne du FMI, qui évoquait un prochain « reset monétaire », il estime que l’élite financière prépare une émission massive de DTS pour contrer les profonds effets déflationnistes à l’œuvre aujourd’hui.

« Si les gouvernements souhaitent dépenser plus, mais que le pouvoir législatif ne les y autorise pas, le FMI peut fournir des DTS et les gouvernements peuvent les dépenser sans attendre que leur propre pouvoir législatif prenne des mesures. Le FMI agit comme la Banque centrale mondiale, et rien ne peut l’arrêter[tooltips content= »Intelligence stratégique, juin 2016. »]3[/tooltips] ». En relançant l’inflation, les grands groupes bancaires et les gestionnaires de fonds – qui ont acquis un pouvoir considérable – pourraient ainsi sauvegarder la pyramide de dette et poursuivre leur activité.

A lire aussi, Nicolas Bouzou: « Un monde sans accords de libre-échange serait bien plus pauvre »

Les nations désireuses de se débarrasser de leur dépendance au dollar sont susceptibles d’accepter cette nouvelle monnaie d’échange. À cet égard, les efforts de la puissance exportatrice chinoise depuis le début de la décennie pour se faire accepter au sein du FMI ne trompent personne quant à son désir de disposer d’une autre devise de paiement internationale. Des déclarations diverses laissent à penser que les plans d’une future devise mondiale sont déjà bien avancés. Telle celle-ci, étonnante de la part de l’un des principaux représentants du système bancaire américain, lequel a tout à gagner des facilités avec lesquelles il peut créer des dollars : « Est-ce que ce serait un problème, pour les États-Unis, si la part des devises détenues en dollar diminuait au fil du temps en raison de progrès réalisés ailleurs ? Je pense que non. […] Je me réjouis des progrès effectués par d’autres pays en vue d’accomplir les prérequis nécessaires à l’obtention du statut de monnaie de réserve. Je pense que l’expansion de la capacité de ressources du FMI et de son mécanisme de liquidité pourrait représenter des étapes salutaires dans cette voie ».

La remonétisation rapide de l’or

Mais les années passent, et le DTS n’a toujours pas détrôné le dollar. À l’heure où le politique est en train de reprendre la main sur l’économique, y compris aux États-Unis, le récent passage de Christine Lagarde à la Banque centrale européenne pourrait signer le rétrécissement des espoirs des élites mondialistes. D’autant qu’une grande monnaie internationale s’impose de nouveau dans les esprits : l’or. Depuis la crise financière de 2008, qui avait vu des montagnes de titres de dette perdre toute valeur, l’ancien étalon monétaire a retrouvé grâce auprès des grands gouvernements. Depuis dix ans, les banques centrales de la planète sont devenues acheteuses de métal précieux, et le phénomène va en s’amplifiant: en 2018, la demande émanant des banques centrales a même été la plus élevée depuis …

>>> Lire la suite de cette analyse sur le site de Conflits <<<

Le F.M.I.

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Pourquoi les crises reviennent toujours: Prix Nobel 2008

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Plaidoyer pour un conservatisme plus fanatique

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Greta Thunberg le 23 septembre 2019, occupe l'imaginaire de nombre de fanatiques du "progressisme" et de l'écologi © Jason DeCrow/AP/SIPA

« On ne fait rien de grand sans le fanatisme »
Gustave Flaubert, Correspondance, à Louise Collet, 1853

De reculade en reculade, nous, les amoureux de la civilisation française, assistons au triomphe du progressisme, la tête baissée et les larmes aux yeux. Notre lucidité et la justesse de notre diagnostic ne sont d’aucune utilité car la majorité de la population semble regarder ailleurs et préfère cultiver son jardin. Notre défaite est d’autant plus déroutante que l’ennemi est faible. Nous nous faisons casser la gueule par des nains ! Nos maîtres prennent leurs ordres chez Greta Thunberg et osent conjuguer, dans la même phrase, islamisme et féminisme. 

Nous sommes lassés de prendre des coups

La source de notre malheur est simple : nous ne sommes pas fanatiques. Nous avons raison sur le plan conceptuel mais tort sur celui des méthodes. Tel un boxeur menotté, nous avons tout compris à la dynamique du match et sommes incapables de donner le moindre coup. Pire, l’arbitre encourage la partie adverse à nous achever au mépris des règles. L’arbitre est tantôt la presse bienpensante, ce quatrième pouvoir qui a les yeux fixés sur 1940, tantôt une partie de la magistrature qui, au lieu de séparer les corps en lutte, jette du sel sur nos blessures ouvertes. 

Aucune guerre ne se gagne sans une dose de fanatisme. 

Le fanatisme est autre chose que l’extrémisme religieux ou la haine ethnique qui se manifeste parfois en Inde ou au Rwanda par exemple. Le fanatisme est avant tout l’attachement viscéral et exclusif à une cause au point de perdre amis, famille et situation. Un fanatique ne s’empêche plus. Il s’autorise à puiser au fond de lui-même les ressources que la civilisation a toujours utilisées pour provoquer le changement : la fureur, l’optimisme absolu et un certain grain de folie. Le fanatisme est l’arme des faibles et nous autres, adversaires du progressisme, sommes très faibles.

Le progressisme, voilà l’ennemi!

Or, la droite et les gens de droite se refusent à toute forme de fanatisme. Ils préfèrent recevoir les coups d’une manière noble alors que la vraie noblesse, celle du Moyen Age, était tout sauf douceur et soumission.

La violence peut être utile. Elle dissuade l’adversaire et l’incite à respecter les règles du jeu. Il n’y a que les non-violents qui se font lyncher. L’exemple de Ghandi est en réalité une leçon à méditer par la droite : il suffit de compter le nombre de morts en Inde au Pakistan en 1947/48 pour comprendre que la théorie de la non-violence ne résiste pas au choc de la réalité. Cultiver l’esprit guerrier est un droit, surtout lorsque l’on est attaqué. On veut priver la jeune génération actuelle de tout esprit guerrier.

Seul le fanatisme peut annuler l’avantage de l’ennemi et transformer ses actifs en passifs. Ce ne sont pas les tanks qui gagnent la guerre mais des idées incandescentes qui se font face. Une idée incandescente attire à elle les êtres les plus dynamiques et stimule en eux des ressources psychiques insoupçonnées. En 1940, il fallait être fanatique de la France pour rejoindre De Gaulle.

L’islamisme profite de notre faiblesse et de la puissance du progressisme

Pour éviter tout malentendu, je préciserai que la violence n’a pas besoin de se réaliser à travers les coups. Elle doit d’abord habiter la pensée des résistants, la pensée de tous ceux qui refusent le statu quo progressiste. Qu’ils commencent par se faire violence eux-mêmes en cessant d’aimer la modération ! On n’évite pas un infarctus par des caresses et de l’acupuncture. Au contraire, on ranime vigoureusement le malade quitte à lui casser des côtes.

L’islamisme, le plus grand ennemi de la France, est fanatique. Il ne s’en porte que mieux puisque tous les musulmans « modérés » sont soit morts soit exilés hors de portée des « grands frères » avec lesquels nos maîtres progressistes rêvent de « dialoguer ». Ils veulent organiser l’Islam de France disent-ils… Une belle chimère !

Pour sortir enfin de cet état pathologique nommé modération, il faudrait accepter de s’administrer une dose de fanatisme. Toute la question est de savoir lequel car, à droite, aucune idéologie n’a le potentiel d’enflammer les âmes. Évacuons de suite les idées nauséabondes qui vivent dans la nostalgie du fascisme. Être fanatique ne signifie pas être criminel.

Laïcité, droite libérale, Europe des peuples…

Évacuons aussi l’idée de la laïcité. Si la laïcité a toujours cultivé un certain fanatisme, son intolérance et son inflexibilité face au catholicisme ont paradoxalement accentué nos maux. Car si la laïcité est comme programmée génétiquement pour éradiquer le catholicisme, l’islamisme ne l’intéresse pas.

Évacuons aussi les idées managériales de l’aile libérale de la droite car jamais personne ne se sacrifiera pour la liberté économique ou le contrôle de l’inflation. Le dogme libéral dit juste à plus d’un titre mais il est ce que l’intendance est à la grande stratégie militaire : important certes mais jamais suffisant pour vaincre. 

Inventer un fanatisme est aussi difficile que créer une œuvre populaire car il est plus facile de séduire une niche de doctorants que de parler au plus grand nombre. Il faudrait raisonner en des termes nouveaux : commencer par les émotions avant d’arriver aux idées. Penser en termes de mélodie ! Le fanatisme est une chanson douce qui désarme les réticences de la raison et emporte la seule adhésion qui compte : celle de l’âme. Or, l’âme n’est pas sensible aux chiffres ni aux discours savants. Elle s’identifie aux tourments des faibles et s’indigne devant l’arrogance des puissants. Elle aime voir la justice advenir là où, à l’origine, il n’y avait que malheur et tyrannie. Elle raisonne en termes de « nous » et « eux », d’où le succès des idées qui avancent en posant des barbelés. C’est ainsi: une dose d’animosité est nécessaire pour qu’une idée puisse « intéresser » l’âme.  

Démocratie participative, Europe des peuples ? Trop de variables, trop d’abstraction, pas assez d’émotion. Pour déterminer si une idée a une chance d’enflammer les âmes, demandez-vous si elle définit clairement le camp du Bien et du Mal. 

Le progressisme a pris le soin de distinguer les siens (les bien-pensants) des autres (les mal-pensants c’est-à-dire nous). Il a également fait une promesse qui souffre d’un grave défaut : elle est court-termiste. D’où le grand malaise dans la civilisation française. 

Le progressisme a promis la liberté sexuelle (une idée de génie). Et nous n’avons pas tardé à constater qu’une sexualité libérée ne libère ni de la frustration ni des inégalités inhérentes à la nature humaine. Tout le monde se rend compte que les critères de beauté, de jeunesse et de bonne santé financière ont le dernier mot en matière sexuelle. 

Le progressisme a promis le vivre-ensemble. Chaque jour est un démenti cinglant (ou sanglant) à cette promesse stupide. Le progressisme nous interdit ne serait-ce que de rapporter certains faits divers. 

Regarder la France en face

Le progressime évoque l’URSS du début des années 1980: personne n’y croit et tout le monde répète les slogans convenus pour rester dans les bonnes grâces de la nomenklatura. Le système résiste encore car il dispose de l’argent de la grande bourgeoisie, de l’attention des médias et des méthodes de subversion du communisme.

Fanatisme ne signifie pas irréalisme. Rien d’utile ne sera réalisé par les conservateurs de droite si on ne regarde pas la France en face. Le patriotisme et l’amour de la civilisation française ne peuvent en aucun cas devenir des sentiments fossilisés que l’on admire dans les romans aux pages jaunies. La passion de l’époque est le changement, répondons à cet appel pour que ce changement soit conforme à nos valeurs.

Ces mots peuvent choquer une partie des lecteurs qui rêvent d’un retour au passé. Je leur dis que les Français de branche n’ont pas encore donné à la France ce qu’elle est en droit d’attendre d’eux. Le réveil ardemment désiré par tous les amoureux de la France, peut aussi être un jour porté par ces nouveaux-venus. Tous ne sont pas aigris ou assoiffés de revanche comme ces joueurs de foot qui crachent dans la soupe, ou au visage de la France qui leur a tout donné !

Une nation est un acte de foi et toute foi a besoin d’un fanatisme pour la servir.

David Galula et la théorie de la contre-insurrection

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Lettres à Louise Colet

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