Elisabeth Lévy propose une chronique chaque matin à 8h12 sur Sud Radio. Pour la première, la redoutable directrice de Causeur a tenu à parler aux auditeurs d’un message qui lui est parvenu sur son email récemment…


Je voulais vous parler d’un message que j’ai reçu il y a quelques jours. Il émanait du collectif #NousToutes. Ce message m’appelait à manifester pour le centième féminicide.

Lequel n’avait donc pas encore eu lieu à ce moment-là, puisque les associations recensaient alors 96 femmes tuées par leur conjoint. Quoi qu’il y ait des incertitudes sur les chiffres.

« Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles »

Je reçois donc ce texte et en gros ce qui était dit, c’était « Allez plus que trois et on sort les banderoles les filles ». Alors ce n’est pas moi qui suis cynique. Je trouve que ce texte qui m’invitait à communier autour d’une victime qui n’avait pas encore d’existence fleurait le cynisme tranquille qui va d’ailleurs avec toutes les bonnes causes : la défense des femmes comme celle des ours polaires.

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Nos militantes n’ont pas attendu trop longtemps puisqu’alors que le Grenelle des violences conjugales commence mardi, on a malheureusement découvert samedi à Cagnes-sur-Mer le corps martyrisé de la centième victime. Et avant même qu’on connaisse son nom, et avant même d’ailleurs que l’on sache avec certitude dans quelles circonstances elle avait été assassinée, une centaine de militantes se sont réunies dimanche soir place du Trocadéro à Paris pour dénoncer la prétendue inaction du gouvernement et réclamer bien sûr des moyens adaptés… En l’occurrence, elles demandent un milliard pour les associations. Ce qui n’est pas rien.

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Bon, ces cent femmes et les autres sont un sujet sérieux et méritent forcément justice, mais on ne va pas leur rendre cette justice en leur parlant de féminicide. Pourquoi ? Parce que ce terme tant véhiculé est un mensonge et peut-être même un double mensonge éhonté. Tout d’abord, il suggère par homophonie que les femmes en France seraient menacées par un génocide. Alors je suis désolée, puisqu’on nous donne des chiffres toute la journée, au risque d’avoir l’air sans cœur, il faut revenir aux chiffres. 120 à 134 cas par an ça représente 0,00005% de femmes françaises qui meurent chaque année sous les coups d’un proche (…)

Les crimes passionnels n’ont plus droit de cité

[Donc] je ne sais pas dans quel monde on voit ça, mais pas en France. Prétendre cela, comme le font les associations, comme le font des écrivains, des intellectuels et comme le font des dizaines de journalistes, c‘est confondre la déviance qui est déjà condamnée par la loi et par la société et la norme à laquelle se conforme l’écrasante majorité des hommes de notre pays. Mais la deuxième chose, c’est que si vous enfermez toutes ces tragédies individuelles sous un même bocal, vous niez la singularité de ces femmes et de leur histoire. Dans la plupart des cas, un homme ne tue pas une femme parce qu’elle est une femme [parmi les autres NDLR]; sauf s’il est un serial-killer ou un pervers ; il tue une femme parce qu’elle est SA femme, parce que c’est une femme singulière avec qui il a une histoire singulière et pas forcément parce que cet homme est une brute épaisse… De plus, dans les cas recensés comme « féminicides« , on retrouve un nombre significatif de messieurs très âgés qui mettent tout simplement fin aux souffrances de leur compagne. Est-ce alors toujours un féminicide ? 

mailing-feminicide« On ne tue jamais par amour » nous disent nos néo-féministes. Elles sont toujours prêtes à nous édicter des normes pour tous les domaines de la vie comme si elles détenaient la vérité sur les tourments et les mystères de l’âme humaine ! Aimer, c’est bien, c’est gentil et tuer est mal et méchant! 

Une nouvelle infraction?

Comme en plus elles sont convaincues qu’à l’école les garçons qui tirent les cheveux de leurs camarades finiront par tuer leur femme, elles demandent naturellement la création d’une infraction supplémentaire et, « l’instauration d’un programme d’éducation contre le sexisme », vous allez rire, « de l’école maternelle au supérieur. »

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Que la justice, la police, les services sociaux et l’ensemble de la société améliorent la protection des femmes victimes de violence conjugale, qu’on les aide quand elles le demandent à quitter leur bourreau – ce qui n’est pas toujours le cas – tout ça est évidemment très bien. Mais je ne pense pas qu’on ait forcément besoin d’un grand raout pour le faire. 

Mais que cela passe par l’octroi de moyens supplémentaires aux associations… Pardon, mais ces associations-là font leur com’ en permanence sur la souffrance, et je trouve ça discutable. Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser. 

Alors #NousToutes, je suis désolée, mais ça sera sans moi !

Cette chronique a été diffusée le 2 septembre sur Sud Radio.

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