En marge d’une rencontre entre Emmanuel Macron et Vladimir Poutine à Brégançon, les deux chefs d’Etat ont tenté de relancer les relations franco-russes, avec leurs ministres des affaires étrangères et de la défense. Sans grand succès. Coulisses.


Après la rencontre avec Vladimir Poutine à Brégançon, le président a secoué ses ambassadeurs au début du mois de septembre, lors de la conférence de rentrée. Il anticipait de discrètes mais non moins fortes réticences à la relance de l’amitié franco-russe.

Tentative de rapprochement

Et en effet, « l’État profond », pointé par le président dans son discours, n’a pas tardé à réagir par l’intermédiaire de ses traditionnels relais d’influence. Nathalie Guibert et Marc Semo évoquent dans Le Monde les inquiétudes de nos alliés européens. Bruno Tertrais et Michel Eltchaninoff, toujours dans le quotidien vespéral, comparent l’initiative présidentielle aux vieilles lunes franco-soviétiques. La tribune qui sent bon la guerre froide est relayée avec ferveur par Benjamin Haddad et Olivier Schmitt sur Twitter. Dominique Moïsi pond une note pour l’institut Montaigne qui met en garde l’Élysée contre « le grand écart entre intérêts et valeurs »… Bref le landerneau atlantiste a battu le rappel des troupes: Il n’est pas question de copiner plus avant avec l’ogre Poutine.

Mark Esper, le nouveau secrétaire à la Défense des États-Unis, ancien du géant militaro-industriel Raytheon, a également tiré la sonnette d’alarme lors d’une rencontre avec son homologue française. « Les Russes doivent changer de comportement » a prévenu en guise d’avertissement le ministre. « Tout ne va pas changer du jour au lendemain » voulait-on rassurer au cabinet de Florence Parly. Il s’agit de jouer la montre en attendant que s’enlise de lui-même ce rapprochement franco-russe.

A lire aussi: Pourquoi la Russie a vendu l’Alaska aux Etats-Unis?

Et en effet, la frayeur atlantiste fut de courte durée. Après la rencontre entre la Russie et la France au format « 2+2 » (ministres de la Défense et des affaires étrangères) à Moscou le 9 septembre, les partisans de l’amitié franco-russe sont restés sur leur faim. Le soufflé est retombé.

Beaucoup de bruit, peu de résultats

Certes, en Afrique des ouvertures ont été constatées, l’état-major français semble ouvert à des coopérations en Centrafrique mais aussi au Niger.

Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.
Sergueï Lavrov, Ministre des Affaires étrangères de la Russie Photo: D.R.

Côté russe, les velléités françaises de rapprochements ont été accueillis avec beaucoup de circonspection. Le Président français a semblé pressé d’annoncer un sommet au format Normandie pour la fin septembre à Paris, comme s’il craignait le double jeu de son administration. Une poignée de main entre le nouveau président ukrainien Volodimir Zelinski et Vladimir Poutine aurait couronné ce nouveau virage de la diplomatie française…
Mais les Russes attendaient évidemment un geste en retour. Sergeï Lavrov1 n’en est pas à sa première tentative de séduction française. Il se souvient de la parenthèse de 2010 avant que n’éclate la guerre en Libye, puis celle de 2015 avant le flop de la vente des navires Mistral. Chat échaudé craint l’eau froide.

A lire également: Donbass: 13 000 morts, 30 000 blessés et un million de réfugiés

Tout avait pourtant bien démarré. La visite de Medvedev2 au Havre chez Edouard Philippe a été suivie de celle de Poutine en août pour fêter le retour de la Russie au Conseil de l’Europe à Strasbourg, avec l’appui de la France. Le banquier français Philippe Delpal a été sorti de prison. Le raté du 75ème anniversaire du débarquement semblait déjà loin derrière. Mais depuis, aucune avancée n’a été constatée, aucune levée des sanctions économiques n’a été proposée, plus personne ne parle de sommet…

À Moscou, Jean-Yves Le Drian a fait quelques remarques aigres-douces soulignant le très long parcours restant à faire… La France a voulu parler de la relance du dialogue stratégique de désarmement, mais c’est un sujet que les Russes réservent à leur seul rival dans ce domaine, les États-Unis. À la manœuvre en Syrie, Libye et en Algérie, Moscou laisse venir les Français. Tant que Paris n’a pas le courage de mettre son veto aux sanctions européennes contre Moscou, le rapprochement franco-russe peut attendre. L’Ukraine aussi.

Lire la suite