Laurent Bouvet contre la FCPE : son esprit Charlie déplaît à la fédération de parents d’élèves aux positions communautaristes. Elle l’attaque pour « incitation à la haine ».


Le soi-disant « progressisme », qui n’a rien d’un progrès, aime décidément avancer main dans la main avec les pires obscurantismes. C’est qu’ils ont en commun d’être aveuglés par leurs certitudes, bouffis d’orgueil par leur supériorité morale autoproclamée, et particulièrement rétifs à l’humour.

Laurent Bouvet, co-fondateur du Printemps Républicain et membre du conseil des sages de la laïcité, en fait en ce moment la douloureuse expérience, visé par une campagne indigne qui masque un véritable déni de démocratie.

La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception?

La FCPE (Fédération des Conseils de Parents d’Elèves) a diffusé une affiche électorale affirmant son soutien à la participation de femmes voilées aux sorties scolaires, avec le slogan « La laïcité, c’est accueillir à l’école tous les parents sans exception. »

L'affiche polémique de la FCPE
L’affiche polémique de la FCPE Photo: DR

Sur internet, les détournements humoristiques n’ont pas tardé, montrant tout le ridicule du slogan en s’amusant à le prendre au sérieux : sans exception, vraiment ? Nudistes, assortiments cuir et fouet, déguisements en tout genre, jeune homme avec un t-shirt du Rassemblement National, membres du KKK encagoulés, jihadistes, et même Sean Connery dans son indéfinissable costume de Zardoz. « Accueillir à l’école tous les parents sans exception. » Et Laurent Bouvet, comme beaucoup d’autres, a relayé ces parodies.

Les habituels islamo-gauchistes se sont déchaînés. Madjid Messaoudene a semble-t-il perdu le célèbre sens de l’humour qui l’avait conduit à ironiser sur les victimes de Merah et de l’Hyper Casher. Ai-je besoin de vous dire quel camp a choisi Aurélien Taché ? Un sénateur communiste, Pascal Savoldelli, s’est fendu d’une « question au gouvernement », dont la rhétorique est étrangement similaire à celle utilisée il y a quelques années contre Charlie Hebdo, avec les résultats sanglants que l’on sait, pour accuser Laurent Bouvet de manquer à son devoir de réserve et d’islamophobie. Et la FCPE porte plainte contre lui, pour « incitation à la haine contre les parents musulmans. »

Pour certains, musulmane = voilée

Je ne partage pas toutes les positions de Laurent Bouvet. Mon intuition et mon instinct me portent à souhaiter l’union sacrée face au totalitarisme islamiste et à la fragmentation communautariste, plus qu’à craindre ce qu’il appelle la « tenaille identitaire ». Bien que fermement républicain comme lui, je crois qu’il ne peut y avoir de république hors sol, et que la République française ne peut exister sans la France, qui est l’une de ses fondations. Mais il va sans dire que dans cette affaire il a tout mon soutien, sans la moindre réserve. Et ses accusateurs ont mon plus total mépris.

Je méprise la malhonnêteté foncière de l’affiche de la FCPE, et de son message. Un récent article de la Revue des Deux Mondes nous rappelle fort opportunément que deux tiers des musulmanes de France ne portent pas le voile. Or, toute la propagande pro-voile repose sur l’équation mensongère « musulmane = voilée », dans une volonté malsaine d’invisibiliser ces deux tiers de musulmanes non voilées, et en soutenant évidemment les islamistes qui s’appuient sur la banalisation de cette équation pour faire pression sur les musulmanes afin de les contraindre au port du voile. Dans sa plainte, la FCPE ose ainsi déclarer que questionner la présence de femmes voilées lors des sorties scolaires serait une « incitation à la haine contre les parents musulmans ». Cette fois, « parents musulmans = femme voilée ». Les mères musulmanes qui se sont battues, qui se battent, qui parfois risquent leur liberté et leur vie pour avoir le droit de ne pas porter le voile, pour que leurs filles aient ce droit, apprécieront à sa juste valeur le soutien que la FCPE apporte aux dictatures islamistes adeptes du voile obligatoire.

Un contexte particulier où l’islam se fait séparatiste

Celles qui choisissent de porter le voile et refusent de l’ôter quelles que soient les circonstances – travail, sortie scolaire, piscine avec le burqini – font un choix, et ce choix n’est pas simplement celui de l’islam : la majorité des musulmanes n’est pas voilée. Ce choix est celui de l’ostentation, du soutien affiché à l’islam communautariste, l’islam sécessionniste, voire l’islam conquérant. Bien sûr, toutes les femmes voilées ne sont pas islamistes ! Leurs motivations sont multiples, et parfois tout à fait honorables. Mais les jeunes générations ne peuvent prétendre ignorer le contexte d’aujourd’hui, et la portée politique acquise par le voile. On peut déplorer qu’il soit devenu un étendard du littéralisme coranique théocratique, on peut regretter que les musulmanes soient prisonnières de cette instrumentalisation par les islamistes. Mais on ne peut pas le nier. Et là où le port du voile est majoritaire, les droits des femmes non-voilées sont menacés, ou pire.

Quel que soit le sens qu’une femme lui donne dans son for intérieur, et dont je ne peux évidemment rien savoir, le port du voile islamique est aujourd’hui un marqueur de l’emprise des préceptes coraniques, y compris ceux qui sont radicalement opposés aux libertés garanties par nos lois, comme les versets 29 à 31 de la sourate 9 et le verset 34 de la sourate 4. Or, l’Etat ne légifère pas sur le for intérieur, et heureusement. Mais il peut et doit légiférer sur le port d’un symbole en fonction de la signification politique que prend ce symbole dans l’espace public. S’il accepte que des parents accompagnateurs affichent leur refus militant des règles fondamentales de notre société, il ouvre la boîte de Pandore.

On n’entend pas Marlène Schiappa

Au passage, il est amusant de constater que ceux qui accusent Laurent Bouvet d’islamophobie sous prétexte qu’il aurait assimilé les femmes voilées au djihadistes se désavouent d’eux-mêmes. Les multiples caricatures relayées par le co-fondateur du Printemps Républicain n’assimilent pas les femmes voilées aux jihadistes, pas plus qu’elles ne les assimilent au héros de Zardoz, aux militants du RN ou aux dominatrices en cuir clouté. Ce sont ses détracteurs qui, parmi toutes ces parodies, ont choisi de faire un lien particulier entre les femmes voilées et les djihadistes, pas Laurent Bouvet !

Je méprise leur ignorance plus ou moins volontaire des réalités de l’islam, qu’ils réduisent à un folklore exotique au lieu de le prendre au sérieux. Dans ses aspirations, ses noblesses, mais aussi ses zones d’ombre. Alors même que se poursuit le « Grenelle sur les violences conjugales », peut-on encore faire l’impasse sur la situation des femmes au regard de la charia ? L’excuse d’une prescription religieuse rendrait-elle l’inégalité de droits entre femmes et hommes soudain légitime ? Et encore une fois, qu’est-ce aujourd’hui que le refus militant d’ôter son voile sinon un soutien ostentatoire à la charia, et donc à son sexisme ?

Tenaille identitaire

Je méprise leur hypocrisie, et leur tentative d’instrumentalisation du droit. Car enfin, il faut n’avoir jamais lu ni écouté Laurent Bouvet pour l’accuser d’attiser la haine envers les musulmans ! Il passe son temps à la dénoncer comme étant la deuxième mâchoire du « piège identitaire » qu’il combat ! Personne n’est plus attaché que lui à faire la différence entre les musulmans et les islamistes. Qu’on le critique, soit. Mais alors qu’on le fasse en opposant des contre-arguments à ce qu’il dit vraiment, pas en l’accusant d’intentions dont il est facile de voir qu’elles n’ont jamais été les siennes.

Ce n’est pas là une querelle marginale. Ce n’est pas qu’une anecdote. C’est l’une des batailles de cette guerre que le « progressisme » et l’islamisme livrent ensemble à la démocratie, à force d’anathèmes, à force de condamnations prétendument morales, à force de harcèlement judiciaire, dans leur obsession de criminaliser toute pensée critique susceptible de pointer du doigt leurs mensonges, leurs erreurs et leurs absurdités.

Les accusations portées contre Laurent Bouvet sont évidemment une remise en cause de la liberté d’expression, mais aussi une tentative d’empêcher que le débat démocratique s’empare de sujets d’autant plus fondamentaux qu’ils touchent à nos enfants, et à l’éducation qui leur est donnée.

Ces accusations masquent la volonté de banaliser le voile et tout ce qu’il représente, et la volonté d’y contraindre toutes les musulmanes – et un jour toutes les femmes. La volonté de banaliser le communautarisme, au détriment de l’idéal républicain de l’intérêt général et de l’émancipation des consciences. La volonté d’imposer dans les écoles cette idéologie autoproclamée « progressiste », sans que jamais le peuple souverain ne puisse y réfléchir, en discuter et en décider. La volonté d’endoctriner nos enfants, au mépris de la démocratie.

C’est cette volonté qui est criminelle et qui doit être sanctionnée, mais certainement pas l’humour de Laurent Bouvet.

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