« Transformer la tragédie de femmes assassinées en cause militante, ce n’est pas honorer les victimes, c’est les instrumentaliser »


Les mots ont un sens, affirme la sagesse populaire. Ça, c’était avant. Certains mots n’ont plus de sens, mais une fonction qui est de vous empêcher de penser. Le mot «  climat  », par exemple, doit déclencher une réaction pavlovienne d’indignation mâtinée de bonne conscience. Le mot « femme », quant à lui, ne mord pas (quoique), mais devrait vous plonger dans une atmosphère de compassion, de bienveillance – et, si vous êtes un mâle blanc tendance dragueur lourd, même jeune, de terreur et de culpabilité présumée. Dans l’arsenal lexical destiné à nous faire passer l’envie de déconner, «  féminicide  » vient de faire une entrée remarquée grâce à l’activisme déployé par les habituels groupuscules associatifs qui réclament bruyamment des mesures et des fonds publics pour lutter contre ce nouveau fléau – déjà réprimé par le Code pénal et condamné par la société. En quelques mois, ce crime contre la langue et contre la vérité s’est imposé, repris jusqu’à l’absurde par des journalistes tout fiers de participer à l’anéantissement des forces obscures du patriarcat.

0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche

Au début de l’été, quand un homme s’est rendu à la police après avoir tué sa femme, on a pu entendre l’un d’eux déclarer : « L’autopsie permettra d’établir s’il s’agissait d’un féminicide. » La fonction de ce terme est évidemment de suggérer par homophonie que, dans notre pays, les femmes sont menacées par un génocide ou au minimum, un massacre. Au risque de paraître sans cœur, il faut examiner les chiffres. Un génocide suppose une certaine fréquence prouvant la volonté d’éradication systématique. D’après le groupe  Facebook «  Féminicide par compagnon ou ex », « depuis janvier 2016, 452 femmes sont mortes sous les coups d’un frère, compagnon, mari, ex ou fils : 123 en 2016, 135 en 2017, 120 en 2018 et 97 au 28 août 2019 ». Considérant qu’il y a en France près de 27 millions de femmes âgées de plus de 20  ans, cela signifie que 0,00005  % des femmes meurent effectivement chaque année sous les coups d’un proche. « Ces chiffres donnent le vertige, peut-on lire dans Le Monde, et pourraient laisser croire que le phénomène s’est banalisé dans une sorte d’indifférence. » En fait d’indifférence, il ne se passe pas un jour sans que les médias évoquent le phénomène. Quant aux chiffres, ils suggèrent au contraire qu’on a affaire à de terribles tragé

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Septembre 2019 - Causeur #71

Article extrait du Magazine Causeur

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