À l’heure où les craintes d’une nouvelle crise économique augmentent, deux monnaies internationales pourraient remplacer le dollar dans les échanges et transformer en profondeur le secteur financier. Elles sont révélatrices des factions opposées qui agitent désormais le lanterneau financier de la planète.


Jean-Claude Trichet n’est pas n’importe qui. Ancien président de la Banque de France, il avait naguère préparé la fusion du Franc et du Mark dans la monnaie unique européenne. Puis il avait dirigé pendant 10 ans la Banque centrale européenne (2002-2012). À peine sorti de l’institution d’émission monétaire, il prenait la tête de la branche européenne de la Trilatérale, puissante institution mondialiste qui milite pour un rapprochement des zones d’influence américaine (Amérique du Nord, Europe, Japon). Or, il y a 5 ans, il prononçait et répétait à quelques mois d’intervalle une phrase quelque peu énigmatique, mais révélatrice. « Toutes les banques centrales importantes ont désormais la même définition de la stabilité des prix. C’est un phénomène passé inaperçu, mais qui est très important1 ». Celui qui, dans les années 1990, avait augmenté les taux d’intérêts du Franc dans le seul but de rapprocher la devise nationale du Mark allemand afin de faciliter la création de l’euro, a-t-il participé à des discussions allant dans ce sens à un niveau plus global ? Un mouvement similaire se prépare-t-il sur les grandes devises mondiales ? Si l’on prend en compte le dollar, l’euro, la livre sterling et le yen japonais, nous obtenons 90% des réserves de change mondiales et des dénominations monétaires des échanges extérieurs, selon la Banque des règlements internationaux et le système de paiement Swift.

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Écoutons Jacques de Larosière, autre membre éminent de l’élite financière mondiale. « Le privilège exorbitant du dollar demeure », se plaignait l’ancien directeur du FMI (1978-1987), mais « le monde va évoluer vers un système oligo-polaire 2 ». Évoquant un institut d’émission qui émettrait une « devise mondiale vraiment représentative », l’homme appelait de ses vœux à une « organisation centrale qui disposerait d’un dispositif de sanctions » afin de forcer les pays à rééquilibrer leurs balances des paiements les uns vis-à-vis des autres.

L’heure du Droit de tirage spécial (DTS) ?

Fin 2015, soit quelques mois après cette intervention, le Fonds monétaire international incluait le yuan (la devise chinoise) dans le panier de devises destiné à calculer le cours de son DTS vis-à-vis des autres monnaies. Si l’opération n’obligeait nullement les banques centrales à acquérir du yuan – le DTS n’est pas adossé à un panier de devises comme on l’entend souvent, mais simplement calculé selon ledit panier – il marquait une entrée symbolique de la monnaie émise par l’État chinois dans la cour des grandes puissances monétaires. Cette décision confirmait la volonté des élites financières mondiales de renforcer le rôle du DTS. Le DTS ? C’est la devise du FMI, qu’il crée et distribue à ses pays membres, quand ils font une demande de prêts. Il est au FMI ce que l’euro est à la BCE ou le dollar au système bancaire américain. Il n’est adossé à rien. Mais il peut être échangé par les pays membres contre des dollars ou des euros (ou d’autres devises plus mineures). Les transactions ainsi effectuées ne sont pas rendues publiques. En revanche, les émissions de DTS sont connues. Créé à Bretton Woods pour prêter des dollars sous surveillance étroite des États-Unis, le FMI n’a jusqu’ici lancé des émissions de DTS qu’en faible quantité (pour la première fois à la fin des années 1960 lors de la contestation anti-dollar menée par De Gaulle, une autre fois en 1981, enfin en 2009 lors de la crise financière).

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En 2018, lors d’un colloque tenu à Paris, c’est le très mondialiste président d’honneur du think tank Confrontations Europe, Philippe Herzog, qui y allait de sa petite phrase sur la devise du Fonds monétaire international. « Il y a quelque chose à faire avec le FMI et les DTS », affirmait-il, après avoir affirmé que l’euro n’était pas censé remplacer le dollar.

Selon l’analyste américain Jim Rickards, dont l’activité et les contacts passés l’amènent à côtoyer les élites financières états-uniennes, il ne fait aucun doute que les hauts responsables mondialistes ont un plan pour créer une devise mondiale d’émission. Reprenant les termes de Christine Lagarde, alors patronne du FMI, qui évoquait un prochain « reset monétaire », il estime que l’élite financière prépare une émission massive de DTS pour contrer les profonds effets déflationnistes à l’œuvre aujourd’hui.

« Si les gouvernements souhaitent dépenser plus, mais que le pouvoir législatif ne les y autorise pas, le FMI peut fournir des DTS et les gouvernements peuvent les dépenser sans attendre que leur propre pouvoir législatif prenne des mesures. Le FMI agit comme la Banque centrale mondiale, et rien ne peut l’arrêter3 ». En relançant l’inflation, les grands groupes bancaires et les gestionnaires de fonds – qui ont acquis un pouvoir considérable – pourraient ainsi sauvegarder la pyramide de dette et poursuivre leur activité.

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Les nations désireuses de se débarrasser de leur dépendance au dollar sont susceptibles d’accepter cette nouvelle monnaie d’échange. À cet égard, les efforts de la puissance exportatrice chinoise depuis le début de la décennie pour se faire accepter au sein du FMI ne trompent personne quant à son désir de disposer d’une autre devise de paiement internationale. Des déclarations diverses laissent à penser que les plans d’une future devise mondiale sont déjà bien avancés. Telle celle-ci, étonnante de la part de l’un des principaux représentants du système bancaire américain, lequel a tout à gagner des facilités avec lesquelles il peut créer des dollars : « Est-ce que ce serait un problème, pour les États-Unis, si la part des devises détenues en dollar diminuait au fil du temps en raison de progrès réalisés ailleurs ? Je pense que non. […] Je me réjouis des progrès effectués par d’autres pays en vue d’accomplir les prérequis nécessaires à l’obtention du statut de monnaie de réserve. Je pense que l’expansion de la capacité de ressources du FMI et de son mécanisme de liquidité pourrait représenter des étapes salutaires dans cette voie ».

La remonétisation rapide de l’or

Mais les années passent, et le DTS n’a toujours pas détrôné le dollar. À l’heure où le politique est en train de reprendre la main sur l’économique, y compris aux États-Unis, le récent passage de Christine Lagarde à la Banque centrale européenne pourrait signer le rétrécissement des espoirs des élites mondialistes. D’autant qu’une grande monnaie internationale s’impose de nouveau dans les esprits : l’or. Depuis la crise financière de 2008, qui avait vu des montagnes de titres de dette perdre toute valeur, l’ancien étalon monétaire a retrouvé grâce auprès des grands gouvernements. Depuis dix ans, les banques centrales de la planète sont devenues acheteuses de métal précieux, et le phénomène va en s’amplifiant: en 2018, la demande émanant des banques centrales a même été la plus élevée depuis …

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