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La dérive climato-gauchiste de Monique Pinçon-Charlot

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Connue pour ses analyses critiques des grandes fortunes françaises, la sociologue Monique Pinçon-Charlot utilise désormais la situation climatique pour faire passer ses idées d’extrême gauche. Mais, à trop rendre responsables les riches de tous les maux de la Terre, elle sombre dans une vision complotiste et perd tout contact avec la réalité.


Les capitalistes voudraient exterminer plusieurs milliards de pauvres avec le réchauffement climatique ! C’est la thèse que défend la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Par exemple, avec son mari Michel Pinçon, elle déclarait, dans le quotidien L’Humanité, en décembre 2019 : « Le dérèglement climatique dont les capitalistes, qui ont pillé les ressources naturelles pour s’enrichir, sont les seuls responsables, constitue leur ultime arme pour éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité devenue inutile à l’heure des robots et de l’automatisation généralisée. »

Puis, quelques mois plus tard, elle récidivait en déclarant, dans le documentaire Hold-Up sur la pandémie de Covid-19, que « l’on est dans une guerre de classes que les plus riches mènent contre les pauvres de la planète et […], comme les nazis allemands l’ont fait pendant la Deuxième, il y a un holocauste qui va éliminer certainement la partie la plus pauvre de l’humanité, c’est-à-dire trois milliards cinq cents millions d’êtres humains, dont les riches n’ont plus besoin pour assurer leur survie ». Même si, par la suite, elle a dit regretter sa comparaison avec le régime nazi, elle n’est jamais revenue sur le fond de sa pensée. De quoi surprendre, pour une sociologue à la retraite, ancienne directrice de recherche au CNRS !

Des riches qui exploiteraient les pauvres !

Avant d’en arriver à ces prises de position détonantes, Monique Pinçon-Charlot s’était imposée, avec son mari Michel Pinçon, comme une figure de la sociologie des élites. Ensemble, ils ont consacré plusieurs décennies à explorer le monde de la grande bourgeoisie française : ses fortunes, ses stratégies de reproduction sociale, ses mariages endogamiques, ses quartiers préservés et ses clubs fermés. Dans des ouvrages devenus des classiques, tels que Dans les beaux quartiers (1989), Grandes fortunes (1996) ou Sociologie de la bourgeoisie (2000), ils ont tenté de montrer comment cette classe dominante, soudée et consciente de ses intérêts, cherchait à consolider son pouvoir au détriment des plus pauvres.

Mais, cette grille de lecture en termes de lutte des classes, déjà problématique au sein de la sphère sociale et économique, a fini par devenir la clé unique par laquelle Monique Pinçon-Charlot appréhende tous les problèmes du monde. C’est pourquoi, même quand elle aborde la question du climat, elle n’arrive pas à sortir de sa vision complotiste anti-riches, comme en témoigne son dernier ouvrage, Les riches contre la planète. Violence oligarchique et chaos climatique (2025).

A lire aussi, du même auteur: Jean-Marc Jancovici, l’apôtre du déclin

Déjà, dans ce livre, page après page, elle accuse de nouveau les riches et les capitalistes – sans que l’on sache à qui elle fait référence exactement – de vouloir exploiter le reste de la population. Elle estime ainsi que le « système capitaliste » permet aux premiers de « s’enrichir sans limite et oblige » les seconds « à se serrer toujours plus la ceinture ! » (p. 17). De même, elle estime que « les membres des dynasties familiales fortunées de la noblesse et de la grande bourgeoisie […] portent la responsabilité de nos difficultés à vivre dans la plénitude » (p. 15). Ou encore, elle accuse le capitalisme d’être « un ennemi commun à tous les peuples de la planète » (p. 71).

Mais confondant diatribe et analyse, jamais elle n’explique ce qu’elle entend par capitalisme. Puis, jamais elle ne reconnaît que les conditions de vie de l’humanité se sont considérablement améliorées depuis environ deux siècles, c’est-à-dire depuis l’avènement de ce que l’on a coutume d’appeler l’économie capitaliste. Aveuglée par sa haine des riches, elle oublie aussi de mentionner que cette amélioration est loin de n’avoir profité qu’à ces derniers. C’est dans toutes les couches de la société que la mortalité infantile a considérablement baissé et que l’alphabétisation, l’espérance de vie et le confort matériel ont fortement progressé. En outre, la proportion de gens très pauvres, loin d’avoir augmenté sous les coups de butoirs des classes dominantes, est celle qui s’est le plus réduite, notamment depuis la « mondialisation néolibérale » que Pinçon-Charlot honnit.

Des riches qui réchaufferaient la planète !

Poussée par sa vision manichéenne de la société, Pinçon-Charlot en vient alors à avancer que c’est « la classe dominante qui, depuis le sommet de l’État, continue à favoriser l’extraction des énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz » (p. 10). Puis, au-delà des individus, elle soutient que c’est le « système capitaliste » qui porte la responsabilité du « chaos climatique » (p. 30). Elle va même jusqu’à considérer que « [l]’avenir de l’humanité est incompatible avec la logique du profit » (p. 70), c’est-à-dire, selon elle, avec le capitalisme. Aussi en vient-elle à déclarer que « le terme de capitalocène est le mot approprié pour désigner ce pillage généralisé de la planète, plus encore que celui d’anthropocène » (p. 12).

Cette accusation, même si Pinçon-Charlot n’est pas la première à la formuler, est – pour être charitable – étonnante, car il suffit de se tourner vers les régimes communistes du XXe siècle pour se rendre compte que les émissions de gaz à effet de serre et l’exploitation des ressources de la planète sont loin de caractériser uniquement les pays capitalistes. Quant à l’accusation que c’est la classe dominante qui est responsable du réchauffement climatique, elle oublie que c’est l’ensemble de la société qui profite du recours à des énergies fossiles, pour se chauffer, pour se déplacer, pour faire tourner ses machines, pour vivre mieux, etc. D’ailleurs, si demain un gouvernement décidait d’arrêter d’y recourir, le peuple descendrait très certainement dans la rue pour protester. Même augmenter les taxes sur ces énergies n’est pas facile à mettre en œuvre, comme l’épisode de gilets jaunes nous le rappelle.

Manifestation des gilets jaunes dans Paris, 8 décembre 2018. SIPA. 00887468_000005

Certes, en moyenne, les plus riches sont davantage responsables des émissions des gaz à effet de serre que les plus pauvres, que ce soit à l’échelle des individus ou des pays. Mais, contrairement à ce qu’avance Pinçon-Charlot, ce n’est pas par une indifférence plus grande à la situation climatique. Si les moins riches émettent moins, c’est juste par incapacité à consommer autant que les plus riches et nullement en raison d’une conscience plus aiguë du réchauffement climatique. Surtout, à travers leur consommation, ces derniers ne mènent pas une guerre de classe contre les premiers. Ils consomment juste à la hauteur de leurs moyens.

Quant à l’idée que le réchauffement climatique serait vu comme un moyen d’éliminer les plus pauvres, elle relève de la pure fabulation, dans la mesure où non seulement aucune information précise ne vient la corroborer, mais, en plus, elle est contredite par le fait que le nombre de victimes des aléas climatiques n’a cessé de diminuer depuis un siècle, au fur et à mesure que les sociétés s’enrichissaient, grâce aux énergies fossiles, et pouvaient donc mieux protéger leurs citoyens. Ces bienfaits des énergies fossiles ne signifient pas pour autant que l’on peut se permettre de continuer à les consommer de manière inconsidérée. Il faut savoir être raisonnable. Mais ils rappellent l’absurdité d’une croisade contre un enrichissement fondé sur les énergies fossiles, dans la mesure où, à ce jour, il a sauvé plus de vies qu’il n’en a détruites.

Des riches qui détruiraient le vivant !

Sur sa lancée, Pinçon-Charlot accuse aussi les plus riches de s’en prendre au vivant : « Cette oligarchie, aujourd’hui mondialisée, met à mal toutes les formes du vivant » (p. 12). Nous vivrions dans un monde où le vivant serait même en train de mourir ; qui plus est, ce serait une mort planifiée en cachette : « La mort du vivant est donc devenue notre pain quotidien. L’invisibilité d’une telle monstruosité est organisée à partir du secret, mais aussi de la diversité institutionnelle des intervenants afin d’ajouter des couches d’opacité pour que le quidam n’y comprenne rien et pire que ça, se sente analphabète, nul et incompétent devant la puissance des puissants ! » (p. 54). Aussi Pinçon-Charlot avance-t-elle que le « capitalisme est devenu incompatible avec le futur pour tous sur la planète » (p. 108).

A lire aussi: Marcel Gauchet : « L’Europe est l’idiot du village global » 

Or cette idée que les riches, ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs, s’en prennent au vivant est absurde. Littéralement, elle signifierait qu’ils sont suicidaires ! Mais, même l’idée qu’ils seraient simplement responsables de la destruction de nombreuses formes vivantes ne tient pas la route. De fait, la plus grande cause de la baisse de la biodiversité est l’expansion des terres agricoles et l’étalement urbain. Or ce processus n’a rien à voir avec le mode de vie des riches. Il résulte tout simplement du développement d’une forme de vie particulière, à savoir l’humanité, permis – comme on l’a déjà dit – par le capitalisme et le recours aux énergies fossiles.

En tout cas, toute à sa haine des riches et, par association, de tout ce qui relève de l’industrie, Pinçon-Charlot s’en prend aussi aux pesticides et à l’agriculture industrielle (p. 12), et même aux OGM, qui « sous couvert de technologies modernes et de promesses d’un avenir radieux pour tous, [sont] aux mains d’“experts” au service des actionnaires de ces entreprises qui mettent en danger les humains et la nature avec des effets indirects sur le dérèglement climatique, puisque tout se tient et s’enchevêtre ! » (p. 48). Or ce fourre-tout accusatoire n’a, encore une fois, aucun sens.

Il est bien sûr légitime de s’inquiéter d’un trop grand usage de pesticides et de se méfier de promesses exagérées quant à la productivité agricole. Mais comment peut-on oublier que c’est la révolution verte au XXe siècle, fondée sur l’usage des pesticides, des engrais de synthèse et la sélection génétique, qui a permis de nourrir comme jamais auparavant la population humaine ? Si cette agriculture industrielle a, sans conteste, permis à certains investisseurs de s’enrichir, elle a surtout permis aux plus pauvres de ce monde de ne plus mourir de faim et, donc, à la population humaine de croître. Voir dans le développement de l’agrochimie un complot des riches contre les pauvres est donc absurde.

Enfin, après toutes ces accusations, on aurait pu penser que Pinçon-Charlot fasse l’effort d’offrir au moins une proposition concrète pour améliorer la situation du monde. Ce n’est pas le cas. Elle se contente de fustiger le « capitalisme vert » qui, selon elle, permet « aux dominants d’engranger toujours plus de dividendes au détriment de la vie sur Terre » (p. 35) et d’accuser « le développement durable » et « la neutralité carbone » d’être des « oxymores » (p. 137). Ce manque de proposition s’explique très probablement par l’idée que, si tous les problèmes viennent des riches, il suffit de leur faire la peau pour que tout aille bien dans ce monde. Inutile de dire que c’est le degré zéro de la réflexion politique.

Si l’emprise de la grille de lecture en termes de lutte des classes explique donc les dérives de Pinçon-Charlot, il reste toutefois à comprendre comment le CNRS, censé être le pinacle de la recherche française, a pu pendant des décennies laisser se développer, en son sein, ce genre de construction intellectuelle vide et potentiellement dangereuse. Mais cela est une autre histoire…

200 pages.

La boîte du bouquiniste

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


On écrit sur Paris avec ses jambes autant qu’avec sa plume. L’écrivain de Paris est un marcheur, un arpenteur de rues, de buttes, de plaines et de boulevards ; un fouineur de caves et de mansardes ; un client de bistrots et de restos ; un chat de salon et un rat de bibliothèque… car un écrivain de Paris est aussi un lecteur. Il sait qu’à force de tourner en rond dans cette ville depuis mille ans, les auteurs qui le précèdent y ont rédigé les plus belles pages, qu’en sortant de chez soi on ne peut que mettre ses pas dans ceux d’autrui et emprunter les mots des autres – parfois sans le savoir. Cet enrichissement successif, ce millefeuille de phrases et d’impressions, cette accumulation de choses vues qui se refile de génération en génération explique peut-être l’éternelle réinvention de cette littérature parisienne. Et il arrive qu’un miracle advienne.

Trajets parisiens, de Jean Plumyène (1932-1986), est un bijou sans préciosités, une démonstration d’élégance sans maniérisme. Le ton est juste, le regard est franc, les mots sont simples : Plumyène est au sommet de son art. Que cherche-t-il ? Reconstituer la géographie parisienne de quelques auteurs, retracer leurs déambulations citadines, leurs habitudes, leurs promenades, leurs appartements et leurs déménagements. « C’est un sujet de rêverie, en attendant de devenir un objet de science, que les migrations, d’un quartier à l’autre de la capitale, de ses artistes et de ses écrivains. » En six chapitres, on découvre donc à ses côtés « les Goncourt dans leur paysage », le « trajet de Léautaud », les « domiciles de Fargue », le « Paris surréel » de Breton, l’« Aragon parisien » et le « Paris-centre » de quelques autres, Céline, notamment. Pourquoi eux ? Parce que « tous les écrivains sont parisiens, mais certains le sont plus que d’autres ».

Il observe la façade de l’immeuble de l’un, les commerces de la rue d’un autre, gravit les escaliers qui mènent à la porte d’un troisième… Jean Plumyène consigne ses pérégrinations au début des années 1980, quand il était encore possible d’avoir sous les yeux les vestiges vivants du Paris du xixe siècle et des années 1930. Il se fait ouvrir la chambre de bonne de Léautaud, retrouve le dernier appartement de Fargue, s’attable au Cyrano, le QG des surréalistes à Pigalle, qu’il voit cependant, plus tard, dépecé de son décor historique pour devenir un fast-food. Mais Plumyène estime que « rien de parisien ne disparaît jamais vraiment. Les grandes villes, il faut le savoir, ont meilleure mémoire que les campagnes, par nature plus exposées qu’elles, toujours à la merci des grandes invasions, des végétations destructrices ». Il n’a pas complètement tort, mais aujourd’hui, le Paris préservé se cache derrière des digicodes et l’acharnement de quelques édiles à ratiboiser ce qui dépasse du passé annonce la disparition des ultimes survivances de ce Paris du quotidien des siècles anciens. Nul doute que la promenade, qu’il compare à la conversation (« le causeur change de sujet, le promeneur de trottoir »), sera toujours possible à l’avenir. Reste à savoir quel sera l’avenir du piéton de Paris condamné à arpenter des « rues piétonnes ».

Trajets parisiens, Jean Plumyène, Julliard, 1984.

Trajets parisiens

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Capitale

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Une petite musique de nuit antisémite

Tollé en Belgique, où un chef d’orchestre israélien a été interdit au festival des Flandres de Gand, les organisateurs lui reprochant de ne pas avoir «suffisamment clarifié» sa position sur la guerre dans son pays. Une «honteuse petite musique de nuit antisémite», déplore l’essayiste Daniel Salvatore Schiffer, auteur de Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation ; Un combat pour la paix (à paraître aux Éditions Intervalles). Le Premier ministre belge Bart De Wever s’est rendu en Allemagne samedi pour assister à un concert du chef d’orchestre et le soutenir. Le ministre de la Culture allemand a dénoncé de son côté de l’ «antisémitisme pur et simple» dans la décision du festival belge.


C’est dans la soirée de ce jeudi 18 septembre 2025 que le chef d’orchestre juif Lahav Shani, directeur musical de l’Orchestre Philarmonique d’Israël, devait diriger, lors du Festival des Flandres de Gand, ville du nord de la Belgique, le Münchner Philarmoniker. Mais voilà : ce grand chef d’orchestre, dont le talent artistique est mondialement reconnu, notamment pour ses remarquables interprétations des somptueuses symphonies de Gustave Mahler, vient d’y être subitement interdit, toute honte bue, par les organisateurs de cet événement, eux-mêmes soutenus en cela par la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (issue des rangs très endoctrinés de la gauche socialiste), au fallacieux et malhonnête prétexte, ont-ils cependant argué de manière aussi lacunaire qu’affligeante, qu’ils ne pouvaient pas « fournir suffisamment de précisions quant à sa position par rapport au régime génocidaire de Tel Aviv » au sein de l’actuel et cruel conflit israélo-palestinien !

Des maîtres penseurs devenus maîtres censeurs

Ainsi, peu importe, pour ces maîtres censeurs bien plus que maîtres penseurs, que ce même et excellent Lahav Shani, courageux et admirable homme de paix, de tolérance et de fraternité, se soit toujours exprimé, sans la moindre ambiguïté à cet historique mais douloureux sujet, pour une définitive réconciliation entre les peuples juif et palestinien, et même, plus concrètement encore, en faveur d’une équitable solution à deux Etats, comme le prône à juste titre le plus officiel langage politico-diplomatique. Davantage : peu importe également que les Juifs d’Israël aient été les innocentes victimes, le 7 octobre 2023, du plus abominable, depuis la Shoah, des pogroms, perpétré, dans une violence inouïe, par les terroristes islamistes, barbares sans foi ni loi, du Hamas !  

L’antisionisme, autre et nouveau nom de l’antisémitisme?

Car, pour ces idéologues patentés du Festival de Gand, qui, aveuglés par leur subjectif et seul parti-pris, semblent ainsi ignorer tout du sacro-saint universalisme musical, et dont on peut dès lors légitimement soupçonner que leur antisionisme caractérisé ne fait en réalité que dissimuler là un antisémitisme latent, sinon encore ouvertement déclaré, il suffit donc aujourd’hui, comble d’un racisme qui s’ignore ou ne dit pas son nom, d’être Israélien, et juif dans le cas présent, pour se voir immédiatement exclu, sans autre forme de procès, de la manière la plus lâche ou hypocrite qui soit, d’un événement culturel ou artistique, aussi prestigieux fût-il !

L’antisémitisme: une « insulte au bon sens », selon la philosophe Hannah Arendt

Pis : c’est là, comme l’écrivit naguère la très pertinente Hannah Arendt dans le deuxième volet, intitulé « Sur l’antisémitisme », de ses magistrales Origines du totalitarisme, une « insulte au bon sens », contraire, comme telle, à toute forme de rationalité, sinon de simple mais louable humanité !

Quand l’esprit des Lumières s’éteint dans le ciel de l’Europe

Autant dire que c’est, en Belgique comme ailleurs en Europe, l’esprit même des Lumières, celui qui éclaira jadis, au faîte de l’intelligence critique, les précieux enseignements philosophico-éthiques d’un Voltaire, d’un Montesquieu ou d’un Diderot, et plus généralement des Encyclopédistes, qui, en cet odieux et nouvel obscurantisme de matrice politico-idéologique, sombre désespérément, tel le plus funeste des symptômes de nos démocraties prétendument modernes, mais surtout, par cet antisémitisme de plus en plus désinhibé, dangereusement malades !

A lire ensuite: Le Hamas, vaincu sur le terrain, triomphant dans les esprits

Une honteuse petite musique de nuit antisémite

Car, oui, ce que révèle en fait, et de la façon la plus déshonorante qui soit, cette indigne décision des instances dirigeantes et ministérielles du Festival de Gand, en s’échinant à éteindre ainsi les lumineuses notes du brillant Lahav Shani,  c’est, paraphrasant ici le beau titre d’une célèbre partition de l’immense Mozart, « une petite musique de nuit antisémite ».

Honte en effet, pour cette innommable infamie, à ce Festival des Flandres, lequel, de surcroît, éclabousse hélas ainsi lamentablement, aux yeux ébahis du monde culturel, civilisé et démocratique, la réputation artistique de toute la Belgique, laquelle, par ses récentes mais notoires défaillances en matière de combat contre l’antisémitisme, n’avait certes pas besoin de cela, à moins qu’elle ne veuille décidément, après la tout aussi avilissante promotion ces jours derniers de la très controversée Rima Hassan au sein de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’Université Libre de Bruxelles, aggraver son triste et malheureux cas !

Se réveiller au plus vite du cauchemar !

Conclusion de cette déplorable histoire ? Il est grand temps, y compris pour son propre bien s’il ne veut pas se voir définitivement entaché par les nauséabondes souillures de l’antisémitisme le plus abject, que le Royaume de Belgique, autrefois bienveillante et généreuse terre d’accueil pour des millions d’immigrés, mais devenue aujourd’hui le grand corps malade de l’Europe, sinon de l’Occident, se réveille impérativement, pour employer ici une terminologie propre à l’éthique kantienne, de ce très toxique, aussi nocif socialement qu’inacceptable moralement, cauchemar, qu’il soit anti-juif ou anti-israélien.

Une imprescriptible question de valeurs: l’humanisme en sa plus universelle, haute et noble expression

C’est là aussi et peut-être surtout, par-delà même l’urgente et plus spécifique problématique de l’antisémitisme au cœur meurtri de la conscience contemporaine, une imprescriptible question, cruciale entre toutes, de valeurs, et des plus estimables puisqu’elles ont authentiquement trait, plus en profondeur encore, à l’humanisme en sa plus universelle, haute et noble liberté d’expression !  

Pour ou contre les juifs ?

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Quand l’antisionisme est tendance, l’antisémitisme devient banal, observe notre directrice de la rédaction. Sur les réseaux sociaux, des étudiants de la Sorbonne ont diffusé un sondage antisémite. Plusieurs élèves, identifiés comme juifs par leur patronyme, ont ensuite été exclus des discussions. L’université a réagi en signalant les faits à la justice mardi.


Une nouvelle affaire d’antisémitisme éclate à la Sorbonne. Elle est révélée par l’Union des Étudiants Juifs de France. Cela se passe sur une boucle WhatsApp (ou Telegram) rassemblant 200 étudiants de première année d’économie.

En août, l’un d’eux imagine ce délicieux sondage : pour ou contre les juifs ? (On ne connaît pas les réponses, ni les conséquences que ceux qui ont voté “contre” ont tirées de leur vote). Puis, plus récemment, six étudiants sont exclus de cette conversation où il est question de « tej » (=jeter) les sionistes. Sauf que sioniste, ça ne se voit pas au nom. Ils ont donc évidemment été exclus parce qu’ils ont des noms juifs.

Pas d’amalgame !

Philippe Baptiste. DR.

La présidence de l’université condamne fermement. Quant au ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, qui pense que l’islamo-gauchisme n’existe pas, il promet la tolérance zéro. Du côté de l’Élysée, silence radio. On est rassurés…

Le problème de cette affaire, c’est que ce n’est plus un cas isolé. Nous en sommes à un incident par jour (un boycott ou une exclusion, parfois une agression, au point que beaucoup de juifs se demandent s’ils ont encore leur place en France). Récemment, des universitaires boycottaient un colloque sur l’histoire des juifs au Moyen-âge. Dimanche, le socialiste Olivier Faure twittait que célébrer le Nouvel An juif et pas l’An I de la Palestine, c’était semer la mort.

À lire ensuite, Cyril Bennasar: Question juive à la piscine

Sur les campus, dans les cours de récré ou dans certaines rédactions, l’antisémitisme camouflé en antisionisme n’est pas seulement banal, il est tendance. Au point que des parents interdisent à leurs enfants de mentionner leurs origines.

Le courage de voir ce qui est sous nos yeux

Que faire ? Je ne connais aucune méthode pour extirper les mauvais affects de la tête des gens.

Mais, au moins, il est important de voir ce que l’on voit. On peut parfaitement critiquer Netanyahou et la guerre à Gaza, mais les mensonges répétés concernant le « génocide » et la « famine » font de tout Israélien un nazi et de tout juif un complice de ces nazis. Le drapeau palestinien, dont M. Faure veut pavoiser les mairies, est le cache-sexe de la haine anti-juive (les Palestiniens tués par des arabes, ce qui est souvent arrivé au cours de l’Histoire n’intéressent personne).

La responsabilité de la gauche est écrasante. Depuis 80 ans, elle brame « plus jamais ça » et hurle au nazisme dès que quelqu’un dîne avec un cousin de Le Pen, mais elle ne voit pas ce qui se passe actuellement. Et les Insoumis ne cessent d’allumer le feu pendant que les socialistes regardent ailleurs ou en rajoutent.

Certes, en France, le pouvoir ne clame pas son admiration pour les casseurs propalestiniens comme en Espagne et ne refuse pas d’aller à l’Eurovision si Israël y participe comme le gouvernement hollandais. Mais, en reconnaissant la Palestine alors qu’elle est encore dirigée par des terroristes, le président Macron donne un sacré coup de pouce aux antisémites et offre une sacrée victoire au Hamas. Ce n’est pas son intention ? Admettons. Quand je disais à mon père « je ne l’ai pas fait exprès », il me répondait : ce n’est pas une excuse mais une circonstance aggravante.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Sortis de l’auberge

Cauchemar en cuisine. Les Français ont déserté les restaurants cet été. La cause de ce désamour n’est pas seulement leurs additions salées. C’est aussi un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.


La restauration traditionnelle française, celle qui prépare amoureusement en cuisine le triptyque entrée-plat-fromage-ou-dessert a du souci à se faire. Concurrencée par des chaînes industrielles mieux à même de respecter les normes sanitaires tout en dégradant la qualité de nos assiettes, elle se fait également tailler des croupières par l’inexorable américanisation de l’Hexagone. McDo, KFC, bien sûr, mais aussi le « All you can eat » – le buffet à volonté – séduisent cette jeune et sympathique génération d’obèses qui peut continuer, sur place, à scroller sur TikTok tout en s’empiffrant ad libitum (oui, le trait est un peu forcé, mais c’est de leur faute).

Dégastronomisation de la France

Résultat, Thierry Marx, président de l’UMIH (syndicat moins marxiste qu’il n’y paraît), s’inquiète de la baisse de fréquentation des restaurants enregistrée cet été – 15 à 20 % de clients manquants sur les terrasses. Il s’alarme de ce qu’il nomme « la dégastronomisation de la France » – et sa maîtrise des arts martiaux nous impose la pudeur de ne pas avoir à l’interroger sur sa gamme « Feed », une espèce de Yop bio, promesse de faire un repas liquide en deux minutes. Le chef étoilé avance des explications pertinentes au peu d’appétit de nos compatriotes – les restaurateurs doivent intégrer au prix des menus l’envolée du coût des matières premières, des loyers, de l’énergie, tandis que la clientèle compte ses sous et redoute les hausses de la ponction fiscale promises par le budget Bayrou. À ce sujet, il serait sans doute judicieux de réserver aux artisans du « fait maison » les taux réduits de TVA dont bénéficie l’ensemble de la profession (McDo compris) – et qui coûtent près de 3 milliards à notre impécunieux État.

Malgré ce dispositif onéreux, les clients constatent depuis des années une folle envolée des additions glissées sur les nappes à carreaux (+12 % rien qu’en 2022 avec une inflation à seulement 5 %). Et la politique énergétique ubuesque que semble vouloir imposer le gouvernement n’arrangera rien – rappel : 300 milliards d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques pour produire une électricité dont nous n’avons (détail) absolument pas besoin. Ce coût de bambou idéologique a vocation à faire doubler la note d’électricité des Français en général et celle des restaurateurs en particulier, entrepreneurs condamnés à disparaître ou à rogner leurs faibles marges : seulement 8 à 10 %. Il leur reste donc 10 euros sur votre note à 100 euros, c’est assez mal payé l’heure de travail décalée. Tout concourt donc à saler plus que de raison l’addition que le serveur nous présente en fin de repas (et même si c’est à la fleur de sel de bambou coréen, ça passe de moins en moins crème).

Crise des vocations

Le SMIC hôtelier a en effet connu une revalorisation notable, car il faut désormais des rémunérations plus élevées pour tenter d’attirer une main-d’œuvre qui a, depuis le Covid, massivement déserté la salle, la cuisine, les sanitaires (côté sanitaires, il y aurait d’ailleurs à redire, mais c’est un autre sujet). Travailler lorsque les autres se reposent, « servir » dans un pays obsédé par l’égalité et constater la diminution drastique des pourliches à mesure que les règlements en cash disparaissent au profit du paiement sans contact (quelle horreur le contact !), tout cela ne facilite pas les vocations. Des pourboires qu’une administration schizophrène et avide de se refaire sur cette histoire de TVA souhaite ardemment fiscaliser, alors que c’est un des rares avantages de ces métiers. Propriétaire d’un restaurant en zone touristique, il vous restera à loger vos saisonniers dans une zone où le moindre garno – sans route à traverser pour aller aux toilettes – se loue à prix d’or sur Airbnb. Bon courage.

De plus, le développement des locations saisonnières incite les vacanciers à cuisiner chez eux. Plus globalement, les restaurateurs subissent plus que d’autres la digitalisation de nos vies. Ce ne sont plus les étoiles Michelin qu’une poignée guette, mais celles de Google ou Tripadvisor que tous redoutent. L’infernal trio Amazon, Netflix, Uber Eats fait aussi partie de l’équation dont le président de l’UMIH déplore le résultat. Car les prix et les autres éléments mis en avant par Thierry Marx n’expliquent que partiellement la désertion des auberges. Depuis 2020, les Français semblent avoir moins envie de flâner, de se fréquenter, non seulement parce que Netflix leur offre dans leur canapé (999 euros sur Amazon avec enceintes surround Bluetooth intégrées et nombreux voyants lumineux) ce que les salles de cinéma leur procuraient jadis – d’ailleurs, elles se vident aussi, tiens, tiens. Plus de resto avant ou après la séance ; plus de séance du tout ! Il est enfin sans doute interdit de penser (attention, discours de haine) qu’ils se méfient plus qu’avant de leurs rues et de leurs terrasses. L’autre apparaît comme dangereux depuis qu’il est potentiellement porteur d’un virus ou d’un couteau.

Résumons-nous : qui a envie d’un dîner à 75 euros par tête, cuisiné à 30 bornes, avec une voisine qui tousse et un voisin irascible – le tout bien sûr, à Crépol et même avec une sangria de bienvenue offerte ? On ne se ferait pas plutôt livrer dans notre Airbnb un hamburger tiède, par un serf à scooter exploité trois euros de l’heure ? On dînerait en dénonçant les conditions humiliantes des serveurs dans la restauration et le travail au noir (dans tous les sens du terme) dans les cuisines de nos tavernes.

La restauration se situe ainsi au confluent de plusieurs maux français : désocialisation, ubérisation, déculturation, crise immobilière, coût du travail élevé, mais faibles rémunérations nettes, excès de normes, fiscalisme désordonné, politique énergétique inflationniste. Résultat, il est possible de manger à Venise ou Lisbonne pour moins cher qu’à Châteauroux. Ce ne serait pas idiot de se demander pourquoi et de s’inspirer de la recette. Les Français ne casseront pas leur PEL pour payer des additions trop salées. J’oubliais, le sel de bambou coréen, c’est le plus cher du monde.

Pourquoi tant de haine?

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Avec Oui, en salles ce mercredi, le réalisateur israélien Nadav Lapid signe un nouveau réquisitoire contre son pays


Quelle rage masochiste anime Nadav Lapid ? Quatre ans après Le genou d’Ahed (l’affrontement  entre un réalisateur israélien et une fonctionnaire du ministère de la Culture, dans un hameau de l’État hébreu) nous revient l’«exilé » volontaire d’Israël, cinéaste désormais cinquantenaire, installé à Paris depuis 2022, plus remonté que jamais contre sa patrie d’origine. Déjà, en 2011, Le Policier, premier film remarquable et remarqué, d’une facture encore assez classique, peignait la rébellion improbable d’un jeune terroriste… israélien ; en 2019, Synonymes portraiturait un paumé en rupture de ban avec Israël, tentant à ses risques et périls de s’inventer une nouvelle vie en France… Avec Oui, Lapid poursuit dans une forme d’acidité triviale son véhément, infatigable règlement de compte, cette fois sous l’aspect totalement déstructuré d’une comédie trash plutôt cauchemardesque qui ne dure pas moins de deux heures et demie –  difficile à avaler.

Le scénario se décline en trois chapitres consécutivement intitulés « La belle vie », « Le chemin », et «La nuit ». A Tel Aviv, Y. (Ariel Bonz), pianiste compositeur de son état, en couple avec une danseuse de bordel, Jasmine (Efrat Dor), prostitués d’occasion l’un et l’autre tout en élevant leur nourrisson, se déchaîne jusqu’à l’orgie chez les ultra-riches. Suite à l’attaque du Hamas le 7 octobre, Y., cheveux désormais teints en blond platine, pense voir sa carrière décoller grâce à la commande qui lui est faite d’un hymne patriotique – réécriture confinant à l’abjection, d’une chanson fameuse de Haïm Gouri baptisée « La Fraternité ». Il a quitté Jasmine pour faire route avec son ancienne compagne, échappée qui le conduira, dans une séquence mémorable, devant l’horizon tonnant et fumant de Gaza sous les bombes.

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Exubérant, chaotique, outrancier, saturé de musiques envahissantes jusqu’à la nausée qui coiffent un dialogue inexistant (hormis une violente logorrhée contre le carnage de Gaza), Oui exprime, dans le paradoxe même de son titre, le consentement à la vilénie rampante dont Y., anti-héros veule et cynique, jouisseur antipathique adepte du léchage de bottes (au sens propre), voire du coït dans le tympan (hé oui !), incarne la logique obscène – projection en chair et en os, dans l’esprit du cinéaste, des mœurs délétères qu’il attribue au pays honni.

Par quel surcroît d’ironie scabreuse Nadav Lapid a-t-il confié le rôle pervers du « milliardaire » au grand acteur russe Alexey Serebryakov, dont on se souvient que dans Leviathan, le chef-d’œuvre d’Andrei Zviaguintsev, il incarnait ce pêcheur boréal dépouillé de sa maison ancestrale par un apparatchik mafieux, de connivence avec le clergé orthodoxe ?    


Oui. Film de Nadav Lapid. Avec Ariel Bonz, Efrat Dor, Naomi Preis, Alexey Serbryakov. France, Israël, Chypre, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 2h29.

Pourquoi «Downton Abbey» nous fascine tant?

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Un monde d’avant le monde…


Downton Abbey III : Le Grand Final, sorti le 10 septembre, est le dernier volet de cette saga britannique qui a passionné le monde entier. C’est le troisième film, et probablement l’ultime. Il s’agit d’un chef-d’œuvre que j’oserais qualifier d’absolu tant mon esprit critique généralement prompt à s’exercer est resté sans la moindre réaction négative face à ce spectacle dont je craignais pourtant qu’il ne fût pas à la hauteur des deux précédents.

Une réussite

C’est, en effet, une merveille d’intelligence, de finesse et de délicatesse. Une conclusion parfaitement à la hauteur de cette remarquable réussite, tant à la télévision qu’au cinéma, avec ce sentiment de tendre et réjouissante familiarité qui nous conduit à suivre le destin de plusieurs personnages et à nouer une relation presque fidèle avec les acteurs qui les incarnent. J’ai ressenti ce film comme un régal, une œuvre qui nous purifie des grossièretés parfois surabondantes du cinéma français – trop souvent marqué par une pauvreté d’invention – et plus largement des vulgarités ordinaires, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles ou autres.

Non que Downton Abbey soit dépourvu, grâce à l’imagination profuse et variée de Julian Fellowes, de tout ce que la modernité peut charrier de tromperies, d’infidélités ou de trahisons, quels que soient les milieux. Mais sa représentation évite tout ce qui, ailleurs, deviendrait insupportable : la lourdeur, l’insistance, l’exhibition constante de nudités qui satisfont moins l’intérêt que le simple voyeurisme. Comme l’a écrit Marcel Proust, ce n’est pas la matière qui fait la différence, mais le regard que l’on porte sur elle.

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Je voulais justement m’interroger sur les raisons de l’exceptionnelle attraction qu’a suscitée chez beaucoup Downton Abbey, ce monde d’avant le monde que nous connaissons, dans sa crudité comme dans ses rares grandeurs.

D’où vient cette fascination qui existe même chez les esprits les plus républicains ? Il s’agit bien plus que de la nostalgie, puisque la plupart des admirateurs n’ont jamais connu cet univers singulier, fait de politesse, de hiérarchie courtoise et de privilèges acceptés sans la moindre révolte. Au contraire, la parfaite cohabitation de deux mondes, chacun satisfait du rôle qui lui revenait, s’accordant harmonieusement avec l’autre. Sans que la dépendance et le service que l’un assumait avec un dévouement consenti et libre ne portent atteinte à l’atmosphère générale inspirée et dirigée par l’autre.

Étrange concorde

C’est sans doute ce sentiment, pour chacun – société comme individus – d’être à sa place, qui, dans ce microcosme à la fois somptuaire et raffiné, suscite cette étrange concorde : nul mépris d’un côté, nulle servilité de l’autre, mais un ordre social légitimé par l’assurance qu’aucune mauvaise surprise ne surviendrait ni d’un côté ni de l’autre. Une harmonie où la spontanéité n’est pas étouffée par les rites, où les tensions venues de l’extérieur se brisent sur le bloc d’une inaltérable conscience de durée et d’éternité.

Dans la société, tout bouge, on peut continuer à croire à la lutte des classes, aux affrontements, la révolte n’est pas morte, on peut même détester ce paradis lointain des riches, des privilégiés et être cependant fasciné par lui. Car c’est un monde à part, protégé, avec ses règles, ses principes, son harmonie, ses récompenses, sa familiarité discrète, ses connexions douces et gratifiantes entre ceux qui servent et ceux qui sont servis, une halte dans la fureur, une oasis contre la contestation, un ordre qui ne brime pas. Downton Abbey comme un royaume sûr et bienheureux.

2h04

Redford, la classe américaine

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La plus belle gueule d’amour d’Hollywood s’est éteinte à l’âge de 89 ans. Acteur bien sous tous rapports, image glabre d’une Amérique tentatrice, homme de tous les combats « justes », écologiste sincère, promoteur d’un cinéma indépendant, il avait toutes les qualités progressistes de son époque. Il n’en demeurait pas moins une icône au charisme ravageur…


Robert Redford avait tout pour nous agacer, nous humilier. Il cumulait. Il exagérait même. Quel salaud ! Ce beau mec de Santa Monica était béni des dieux, un visage à fendre les ménages les plus solides et le calme d’un technocrate bruxellois vous exposant la règle des 3%. Une retenue olympienne. Presque suspecte. La voix suggestive. Le verbe rare. Aucune modulation disgracieuse. Et le cheveu plus que soyeux, une texture inhumaine ; la mèche à la fois aérienne et consistante, le volume et la légèreté. Apollinien serait le terme exact. Et vous avez vu ses reflets dorés d’une blondeur assassine ? Marylin était battue. Les horreurs du monde coulaient sur la peau lustrée de Redford. Il était l’élu parmi les élus. Voilà tout. Reconnaissons son emprise ! Ne mégottons pas sur son pouvoir de séduction. Il était infini. Nous y avons succombé avec volupté et délice. Les excités du Nouvel Hollywood, les énergumènes, névrosés, cabossés, violentés, souillons, les Dustin, Woody, Al Pacino, De Niro et compagnie qui voulaient casser les codes dans les années 1970, faire dérailler l’establishment, secouer cette apathique Amérique, n’ont pas réussi à le déloger. Car Redford était ce classique qui vieillissait si bien, au-delà des modes, au-delà des présidents. Il n’était pas le plus musclé, le plus révolté, le plus possédé par son art, il était LA star. Le mètre-étalon. Notre bonne conscience. Robert était du côté des gentils et des opprimés. Il ne se vautrait pas dans les combats inutiles. Pour les autres, les suiveurs et les jaloux, les écorchés et les paranos, quelle cruelle injustice ! On se trémousse, on se déshabille, on profère des paroles disruptives, on tente d’exister maladroitement sur l’écran et, à la fin, c’est Robert qui emporte la mise. Banco ! Notre imaginaire lui appartient.

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Chez d’autres acteurs, cette image trop brossée à la pâleur d’un dentifrice aurait pu être fatale sur une longue carrière. Chez lui, il y a bien sûr le talent, la vista, la classe naturelle, l’intelligence des rôles, des partenaires à sa hauteur, mais surtout la marque d’une qualité « Made in USA » qui ne s’est pas démentie au fil des années. On revient toujours à l’original. Ce type-là était déjà une star avant d’en avoir pleinement conscience. Il devait bien se douter que sa gueule brûlait la rétine de ses petits camarades. Tous sexes confondus, il coupait le souffle. Un mec de ce calibre dans un lycée de province foutait votre année scolaire en l’air. Il matait toute concurrence. Les filles, le proviseur, les profs, le personnel administratif, les cantinières et les jardiniers, tous succombèrent. On était captif de cette onde californienne. Pour des petits Berrichons, c’était les US en intraveineuse: Venice Beach, une Corvette Stingray split window, un flight jacket et Robert en nonce apostolique. Croiser une telle beauté, du même genre que celle de Paul Newman, fut un choc visuel et émotionnel. Aujourd’hui, mémoriel. On pourra dire que l’on a rencontré ce phénomène de notre vivant, qu’on l’a vu à la séance du mercredi à 14h00 en majesté. C’était peut-être pour vous rien que du cinéma, du chiqué, du grossissant, moi je crois que c’était une forme de vie augmentée. Le cinéma ne peut agir durablement sur notre psychisme que s’il est véhiculé par des géants comme Redford. Nous avons cru en lui. Meryl et Barbra aussi, qu’elles viennent nous dire dans les yeux que la présence de Robert n’était pas sismique. Je lui faisais entièrement confiance. J’ai suivi à la lettre ses préceptes. Quand j’ai vu « Nos plus belles années », j’ai opté pour le trench-coat au col relevé à défaut d’être officier de marine. Après « Les Trois Jours du Condor », je n’ai pas quitté mon caban et mes lunettes d’aviateur pendant six mois. L’été fut chaud. « Out of Africa » coïncida avec une période trouble de mon existence, je portais un gilet près du corps, l’effet était désastreux et involontairement comique. « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » me réconcilia avec les chemises en jean. Une star, une vraie, produit cette transposition-là.

Monsieur Nostalgie

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De Londres à la Vendée, cette Europe qui dit «stop»

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La pétition lancée par Philippe de Villiers le 7 septembre dépasse le million de signataires. Une majorité silencieuse veut en finir avec l’immigration massive.


La pétition contre l’immigration lancée par Philippe de Villiers dépasse désormais le million de signatures. Le texte réclame un référendum sur la question et parle d’urgence vitale. « L’immigration est la question qui commande toutes les autres. Nous sommes en train de changer de peuplement. Nous sommes en train de changer d’art de vivre. Nous sommes en train de changer de civilisation. Si nous ne faisons rien, c’est la fin de la France » peut-on lire. Juristes et macronistes comme Yaël Braun-Pivet brandissent la Constitution. En effet, il faudrait la réviser ou la torturer pour organiser une telle consultation.

Médias et État de droit contre le vicomte

Les médias progressistes, qui suivaient la pétition contre la loi Duplomb comme le lait sur le feu, n’en ont parlé qu’hier, quand Laurent Wauquiez a annoncé à son tour l’avoir signée. Ils nous expliquent que faute de contrôle, le chiffre n’est pas fiable. 

Peu importent le chiffre exact et ces passionnantes questions constitutionnelles. Pour Villiers, qui reste sur le terrain politique, le référendum est le seul moyen de forcer la main du pouvoir exécutif et du Conseil constitutionnel. Ou alors, peut-être faudrait-il élire des gouvernants capables de défier ce fameux Conseil constitutionnel…

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Quel que soit le nombre réel des signataires, il y a une certitude : une majorité silencieuse (y compris de gauche) veut en finir avec l’immigration massive – un sujet qui échappe depuis des décennies à la délibération démocratique. Pas par racisme. Parce qu’elle ne veut pas devenir culturellement minoritaire chez elle. Elle ne veut pas voir son cher et vieux pays disparaître. C’est un refus de l’effacement, et aussi un refus de l’islamisation qui fait peur à beaucoup de gens.

Ce phénomène n’est pas seulement français. En effet, on observe un refus européen. C’est le même message qu’ont adressé samedi les 150000 Britanniques qui ont manifesté à Londres dans une marée d’Union Jacks. Un défilé pacifique. Et sans haine. Ceux qui veulent s’intégrer, s’assimiler et aussi travailler sont toujours les bienvenus.

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Nous vivons peut-être un point de bascule. Les peuples ne se laissent plus intimider. Ces majorités silencieuses exigent de pouvoir dire la vérité, par exemple que l’immigration incontrôlée a des conséquences en termes de délinquance ou de niveau scolaire. En Grande-Bretagne, des médias et des élus ont caché les viols en masse commis par des gangs pakistanais. Ça, c’est fini. Le camp du bien a perdu la main. Traiter les gens de racistes ne sert plus à rien.

Dans de nombreux pays d’Europe, comme le Danemark, la Suède ou l’Allemagne, les gouvernements, y compris parfois de gauche, ont adopté des politiques restrictives. Pour les autres, le choix est clair : soit ils entendent la colère des électeurs qui ne veulent pas de ces sociétés multiculturelles et multiconflictuelles, soit ils seront balayés. Espérons que ce sera par les urnes.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.

Araki: la loi du désir


Devenue si pudibonde, notre époque est-elle encore capable de se rafraîchir les méninges avec le cinéma faussement ingénu, si trash et décoiffant de Gregg Araki ? Non, ce n’est pas un caprice du bien nommé Capricci, distributeur exigeant, que de ressortir en version restaurée la trilogie culte du cinéaste nippo-américain aujourd’hui âgé de 65 ans, réalisée juste après The Living end, son premier long métrage, entre 1993 et 1997, sans beaucoup d’argent, et sans manifester encore tout à fait la pleine maîtrise de son outil de travail.

Va te faire fourrer ta grosse moule barbue 

Totally F***ed up, tourné en 16mm, mais alors vraiment avec les moyens du bord, met en scène une bande de teenagers de Los Angeles, hédonistes et désœuvrés, dans l’angoisse térébrante du Sida. Autant dire que nous voilà transportés dans ce moyen-âge antérieur au siècle du smartphone, des applis et des sites de rencontre. James Duval, promis à devenir l’acteur fétiche d’Araki, s’y découvre sous les traits du bel Andy, garçon de 18 ans au cœur d’artichaud, désespérément en quête de l’âme sœur, dans des idylles trompeuses qui le renvoient à sa solitude immature.

Prénommé cette fois Jordan, on retrouve James Duval en immortel éphèbe fleur bleue, dans le vortex de The Doom Generation (littéralement « la génération damnée ») dont le générique annonce plaisamment « un film hétérosexuel de Gregg Araki » : comédie gore parfaitement déjantée virant au cauchemar, d’une crudité sans borne, où l’argot se débonde dans des répliques qui, en 2025, franchirait difficilement la censure du wokisme (« va te faire fourrer ta grosse moule barbue »). L’on y rote, pisse, sans craindre même de baver sa semence en gros plan dans une main – et toujours dans le dos des parents bien sûr, instance modératrice astucieusement laissée hors champ… Provocations moins attentatoires qu’il n’y paraît à la décence, car toujours pétries d’une espèce de candeur, et mâtinées de cet humour potache qui sait mêler l’acidité la plus corrosive («- maman se shootait, elle a viré scientologiste ; mon père est mort. – sorry. – laisse tomber. C’était un vieux con alcoolique ») à une fantaisie presque enfantine, sur un fond de sensualité débridée dont le septième art n’est décidément plus accoutumé.

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Arrachement de piercing à la pince-crocodile

Outre l’apparition surprise de Chiara Mastroianni dans Nowhere, ultime volet luciférien du triptyque basé dans « la capitale du monde de l’isolement », à savoir L.A, l’on verra un séducteur bellâtre se transformer soudain en violeur enragé. Entre prises d’ecstasy et hypnose, rêve d’apocalypse et gang de drag queens, évangélistes et aliens, voire arrachement de piercing à la pince-crocodile, y étincelle encore le ravissant Duval. La poétique ouvertement gay d’Araki annonce ici la forme hallucinée qui s’épanouira dans les films de la maturité, en particulier à travers la captivante ambiguïté de Mysterious Skin (2004) puis dans le délirant Kaboom (2010), petit chef-d’œuvre de drôlerie survoltée où l’obsession extraterrestre se fait insistante. Pour l’heure, Nowhere a été remixé, remasterisé et agrémenté des scènes coupées lors de sa sortie aux États-Unis.

I Want Your Sex, le dernier opus de Gregg Araki, attend encore sa date de sortie sur les écrans français. En guise d’apéritif, goutez- moi un peu de ce Teenage Apocalypse, vous m’en direz des nouvelles. Et pour bientôt, en Blu-ray.          


Trilogie Teenage Apocalypse, de Gregg Araki.
Totally F***ed up. Etats-Unis, couleur, 1993 (restauration 2K). Durée : 1h19
The Doom Generation. Etats-Unis, France, couleur, 1995 (restauration 4K). Durée : 1h23
Nowhere. Etats-Unis, France, couleur, 1997 (restauration 4K). Durée : 1h24

En salles le 17 septembre.

En Blu-ray, édition Capricci, disponible à partir du 2 décembre 2025.

La dérive climato-gauchiste de Monique Pinçon-Charlot

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La sociologue française Monique Pinçon-Charlot © IBO/SIPA

Connue pour ses analyses critiques des grandes fortunes françaises, la sociologue Monique Pinçon-Charlot utilise désormais la situation climatique pour faire passer ses idées d’extrême gauche. Mais, à trop rendre responsables les riches de tous les maux de la Terre, elle sombre dans une vision complotiste et perd tout contact avec la réalité.


Les capitalistes voudraient exterminer plusieurs milliards de pauvres avec le réchauffement climatique ! C’est la thèse que défend la sociologue Monique Pinçon-Charlot. Par exemple, avec son mari Michel Pinçon, elle déclarait, dans le quotidien L’Humanité, en décembre 2019 : « Le dérèglement climatique dont les capitalistes, qui ont pillé les ressources naturelles pour s’enrichir, sont les seuls responsables, constitue leur ultime arme pour éliminer la partie la plus pauvre de l’humanité devenue inutile à l’heure des robots et de l’automatisation généralisée. »

Puis, quelques mois plus tard, elle récidivait en déclarant, dans le documentaire Hold-Up sur la pandémie de Covid-19, que « l’on est dans une guerre de classes que les plus riches mènent contre les pauvres de la planète et […], comme les nazis allemands l’ont fait pendant la Deuxième, il y a un holocauste qui va éliminer certainement la partie la plus pauvre de l’humanité, c’est-à-dire trois milliards cinq cents millions d’êtres humains, dont les riches n’ont plus besoin pour assurer leur survie ». Même si, par la suite, elle a dit regretter sa comparaison avec le régime nazi, elle n’est jamais revenue sur le fond de sa pensée. De quoi surprendre, pour une sociologue à la retraite, ancienne directrice de recherche au CNRS !

Des riches qui exploiteraient les pauvres !

Avant d’en arriver à ces prises de position détonantes, Monique Pinçon-Charlot s’était imposée, avec son mari Michel Pinçon, comme une figure de la sociologie des élites. Ensemble, ils ont consacré plusieurs décennies à explorer le monde de la grande bourgeoisie française : ses fortunes, ses stratégies de reproduction sociale, ses mariages endogamiques, ses quartiers préservés et ses clubs fermés. Dans des ouvrages devenus des classiques, tels que Dans les beaux quartiers (1989), Grandes fortunes (1996) ou Sociologie de la bourgeoisie (2000), ils ont tenté de montrer comment cette classe dominante, soudée et consciente de ses intérêts, cherchait à consolider son pouvoir au détriment des plus pauvres.

Mais, cette grille de lecture en termes de lutte des classes, déjà problématique au sein de la sphère sociale et économique, a fini par devenir la clé unique par laquelle Monique Pinçon-Charlot appréhende tous les problèmes du monde. C’est pourquoi, même quand elle aborde la question du climat, elle n’arrive pas à sortir de sa vision complotiste anti-riches, comme en témoigne son dernier ouvrage, Les riches contre la planète. Violence oligarchique et chaos climatique (2025).

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Déjà, dans ce livre, page après page, elle accuse de nouveau les riches et les capitalistes – sans que l’on sache à qui elle fait référence exactement – de vouloir exploiter le reste de la population. Elle estime ainsi que le « système capitaliste » permet aux premiers de « s’enrichir sans limite et oblige » les seconds « à se serrer toujours plus la ceinture ! » (p. 17). De même, elle estime que « les membres des dynasties familiales fortunées de la noblesse et de la grande bourgeoisie […] portent la responsabilité de nos difficultés à vivre dans la plénitude » (p. 15). Ou encore, elle accuse le capitalisme d’être « un ennemi commun à tous les peuples de la planète » (p. 71).

Mais confondant diatribe et analyse, jamais elle n’explique ce qu’elle entend par capitalisme. Puis, jamais elle ne reconnaît que les conditions de vie de l’humanité se sont considérablement améliorées depuis environ deux siècles, c’est-à-dire depuis l’avènement de ce que l’on a coutume d’appeler l’économie capitaliste. Aveuglée par sa haine des riches, elle oublie aussi de mentionner que cette amélioration est loin de n’avoir profité qu’à ces derniers. C’est dans toutes les couches de la société que la mortalité infantile a considérablement baissé et que l’alphabétisation, l’espérance de vie et le confort matériel ont fortement progressé. En outre, la proportion de gens très pauvres, loin d’avoir augmenté sous les coups de butoirs des classes dominantes, est celle qui s’est le plus réduite, notamment depuis la « mondialisation néolibérale » que Pinçon-Charlot honnit.

Des riches qui réchaufferaient la planète !

Poussée par sa vision manichéenne de la société, Pinçon-Charlot en vient alors à avancer que c’est « la classe dominante qui, depuis le sommet de l’État, continue à favoriser l’extraction des énergies fossiles, charbon, pétrole et gaz » (p. 10). Puis, au-delà des individus, elle soutient que c’est le « système capitaliste » qui porte la responsabilité du « chaos climatique » (p. 30). Elle va même jusqu’à considérer que « [l]’avenir de l’humanité est incompatible avec la logique du profit » (p. 70), c’est-à-dire, selon elle, avec le capitalisme. Aussi en vient-elle à déclarer que « le terme de capitalocène est le mot approprié pour désigner ce pillage généralisé de la planète, plus encore que celui d’anthropocène » (p. 12).

Cette accusation, même si Pinçon-Charlot n’est pas la première à la formuler, est – pour être charitable – étonnante, car il suffit de se tourner vers les régimes communistes du XXe siècle pour se rendre compte que les émissions de gaz à effet de serre et l’exploitation des ressources de la planète sont loin de caractériser uniquement les pays capitalistes. Quant à l’accusation que c’est la classe dominante qui est responsable du réchauffement climatique, elle oublie que c’est l’ensemble de la société qui profite du recours à des énergies fossiles, pour se chauffer, pour se déplacer, pour faire tourner ses machines, pour vivre mieux, etc. D’ailleurs, si demain un gouvernement décidait d’arrêter d’y recourir, le peuple descendrait très certainement dans la rue pour protester. Même augmenter les taxes sur ces énergies n’est pas facile à mettre en œuvre, comme l’épisode de gilets jaunes nous le rappelle.

Manifestation des gilets jaunes dans Paris, 8 décembre 2018. SIPA. 00887468_000005

Certes, en moyenne, les plus riches sont davantage responsables des émissions des gaz à effet de serre que les plus pauvres, que ce soit à l’échelle des individus ou des pays. Mais, contrairement à ce qu’avance Pinçon-Charlot, ce n’est pas par une indifférence plus grande à la situation climatique. Si les moins riches émettent moins, c’est juste par incapacité à consommer autant que les plus riches et nullement en raison d’une conscience plus aiguë du réchauffement climatique. Surtout, à travers leur consommation, ces derniers ne mènent pas une guerre de classe contre les premiers. Ils consomment juste à la hauteur de leurs moyens.

Quant à l’idée que le réchauffement climatique serait vu comme un moyen d’éliminer les plus pauvres, elle relève de la pure fabulation, dans la mesure où non seulement aucune information précise ne vient la corroborer, mais, en plus, elle est contredite par le fait que le nombre de victimes des aléas climatiques n’a cessé de diminuer depuis un siècle, au fur et à mesure que les sociétés s’enrichissaient, grâce aux énergies fossiles, et pouvaient donc mieux protéger leurs citoyens. Ces bienfaits des énergies fossiles ne signifient pas pour autant que l’on peut se permettre de continuer à les consommer de manière inconsidérée. Il faut savoir être raisonnable. Mais ils rappellent l’absurdité d’une croisade contre un enrichissement fondé sur les énergies fossiles, dans la mesure où, à ce jour, il a sauvé plus de vies qu’il n’en a détruites.

Des riches qui détruiraient le vivant !

Sur sa lancée, Pinçon-Charlot accuse aussi les plus riches de s’en prendre au vivant : « Cette oligarchie, aujourd’hui mondialisée, met à mal toutes les formes du vivant » (p. 12). Nous vivrions dans un monde où le vivant serait même en train de mourir ; qui plus est, ce serait une mort planifiée en cachette : « La mort du vivant est donc devenue notre pain quotidien. L’invisibilité d’une telle monstruosité est organisée à partir du secret, mais aussi de la diversité institutionnelle des intervenants afin d’ajouter des couches d’opacité pour que le quidam n’y comprenne rien et pire que ça, se sente analphabète, nul et incompétent devant la puissance des puissants ! » (p. 54). Aussi Pinçon-Charlot avance-t-elle que le « capitalisme est devenu incompatible avec le futur pour tous sur la planète » (p. 108).

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Or cette idée que les riches, ou qui que ce soit d’autre d’ailleurs, s’en prennent au vivant est absurde. Littéralement, elle signifierait qu’ils sont suicidaires ! Mais, même l’idée qu’ils seraient simplement responsables de la destruction de nombreuses formes vivantes ne tient pas la route. De fait, la plus grande cause de la baisse de la biodiversité est l’expansion des terres agricoles et l’étalement urbain. Or ce processus n’a rien à voir avec le mode de vie des riches. Il résulte tout simplement du développement d’une forme de vie particulière, à savoir l’humanité, permis – comme on l’a déjà dit – par le capitalisme et le recours aux énergies fossiles.

En tout cas, toute à sa haine des riches et, par association, de tout ce qui relève de l’industrie, Pinçon-Charlot s’en prend aussi aux pesticides et à l’agriculture industrielle (p. 12), et même aux OGM, qui « sous couvert de technologies modernes et de promesses d’un avenir radieux pour tous, [sont] aux mains d’“experts” au service des actionnaires de ces entreprises qui mettent en danger les humains et la nature avec des effets indirects sur le dérèglement climatique, puisque tout se tient et s’enchevêtre ! » (p. 48). Or ce fourre-tout accusatoire n’a, encore une fois, aucun sens.

Il est bien sûr légitime de s’inquiéter d’un trop grand usage de pesticides et de se méfier de promesses exagérées quant à la productivité agricole. Mais comment peut-on oublier que c’est la révolution verte au XXe siècle, fondée sur l’usage des pesticides, des engrais de synthèse et la sélection génétique, qui a permis de nourrir comme jamais auparavant la population humaine ? Si cette agriculture industrielle a, sans conteste, permis à certains investisseurs de s’enrichir, elle a surtout permis aux plus pauvres de ce monde de ne plus mourir de faim et, donc, à la population humaine de croître. Voir dans le développement de l’agrochimie un complot des riches contre les pauvres est donc absurde.

Enfin, après toutes ces accusations, on aurait pu penser que Pinçon-Charlot fasse l’effort d’offrir au moins une proposition concrète pour améliorer la situation du monde. Ce n’est pas le cas. Elle se contente de fustiger le « capitalisme vert » qui, selon elle, permet « aux dominants d’engranger toujours plus de dividendes au détriment de la vie sur Terre » (p. 35) et d’accuser « le développement durable » et « la neutralité carbone » d’être des « oxymores » (p. 137). Ce manque de proposition s’explique très probablement par l’idée que, si tous les problèmes viennent des riches, il suffit de leur faire la peau pour que tout aille bien dans ce monde. Inutile de dire que c’est le degré zéro de la réflexion politique.

Si l’emprise de la grille de lecture en termes de lutte des classes explique donc les dérives de Pinçon-Charlot, il reste toutefois à comprendre comment le CNRS, censé être le pinacle de la recherche française, a pu pendant des décennies laisser se développer, en son sein, ce genre de construction intellectuelle vide et potentiellement dangereuse. Mais cela est une autre histoire…

200 pages.

La boîte du bouquiniste

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D.R.

« Paris est la seule ville du monde où coule un fleuve encadré par deux rangées de livres », dixit Blaise Cendrars. Causeur peut y dénicher quelques pépites…


On écrit sur Paris avec ses jambes autant qu’avec sa plume. L’écrivain de Paris est un marcheur, un arpenteur de rues, de buttes, de plaines et de boulevards ; un fouineur de caves et de mansardes ; un client de bistrots et de restos ; un chat de salon et un rat de bibliothèque… car un écrivain de Paris est aussi un lecteur. Il sait qu’à force de tourner en rond dans cette ville depuis mille ans, les auteurs qui le précèdent y ont rédigé les plus belles pages, qu’en sortant de chez soi on ne peut que mettre ses pas dans ceux d’autrui et emprunter les mots des autres – parfois sans le savoir. Cet enrichissement successif, ce millefeuille de phrases et d’impressions, cette accumulation de choses vues qui se refile de génération en génération explique peut-être l’éternelle réinvention de cette littérature parisienne. Et il arrive qu’un miracle advienne.

Trajets parisiens, de Jean Plumyène (1932-1986), est un bijou sans préciosités, une démonstration d’élégance sans maniérisme. Le ton est juste, le regard est franc, les mots sont simples : Plumyène est au sommet de son art. Que cherche-t-il ? Reconstituer la géographie parisienne de quelques auteurs, retracer leurs déambulations citadines, leurs habitudes, leurs promenades, leurs appartements et leurs déménagements. « C’est un sujet de rêverie, en attendant de devenir un objet de science, que les migrations, d’un quartier à l’autre de la capitale, de ses artistes et de ses écrivains. » En six chapitres, on découvre donc à ses côtés « les Goncourt dans leur paysage », le « trajet de Léautaud », les « domiciles de Fargue », le « Paris surréel » de Breton, l’« Aragon parisien » et le « Paris-centre » de quelques autres, Céline, notamment. Pourquoi eux ? Parce que « tous les écrivains sont parisiens, mais certains le sont plus que d’autres ».

Il observe la façade de l’immeuble de l’un, les commerces de la rue d’un autre, gravit les escaliers qui mènent à la porte d’un troisième… Jean Plumyène consigne ses pérégrinations au début des années 1980, quand il était encore possible d’avoir sous les yeux les vestiges vivants du Paris du xixe siècle et des années 1930. Il se fait ouvrir la chambre de bonne de Léautaud, retrouve le dernier appartement de Fargue, s’attable au Cyrano, le QG des surréalistes à Pigalle, qu’il voit cependant, plus tard, dépecé de son décor historique pour devenir un fast-food. Mais Plumyène estime que « rien de parisien ne disparaît jamais vraiment. Les grandes villes, il faut le savoir, ont meilleure mémoire que les campagnes, par nature plus exposées qu’elles, toujours à la merci des grandes invasions, des végétations destructrices ». Il n’a pas complètement tort, mais aujourd’hui, le Paris préservé se cache derrière des digicodes et l’acharnement de quelques édiles à ratiboiser ce qui dépasse du passé annonce la disparition des ultimes survivances de ce Paris du quotidien des siècles anciens. Nul doute que la promenade, qu’il compare à la conversation (« le causeur change de sujet, le promeneur de trottoir »), sera toujours possible à l’avenir. Reste à savoir quel sera l’avenir du piéton de Paris condamné à arpenter des « rues piétonnes ».

Trajets parisiens, Jean Plumyène, Julliard, 1984.

Trajets parisiens

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Une petite musique de nuit antisémite

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L'Israélien Lahav Shani, futur chef d’orchestre principal de l’Orchestre philharmonique de Munich, reçu par le président allemand Frank-Walter Steinmeier à Berlin, 15 septembre 2025 © Bernd von Jutrczenka/DPA/SIPA

Tollé en Belgique, où un chef d’orchestre israélien a été interdit au festival des Flandres de Gand, les organisateurs lui reprochant de ne pas avoir «suffisamment clarifié» sa position sur la guerre dans son pays. Une «honteuse petite musique de nuit antisémite», déplore l’essayiste Daniel Salvatore Schiffer, auteur de Critique de la déraison antisémite – Un enjeu de civilisation ; Un combat pour la paix (à paraître aux Éditions Intervalles). Le Premier ministre belge Bart De Wever s’est rendu en Allemagne samedi pour assister à un concert du chef d’orchestre et le soutenir. Le ministre de la Culture allemand a dénoncé de son côté de l’ «antisémitisme pur et simple» dans la décision du festival belge.


C’est dans la soirée de ce jeudi 18 septembre 2025 que le chef d’orchestre juif Lahav Shani, directeur musical de l’Orchestre Philarmonique d’Israël, devait diriger, lors du Festival des Flandres de Gand, ville du nord de la Belgique, le Münchner Philarmoniker. Mais voilà : ce grand chef d’orchestre, dont le talent artistique est mondialement reconnu, notamment pour ses remarquables interprétations des somptueuses symphonies de Gustave Mahler, vient d’y être subitement interdit, toute honte bue, par les organisateurs de cet événement, eux-mêmes soutenus en cela par la ministre flamande de la Culture, Caroline Gennez (issue des rangs très endoctrinés de la gauche socialiste), au fallacieux et malhonnête prétexte, ont-ils cependant argué de manière aussi lacunaire qu’affligeante, qu’ils ne pouvaient pas « fournir suffisamment de précisions quant à sa position par rapport au régime génocidaire de Tel Aviv » au sein de l’actuel et cruel conflit israélo-palestinien !

Des maîtres penseurs devenus maîtres censeurs

Ainsi, peu importe, pour ces maîtres censeurs bien plus que maîtres penseurs, que ce même et excellent Lahav Shani, courageux et admirable homme de paix, de tolérance et de fraternité, se soit toujours exprimé, sans la moindre ambiguïté à cet historique mais douloureux sujet, pour une définitive réconciliation entre les peuples juif et palestinien, et même, plus concrètement encore, en faveur d’une équitable solution à deux Etats, comme le prône à juste titre le plus officiel langage politico-diplomatique. Davantage : peu importe également que les Juifs d’Israël aient été les innocentes victimes, le 7 octobre 2023, du plus abominable, depuis la Shoah, des pogroms, perpétré, dans une violence inouïe, par les terroristes islamistes, barbares sans foi ni loi, du Hamas !  

L’antisionisme, autre et nouveau nom de l’antisémitisme?

Car, pour ces idéologues patentés du Festival de Gand, qui, aveuglés par leur subjectif et seul parti-pris, semblent ainsi ignorer tout du sacro-saint universalisme musical, et dont on peut dès lors légitimement soupçonner que leur antisionisme caractérisé ne fait en réalité que dissimuler là un antisémitisme latent, sinon encore ouvertement déclaré, il suffit donc aujourd’hui, comble d’un racisme qui s’ignore ou ne dit pas son nom, d’être Israélien, et juif dans le cas présent, pour se voir immédiatement exclu, sans autre forme de procès, de la manière la plus lâche ou hypocrite qui soit, d’un événement culturel ou artistique, aussi prestigieux fût-il !

L’antisémitisme: une « insulte au bon sens », selon la philosophe Hannah Arendt

Pis : c’est là, comme l’écrivit naguère la très pertinente Hannah Arendt dans le deuxième volet, intitulé « Sur l’antisémitisme », de ses magistrales Origines du totalitarisme, une « insulte au bon sens », contraire, comme telle, à toute forme de rationalité, sinon de simple mais louable humanité !

Quand l’esprit des Lumières s’éteint dans le ciel de l’Europe

Autant dire que c’est, en Belgique comme ailleurs en Europe, l’esprit même des Lumières, celui qui éclaira jadis, au faîte de l’intelligence critique, les précieux enseignements philosophico-éthiques d’un Voltaire, d’un Montesquieu ou d’un Diderot, et plus généralement des Encyclopédistes, qui, en cet odieux et nouvel obscurantisme de matrice politico-idéologique, sombre désespérément, tel le plus funeste des symptômes de nos démocraties prétendument modernes, mais surtout, par cet antisémitisme de plus en plus désinhibé, dangereusement malades !

A lire ensuite: Le Hamas, vaincu sur le terrain, triomphant dans les esprits

Une honteuse petite musique de nuit antisémite

Car, oui, ce que révèle en fait, et de la façon la plus déshonorante qui soit, cette indigne décision des instances dirigeantes et ministérielles du Festival de Gand, en s’échinant à éteindre ainsi les lumineuses notes du brillant Lahav Shani,  c’est, paraphrasant ici le beau titre d’une célèbre partition de l’immense Mozart, « une petite musique de nuit antisémite ».

Honte en effet, pour cette innommable infamie, à ce Festival des Flandres, lequel, de surcroît, éclabousse hélas ainsi lamentablement, aux yeux ébahis du monde culturel, civilisé et démocratique, la réputation artistique de toute la Belgique, laquelle, par ses récentes mais notoires défaillances en matière de combat contre l’antisémitisme, n’avait certes pas besoin de cela, à moins qu’elle ne veuille décidément, après la tout aussi avilissante promotion ces jours derniers de la très controversée Rima Hassan au sein de la Faculté de Droit et de Criminologie de l’Université Libre de Bruxelles, aggraver son triste et malheureux cas !

Se réveiller au plus vite du cauchemar !

Conclusion de cette déplorable histoire ? Il est grand temps, y compris pour son propre bien s’il ne veut pas se voir définitivement entaché par les nauséabondes souillures de l’antisémitisme le plus abject, que le Royaume de Belgique, autrefois bienveillante et généreuse terre d’accueil pour des millions d’immigrés, mais devenue aujourd’hui le grand corps malade de l’Europe, sinon de l’Occident, se réveille impérativement, pour employer ici une terminologie propre à l’éthique kantienne, de ce très toxique, aussi nocif socialement qu’inacceptable moralement, cauchemar, qu’il soit anti-juif ou anti-israélien.

Une imprescriptible question de valeurs: l’humanisme en sa plus universelle, haute et noble expression

C’est là aussi et peut-être surtout, par-delà même l’urgente et plus spécifique problématique de l’antisémitisme au cœur meurtri de la conscience contemporaine, une imprescriptible question, cruciale entre toutes, de valeurs, et des plus estimables puisqu’elles ont authentiquement trait, plus en profondeur encore, à l’humanisme en sa plus universelle, haute et noble liberté d’expression !  

Pour ou contre les juifs ?

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La journaliste Elisabeth Lévy © Eric Fougère

Quand l’antisionisme est tendance, l’antisémitisme devient banal, observe notre directrice de la rédaction. Sur les réseaux sociaux, des étudiants de la Sorbonne ont diffusé un sondage antisémite. Plusieurs élèves, identifiés comme juifs par leur patronyme, ont ensuite été exclus des discussions. L’université a réagi en signalant les faits à la justice mardi.


Une nouvelle affaire d’antisémitisme éclate à la Sorbonne. Elle est révélée par l’Union des Étudiants Juifs de France. Cela se passe sur une boucle WhatsApp (ou Telegram) rassemblant 200 étudiants de première année d’économie.

En août, l’un d’eux imagine ce délicieux sondage : pour ou contre les juifs ? (On ne connaît pas les réponses, ni les conséquences que ceux qui ont voté “contre” ont tirées de leur vote). Puis, plus récemment, six étudiants sont exclus de cette conversation où il est question de « tej » (=jeter) les sionistes. Sauf que sioniste, ça ne se voit pas au nom. Ils ont donc évidemment été exclus parce qu’ils ont des noms juifs.

Pas d’amalgame !

Philippe Baptiste. DR.

La présidence de l’université condamne fermement. Quant au ministre de l’Enseignement supérieur, Philippe Baptiste, qui pense que l’islamo-gauchisme n’existe pas, il promet la tolérance zéro. Du côté de l’Élysée, silence radio. On est rassurés…

Le problème de cette affaire, c’est que ce n’est plus un cas isolé. Nous en sommes à un incident par jour (un boycott ou une exclusion, parfois une agression, au point que beaucoup de juifs se demandent s’ils ont encore leur place en France). Récemment, des universitaires boycottaient un colloque sur l’histoire des juifs au Moyen-âge. Dimanche, le socialiste Olivier Faure twittait que célébrer le Nouvel An juif et pas l’An I de la Palestine, c’était semer la mort.

À lire ensuite, Cyril Bennasar: Question juive à la piscine

Sur les campus, dans les cours de récré ou dans certaines rédactions, l’antisémitisme camouflé en antisionisme n’est pas seulement banal, il est tendance. Au point que des parents interdisent à leurs enfants de mentionner leurs origines.

Le courage de voir ce qui est sous nos yeux

Que faire ? Je ne connais aucune méthode pour extirper les mauvais affects de la tête des gens.

Mais, au moins, il est important de voir ce que l’on voit. On peut parfaitement critiquer Netanyahou et la guerre à Gaza, mais les mensonges répétés concernant le « génocide » et la « famine » font de tout Israélien un nazi et de tout juif un complice de ces nazis. Le drapeau palestinien, dont M. Faure veut pavoiser les mairies, est le cache-sexe de la haine anti-juive (les Palestiniens tués par des arabes, ce qui est souvent arrivé au cours de l’Histoire n’intéressent personne).

La responsabilité de la gauche est écrasante. Depuis 80 ans, elle brame « plus jamais ça » et hurle au nazisme dès que quelqu’un dîne avec un cousin de Le Pen, mais elle ne voit pas ce qui se passe actuellement. Et les Insoumis ne cessent d’allumer le feu pendant que les socialistes regardent ailleurs ou en rajoutent.

Certes, en France, le pouvoir ne clame pas son admiration pour les casseurs propalestiniens comme en Espagne et ne refuse pas d’aller à l’Eurovision si Israël y participe comme le gouvernement hollandais. Mais, en reconnaissant la Palestine alors qu’elle est encore dirigée par des terroristes, le président Macron donne un sacré coup de pouce aux antisémites et offre une sacrée victoire au Hamas. Ce n’est pas son intention ? Admettons. Quand je disais à mon père « je ne l’ai pas fait exprès », il me répondait : ce n’est pas une excuse mais une circonstance aggravante.


Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Sortis de l’auberge

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Bordeaux, 22 juillet 2025. Capture d’écran d’un reportage de TF1 sur la baisse de fréquentation des restaurants. Capture d’écran TF1

Cauchemar en cuisine. Les Français ont déserté les restaurants cet été. La cause de ce désamour n’est pas seulement leurs additions salées. C’est aussi un millefeuille de désocialisation, d’ubérisation, de déculturation et d’inflation, nappé d’un excès de normes et d’une fiscalité désordonnée.


La restauration traditionnelle française, celle qui prépare amoureusement en cuisine le triptyque entrée-plat-fromage-ou-dessert a du souci à se faire. Concurrencée par des chaînes industrielles mieux à même de respecter les normes sanitaires tout en dégradant la qualité de nos assiettes, elle se fait également tailler des croupières par l’inexorable américanisation de l’Hexagone. McDo, KFC, bien sûr, mais aussi le « All you can eat » – le buffet à volonté – séduisent cette jeune et sympathique génération d’obèses qui peut continuer, sur place, à scroller sur TikTok tout en s’empiffrant ad libitum (oui, le trait est un peu forcé, mais c’est de leur faute).

Dégastronomisation de la France

Résultat, Thierry Marx, président de l’UMIH (syndicat moins marxiste qu’il n’y paraît), s’inquiète de la baisse de fréquentation des restaurants enregistrée cet été – 15 à 20 % de clients manquants sur les terrasses. Il s’alarme de ce qu’il nomme « la dégastronomisation de la France » – et sa maîtrise des arts martiaux nous impose la pudeur de ne pas avoir à l’interroger sur sa gamme « Feed », une espèce de Yop bio, promesse de faire un repas liquide en deux minutes. Le chef étoilé avance des explications pertinentes au peu d’appétit de nos compatriotes – les restaurateurs doivent intégrer au prix des menus l’envolée du coût des matières premières, des loyers, de l’énergie, tandis que la clientèle compte ses sous et redoute les hausses de la ponction fiscale promises par le budget Bayrou. À ce sujet, il serait sans doute judicieux de réserver aux artisans du « fait maison » les taux réduits de TVA dont bénéficie l’ensemble de la profession (McDo compris) – et qui coûtent près de 3 milliards à notre impécunieux État.

Malgré ce dispositif onéreux, les clients constatent depuis des années une folle envolée des additions glissées sur les nappes à carreaux (+12 % rien qu’en 2022 avec une inflation à seulement 5 %). Et la politique énergétique ubuesque que semble vouloir imposer le gouvernement n’arrangera rien – rappel : 300 milliards d’éoliennes et de panneaux photovoltaïques pour produire une électricité dont nous n’avons (détail) absolument pas besoin. Ce coût de bambou idéologique a vocation à faire doubler la note d’électricité des Français en général et celle des restaurateurs en particulier, entrepreneurs condamnés à disparaître ou à rogner leurs faibles marges : seulement 8 à 10 %. Il leur reste donc 10 euros sur votre note à 100 euros, c’est assez mal payé l’heure de travail décalée. Tout concourt donc à saler plus que de raison l’addition que le serveur nous présente en fin de repas (et même si c’est à la fleur de sel de bambou coréen, ça passe de moins en moins crème).

Crise des vocations

Le SMIC hôtelier a en effet connu une revalorisation notable, car il faut désormais des rémunérations plus élevées pour tenter d’attirer une main-d’œuvre qui a, depuis le Covid, massivement déserté la salle, la cuisine, les sanitaires (côté sanitaires, il y aurait d’ailleurs à redire, mais c’est un autre sujet). Travailler lorsque les autres se reposent, « servir » dans un pays obsédé par l’égalité et constater la diminution drastique des pourliches à mesure que les règlements en cash disparaissent au profit du paiement sans contact (quelle horreur le contact !), tout cela ne facilite pas les vocations. Des pourboires qu’une administration schizophrène et avide de se refaire sur cette histoire de TVA souhaite ardemment fiscaliser, alors que c’est un des rares avantages de ces métiers. Propriétaire d’un restaurant en zone touristique, il vous restera à loger vos saisonniers dans une zone où le moindre garno – sans route à traverser pour aller aux toilettes – se loue à prix d’or sur Airbnb. Bon courage.

De plus, le développement des locations saisonnières incite les vacanciers à cuisiner chez eux. Plus globalement, les restaurateurs subissent plus que d’autres la digitalisation de nos vies. Ce ne sont plus les étoiles Michelin qu’une poignée guette, mais celles de Google ou Tripadvisor que tous redoutent. L’infernal trio Amazon, Netflix, Uber Eats fait aussi partie de l’équation dont le président de l’UMIH déplore le résultat. Car les prix et les autres éléments mis en avant par Thierry Marx n’expliquent que partiellement la désertion des auberges. Depuis 2020, les Français semblent avoir moins envie de flâner, de se fréquenter, non seulement parce que Netflix leur offre dans leur canapé (999 euros sur Amazon avec enceintes surround Bluetooth intégrées et nombreux voyants lumineux) ce que les salles de cinéma leur procuraient jadis – d’ailleurs, elles se vident aussi, tiens, tiens. Plus de resto avant ou après la séance ; plus de séance du tout ! Il est enfin sans doute interdit de penser (attention, discours de haine) qu’ils se méfient plus qu’avant de leurs rues et de leurs terrasses. L’autre apparaît comme dangereux depuis qu’il est potentiellement porteur d’un virus ou d’un couteau.

Résumons-nous : qui a envie d’un dîner à 75 euros par tête, cuisiné à 30 bornes, avec une voisine qui tousse et un voisin irascible – le tout bien sûr, à Crépol et même avec une sangria de bienvenue offerte ? On ne se ferait pas plutôt livrer dans notre Airbnb un hamburger tiède, par un serf à scooter exploité trois euros de l’heure ? On dînerait en dénonçant les conditions humiliantes des serveurs dans la restauration et le travail au noir (dans tous les sens du terme) dans les cuisines de nos tavernes.

La restauration se situe ainsi au confluent de plusieurs maux français : désocialisation, ubérisation, déculturation, crise immobilière, coût du travail élevé, mais faibles rémunérations nettes, excès de normes, fiscalisme désordonné, politique énergétique inflationniste. Résultat, il est possible de manger à Venise ou Lisbonne pour moins cher qu’à Châteauroux. Ce ne serait pas idiot de se demander pourquoi et de s’inspirer de la recette. Les Français ne casseront pas leur PEL pour payer des additions trop salées. J’oubliais, le sel de bambou coréen, c’est le plus cher du monde.

Pourquoi tant de haine?

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© Les films du Losange

Avec Oui, en salles ce mercredi, le réalisateur israélien Nadav Lapid signe un nouveau réquisitoire contre son pays


Quelle rage masochiste anime Nadav Lapid ? Quatre ans après Le genou d’Ahed (l’affrontement  entre un réalisateur israélien et une fonctionnaire du ministère de la Culture, dans un hameau de l’État hébreu) nous revient l’«exilé » volontaire d’Israël, cinéaste désormais cinquantenaire, installé à Paris depuis 2022, plus remonté que jamais contre sa patrie d’origine. Déjà, en 2011, Le Policier, premier film remarquable et remarqué, d’une facture encore assez classique, peignait la rébellion improbable d’un jeune terroriste… israélien ; en 2019, Synonymes portraiturait un paumé en rupture de ban avec Israël, tentant à ses risques et périls de s’inventer une nouvelle vie en France… Avec Oui, Lapid poursuit dans une forme d’acidité triviale son véhément, infatigable règlement de compte, cette fois sous l’aspect totalement déstructuré d’une comédie trash plutôt cauchemardesque qui ne dure pas moins de deux heures et demie –  difficile à avaler.

Le scénario se décline en trois chapitres consécutivement intitulés « La belle vie », « Le chemin », et «La nuit ». A Tel Aviv, Y. (Ariel Bonz), pianiste compositeur de son état, en couple avec une danseuse de bordel, Jasmine (Efrat Dor), prostitués d’occasion l’un et l’autre tout en élevant leur nourrisson, se déchaîne jusqu’à l’orgie chez les ultra-riches. Suite à l’attaque du Hamas le 7 octobre, Y., cheveux désormais teints en blond platine, pense voir sa carrière décoller grâce à la commande qui lui est faite d’un hymne patriotique – réécriture confinant à l’abjection, d’une chanson fameuse de Haïm Gouri baptisée « La Fraternité ». Il a quitté Jasmine pour faire route avec son ancienne compagne, échappée qui le conduira, dans une séquence mémorable, devant l’horizon tonnant et fumant de Gaza sous les bombes.

A lire aussi, du même auteur: Araki: la loi du désir

Exubérant, chaotique, outrancier, saturé de musiques envahissantes jusqu’à la nausée qui coiffent un dialogue inexistant (hormis une violente logorrhée contre le carnage de Gaza), Oui exprime, dans le paradoxe même de son titre, le consentement à la vilénie rampante dont Y., anti-héros veule et cynique, jouisseur antipathique adepte du léchage de bottes (au sens propre), voire du coït dans le tympan (hé oui !), incarne la logique obscène – projection en chair et en os, dans l’esprit du cinéaste, des mœurs délétères qu’il attribue au pays honni.

Par quel surcroît d’ironie scabreuse Nadav Lapid a-t-il confié le rôle pervers du « milliardaire » au grand acteur russe Alexey Serebryakov, dont on se souvient que dans Leviathan, le chef-d’œuvre d’Andrei Zviaguintsev, il incarnait ce pêcheur boréal dépouillé de sa maison ancestrale par un apparatchik mafieux, de connivence avec le clergé orthodoxe ?    


Oui. Film de Nadav Lapid. Avec Ariel Bonz, Efrat Dor, Naomi Preis, Alexey Serbryakov. France, Israël, Chypre, Allemagne, couleur, 2025. Durée : 2h29.

Pourquoi «Downton Abbey» nous fascine tant?

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"Downton Abbey III : Le Grand Final" de Simon Curtis (2025) © Rory Mulvey / Universal Pictures France

Un monde d’avant le monde…


Downton Abbey III : Le Grand Final, sorti le 10 septembre, est le dernier volet de cette saga britannique qui a passionné le monde entier. C’est le troisième film, et probablement l’ultime. Il s’agit d’un chef-d’œuvre que j’oserais qualifier d’absolu tant mon esprit critique généralement prompt à s’exercer est resté sans la moindre réaction négative face à ce spectacle dont je craignais pourtant qu’il ne fût pas à la hauteur des deux précédents.

Une réussite

C’est, en effet, une merveille d’intelligence, de finesse et de délicatesse. Une conclusion parfaitement à la hauteur de cette remarquable réussite, tant à la télévision qu’au cinéma, avec ce sentiment de tendre et réjouissante familiarité qui nous conduit à suivre le destin de plusieurs personnages et à nouer une relation presque fidèle avec les acteurs qui les incarnent. J’ai ressenti ce film comme un régal, une œuvre qui nous purifie des grossièretés parfois surabondantes du cinéma français – trop souvent marqué par une pauvreté d’invention – et plus largement des vulgarités ordinaires, qu’elles soient politiques, sociales, culturelles ou autres.

Non que Downton Abbey soit dépourvu, grâce à l’imagination profuse et variée de Julian Fellowes, de tout ce que la modernité peut charrier de tromperies, d’infidélités ou de trahisons, quels que soient les milieux. Mais sa représentation évite tout ce qui, ailleurs, deviendrait insupportable : la lourdeur, l’insistance, l’exhibition constante de nudités qui satisfont moins l’intérêt que le simple voyeurisme. Comme l’a écrit Marcel Proust, ce n’est pas la matière qui fait la différence, mais le regard que l’on porte sur elle.

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Je voulais justement m’interroger sur les raisons de l’exceptionnelle attraction qu’a suscitée chez beaucoup Downton Abbey, ce monde d’avant le monde que nous connaissons, dans sa crudité comme dans ses rares grandeurs.

D’où vient cette fascination qui existe même chez les esprits les plus républicains ? Il s’agit bien plus que de la nostalgie, puisque la plupart des admirateurs n’ont jamais connu cet univers singulier, fait de politesse, de hiérarchie courtoise et de privilèges acceptés sans la moindre révolte. Au contraire, la parfaite cohabitation de deux mondes, chacun satisfait du rôle qui lui revenait, s’accordant harmonieusement avec l’autre. Sans que la dépendance et le service que l’un assumait avec un dévouement consenti et libre ne portent atteinte à l’atmosphère générale inspirée et dirigée par l’autre.

Étrange concorde

C’est sans doute ce sentiment, pour chacun – société comme individus – d’être à sa place, qui, dans ce microcosme à la fois somptuaire et raffiné, suscite cette étrange concorde : nul mépris d’un côté, nulle servilité de l’autre, mais un ordre social légitimé par l’assurance qu’aucune mauvaise surprise ne surviendrait ni d’un côté ni de l’autre. Une harmonie où la spontanéité n’est pas étouffée par les rites, où les tensions venues de l’extérieur se brisent sur le bloc d’une inaltérable conscience de durée et d’éternité.

Dans la société, tout bouge, on peut continuer à croire à la lutte des classes, aux affrontements, la révolte n’est pas morte, on peut même détester ce paradis lointain des riches, des privilégiés et être cependant fasciné par lui. Car c’est un monde à part, protégé, avec ses règles, ses principes, son harmonie, ses récompenses, sa familiarité discrète, ses connexions douces et gratifiantes entre ceux qui servent et ceux qui sont servis, une halte dans la fureur, une oasis contre la contestation, un ordre qui ne brime pas. Downton Abbey comme un royaume sûr et bienheureux.

2h04

Redford, la classe américaine

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© RONALDGRANT/MARY EVANS/SIPA

La plus belle gueule d’amour d’Hollywood s’est éteinte à l’âge de 89 ans. Acteur bien sous tous rapports, image glabre d’une Amérique tentatrice, homme de tous les combats « justes », écologiste sincère, promoteur d’un cinéma indépendant, il avait toutes les qualités progressistes de son époque. Il n’en demeurait pas moins une icône au charisme ravageur…


Robert Redford avait tout pour nous agacer, nous humilier. Il cumulait. Il exagérait même. Quel salaud ! Ce beau mec de Santa Monica était béni des dieux, un visage à fendre les ménages les plus solides et le calme d’un technocrate bruxellois vous exposant la règle des 3%. Une retenue olympienne. Presque suspecte. La voix suggestive. Le verbe rare. Aucune modulation disgracieuse. Et le cheveu plus que soyeux, une texture inhumaine ; la mèche à la fois aérienne et consistante, le volume et la légèreté. Apollinien serait le terme exact. Et vous avez vu ses reflets dorés d’une blondeur assassine ? Marylin était battue. Les horreurs du monde coulaient sur la peau lustrée de Redford. Il était l’élu parmi les élus. Voilà tout. Reconnaissons son emprise ! Ne mégottons pas sur son pouvoir de séduction. Il était infini. Nous y avons succombé avec volupté et délice. Les excités du Nouvel Hollywood, les énergumènes, névrosés, cabossés, violentés, souillons, les Dustin, Woody, Al Pacino, De Niro et compagnie qui voulaient casser les codes dans les années 1970, faire dérailler l’establishment, secouer cette apathique Amérique, n’ont pas réussi à le déloger. Car Redford était ce classique qui vieillissait si bien, au-delà des modes, au-delà des présidents. Il n’était pas le plus musclé, le plus révolté, le plus possédé par son art, il était LA star. Le mètre-étalon. Notre bonne conscience. Robert était du côté des gentils et des opprimés. Il ne se vautrait pas dans les combats inutiles. Pour les autres, les suiveurs et les jaloux, les écorchés et les paranos, quelle cruelle injustice ! On se trémousse, on se déshabille, on profère des paroles disruptives, on tente d’exister maladroitement sur l’écran et, à la fin, c’est Robert qui emporte la mise. Banco ! Notre imaginaire lui appartient.

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Chez d’autres acteurs, cette image trop brossée à la pâleur d’un dentifrice aurait pu être fatale sur une longue carrière. Chez lui, il y a bien sûr le talent, la vista, la classe naturelle, l’intelligence des rôles, des partenaires à sa hauteur, mais surtout la marque d’une qualité « Made in USA » qui ne s’est pas démentie au fil des années. On revient toujours à l’original. Ce type-là était déjà une star avant d’en avoir pleinement conscience. Il devait bien se douter que sa gueule brûlait la rétine de ses petits camarades. Tous sexes confondus, il coupait le souffle. Un mec de ce calibre dans un lycée de province foutait votre année scolaire en l’air. Il matait toute concurrence. Les filles, le proviseur, les profs, le personnel administratif, les cantinières et les jardiniers, tous succombèrent. On était captif de cette onde californienne. Pour des petits Berrichons, c’était les US en intraveineuse: Venice Beach, une Corvette Stingray split window, un flight jacket et Robert en nonce apostolique. Croiser une telle beauté, du même genre que celle de Paul Newman, fut un choc visuel et émotionnel. Aujourd’hui, mémoriel. On pourra dire que l’on a rencontré ce phénomène de notre vivant, qu’on l’a vu à la séance du mercredi à 14h00 en majesté. C’était peut-être pour vous rien que du cinéma, du chiqué, du grossissant, moi je crois que c’était une forme de vie augmentée. Le cinéma ne peut agir durablement sur notre psychisme que s’il est véhiculé par des géants comme Redford. Nous avons cru en lui. Meryl et Barbra aussi, qu’elles viennent nous dire dans les yeux que la présence de Robert n’était pas sismique. Je lui faisais entièrement confiance. J’ai suivi à la lettre ses préceptes. Quand j’ai vu « Nos plus belles années », j’ai opté pour le trench-coat au col relevé à défaut d’être officier de marine. Après « Les Trois Jours du Condor », je n’ai pas quitté mon caban et mes lunettes d’aviateur pendant six mois. L’été fut chaud. « Out of Africa » coïncida avec une période trouble de mon existence, je portais un gilet près du corps, l’effet était désastreux et involontairement comique. « L’Homme qui murmurait à l’oreille des chevaux » me réconcilia avec les chemises en jean. Une star, une vraie, produit cette transposition-là.

Monsieur Nostalgie

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De Londres à la Vendée, cette Europe qui dit «stop»

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L'ancien député Philippe de Villiers © BEBERT BRUNO/SIPA

La pétition lancée par Philippe de Villiers le 7 septembre dépasse le million de signataires. Une majorité silencieuse veut en finir avec l’immigration massive.


La pétition contre l’immigration lancée par Philippe de Villiers dépasse désormais le million de signatures. Le texte réclame un référendum sur la question et parle d’urgence vitale. « L’immigration est la question qui commande toutes les autres. Nous sommes en train de changer de peuplement. Nous sommes en train de changer d’art de vivre. Nous sommes en train de changer de civilisation. Si nous ne faisons rien, c’est la fin de la France » peut-on lire. Juristes et macronistes comme Yaël Braun-Pivet brandissent la Constitution. En effet, il faudrait la réviser ou la torturer pour organiser une telle consultation.

Médias et État de droit contre le vicomte

Les médias progressistes, qui suivaient la pétition contre la loi Duplomb comme le lait sur le feu, n’en ont parlé qu’hier, quand Laurent Wauquiez a annoncé à son tour l’avoir signée. Ils nous expliquent que faute de contrôle, le chiffre n’est pas fiable. 

Peu importent le chiffre exact et ces passionnantes questions constitutionnelles. Pour Villiers, qui reste sur le terrain politique, le référendum est le seul moyen de forcer la main du pouvoir exécutif et du Conseil constitutionnel. Ou alors, peut-être faudrait-il élire des gouvernants capables de défier ce fameux Conseil constitutionnel…

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Quel que soit le nombre réel des signataires, il y a une certitude : une majorité silencieuse (y compris de gauche) veut en finir avec l’immigration massive – un sujet qui échappe depuis des décennies à la délibération démocratique. Pas par racisme. Parce qu’elle ne veut pas devenir culturellement minoritaire chez elle. Elle ne veut pas voir son cher et vieux pays disparaître. C’est un refus de l’effacement, et aussi un refus de l’islamisation qui fait peur à beaucoup de gens.

Ce phénomène n’est pas seulement français. En effet, on observe un refus européen. C’est le même message qu’ont adressé samedi les 150000 Britanniques qui ont manifesté à Londres dans une marée d’Union Jacks. Un défilé pacifique. Et sans haine. Ceux qui veulent s’intégrer, s’assimiler et aussi travailler sont toujours les bienvenus.

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Nous vivons peut-être un point de bascule. Les peuples ne se laissent plus intimider. Ces majorités silencieuses exigent de pouvoir dire la vérité, par exemple que l’immigration incontrôlée a des conséquences en termes de délinquance ou de niveau scolaire. En Grande-Bretagne, des médias et des élus ont caché les viols en masse commis par des gangs pakistanais. Ça, c’est fini. Le camp du bien a perdu la main. Traiter les gens de racistes ne sert plus à rien.

Dans de nombreux pays d’Europe, comme le Danemark, la Suède ou l’Allemagne, les gouvernements, y compris parfois de gauche, ont adopté des politiques restrictives. Pour les autres, le choix est clair : soit ils entendent la colère des électeurs qui ne veulent pas de ces sociétés multiculturelles et multiconflictuelles, soit ils seront balayés. Espérons que ce sera par les urnes.

Populicide

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Cette chronique a été diffusée sur Sud Radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale de Patrick Roger.

Araki: la loi du désir

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© Capricci

Devenue si pudibonde, notre époque est-elle encore capable de se rafraîchir les méninges avec le cinéma faussement ingénu, si trash et décoiffant de Gregg Araki ? Non, ce n’est pas un caprice du bien nommé Capricci, distributeur exigeant, que de ressortir en version restaurée la trilogie culte du cinéaste nippo-américain aujourd’hui âgé de 65 ans, réalisée juste après The Living end, son premier long métrage, entre 1993 et 1997, sans beaucoup d’argent, et sans manifester encore tout à fait la pleine maîtrise de son outil de travail.

Va te faire fourrer ta grosse moule barbue 

Totally F***ed up, tourné en 16mm, mais alors vraiment avec les moyens du bord, met en scène une bande de teenagers de Los Angeles, hédonistes et désœuvrés, dans l’angoisse térébrante du Sida. Autant dire que nous voilà transportés dans ce moyen-âge antérieur au siècle du smartphone, des applis et des sites de rencontre. James Duval, promis à devenir l’acteur fétiche d’Araki, s’y découvre sous les traits du bel Andy, garçon de 18 ans au cœur d’artichaud, désespérément en quête de l’âme sœur, dans des idylles trompeuses qui le renvoient à sa solitude immature.

Prénommé cette fois Jordan, on retrouve James Duval en immortel éphèbe fleur bleue, dans le vortex de The Doom Generation (littéralement « la génération damnée ») dont le générique annonce plaisamment « un film hétérosexuel de Gregg Araki » : comédie gore parfaitement déjantée virant au cauchemar, d’une crudité sans borne, où l’argot se débonde dans des répliques qui, en 2025, franchirait difficilement la censure du wokisme (« va te faire fourrer ta grosse moule barbue »). L’on y rote, pisse, sans craindre même de baver sa semence en gros plan dans une main – et toujours dans le dos des parents bien sûr, instance modératrice astucieusement laissée hors champ… Provocations moins attentatoires qu’il n’y paraît à la décence, car toujours pétries d’une espèce de candeur, et mâtinées de cet humour potache qui sait mêler l’acidité la plus corrosive («- maman se shootait, elle a viré scientologiste ; mon père est mort. – sorry. – laisse tomber. C’était un vieux con alcoolique ») à une fantaisie presque enfantine, sur un fond de sensualité débridée dont le septième art n’est décidément plus accoutumé.

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Arrachement de piercing à la pince-crocodile

Outre l’apparition surprise de Chiara Mastroianni dans Nowhere, ultime volet luciférien du triptyque basé dans « la capitale du monde de l’isolement », à savoir L.A, l’on verra un séducteur bellâtre se transformer soudain en violeur enragé. Entre prises d’ecstasy et hypnose, rêve d’apocalypse et gang de drag queens, évangélistes et aliens, voire arrachement de piercing à la pince-crocodile, y étincelle encore le ravissant Duval. La poétique ouvertement gay d’Araki annonce ici la forme hallucinée qui s’épanouira dans les films de la maturité, en particulier à travers la captivante ambiguïté de Mysterious Skin (2004) puis dans le délirant Kaboom (2010), petit chef-d’œuvre de drôlerie survoltée où l’obsession extraterrestre se fait insistante. Pour l’heure, Nowhere a été remixé, remasterisé et agrémenté des scènes coupées lors de sa sortie aux États-Unis.

I Want Your Sex, le dernier opus de Gregg Araki, attend encore sa date de sortie sur les écrans français. En guise d’apéritif, goutez- moi un peu de ce Teenage Apocalypse, vous m’en direz des nouvelles. Et pour bientôt, en Blu-ray.          


Trilogie Teenage Apocalypse, de Gregg Araki.
Totally F***ed up. Etats-Unis, couleur, 1993 (restauration 2K). Durée : 1h19
The Doom Generation. Etats-Unis, France, couleur, 1995 (restauration 4K). Durée : 1h23
Nowhere. Etats-Unis, France, couleur, 1997 (restauration 4K). Durée : 1h24

En salles le 17 septembre.

En Blu-ray, édition Capricci, disponible à partir du 2 décembre 2025.