Accueil Site Page 144

Fleury-les-Aubrais: laisse pas traîner ton fils

À Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans, un meurtre impliquant des adolescents a semé la consternation cet été. À ce stade de l’enquête une chose est certaine: cette mort aurait pu être évitée si ces mineurs n’avaient pas été dans la rue à deux heures du matin, et si un dealer n’avait pas eu d’arme à feu chez lui. Reportage.


Il est environ deux heures du matin, ce dimanche 17 août à Fleury-les-Aubrais (Loiret), quand des coups de feu retentissent dans le quartier Jabottes. Alertées par des riverains, les forces de l’ordre se rendent alors aussitôt sur place, où les agents découvrent un adolescent grièvement blessé. Il a reçu une balle dans le dos. Malgré l’intervention rapide des secours, il succombera dans la nuit.

Toujours plus jeunes

Liroye, la victime, n’avait que 16 ans. Il traînait dans la rue ce soir-là avec quatre de ses amis, connus des services de police pour de petits larcins. Son meurtrier présumé, à peine âgé de 19 ans, a quant à lui des antécédents judiciaires plus sérieux, avec plusieurs condamnations pour trafic de stupéfiants à son compteur. Il est à présent mis en examen pour meurtre, tentative de meurtre et détention illégale d’arme de catégorie B.

Des histoires comme celle-là, il en arrive toutes les semaines dans les banlieues françaises. Des règlements de compte entre délinquants, toujours plus jeunes, toujours plus armés. L’année dernière, on a recensé 110 narcomicides dans les zones urbaines sensibles. Seulement, Fleury-les-Aubray, au nord d’Orléans, n’est pas une commune gangrenée par la drogue, mais une ville pavillonnaire sans histoire. Et Liroye n’était pas le dangereux membre d’un gang, mais « un petit voyou, du genre de ceux qui volent dans les voitures et se bagarrent au pire avec leurs poings », confie une source policière.

Selon Emmanuel Delorme, procureur de la République adjoint d’Orléans en charge du dossier, le mis en cause, qui a admis avoir consommé de la drogue le soir de son forfait, était chez lui quand il a entendu Liroye et ses amis dans la rue. Il « se sentait menacé depuis quelque temps », et aurait « pris peur et, selon ses dires, tiré en l’air une première fois, puis une seconde fois en direction du groupe ».

Le suspect voulait-il juste intimider les rôdeurs ? Avait-il un différend plus ancien avec eux ? Les a-t-il confondus avec d’autres ? A-t-il eu une bouffée paranoïaque sous l’effet des substances dont il faisait notoirement commerce ? À ce stade de l’enquête, impossible d’évaluer le niveau de préméditation de son geste. Mais une chose est certaine, et même évidente : cette mort aurait été évitée si ces mineurs ne s’étaient pas trouvés dehors à deux heures du matin, et si ce dealer n’avait pas disposé d’une arme à feu chez lui.

« On est dans une ville qui n’est pas exempte de problèmes, comme partout en France, mais on n’a pas de fait d’insécurité plus fort qu’ailleurs, déclare à juste titre Carole Canette, la maire PS de Fleury-les-Aubrais, qui exclut de décréter dans sa commune le couvre-feu pour les mineurs que réclame son opposition. Je refuse de faire des déclarations à l’emporte-pièce populistes et de prendre des mesures gadgets. »

A ne pas manquer, notre dossier de septembre: Ces meutes qui ont pourri l’été

On peut comprendre le « pas-de-vaguisme » de l’édile socialiste. Fleury-les-Aubrais, 21 000 habitants, pourrait servir de cadre à un documentaire idyllique sur la France qui se lève tôt et vit en paix. C’est l’un de ces rares endroits de l’Hexagone où la classe ouvrière peut encore s’estimer bien lotie. Notamment grâce au bassin d’emploi constitué par l’immense centre commercial L’Orée de Forêt, situé en bord de rocade, et par l’usine du groupe français Thalès, spécialisée dans la conception et la maintenance des systèmes radars qui équipent entre autres les fameux lance-missiles Crotale. Une activité de pointe… et d’avenir.

Ici, la décence commune se voit à l’œil nu. Dans un paysage où les châteaux d’eau sont les seuls immeubles de grande hauteur et où les artères sont tracées au cordeau, les maisons ne sont certes pas très luxueuses mais, fruits de toute une vie de travail, leur état est impeccable et leurs jardins bien entretenus. Pas le moindre tag sur les murs, pas de casquette à l’envers, pas de crachats dans la rue. Ce jour de marché, on croise bien un jeune homme en djellaba près de la mairie, mais il est nettement en minorité à côté de la foule de chalands habillés à l’européenne, notamment des familles venues faire leurs courses à vélo.

Aux Blossières, on trouve désormais tout ce qu’on veut…

Dans un parc proche du quartier Jabottes, on fait la connaissance d’une poignée de jeunes du coin. Chaussés de claquettes, ils promènent un chien (dont ils ramassent – preuve de la civilité des lieux – les excréments avec un petit sac en plastique). Connaissaient-ils Liroye ? « Oui, de vue, ce n’était pas quelqu’un de violent, assurent-ils. C’était un Guadeloupéen. Sa mère est chrétienne, très croyante. » On leur demande s’il est facile de se procurer de la drogue et des armes dans leur ville. « Plus qu’avant. À Orléans, de l’autre côté de la voie ferrée, il y a une cité, les Blossières, où on trouve tout ce qu’on veut. Mais maintenant, on voit des racailles des Blossières qui viennent faire du business à Fleury. »

Un policier nous confirme que l’on déplore de plus en plus de gamins livrés à eux-mêmes le soir et une explosion du nombre d’armes à feu en circulation dans l’agglomération orléanaise, pourtant connue pour sa faible délinquance de proximité. « C’est la raison pour laquelle les policiers municipaux de toutes les communes de la métropole sont armés, indique-t-il. Même à Fleury, la maire n’est pas revenue sur cet acquis quand elle a battu l’UDI en 2020. » Qu’on se rassure toutefois : depuis que la gauche dirige la ville, le logo de la direction de la sécurité et de la tranquillité publiques a été modifié. Il représente désormais le centre culturel local, baptisé « La Passerelle ». Tout un symbole.

Si l’on observe froidement le drame qui s’est joué à Fleury cet été, il ressemble en première analyse à une anomalie criminologique, à une tragique faute à pas-de-chance. En revanche, si l’on écoute les acteurs de terrain, la mort de Liroye pourrait bien être un signe précurseur d’un phénomène en train d’apparaître dans notre pays : la déghettoïsation de l’extrême violence juvénile. Mais on s’en voudrait de mécontenter Emmanuel Macron en « brainwashant (“lavant les cerveaux”) sur les faits divers ».

La candidature de Boualem Sansal au prix Sakharov divise ses soutiens

0

La proposition des eurodéputés du groupe Les Patriotes, visant à décerner au romancier franco-algérien détenu à Alger depuis dix mois le prestigieux prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, au Parlement de Strasbourg, suscite des divisions au sein de ses soutiens. L’éditeur Antoine Gallimard affirme que «Boualem Sansal, par la voix de son épouse, a fait savoir qu’il considérait comme irrecevable cette démarche insidieusement partisane». De son côté, l’ancienne ministre et présidente du comité de soutien de l’écrivain, Noëlle Lenoir, soutient que «nul ne peut aujourd’hui se prévaloir de parler au nom de Boualem Sansal».


Ainsi, aux dires, sur les ondes de France Inter ce dimanche 14 septembre, d’Antoine Gallimard en personne, le prestigieux éditeur de Boualem Sansal, celui-ci, grand écrivain franco-algérien retenu aujourd’hui arbitrairement prisonnier et au secret dans une obscure geôle d’Algérie, « s’oppose vigoureusement » à ce que le pourtant très enviable prix Sakharov – prix, en l’honneur de cet ancien dissident soviétique et prix Nobel de la paix, récompensant annuellement, par l’Union européenne, d’illustres combattant en faveur des droits de l’homme et de la liberté de l’esprit – lui soit méritoirement décerné cette année 2025, au prétexte que le choix de son nom aurait été proposé, au sein du Parlement Européen, par un groupe réputé d’extrême-droite, Les « Patriotes pour l’Europe », à la tête duquel se trouve Jordan Bardella, président, en France, du Rassemblement national. Et, dans ce même entretien radiophonique, Antoine Gallimard d’ajouter, pour étayer son argumentation, que Boualem Sansal « ne veut être récupéré par personne ».

Soit ! Antoine Gallimard, dont la glorieuse maison d’édition s’avère être un des plus beaux fleurons de l’intelligentsia française1, est certes libre, très honnêtement, de penser ce qu’il veut. Et à lui bien évidemment, intactes et respectueuses, toute mon estime intellectuelle, mon admiration professionnelle aussi bien que ma gratitude éditoriale !

L’admirable Boualem Sansal: son sens de la tolérance, son esprit de générosité et sa passion pour le débat d’idées

Un point, crucial dans ce débat, ne cesse toutefois de me tarauder ici : moi qui suis également membre du plus officiel Comité de Soutien à ce même Boualem Sansal, mais qui, surtout, connaît un peu, tant sur le plan moral qu’humain, mon cher et bienveillant ami Boualem précisément, dont son profond sens de la tolérance comme son authentique générosité envers toute fraternité, outre sa passion pour le saint et contradictoire débat d’idées, j’avoue ma perplexité, sinon mon étonnement, à l’idée qu’il puisse ainsi refuser catégoriquement, de manière aussi péremptoire et même dogmatique, ce très honorable prix Sakharov, fût-il donc proposé à l’origine, et en l’occurrence, par des représentants, tous élus démocratiquement cependant, issus, sur l’échiquier politique des différents pays concernés, de ladite « extrême-droite ».

A lire aussi, Arnaud Benedetti: Sansal: le martyre doit cesser

Reste à savoir, en outre, jusqu’à quel point des propos rapportés indirectement et uniquement par la femme de Boualem Sansal, seule personne à avoir accès à lui, en plus des nombreuses pressions et autres intimidations qu’elle doit très probablement subir quotidiennement de la part de l’actuel et très autoritaire pouvoir algérien, complice méprisable des pires régimes islamistes, peuvent s’avérer, sinon complètement authentiques, du moins raisonnablement fiables ou légitimement crédibles. Méfiance donc, sans certes vouloir remettre ici en cause, pour autant, l’intégrité, la bonne foi et les sentiments sincères de cette magnifique épouse, à qui je dis et redis bien sûr ici, pour ma modeste part, toute ma compassion humaine !

Droits de l’homme, liberté de pensée et de parole: bannir tout esprit partisan face à l’importance de l’enjeu moral, philosophique et humain

Comment, du reste, cet urgent, nécessaire et surtout universel combat, noble entre tous, pour les droits de l’homme, la liberté de pensée et de parole, d’expression et de création, pourrait-il ainsi souffrir, victime d’un clivage idéologique pour le moins malvenu en la circonstance, d’un aussi misérable esprit partisan, aussi médiocre, à l’aune de l’importance de cette très haute lutte, tant sur le plan éthique que philosophique ?  

Ainsi, au vu de cet humble mais sincère appel à l’esprit des Lumières, à l’honnêteté intellectuelle aussi bien qu’à la conscience rationnelle, à lui donc, mon cher et admirable Boualem Sansal, tout notre soutien, indéfectible, pour ce très méritoire prix Andrei Sakharov si, d’aventure, l’Union Européenne voulait bien, en effet, le lui décerner plus concrètement. Elle s’en verrait ainsi grandie, indiscutablement et par-delà, en ce dossier d’une tragique actualité, toute stérile, artificielle ou contreproductive polémique.

A lire aussi, Pascal Louvrier: Arthur Koestler, ou avoir raison contre Sartre

Et, surtout, n’instrumentalisons pas ici ni n’avilissons pas ainsi, par d’aussi mesquines disputes d’ordre purement idéologique ou exclusivement politique, la mémoire du grand Andrei Sakharov. Il est bien, tout comme cet éminent humaniste qu’est également Boualem Sansal, au-dessus, s’il fallait encore le clamer haut et fort, de pareille dérive essentiellement, et malheureusement pour la postérité dans son œuvre littéraire elle-même, clanique.

Boualem Sansal doit avant tout être libéré

Oui : restons dignes, fermes et droits dans notre soutien moral et humain, face à l’indicible malheur qui frappe de la manière la plus injuste et douloureuse qui soit, aujourd’hui, notre très cher, courageux et précieux ami Boualem Sansal, âgé et malade de surcroît, dont nous demandons ainsi ici également et encore une fois, toutes affaires cessantes, la libération immédiate de son enfer carcéral !

Le comité de soutien de l’écrivain est allé dire sa colère et son soutien sous les fenêtres de l’ambassade d’Algérie à Paris, le 16 mai 2025 © Arnaud Vrillon
  1. Et qui m’a fait l’insigne honneur de publier deux de mes propres livres (biographies intitulées, respectivement, « Oscar Wilde » et « Lord Byron ») NDLA ↩︎

Le peuple français n’est pas antisémite

0

On dit souvent que la France serait une terre d’antisémitisme. Le mot roule de tribune en éditorial comme une sentence définitive, une condamnation sans appel. Mais ma vie dément ce récit fabriqué. Elle en est la réfutation charnelle. Car je dois ma survie non pas aux institutions, non pas aux élites dont la langue est celle de la compromission, mais à un policier qui refusa d’obéir, et à des paysans catholiques du Dauphiné, les Danthon, qui m’ouvrirent leur maison comme on entrouvre une arche pleine de blé et de prières.

Ma mère fut sauvée d’une rafle par un simple fonctionnaire de police. Dans ce geste, rien du spectaculaire. Il n’y eut ni trompette ni panache. Mais la nudité d’un refus, la lumière d’une conscience. Quand tout autour n’était que papier signé, ordres secs, encre qui scellait la persécution, cet homme choisit de ne pas être complice. Sa grandeur fut sans uniforme, sans parole. Elle fut d’un silence d’autant plus éclatant.

Et moi, enfant, je fus recueilli par les Danthon. Leur maison, lourde de pierres, aux poutres noircies, respirait une abondance simple. Le pain sortait du four, les seaux tintaient dans la cour, les chevaux tiraient la charrue comme au temps d’avant l’Histoire. C’était une maison pleine : pleine de voix, de rires d’enfants, de gestes sûrs. À l’intérieur, la chaleur d’un poêle, l’odeur des soupes épaisses, les prières récitées à voix basse. Rien ne manquait, tout y était don.

Chaque soir, Madame Danthon me faisait réciter d’abord le Notre Père, puis le Shema Israël. Deux fidélités, deux prières, qui ne se contredisaient pas dans ma bouche d’enfant. La croix et l’étoile veillaient ensemble sur mon sommeil. Ainsi se révélait la France : non pas la France des tampons et des signatures, mais celle d’une coexistence silencieuse, naturelle, enracinée dans la terre.

Voilà pourquoi je l’affirme : le peuple français n’est pas antisémite. Il ne l’a jamais été dans ses fibres profondes. Ce sont ses élites qui ont trahi. Hier, celles de Vichy, qui signaient, calculaient, collaboraient, offrant la persécution juive sous la forme d’un registre administratif. Aujourd’hui, celles qui trahissent à nouveau, non plus en livrant les Juifs, mais en livrant Israël à la haine, en donnant une onction idéologique à l’antisionisme.

La lâcheté des élites est restée la même : incapacité à nommer l’ennemi, posture du Bien qui recouvre leur reniement. Hier, l’occupant allemand ; aujourd’hui, l’islamisme conquérant. Toujours la même froideur d’encre et de papier, toujours les mêmes mains trempées dans la complicité.

Mais la vérité est ailleurs. Elle est dans les maisons de pierre et de bois, dans la chaleur des foyers, dans la fidélité silencieuse de ceux qui accueillirent sans trembler. Ceux que l’on traite de « réactionnaires » furent alors les vrais résistants : non par discours, mais par chair, par geste, par fidélité.

De cette enfance, il me reste l’image de la brique chauffée sous mes draps, de la soupe partagée, de deux prières s’unissant dans la nuit. Cette image, plus qu’un souvenir, est une leçon : elle dit que la fidélité est plus forte que la haine, que le peuple simple porte la vérité que les élites, hier comme aujourd’hui, ont abandonnée.

C’est pour cela que j’écris. Pour rappeler à la France que son honneur ne fut jamais dans les proclamations de ses élites, mais dans la chaleur obscure de ses maisons paysannes. Hier, ce furent un policier anonyme et la maison des Danthon qui sauvèrent une mère et son enfant. Aujourd’hui encore, ce sont les voix modestes, étouffées, qui pressentent le danger que les élites refusent de voir.

Car l’histoire revient, avec d’autres masques. Hier, la collaboration au nom du réalisme ; aujourd’hui, la compromission au nom de l’antiracisme. La même peur, le même calcul, la même lâcheté sous d’autres habits.

Je veux que la mémoire des Justes juge nos contemporains. Que le visage des Danthon, la main tendue du policier, apparaissent comme un reproche vivant à ceux qui défilent aujourd’hui derrière les drapeaux palestiniens. Qu’on se souvienne : la vraie France n’était pas dans les salons de Vichy, mais dans la cuisine des Danthon, au bord du feu, dans la densité d’une maison pleine. De même, aujourd’hui, elle n’est pas dans les tribunes du progressisme mondain, mais dans le cœur lucide de ceux qui refusent le mensonge.

Voilà le sens de ce témoignage : défendre l’honneur du peuple français contre la lâcheté de ses élites. Rappeler que la fidélité, la vraie, se tient dans une soupe partagée, dans une prière chuchotée, dans la chaleur d’un poêle. Se tient là où la France, la seule France, continue de vivre.

Un casse-tête théodoricien !

0

On est en droit de reprocher à certains polars de proposer des intrigues abracadabrantes, alambiquées, dans lesquelles on commence par patauger et où l’on finit par se noyer. Ici, ce n’est point le cas. Né en 1963 à Château-Thierry dans le plus beau département le France, l’Aisne, Philippe Robin, responsable de l’édition axonaise Nord du journal L’Union, propose, avec son roman La dernière fable, une histoire à la fois simple et singulière.

De quoi s’agit-il ? L’adjudant-chef Frédéric Bordeaux, spécialiste des enquêtes judiciaires, procède à des investigations à la suite d’un cambriolage – lesté d’une course poursuite – perpétré à Chézy-sur-Marne. L’auteur du casse, un banal fumeur de shit, est bien vite arrêté : Pascal Seclasse, 22 ans, de Charly-sur-Marne, trois cambriolages à son actif. Lors de la perquisition diligentée chez le jeune malfaiteur, Bordeaux découvre une jolie boîte en fer pastel « 1670 – Marquise de Sablée – » qui renferme un vieux manuscrit intitulé La chèvre et le bouc. Seclasse l’a dérobée dans la maison de campagne d’Azy-sur-Marne, de Jean Pastenoble, 70 ans, un vénérable universitaire de haut vol, ex-enseignant à La Sorbonne, spécialiste de Jean de La Fontaine. Une manière de vieux daim antipathique. Tout de suite, l’adjudant-chef se demande s’il ne s’agirait pas d’une fable inconnue du célèbre poète castelthéodoricien ? Sa dernière fable ? Il mènera l’enquête jusqu’à son terme et le lecteur ira de surprise en surprise. Bien joué, Philippe Robin !

Le journaliste et romancier Philippe Robin, septembre 2025. Photo : Philippe Lacoche.

« Un homme à fable »

Ce petit livre tout simple, très vif et sans prétention, nous tient en haleine. De plus, il est bien écrit, et l’on sent que son auteur, localier de terrain rompu aux faits divers et aux audiences du Tribunal de grande instance, connaît les rouages des affaires judiciaires. L’ouvrage est également parsemé de bons mots et d’un  humour pince sans rire. Quand le major Dansac confie l’enquête à Bordeaux, adorateur de La Fontaine, il lui glisse : « (…) occupez-vous de  ce dossier puisque vous êtes un homme à fables ! » Par ailleurs, le procureur, Clothilde Ridoux, ne se sépare jamais de son chat surnommé Dalloz, comme la maison d’édition spécialisée en droit, ce qui fait dire à l’auteur que « la proc’ a toujours rêvé d’avoir un greffier à ses pieds ».

L’auteur nous surprend aussi quand il révèle que la séduisante Apolline Bayard, conservatrice du musée Jean de La Fontaine (Frédéric Bordeaux en est secrètement amoureux) est lesbienne et en couple avec Cécile. « Aussi brune que l’autre est blonde, la jeune femme pose un tendre baiser au coin des lèvres d’Apolline et s’assoit auprès d’elle, en lui prenant la main. » C’est trop mignon ! Champagne, svp, mais du Pannier, un cru du sud de l’Aisne ; délicieux !

La dernière fable, Philippe Robin ; à contresens éditions ; 156 p. 

La dernière fable

Price: ---

0 used & new available from

Islamisme: la haute trahison des clercs

Le socialiste Olivier Faure veut voir flotter le drapeau palestinien sur toutes nos mairies. En Espagne, son alter ego félicite les casseurs propalestiniens. Jean-Luc Mélenchon fait passer la subversion islamiste en cours pour une « créolisation » réjouissante. L’humeur d’Ivan Rioufol.


Qui arrêtera l’infiltration islamiste en France ? L’invitation d’Olivier Faure à « faire flotter le drapeau palestinien sur nos mairies » le 22 septembre, date de la reconnaissance d’un État palestinien par la France, est une illustration parmi d’autres de la haute trahison des clercs. Le premier secrétaire du PS ne peut ignorer que cet étendard est devenu l’emblème du Hamas terroriste, qui a juré de rayer Israël et les Juifs de la carte. Le drapeau s’est imposé également comme signe de ralliement de la judéophobie qui parcourt l’Europe. Il était aussi arboré le 10 septembre par le mouvement « Bloquons tout ! » cornaqué par LFI.

Jean-Luc Mélenchon est d’ailleurs le premier des soutiens à la subversion islamiste en cours, maquillée sous le dessein d’une « créolisation » de la nouvelle France issue du repeuplement. Mais la gauche perdue a également trouvé, auprès du chef de l’État, un allié dans sa débandade intellectuelle et morale. La décision précipitée de reconnaitre un État palestinien, alors que le Hamas détient encore 50 otages et qu’il ne reconnait pas Israël en retour, est venue de la volonté présidentielle. Son choix a été salué par l’organisation djihadiste, qui y a vu la consécration politique de son pogrom du 7 octobre 2023. La communauté musulmane française saura apprécier le geste du chef de l’État. Le soutien qu’Alain Finkielkraut a apporté à Macron dans cette initiative, non dénuée d’électoralisme communautaire, n’a pu que satisfaire l’Élysée. Ce sont les « populistes », engeance exécrée par Macron, qui alertent contre les renoncements à résister au totalitarisme coranique et à son antisémitisme.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Pour ou contre les juifs ?

La libanisation de la société française ne rencontre aucun obstacle. Le Monde a révélé, lundi, que le Qatar, généreux parrain de l’islamisme colonisateur, possédait notamment 20% des Champs-Élysées, grâce aux avantages fiscaux accordés à l’émirat sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’idéologie islamiste s’est installée dans de nombreuses cités, avec son rituel d’enfants-soldats et d’affrontements contre les symboles de la France, à commencer par les forces de l’ordre. D’autres villes d’Europe, comme Bruxelles ou Londres, ont atteint un basculement démographique qui permet à la charia de régenter certains quartiers. En Espagne, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a déjà reconnu la Palestine il y a un an. Il ne cache rien de son antisionisme quand il sanctionne Israël pour « mettre un terme au génocide à Gaza », ou quand il avalise l’annulation, dimanche, de la dernière étape de la course cycliste de la Vuelta, perturbée par des pro-palestiniens soutenus par le pouvoir, au prétexte de la présence d’une équipe israélienne.

L’Europe, qui veut guerroyer contre la Russie, se laisse envahir par l’islam anti-occidental. Les Juifs y sont partout des cibles. Seuls les peuples s’inquiètent de l’endormissement des dirigeants. La grande mobilisation de samedi Londres a illustré la vitalité intacte de la société civile. En France, les ingrédients d’une guerre civile sont là. Les répétions s’accélèrent. Qui osera dire aux islamistes : « ça suffit ! » ?

L’espace intergalactique ne fait plus peur


Le climat social fortement dégradé de l’arrière-saison, par miracle, n’atteint pas aux hauteurs sidérales où l’inspiration d’un Claus Guth hisse depuis pas loin d’une décennie les protagonistes de La Bohème, opéra mythique s’il en est, must absolu du répertoire lyrique : retranchées les représentations annulées en 2020 pour cause de Covid, on en est à la 3ème reprise de cette mise en scène dans le vaisseau spatial de l’Opéra-Bastille, avec plus de deux-cent représentations au compteur depuis 2017 ! La régie qui faisait scandale il y a huit ans est accueillie avec un franc succès par le public de 2025.
Après la translation, en mars dernier au Palais Garnier, du spectacle créé au Festival d’Aix-en-Provence en 2022 Il Viaggio, Dante, du grand compositeur contemporain Pascal Dusapin, reparaît donc à Paris l’iconoclaste scénographe allemand sous les auspices de Puccini, dans la célébrissime adaptation, par le compositeur transalpin, des Scènes de la vie de bohème, de Henry Murger, opéra millésimé 1896, donc entre Manon Lescaut (1893) et Tosca (1900), pour situer.
Chez Guth, exit donc l’atmosphère fiévreuse du « café Momus », la jeunesse insouciante et fauchée se chauffant autour du poêle d’une mansarde au quartier latin. À distance de toute littéralité, Rodolfo et Mimi, Musetta, Marcello, Shaunard et Colline sont ici en perdition à bord d’une navette spatiale, astronautes épuisés, en manque d’oxygène, revivant nostalgiquement leur jeunesse enfuie, dans une odyssée terminale en apesanteur et dans le compte à rebours d’une fin inexorable. Défile le ruban du journal de bord de la capsule spatiale en détresse, qui finira par s’échouer, atterrissage forcé, au troisième tableau, au cœur d’un paysage lunaire sur lequel tombe continument une bruine neigeuse de minuscules flocons. Le passé revécu sous une forme hallucinée où perdure, hanté par la mort, le souvenir des jours heureux…
Au pupitre, le chef vénézuélien Domingo Hindoyan succède à Michele Mariotti pour cette reprise, direction musclée, aux coloris chatoyants, soutenue par un Orchestre de l’opéra de Paris à son meilleur. Si Mimi, la maîtresse tuberculeuse du jaloux Rodolfo, faisait merveille au soir de la première sous les traits de la soprano australienne Nicole Car (rôle repris par la chilienne Yaritza Véliz à partir du 2 octobre, pour ses débuts sur le plateau de la Bastille), l’Américano-austro-guatémaltèque Andrea Carroll se découvrait en Musetta dans une performance amoindrie par des aigus quelque peu stridents. Charles Castronovo, superbe Adorno l’an passé sur cette même scène dans Simon Boccanegra, campe encore Rodolfo comme il y a deux ans, rôle repris à partir du 2 octobre par le ténor américain Joshua Guerrero, irremplaçable dans le répertoire italien. Une distribution de belle tenue globalement, en somme, mais dans laquelle domine, divine surprise, le bronze galbé de la basse grecque Alexandros Stavrakakis, au phrasé d’une rondeur, d’une générosité qui donnent le frisson, dans le rôle du poète philosophe Colline, dont l’air final sublime du dernier tableau – « ora che i giorni lieti fuggir, ti dico : addio, fedele amico moi. Addio, addio » (maintenant que les beaux jours se sont enfuis, je te dis adieu, mon fidèle ami. Adieu, adieu) – vaudra d’ailleurs au chanteur, le soir de la première, une ovation émue de la salle, tétanisée.


La Bohème. Opéra en quatre tableaux de Giacomo Puccini. Avec Nicole Car/Varitza Véliz, Andrea Caroll, Charles Castronovo/Joshua Guerrero, Etienne Dupuis, Xiaomeng Zhang, Alexandros Stravrakakis… Direction : Domingo Hindoyan. Mise en scène : Claus Guth. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Maîtrise populaire de l’Opéra Comique.
Opéra Bastille les 19, 23, 27, 30 septembre, 2, 8, 11, 14 octobre 2025 à 19h30, le 5 octobre à 14h30. Durée : 2h30

La droite française est-elle trop bien élevée?


« Ma mission est de botter le cul aux collectivistes de merde. » On n’imagine guère François-Xavier Bellamy tenir pareil propos lors d’un meeting de son parti. François-Xavier Bellamy est très bien élevé, respectueux, pacifique, et nul ne songe évidemment à le lui reprocher. Il incarne parfaitement la droite traditionnelle, passée par les meilleurs lycées, ayant lu les meilleurs livres, s’étant agenouillée devant les plus beaux prie-dieu. Il fait honneur à ce qui nous distingue de la gauche.

Tax the rich !

Seulement, quelque chose est cassé dans le mécanisme de la droite française, comme si le socialisme avait fini par la dompter. Économiquement, elle ne se différencie plus du centre. Elle parvient encore à faire les louanges de l’entrepreneuriat et de la croissance, mais c’est toujours du bout des lèvres, pour esquiver la mortelle accusation d’être du côté des riches. Elle défend à peu près la culture classique et chrétienne, mais avec de faux airs grandioses qui sonnent creux comme des tombeaux. Jeanne d’Arc, de Gaulle, qui d’autre ? On a vite fait le tour de ses références sans substance. Une prudence d’écolière la pousse à préférer les citations convenues, glanées sur Google, au vrai charisme surgissant de l’improvisation. Elle ne dégoûte ni ne jouit. Elle barbe.

Elle tient ce caractère trop policé, ou ce manque de caractère, à plusieurs éléments constitutifs de sa nature profonde. Elle est aristocrate par naissance. Grandie dans la très-sainte horreur de la guillotine, elle est plus douée pour le menuet que pour la sensualité. Ses excellentes manières ne sont jamais tirées à suffisamment d’épingles pour son public le plus tradi, obsédé par la perfection raide des rites dominicaux. Son savoir-vivre tout en lodens et en barbours ne laisse jamais voir une courbe. Ses jeunes s’autorisent jeans et t-shirts, mais, sitôt trentenaires, ils rentrent dans le rang de l’entre-soi. Exemple éloquent : la droite française est un monde où, si l’on a le malheur de prononcer un mot d’anglais, langue honnie entre toutes, on se voit illico coller une amende par Radio Courtoisie. Désolé, mais ces gens sont chiants.

Snobinards

Son âme aristocratique – qui n’a d’aristocratique que l’adjectif, car les seigneurs d’antan tenaient certainement davantage de la gaudriole que de l’académisme – fait pencher notre droite du côté du snobisme. Faire peuple est vulgaire. Le paysan est bien sympathique, pourvu qu’il soit tenu à distance. Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble. Être de droite peut vous amener à flatter le postérieur des bovidés lors des Salons, toutefois, le geste sera appuyé avec une telle ostentation que personne n’y croira. Dans la vraie vie, le paysan ne met pas de mains aux fesses de la Noiraude. Il la fait paître, la trait et la mange. Finalement, les vaches de Chirac sont plutôt à ses yeux d’amusantes métaphores de la gent féminine. Ce n’est pas que la droite n’aime pas la populace ni les pauvres, mais, comprenez-vous, le sans-culotte est de gauche et nous n’avons rien à faire avec cet olibrius. Sachons en toutes circonstances faire preuve de l’éloignement qui sied au bourgeois.

A lire aussi: Les quatre vérités de Michel Audiard

Pourtant, dit le proverbe, « les idées sont de gauche et le style de droite ». Mais cela était vrai jadis, lorsque Jean Dutourd écrivait au Figaro, lançant des formules aussi gratuites que définitives, se moquant bien de ce qu’allaient en penser les patrons ou les dames pipi. “L’exactitude est la politesse des montres”, souriait-il derrière sa moustache. La formule aurait pu être de Michel Audiard, autre genre d’impertinent de droite. Je vous parle là du temps où un chat était un chat, un con un con, et la liberté de ton chose guère négociable. De son style et de son insouciance, que reste-t-il à la droite aujourd’hui ? Autant l’admettre : rien. Je ne citerai pas de noms, puisqu’il faudrait tous les pointer du doigt. Que l’on me montre simplement un seul politicien de droite, un seul chroniqueur, un seul influenceur – comme ils se décrivent eux-mêmes, oubliant qu’ils sont admirés d’esprits infantiles, affreusement influençables -, une seule plume contemporaine de droite dont la forme égale celles des années soixante, sans même parler de celles des années quarante, et dont on conserve les meilleurs aphorismes tels des trésors. Philippe Muray nous a quittés et son cimetière est peuplé d’éléphanteaux dispensables, qui l’imitent mal en barrissant. Sans doute l’auteur de ces lignes n’est-il pas le dernier, du reste. Nul ne vaut mieux que son époque.

Peuple de droite

L’électorat n’est guère plus brillant. On n’apprendra à personne que la foule de droite est timide, angoissante à force d’être angoissée, quand elle n’est pas carrément couarde.

Il n’y pas loin du tiède au pisse-froid, et la prudence peut faire aisément passer pour stupide. Alain Besançon : « En France, le catholique rase les murs ». Il les rase si bien qu’il rase tout le monde. Un interview d’électeur de droite donne souvent des envies de cordes et de tabourets. « Je crois en la France qui est le plus beau pays du monde de mes ancêtres qui ont donné leurs vies pour que je sois libre de défendre mon identité et la transmettre à mes quatre enfants, Thérèse-Marie, Marie-Thérèse, Clovis et Charlemagne ». Allez-vous étonner, avec cela, que la droite n’ait plus accédé au second tour depuis maintenant treize ans, bientôt quinze. Les bénitiers, combien de divisions de grenouilles, quand il s’agit d’affronter le monstre le plus parfait de toute l’histoire de la politique, le socialisme ? 

On ne vainc pas le socialisme avec des gants beurre frais. On n’étripe pas vivante l’idéologie qui a accouché de Bakounine, Lénine, Staline, Trotsky, Mao, Castro, Guevara, Pol Pot, la dynastie Kim, Xi Jinping, et ses produits dérivés français, Thorez, Doriot, Mitterrand, Mauroy, Marchais, Hollande, Mélenchon, et on est très loin d’en voir le bout, si l’on s’interdit tout écart de langage : on ne casse pas la gueule à un alligator avec un fleuret moucheté.

De tous les socialismes apparus à la surface de la Terre, le français est un des plus coriaces. Menteur professionnel à l’instar de ses aînés, mais plus souple que la plupart, plus habile, patient, extraordinairement hypocrite, virus mutant autant de fois que nécessaire pour survivre, se reproduisant sous mille formes apparemment contradictoires, il doit être agressé au visage, directement, de face, jusqu’au sang de ses slogans, jusqu’à la moelle de ses croyances, et en l’appelant par son nom, socialisme, et non sous des appellations inventées à la hâte et qui se mordent la queue, tel le social-étatisme de Lisnard (où a-t-il vu qu’il existait un socialisme sans étatisme ?) ou le socialisme mental de Marion Maréchal (à quoi bon préciser, petite effrontée, puisque le socialisme est, fondamentalement, un trouble de l’intelligence !) L’idéologie socialiste est intégralement mauvaise et doit être dénoncée avec une détestation sans mélange, que l’on pimentera si l’on veut d’un soupçon de haine pamphlétaire, car on a le droit de torturer des idées et de les tuer plusieurs fois par jour, et d’y prendre un plaisir visible : il n’y a là jamais mort d’homme. Si l’assassin de Kirk s’était contenté de tirer sur ses idéaux à la mitrailleuse lourde, Kirk serait toujours en vie. Donc, bombardez le socialisme français, et qu’il n’en reste pas pierre sur pierre. Broyez-le. Insultez-le, injuriez-le, salissez-le, couvrez-le de toute la boue qu’il est, du moment que vous dites sur lui la vérité la plus pure. Une eau intarissable coulera sous les ponts avant que vous n’ayez dévoilé l’étendue de ses vices et de ses crimes. Lâchez-vous, que le sac des accusations soit enfin renversé sur sa tête de bureaucrate. Soyez irrespectueux par tous les nerfs de votre revanche.

A lire aussi: Tabou mémoriel et salutaire rappel historique du fléau totalitaire

Et, pour finir, venons-y : dites des gros mots. Guevara est-il une belle saloperie ? Oui. La science historique est formelle. Affirmez donc sans hésiter que le Che est une belle saloperie, criez-le s’il le faut, chantez-le et dansez, et ne laissez personne baisser le volume. Le mezza-voce de la droite française n’est plus tolérable. Notre galanterie a assez duré et elle explique trop de nos échecs. Vous défendez cent millions de morts, que diable ! Ils vous regardent. Ils comptent sur vous. Ils ont besoin d’une revanche verbale. C’est bien le moins que nous leur devons. Tant pis pour le bruit. Nous avons un droit imprescriptible au tapage : c’est notre tour. Et mettez-y de l’humour. Beaucoup. Trop ! Nous avons tant de retard. Effaçons un siècle de têtes d’enterrement.

Ce que veulent l’électeur de droite, le lecteur de droite, le quidam silencieux et propre sur lui – plus pour très longtemps -, c’est être épaulés, protégés, défendus et précédés par des gens grossiers et vulgaires qui leur ouvrent la voie. Je ressens le besoin que plus célèbre que moi dise à Sandrine Rousseau d’aller se faire voir. Finkielkraut se lance de temps en temps et c’est très agréable à observer, et il donne l’exemple. Quand Zemmour ose « C’est du foutage de gueule », cela fait du bien à la nation. Ça ouvre les fenêtres. On respire. La France sent moins le renfermé – et les intellectuels de gauche sont indisposés, ce qui est un excellent début. Piquez Piketty au vif. Mettez le camarade Jean-Luc en pétard : il n’est jamais mieux dénoncé que par ses hurlements. « Ma mission est de botter le cul aux collectivistes de merde. » Merci, Milei. Voilà comment nous aurions dû et devons apprendre à nous exprimer. Il est temps de nous munir d’un nouveau dictionnaire.

Le Christ nous ordonne de tendre la joue gauche. Tout honneur et toute gloire lui reviennent, et malheur à celui qui malmène un ami ou un frère. Cependant, nous avons des ennemis, ils veulent nous faire taire, nous ne méritons pas d’être ainsi réduits au silence, le réel nous appelle au secours, la plupart d’entre nous ne feraient pas de mal à une mouche, et certains emmerdeurs méritent de sérieux coups de pompe où je pense.

Qui va protéger la police ?

0

La justice et l’État doivent rétablir sans faiblesse l’autorité policière, car la violence des voyous a inversé le rapport de force ces dernières années et menace la société française, analyse Philippe Bilger


Ce qui me surprend, c’est l’étonnement qui saisit la plupart des citoyens, ainsi que le retentissement médiatique qui l’accompagne, à chaque agression de policiers par ceux qu’on peut qualifier de voyous.

La peur doit changer de camp

Comme si, depuis quelques années, la police n’avait pas peu à peu perdu la main et l’initiative, face à des groupes malfaisants qui ont littéralement pris le pouvoir. À la force légitime de l’État, ils opposent désormais la violence illégitime, parfois jusqu’au crime, sans l’ombre d’un scrupule ni la moindre mauvaise conscience.

Un exemple récent : à Reims, en plein centre-ville, sept policiers ont subi « un véritable lynchage » de la part de plusieurs hommes[1].

Si l’on se contente de déplorer la multitude de résistances, de désobéissances et de violences dont les policiers sont chaque jour les victimes, avec ce constat accablant qu’ils ne peuvent jamais aller jusqu’au bout de ce que la loi les autorise à faire pour se défendre eux-mêmes ou protéger autrui, on passe à côté de l’essentiel : la profondeur du changement qui a bouleversé leurs rapports avec les citoyens qu’ils doivent contrôler ou interpeller[2].

A lire aussi: La dérive climato-gauchiste de Monique Pinçon-Charlot

Certes, j’admets que ce n’est pas d’aujourd’hui que le civisme est défaillant. Ceux qui ont quelque chose à se reprocher cherchent depuis toujours à échapper à l’action policière. Mais, longtemps, cette attitude n’a été que la conséquence des initiatives prises par les fonctionnaires de police eux-mêmes. Ils n’étaient perçus comme des ennemis par les malfaisants que lorsqu’ils s’en prenaient à eux de leur propre autorité.

Ce qui a changé, avec une intensité accrue depuis quelque temps, c’est que les voyous, dans le rapport de force, sont dorénavant en position de dominants. Ils n’attendent plus d’être interpellés, ils prennent les devants, organisent des agressions, préparent leurs mauvais coups, mettent en place des pièges, de prétendus appels au secours. Forts de leur nombre et de l’impossibilité d’établir la preuve individuelle, ils peuvent attaquer – parfois massacrer – les policiers envoyés sur place, souvent en toute impunité.

Une société française à feu et à sang

Si les autorités n’appréhendent pas lucidement cette véritable révolution de la lutte contre la délinquance, avec le devoir d’assurer, bien davantage qu’hier, la sauvegarde des fonctionnaires de police, en service comme dans leur vie privée, notre société continuera d’être à feu et à sang. Avec, pour les transgresseurs, ce sentiment pervers de pouvoir tout se permettre, puisqu’aucune réponse ne viendra démontrer l’efficacité et le volontarisme de l’État et de ses relais.

Qu’on songe à l’accroissement des refus d’obtempérer et aux conséquences souvent dramatiques qui en résultent pour les policiers. Je laisse de côté ici mon opinion judiciaire sur la mort de Nahel, en espérant que la future cour d’assises saura recouvrer la raison et opérer un partage équitable entre les donneurs de leçons en chambre et les contraintes implacables auxquelles les forces de l’ordre sont confrontées.

Ce seul exemple suffit à mesurer combien il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de protéger la police, d’instaurer une responsabilité collective afin que le groupe violent ne puisse plus échapper à sa culpabilité globale, et de refuser, avec l’énergie la plus extrême, la présomption de culpabilité qui confond les rôles, les fonctions et les légitimités.

Cette prise de conscience, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau l’a faite depuis longtemps, et sa résolution paraît entière pour remédier à cette inversion des culpabilités. J’attire toutefois son attention sur l’absurdité des doubles enquêtes, judiciaire et disciplinaire. Cette dernière vient comme un procédé mécanique laisser croire à une possible faute policière, alors que, la plupart du temps, la réalité suffirait à dissiper ce soupçon et justifierait un classement rapide.

L’est une entreprise de longue haleine qui devra être menée, bien au-delà de la seule question des moyens réclamés par la police. C’est la psychologie collective et politique qu’il faut changer. La police n’est pas l’ennemie. Les ennemis, ce sont les voyous.


[1] https://www.leparisien.fr/marne-51/violente-agression-nocturne-de-policiers-a-quelques-metres-du-commissariat-de-reims-15-09-2025-MZFWOODVGNA7DEJMPYJADXPLGA.php?ts=1758009151839

[2] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/un-collegue-a-vu-sa-maison-taguee-avec-son-nom-et-ce-message-t-es-mort-la-colere-des-policiers-face-a-l-explosion-des-agressions-20250916

L’instant Retailleau?

Les fichés S d’extrême gauche sont dans la rue ! 80 000 policiers et gendarmes sont de nouveau mobilisés en ce jour de manifestations pour tenter de maitriser les débordements…


Je ne vous apprendrai rien en vous disant que, en ce jour du 18 septembre 2025, la chose la mieux partagée par les populations, chez nous en France, n’est autre que la galère.

Grève et manif’ à tous les étages, pour ainsi dire. Si l’on se réfère aux préavis syndicaux et aux prévisions médiatiques, il n’est pratiquement pas un seul secteur de la vie du pays qui ne risque de se trouver, sinon bloqué, du moins, fort perturbé. Comme à l’accoutumée, environ 99% des personnes affectées – emmerdées serait plus proche de la réalité des choses, mais je tiens à rester correct – sont dans l’incapacité totale de faire quoi que ce soit pour résoudre les difficultés incriminées et adoucir le sort des récriminants. C’est ainsi. La sacro-sainte règle du jeu en la matière.

Mais il y a ceux, bien sûr, qui défilent et manifestent. C’est leur droit. Un droit inscrit dans le marbre constitutionnel. Il y a aussi ceux qui cassent, brûlent, saccagent, vandalisent, agressent le policier, le gendarme. « Black bloc » est la dénomination dont on les gratifie depuis quelque temps déjà. J’y vois quant à moi une affligeante résurgence des milices fascistes d’avant-guerre. Pour quel Duce roulent-elles au fond (Peut-être même à l’insu de leur plein gré) ? Poser la question en ces termes revient en gros à y répondre. Interrogation purement rhétorique, donc.

Et puis il y a M. Retailleau, le ministre de l’Intérieur. L’homme en charge de faire en sorte que le bordel XXL demeure dans des limites républicainement acceptables. Tâche délicate. Responsabilité énorme. Ses services envisagent la grande marée. 800 000 personnes. Un presque tsunami en comparaison des 200 000 du tour de chauffe du 10 de ce mois. Parmi cette foule, ces mêmes services redoutent les sauvageonneries de quelque 8000 durs de durs. Dont 2500 étudiants, ces derniers en plus grand nombre, donc, que l’autre fois, puisque les cours dans le supérieur ont repris. Cette hausse s’explique par le fait que l’étudiant en vacances a mille autres choses à foutre que de battre le pavé en beuglant des slogans. Cela est bon pour le temps de l’étude, mais certainement pas en dehors. Il ferait beau voir…

Face à ces perspectives fort peu engageantes, le ministre a procédé à la même mobilisation que la semaine dernière en matière de forces de l’ordre : 80 000 policiers et gendarmes. Pour eux, ce jour est jour de peine. Pis que galère. Insultes, crachats, caillasses, barres de fers, boulons, cocktails machins, poubelles à la volée. Toute la panoplie. Malgré cela, un impératif : rester maître de soi, garder son sang-froid, ne pas offrir au Duce évoqué plus haut et à ses sbires la bavure sanglante qu’ils espèrent tant. Et qui embraserait tout. Cette fois, vraiment tout. On ne le dira jamais assez : ces policiers, ces gendarmes méritent infiniment mieux que le sort, le traitement, la considération que la nation consent du bout des lèvres à leur accorder.  À bon entendeur…

M. Retailleau, disais-je.

Eh bien, en sa qualité de gardien-chef de l’ordre républicain, il joue gros. Très gros. Pour tout dire, ce pourrait être son instant, quelque chose comme son heure de gloire. Si lui-même et ses troupes parviennent à maintenir cet ordre républicain, à limiter les dégâts, à éviter les drames, alors il aura été l’homme de la situation, celui qui mérite la reconnaissance des populations. Ce qui ne serait pas d’un mince intérêt s’il venait, lui aussi, à se voir partant pour la lutte finale. Je veux dire, 2027, la quête élyséenne.

L’ironie de l’histoire est que, en poussant à la révolte, à la subversion, en lâchant leurs meutes, M. Mélenchon et ses séides n’auraient fait au bout du compte que dégager encore un peu plus la voix qui pourrait bien le conduire, le ministre du jour, à la magistrature suprême. Ce serait rigolo, non ?… Cela, on l’aura compris, à la condition que les choses se passent relativement bien. Et c’est évidemment ce qu’on peut souhaiter, certes à M. Retailleau, mais avant tout et surtout au pays qui, vraiment, est à des années lumières de pouvoir s’offrir ce genre de chamboule-tout stérile autant que ruineux.

Cela dit, je ne voudrais pas rester sur une note pessimiste. En marge de l’article du Parisien d’hier qui détaillait le programme des douteuses festivités et les mesures arrêtées par le ministère, figurait une réclame de l’enseigne E. Leclerc annonçant le sachet d’endives catégorie 1 de 1kg au prix de 1,89 euros. Voilà, me dit-on, qui va très exactement dans le sens de la mère des revendications du jour, le pouvoir d’achat. Que voulez-vous, par les temps qui courent, le positif, le revigorant, on le déniche où on peut…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Mobilisation, piège à cons!

0

Plus de la moitié des Français soutiendraient la journée d’action, selon un sondage Elabe/BFMTV. Pour Elisabeth Lévy, les gens vont dans la rue pour de mauvaises raisons.


56 % des Français soutiennent ou ont de la sympathie pour le mouvement social du 18 septembre, 25 % le désapprouvent. Si on interrogeait les commerçants, les indépendants ou tous ces gens dont beaucoup se sont levés à 4 heures du matin pour travailler, le résultat serait certainement très différent. Leur problème, ce ne sont pas des jours fériés qui pour eux sont souvent travaillés, mais les journées de chiffre d’affaires perdues, les pillards et les casseurs. En tout cas, il n’est pas sûr que l’adhésion soit aussi élevée ce soir si les Black bloc et des militants chauffés par toutes sortes de discours cassent, agressent des policiers et offrent des images de guérilla urbaine – cela dit, on ne sait pas comment cela va se passer, espérons que cela soit calme.

Cependant, ce succès demeure très étonnant. On proteste contre un budget qui n’est plus sur la table et contre un gouvernement démissionnaire. Essentiellement, il s’agit d’une grève des fonctionnaires et assimilés, mobilisés par leurs syndicats. Ces derniers parlent du budget comme d’un « musée des horreurs », d’une brutalité « sans précédent » à propos du projet de suppression de 3000 postes de fonctionnaires et du non-remplacement d’un départ à la retraite sur trois. Si ça, c’est l’Angleterre de Dickens, on n’est pas rendus… Enfin, l’outrance de l’extrême gauche devrait être un repoussoir.

Comment expliquer cette popularité ?

Plutôt par de mauvaises raisons. La haine du président Macron est devenue délirante. Je n’ai aucune excuse à trouver à sa politique, mais stop aux caprices : vous l’avez élu, alors vous en avez pris pour cinq ans – en démocratie, on assume son vote ! La grève par procuration me semble toutefois moins massive qu’en 1995 quand les cheminots avaient réussi à faire avaler à tout le monde (dont votre servante) que les cheminots ne se battaient pas pour leur retraite mais pour la République… Aujourd’hui, les citoyens convaincus sont vraisemblablement solidaires des policiers, des infirmières ou des profs. Mais, aucune économie ne sera possible sans diminuer notre ultra-pléthorique fonction publique d’une façon ou d’une autre. Sinon, on ne va jamais s’en sortir.

Il y a ensuite toujours ce consensus suicidaire contre la réforme des retraites, ce refus de tout réalisme qui revient à écraser les jeunes actifs sous les cotisations. C’est désolant. Mais non : que les Français vivent plus longtemps n’y change rien, leur retraite est un droit sacré !

Enfin, la croyance qu’on s’en sortira en faisant payer les riches est massivement partagée. Pourtant, nous ne nous appauvrissons pas parce qu’il y a des milliardaires mais parce que nous produisons moins de richesses. Certes, ce n’est pas juste, parce que l’effort pèse sur ceux qui travaillent mais on a déjà le système le plus redistributif du monde développé. La France va encore se lancer dans un débat absurde et on finira par taxer l’outil de travail.

J’enrage de découvrir que les syndicats de lycéens ont appelé à des blocages. Et je rêve d’un pays où les jeunes manifesteraient pour leur droit d’apprendre la littérature. En attendant, tant que chaque Français pensera que c’est aux autres de faire un effort, il n’y aucune chance d’enrayer la spirale du déclin.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale

Fleury-les-Aubrais: laisse pas traîner ton fils

0
Orléans, 22 août 2025 : marche blanche en mémoire de Liroye, 16 ans, tué par balle à Fleury-les-Aubrais © LP/Emmanuel Senecharles

À Fleury-les-Aubrais, banlieue calme d’Orléans, un meurtre impliquant des adolescents a semé la consternation cet été. À ce stade de l’enquête une chose est certaine: cette mort aurait pu être évitée si ces mineurs n’avaient pas été dans la rue à deux heures du matin, et si un dealer n’avait pas eu d’arme à feu chez lui. Reportage.


Il est environ deux heures du matin, ce dimanche 17 août à Fleury-les-Aubrais (Loiret), quand des coups de feu retentissent dans le quartier Jabottes. Alertées par des riverains, les forces de l’ordre se rendent alors aussitôt sur place, où les agents découvrent un adolescent grièvement blessé. Il a reçu une balle dans le dos. Malgré l’intervention rapide des secours, il succombera dans la nuit.

Toujours plus jeunes

Liroye, la victime, n’avait que 16 ans. Il traînait dans la rue ce soir-là avec quatre de ses amis, connus des services de police pour de petits larcins. Son meurtrier présumé, à peine âgé de 19 ans, a quant à lui des antécédents judiciaires plus sérieux, avec plusieurs condamnations pour trafic de stupéfiants à son compteur. Il est à présent mis en examen pour meurtre, tentative de meurtre et détention illégale d’arme de catégorie B.

Des histoires comme celle-là, il en arrive toutes les semaines dans les banlieues françaises. Des règlements de compte entre délinquants, toujours plus jeunes, toujours plus armés. L’année dernière, on a recensé 110 narcomicides dans les zones urbaines sensibles. Seulement, Fleury-les-Aubray, au nord d’Orléans, n’est pas une commune gangrenée par la drogue, mais une ville pavillonnaire sans histoire. Et Liroye n’était pas le dangereux membre d’un gang, mais « un petit voyou, du genre de ceux qui volent dans les voitures et se bagarrent au pire avec leurs poings », confie une source policière.

Selon Emmanuel Delorme, procureur de la République adjoint d’Orléans en charge du dossier, le mis en cause, qui a admis avoir consommé de la drogue le soir de son forfait, était chez lui quand il a entendu Liroye et ses amis dans la rue. Il « se sentait menacé depuis quelque temps », et aurait « pris peur et, selon ses dires, tiré en l’air une première fois, puis une seconde fois en direction du groupe ».

Le suspect voulait-il juste intimider les rôdeurs ? Avait-il un différend plus ancien avec eux ? Les a-t-il confondus avec d’autres ? A-t-il eu une bouffée paranoïaque sous l’effet des substances dont il faisait notoirement commerce ? À ce stade de l’enquête, impossible d’évaluer le niveau de préméditation de son geste. Mais une chose est certaine, et même évidente : cette mort aurait été évitée si ces mineurs ne s’étaient pas trouvés dehors à deux heures du matin, et si ce dealer n’avait pas disposé d’une arme à feu chez lui.

« On est dans une ville qui n’est pas exempte de problèmes, comme partout en France, mais on n’a pas de fait d’insécurité plus fort qu’ailleurs, déclare à juste titre Carole Canette, la maire PS de Fleury-les-Aubrais, qui exclut de décréter dans sa commune le couvre-feu pour les mineurs que réclame son opposition. Je refuse de faire des déclarations à l’emporte-pièce populistes et de prendre des mesures gadgets. »

A ne pas manquer, notre dossier de septembre: Ces meutes qui ont pourri l’été

On peut comprendre le « pas-de-vaguisme » de l’édile socialiste. Fleury-les-Aubrais, 21 000 habitants, pourrait servir de cadre à un documentaire idyllique sur la France qui se lève tôt et vit en paix. C’est l’un de ces rares endroits de l’Hexagone où la classe ouvrière peut encore s’estimer bien lotie. Notamment grâce au bassin d’emploi constitué par l’immense centre commercial L’Orée de Forêt, situé en bord de rocade, et par l’usine du groupe français Thalès, spécialisée dans la conception et la maintenance des systèmes radars qui équipent entre autres les fameux lance-missiles Crotale. Une activité de pointe… et d’avenir.

Ici, la décence commune se voit à l’œil nu. Dans un paysage où les châteaux d’eau sont les seuls immeubles de grande hauteur et où les artères sont tracées au cordeau, les maisons ne sont certes pas très luxueuses mais, fruits de toute une vie de travail, leur état est impeccable et leurs jardins bien entretenus. Pas le moindre tag sur les murs, pas de casquette à l’envers, pas de crachats dans la rue. Ce jour de marché, on croise bien un jeune homme en djellaba près de la mairie, mais il est nettement en minorité à côté de la foule de chalands habillés à l’européenne, notamment des familles venues faire leurs courses à vélo.

Aux Blossières, on trouve désormais tout ce qu’on veut…

Dans un parc proche du quartier Jabottes, on fait la connaissance d’une poignée de jeunes du coin. Chaussés de claquettes, ils promènent un chien (dont ils ramassent – preuve de la civilité des lieux – les excréments avec un petit sac en plastique). Connaissaient-ils Liroye ? « Oui, de vue, ce n’était pas quelqu’un de violent, assurent-ils. C’était un Guadeloupéen. Sa mère est chrétienne, très croyante. » On leur demande s’il est facile de se procurer de la drogue et des armes dans leur ville. « Plus qu’avant. À Orléans, de l’autre côté de la voie ferrée, il y a une cité, les Blossières, où on trouve tout ce qu’on veut. Mais maintenant, on voit des racailles des Blossières qui viennent faire du business à Fleury. »

Un policier nous confirme que l’on déplore de plus en plus de gamins livrés à eux-mêmes le soir et une explosion du nombre d’armes à feu en circulation dans l’agglomération orléanaise, pourtant connue pour sa faible délinquance de proximité. « C’est la raison pour laquelle les policiers municipaux de toutes les communes de la métropole sont armés, indique-t-il. Même à Fleury, la maire n’est pas revenue sur cet acquis quand elle a battu l’UDI en 2020. » Qu’on se rassure toutefois : depuis que la gauche dirige la ville, le logo de la direction de la sécurité et de la tranquillité publiques a été modifié. Il représente désormais le centre culturel local, baptisé « La Passerelle ». Tout un symbole.

Si l’on observe froidement le drame qui s’est joué à Fleury cet été, il ressemble en première analyse à une anomalie criminologique, à une tragique faute à pas-de-chance. En revanche, si l’on écoute les acteurs de terrain, la mort de Liroye pourrait bien être un signe précurseur d’un phénomène en train d’apparaître dans notre pays : la déghettoïsation de l’extrême violence juvénile. Mais on s’en voudrait de mécontenter Emmanuel Macron en « brainwashant (“lavant les cerveaux”) sur les faits divers ».

La candidature de Boualem Sansal au prix Sakharov divise ses soutiens

0
Boualem Sansal © Hannah Assouline

La proposition des eurodéputés du groupe Les Patriotes, visant à décerner au romancier franco-algérien détenu à Alger depuis dix mois le prestigieux prix Sakharov pour la liberté de l’esprit, au Parlement de Strasbourg, suscite des divisions au sein de ses soutiens. L’éditeur Antoine Gallimard affirme que «Boualem Sansal, par la voix de son épouse, a fait savoir qu’il considérait comme irrecevable cette démarche insidieusement partisane». De son côté, l’ancienne ministre et présidente du comité de soutien de l’écrivain, Noëlle Lenoir, soutient que «nul ne peut aujourd’hui se prévaloir de parler au nom de Boualem Sansal».


Ainsi, aux dires, sur les ondes de France Inter ce dimanche 14 septembre, d’Antoine Gallimard en personne, le prestigieux éditeur de Boualem Sansal, celui-ci, grand écrivain franco-algérien retenu aujourd’hui arbitrairement prisonnier et au secret dans une obscure geôle d’Algérie, « s’oppose vigoureusement » à ce que le pourtant très enviable prix Sakharov – prix, en l’honneur de cet ancien dissident soviétique et prix Nobel de la paix, récompensant annuellement, par l’Union européenne, d’illustres combattant en faveur des droits de l’homme et de la liberté de l’esprit – lui soit méritoirement décerné cette année 2025, au prétexte que le choix de son nom aurait été proposé, au sein du Parlement Européen, par un groupe réputé d’extrême-droite, Les « Patriotes pour l’Europe », à la tête duquel se trouve Jordan Bardella, président, en France, du Rassemblement national. Et, dans ce même entretien radiophonique, Antoine Gallimard d’ajouter, pour étayer son argumentation, que Boualem Sansal « ne veut être récupéré par personne ».

Soit ! Antoine Gallimard, dont la glorieuse maison d’édition s’avère être un des plus beaux fleurons de l’intelligentsia française1, est certes libre, très honnêtement, de penser ce qu’il veut. Et à lui bien évidemment, intactes et respectueuses, toute mon estime intellectuelle, mon admiration professionnelle aussi bien que ma gratitude éditoriale !

L’admirable Boualem Sansal: son sens de la tolérance, son esprit de générosité et sa passion pour le débat d’idées

Un point, crucial dans ce débat, ne cesse toutefois de me tarauder ici : moi qui suis également membre du plus officiel Comité de Soutien à ce même Boualem Sansal, mais qui, surtout, connaît un peu, tant sur le plan moral qu’humain, mon cher et bienveillant ami Boualem précisément, dont son profond sens de la tolérance comme son authentique générosité envers toute fraternité, outre sa passion pour le saint et contradictoire débat d’idées, j’avoue ma perplexité, sinon mon étonnement, à l’idée qu’il puisse ainsi refuser catégoriquement, de manière aussi péremptoire et même dogmatique, ce très honorable prix Sakharov, fût-il donc proposé à l’origine, et en l’occurrence, par des représentants, tous élus démocratiquement cependant, issus, sur l’échiquier politique des différents pays concernés, de ladite « extrême-droite ».

A lire aussi, Arnaud Benedetti: Sansal: le martyre doit cesser

Reste à savoir, en outre, jusqu’à quel point des propos rapportés indirectement et uniquement par la femme de Boualem Sansal, seule personne à avoir accès à lui, en plus des nombreuses pressions et autres intimidations qu’elle doit très probablement subir quotidiennement de la part de l’actuel et très autoritaire pouvoir algérien, complice méprisable des pires régimes islamistes, peuvent s’avérer, sinon complètement authentiques, du moins raisonnablement fiables ou légitimement crédibles. Méfiance donc, sans certes vouloir remettre ici en cause, pour autant, l’intégrité, la bonne foi et les sentiments sincères de cette magnifique épouse, à qui je dis et redis bien sûr ici, pour ma modeste part, toute ma compassion humaine !

Droits de l’homme, liberté de pensée et de parole: bannir tout esprit partisan face à l’importance de l’enjeu moral, philosophique et humain

Comment, du reste, cet urgent, nécessaire et surtout universel combat, noble entre tous, pour les droits de l’homme, la liberté de pensée et de parole, d’expression et de création, pourrait-il ainsi souffrir, victime d’un clivage idéologique pour le moins malvenu en la circonstance, d’un aussi misérable esprit partisan, aussi médiocre, à l’aune de l’importance de cette très haute lutte, tant sur le plan éthique que philosophique ?  

Ainsi, au vu de cet humble mais sincère appel à l’esprit des Lumières, à l’honnêteté intellectuelle aussi bien qu’à la conscience rationnelle, à lui donc, mon cher et admirable Boualem Sansal, tout notre soutien, indéfectible, pour ce très méritoire prix Andrei Sakharov si, d’aventure, l’Union Européenne voulait bien, en effet, le lui décerner plus concrètement. Elle s’en verrait ainsi grandie, indiscutablement et par-delà, en ce dossier d’une tragique actualité, toute stérile, artificielle ou contreproductive polémique.

A lire aussi, Pascal Louvrier: Arthur Koestler, ou avoir raison contre Sartre

Et, surtout, n’instrumentalisons pas ici ni n’avilissons pas ainsi, par d’aussi mesquines disputes d’ordre purement idéologique ou exclusivement politique, la mémoire du grand Andrei Sakharov. Il est bien, tout comme cet éminent humaniste qu’est également Boualem Sansal, au-dessus, s’il fallait encore le clamer haut et fort, de pareille dérive essentiellement, et malheureusement pour la postérité dans son œuvre littéraire elle-même, clanique.

Boualem Sansal doit avant tout être libéré

Oui : restons dignes, fermes et droits dans notre soutien moral et humain, face à l’indicible malheur qui frappe de la manière la plus injuste et douloureuse qui soit, aujourd’hui, notre très cher, courageux et précieux ami Boualem Sansal, âgé et malade de surcroît, dont nous demandons ainsi ici également et encore une fois, toutes affaires cessantes, la libération immédiate de son enfer carcéral !

Le comité de soutien de l’écrivain est allé dire sa colère et son soutien sous les fenêtres de l’ambassade d’Algérie à Paris, le 16 mai 2025 © Arnaud Vrillon
  1. Et qui m’a fait l’insigne honneur de publier deux de mes propres livres (biographies intitulées, respectivement, « Oscar Wilde » et « Lord Byron ») NDLA ↩︎

Le peuple français n’est pas antisémite

0
Charles Rojzman. Photo: D.R.

On dit souvent que la France serait une terre d’antisémitisme. Le mot roule de tribune en éditorial comme une sentence définitive, une condamnation sans appel. Mais ma vie dément ce récit fabriqué. Elle en est la réfutation charnelle. Car je dois ma survie non pas aux institutions, non pas aux élites dont la langue est celle de la compromission, mais à un policier qui refusa d’obéir, et à des paysans catholiques du Dauphiné, les Danthon, qui m’ouvrirent leur maison comme on entrouvre une arche pleine de blé et de prières.

Ma mère fut sauvée d’une rafle par un simple fonctionnaire de police. Dans ce geste, rien du spectaculaire. Il n’y eut ni trompette ni panache. Mais la nudité d’un refus, la lumière d’une conscience. Quand tout autour n’était que papier signé, ordres secs, encre qui scellait la persécution, cet homme choisit de ne pas être complice. Sa grandeur fut sans uniforme, sans parole. Elle fut d’un silence d’autant plus éclatant.

Et moi, enfant, je fus recueilli par les Danthon. Leur maison, lourde de pierres, aux poutres noircies, respirait une abondance simple. Le pain sortait du four, les seaux tintaient dans la cour, les chevaux tiraient la charrue comme au temps d’avant l’Histoire. C’était une maison pleine : pleine de voix, de rires d’enfants, de gestes sûrs. À l’intérieur, la chaleur d’un poêle, l’odeur des soupes épaisses, les prières récitées à voix basse. Rien ne manquait, tout y était don.

Chaque soir, Madame Danthon me faisait réciter d’abord le Notre Père, puis le Shema Israël. Deux fidélités, deux prières, qui ne se contredisaient pas dans ma bouche d’enfant. La croix et l’étoile veillaient ensemble sur mon sommeil. Ainsi se révélait la France : non pas la France des tampons et des signatures, mais celle d’une coexistence silencieuse, naturelle, enracinée dans la terre.

Voilà pourquoi je l’affirme : le peuple français n’est pas antisémite. Il ne l’a jamais été dans ses fibres profondes. Ce sont ses élites qui ont trahi. Hier, celles de Vichy, qui signaient, calculaient, collaboraient, offrant la persécution juive sous la forme d’un registre administratif. Aujourd’hui, celles qui trahissent à nouveau, non plus en livrant les Juifs, mais en livrant Israël à la haine, en donnant une onction idéologique à l’antisionisme.

La lâcheté des élites est restée la même : incapacité à nommer l’ennemi, posture du Bien qui recouvre leur reniement. Hier, l’occupant allemand ; aujourd’hui, l’islamisme conquérant. Toujours la même froideur d’encre et de papier, toujours les mêmes mains trempées dans la complicité.

Mais la vérité est ailleurs. Elle est dans les maisons de pierre et de bois, dans la chaleur des foyers, dans la fidélité silencieuse de ceux qui accueillirent sans trembler. Ceux que l’on traite de « réactionnaires » furent alors les vrais résistants : non par discours, mais par chair, par geste, par fidélité.

De cette enfance, il me reste l’image de la brique chauffée sous mes draps, de la soupe partagée, de deux prières s’unissant dans la nuit. Cette image, plus qu’un souvenir, est une leçon : elle dit que la fidélité est plus forte que la haine, que le peuple simple porte la vérité que les élites, hier comme aujourd’hui, ont abandonnée.

C’est pour cela que j’écris. Pour rappeler à la France que son honneur ne fut jamais dans les proclamations de ses élites, mais dans la chaleur obscure de ses maisons paysannes. Hier, ce furent un policier anonyme et la maison des Danthon qui sauvèrent une mère et son enfant. Aujourd’hui encore, ce sont les voix modestes, étouffées, qui pressentent le danger que les élites refusent de voir.

Car l’histoire revient, avec d’autres masques. Hier, la collaboration au nom du réalisme ; aujourd’hui, la compromission au nom de l’antiracisme. La même peur, le même calcul, la même lâcheté sous d’autres habits.

Je veux que la mémoire des Justes juge nos contemporains. Que le visage des Danthon, la main tendue du policier, apparaissent comme un reproche vivant à ceux qui défilent aujourd’hui derrière les drapeaux palestiniens. Qu’on se souvienne : la vraie France n’était pas dans les salons de Vichy, mais dans la cuisine des Danthon, au bord du feu, dans la densité d’une maison pleine. De même, aujourd’hui, elle n’est pas dans les tribunes du progressisme mondain, mais dans le cœur lucide de ceux qui refusent le mensonge.

Voilà le sens de ce témoignage : défendre l’honneur du peuple français contre la lâcheté de ses élites. Rappeler que la fidélité, la vraie, se tient dans une soupe partagée, dans une prière chuchotée, dans la chaleur d’un poêle. Se tient là où la France, la seule France, continue de vivre.

Un casse-tête théodoricien !

0
La Marne. DR.

On est en droit de reprocher à certains polars de proposer des intrigues abracadabrantes, alambiquées, dans lesquelles on commence par patauger et où l’on finit par se noyer. Ici, ce n’est point le cas. Né en 1963 à Château-Thierry dans le plus beau département le France, l’Aisne, Philippe Robin, responsable de l’édition axonaise Nord du journal L’Union, propose, avec son roman La dernière fable, une histoire à la fois simple et singulière.

De quoi s’agit-il ? L’adjudant-chef Frédéric Bordeaux, spécialiste des enquêtes judiciaires, procède à des investigations à la suite d’un cambriolage – lesté d’une course poursuite – perpétré à Chézy-sur-Marne. L’auteur du casse, un banal fumeur de shit, est bien vite arrêté : Pascal Seclasse, 22 ans, de Charly-sur-Marne, trois cambriolages à son actif. Lors de la perquisition diligentée chez le jeune malfaiteur, Bordeaux découvre une jolie boîte en fer pastel « 1670 – Marquise de Sablée – » qui renferme un vieux manuscrit intitulé La chèvre et le bouc. Seclasse l’a dérobée dans la maison de campagne d’Azy-sur-Marne, de Jean Pastenoble, 70 ans, un vénérable universitaire de haut vol, ex-enseignant à La Sorbonne, spécialiste de Jean de La Fontaine. Une manière de vieux daim antipathique. Tout de suite, l’adjudant-chef se demande s’il ne s’agirait pas d’une fable inconnue du célèbre poète castelthéodoricien ? Sa dernière fable ? Il mènera l’enquête jusqu’à son terme et le lecteur ira de surprise en surprise. Bien joué, Philippe Robin !

Le journaliste et romancier Philippe Robin, septembre 2025. Photo : Philippe Lacoche.

« Un homme à fable »

Ce petit livre tout simple, très vif et sans prétention, nous tient en haleine. De plus, il est bien écrit, et l’on sent que son auteur, localier de terrain rompu aux faits divers et aux audiences du Tribunal de grande instance, connaît les rouages des affaires judiciaires. L’ouvrage est également parsemé de bons mots et d’un  humour pince sans rire. Quand le major Dansac confie l’enquête à Bordeaux, adorateur de La Fontaine, il lui glisse : « (…) occupez-vous de  ce dossier puisque vous êtes un homme à fables ! » Par ailleurs, le procureur, Clothilde Ridoux, ne se sépare jamais de son chat surnommé Dalloz, comme la maison d’édition spécialisée en droit, ce qui fait dire à l’auteur que « la proc’ a toujours rêvé d’avoir un greffier à ses pieds ».

L’auteur nous surprend aussi quand il révèle que la séduisante Apolline Bayard, conservatrice du musée Jean de La Fontaine (Frédéric Bordeaux en est secrètement amoureux) est lesbienne et en couple avec Cécile. « Aussi brune que l’autre est blonde, la jeune femme pose un tendre baiser au coin des lèvres d’Apolline et s’assoit auprès d’elle, en lui prenant la main. » C’est trop mignon ! Champagne, svp, mais du Pannier, un cru du sud de l’Aisne ; délicieux !

La dernière fable, Philippe Robin ; à contresens éditions ; 156 p. 

La dernière fable

Price: ---

0 used & new available from

Islamisme: la haute trahison des clercs

0
Un manifestant perturbe le tour d'Espagne à vélo, Madrid, 14 septembre 2025. En haut à droite, le socialiste Olivier Faure © Jon Imanol Reino/GTRES/SIPA - DR.

Le socialiste Olivier Faure veut voir flotter le drapeau palestinien sur toutes nos mairies. En Espagne, son alter ego félicite les casseurs propalestiniens. Jean-Luc Mélenchon fait passer la subversion islamiste en cours pour une « créolisation » réjouissante. L’humeur d’Ivan Rioufol.


Qui arrêtera l’infiltration islamiste en France ? L’invitation d’Olivier Faure à « faire flotter le drapeau palestinien sur nos mairies » le 22 septembre, date de la reconnaissance d’un État palestinien par la France, est une illustration parmi d’autres de la haute trahison des clercs. Le premier secrétaire du PS ne peut ignorer que cet étendard est devenu l’emblème du Hamas terroriste, qui a juré de rayer Israël et les Juifs de la carte. Le drapeau s’est imposé également comme signe de ralliement de la judéophobie qui parcourt l’Europe. Il était aussi arboré le 10 septembre par le mouvement « Bloquons tout ! » cornaqué par LFI.

Jean-Luc Mélenchon est d’ailleurs le premier des soutiens à la subversion islamiste en cours, maquillée sous le dessein d’une « créolisation » de la nouvelle France issue du repeuplement. Mais la gauche perdue a également trouvé, auprès du chef de l’État, un allié dans sa débandade intellectuelle et morale. La décision précipitée de reconnaitre un État palestinien, alors que le Hamas détient encore 50 otages et qu’il ne reconnait pas Israël en retour, est venue de la volonté présidentielle. Son choix a été salué par l’organisation djihadiste, qui y a vu la consécration politique de son pogrom du 7 octobre 2023. La communauté musulmane française saura apprécier le geste du chef de l’État. Le soutien qu’Alain Finkielkraut a apporté à Macron dans cette initiative, non dénuée d’électoralisme communautaire, n’a pu que satisfaire l’Élysée. Ce sont les « populistes », engeance exécrée par Macron, qui alertent contre les renoncements à résister au totalitarisme coranique et à son antisémitisme.

À lire aussi, Elisabeth Lévy: Pour ou contre les juifs ?

La libanisation de la société française ne rencontre aucun obstacle. Le Monde a révélé, lundi, que le Qatar, généreux parrain de l’islamisme colonisateur, possédait notamment 20% des Champs-Élysées, grâce aux avantages fiscaux accordés à l’émirat sous la présidence de Nicolas Sarkozy. L’idéologie islamiste s’est installée dans de nombreuses cités, avec son rituel d’enfants-soldats et d’affrontements contre les symboles de la France, à commencer par les forces de l’ordre. D’autres villes d’Europe, comme Bruxelles ou Londres, ont atteint un basculement démographique qui permet à la charia de régenter certains quartiers. En Espagne, le gouvernement du socialiste Pedro Sanchez a déjà reconnu la Palestine il y a un an. Il ne cache rien de son antisionisme quand il sanctionne Israël pour « mettre un terme au génocide à Gaza », ou quand il avalise l’annulation, dimanche, de la dernière étape de la course cycliste de la Vuelta, perturbée par des pro-palestiniens soutenus par le pouvoir, au prétexte de la présence d’une équipe israélienne.

L’Europe, qui veut guerroyer contre la Russie, se laisse envahir par l’islam anti-occidental. Les Juifs y sont partout des cibles. Seuls les peuples s’inquiètent de l’endormissement des dirigeants. La grande mobilisation de samedi Londres a illustré la vitalité intacte de la société civile. En France, les ingrédients d’une guerre civile sont là. Les répétions s’accélèrent. Qui osera dire aux islamistes : « ça suffit ! » ?

L’espace intergalactique ne fait plus peur

0
"La Bohême" 2025, Opéra de Paris © Monika Rittershaus

Le climat social fortement dégradé de l’arrière-saison, par miracle, n’atteint pas aux hauteurs sidérales où l’inspiration d’un Claus Guth hisse depuis pas loin d’une décennie les protagonistes de La Bohème, opéra mythique s’il en est, must absolu du répertoire lyrique : retranchées les représentations annulées en 2020 pour cause de Covid, on en est à la 3ème reprise de cette mise en scène dans le vaisseau spatial de l’Opéra-Bastille, avec plus de deux-cent représentations au compteur depuis 2017 ! La régie qui faisait scandale il y a huit ans est accueillie avec un franc succès par le public de 2025.
Après la translation, en mars dernier au Palais Garnier, du spectacle créé au Festival d’Aix-en-Provence en 2022 Il Viaggio, Dante, du grand compositeur contemporain Pascal Dusapin, reparaît donc à Paris l’iconoclaste scénographe allemand sous les auspices de Puccini, dans la célébrissime adaptation, par le compositeur transalpin, des Scènes de la vie de bohème, de Henry Murger, opéra millésimé 1896, donc entre Manon Lescaut (1893) et Tosca (1900), pour situer.
Chez Guth, exit donc l’atmosphère fiévreuse du « café Momus », la jeunesse insouciante et fauchée se chauffant autour du poêle d’une mansarde au quartier latin. À distance de toute littéralité, Rodolfo et Mimi, Musetta, Marcello, Shaunard et Colline sont ici en perdition à bord d’une navette spatiale, astronautes épuisés, en manque d’oxygène, revivant nostalgiquement leur jeunesse enfuie, dans une odyssée terminale en apesanteur et dans le compte à rebours d’une fin inexorable. Défile le ruban du journal de bord de la capsule spatiale en détresse, qui finira par s’échouer, atterrissage forcé, au troisième tableau, au cœur d’un paysage lunaire sur lequel tombe continument une bruine neigeuse de minuscules flocons. Le passé revécu sous une forme hallucinée où perdure, hanté par la mort, le souvenir des jours heureux…
Au pupitre, le chef vénézuélien Domingo Hindoyan succède à Michele Mariotti pour cette reprise, direction musclée, aux coloris chatoyants, soutenue par un Orchestre de l’opéra de Paris à son meilleur. Si Mimi, la maîtresse tuberculeuse du jaloux Rodolfo, faisait merveille au soir de la première sous les traits de la soprano australienne Nicole Car (rôle repris par la chilienne Yaritza Véliz à partir du 2 octobre, pour ses débuts sur le plateau de la Bastille), l’Américano-austro-guatémaltèque Andrea Carroll se découvrait en Musetta dans une performance amoindrie par des aigus quelque peu stridents. Charles Castronovo, superbe Adorno l’an passé sur cette même scène dans Simon Boccanegra, campe encore Rodolfo comme il y a deux ans, rôle repris à partir du 2 octobre par le ténor américain Joshua Guerrero, irremplaçable dans le répertoire italien. Une distribution de belle tenue globalement, en somme, mais dans laquelle domine, divine surprise, le bronze galbé de la basse grecque Alexandros Stavrakakis, au phrasé d’une rondeur, d’une générosité qui donnent le frisson, dans le rôle du poète philosophe Colline, dont l’air final sublime du dernier tableau – « ora che i giorni lieti fuggir, ti dico : addio, fedele amico moi. Addio, addio » (maintenant que les beaux jours se sont enfuis, je te dis adieu, mon fidèle ami. Adieu, adieu) – vaudra d’ailleurs au chanteur, le soir de la première, une ovation émue de la salle, tétanisée.


La Bohème. Opéra en quatre tableaux de Giacomo Puccini. Avec Nicole Car/Varitza Véliz, Andrea Caroll, Charles Castronovo/Joshua Guerrero, Etienne Dupuis, Xiaomeng Zhang, Alexandros Stravrakakis… Direction : Domingo Hindoyan. Mise en scène : Claus Guth. Orchestre et chœur de l’Opéra national de Paris. Maîtrise populaire de l’Opéra Comique.
Opéra Bastille les 19, 23, 27, 30 septembre, 2, 8, 11, 14 octobre 2025 à 19h30, le 5 octobre à 14h30. Durée : 2h30

La droite française est-elle trop bien élevée?

0
L'Argentin Javier Milei apporte une tronçonneuse à Elon Musk, conférence CPAC 2025 à Washington, 20 février © UPI/Newscom/SIPA

« Ma mission est de botter le cul aux collectivistes de merde. » On n’imagine guère François-Xavier Bellamy tenir pareil propos lors d’un meeting de son parti. François-Xavier Bellamy est très bien élevé, respectueux, pacifique, et nul ne songe évidemment à le lui reprocher. Il incarne parfaitement la droite traditionnelle, passée par les meilleurs lycées, ayant lu les meilleurs livres, s’étant agenouillée devant les plus beaux prie-dieu. Il fait honneur à ce qui nous distingue de la gauche.

Tax the rich !

Seulement, quelque chose est cassé dans le mécanisme de la droite française, comme si le socialisme avait fini par la dompter. Économiquement, elle ne se différencie plus du centre. Elle parvient encore à faire les louanges de l’entrepreneuriat et de la croissance, mais c’est toujours du bout des lèvres, pour esquiver la mortelle accusation d’être du côté des riches. Elle défend à peu près la culture classique et chrétienne, mais avec de faux airs grandioses qui sonnent creux comme des tombeaux. Jeanne d’Arc, de Gaulle, qui d’autre ? On a vite fait le tour de ses références sans substance. Une prudence d’écolière la pousse à préférer les citations convenues, glanées sur Google, au vrai charisme surgissant de l’improvisation. Elle ne dégoûte ni ne jouit. Elle barbe.

Elle tient ce caractère trop policé, ou ce manque de caractère, à plusieurs éléments constitutifs de sa nature profonde. Elle est aristocrate par naissance. Grandie dans la très-sainte horreur de la guillotine, elle est plus douée pour le menuet que pour la sensualité. Ses excellentes manières ne sont jamais tirées à suffisamment d’épingles pour son public le plus tradi, obsédé par la perfection raide des rites dominicaux. Son savoir-vivre tout en lodens et en barbours ne laisse jamais voir une courbe. Ses jeunes s’autorisent jeans et t-shirts, mais, sitôt trentenaires, ils rentrent dans le rang de l’entre-soi. Exemple éloquent : la droite française est un monde où, si l’on a le malheur de prononcer un mot d’anglais, langue honnie entre toutes, on se voit illico coller une amende par Radio Courtoisie. Désolé, mais ces gens sont chiants.

Snobinards

Son âme aristocratique – qui n’a d’aristocratique que l’adjectif, car les seigneurs d’antan tenaient certainement davantage de la gaudriole que de l’académisme – fait pencher notre droite du côté du snobisme. Faire peuple est vulgaire. Le paysan est bien sympathique, pourvu qu’il soit tenu à distance. Nous n’avons pas élevé les cochons ensemble. Être de droite peut vous amener à flatter le postérieur des bovidés lors des Salons, toutefois, le geste sera appuyé avec une telle ostentation que personne n’y croira. Dans la vraie vie, le paysan ne met pas de mains aux fesses de la Noiraude. Il la fait paître, la trait et la mange. Finalement, les vaches de Chirac sont plutôt à ses yeux d’amusantes métaphores de la gent féminine. Ce n’est pas que la droite n’aime pas la populace ni les pauvres, mais, comprenez-vous, le sans-culotte est de gauche et nous n’avons rien à faire avec cet olibrius. Sachons en toutes circonstances faire preuve de l’éloignement qui sied au bourgeois.

A lire aussi: Les quatre vérités de Michel Audiard

Pourtant, dit le proverbe, « les idées sont de gauche et le style de droite ». Mais cela était vrai jadis, lorsque Jean Dutourd écrivait au Figaro, lançant des formules aussi gratuites que définitives, se moquant bien de ce qu’allaient en penser les patrons ou les dames pipi. “L’exactitude est la politesse des montres”, souriait-il derrière sa moustache. La formule aurait pu être de Michel Audiard, autre genre d’impertinent de droite. Je vous parle là du temps où un chat était un chat, un con un con, et la liberté de ton chose guère négociable. De son style et de son insouciance, que reste-t-il à la droite aujourd’hui ? Autant l’admettre : rien. Je ne citerai pas de noms, puisqu’il faudrait tous les pointer du doigt. Que l’on me montre simplement un seul politicien de droite, un seul chroniqueur, un seul influenceur – comme ils se décrivent eux-mêmes, oubliant qu’ils sont admirés d’esprits infantiles, affreusement influençables -, une seule plume contemporaine de droite dont la forme égale celles des années soixante, sans même parler de celles des années quarante, et dont on conserve les meilleurs aphorismes tels des trésors. Philippe Muray nous a quittés et son cimetière est peuplé d’éléphanteaux dispensables, qui l’imitent mal en barrissant. Sans doute l’auteur de ces lignes n’est-il pas le dernier, du reste. Nul ne vaut mieux que son époque.

Peuple de droite

L’électorat n’est guère plus brillant. On n’apprendra à personne que la foule de droite est timide, angoissante à force d’être angoissée, quand elle n’est pas carrément couarde.

Il n’y pas loin du tiède au pisse-froid, et la prudence peut faire aisément passer pour stupide. Alain Besançon : « En France, le catholique rase les murs ». Il les rase si bien qu’il rase tout le monde. Un interview d’électeur de droite donne souvent des envies de cordes et de tabourets. « Je crois en la France qui est le plus beau pays du monde de mes ancêtres qui ont donné leurs vies pour que je sois libre de défendre mon identité et la transmettre à mes quatre enfants, Thérèse-Marie, Marie-Thérèse, Clovis et Charlemagne ». Allez-vous étonner, avec cela, que la droite n’ait plus accédé au second tour depuis maintenant treize ans, bientôt quinze. Les bénitiers, combien de divisions de grenouilles, quand il s’agit d’affronter le monstre le plus parfait de toute l’histoire de la politique, le socialisme ? 

On ne vainc pas le socialisme avec des gants beurre frais. On n’étripe pas vivante l’idéologie qui a accouché de Bakounine, Lénine, Staline, Trotsky, Mao, Castro, Guevara, Pol Pot, la dynastie Kim, Xi Jinping, et ses produits dérivés français, Thorez, Doriot, Mitterrand, Mauroy, Marchais, Hollande, Mélenchon, et on est très loin d’en voir le bout, si l’on s’interdit tout écart de langage : on ne casse pas la gueule à un alligator avec un fleuret moucheté.

De tous les socialismes apparus à la surface de la Terre, le français est un des plus coriaces. Menteur professionnel à l’instar de ses aînés, mais plus souple que la plupart, plus habile, patient, extraordinairement hypocrite, virus mutant autant de fois que nécessaire pour survivre, se reproduisant sous mille formes apparemment contradictoires, il doit être agressé au visage, directement, de face, jusqu’au sang de ses slogans, jusqu’à la moelle de ses croyances, et en l’appelant par son nom, socialisme, et non sous des appellations inventées à la hâte et qui se mordent la queue, tel le social-étatisme de Lisnard (où a-t-il vu qu’il existait un socialisme sans étatisme ?) ou le socialisme mental de Marion Maréchal (à quoi bon préciser, petite effrontée, puisque le socialisme est, fondamentalement, un trouble de l’intelligence !) L’idéologie socialiste est intégralement mauvaise et doit être dénoncée avec une détestation sans mélange, que l’on pimentera si l’on veut d’un soupçon de haine pamphlétaire, car on a le droit de torturer des idées et de les tuer plusieurs fois par jour, et d’y prendre un plaisir visible : il n’y a là jamais mort d’homme. Si l’assassin de Kirk s’était contenté de tirer sur ses idéaux à la mitrailleuse lourde, Kirk serait toujours en vie. Donc, bombardez le socialisme français, et qu’il n’en reste pas pierre sur pierre. Broyez-le. Insultez-le, injuriez-le, salissez-le, couvrez-le de toute la boue qu’il est, du moment que vous dites sur lui la vérité la plus pure. Une eau intarissable coulera sous les ponts avant que vous n’ayez dévoilé l’étendue de ses vices et de ses crimes. Lâchez-vous, que le sac des accusations soit enfin renversé sur sa tête de bureaucrate. Soyez irrespectueux par tous les nerfs de votre revanche.

A lire aussi: Tabou mémoriel et salutaire rappel historique du fléau totalitaire

Et, pour finir, venons-y : dites des gros mots. Guevara est-il une belle saloperie ? Oui. La science historique est formelle. Affirmez donc sans hésiter que le Che est une belle saloperie, criez-le s’il le faut, chantez-le et dansez, et ne laissez personne baisser le volume. Le mezza-voce de la droite française n’est plus tolérable. Notre galanterie a assez duré et elle explique trop de nos échecs. Vous défendez cent millions de morts, que diable ! Ils vous regardent. Ils comptent sur vous. Ils ont besoin d’une revanche verbale. C’est bien le moins que nous leur devons. Tant pis pour le bruit. Nous avons un droit imprescriptible au tapage : c’est notre tour. Et mettez-y de l’humour. Beaucoup. Trop ! Nous avons tant de retard. Effaçons un siècle de têtes d’enterrement.

Ce que veulent l’électeur de droite, le lecteur de droite, le quidam silencieux et propre sur lui – plus pour très longtemps -, c’est être épaulés, protégés, défendus et précédés par des gens grossiers et vulgaires qui leur ouvrent la voie. Je ressens le besoin que plus célèbre que moi dise à Sandrine Rousseau d’aller se faire voir. Finkielkraut se lance de temps en temps et c’est très agréable à observer, et il donne l’exemple. Quand Zemmour ose « C’est du foutage de gueule », cela fait du bien à la nation. Ça ouvre les fenêtres. On respire. La France sent moins le renfermé – et les intellectuels de gauche sont indisposés, ce qui est un excellent début. Piquez Piketty au vif. Mettez le camarade Jean-Luc en pétard : il n’est jamais mieux dénoncé que par ses hurlements. « Ma mission est de botter le cul aux collectivistes de merde. » Merci, Milei. Voilà comment nous aurions dû et devons apprendre à nous exprimer. Il est temps de nous munir d’un nouveau dictionnaire.

Le Christ nous ordonne de tendre la joue gauche. Tout honneur et toute gloire lui reviennent, et malheur à celui qui malmène un ami ou un frère. Cependant, nous avons des ennemis, ils veulent nous faire taire, nous ne méritons pas d’être ainsi réduits au silence, le réel nous appelle au secours, la plupart d’entre nous ne feraient pas de mal à une mouche, et certains emmerdeurs méritent de sérieux coups de pompe où je pense.

Qui va protéger la police ?

0
Nantes, 18 septembre 2025 © Sébastien Salom-Gomis/SIPA

La justice et l’État doivent rétablir sans faiblesse l’autorité policière, car la violence des voyous a inversé le rapport de force ces dernières années et menace la société française, analyse Philippe Bilger


Ce qui me surprend, c’est l’étonnement qui saisit la plupart des citoyens, ainsi que le retentissement médiatique qui l’accompagne, à chaque agression de policiers par ceux qu’on peut qualifier de voyous.

La peur doit changer de camp

Comme si, depuis quelques années, la police n’avait pas peu à peu perdu la main et l’initiative, face à des groupes malfaisants qui ont littéralement pris le pouvoir. À la force légitime de l’État, ils opposent désormais la violence illégitime, parfois jusqu’au crime, sans l’ombre d’un scrupule ni la moindre mauvaise conscience.

Un exemple récent : à Reims, en plein centre-ville, sept policiers ont subi « un véritable lynchage » de la part de plusieurs hommes[1].

Si l’on se contente de déplorer la multitude de résistances, de désobéissances et de violences dont les policiers sont chaque jour les victimes, avec ce constat accablant qu’ils ne peuvent jamais aller jusqu’au bout de ce que la loi les autorise à faire pour se défendre eux-mêmes ou protéger autrui, on passe à côté de l’essentiel : la profondeur du changement qui a bouleversé leurs rapports avec les citoyens qu’ils doivent contrôler ou interpeller[2].

A lire aussi: La dérive climato-gauchiste de Monique Pinçon-Charlot

Certes, j’admets que ce n’est pas d’aujourd’hui que le civisme est défaillant. Ceux qui ont quelque chose à se reprocher cherchent depuis toujours à échapper à l’action policière. Mais, longtemps, cette attitude n’a été que la conséquence des initiatives prises par les fonctionnaires de police eux-mêmes. Ils n’étaient perçus comme des ennemis par les malfaisants que lorsqu’ils s’en prenaient à eux de leur propre autorité.

Ce qui a changé, avec une intensité accrue depuis quelque temps, c’est que les voyous, dans le rapport de force, sont dorénavant en position de dominants. Ils n’attendent plus d’être interpellés, ils prennent les devants, organisent des agressions, préparent leurs mauvais coups, mettent en place des pièges, de prétendus appels au secours. Forts de leur nombre et de l’impossibilité d’établir la preuve individuelle, ils peuvent attaquer – parfois massacrer – les policiers envoyés sur place, souvent en toute impunité.

Une société française à feu et à sang

Si les autorités n’appréhendent pas lucidement cette véritable révolution de la lutte contre la délinquance, avec le devoir d’assurer, bien davantage qu’hier, la sauvegarde des fonctionnaires de police, en service comme dans leur vie privée, notre société continuera d’être à feu et à sang. Avec, pour les transgresseurs, ce sentiment pervers de pouvoir tout se permettre, puisqu’aucune réponse ne viendra démontrer l’efficacité et le volontarisme de l’État et de ses relais.

Qu’on songe à l’accroissement des refus d’obtempérer et aux conséquences souvent dramatiques qui en résultent pour les policiers. Je laisse de côté ici mon opinion judiciaire sur la mort de Nahel, en espérant que la future cour d’assises saura recouvrer la raison et opérer un partage équitable entre les donneurs de leçons en chambre et les contraintes implacables auxquelles les forces de l’ordre sont confrontées.

Ce seul exemple suffit à mesurer combien il est aujourd’hui plus que jamais nécessaire de protéger la police, d’instaurer une responsabilité collective afin que le groupe violent ne puisse plus échapper à sa culpabilité globale, et de refuser, avec l’énergie la plus extrême, la présomption de culpabilité qui confond les rôles, les fonctions et les légitimités.

Cette prise de conscience, le ministre de l’Intérieur Bruno Retailleau l’a faite depuis longtemps, et sa résolution paraît entière pour remédier à cette inversion des culpabilités. J’attire toutefois son attention sur l’absurdité des doubles enquêtes, judiciaire et disciplinaire. Cette dernière vient comme un procédé mécanique laisser croire à une possible faute policière, alors que, la plupart du temps, la réalité suffirait à dissiper ce soupçon et justifierait un classement rapide.

L’est une entreprise de longue haleine qui devra être menée, bien au-delà de la seule question des moyens réclamés par la police. C’est la psychologie collective et politique qu’il faut changer. La police n’est pas l’ennemie. Les ennemis, ce sont les voyous.


[1] https://www.leparisien.fr/marne-51/violente-agression-nocturne-de-policiers-a-quelques-metres-du-commissariat-de-reims-15-09-2025-MZFWOODVGNA7DEJMPYJADXPLGA.php?ts=1758009151839

[2] https://www.lefigaro.fr/faits-divers/un-collegue-a-vu-sa-maison-taguee-avec-son-nom-et-ce-message-t-es-mort-la-colere-des-policiers-face-a-l-explosion-des-agressions-20250916

L’instant Retailleau?

0
Le ministre de l'Intérieur Bruno Retailleau photographié à Paris le 10 septembre 2025 © Gabrielle CEZARD/SIPA

Les fichés S d’extrême gauche sont dans la rue ! 80 000 policiers et gendarmes sont de nouveau mobilisés en ce jour de manifestations pour tenter de maitriser les débordements…


Je ne vous apprendrai rien en vous disant que, en ce jour du 18 septembre 2025, la chose la mieux partagée par les populations, chez nous en France, n’est autre que la galère.

Grève et manif’ à tous les étages, pour ainsi dire. Si l’on se réfère aux préavis syndicaux et aux prévisions médiatiques, il n’est pratiquement pas un seul secteur de la vie du pays qui ne risque de se trouver, sinon bloqué, du moins, fort perturbé. Comme à l’accoutumée, environ 99% des personnes affectées – emmerdées serait plus proche de la réalité des choses, mais je tiens à rester correct – sont dans l’incapacité totale de faire quoi que ce soit pour résoudre les difficultés incriminées et adoucir le sort des récriminants. C’est ainsi. La sacro-sainte règle du jeu en la matière.

Mais il y a ceux, bien sûr, qui défilent et manifestent. C’est leur droit. Un droit inscrit dans le marbre constitutionnel. Il y a aussi ceux qui cassent, brûlent, saccagent, vandalisent, agressent le policier, le gendarme. « Black bloc » est la dénomination dont on les gratifie depuis quelque temps déjà. J’y vois quant à moi une affligeante résurgence des milices fascistes d’avant-guerre. Pour quel Duce roulent-elles au fond (Peut-être même à l’insu de leur plein gré) ? Poser la question en ces termes revient en gros à y répondre. Interrogation purement rhétorique, donc.

Et puis il y a M. Retailleau, le ministre de l’Intérieur. L’homme en charge de faire en sorte que le bordel XXL demeure dans des limites républicainement acceptables. Tâche délicate. Responsabilité énorme. Ses services envisagent la grande marée. 800 000 personnes. Un presque tsunami en comparaison des 200 000 du tour de chauffe du 10 de ce mois. Parmi cette foule, ces mêmes services redoutent les sauvageonneries de quelque 8000 durs de durs. Dont 2500 étudiants, ces derniers en plus grand nombre, donc, que l’autre fois, puisque les cours dans le supérieur ont repris. Cette hausse s’explique par le fait que l’étudiant en vacances a mille autres choses à foutre que de battre le pavé en beuglant des slogans. Cela est bon pour le temps de l’étude, mais certainement pas en dehors. Il ferait beau voir…

Face à ces perspectives fort peu engageantes, le ministre a procédé à la même mobilisation que la semaine dernière en matière de forces de l’ordre : 80 000 policiers et gendarmes. Pour eux, ce jour est jour de peine. Pis que galère. Insultes, crachats, caillasses, barres de fers, boulons, cocktails machins, poubelles à la volée. Toute la panoplie. Malgré cela, un impératif : rester maître de soi, garder son sang-froid, ne pas offrir au Duce évoqué plus haut et à ses sbires la bavure sanglante qu’ils espèrent tant. Et qui embraserait tout. Cette fois, vraiment tout. On ne le dira jamais assez : ces policiers, ces gendarmes méritent infiniment mieux que le sort, le traitement, la considération que la nation consent du bout des lèvres à leur accorder.  À bon entendeur…

M. Retailleau, disais-je.

Eh bien, en sa qualité de gardien-chef de l’ordre républicain, il joue gros. Très gros. Pour tout dire, ce pourrait être son instant, quelque chose comme son heure de gloire. Si lui-même et ses troupes parviennent à maintenir cet ordre républicain, à limiter les dégâts, à éviter les drames, alors il aura été l’homme de la situation, celui qui mérite la reconnaissance des populations. Ce qui ne serait pas d’un mince intérêt s’il venait, lui aussi, à se voir partant pour la lutte finale. Je veux dire, 2027, la quête élyséenne.

L’ironie de l’histoire est que, en poussant à la révolte, à la subversion, en lâchant leurs meutes, M. Mélenchon et ses séides n’auraient fait au bout du compte que dégager encore un peu plus la voix qui pourrait bien le conduire, le ministre du jour, à la magistrature suprême. Ce serait rigolo, non ?… Cela, on l’aura compris, à la condition que les choses se passent relativement bien. Et c’est évidemment ce qu’on peut souhaiter, certes à M. Retailleau, mais avant tout et surtout au pays qui, vraiment, est à des années lumières de pouvoir s’offrir ce genre de chamboule-tout stérile autant que ruineux.

Cela dit, je ne voudrais pas rester sur une note pessimiste. En marge de l’article du Parisien d’hier qui détaillait le programme des douteuses festivités et les mesures arrêtées par le ministère, figurait une réclame de l’enseigne E. Leclerc annonçant le sachet d’endives catégorie 1 de 1kg au prix de 1,89 euros. Voilà, me dit-on, qui va très exactement dans le sens de la mère des revendications du jour, le pouvoir d’achat. Que voulez-vous, par les temps qui courent, le positif, le revigorant, on le déniche où on peut…

LES TÊTES MOLLES - HONTE ET RUINE DE LA FRANCE

Price: ---

0 used & new available from

Mobilisation, piège à cons!

0
Mouvement "Bloquons tout" devant le lycée Claude Monet à Paris, le 10 septembre 2025 © HENRI WELSCHINGER/OLA NEW/SIPA

Plus de la moitié des Français soutiendraient la journée d’action, selon un sondage Elabe/BFMTV. Pour Elisabeth Lévy, les gens vont dans la rue pour de mauvaises raisons.


56 % des Français soutiennent ou ont de la sympathie pour le mouvement social du 18 septembre, 25 % le désapprouvent. Si on interrogeait les commerçants, les indépendants ou tous ces gens dont beaucoup se sont levés à 4 heures du matin pour travailler, le résultat serait certainement très différent. Leur problème, ce ne sont pas des jours fériés qui pour eux sont souvent travaillés, mais les journées de chiffre d’affaires perdues, les pillards et les casseurs. En tout cas, il n’est pas sûr que l’adhésion soit aussi élevée ce soir si les Black bloc et des militants chauffés par toutes sortes de discours cassent, agressent des policiers et offrent des images de guérilla urbaine – cela dit, on ne sait pas comment cela va se passer, espérons que cela soit calme.

Cependant, ce succès demeure très étonnant. On proteste contre un budget qui n’est plus sur la table et contre un gouvernement démissionnaire. Essentiellement, il s’agit d’une grève des fonctionnaires et assimilés, mobilisés par leurs syndicats. Ces derniers parlent du budget comme d’un « musée des horreurs », d’une brutalité « sans précédent » à propos du projet de suppression de 3000 postes de fonctionnaires et du non-remplacement d’un départ à la retraite sur trois. Si ça, c’est l’Angleterre de Dickens, on n’est pas rendus… Enfin, l’outrance de l’extrême gauche devrait être un repoussoir.

Comment expliquer cette popularité ?

Plutôt par de mauvaises raisons. La haine du président Macron est devenue délirante. Je n’ai aucune excuse à trouver à sa politique, mais stop aux caprices : vous l’avez élu, alors vous en avez pris pour cinq ans – en démocratie, on assume son vote ! La grève par procuration me semble toutefois moins massive qu’en 1995 quand les cheminots avaient réussi à faire avaler à tout le monde (dont votre servante) que les cheminots ne se battaient pas pour leur retraite mais pour la République… Aujourd’hui, les citoyens convaincus sont vraisemblablement solidaires des policiers, des infirmières ou des profs. Mais, aucune économie ne sera possible sans diminuer notre ultra-pléthorique fonction publique d’une façon ou d’une autre. Sinon, on ne va jamais s’en sortir.

Il y a ensuite toujours ce consensus suicidaire contre la réforme des retraites, ce refus de tout réalisme qui revient à écraser les jeunes actifs sous les cotisations. C’est désolant. Mais non : que les Français vivent plus longtemps n’y change rien, leur retraite est un droit sacré !

Enfin, la croyance qu’on s’en sortira en faisant payer les riches est massivement partagée. Pourtant, nous ne nous appauvrissons pas parce qu’il y a des milliardaires mais parce que nous produisons moins de richesses. Certes, ce n’est pas juste, parce que l’effort pèse sur ceux qui travaillent mais on a déjà le système le plus redistributif du monde développé. La France va encore se lancer dans un débat absurde et on finira par taxer l’outil de travail.

J’enrage de découvrir que les syndicats de lycéens ont appelé à des blocages. Et je rêve d’un pays où les jeunes manifesteraient pour leur droit d’apprendre la littérature. En attendant, tant que chaque Français pensera que c’est aux autres de faire un effort, il n’y aucune chance d’enrayer la spirale du déclin.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale