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Luc Dellisse, cœur aventureux

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Vingt nouvelles par un auteur belge dans la tradition du réalisme magique.


Dans Libre comme Robinson. Petit traité de vie privée (Les Impressions nouvelles), Luc Dellisse livrait quelques réflexions aussi salubres qu’impertinentes sur le nouveau monde qui vient, celui de la « ruche planétaire » et sur la manière, bien concrète, de gagner ces maquis qui résistent à la grande mise au pas. L’essai m’avait frappé par son indépendance d’esprit, par la peu commune vigilance que l’auteur  exerce pour préserver sa liberté intérieure, qui me fait songer à la figure de l’anarque jüngerien (et non pas l’arnaque, chers lecteurs !), rebelle inflexible au Léviathan.

Échapper à l’enlisement

Avec Le Sas, recueil de vingt nouvelles, toujours dans le même état d’esprit, Luc Dellisse chante « le divin imprévu » cher à Stendhal, et aussi, pour évoquer à nouveau mon cher Jünger, cette mise en garde du Cœur aventureux contre le plus grand danger qui soit, « celui de laisser la vie nous devenir quotidienne ». Par la grâce d’une prose sèche, à la belle densité, l’écrivain s’y montre attentif aux signes avant-coureurs de l’aventure, de ce basculement parfois minuscule, qui nous permet d’échapper au fatal enlisement. Ces vingt nouvelles, dont certaines aux lisières du réalisme magique, celui d’un Gérard Prévot par exemple, décrivent comment le personnage principal, double de l’auteur, saisit la perche tendue par le destin pour rebondir sans jamais perdre ce bonheur d’exister auquel il refuse de renoncer. Parfois drôle, toujours subtil, jamais creux, encore moins verbeux, Luc Dellisse, cœur aventureux, se révèle poète et géomètre de l’âme.

Luc Dellisse, Le Sas, Editions Traverse, 155 pages

Françoise Gatel, dans le flou comme une vraie centriste

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Cinq ans après la tuerie de Charlie Hebdo, sur la chaîne Public Sénat, une sénatrice Union Centriste (UC), Françoise Gatel, barbote dans des considérations au ras des pâquerettes sur le voile et sur le journal Valeurs actuelles.


 

Le 2 janvier, Public Sénat rediffusait l’émission « Questions aux Sénateurs » du 7 novembre 2019. Durant une heure, Françoise Gatel, sénatrice UC de l’Ille-et-Vilaine, y répondait aux questions du journaliste de la chaîne parlementaire. Élue au Sénat en 2014 sur une liste d’union UMP-UDI, Françoise Gatel a été maire de Châteaugiron de 2001 à 2017, date à laquelle elle abandonne son mandat de maire pour se conformer à la loi sur le non-cumul : « Maire, c’est ce qu’il y a de plus formidable, répète-t-elle (…) A un moment j’ai dû choisir ou trancher entre ma fonction de maire et ma fonction de sénatrice. J’ai beaucoup hésité. Mais maire c’est juste formidable. »

Elle dut abandonner également sa présidence de l’Association des Maires d’Ille-et-Vilaine et sa vice-présidence de l’Association des Maires de France. Dans la foulée de ces abandons imposés par la loi, la voici élue secrétaire du Sénat et siégeant, de ce fait, au Bureau de cette institution auprès du Président Gérard Larcher. Comme tous les centristes, elle a soutenu en 2016 Alain Juppé lors de la primaire organisée par les Républicains en vue de l’élection présidentielle. Elle a été élue Présidente de l’UDI de l’Ille-et-Vilaine et Vice-présidente de l’UDI au plan national. Bref, un poids lourd de ce parti européiste qui, emmené par Jean-Christophe Lagarde, son Président, obtiendra 2,5 % des voix aux élections européennes de 2019 et n’aura aucun élu au Parlement européen.

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Briguera-t-elle un nouveau mandat de sénateur fin septembre 2020 ? La question ne lui est pas posée. On peut le supposer, les sénateurs renouvelables étant, à la veille des élections sénatoriales, prioritaires pour passer sur la chaîne parlementaire comme pour interroger un ministre lors de la séance des questions d’actualité au Gouvernement retransmise en direct à la télévision. Tout cela est banal dans les coulisses du cirque démocratique : pas de politique sans visibilité, pas de visibilité sans image. Françoise Gatel soigne la sienne avec une pointe d’originalité. Cette élue de la République, née en 1953, aura, si elle se représente, 73 ans à l’expiration de son second mandat en 2026. Les cheveux gris coiffés en brosse, une grosse paire de lunettes rondes pour créer la surprise dans un visage carré, elle est habillée d’une vareuse anthracite à col roulé qui lui donne un air décontracté s’harmonisant parfaitement avec la bonhommie de son timbre de voix. Pendant une heure, elle ne dira pas grand-chose mais réussira à donner l’image d’une femme modérée, ancrée dans son département et soucieuse d’améliorer la vie de ses compatriotes. Elle évoquera notamment le cas d’un jeune guinéen que l’on a aidé à avoir des papiers et qui s’en est sorti. « Il faut que l’école, elle permette à tous les enfants de s’en sortir, et puis il faut que les jeunes, ils aient envie, quoi ; il faut qu’ils aient de l’enthousiasme et de l’espérance ».

Sympathique, mais encore?

Françoise Gatel adore les champignons mais avoue qu’elle est lassée, en fin de saison, de faire des omelettes. Le personnage paraît fort sympathique d’un bout à l’autre de l’émission au point qu’on s’en voudra d’avoir été sous son charme alors que l’ennui et l’irritation ne cesseront de grandir devant le vide et le flou de ses propos. Du côté du journaliste, l’entretien commence fort :

– Je voudrais commencer, avant qu’on parle du Sénat, par un point d’actualité. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a accordé une interview à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Vous l’avez lue ?

-Je l’ai parcourue.

-Valeurs actuelles, c’est un hebdomadaire d’extrême droite. Qu’est-ce que vous en pensez, du fait que le Président de la République, c’est une première en France…

Si la sénatrice ne suit pas le journaliste sur cette pente au motif qu’elle défend le pluralisme, son approbation du jugement à l’emporte-pièce porté sur l’hebdomadaire servira d’enseigne à tout l’entretien et notamment à la séquence relative au port du voile dont l’inconsistance est préoccupante.

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Le jeune journaliste est un parfait représentant du politiquement correct, qui plus est imprudent, puisqu’il commence l’entretien en fonçant tête baissée dans le mur. Au bout de quarante-cinq minutes d’entretien, Françoise Gatel lui expliquera en effet que « Gérard Larcher est un bon Président du Sénat » et que « sur tous les bancs (…) chacun reconnaît sa compétence, son esprit constructif » – ce qui n’est pas faux, car il est très respectueux des petits jeux politiciens auxquels chacun est assujetti dans son département et au sein de sa propre famille politique. On pourrait s’attendre à ce que le journaliste, fidèle à son indignation, interrompe la sénatrice : « Mais Françoise Gatel, comment pouvez-vous penser cela ? J’ai appris que le Président Larcher a déjà reçu, en son bureau du Sénat, François d’Orcival qui est membre de la Commission éditoriale de Valeurs actuelles ! » Bien entendu notre jeune journaliste, non seulement l’ignore, mais n’imagine même pas que cela soit possible, encore moins que ce soit d’autant plus normal que Valeurs actuelles n’est en rien un magazine d’extrême droite, comme le politiquement correct médiatique tente d’en accréditer l’idée.

Il faut écouter l’interview conduit par ce journaliste : aucune question de fond n’est posée, aucun sujet n’est creusé. On est dans un jeu de rôle mondain. D’où le flou dans lequel la sénatrice a tout loisir de se réfugier. Comme le répétèrent en boucle les commentateurs de la réforme des retraites, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le loup ici – soyons attentifs à l’origine de l’expression – c’est le « loupé » de la perception. « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », écrivait Charles Péguy dans Notre Jeunesse. Pourquoi est-ce si difficile ? Tout simplement parce que voir le réel oblige à se libérer de l’idéologie qui le dissimule, et que, l’idéologie étant ce que l’on a en partage avec d’autres, avec ses amis politiques notamment, s’en dégager conduit tôt ou tard non seulement à prendre ses distances avec eux, mais à les combattre.

Un entretien révélateur

Comme on va le vérifier dans la séquence de l’entretien relative au port du voile, l’idéologie est d’autant plus résistante (ce qui n’est pas incompatible avec son inconsistance) que la lecture des ouvrages traitant de l’avancée de l’Islam en France et en Europe est depuis trop longtemps négligée. Comment peut-on éviter une telle négligence dans un parti quand certains de ses responsables prétendent qu’il n’y a plus d’intellectuels en France ?

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Or, rien ne se conçoit bien sans les livres. Aussi est-il nécessaire pour appréhender les menaces qui pèsent sur le pays de lire Georges Bensoussan, Malika Sorel-Sutter, Michèle Tribalat, Bat Ye’or, Christopher Caldwell, Gilles Kepel, Matthias Küntzel, Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut, Bernard Rougier, Hugo Micheron, d’autres encore. C’est la seule façon de commencer à penser contre soi, contre le confort de ses préjugés et la naïveté de ses sentiments. Sans ces lectures, le parlementaire aura beau regarder tomber la pomme, il n’aura jamais accès à la loi de la gravitation universelle.

Voici donc la fameuse séquence relative au voile :

-Récemment le grand débat au Sénat, ça a été aussi la proposition de loi des Républicains sur l’interdiction du port du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires. Qu’est-ce que vous avez voté ?

-Moi, je n’ai pas voté cette proposition de loi.

-Vous avez voté contre.

-Je reconnais, j’entends la question parce que je pense qu’il ne faut pas, c’est le cas de le dire, se voiler la face, c’est-à-dire il y a un vrai sujet autour de ça. Moi, j’ai présenté une proposition de loi pour l’encadrement des écoles privées hors contrat, on voit des choses un peu folles, voilà, qui naissent d’un islam politique qui n’est plus un islam religieux, donc je suis à l’aise avec ces sujets et que, moi, je ne suis pas du tout favorable à ce qu’on porte le voile dans la rue si c’est un signe de soumission.

-Dans la rue ?

-Euh, ou dans, à l’école je veux dire, euh, enfin…

-Ce n’est pas pareil !

-Y compris, oui mais de manière générale, moi je pense qu’on vit dans une société voilà, où chacun peut être libre, alors, bon, ben, mais,

-Libre de porter ce qu’il veut du coup

(…)

-Il y a une bonne question [d’un téléspectateur] qui vous demande qui est apte à juger ou non de la soumission de telle ou telle personne ?

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-Moi je ne juge pas. En tous cas là où vous pouvez juger c’est qu’en France il y a un âge en-dessous duquel la société doit vous protéger, quand vous êtes un enfant voilà,

-Le foulard des petites filles, c’est effectivement…

-Si vous êtes mineur aujourd’hui, voilà…

-Mais pour une femme majeure justement ?

-Ah non, mais, moi je dis,

-Elle a le droit de porter ce qu’elle veut

-Moi je ne dis pas que les femmes sont soumises mais que c’est quand même une image, le voile n’est pas obligatoire dans la religion musulmane et que ce qu’il y a derrière c’est bien le regard des hommes sur les femmes, on est d’accord, et que je ne pense pas que d’une manière générale le voile soit l’expression d’un signe de grande parité et d’égalité entre hommes et femmes. Mais moi je ne juge pas. Je donne un avis.

-On a entendu votre avis en tous cas et puis surtout l’important c’est que vous (le journaliste s’adresse alors aux téléspectateurs) vous vous fassiez votre propre opinion.

Se faire sa propre opinion sur quoi ? Sur le journalisme ? Sur le politiquement correct ? Sur le somnambulisme des politiques ? Sur leur inconsistance ? Sur le coût de cette chaîne parlementaire financée par le Parlement ? Sans doute.

Se tromper de loup comme une vraie centriste

Mais d’abord sur le « loupé » d’une perception centriste qui ne voit pas que les loups s’introduisent partout : à l’entrée d’une caserne à Montauban, d’une école juive à Toulouse, au siège de Charlie hebdo, dans un Hyper Cacher, à Saint-Quentin-Fallavier, dans le Thalys, au Bataclan, aux abords de la cathédrale Notre-Dame, au domicile privé d’un commissaire de police à Magnanville, sur la Promenade des Anglais, dans l’église Saint-Etienne-du-Rouvray, à l’aérogare d’Orly, sur l’avenue de Champs-Élysées, dans l’appartement de Sarah Halimi à Belleville, à la gare Saint-Charles de Marseille, dans un marché de Noël à Strasbourg, rue Victor Hugo à Lyon, à la Préfecture de police de Paris, dans un parc à Villejuif, dans le quartier Borny à Metz.

Chez un parlementaire, qui plus est membre du bureau du Sénat et dont les différents mandats et responsabilités exercés par le passé supposent le soutien de nombreux élus, ce gentillet bla-bla que vient conclure un stupéfiant « mais moi je ne juge pas, je donne un avis », ne laisse pas d’être fort préoccupant. On finit par se demander si être élu ne se réduit pas aujourd’hui à se partager les postes, et gouverner, à se contenter d’occuper le pouvoir.

Alors que les loups, les vrais, sont entrés, il y a quelques années, à nouveau dans Paris, que ce sont les mêmes qu’hier, que seul leur étendard a changé, alors qu’ils rôdent un peu partout sur notre territoire et qu’on appelle chacun à la vigilance, comment peut-on prétendre représenter la nation en tenant des propos aussi insignifiants et en criant au loup devant l’hebdomadaire que vous tend un malheureux journaliste ?

Les couleurs de la France

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Du droit de blasphémer à la capitulation sans condition

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Driss Ghali réagit à la polémique Frédéric Fromet


Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.

France inter n’est pas une petite radio libertaire

Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.

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Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui.  Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.

Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines

La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?

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Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ».  Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.

Que nous reste-t-il à adorer ?

Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop.  Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.

Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.

Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.

93: la non-mixité en marche


Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.


 

Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.

Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».

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Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?

L’inclusion en marche

La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?

Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.

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On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…

Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.

Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.

Roger Scruton, pour chaque livre, un vin

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Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.


Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.

Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »

Un amoureux du vin français

Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »

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C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.

J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.

Boire un coup à la santé de la planète

Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »

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En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »

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Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.

Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »

Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »

Féministes: si le thermomètre s’y met lui aussi…


Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».


 

Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »

Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.

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Les médias ne veulent plus parler des grèves

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Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?


« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?

On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:

Le Parisien

age pivot1

BFMTV

age pivot2

Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.

Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.

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Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).

Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Arrêter de travailler, c’est trop dur

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« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ». 


La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours,  ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.

Indice énergétique 

Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert!  Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.

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Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.

Le management moderne laboure l’humain

Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.

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C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.

Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.

Une brève éternité: Philosophie de la longévité

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Zemmourisation des esprits: panique au musée de l’immigration!

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Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.


Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée «  C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).

Photo: Daoud Boughezala
Photo: Daoud Boughezala

Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.

Que fait le CSA ?

Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient  jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines  de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.

A lire aussi: Qui sont ceux qui dénoncent la “radicalisation” zemmourienne de la chaîne CNews?

Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…

Questions du public et intermède comique

Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !

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L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».

Oh non! pas encore l’islam!

Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…

La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !

Le féminisme à la sauce Schiappa renforce le nationalisme

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Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.


Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.

Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.

A lire aussi, enquête: Caroline de Haas, la fortune de la vertu

En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…

Le seul exploit du néoféminisme

D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.

Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente ! 

A lire aussi: Féministes: et maintenant, sus au patriarcaca!

En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.

Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.

À choisir…

Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !

Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.

Luc Dellisse, cœur aventureux

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Luc Dellisse © Aude Boissaye

Vingt nouvelles par un auteur belge dans la tradition du réalisme magique.


Dans Libre comme Robinson. Petit traité de vie privée (Les Impressions nouvelles), Luc Dellisse livrait quelques réflexions aussi salubres qu’impertinentes sur le nouveau monde qui vient, celui de la « ruche planétaire » et sur la manière, bien concrète, de gagner ces maquis qui résistent à la grande mise au pas. L’essai m’avait frappé par son indépendance d’esprit, par la peu commune vigilance que l’auteur  exerce pour préserver sa liberté intérieure, qui me fait songer à la figure de l’anarque jüngerien (et non pas l’arnaque, chers lecteurs !), rebelle inflexible au Léviathan.

Échapper à l’enlisement

Avec Le Sas, recueil de vingt nouvelles, toujours dans le même état d’esprit, Luc Dellisse chante « le divin imprévu » cher à Stendhal, et aussi, pour évoquer à nouveau mon cher Jünger, cette mise en garde du Cœur aventureux contre le plus grand danger qui soit, « celui de laisser la vie nous devenir quotidienne ». Par la grâce d’une prose sèche, à la belle densité, l’écrivain s’y montre attentif aux signes avant-coureurs de l’aventure, de ce basculement parfois minuscule, qui nous permet d’échapper au fatal enlisement. Ces vingt nouvelles, dont certaines aux lisières du réalisme magique, celui d’un Gérard Prévot par exemple, décrivent comment le personnage principal, double de l’auteur, saisit la perche tendue par le destin pour rebondir sans jamais perdre ce bonheur d’exister auquel il refuse de renoncer. Parfois drôle, toujours subtil, jamais creux, encore moins verbeux, Luc Dellisse, cœur aventureux, se révèle poète et géomètre de l’âme.

Luc Dellisse, Le Sas, Editions Traverse, 155 pages

Françoise Gatel, dans le flou comme une vraie centriste

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Françoise Gatel © Jacques DEMARTHON / AFP

Cinq ans après la tuerie de Charlie Hebdo, sur la chaîne Public Sénat, une sénatrice Union Centriste (UC), Françoise Gatel, barbote dans des considérations au ras des pâquerettes sur le voile et sur le journal Valeurs actuelles.


 

Le 2 janvier, Public Sénat rediffusait l’émission « Questions aux Sénateurs » du 7 novembre 2019. Durant une heure, Françoise Gatel, sénatrice UC de l’Ille-et-Vilaine, y répondait aux questions du journaliste de la chaîne parlementaire. Élue au Sénat en 2014 sur une liste d’union UMP-UDI, Françoise Gatel a été maire de Châteaugiron de 2001 à 2017, date à laquelle elle abandonne son mandat de maire pour se conformer à la loi sur le non-cumul : « Maire, c’est ce qu’il y a de plus formidable, répète-t-elle (…) A un moment j’ai dû choisir ou trancher entre ma fonction de maire et ma fonction de sénatrice. J’ai beaucoup hésité. Mais maire c’est juste formidable. »

Elle dut abandonner également sa présidence de l’Association des Maires d’Ille-et-Vilaine et sa vice-présidence de l’Association des Maires de France. Dans la foulée de ces abandons imposés par la loi, la voici élue secrétaire du Sénat et siégeant, de ce fait, au Bureau de cette institution auprès du Président Gérard Larcher. Comme tous les centristes, elle a soutenu en 2016 Alain Juppé lors de la primaire organisée par les Républicains en vue de l’élection présidentielle. Elle a été élue Présidente de l’UDI de l’Ille-et-Vilaine et Vice-présidente de l’UDI au plan national. Bref, un poids lourd de ce parti européiste qui, emmené par Jean-Christophe Lagarde, son Président, obtiendra 2,5 % des voix aux élections européennes de 2019 et n’aura aucun élu au Parlement européen.

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Briguera-t-elle un nouveau mandat de sénateur fin septembre 2020 ? La question ne lui est pas posée. On peut le supposer, les sénateurs renouvelables étant, à la veille des élections sénatoriales, prioritaires pour passer sur la chaîne parlementaire comme pour interroger un ministre lors de la séance des questions d’actualité au Gouvernement retransmise en direct à la télévision. Tout cela est banal dans les coulisses du cirque démocratique : pas de politique sans visibilité, pas de visibilité sans image. Françoise Gatel soigne la sienne avec une pointe d’originalité. Cette élue de la République, née en 1953, aura, si elle se représente, 73 ans à l’expiration de son second mandat en 2026. Les cheveux gris coiffés en brosse, une grosse paire de lunettes rondes pour créer la surprise dans un visage carré, elle est habillée d’une vareuse anthracite à col roulé qui lui donne un air décontracté s’harmonisant parfaitement avec la bonhommie de son timbre de voix. Pendant une heure, elle ne dira pas grand-chose mais réussira à donner l’image d’une femme modérée, ancrée dans son département et soucieuse d’améliorer la vie de ses compatriotes. Elle évoquera notamment le cas d’un jeune guinéen que l’on a aidé à avoir des papiers et qui s’en est sorti. « Il faut que l’école, elle permette à tous les enfants de s’en sortir, et puis il faut que les jeunes, ils aient envie, quoi ; il faut qu’ils aient de l’enthousiasme et de l’espérance ».

Sympathique, mais encore?

Françoise Gatel adore les champignons mais avoue qu’elle est lassée, en fin de saison, de faire des omelettes. Le personnage paraît fort sympathique d’un bout à l’autre de l’émission au point qu’on s’en voudra d’avoir été sous son charme alors que l’ennui et l’irritation ne cesseront de grandir devant le vide et le flou de ses propos. Du côté du journaliste, l’entretien commence fort :

– Je voudrais commencer, avant qu’on parle du Sénat, par un point d’actualité. Le Président de la République, Emmanuel Macron, a accordé une interview à l’hebdomadaire Valeurs actuelles. Vous l’avez lue ?

-Je l’ai parcourue.

-Valeurs actuelles, c’est un hebdomadaire d’extrême droite. Qu’est-ce que vous en pensez, du fait que le Président de la République, c’est une première en France…

Si la sénatrice ne suit pas le journaliste sur cette pente au motif qu’elle défend le pluralisme, son approbation du jugement à l’emporte-pièce porté sur l’hebdomadaire servira d’enseigne à tout l’entretien et notamment à la séquence relative au port du voile dont l’inconsistance est préoccupante.

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Le jeune journaliste est un parfait représentant du politiquement correct, qui plus est imprudent, puisqu’il commence l’entretien en fonçant tête baissée dans le mur. Au bout de quarante-cinq minutes d’entretien, Françoise Gatel lui expliquera en effet que « Gérard Larcher est un bon Président du Sénat » et que « sur tous les bancs (…) chacun reconnaît sa compétence, son esprit constructif » – ce qui n’est pas faux, car il est très respectueux des petits jeux politiciens auxquels chacun est assujetti dans son département et au sein de sa propre famille politique. On pourrait s’attendre à ce que le journaliste, fidèle à son indignation, interrompe la sénatrice : « Mais Françoise Gatel, comment pouvez-vous penser cela ? J’ai appris que le Président Larcher a déjà reçu, en son bureau du Sénat, François d’Orcival qui est membre de la Commission éditoriale de Valeurs actuelles ! » Bien entendu notre jeune journaliste, non seulement l’ignore, mais n’imagine même pas que cela soit possible, encore moins que ce soit d’autant plus normal que Valeurs actuelles n’est en rien un magazine d’extrême droite, comme le politiquement correct médiatique tente d’en accréditer l’idée.

Il faut écouter l’interview conduit par ce journaliste : aucune question de fond n’est posée, aucun sujet n’est creusé. On est dans un jeu de rôle mondain. D’où le flou dans lequel la sénatrice a tout loisir de se réfugier. Comme le répétèrent en boucle les commentateurs de la réforme des retraites, « quand c’est flou, c’est qu’il y a un loup ». Le loup ici – soyons attentifs à l’origine de l’expression – c’est le « loupé » de la perception. « Il faut toujours dire ce que l’on voit : surtout il faut toujours, ce qui est plus difficile, voir ce que l’on voit », écrivait Charles Péguy dans Notre Jeunesse. Pourquoi est-ce si difficile ? Tout simplement parce que voir le réel oblige à se libérer de l’idéologie qui le dissimule, et que, l’idéologie étant ce que l’on a en partage avec d’autres, avec ses amis politiques notamment, s’en dégager conduit tôt ou tard non seulement à prendre ses distances avec eux, mais à les combattre.

Un entretien révélateur

Comme on va le vérifier dans la séquence de l’entretien relative au port du voile, l’idéologie est d’autant plus résistante (ce qui n’est pas incompatible avec son inconsistance) que la lecture des ouvrages traitant de l’avancée de l’Islam en France et en Europe est depuis trop longtemps négligée. Comment peut-on éviter une telle négligence dans un parti quand certains de ses responsables prétendent qu’il n’y a plus d’intellectuels en France ?

« Ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement, et les mots pour le dire arrivent aisément ». Or, rien ne se conçoit bien sans les livres. Aussi est-il nécessaire pour appréhender les menaces qui pèsent sur le pays de lire Georges Bensoussan, Malika Sorel-Sutter, Michèle Tribalat, Bat Ye’or, Christopher Caldwell, Gilles Kepel, Matthias Küntzel, Pierre-André Taguieff, Alain Finkielkraut, Bernard Rougier, Hugo Micheron, d’autres encore. C’est la seule façon de commencer à penser contre soi, contre le confort de ses préjugés et la naïveté de ses sentiments. Sans ces lectures, le parlementaire aura beau regarder tomber la pomme, il n’aura jamais accès à la loi de la gravitation universelle.

Voici donc la fameuse séquence relative au voile :

-Récemment le grand débat au Sénat, ça a été aussi la proposition de loi des Républicains sur l’interdiction du port du voile pour les accompagnatrices de sorties scolaires. Qu’est-ce que vous avez voté ?

-Moi, je n’ai pas voté cette proposition de loi.

-Vous avez voté contre.

-Je reconnais, j’entends la question parce que je pense qu’il ne faut pas, c’est le cas de le dire, se voiler la face, c’est-à-dire il y a un vrai sujet autour de ça. Moi, j’ai présenté une proposition de loi pour l’encadrement des écoles privées hors contrat, on voit des choses un peu folles, voilà, qui naissent d’un islam politique qui n’est plus un islam religieux, donc je suis à l’aise avec ces sujets et que, moi, je ne suis pas du tout favorable à ce qu’on porte le voile dans la rue si c’est un signe de soumission.

-Dans la rue ?

-Euh, ou dans, à l’école je veux dire, euh, enfin…

-Ce n’est pas pareil !

-Y compris, oui mais de manière générale, moi je pense qu’on vit dans une société voilà, où chacun peut être libre, alors, bon, ben, mais,

-Libre de porter ce qu’il veut du coup

(…)

-Il y a une bonne question [d’un téléspectateur] qui vous demande qui est apte à juger ou non de la soumission de telle ou telle personne ?

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-Moi je ne juge pas. En tous cas là où vous pouvez juger c’est qu’en France il y a un âge en-dessous duquel la société doit vous protéger, quand vous êtes un enfant voilà,

-Le foulard des petites filles, c’est effectivement…

-Si vous êtes mineur aujourd’hui, voilà…

-Mais pour une femme majeure justement ?

-Ah non, mais, moi je dis,

-Elle a le droit de porter ce qu’elle veut

-Moi je ne dis pas que les femmes sont soumises mais que c’est quand même une image, le voile n’est pas obligatoire dans la religion musulmane et que ce qu’il y a derrière c’est bien le regard des hommes sur les femmes, on est d’accord, et que je ne pense pas que d’une manière générale le voile soit l’expression d’un signe de grande parité et d’égalité entre hommes et femmes. Mais moi je ne juge pas. Je donne un avis.

-On a entendu votre avis en tous cas et puis surtout l’important c’est que vous (le journaliste s’adresse alors aux téléspectateurs) vous vous fassiez votre propre opinion.

Se faire sa propre opinion sur quoi ? Sur le journalisme ? Sur le politiquement correct ? Sur le somnambulisme des politiques ? Sur leur inconsistance ? Sur le coût de cette chaîne parlementaire financée par le Parlement ? Sans doute.

Se tromper de loup comme une vraie centriste

Mais d’abord sur le « loupé » d’une perception centriste qui ne voit pas que les loups s’introduisent partout : à l’entrée d’une caserne à Montauban, d’une école juive à Toulouse, au siège de Charlie hebdo, dans un Hyper Cacher, à Saint-Quentin-Fallavier, dans le Thalys, au Bataclan, aux abords de la cathédrale Notre-Dame, au domicile privé d’un commissaire de police à Magnanville, sur la Promenade des Anglais, dans l’église Saint-Etienne-du-Rouvray, à l’aérogare d’Orly, sur l’avenue de Champs-Élysées, dans l’appartement de Sarah Halimi à Belleville, à la gare Saint-Charles de Marseille, dans un marché de Noël à Strasbourg, rue Victor Hugo à Lyon, à la Préfecture de police de Paris, dans un parc à Villejuif, dans le quartier Borny à Metz.

Chez un parlementaire, qui plus est membre du bureau du Sénat et dont les différents mandats et responsabilités exercés par le passé supposent le soutien de nombreux élus, ce gentillet bla-bla que vient conclure un stupéfiant « mais moi je ne juge pas, je donne un avis », ne laisse pas d’être fort préoccupant. On finit par se demander si être élu ne se réduit pas aujourd’hui à se partager les postes, et gouverner, à se contenter d’occuper le pouvoir.

Alors que les loups, les vrais, sont entrés, il y a quelques années, à nouveau dans Paris, que ce sont les mêmes qu’hier, que seul leur étendard a changé, alors qu’ils rôdent un peu partout sur notre territoire et qu’on appelle chacun à la vigilance, comment peut-on prétendre représenter la nation en tenant des propos aussi insignifiants et en criant au loup devant l’hebdomadaire que vous tend un malheureux journaliste ?

Les couleurs de la France

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Du droit de blasphémer à la capitulation sans condition

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La radio France inter, dirigée par Laurence Bloch (notre photo), est très critiquée après la diffusion d'un sketch blasphématoire du chansonnier Frédéric Fromet © Michel Euler/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22241317_000014

Driss Ghali réagit à la polémique Frédéric Fromet


Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.

France inter n’est pas une petite radio libertaire

Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.

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Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui.  Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.

Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines

La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?

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Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ».  Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.

Que nous reste-t-il à adorer ?

Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop.  Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.

Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.

Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.

93: la non-mixité en marche

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Marché du centre-ville d'Aubervilliers, mars 2019. ©Martin BUREAU/ AFP

Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.


 

Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.

Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».

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Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?

L’inclusion en marche

La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?

Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.

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On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…

Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.

Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.

Roger Scruton, pour chaque livre, un vin

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Roger Scruton en novembre 2019 © Ondrej Deml/AP/SIPA Numéro de reportage: AP22399633_000001

Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.


Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.

Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »

Un amoureux du vin français

Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »

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C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.

J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.

Boire un coup à la santé de la planète

Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »

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En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »

Procurez-vous cette bible

Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.

Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »

Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »

Féministes: si le thermomètre s’y met lui aussi…

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© SEVGI/SIPA

Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».


 

Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »

Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.

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Les médias ne veulent plus parler des grèves

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© BALEYDIER/SIPA Numéro de reportage: 00899646_000010

Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?


« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?

On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:

Le Parisien

age pivot1

BFMTV

age pivot2

Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.

Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.

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Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).

Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.

Les Marchands de nouvelles: Médias, le temps du soupçon

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Arrêter de travailler, c’est trop dur

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John Slattery dans la série tv "Mad Men" © SIPANY/SIPA Numéro de reportage: SIPAUSA30128171_000126

 


« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ». 


La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours,  ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.

Indice énergétique 

Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert!  Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.

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Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.

Le management moderne laboure l’humain

Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.

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C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.

Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.

Une brève éternité: Philosophie de la longévité

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Zemmourisation des esprits: panique au musée de l’immigration!

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Benjamain Stora, Gérard Noiriel et Eric Zemmour. Photos : Hannah Assouline, sauf Gérard Noiriel © IBO/SIPA Numéro de reportage : 00740714_000001

Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.


Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée «  C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).

Photo: Daoud Boughezala
Photo: Daoud Boughezala

Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.

Que fait le CSA ?

Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient  jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines  de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.

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Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…

Questions du public et intermède comique

Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !

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L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».

Oh non! pas encore l’islam!

Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…

La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !

Le féminisme à la sauce Schiappa renforce le nationalisme

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Eva Vlaardingerbroek Image: capture d'écran YouTube

Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.


Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.

Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.

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En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…

Le seul exploit du néoféminisme

D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.

Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente ! 

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En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.

Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.

À choisir…

Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !

Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.