Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.
France inter n’est pas une petite radio libertaire
Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.
Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui. Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.
Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines
La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?
Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ». Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.
Que nous reste-t-il à adorer ?
Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop. Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.
Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.
Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.
Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.
Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.
Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».
Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?
L’inclusion en marche
La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?
Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.
On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…
Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.
Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.
Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.
Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.
Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »
Un amoureux du vin français
Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »
C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.
J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.
Boire un coup à la santé de la planète
Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »
En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »
Procurez-vous cette bible
Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.
Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »
Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »
Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».
Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »
Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.
Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?
« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?
On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:
Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.
Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.
Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).
Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.
« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ».
La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours, ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.
Indice énergétique
Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert! Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.
Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.
Le management moderne laboure l’humain
Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.
C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.
Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.
Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.
Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée « C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).
Photo: Daoud Boughezala
Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.
Que fait le CSA ?
Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.
Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…
Questions du public et intermède comique
Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !
L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».
Oh non! pas encore l’islam!
Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…
La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !
Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.
Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.
Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.
En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…
Le seul exploit du néoféminisme
D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.
Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente !
En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.
Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.
À choisir…
Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !
Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.
Comme elle a manqué de réserve dans ses propos sur l’exécutif, Ségo est contrainte de dire adieu aux réserves de manchots dont elle avait la garde. Causeur résume cette situation politique burlesque…
Hier soir, le bandeau de BFMTV s’inquiète : “Que reproche-t-on à Ségolène Royal ?” Mince, je ne savais pas qu’il fallait maintenant une raison légitime pour dire du mal de cette haute figure de Poitou-Charentes ! Dès qu’un nouvel épisode du feuilleton Ségolène Royal se produit, je prends ma plume.
Depuis quelques jours, l’ambassadrice des pôles est “dans la tourmente” comme on dit sur les chaines info. Alors qu’elle pensait avoir échappé au pire, alors que sa carrière ne semblait finalement pas devoir prendre fin – malgré les attaques si méchantes de Radio France (auxquelles elle avait bien maladroitement riposté) – , voilà que c’est maintenant le président Macron qui lui voudrait du mal.
Des pressions seraient exercées pour que le Parquet national financier se penche sur la façon de travailler de l’ex du capitaine de pédalo.
Un ambassadeur des pôles ça ferme sa gueule ou bien…
On lui a scandaleusement refusé l’entrée du gouvernement, il ne fallait pas la chercher. Tout ce qu’elle voulait, c’était une bonne place. Politicienne de premier plan, femme, née en Afrique, n’avait-elle pas le profil diversitaire idéal ? Pas assez pour ces snobs de macronistes, peut-être.
Ségolène Royal passe désormais son temps à attaquer Emmanuel Macron, lequel est déjà fort occupé par ces vilaines histoires de violences policières, par ces médecins hospitaliers qui menacent de démissionner ou par la mise en place de la fameuse conférence de financement pour les retraites. Alors… on ne va pas tortiller du fion longtemps. Virons-la ! Validée en haut lieu, Ségo a reçu le 7 janvier dernier la missive suivante :
“Madame l’ambassadrice, il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement, à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d’ambassadrice (…) vous êtes étroitement associée.” Des fois qu’elle soit longue à la comprenette, la lettre – qui proviendrait du secrétariat du Ministère de l’Ecologie -, ajoute: “Les fonctions que vous exercez impliquent un devoir de réserve sur l’action du gouvernement et ne permettent pas des prises de position publiques qui peuvent être celles d’une personne n’exerçant pas de telles fonctions”. Quand on pense qu’Elisabeth Borne, l’actuelle ministre, a un temps été sa directrice de cabinet, Ségo avait de quoi être furieuse quand elle a reçu ces remontrances !
Depuis, par tous les moyens légaux, le moulin à paroles de la gauche de 2007 se victimise. En lui reprochant via une tierce personne ses prises de paroles et son manque de rectitude, le petit Monsieur de l’Élysée manque vraiment de bravitude !
Un parcours politique royal
Quoi d’autre ?
Les médias affirment qu’elle ne va jamais au Conseil sur l’Arctique ? C’est que Madame Royal préfère servir son pays, comme elle l’a toujours fait ! Libre à chaque citoyen de faire le bilan de ses exemplaires années d’action politique (elle a été pour la première fois ministre en 1992).
Elle utiliserait ses assistants et son budget d’ambassadrice des pôles à des fins personnelles (déplacements en province pour la promotion de son livre ou de sa fondation) ? Et le déplacement d’Emmanuel Macron au CES de Las Vegas en 2016, vous voulez qu’elle en reparle ?
Désormais libre, on ne fera plus taire le César d’or 2007 de la parole creuse. Pour preuve, elle invoque par pure démagagie et par erreur Voltaire sur Twitter, et devient une fois encore la risée des réseaux sociaux. Poussée à démissionner de son poste d’ambassadrice, c’est avec fracas qu’elle entre dans l’opposition.
L’esprit voltairien ne nous manque t’il pas ? < Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire > VOLTAIRE https://t.co/0oaZ2T89bX
Se mettra-t-elle en campagne, comme l’affirment de nombreux journaux ? Naïve et moins habile politiquement que nombre de ses petits camarades en Macronie, le côté foutraque de Royal a quelque chose d’attachant. Macron s’inquiéterait d’avoir cette ancienne alliée comme adversaire en 2022. La France est franchement dans le pétrin.
Le témoignage glaçant d’un professeur de philosophie de l’Éducation nationale.
J’exerce le métier de professeur de philosophie dans un de ces lycées de France et de Navarre où la religion est désormais très présente. Certes, c’est une présence qui n’est pas ouvertement agressive, mais elle est néanmoins permanente et insistante, « enveloppante » et même obsédante pour tout dire. Si on laisse de côté la question des tenues vestimentaires (la fameuse loi de 2004 sur les signes religieux à l’école interdit les vêtements les plus ostentatoires dans l’enceinte des établissements scolaires, comme le voile des jeunes filles, lesquelles acceptent de plus ou moins bon gré de l’ôter à la grille d’entrée du lycée, or la loi reste silencieuse sur d’autres signes plus discrets quoique tout à fait explicites…), je dirais que cette omniprésence tient en outre à de petites choses quotidiennes et apparemment insignifiantes, des petits détails à peine perceptibles pour le profane inattentif.
Bienvenue en enfer
Mais je dois reconnaître également que mes élèves, des adolescents proches de l’âge de la majorité ou bien l’ayant dépassée, sont généralement très doux, souriants et bienveillants, si on excepte quelques olibrius à la barbe imposante qui tiennent à se faire remarquer par leur caractère atrabilaire et par leur mine sombre qui laisse deviner un esprit obnubilé par de sombres pensées.
Un jour, c’est telle élève qui me demande soudain, avec une vive sollicitude, si je n’ai pas « peur de brûler en enfer avec tous les athées ». Une autre fois, c’est tel élève attentionné qui me propose de m’offrir un exemplaire du livre saint des musulmans afin de m’éviter la géhenne éternelle. Un autre jour encore, telle jeune fille me dit courtoisement et de façon impromptue, tout en me fixant du regard : « vous savez, moi je suis d’accord pour écouter tout ce que vous nous dites, mais je n’y crois pas, car je n’ai confiance que dans mon imam ». Cause toujours, tu m’intéresses ! Alors que je parlais en classe des découvertes scientifiques faites dans le « monde moderne », de Copernic à Einstein en passant par Newton ou Darwin, un de mes élèves studieux me fit aussitôt remarquer avec aplomb que toutes ces découvertes étaient en réalité « déjà toutes contenues dans le Coran ».Pourquoi chercher plus loin ?!Quand je leur demande ce qu’est la culture, mes élèves me répondent bien souvent et très spontanément : « la religion ». Et si je m’aventure à leur demander ce qu’est l’ignorance ou l’inculture, je reçois le plus souvent pour réponse : « l’athéisme ». Je me demande donc bien à quel titre, moi l’ignorant ou l’inculte, je pourrais leur enseigner quoi que ce soit ?! D’ailleurs mes élèves me demandent très souvent ce qu’est un « savant ». Quand je leur réponds que, dans notre société dite « moderne », on considère que les « savants », ce sont les scientifiques ou éventuellement les philosophes, mais pas les religieux, ils tombent des nues…
Dans ces conditions, il est évident qu’il convient d’éviter de citer des auteurs ou d’évoquer des doctrines trop ouvertement anti-religieuses et « provocatrices », si l’on veut éviter les problèmes. Je m’y risque néanmoins parfois, par « bravade » ou « esprit d’aventure »… Un jour, alors que nous étions en train de faire un cours précisément sur le chapitre de la religion (eh oui car c’est au programme officiel !), et lorsque j’en fus venu à évoquer la pensée d’un certain Frédéric Nietzsche à ce sujet, une élève protesta sèchement : « on n’a pas le droit de dire cela, c’est péché ». Lorsque j’invitai cette élève à lire à haute voix la célèbre phrase tirée du Gai savoir qui faisait l’objet de son indignation : « Dieu est mort », afin que nous puissions en discuter et qu’elle puisse m’expliquer les motifs de son désaccord, l’élève en question m’opposa un refus catégorique. Elle déclara qu’il lui était impossible de prononcer ces paroles. Me tournant vers ses autres camarades, je lus une moue de vive désapprobation, proche du dégoût, sur le visage de plusieurs d’entre eux : ils étaient solidaires! Le reste de la classe, quant à lui, se tenait coi et m’observait avec curiosité: comment le professeur va-t-il réagir à ce défi ? Sauvé par le « gong » de la sonnerie, qui marquait à heure fixe la fin des cours, je n’eus pasà relever le défi, et je dois avouer que, cette fois-là j’en fus lâchement soulagé.
Briser le silence
Certes, j’aurais dû me méfier. J’avais bien entendu les chuchotements indignés de certains élèves lorsque j’avais tenté d’expliquer à la classe ce que signifiait l’expression « opium du peuple » sous la plume de Karl Marx. Je savais bien, de toute façon que le cours sur la religion serait une épreuve risquée, voir un passage dangereux dans un tel établissement. N’était-ce pas de ma faute après tout ? Les professeurs sont habitués à ce qu’on rejette la faute sur eux lorsque quelque chose se passe mal. D’où leur silence et leur autocensure. Moi-même, j’ai beaucoup hésitéavant de m’exprimer ici, de peur d’être mis en cause dans mon professionnalisme. Un professeur ne se doit-il pas de préserver le secret de la relation professionnelle qu’il a avec ses élèves ? Ne se doit-il pas aussi de protéger ces derniers ? Enfin, attirer l’attention sur certains faits, fussent-ils réels et « déplaisants », n’est-ce pas prendre le risque de leur donner trop d’importance, de les « monter en épingle » ? Lorsque la température monte, c’est toujours le thermomètre qui finit sur le banc des accusés. Si j’en parle tout de même, c’est donc avec la conscience de faire une entorse à la fois au secret professionnel et au devoir de réserve, comme aussi à la décence commune qui commande de taire des faits qui risquent de fâcher la collectivité. En définitive, si j’aichoisi de romprele« vœu de silence » des enseignants, c’est parce que j’ai le sentiment que le sens de la mission qui est la mienne est de moins en moins clair pour tout le monde, y compris au sein de la communauté éducative.
Un comique du service public a chanté « Jésus est pédé ». Quelle audace ! Quelle transgression ! Nous avons de la chance de voir le génie français en marche… vers l’abîme. Il faut, en effet, un courage extraordinaire pour cracher sur un cadavre, celui du catholicisme français.
France inter n’est pas une petite radio libertaire
Bien entendu, chacun a le droit de raconter des insanités, cela s’appelle la liberté d’expression. On a même le droit de blasphémer, c’est le corollaire de la liberté de conscience. Cela dit, ces deux libertés ne se conçoivent pas sans responsabilité. Il ne faut pas oublier, en effet, que la démocratie présuppose que les citoyens sont responsables et solidaires du bien commun. Si j’appelle à sodomiser Jésus, je dois mesurer que mes propos vont offenser des millions de catholiques en France et dans le monde. Si je dirige une radio publique, je dois admettre que heurter la sensibilité d’une grande partie de la communauté nationale contribuera à démoraliser encore plus une société qui est écorchée vive. Les ruines de Notre-Dame sont encore fumantes, les symboles nationaux sont outragés les uns après les autres depuis 2015 : policiers abattus face caméra, officiers égorgés, massacres de masse de la jeunesse, profanations systémiques des églises et des cimetières et j’en passe. Quand a l’immense charge de diriger France Inter, il faut savoir lire le contexte et moduler les messages en conséquence.
Quand Charlie Hebdo publie les caricatures de Mahomet, il le fait en tant que journal d’extrême-gauche et qui occupe une niche singulière dans le paysage médiatique français. La portée de Charlie Hebdo n’est pas la même que France Inter, un média d’Etat (payé par tous les Français) et dont l’audience est nationale. Personnellement, je n’ai jamais aimé l’humour de Charlie Hebdo et ai toujours trouvé de mauvais goût le blasphème facile. Toutefois, la ligne éditoriale d’un petit journal libertaire m’importe peu et elle ne devrait pas causer une polémique nationale. Car Charlie Hebdo n’est pas la voix de la France ni de son gouvernement. France Inter oui. Autrement dit, Charlie Hebdo peut écrire tout et n’importe quoi, mais pas le service public.
Nous croyons faire rire en nous ouvrant les veines
La question de fond est celle de la ligne éditoriale des médias publics d’un pays en guerre. Oui, la France est en guerre contre l’islamisme. C’est le cas au Sahel mais aussi en métropole (est-ce que les journalistes de France Inter s’en sont rendus compte ?). L’ennemi est fanatique et lit le monde selon les catégories du jihad. Il ne comprend que la force et le symbole. Il ne respecte que ceux qui peuvent l’écraser et ceux qui croient fermement en quelque chose. Or, à quoi croyons-nous si nous sommes capables de chanter de telles inepties sur Jésus sur une radio de premier plan ? Comment voulons-nous impressionner l’ennemi et le dissuader de nous attaquer si nous n’avons plus aucune notion de sacré ?
Quand on offense ainsi la figure christique, on invite tous les allumés de la terre à s’en prendre à la France. On leur dit : venez-nous taper car nous sommes faibles, nous avons peut-être des drones et des satellites mais nous ne levons plus aucune bannière, nous nous amusons et croyons faire rire en nous ouvrant les veines, nous appelons cela « culture ». Or, la vocation d’une civilisation décadente est d’être prise d’assaut par les barbares.
Que nous reste-t-il à adorer ?
Si on ne veut plus défendre Jésus, on peut se choisir un autre symbole à adorer. Si le Dieu du moment est l’argent et bien adorons les billets de banque et les lingots d’or : chantons une ode au pouvoir du numéraire ! Il suffit de broder sur le scénario des clips de hip-hop. Autrement, on peut aussi adorer le sexe. Erigeons un phallus géant en guise de totem devant la Maison de la Radio ou bien un préservatif féminin plus size pour ne pas énerver les féministes. Je peux aussi suggérer d’édifier une cathédrale en hommage à Greta ou un temple en pierres recyclables qui flotterait dans le bassin de l’Amazone. Tout est permis du moment que l’on délimite ce qui est sacré c’est-à-dire ce qui est intouchable et non-négociable. Nous sommes en guerre et l’ennemi ne reculera que s’il comprend que nous avons construit des buttées infranchissables. Des remparts portés par chacun en son for intérieur et dont la matière première est le sacré. Même une civilisation décadente peut durer si elle fait croire à ses adversaires qu’elle peut encore lever le glaive pour défendre une idée, aussi déplorable qu’elle puisse être.
Blasphémer oui (pourquoi pas ?) mais faciliter la tâche d’un ennemi aussi vil et lâche que l’islamisme, non. Jamais ! Moi, je préfère rendre un culte à Marianne en récitant Liberté, Egalité, Fraternité…ou la Mort. Ma survie est non-négociable et j’invite tout le monde à faire pareil. La civilisation française mérite mieux que la capitulation sans condition prononcée par nos élites.
Ma génération est née fatiguée et essoufflée. Elle n’a rien à dire alors elle chante « Jésus est pédé ». Jésus lui, au moins, a laissé un héritage, il a changé le monde et cela fait 2000 ans qu’il habite l’Histoire. Je ne suis pas sûr que les talents du service public français aient la même postérité.
Le département de la Seine-Saint-Denis, associé au CAUE 93, a organisé un colloque pour combattre le harcèlement des femmes. Au nom du vivre-ensemble, les participants prônent la séparation des sexes. De quoi ravir les islamistes.
Lundi 2 décembre 2019 avait lieu à Saint-Denis le colloque « Femmes et espaces publics en Seine-Saint-Denis », organisé par le CAUE (conseil d’architecture, d’urbanisme et de l’environnement ) et le département. On se souvient de l’élargissement des trottoirs proposé par Caroline De Haas pour répondre au harcèlement de rue. L’idée fait son chemin. Objectif : la séparation des sexes dans l’espace public.
Nombre d’habitantes de Seine-Saint-Denis le savent par expérience, leur présence dans les rues ne va pas de soi. Remarques, insultes et injonctions à s’habiller « correctement » délivrées par de parfaits inconnus font partie de leur quotidien. Le colloque organisé par le CAUE 93 entend ainsi proposer des solutions à une réalité par ailleurs statistiquement confirmée par l’INED[tooltips content= »Enquête Virage de 2015″][1][/tooltips]: une femme sur trois vivant en Île-de-France est harcelée dans l’espace public. Qui donc empêche les femmes de Seine-Saint-Denis de vaquer à leur guise ? Les urbanistes présents au colloque (des femmes en majorité) ne poseront à aucun moment la question. En revanche, elles désigneront à l’unanimité le responsable de cette exclusion des femmes de l’espace public : l’aménagement urbain, fait par et pour les hommes. Prenons la ligne de métro 14, explique Claire Hancock, professeur à l’université de Créteil : inadaptés au corps féminin, les wagons de la ligne exerceraient une « véritable violence sur le corps des femmes ». Que les transports publics soient un lieu agressif pour les femmes (et pas uniquement pour elles, serait-on tenté d’ajouter) n’aurait donc rien à voir avec l’ensauvagement ambiant consigné par les enquêtes du ministère de l’Intérieur. Le coupable, c’est l’espace public, « conçu pour les garçons ».
Quant aux victimes, Claire Hancock est formelle : la femme harcelée qui hante les statistiques est une « femme abstraite appartenant à la classe moyenne ». En clair, dans la sémantique en vogue à laquelle se réfère Mme Hancock sans directement l’utiliser, la femme qui se plaint de harcèlement est blanche : « On se saisit de la question des femmes pour attirer les classes moyennes », en voulant « éradiquer les personnes racisées ». « Racisé », le mot est lâché. En novlangue déconstruite, comme le « genre » qui prétend se dissocier du sexe biologique, mais qui en réalité ne parle que de méchants messieurs et de dames victimes, la « race », soi-disant « construction sociale », désigne essentiellement les Noirs et les Arabes. Ces derniers auraient donc à voir avec le harcèlement des femmes, comme semble le dire à son insu Mme Hancock ? La cause des femmes serait l’alibi des impératifs économiques et bourgeois de la gentrification ?
L’inclusion en marche
La gentrification en effet pose problème, en ce qu’elle contredit le mantra qui revient chez tous les intervenants du colloque : l’inclusion. « Jeunes, travailleuses du sexe et toxicomanes » ne sauraient ainsi être exclus de l’espace public, sauf à céder à de dommageables velléités sécuritaires. Quelle étrange liste ! Pourquoi les « jeunes » seraient-ils susceptibles d’être exclus de l’espace public ? En quoi les prostituées harcèleraient-elles les femmes ? Et pour finir, les toxicomanes dont il est ici question ne renverraient-ils pas plutôt aux dealers (dont ils ne sont jamais très éloignés) et aux migrants dont certains consomment et trafiquent ?
Dès que « l’inclusion » prime sur la loi, les tensions sont inévitables : dealers et groupes de « jeunes », tant pour de basses considérations de business que pour des raisons culturelles liées à l’islam, tiennent leur territoire où les femmes n’ont selon eux rien à faire. Mais de cette réalité, il ne sera pas question. Pour résoudre (contourner ?) les contradictions posées par le vivre-ensemble auquel ils aspirent tant, les urbanistes du 93 ont la solution : la marche exploratoire. La marche exploratoire, c’est l’avenir. C’est le progrès. D’ailleurs, on la pratique « à l’international », à Vienne, à Barcelone, etc.
On brûle de savoir ce qu’est cette pratique mystérieuse. Après avoir suivi un « atelier de gestion du stress », un groupe d’habitantes arpente la ville, relevant les endroits à éviter. Le but : dresser une « cartographie genrée » servant de base de travail aux urbanistes. Ceux-ci, sous l’égide des marcheuses, aménageront dès lors les lieux de façon à les sécuriser, installant, par exemple, des éclairages avec capteurs de mouvements…
Si les intervenantes du colloque restent sibyllines quant au périmètre de non-mixité de ces marches exploratoires (concerne-t-elle les réunions préparatoires à la marche, la marche elle-même, les territoires arpentés ?), il en ressort néanmoins qu’à leurs yeux, « la séparation dans l’espace public » est à privilégier, en ce qu’elle « évite la domination d’un groupe sur l’autre ». La séparation des sexes dans l’espace public constitue donc pour les urbanistes présentes un concept légitime et une solution d’avenir. Sa mise en œuvre paraît néanmoins objectivement impossible, du fait de l’étendue et de la complexité dudit espace.
Cependant Jeannette Ruggeri, responsable du collectif Le Bruit du frigo, n’entend pas abandonner cette voie. Selon elle, dans les établissements scolaires, où « existe une non-mixité de fait », on peut travailler concrètement la question. Autrement dit, les collèges, gérés par le département, peuvent servir de ballons d’essai à la mise en place, voire à l’institutionnalisation de la non-mixité. Ainsi cette association (subventionnée) a-t-elle créé « des espaces éphémères de non-mixité » au collège de Talence. Est-ce fortuit ? L’expérience de non-mixité en milieu scolaire initiée par Mme Ruggeri correspond exactement à ce que réclament les tenants de l’islam politique : une séparation des filles et des garçons dès l’enfance.
Décédé récemment, Roger Scruton était aussi un grand amateur de vin. Hommage à l’auteur de Je bois donc je suis.
Roger Scruton est mort le 12 janvier 2020. Ce philosophe anglais, conservateur de choc, nous avait récemment offert une des plus brillantes analyses de la pensée de la gauche moderne dans ce qu’elle eut de plus idéologique, dogmatique et frauduleuse. Foucault, Derrida et Badiou y étaient remis à leur juste place, celle du fond de la classe philosophique, sur le strapontin des cancres de leur discipline. Dans L’erreur et l’orgueil (Éditions de l’Artilleur), Roger Scruton disséquait l’inoffensive spéculation deleuzienne, la négligeable réflexion lacanienne, et les errements politiques sartriens – connus de tous mais analysés ici avec la plus grande des finesses pour ce qui concerne l’usage de la « novlangue totalisante » des dernier écrits de Sartre.
Mais, pour qui ne goûte guère ces histoires de vrais ou faux philosophes, il est un livre plus à même de leur faire découvrir un autre Roger Scruton – en réalité le même mais abordant la vie de la pensée par un autre versant, celui du goût de la vie partagée, de la pratique assidue et de la passion de l’art de boire du vin qui est « la meilleure manière de discuter de questions vraiment sérieuses, comme savoir si le désir sexuel tend vers l’individu ou l’universel, si l’accord de Tristan est un septième à moitié diminué, ou s’il existe des preuves à la conjecture de Goldbach. »
Un amoureux du vin français
Jamais le vin, et tout particulièrement le vin français, n’aura été chanté avec autant de force, de poésie et d’humour, que dans le livre de Roger Scruton philosophiquement intitulé Je bois donc je suis (Éditons Stock). Bourguignon, fort amateur des vins de Bourgogne (que je préfère nettement aux vins bordelais devenus trop « américains » à mon goût), c’est avec Scruton que j’ai compris comment et pourquoi je devais patienter avant que de les boire : « Pour apprécier le bourgogne à sa juste valeur, il faut le laisser vieillir au moins cinq ans, après quoi une étrange transformation a lieu dans la bouteille. Le raisin se retire peu à peu, laissant d’abord au premier plan le village, puis le vignoble, et enfin le sol lui-même. »
C’est grâce à lui que j’ai réalisé que les personnes riches et stupides qui dépensent des sommes de plus en plus folles pour spéculer sur des vins devenus inabordables comme certains Montrachet, m’ont permis quand même la connaissance de vignobles voisins offrant des vins moins coûteux mais non moins savoureux, comme le Pernand-Vergelesses.
J’ai encore appris, dans ce livre que je compulse régulièrement au moment de me servir un verre de vin, que le délicieux vin blanc de Chablis, que je ne buvais qu’avec des fruits de mer, est ce qu’il y a de mieux pour accompagner les… trios de Haydn ! J’en fis immédiatement l’expérience et voue depuis cet instant magique un culte à cet homme audacieux et poétique.
Boire un coup à la santé de la planète
Une anecdote parmi cent que Scruton nous narre toujours avec humour : un soir qu’il est en France, il passe la soirée avec des étudiants, échange les chants de Noël anglais à deux voix contre Dans l’eau de la claire fontaine, s’étonne du peu de culture musicale « classique » de ces jeunes gens et commence de « donner un cours » sur ce qu’ils manquent en ignorant des sonates de Beethoven ou les grandes symphonies. De son propre aveu il s’embourbe. Mais un des étudiants est venu avec une Bouteille de jurançon 1955. Roger Scruton l’ouvre et s’en sert immédiatement un verre : « Ce goût propre a sauvé mes pensées […] j’ai arrêté de ronchonner à propos des choses que je n’aimais pas et j’ai commencé à louer ce que j’aimais […] afin de leur dire comment j’étais resté sain d’esprit sur les coteaux de Jurançon en jouant les symphonies de Beethoven dans ma tête, et comment je marchais dans la brume, éclairé par leur soleil intérieur. »
En appendice de ce livre remarquable, Roger Scruton rappelle que « les boissons qui ont un effet dépressif (l’eau par exemple) doivent être consommées à petite dose et seulement pour des raisons médicales » – ce que savent tous ceux qui ont déjà vu le beau film de Gilles Grangier, Archimède le clochard. De plus, et parce que l’écologie est à la mode, le poète philosophe souligne que la consommation d’alcool ne peut pas faire subir de « dommages durables à la planète » : « En précipitant votre mort, un verre ne présente guère de risque environnemental. Après tout, vous êtes biodégradables et c’est peut-être la meilleure chose que l’on puisse dire de vous. »
Procurez-vous cette bible
Enfin, pour tous ceux qui aimeraient quand même se plonger dans la lecture de quelques maîtres en philosophie, Roger Scruton conseille les accords parfaits pour une soirée vineuse et philosophique : un bordeaux subtil avec La République de Platon (un rose léger avec Phèdre mais un bourgogne solide avec Les lois). L’aridité de la Métaphysique d’Aristote réclame de garder le cerveau frais et disponible : eau plate toute la soirée (en revanche, l’Éthique supporte une bouteille de sauvignon blanc). Avec la Consolation de la philosophie de La Boétie[tooltips content= »La consolation de la philosophie, attribué dans le livre de Scruton à La Boétie, n’est pas de la Boétie mais de Boèce. Une erreur qui n’est sûrement pas le fait de Scruton mais plutôt du typographe de la maison d’édition qui, abusant des recommandations de Roger Scruton, aura lu La Boétie là où était écrit Boèce »][1][/tooltips], Scruton conseille vivement un verre de meursault aromatique. Pour lire celui qu’il considère comme le « philosophe le plus surestimé de l’histoire », Descartes, il suggère un vin du Rhône sombre, un châteauneuf-du-pape par exemple : « Un tel vin compensera la légèreté des Méditations et vous aurez là un sujet de discussion plus consistant ». Locke avec un verre de Chablis. Hume sera idéalement lu près de la cheminée avec un verre de Montbazillac. La pensée kantienne sera « expérimentée » avec un ami et une bouteille d’Hermitage blanc de chez Chapoutier. Pour Nieztche, ce sera une « potion diluée d’hypocondriaque », c’est-à-dire un doigt de beaujolais dans un verre rempli d’eau gazeuse.
Finissons sur une note cruelle et drôle, bien dans la veine scrutonienne : « Sartre est mon excuse pour retourner vers 1964 qui n’est pas un grand millésime mais qui porte pour moi la trace indélébile de la bouteille de chambertin Clos de Bèze 1964 que j’ai bue en 1980.[…] Si je devais relire Sartre, je chercherais un bourgogne 1964 pour laver le poison. Mais les chances d’en trouver sont rares. Voilà donc un grand écrivain que je ne visiterai pas une nouvelle fois et j’en remercie le ciel. »
Amis amateurs de vin, philosophes ou poètes, procurez-vous cette bible et, chaque soir, au moment de profiter d’un nouveau nectar, souvenez-vous en le lisant de Roger Scruton, l’homme qui pouvait écrire : « Vous devez boire ce que vous aimez dans les quantités que vous voulez. Ceci précipitera peut-être votre mort mais les profits pour votre entourage compenseront ce faible coût. »
Une étude américaine conclut que les femmes ont généralement plus froid que les hommes. Les gender studies lancent la « bataille du chauffage ».
Étrange titre que celui de cet article du Guardian, quotidien britannique si unilatéralement progressiste qu’il ferait passer Libération pour réac : « La température de votre maison est constamment réglée sur “sexiste” ? Vous n’êtes pas seules. »
Selon une étude américaine, la plupart des foyers possèdent leur « dictateur thermal, qui gère le thermostat d’une main de fer » et qui est bien sûr toujours un homme. Et les femmes, ces pauvres victimes soumises, seraient en passe de perdre « la bataille du chauffage ». Faut-il le préciser, cette étude passionnante a été commise par des chercheurs en « gender studies ». Ces têtes bien faites d’une université de l’Ohio ont dépensé de l’argent et de l’énergie pour conclure que les femmes avaient généralement plus froid que les hommes. Même le Guardian ironise : « Il y a une raison scientifique à cela, c’est que les femmes viennent de Vénus qui est une planète très froide et les hommes de Mars où la chaleur est insupportable », avant de renouer avec l’esprit de sérieux. De nouvelles études prouveraient en effet que les femmes sont plus performantes intellectuellement dans une atmosphère plutôt chaude. Or, remarque la journaliste, « il gèle souvent dans les bureaux. » Voilà une bonne raison de mettre en place séance tenante des bureaux non mixtes ! En revanche, les rôles s’inversent dans la chambre conjugale, où le beau sexe préfère dormir dans la fraîcheur. Un jour prochain, le couple postmoderne redécouvrira le plaisir bourgeois de la chambre à part.
Grèves. En essayant de passionner les citoyens sur les enjeux des ennuyeuses élections municipales, les médias font-ils le jeu du gouvernement ?
« Fin de l’âge pivot…et des grèves? », ce titre d’un tout récent numéro de « C dans l’air » (13 janvier) résume la position générale des médias depuis quelques jours. Un grand nombre de débats, sur les chaînes d’information, ont, en effet, été pourvus de titres proches de celui-ci; et la teneur des questions adressées aux invités, et notamment aux représentants syndicaux, était en cohérence avec les présupposés de cette approche : pourquoi poursuivre le mouvement de contestation alors même que le principal point de crispation n’est plus à l’ordre du jour du projet de réforme ?
On trouvera sans peine des titres d’articles reprenant la même logique:
Est-ce bien honnête? Et surtout, quel est l’effet escompté par nos journalistes lorsqu’ils orientent ainsi collectivement leur approche? On pourrait penser, mais ce serait malheureux, qu’ils font volontairement le jeu du gouvernement. En reportant temporairement la question de l’âge pivot, ce dernier a donné l’impression d’accéder, par la vertu des négociations, à une revendication des syndicats réformistes. Mais le report n’est que stratégique puisque ce thème est appelé à revenir sur la table au mois d’avril à l’occasion de la conférence de financement. C’est une différence notable par rapport à bien des lois dont la « suspension » a constitué un euphémisme gouvernemental pour ne pas reconnaître leur « suppression »: la loi n’est pas suspendue, seul l’est un des points litigieux du texte et il ne l’est que pour quelques semaines, jusqu’à un terme fixé.
Que ce report temporaire puisse être présenté par tant de médias comme un « retrait », un « abandon », est pour le moins surprenant. L’effet, voulu ou non, est bien sûr de susciter un essoufflement du mouvement de contestation et de rendre ce mouvement et ses actions, incompréhensibles aux yeux de l’opinion publique. Désormais, les grèves apparaîtront comme le fait de jusqu’au-boutistes cramponnés à une posture d’opposition illégitime.
Mais nos médias se comportent-ils vraiment en valets de l’exécutif? Je crois bien plutôt qu’ils ont épuisé les traitements possibles de la grève : on a vu ressurgir les habituelles mises en scène pitoyables (journaliste enchaînant les covoiturages d’un point A à un point B pour montrer combien c’est laborieux, tout en interrogeant ses camarades de trajet et même, en enregistrant la musique de l’autoradio!) Ils ont maintenant envie de parler d’autre chose et ils savent très bien de quoi ils ont envie de parler: outre le nouvel ouvrage de Davet et Lhomme, ils ont envie de reprendre le cours de leur « bus des municipales » (titre d’une émission de France Info).
Ils n’aiment rien tant que scénariser les périodes d’élections : ils vont distribuer les rôles (les « favoris », les « outsiders », etc.), organiser des débats, des micro-trottoirs, des sondages à tire larigot. Et si cela ne nous intéresse pas, ils sauront nous y intéresser. Il n’est, pour s’en persuader, que de voir la une du quotidien Aujourd’hui en France le 13 janvier (jour où fleurissaient les émissions sur le « retrait » de l’âge pivot rendant la grève inutile): « Municipales, la campagne qui peut tout changer »; avec ce sous-titre : « jamais ce scrutin local n’aura suscité autant d’intérêt et d’inquiétude ». Je ne sais pas si cette hyperbole ronflante revêt une quelconque vérité, mais cette présentation des choses a fait rire tous les gens à qui j’ai soumis ce titre.
« La retraite, faut la prendre jeune » disait Michel Audiard. On dit souvent que « partir c’est mourir un peu ». Dans sa grande sagesse, Alphonse Allais a précisé aussi que «mourir, c’est partir beaucoup ».
La langue française, les grands auteurs et l’imagerie populaire regorgent de bons mots et de citations pour commenter et justifier les départs, la mort et même l’illusion d’irremplaçabilité. On peut douter de la véracité de certains adages. En gardant deux certitudes dans la vie, comme Woody Allen : les impôts et la mort. Depuis peu, j’en ai presque une troisième. J’ai bien peur aussi « qu’un seul être vous manque et tout est dépeuplé ». La personne avec laquelle je partageais mon bureau n’est pourtant pas morte. Elle est simplement partie à la retraite. Mais depuis qu’elle a quitté son poste, c’est comme si j’étais en deuil. Elle a fait ses paquets il y a peu. Rangeant soigneusement ses tiroirs. Ses petites boîtes où elle gardait les rubans d’emballage et les cartes de vœux des années passées. Enterrant ses dossiers en cours, ses activités passées. Fermant sa boîte à pharmacie et ses placards à fournitures. Et puis, elle s’en est allée. Après 20 ans de maison. 40 ans de labeur. Saluée comme il se doit par ses collègues et la DG bien sûr. Mais elle n’est plus là ce lundi. Et ça, c’est vraiment triste.
Indice énergétique
Trop souvent, on juge l’efficacité des collaborateurs à l’aune de leurs capacités de rendement. Collant sur leur dos des étiquettes multicolores semblables à celles qui enluminent les réfrigérateurs dans les magasins d’électroménager. Indice de consommation? Orange! Performance énergétique? Rouge! Niveau de bruit? Vert! Ma codétenue, n’a que très rarement amélioré le chiffre d’affaire de la maison – même si certains clients, égarés par le standard sur son poste, se souviendront longtemps de son accueil et de son dévouement appliqué – elle était pourtant, sans doute, une des plus belles richesses locale.
Une valeur bien plus estimable qu’un contrat ou un coup de tampon « payé» sur une facture à six zéros. Le prix de mon amie, c’était sa gentillesse. Son rendement ? Son empathie, sa capacité d’écoute, son talent pour cimenter les collaborateurs entre eux. Son rire, son entrain, sa folie même, son respect de l’autre. Son sens de l’organisation bien sûr. Et par-dessus tout son envie, mais aussi son égard pour son employeur. Autant de détails qui, en ces temps jaunis par le trouble, passent finalement bien au-dessus de la tête de la gestion moderne. Ensuquée qu’elle est, très légitimement, par le profit et l’efficacité.
Le management moderne laboure l’humain
Des détails qui, selon moi, devraient avoir autant de valeur que certaines «bottom line » ou autres bilans. On ne fait évidemment pas de business avec de bons sentiments. On ne crée pas non plus de richesse ou de rendement avec des mots doux. Mais ces derniers, pourtant, peuvent largement contribuer à donner du sens à une entreprise. Le management moderne est souvent broyant. Il laboure l’humain sur son passage au nom du profit. Quitte à lui ouvrir les entrailles. Ma collaboratrice était bien plus qu’une collègue.
C’était un point d’ancrage. Un fil d’Ariane social qui établissait la jonction entre le bas et le haut de l’échelle. Comme ces filets de cordes que l’on place sur la coque des navires pour permettre aux naufragés de monter à bord. Elle a toujours fait le joint entre la base et le sommet. Les petits et les grands. Sans se départir jamais de la noblesse de cœur qui caractérise ces femmes qui savent si bien se mélanger, s’adapter même, sans jamais oublier leur classe naturelle, ni leurs origines. Avec sa bonté, sa belle âme, son courage.
Bien sûr, rien n’arrête l’inertie du paquebot d’une belle entreprise. Certainement pas les ambiances, l’amitié, ni encore moins l’empathie ou l’amour de l’autre. Mais au bout des réussites, quelle qu’elles soient, c’est toujours le souvenir de tous ces infinis détails qui perdure. Celui de l’amitié et des bons moments. Après tout. Quoi qu’il advienne. On ne devrait jamais quitter Montauban.
Le Musée de l’Immigration a organisé hier soir un débat sur le thème : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Les grands historiens de gauche Benjamin Stora et Gérard Noiriel y ont multiplié les amalgames. Reportage.
Hier soir, la belle enceinte Art déco du Musée de l’immigration a accueilli une causerie des plus prometteuses : « Immigration : le lexique de l’extrême droite a-t-il gagné le débat public ? » Pour y répondre, Benjamin Stora et Gérard Noiriel, deux brillants historiens de gauche à peu près d’accord sur tout participaient à ce que Michel Houellebecq appelle un « débat nord-coréen ». Dans l’assistance, hormis quelques jeunes, une assemblée assez âgée unit cheveux blancs et cheveux gris. A l’extérieur, une accorte intermittente du spectacle distribue des prospectus de sa pièce Migrando, sous-titrée « C’est quand la dernière fois que vous avez pu changer le destin de cinquante personnes ? » (un mauvais génie me souffle : « une nuit à Cologne… »).
Photo: Daoud Boughezala
Mais revenons à nos moutons de Panurge. Avant que la séance des questions ne confirme l’uniformité idéologique de la salle, les réactions du public révèlent une adhésion pleine et entière aux présupposés des deux intellectuels. L’arbitre, Nicolas Prissette, journaliste à la revue L’Eléphant, leur tend la perche : si les thèses identitaires ont « envahi » le débat public, est-ce la faute des médias, des « partis de gauche, dont c’est l’essence ou la raison d’être de lutter contre l’extrême droite », ou des partis de droite devenus RN-compatibles ? A Gérard Noiriel d’ouvrir le bal, par un résumé de son dernier essai qui amalgame la violence antisémite d’Edouard Drumont aux écrits « islamophobes » d’Eric Zemmour. Ici, je ne paraphraserai pas Georges Bensoussan qui a brillamment démonté cette lecture anachronique et partisane du Suicide français. En plus des politesses d’usage, Noiriel exprime sa solidarité avec son ami « Benjamin » à la suite du portrait vachard qu’en a fait Valeurs actuelles. Cette charge outrancière avait suscité l’indignation pavlovienne de 250 universitaires. L’épisode inspire un constat sans appel : « On a aujourd’hui une résurgence des discours de haine » qui ne sont « pas des arguments ». La disqualification morale et intellectuelle de l’adversaire ne fait que commencer. Saisissant la balle au bond, le spécialiste de l’Algérie Benjamin Stora accuse Valeurs actuelles d’antisémitisme dissimulé (« lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il grossit parce qu’il s’élève socialement, qu’il est tout le temps dans les arcanes du pouvoir de manière mystérieuse et secrète, et qu’enfin il n’arrive pas à se définir dans l’identité française », cela sent mauvais…). La preuve par Noiriel : Drumont, Le Pen père et Zemmour fonctionnent tous par petites phrases sybillines qui leur permettent de contourner la loi et de plaider la bonne foi face aux tribunaux. « Il n’y a jamais de possibilité de discussion sur le fond. D’où le problème pour nous : est-ce qu’il faut discuter avec ces gens-là ? » Parce que chez ces gens-là, monsieur, on ne pense pas, on éructe ! D’où le dilemme qui étreint le clerc antiraciste : débattre avec ses contradicteurs (pouah !) au risque de les crédibiliser ou les boycotter, ce qui leur laisse un espace de (libre) parole.
Que fait le CSA ?
Attention, un contre-argument pointe. L’arbitre Nicolas Prissette a calculé le temps de parole télévisuel hors élections aux mois d’octobre et novembre. Surprise : loin de survaloriser « l’extrême droite », le petit écran n’a accordé que 13% de son antenne aux porte-parole RN et DLF. Les autres forces politiques ont occupé 87% du temps de parole, sans compter les heures dévolues à l’exécutif macronien. Réplique de Stora : « On ne peut pas s’en sortir par des pourcentages ». Oublions élus et politiques professionnels aux temps de parole strictement comptabilités, la droitisation cathodique passe plutôt par les « émissions quotidiennes et régulières » confiées à des « polémistes » réacs qui n’avaient jusque-là pas voix au chapitre. Qui sont « ces gens qui sont des propagandistes, des polémistes, des militants sans le dire qui se réclament de l’objectivité scientifique mais qui appartiennent en fait à un camp idéologique » ? Certainement pas des universitaires. Non, les coupables enrichissent la grille de CNews, entretenant l’illusion d’une « fausse hégémonie culturelle » alors que « masse des intellectuels » reste heureusement ancrée à gauche. On respire. « Qu’est-ce qu’on voit dans les séminaires de recherche, dans les colloques universitaires, dans les centre d’archives, on ne voit pas des gens qui se réclament de Zemmour (…) Les centaines de gens qui s’inscrivent en thèse en France, il n’y en a pas un seul qui se réclame de la pensée zemmourienne. Ça n’existe pas. » Pas plus qu’il n’y a d’homosexuels en Iran, il serait absurde d’imaginer la présence d’étudiants, de chercheurs ou d’universitaires franchement ancrés à droite. Il faudrait être fou pour y voir l’action d’un maccarthysme universitaire qui contraint les droitards à la taqya s’ils veulent échapper à la répression des gardes rouges. D’ailleurs, Noiriel incrimine les médias de masse que sont les réseaux sociaux et les chaînes infos, soumises à la dictature de l’audimat comme jadis la presse millionnaire. Par ses programmes quotidiens « C l’info » (l’émission d’Eric Zemmour contre le reste du monde) et « L’heure des pros », CNews banaliserait des idées malodorantes parce que Vincent Bolloré « veut faire de l’audience ». Petit canaillou ! Pour Noiriel, l’urgence est d’édifier les masses « tout en mettant la pression sur le CSA pour qu’on ne laisse pas ces gens-là pérorer un peu partout ». Liberté d’expression, j’écris ton nom. A la façon des « sleeping giants » enjoignant aux marques de retirer leurs réclames dans les médias déviants, l’historien marxisant prône comme « forme de résistance » les « pressions qui peuvent être faites sur les publicitaires » afin d’ « élever le seuil d’intolérance ». C’est vrai ça, la tolérance, il y a des maisons pour ça.
Sans jamais dévier de la pensée autorisée, le truchement Nicolas Prissette émet une hypothèse : « s’il y a cette offre, c’est peut-être parce qu’il y a une demande », citant un sondage Ipsos selon lequel 64% des Français ne se sentent plus chez eux. Une majorité estime aussi que les immigrés ne font pas assez d’efforts pour s’intégrer. Las, l’antifascisme n’envisage qu’une politique de l’offre. Si le RN atteint des sommets électoraux, c’est que droite et gauche ont renoncé au cordon sanitaire, dixit Stora. Si cet excellent connaisseur du Maghreb combat l’essentialisation des ex-pays colonisés, il cultive une conception immuable de l’extrême droite. « Sous Vichy ou en Algérie, leur projet politique est un Etat autoritaire » ainsi que le prouve « le bouquin excellent du fils de Patrick Buisson », où « on voit bien l’histoire de l’extrême droite française qui ne change pas fondamentalement ». Pour un historien, amalgamer Marine Le Pen, Nicolas Dupont-Aignan, Marcel Déat et Bastien-Thiry manque quelque peu de rigueur. Mais qu’à Drieu ne plaise, la justesse de la cause vaut bien de confondre témoignage et démonstration…
Questions du public et intermède comique
Certes, « la matrice de l’extrême droite ne change pas », confirme Noiriel mais les électeurs frontistes « ne sont pas tous d’horribles racistes » (ouf !). Inquiet du fossé entre l’intelligentsia et « une partie des classes populaires dans une logique de repli », l’auteur du Creuset français voudrait sauver le petit peuple. D’autant que cette classe dangereuse se révèle « plus nombreuse que les autres et peut faire une majorité ». Saleté de suffrage universel ! Tempête sous un crâne : rétablir le cens ou conscientiser le prolo ? Loin de ces mauvaises pensées, Gérard Noiriel rêve de rétablir un clivage marxiste entre possédants et déshérités, articulant antiracisme idéologique et combat social. Bon courage !
L’heure des questions du public a sonné. Une interrogation innocente sur la politique de Macron justifie un premier point Godwin. Ou presque. De Nuremberg à Nuremberg, l’histoire passe par Munich. Dans la bouche de Noiriel, cela donne : le candidat Macron « critiquait la déchéance de nationalité, etc. Et puis on a vu une volte-face qui s’est produite après, avec les lois successives sur l’immigration (…) C’est l’histoire de Daladier en 1938. Daladier avait été militant de la Ligue des droits de l’homme, un des fers de lance du Front populaire, qui retourne sa veste en 1938 (…) Ça n’a pas empêché Vichy et lui-même a été mis en prison après » Le président Macron n’a certes pas cédé à Macron et Mussolini mais accordé un entretien à Valeurs actuelles, une opération de communication jugée néfaste « à la cause qu’on défend ».
Oh non! pas encore l’islam!
Intermède comique. Assise juste derrière moi, une jeune fille appelle à l’aide Noiriel et Stora : « je sollicite de votre part des conseils parce que je suis potentiellement entourée de personnes qui sont sensibles au lexique extrême droite dans les émissions grand public de CNews ». Zut, je suis repéré ? Le clou du spectacle ne va pas tarder. En toute innocence, un spectateur pose une question qui fâche : « par rapport au tableau que vous avez dressé, quelle place vous faites aux événements depuis 2001, aux attentats à Paris et en France, à la persistance du conflit au Moyen-Orient entre Israël et la Palestine ? » Mi-agacé, mi-ricaneur, Benjamin Stora s’exclame : « C’est l’islam, c’est ça ? L’islam politique, l’intégrisme ? Faut être précis, faut être direct ! » Objection de l’accusé : « Mais je ne vois pas en quoi je louvoie ! Je dis simplement qu’il y a des attentats qui ont provoqué un effet de sidération et de peur tous azimuts. Très souvent, il n’y a plus de raisonnement possible et ça travaille en profondeur la société française ». Visiblement exaspéré, Stora déplore l’irruption inopinée de la question islamique « chaque fois qu’on fait un débat sur l’immigration ». Son appel à « isoler la question de l’islam politique de la présence des musulmans en France » obéit à des intentions louables, mais semble déresponsabiliser les individus. Que serait une religion sans adeptes ? Gérard Noiriel rebondit pour se lancer dans un plaidoyer pro domo : « Dans mon dernier livre, j’ai eu un certain nombre de réactions extrêmement négatives parce que j’avais osé utiliser le terme « islamophobie ». Certains m’ont même accusé (…) de faire le jeu des islamistes parce que je parlais d’islamophobie ». Loin de nous cette idée…
La meilleure interpellation vient d’un spectateur au léger accent algérien. La critique du populisme inclut-elle l’extrême gauche ? Tout discours populiste est-il forcément dangereux et réductible à la Bête immonde ? Noiriel conclut : « il y a une histoire du mot ». Autrefois, « le mot populiste » était « utilisé par les dominants pour discréditer parfois des revendications » populaires. Ah ces historiens, toujours à parler au passé !
Eva Vlaardingerbroek Image: capture d'écran YouTube
Une intervention de la néerlandaise Eva Vlaardingerbroek, enregistrée dans un congrès du parti conservateur de Thierry Baudet, le FVD, est devenue virale. Cette vidéo apporte la démonstration que dans les pays européens, le néoféminisme moderne est avant tout le marche-pied de la droite réactionnaire.
Plusieurs de mes amis m’ont montré cette vidéo (voir ci-dessous). Apparemment, elle tourne pas mal sur les réseaux sociaux, et comme ces amis et Causeur me demandent mon avis de féministe repentie, le voici donc.
Ce qui y est dénoncé par la jolie militante du FVD (c’est aussi la petite amie de Julien Rochedy) est le féminisme mainstream, majoritairement de gauche. Disons le tout de suite: la dénonciation est plutôt pertinente.
En effet, le féminisme actuel est une forme de dissonance cognitive hardcore, vu qu’il dénonce en permanence le moindre mot, le moindre regard, mais soutient l’immigration, notamment afro-maghrébine, tout en sachant que la majorité des personnes qui la compose est venue de pays où on ne peut pas dire que niveau égalité et liberté sexuelle, ce soit la panacée…
Le seul exploit du néoféminisme
D’ailleurs, dans les affaires de viol collectif, de guet-apens d’homosexuels, de mariage forcé, de crime d’honneur, de viol punitif ou d’excision, force est de constater que cela vient un peu toujours des mêmes. Mais les néoféministes n’ont aucune réflexion sur ce que le multiculturalisme comporte de rétrograde ou de problématique, particulièrement sur le sujet qui les intéresse pourtant : le sexisme. Aussi, ce féminisme est effectivement l’une des plus immenses impostures actuelles qui soit.
Mais, de l’autre côté de l’échiquier politique, par effet de balancier, on a ce genre de militante qui émerge, et qui passe évidemment pour quelqu’un de très sensé et de très pertinent. Voilà ce que réussit le féminisme : rendre la droite identitaire pertinente !
En réalité le féminisme, ou plutôt cette critique acerbe du féminisme permet de faire passer la droite identitaire comme la garante des « droits des femmes ». C’est une belle entourloupe intellectuelle. Regardez comment à droite des gens sont devenus incroyablement favorables à l’égalité hommes / femmes et à la liberté sexuelle ces dernières années, dis donc ! Cela leur permet de montrer qu’ils sont civilisationnellement parlant supérieurs à tous ces immigrés qui nous envahissent et transforment nos pays en les rendant dangereux pour nos valeurs et pour nos femmes.
Bien sûr comme il y a une part de vrai, ils marquent des points.
À choisir…
Mais personnellement, je me sens bien plus en phase avec une Zineb El Rhazoui ou un Hakim El Karoui qu’avec un Damien Rieu. Je me sens plus en phase avec un “maghrébin” ex-musulman qu’avec un “petit blanc” de chez Civitas !
Que l’on écoute les néoféministes ou Eva Vlaardingerbroek, en réalité, des deux côtés le sujet est bien le multiculturalisme. Celui-ci doit être abordé sans aucun tabou, sans la peur d’être accusé de racisme. Cette accusation menaçante qui continue d’être brandie est devenue pathétique, et il faut choisir de s’en moquer. Dans le même temps, le multiculturalisme doit être abordé sans essentialisation aucune, et en reconnaissant tous ceux (nombreux mais silencieux) qui, parmi les immigrés et les descendants d’immigrés, se bougent pour faire changer les mentalités. C’est compliqué, car quoi qu’on dise on est soit accusé d’être raciste facho, soit accusé d’être laxiste bien pensant. Aussi je me répète : le mieux est donc littéralement de s’en foutre et de dire simplement ce qu’on pense. Que ça plaise ou non.
Comme elle a manqué de réserve dans ses propos sur l’exécutif, Ségo est contrainte de dire adieu aux réserves de manchots dont elle avait la garde. Causeur résume cette situation politique burlesque…
Hier soir, le bandeau de BFMTV s’inquiète : “Que reproche-t-on à Ségolène Royal ?” Mince, je ne savais pas qu’il fallait maintenant une raison légitime pour dire du mal de cette haute figure de Poitou-Charentes ! Dès qu’un nouvel épisode du feuilleton Ségolène Royal se produit, je prends ma plume.
Depuis quelques jours, l’ambassadrice des pôles est “dans la tourmente” comme on dit sur les chaines info. Alors qu’elle pensait avoir échappé au pire, alors que sa carrière ne semblait finalement pas devoir prendre fin – malgré les attaques si méchantes de Radio France (auxquelles elle avait bien maladroitement riposté) – , voilà que c’est maintenant le président Macron qui lui voudrait du mal.
Des pressions seraient exercées pour que le Parquet national financier se penche sur la façon de travailler de l’ex du capitaine de pédalo.
Un ambassadeur des pôles ça ferme sa gueule ou bien…
On lui a scandaleusement refusé l’entrée du gouvernement, il ne fallait pas la chercher. Tout ce qu’elle voulait, c’était une bonne place. Politicienne de premier plan, femme, née en Afrique, n’avait-elle pas le profil diversitaire idéal ? Pas assez pour ces snobs de macronistes, peut-être.
Ségolène Royal passe désormais son temps à attaquer Emmanuel Macron, lequel est déjà fort occupé par ces vilaines histoires de violences policières, par ces médecins hospitaliers qui menacent de démissionner ou par la mise en place de la fameuse conférence de financement pour les retraites. Alors… on ne va pas tortiller du fion longtemps. Virons-la ! Validée en haut lieu, Ségo a reçu le 7 janvier dernier la missive suivante :
“Madame l’ambassadrice, il est envisagé de mettre fin à vos fonctions au regard de vos récentes prises de parole publiques, qui mettent en cause la politique du gouvernement, à la mise en œuvre de laquelle, en votre qualité d’ambassadrice (…) vous êtes étroitement associée.” Des fois qu’elle soit longue à la comprenette, la lettre – qui proviendrait du secrétariat du Ministère de l’Ecologie -, ajoute: “Les fonctions que vous exercez impliquent un devoir de réserve sur l’action du gouvernement et ne permettent pas des prises de position publiques qui peuvent être celles d’une personne n’exerçant pas de telles fonctions”. Quand on pense qu’Elisabeth Borne, l’actuelle ministre, a un temps été sa directrice de cabinet, Ségo avait de quoi être furieuse quand elle a reçu ces remontrances !
Depuis, par tous les moyens légaux, le moulin à paroles de la gauche de 2007 se victimise. En lui reprochant via une tierce personne ses prises de paroles et son manque de rectitude, le petit Monsieur de l’Élysée manque vraiment de bravitude !
Un parcours politique royal
Quoi d’autre ?
Les médias affirment qu’elle ne va jamais au Conseil sur l’Arctique ? C’est que Madame Royal préfère servir son pays, comme elle l’a toujours fait ! Libre à chaque citoyen de faire le bilan de ses exemplaires années d’action politique (elle a été pour la première fois ministre en 1992).
Elle utiliserait ses assistants et son budget d’ambassadrice des pôles à des fins personnelles (déplacements en province pour la promotion de son livre ou de sa fondation) ? Et le déplacement d’Emmanuel Macron au CES de Las Vegas en 2016, vous voulez qu’elle en reparle ?
Désormais libre, on ne fera plus taire le César d’or 2007 de la parole creuse. Pour preuve, elle invoque par pure démagagie et par erreur Voltaire sur Twitter, et devient une fois encore la risée des réseaux sociaux. Poussée à démissionner de son poste d’ambassadrice, c’est avec fracas qu’elle entre dans l’opposition.
L’esprit voltairien ne nous manque t’il pas ? < Je ne suis pas d’accord avec ce que vous dites mais je me battrai jusqu’à la mort pour que vous ayez le droit de le dire > VOLTAIRE https://t.co/0oaZ2T89bX
Se mettra-t-elle en campagne, comme l’affirment de nombreux journaux ? Naïve et moins habile politiquement que nombre de ses petits camarades en Macronie, le côté foutraque de Royal a quelque chose d’attachant. Macron s’inquiéterait d’avoir cette ancienne alliée comme adversaire en 2022. La France est franchement dans le pétrin.
Le témoignage glaçant d’un professeur de philosophie de l’Éducation nationale.
J’exerce le métier de professeur de philosophie dans un de ces lycées de France et de Navarre où la religion est désormais très présente. Certes, c’est une présence qui n’est pas ouvertement agressive, mais elle est néanmoins permanente et insistante, « enveloppante » et même obsédante pour tout dire. Si on laisse de côté la question des tenues vestimentaires (la fameuse loi de 2004 sur les signes religieux à l’école interdit les vêtements les plus ostentatoires dans l’enceinte des établissements scolaires, comme le voile des jeunes filles, lesquelles acceptent de plus ou moins bon gré de l’ôter à la grille d’entrée du lycée, or la loi reste silencieuse sur d’autres signes plus discrets quoique tout à fait explicites…), je dirais que cette omniprésence tient en outre à de petites choses quotidiennes et apparemment insignifiantes, des petits détails à peine perceptibles pour le profane inattentif.
Bienvenue en enfer
Mais je dois reconnaître également que mes élèves, des adolescents proches de l’âge de la majorité ou bien l’ayant dépassée, sont généralement très doux, souriants et bienveillants, si on excepte quelques olibrius à la barbe imposante qui tiennent à se faire remarquer par leur caractère atrabilaire et par leur mine sombre qui laisse deviner un esprit obnubilé par de sombres pensées.
Un jour, c’est telle élève qui me demande soudain, avec une vive sollicitude, si je n’ai pas « peur de brûler en enfer avec tous les athées ». Une autre fois, c’est tel élève attentionné qui me propose de m’offrir un exemplaire du livre saint des musulmans afin de m’éviter la géhenne éternelle. Un autre jour encore, telle jeune fille me dit courtoisement et de façon impromptue, tout en me fixant du regard : « vous savez, moi je suis d’accord pour écouter tout ce que vous nous dites, mais je n’y crois pas, car je n’ai confiance que dans mon imam ». Cause toujours, tu m’intéresses ! Alors que je parlais en classe des découvertes scientifiques faites dans le « monde moderne », de Copernic à Einstein en passant par Newton ou Darwin, un de mes élèves studieux me fit aussitôt remarquer avec aplomb que toutes ces découvertes étaient en réalité « déjà toutes contenues dans le Coran ».Pourquoi chercher plus loin ?!Quand je leur demande ce qu’est la culture, mes élèves me répondent bien souvent et très spontanément : « la religion ». Et si je m’aventure à leur demander ce qu’est l’ignorance ou l’inculture, je reçois le plus souvent pour réponse : « l’athéisme ». Je me demande donc bien à quel titre, moi l’ignorant ou l’inculte, je pourrais leur enseigner quoi que ce soit ?! D’ailleurs mes élèves me demandent très souvent ce qu’est un « savant ». Quand je leur réponds que, dans notre société dite « moderne », on considère que les « savants », ce sont les scientifiques ou éventuellement les philosophes, mais pas les religieux, ils tombent des nues…
Dans ces conditions, il est évident qu’il convient d’éviter de citer des auteurs ou d’évoquer des doctrines trop ouvertement anti-religieuses et « provocatrices », si l’on veut éviter les problèmes. Je m’y risque néanmoins parfois, par « bravade » ou « esprit d’aventure »… Un jour, alors que nous étions en train de faire un cours précisément sur le chapitre de la religion (eh oui car c’est au programme officiel !), et lorsque j’en fus venu à évoquer la pensée d’un certain Frédéric Nietzsche à ce sujet, une élève protesta sèchement : « on n’a pas le droit de dire cela, c’est péché ». Lorsque j’invitai cette élève à lire à haute voix la célèbre phrase tirée du Gai savoir qui faisait l’objet de son indignation : « Dieu est mort », afin que nous puissions en discuter et qu’elle puisse m’expliquer les motifs de son désaccord, l’élève en question m’opposa un refus catégorique. Elle déclara qu’il lui était impossible de prononcer ces paroles. Me tournant vers ses autres camarades, je lus une moue de vive désapprobation, proche du dégoût, sur le visage de plusieurs d’entre eux : ils étaient solidaires! Le reste de la classe, quant à lui, se tenait coi et m’observait avec curiosité: comment le professeur va-t-il réagir à ce défi ? Sauvé par le « gong » de la sonnerie, qui marquait à heure fixe la fin des cours, je n’eus pasà relever le défi, et je dois avouer que, cette fois-là j’en fus lâchement soulagé.
Briser le silence
Certes, j’aurais dû me méfier. J’avais bien entendu les chuchotements indignés de certains élèves lorsque j’avais tenté d’expliquer à la classe ce que signifiait l’expression « opium du peuple » sous la plume de Karl Marx. Je savais bien, de toute façon que le cours sur la religion serait une épreuve risquée, voir un passage dangereux dans un tel établissement. N’était-ce pas de ma faute après tout ? Les professeurs sont habitués à ce qu’on rejette la faute sur eux lorsque quelque chose se passe mal. D’où leur silence et leur autocensure. Moi-même, j’ai beaucoup hésitéavant de m’exprimer ici, de peur d’être mis en cause dans mon professionnalisme. Un professeur ne se doit-il pas de préserver le secret de la relation professionnelle qu’il a avec ses élèves ? Ne se doit-il pas aussi de protéger ces derniers ? Enfin, attirer l’attention sur certains faits, fussent-ils réels et « déplaisants », n’est-ce pas prendre le risque de leur donner trop d’importance, de les « monter en épingle » ? Lorsque la température monte, c’est toujours le thermomètre qui finit sur le banc des accusés. Si j’en parle tout de même, c’est donc avec la conscience de faire une entorse à la fois au secret professionnel et au devoir de réserve, comme aussi à la décence commune qui commande de taire des faits qui risquent de fâcher la collectivité. En définitive, si j’aichoisi de romprele« vœu de silence » des enseignants, c’est parce que j’ai le sentiment que le sens de la mission qui est la mienne est de moins en moins clair pour tout le monde, y compris au sein de la communauté éducative.