A Canal+, les élus du personnel ont voté à l’unanimité la fin de la collaboration de CNews avec le polémiste. Pour eux, la liberté d’expression doit s’arrêter là où commence la vérité qui dérange. Petite analyse typologique des anti-Zemmour. 


Un grand économiste et philosophe – Jacques Attali – semble être le phare de leur petite pensée. “Non, monsieur Elkabbach, malheureusement je ne viendrai plus sur CNews pour le moment” a-il sobrement annoncé sur le réseau social Twitter. Pas la peine de préciser davantage. Tout le monde le comprend bien. C’est la programmation du polémiste droitard Eric Zemmour qui est la cause de ce refus, un peu cassant mais néanmoins élégant. Et tout le monde a applaudi, et a commencé à faire la liste de la résistance qui s’organisait.

A longueurs de colonnes, d’émissions ou de tribunes, ils appellent plus ou moins directement à voter pour les mêmes dirigeants. L’outrance de certains polémistes recrutés par CNews est à la mesure de l’incurie de ces dirigeants à régler les problèmes identitaires français.

Obsédés par la maçonnerie, le mur jusqu’alors étanche qui sépare la droite de l’extrême droite les préoccupe au plus haut point. Quand la nouvelle star de CNews participe à un pince-fesses dénommé “Convention de la droite”, ils s’empressent immédiatement d’ajouter “et de l’extrême droite.” Peu de choses semblent pouvoir plus les inquiéter que la porosité supposée dudit mur…

Après l’avoir traité de menteur ou de facho pendant des années, et alors que son corps est encore un peu chaud, tous reconnaissent que Chirac, c’était quand même un chic type, après tout.

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Ils sont persuadés que Julien Odoul du Rassemblement National a agressé une “maman” voilée, à Dijon. Ils l’ont vu de leurs yeux à la télé, et se sont empressés de le répéter.

Pour eux, cette mère est une “maman” avec un voile comme il y en a désormais beaucoup dans la France multiculturelle. Ils n’y voient aucunement une femme avec un uniforme islamiste.

Quand la mère ci-dessus évoquée se confie à l’officine frériste CCIF juste après l’incident pour déclarer qu’on a “détruit [sa] vie” et qu’ ”aujourd’hui, [elle a] une opinion négative de ce qu’on appelle la République”, cela les fait tiquer un peu. Mais, après tout, la pauvre femme a enduré une sacrée épreuve. Quant au CCIF, ce n’est pas les Frères musulmans non plus, se disent-ils.

Yves Thréard du Figaro qui affirme qu’il “déteste la religion musulmane”, voilà qui les fait s’étrangler ! On peut tout à fait dire qu’on déteste les curés, mais la religion musulmane, ça non, il ne faut en aucun cas dire quoi que ce soit. C’est des arabes, après tout.

Quand Stanislas Guérini précise après ces fâcheux épisodes que “nous devons avancer sur la question des cultes, mais pas dans la précipitation”, ils estiment que quoi qu’un peu imprécis, ces propos nuancés mettent du baume au cœur à une société qui a avant tout besoin d’apaisement et de concorde.

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Ils appartiennent souvent aux magistères médiatiques les plus influents de Paris (le Monde, Quotidien, France inter…). Journalistes, animateurs, humoristes ou ex-Première Dame “engagée”, ces gentils organisateurs sont en panique. Voilà que le camp de vacances dont ils avaient la charge plonge dans une ambiance détestable!

Selon eux, Monsieur Bolloré, patron de l’audiovisuel qui n’a jamais été tellement accepté par ses pairs de l’établissement médiatique, met en place une programmation pour le moins suspecte. Ne pas participer à la marche effrénée du progressisme, voilà qui est passible de haute trahison à leurs yeux.

Ils savent bien que le nationalisme c’est la guerre. Mais ils n’ont pas encore vu que le multiculturalisme, c’était la guerre civile. En attendant, compter les points gagnés dans la course au progrès sociétal par les minorités ethniques, religieuses ou sexuelles les délecte.

Appartenant au camp des gentils, ces flics de la pensée (de moins en moins) unique sont des résistants qui pratiquent la délation auprès du Conseil Supérieur de l’Audiovisuel (CSA). Quand l’organisme a mis en place un formulaire sur internet permettant à tout un chacun de formuler une remontrance sur tel ou tel propos tenus sur les antennes, ils ont applaudi l’innovation.

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Ce qui commence à inquiéter ces zélés délateurs du canal 16, c’est de constater que les progressistes libéraux – prêts à sacrifier la liberté des femmes musulmanes pour parvenir à leurs fins – sont en butte avec la question écologique. Pendant ce temps, les populistes ou l’alt right (comme disent leurs semblables outre-Atlantique) avancent, avec leur petit panier rempli de solutions odorantes… elles ont l’avantage d’apparaître pragmatiques aux yeux des citoyens, en comparaison.

Pour ces chasseurs de radicalisation, crier au Zemmour comme les petits enfants crient au loup reste plus aisé que ces considérations.

La tyrannie des minorités, la crise de l’intégration et de l’assimilation, la dictature des identités: voilà des expressions qu’ils espèrent a minima laisser en quarantaine sur CNews, à défaut d’être parvenus à les faire complètement interdire.

Un récent sondage IPSOS, publié peu après l’incident de Dijon, est venu les rassurer. Après tout, si les Français sont de moins en moins nombreux à être contre les accompagnatrices voilées (62% quand même), leur idole Macron continuera de ne rien faire sur la question.

Et au pire, l’arrivée d’un populiste au pouvoir – qui découlerait de cette “jospinisation” du gouvernement actuel (résultats encourageants obtenus sur l’économie mais politique de l’autruche sur le régalien) – ne serait pas si grave. Elle amènerait dans leur paysage un président sur lequel il serait plaisant de pouvoir taper.

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