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Y’a pas de débat!

Favorite pour l’alternance dans la capitale, Rachida Dati réalise une fin de campagne mitigée, avec le petit caillou Knafo dans sa chaussure. Imitant le socialiste Emmanuel Grégoire, elle déçoit en refusant de débattre avec ses concurrents. Et semble pressée de voir arriver le jour du scrutin. En tout cas, plus qu’elle ne l’avait été de quitter le ministère de la Culture pour faire campagne…


Les campagnes électorales municipales ont leurs rituels : quelques polémiques, beaucoup de promesses et, autrefois, des débats. Cette année, à Paris, les débats sont devenus optionnels.

Estimant que leurs candidats avaient davantage de coups à prendre que de points à gagner dans une confrontation télévisée, les états-majors des deux principaux prétendants à l’Hôtel de Ville, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, ont préféré décliner les invitations des journalistes.

Invitée de la matinale de France info hier matin, Mme Dati s’en est expliquée à sa manière. Elle ne voulait pas « participer à un pugilat », prétend-elle. On la comprend, et c’est d’ailleurs bien connu : l’élue de droite parisienne n’a jamais aimé les confrontations en direct, comme le savent tous les programmateurs des soirées électorales à la télé ! «Contrairement à la gauche, je n’ai jamais opposé les Parisiens les uns aux autres. Je ne suis pas dans l’invective. J’essaie de réconcilier», expliquait-elle par ailleurs dans les colonnes du Parisien le 1er mars. Tant pis pour les amateurs de joutes télévisées.

Un débat… sans les favoris

Mercredi 4 mars, le débat organisé par France 3 et Ici ressemblait donc à ces dîners où les invités principaux annulent à la dernière minute. Les seconds rôles se retrouvent à table, un peu gênés, mais bien décidés à profiter de l’occasion.

Sarah Knafo, créditée de 13,5 % dans le dernier sondage Elabe pour La Tribune Dimanche, ne s’est pas privée d’ouvrir les hostilités dès qu’on lui a offert la parole : « Avant de répondre à votre question, permettez-moi de remercier les candidats qui sont là et qui respectent la démocratie. J’aurais aimé savoir ce que font Mme Dati et M. Grégoire. Ont-ils à cette heure quelque chose de plus important à faire que de se confronter à la comparaison des projets ? »

L’eurodéputée Reconquête ! sera rejointe dans sa critique par M. Bournazel (Horizons) quelques instants plus tard : « Refuser le débat, c’est un déni de démocratie. Ce soir, je pense qu’ils sont disqualifiés pour devenir le prochain maire de Paris. » Face à eux, le regard lassé et les cheveux curieusement coiffés, la socialiste Lamia El Aaraji, venue remplacer Emmanuel Grégoire sur le plateau, a tenté une défense aussi classique que circulaire : si le candidat socialiste n’est pas là, c’est parce que Mme Dati refuse les débats depuis des semaines. Autrement dit, si personne ne débat, c’est la faute de l’autre.

Scène de rue dans le Ve arrondissement

Quelques jours plus tôt, samedi après-midi, sur les quais de Seine baignés de soleil, Emmanuel Grégoire improvisait une séance de questions-réponses avec des habitants du Ve arrondissement. Une scène presque idyllique, jusqu’à ce qu’un invité inattendu s’empare du micro : Pierre-Yves Bournazel. « C’est Pierre-Yves Bournazel, mon ami, qui arrive », grince d’abord le socialiste, tandis que quelques huées montent dans son public. « C’est très courtois et républicain de venir à mes côtés », tente-t-il, visiblement mal à l’aise. Flanqué de l’ancienne ministre Marlène Schiappa, Bournazel, lui, ne s’embarrasse pas de diplomatie : « Quand on croit à la force de sa candidature et de son projet, on vient débattre. C’est le moindre respect envers les Parisiens. » A l’issue de cette joute verbale virile comme de mémoire d’électeur parisien on n’en avait pas vu depuis longtemps, les deux hommes finiront par s’accorder sur un point : si le débat n’a pas lieu, c’est la faute de Rachida Dati. Sur ce consensus inattendu, le centriste repartira aussi vite qu’il était venu.

Questions sans réponse

Reste que cette absence de confrontation avec les deux favoris demeure effectivement problématique. Et les sujets de discorde ne manquaient pas. Pourquoi Emmanuel Grégoire refuse-t-il d’armer la police municipale ? Pourquoi veut-il porter la part de logements sociaux à 40 % dans la capitale, contre 25 % aujourd’hui, transformant un peu plus Paris en gigantesque office HLM ? Que pense-t-il des scandales récents dans la gestion de ces logements ? Comment justifie-t-il l’explosion de la taxe foncière qui frappe les propriétaires ? Et pourquoi son programme est-il le seul à ne pas évoquer le sujet de la prolifération des rats ? Autant de questions auxquelles les électeurs n’auront pas eu la chance d’entendre répondre le successeur désigné d’Anne Hidalgo.

A lire aussi: Paris: tous les coups sont permis

En tant que figure politique nationale de premier plan, la candidate LR bénéficie certes d’une notoriété bien supérieure à celle d’Emmanuel Grégoire. Mais son absence sur le plateau n’a pas permis de lever quelques interrogations qui pourraient aussi troubler les électeurs de droite de leur côté. Rachida Dati avait un autre rendez-vous le soir du fameux débat : un iftar avec la communauté berbère. Qui a murmuré « clientélisme communautaire » ?

C’est que de la télé !

Ses potentiels électeurs ont donc dû se rabattre sur le grand « entretien vérité » promis par le JDNews ce weekend. Quatre pages d’entretien, dont il ressort essentiellement une recommandation répétée à trois reprises : voter pour elle dès le premier tour si l’on veut l’alternance à Paris. Pour le reste, l’ancienne ministre sarkozyste puis macroniste y enchaîne des généralités sur la propreté, la sécurité et la « mobilité apaisée », et se révèle incapable de citer une seule mesure phare qui pourrait « transformer la vie des Parisiens dans les cent premiers jours de mandat ». Nos confrères ont tout de même évoqué un sujet plus embarrassant: le procès qui attend Mme Dati en septembre pour « corruption et trafic d’influence passifs » dans l’affaire Renault-Nissan / Carlos Ghosn. Réponse classique : la présomption d’innocence est bafouée à mon égard. Enfin, les adversaires de Mme Dati auraient peut-être aimé l’entendre clarifier en direct ses déclarations récentes devant la commission Alloncle sur l’audiovisuel public. L’ancienne ministre y avait accusé l’émission Complément d’enquête d’avoir proposé de l’argent à un membre de sa famille pour obtenir un témoignage à son sujet — tout en refusant de produire les preuves qu’elle disait posséder. Le proche en question souhaiterait qu’on le laisse « tranquille ». Mme Dati en campagne aussi, visiblement.

Au fond, tout cela n’est peut-être que de la télévision, des petites querelles de plateaux et d’agendas. Ou pas. Les électeurs parisiens, eux, attendaient de voir leurs candidats se confronter, expliquer leurs projets et répondre aux critiques. Savoir, par exemple et en face-à-face, les yeux dans les yeux, lequel des deux favoris pourrait convaincre en direct Pierre-Yves Bournazel de le rejoindre au second tour. Le candidat de la macronie n’a en tout cas pas franchement tenté de draguer la candidate LR sur France 3, déclarant lors de sa déclaration finale que Grégoire et Dati avaient tous deux « abimé Paris » et « je suis un homme honnête, et pour moi l’honnêteté ça compte », allusion à peine voilée aux déboires judiciaires de ses adversaires.

Attention : à force de refuser le débat, les électeurs de droite pourraient aussi finir par se demander si Mme Dati est réellement aussi décidée qu’elle le dit à tourner la page de la gabegie financière à la Mairie. Pire, ils pourraient finir par croire qu’elle n’est finalement qu’une « Hidalgo de droite ». Certains observent déjà que si elle a dénoncé sans relâche au Conseil de Paris les politiques folles de gauche (développement délirant du logement social et chasse à l’automobiliste, notamment) son programme ne revient en réalité pas dessus, à la différence de Mme Knafo.

A Paris, la campagne aura ressemblé à ces matchs de boxe où les deux combattants tournent longtemps autour du ring sans jamais se toucher. Rachida Dati semble visiblement plus pressée que jamais d’arriver au jour du scrutin.

Patrice Jean contre le prêt-à-penser

Chez l’écrivain, ami de Causeur, la satire devient diagnostic de notre temps, observe notre contributeur, qui a lu tous ses livres. Kafka au candy-shop apporte d’utiles clés de lecture à l’ensemble de son œuvre.


À mesure que la littérature contemporaine se rapproche du commentaire moral, certains romanciers prennent le risque inverse : écrire sans chercher à plaire au tribunal de l’époque. Patrice Jean appartient à cette minorité. Depuis plusieurs années, son œuvre avance à contre-courant d’une tentation devenue dominante – transformer le roman en instrument pédagogique, voire en certificat de vertu. Ses livres rappellent une chose simple et presque subversive : la littérature n’est pas là pour approuver le monde, mais pour le regarder.

Ironie lucide

De L’Homme surnuméraire, qui l’a imposé auprès d’un large public, à La Vie des spectres, La Poursuite de l’idéal, Rééducation nationale et l’essai Kafka au candy-shop, une même interrogation traverse son travail : que devient l’individu lorsque les discours collectifs prétendent définir à sa place ce qu’il doit penser, dire ou ressentir ? Chez Patrice Jean, le conflit n’est jamais spectaculaire. Il est diffus, quotidien, presque imperceptible. Ses personnages découvrent qu’ils vivent dans une époque qui parle sans cesse de liberté tout en redoutant la dissonance.

Dans L’Homme surnuméraire, l’ironie agit comme une méthode d’observation. Le narrateur contemple le théâtre culturel contemporain avec un mélange de lucidité et d’amusement inquiet. Rien n’est frontal, tout passe par le décalage. Le lecteur rit, puis comprend que ce rire vise moins des individus que l’air du temps lui-même – cette manière moderne d’imposer des conformismes au nom de l’ouverture.

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La Poursuite de l’idéal prolonge cette exploration sur un mode plus intime. Patrice Jean y décrit l’écart entre les ambitions spirituelles et la réalité ordinaire des existences. Le roman refuse la posture cynique autant que l’illusion romantique : il montre simplement la fatigue des idéaux lorsqu’ils rencontrent la vie réelle. Cette attention aux désillusions silencieuses constitue l’une des signatures les plus fortes de son écriture.

Fracture sociale

Avec Rééducation nationale, le romancier s’aventure dans un territoire explosif : l’école. Enseignant lui-même, il aurait pu écrire un pamphlet. Il choisit le roman. Le résultat est plus dérangeant encore. À travers le professeur Bruno Giboire, il décrit une institution gagnée par la peur diffuse de mal penser, où la transmission du savoir s’efface peu à peu derrière le langage administratif et moral. Personne n’y est monstrueux ; chacun agit au nom du bien. Mais l’ensemble produit un climat d’autocensure douce, presque invisible, qui finit par étouffer la liberté intellectuelle. La satire devient alors diagnostic.

L’essai Kafka au candy-shop donne la clé de lecture de cette œuvre. Patrice Jean y défend une conviction rare aujourd’hui : la littérature disparaît lorsqu’elle accepte de devenir un outil idéologique. « La littérature considère la totalité de l’expérience humaine, pas uniquement la question sociale », écrit-il[1] Le roman ne saurait se réduire à l’illustration de causes, car ce qui fonde l’existence – le désir, la jalousie, la solitude, l’angoisse – échappe aux catégories politiques.

En convoquant Kafka, il rappelle qu’un livre digne de ce nom doit être « la hache qui brise la mer gelée en nous »[2] Autrement dit, la véritable subversion n’est pas militante mais intérieure. Elle dérange le lecteur avant de confirmer ses convictions.

A lire aussi: « Les Hyaines », le bestiaire satirique de Bruno Lafourcade…

C’est sans doute pourquoi l’œuvre de Patrice Jean suscite des malentendus. L’ironie envers certains réflexes progressistes lui vaut parfois des étiquettes rapides. Pourtant, il revendique explicitement l’humanisme, la liberté et la tolérance. Ce qu’il refuse, ce n’est pas une idéologie particulière, mais la réduction de la littérature à une morale obligatoire. Dans Kafka au candy-shop, il insiste : le mal que le roman explore est d’abord métaphysique, inscrit dans la condition humaine elle-même[3].

Ses livres ne proposent aucune solution et c’est précisément leur force. Ils réintroduisent le doute dans un espace culturel dominé par la certitude. Là où beaucoup de récits cherchent l’adhésion immédiate, Patrice Jean rend au lecteur une expérience devenue rare : celle de penser sans consigne.

À une époque fascinée par les prises de position instantanées, cette fidélité au roman apparaît presque comme une forme de courage. Non pas le courage bruyant des manifestes, mais celui, plus discret, de continuer à écrire comme si la littérature devait encore explorer la complexité humaine plutôt que la simplifier.

Et si la véritable audace, aujourd’hui, consistait simplement à ne pas détourner les yeux ?

KAFKA AU CANDY SHOP (La Littérature face au militantisme)

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[1] Patrice Jean, Kafka au candy-shop, Éditions Léo Scheer, 2024.

[2] Citation de Franz Kafka reprise et commentée dans l’essai.

[3] Ibid., passages consacrés à la dimension métaphysique du mal.

Liège: une condamnation à hauteur de la déflagration?

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars, une explosion a retenti devant la synagogue de Liège, en Belgique, brisant le silence, ravivant de sombres souvenirs mais ne faisant heureusement aucun blessé. Le gouvernement belge a immédiatement dénoncé « un acte antisémite abject » et une enquête a été ouverte. Dans un contexte international marqué par l’affrontement entre Israël, Trump, et ce qu’il qualifie d’« islamo-nazisme » de la République islamique d’Iran, cette attaque rappelle que l’antisémitisme demeure un poison tenace pour le monde libre, explique notre contributeur.


C’est un ignoble et nouvel acte antisémite qui vient de frapper, dans cette nuit du 8 au 9 mars 2026, le cœur de l’Europe et, plus précisément, le centre de Liège, l’une des principales villes francophones – mais aussi ma propre ville natale – de Belgique.

Bilan ? Pas de victimes humaines, fort heureusement, mais de conséquents dégâts matériels. Avec une indignation, dans tout le pays, à la hauteur de la déflagration !

Certes, l’actuel conflit au Proche et Moyen-Orient – celui mettant aujourd’hui aux prises la coalition israélo-américaine dans sa volonté d’éradiquer l’abominable régime des mollahs de la République islamique d’Iran, ainsi que l’un de ses plus redoutables proxis, le Hezbollah au Liban – n’est pas étranger à ce que l’on peut donc également qualifier, dans cet odieux attentat à la bombe à l’encontre de la synagogue de la cité liégeoise, d’acte terroriste !

L’antisionisme, abject et hypocrite alibi idéologique de l’antisémitisme

Mais, par-delà même cette explicite et ferme condamnation, sans appel ni réserve, du terrorisme islamiste, comme par ailleurs de tout type de terrorisme, de racisme ou de xénophobie, à travers le monde, il ne sera guère superflu de rappeler ici, afin de mieux en sonder le danger planétaire, à quel point l’antisionisme (la haine de l’Etat d’Israël en tant que tel) n’est jamais, et de plus en plus avéré en ces sombres temps présents, que l’idéologique alibi, hypocrite et sournois, de l’antisémitisme (la haine des Juifs en général) en ce qu’il a, malheureusement, de plus virulent. 

C’est là, précisément, ce que donne à voir, et surtout à comprendre sur le plan plus strictement intellectuel, une philosophe aussi incisive, à cet épineux et douloureux sujet, que Hannah Arendt dans un essai emblématiquement intitulé Sur l’antisémitisme (1951), premier volet de ses magistrales Origines du totalitarisme (œuvre répartie en trois tomes): « l’antisémitisme, une insulte au bon sens », y affirme-t-elle, en effet, à juste titre.

Critique psycho-philosophique de l’antisémitisme selon Hannah Arendt

Hannah Arendt, dans la substantielle préface qu’elle a rédigée pour cet important opus, Sur l’antisémitisme donc, distingue par ailleurs, d’emblée, plusieurs formes d’antisémitisme, de diverses natures à travers les différentes époques historiques, bien que toutes irrationnelles et comme issues, tout aussi funestes dans leurs conséquences les plus extrêmes, de préjugés tenaces au sein de l’imaginaire populaire.

Elle y observe, donc, à raison : « Il faut bien se garder de confondre deux choses très différentes : l’antisémitisme, idéologie laïque du XIXe siècle, mais qui n’apparaît sous ce nom qu’après 1870, et la haine du Juif, d’origine religieuse, inspirée par l’hostilité réciproque de deux fois antagonistes. On peut même se demander jusqu’à quel point l’antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du Juif. L’idée d’une succession ininterrompue de persécutions, d’expulsions et de massacres depuis la fin de l’Empire romain, tout au long du Moyen Âge, des temps modernes et jusqu’à l’époque actuelle souvent assortie de cette autre idée que l’antisémitisme moderne n’est qu’une version laïcisée de superstitions populaires médiévales, n’est pas moins fallacieuse, encore que moins pernicieuse, bien entendu, que l’idée antisémite qui lui fait pendant : celle d’une société secrète juive qui aurait gouverné, ou aspiré à gouverner le monde depuis la plus haute antiquité. »

Affinant ensuite, dans le corps proprement dit de son texte, sa réflexion, Hannah Arendt pose alors, en des termes plus clairs encore, le problème, y mettant dès lors en relation directe, de manière plus spécifique cette fois, l’antisémitisme idéologique avec, au XXe siècle, la barbarie nazie, qui perpétra ce crime unique et absolu, dans les annales de l’(in)humanité, qu’est la Shoah.

Elle y stipule, critiquant au passage cet aveuglement, aussi coupable qu’incompréhensible, dont fit preuve, de sinistre mémoire en ces obscures années-là, l’opinion publique en son ensemble: « Nombreux sont ceux qui pensent encore que c’est par accident que l’idéologie nazie s’est cristallisée autour de l’antisémitisme, et que la politique nazie s’est fixé pour but, délibérément et implacablement, la persécution puis l’extermination des Juifs. Ce n’est que l’horreur de la catastrophe finale, et plus encore le sort des survivants, déracinés et sans patrie, qui ont donné à la ‘question juive’ la place essentielle qu’elle a occupé dans notre vie politique quotidienne. »

Elle poursuit, non moins opportunément: « Les nazis prétendaient avoir découvert le rôle du peuple juif dans la politique mondiale ; ils proclamèrent leur but : la persécution des Juifs dans le monde entier. L’opinion publique ne voulut voir là qu’un moyen de gagner les masses ou un intéressant artifice démagogique. »

L’islamo-nazisme de la République Islamique d’Iran : une menace existentielle pour Israël et, plus globalement, pour les juifs

Paroles, certes, on ne peut plus tragiques mais pourtant lucides, par-delà même leur indicible douleur, en ces temps où l’actuelle République Islamique d’Iran s’inscrit pleinement, le fondamentalisme islamique en plus, dans ce honteux héritage nazi pour en faire, précisément, l’islamo-nazisme !

Ainsi, cet antisémitisme que l’on voit à nouveau poindre aujourd’hui aux quatre coins de la planète – dont l’abominable pogrom de nature génocidaire perpétré, le 7 octobre 2023, par les terroristes islamistes du Hamas à l’encontre des Juifs d’Israël – ne se révèle finalement être que la manifestation la plus tragiquement tangible et visible, depuis la Shoah, de cette haine, aussi viscérale qu’irrationnelle, des Juifs.

Le plus féroce de cet antisémitisme, précisément : celui ouvertement affiché aujourd’hui, depuis la tristement célèbre « révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny en 1979 à l’encontre du Shah, par l’actuelle République Islamique d’Iran, pourvoyeuse et commanditaire à la fois du terrorisme international de surcroît, avec, à sa criminelle suite, ses affidés les plus sanguinaires, que ce soient, fanatiques entre tous, le Hezbollah au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza, les Houthis au Yémen ou les milices chiites en Irak.  

L’antisémitisme : un poison pour le monde libre, sinon l’humanité tout entière, la sauvegarde de la démocratie et l’avenir de la civilisation

Conclusion ? Oui, c’est de ce poison qu’il faut, de toute urgence aujourd’hui, se débarrasser, pour le bien du monde libre, sinon de l’humanité tout entière, et, en dernière instance, l’avenir de la civilisation en ses principes universels, valeurs morales et idéaux les plus nobles (la démocratie, la tolérance des idées, les droits de l’homme et de la femme), par-delà même la menace existentielle qu’il représente pour Israël comme pour les Juifs en leur ensemble, ainsi qu’on vient donc effectivement de le voir avec ce dramatique attentat à l’encontre de la synagogue de Liège.

C’est là, de fait, un enjeu de civilisation tout autant qu’un combat pour la paix !

Un combat pour la paix du monde

Et, à propos de cet hypothétique bien que souhaitable renversement de cette tyrannique théocratie iranienne, que ce soit par l’intervention israélo-américaine ou par la contestation populaire interne, a-t-on remarqué que l’inversion du mot « mollahs » donne exactement en hébreu, à une consonne redoublée près (l), « shalom », signifiant littéralement « paix » justement ? A méditer, et non seulement sur le plan linguistique, mais, plus extraordinaire encore, à un niveau hautement symbolique !

Curtis président!

Affaire de la mort d’Elisa Pilarski: le chien Curtis passe aux aveux… « Ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé » répond Elisabeth Lévy aux « amis des animaux » qui refusent qu’il se fasse piquer. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Une pétition réclame la grâce de Curtis, pitbull qui a tué la compagne de son maitre.

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois est retrouvée morte dans l’Aisne, le corps lardé de 56 morsures dans une forêt où elle se promenait avec le petit molosse (deux ans et 20 kilos, quand même). Son compagnon et le maître du chien, Christophe Ellul, accuse des chiens de chasse à courre mais les expertises désignent Curtis.

Decision attendue le 11 juin

La semaine dernière, M. Ellul était jugé pour homicide involontaire – il a dressé Curtis pour mordre. La procureure a requis quatre ans de prison avec sursis. Et réclamé l’euthanasie de Curtis qui, depuis six ans, vit dans un chenil en Haute-Garonne, avec une courette de six mètres carrés mais aucun contact humain ou canin.

A lire aussi, éditorial: L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

Cette perspective enrage les défenseurs des animaux, toujours prompts à « manger de l’homme ». Des crétins numériques proposent de piquer plutôt le maître. Et il y a déjà deux pétitions, dont l’une comptabilisait ce matin près de 35000 signatures. « Curtis a déjà payé un prix immense : six années de sa vie enfermé » peut-on lire. Il ne doit pas finir sa vie isolé ou euthanasié. Une association veut l’accueillir. On ne sait pas ce qui est prévu pour sa réinsertion…

N’ironisons pas, ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé…

C’est ce que disent les avocats et sociologues de l’excuse sur les voyous. Je n’ironise pas sur ce pauvre chien. Mais sur ces grandes âmes qui oublient un détail. Curtis n’est pas un homme ni une personne morale. Il ne peut pas être déclaré coupable ni condamné ni contraint de se soigner. Il ignore qu’une proc demande sa mort. Les animaux peuvent souffrir mais ne savent pas ce qu’ils font. Et on ne déclare pas non plus coupable le lion qui mange l’antilope. Cette différence, je dirais cette supériorité humaine mais c’est très mal, ne nous autorise certainement pas à les torturer mais à les tuer, les faire travailler ou se reproduire sans consentement.

Le chien Curtis ne sait pas qu’il fait le mal. Après avoir tué Elisa, il a d’ailleurs attaqué Ellul et sa sœur – c’est sa nature ou ça l’est devenu. Il ne s’agit pas de punir un chien mais de protéger les hommes. Evidence partagée même par Aymeric Caron : si vous devez choisir entre la vie de votre enfant et celle de votre chien, vous sauverez l’enfant. Nous avons des devoirs envers les animaux. Pas celui de les considérer comme nos égaux et encore moins comme nos semblables.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

L’imposture antifasciste

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus)


Un spectre hante l’Europe, le spectre du fascisme. Mystérieux, maléfique, son centre est partout, sa circonférence nulle part. Il enflamme les Agités du bocal en mal d’émotions fortes, Potemkine de méga-bassines, « Spartaccuse » autoproclamés « antifascistes ».

Hier soir, à la Maison de la Mutualité, Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou ont réchauffé pour leurs aficionados conquis, un cris d’armes convenu : ¡No pasarán! La bataille de Paris est sanglante, fratricide, indécise. L’amour sublime du Caudillo insoumis berce les électeurs ; Et, regardant enfler sa trotskyste mamelle ; Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle ; Ivre de volupté, de promesses et d’horreurs. Il cible Sarah Knafo qui a le vent en poupe. « Quel que soit son score, elle est dangereuse … Tout le monde au bureau de vote, tout le monde contre les fachos! ». Une insulte comme un hommage. « Le monde est sous les mots, comme un champ sous les mouches » (Hugo).

Loup y es-tu ?

« Fascisme : 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 3. Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage »(Larousse). 

Stricto sensu, le fascisme et le nazisme n’existent plus. Mussolini est exécuté en avril 45, Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, quelques jours plus tard. Pas un politicien ne se réclame aujourd’hui du fascisme. La loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Largo sensu, l’autoritaire pèse comme un couvercle sur les esprits gémissants, oppresse, partout. La langue est fasciste, le pouvoir est fasciste, de Gaulle est fasciste, le patriarcat est fasciste, la police est fasciste, CRS-SS …  

La belle immonde n’est pas morte. Protégée par une légion de féroces Numides recrutés à Lampedusa, une pile de pilum, des amphores d’huile de ricin, Giorgia Meloni fait régner l’ordre dans le Palais Montecitorio. Les Allemands et les Danois vont-ils boucler leurs frontières au pas de l’oie ? Trump le Maudit, braqueur Maximo, Picsou libertarien de Mar-a-Lago, a-t-il « l’étoffe » d’un Benito ?

Ironie de l’histoire, l’héritage mortifère des révolutions du vingtième siècle, ce sont des empires totalitaires, Etats concentrationnaires : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. La décolonisation et l’émancipation ont accouché de fatwas, foulards, ayatollahs. La peste brune et les fascistes sont à l’est et au sud, les antifascistes sont à l’ouest.

La fabrique de l’antifascisme 

Le camp du progrès est à la peine. L’avenir n’est plus radieux, les lendemains déchantent. La dictature du prolétariat et les « sans-dents » donnent la colique à Thomas Piketty et Dominique Méda, stakhanovistes des RTT, du compost citoyen et de l’impôt sur les os. La gauche s’est repliée dans le flou, la moraline bio, les slogans bienveillants, un sfumato attrape-toutous.

L’antifascisme, c’est une fin, un moyen, une posture, une aubaine, une entéléchie sublime permettant de ressouder les tronçons du glaive progressiste. Un tiers Manouchian, un tiers Louise Michel, un tiers Sans-culottes, des effluves de Woodstock, flagrances Bella Ciao. Le Red Bull antifasciste enivre les miliciens de la Jeune Garde, les black blocs. So Long, Marc Bloch… Ciment et bouclier, l’antifascisme est aussi une arme fatale qui délégitime, disqualifie les opposants, « vipères lubriques », « hyènes dactylographes », « hitlériens » aux cinquante nuances de noir. L’antifascisme Soulage ; c’est l’art de faire passer les anchois avariés pour des produits exotiques.

Pas d’antifascisme sans fascistes. L’offre fasciste étant notoirement inférieure à la demande, il importe de multiplier les ennemis à combattre. Le « fasciste » a des cousins maléfiques, « les nazis », « les racistes » et une jumelle diabolique, « l’extrême droite », plus dangereuse que le cobra royal et la grenouille à flèches empoisonnées, l’unique objet du ressentiment des médias publics aux prophéties auto-réalisatrices. Par extension, capillarité, l’extrême droite, c’est la droite, dure, demi-molle, néo-libérale, illibérale, populiste, réactionnaire, les sociaux-traites, valets de l’impérialisme, les blancs, l’Occident. L’affiche noire, de barbe et de nuit, hirsute, menaçante, cherche un effet de peur sur les passants. Le chagrin et la pythie.

Le fascisme antifasciste

Le fasciste, c’est celui qui ne pense pas comme moi. « La vérité est une, seule l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme » (Simone de Beauvoir). Au mitan du siècle dernier, l’antifascisme c’était déjà le cri de ralliement du camp du « bien », l’anticommunisme, un crime inouï. L’imposture, orchestrée de Moscou, ravissait l’intelligentsia progressiste. Dans l’effroi et la famine, l’agitprop, au Palais d’Hiver, à Cronstadt, Rome, en Bavière, le rouge et le noir s’inspirent, s’aspirent, se fécondent, signent des pactes, se font la courte échelle.

Les Tartuffe renifleurs de « nauséabond » ont la mémoire courte, les alliances sélectives, barrages à géométrie variable. Les leçons de morale et d’humanisme de l’union des gauches, insoumise islamo-gauchiste, communiste, socialiste, écologiste, qui n’ont jamais renié un Panthéon de tyrans criminels – Robespierre, Marat, Trotski, Lénine, Mao, Castro, Maduro, le Hamas, le Hezbollah -, n’abusent personne.

LFI est un parti fascistoïde. Ligueur Maximo, Camelot du Moi, Jean-Luc Mélenchon, s’obstein eptsigne des oukases complotistes, défendu par des compagnons de déroute, une jeune garde de vieilles grognardes, influenceuses, Mad Marx, Raphaël Arnault, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Annie Ernaux, Maeva Ghennam. Les silentiaires insoumis purgent les traîtres (Raquel Garrido, Clémentine Autain, François Ruffin), défendent les assassins de Quentin Deranque. France info noie le poison dans les euphémismes, la « brutalisation » de la vie publique. Les groupes WhatsApp de Sciences-Po adorent la botte à Staline. En 1968, Lacan expliquait aux gauchistes de Vincennes qu’ils finiront par trouver le maître auquel ils aspirent.

Les rentiers du Grand-Guignol antifasciste, les instrumentalisations politiciennes, salissent la mémoire de Jean Moulin, des Résistants, des millions de victimes qui ont souffert dans leur chair du totalitarisme, déportées et assassinées par les fascistes, les communistes, les nazis.

Crier au loup, ad nauseam, c’est obscène et criminel. « Una mattina », un morne matin, quand les véritables fascistes, rouges, noirs ou verts, seront aux portes du pouvoir, plus personne ne se lèvera, ne prendra les armes ; il sera trop tard. Postures, poutures, impostures, les défaites ne sont jamais étranges.

« Il semble bien que la demande en matière de liberté soit, pour l’humanité prise dans son ensemble, de beaucoup en dessous de l’offre que nous lui en faisons. Il est à craindre que le marché ne soit pas du tout ce que nous avions supposé. Nous risquons fort de rester avec notre stock sur les bras » (Jacques Rivière).

La mémoire du chaos

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Allongée dans l’herbe sous les missiles…


L’avertissement avait sonné depuis plusieurs minutes sur mon téléphone vibrant et il annonçait que l’alerte serait imminente. Un missile était sur le point de survoler nos têtes et si l’alerte sonnait, cela signifiait que le missile allait tomber près de notre localisation.

Depuis quelques jours, les avertissements ne sont pas nécessairement suivis d’alertes, alors, une sorte de nonchalance s’est installée, chacun de nous faisant des arbitrages, ou pariant que peut-être, cette fois-ci, l’alerte ne sonnera pas.

Pour ma première sortie à vélo depuis le début de la guerre, j’étais gâtée. L’alerte était en train d’hurler alors que j’étais près de mon domicile ; mais pas assez proche pour y arriver dans les temps ; il fallait donc que je me mette à l’abri au plus vite.

A peine le temps d’abandonner mon vélo au milieu de la route, je réalise que même trouver un abri public est ambitieux, je vais devoir aviser. Heureusement, je ne suis pas seule, ce matin, je suis accompagnée de Zwicka.

Un carré d’herbes nous tend les bras, casques de vélo encore vissés sur la tête, c’est de circonstance, nous nous allongeons à même le sol, comme il l’est demandé dans les instructions adressées à la population civile. Les yeux rivés vers le ciel, je suis obligée d’avouer que cet instant n’est pas si désagréable, un doux rayon de soleil caressant nos visages.

Le ciel d’Israel nous a habitués à ses changements d’humeur, hésitant encore en ces jours de début mars entre le printemps et l’hiver, ou oscillant en l’espace de quelques minutes de la quiétude à l’hostilité soudaine. La guerre ici n’a pas le visage que nous lui pensions. Elle se loge dans des menus détails, se lit sur les mines fatiguées des nuits coupées, dans les sursauts quand, au moindre bruit, nos corps trahissent l’état d’hyper vigilance dans lesquels ils sont plongés depuis toujours.

Il n’empêche que le corps posé sur l’herbe, je ne peux m’empêcher d’observer ce ciel parfait : les nuages y voilent ce matin les missiles, tandis que leurs détonations nous ôtent d’un doute, s’il en demeurait encore un, sur l’existence d’une menace réelle au-dessus de nos têtes.

Cela dure plusieurs minutes, les oiseaux se dispersent dans tous les sens, sans unanimité claire sur la direction à prendre, le chaos ne se trouve pas seulement sur la terre ferme, il existe aussi dans les airs. Zwicka garde le silence puis, pour dédramatiser, me dit, pendant que la sirène hurle, qu’il faut relativiser. C’est quand le climat d’urgence s’abat sur nous que la sagesse israélienne est la plus bavarde ; et ce matin, elle se résume en un mot, presque intraduisible : proporziot.

Oui, me dit-il, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les populations civiles n’avaient pas notre chance d’avoir un système anti-missile aussi robuste, ainsi que des habitations, des villes aussi bien équipées en abris publics. Nos téléphones sont devenus nos gardiens, ils nous préviennent en temps et heure des missiles qui sont lancés et nous montrent sur la carte quelles parties du pays ont été visées.

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Selon les rumeurs du moment, cette guerre sera longue. Plusieurs semaines. Plus longue que nous voulons bien le croire et c’est avec cette perspective d’une guerre d’usure qui s’annonce que j’ai décidé ce matin de ne plus vivre confinée et dans la peur panique des alertes. C’est aussi ce qui explique que c’est la première fois que je n’ai pas le temps de gagner un abri dans les temps. Je manque d’expérience en la matière. Ce matin, les détonations sont tellement fortes que Zwicka est sûr qu’il s’agit du dernier joujou iranien, à savoir des missiles à fragmentations qui semblent plus difficiles à arrêter que les précédents.

La raison en est qu’à une certaine altitude, le missile s’ouvre pour libérer des dizaines ou parfois des centaines de petites bombes appelées sous-munitions, qui se dispersent dans l’air et explosent en touchant le sol ou bien juste au-dessus du sol pour causer le maximum de dégâts matériels et humains.

Les yeux rivés vers ce ciel déserté par les oiseaux, alors que Zwicka me dit que nous ne vivons pas dans un pays normal, mais que c’est le prix à payer pour l’avoir, je réalise que je n’ai pas peur. Est-ce parce que les détonations se sont arrêtées ou qu’elles étaient lointaines ? Est-ce parce que je sais que notre système anti-missile est robuste ? Je ne crois pas.

Il y a dans la peau de chaque Israélien, y compris chez les enfants, une mémoire du chaos que le monde confond avec de la « résilience ». Depuis deux ans et demi, nous n’avons cessé d’être soumis au tumulte de l’histoire. Nous avons appris à nous détourner des plaisirs occidentaux pour habiter le moment présent, aux côtés de ceux qui partagent notre condition. Cette guerre a laissé une marque supplémentaire dans les corps déjà traumatisés des Israéliens. Au-delà de la menace physique, elle a creusé davantage la rupture d’avec le reste du monde. Depuis le 7-Octobre, chaque alerte réveille une mémoire plus profonde, comme si chaque Israélien portait en lui l’empreinte silencieuse de toutes les catastrophes traversées ou à venir.

Allongée dans l’herbe, je prends conscience que mon corps porte déjà beaucoup de cette mémoire collective. Je ne tremble pas, je ne ressens pas la peur, je vis dans une forme de confiance un peu inconsciente, et je réalise sous ce grand palmier qui me toise que cette guerre ressemble à la guerre des douze jours, tout en s’en distinguant pourtant.

En juin 2025, nous étions seuls. Douze jours suspendus, intenses mais contenus, que nous avons vécus comme une tentative herculéenne pour détruire les installations nucléaires et ballistiques du régime iranien, qui menaçaient notre survie. Une guerre éclair, presque chirurgicale, où seule la frappe finale des B2 américains est venue rompre notre solitude.

Celle-ci est différente. Depuis le mois de juin 2025, non seulement l’alliance avec l’Amérique de Trump s’est renforcée, mais un nouveau pacte silencieux s’est noué entre le peuple israélien et le peuple opprimé d’Iran, pris en otage par un régime qui a fait de la confrontation avec Israël sa colonne vertébrale idéologique.

Cette fois-ci, les messages de soutien venant d’Europe et du reste du monde se sont faits plus rares, comme si l’idée qu’il revenait au minuscule Etat d’Israël de combattre seul (ou presque) au nom de la liberté s’était peu à peu normalisée. Comme si le monde avait fini par croire que nous pouvions nous passer de son soutien et de son empathie.

La sirène finit par se taire et les oiseaux reviennent. Nous nous levons, nous reprenons nos vélos, prêts à nous élancer à nouveau, jusqu’à la prochaine alerte, jusqu’au prochain missile, jusqu’au prochain décompte des blessés ou des morts, qui, dans ce monde pourtant si prompt à se mobiliser pour des causes à la mode, ne semblent émouvoir personne d’autre que nous-mêmes.

Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

A Poitiers, le communautarisme des Verts n’a rien à envier aux pires Lfistes: Chiacap Kitoyi, ex-trafiquant de drogue qui fut condamné à deux ans de prison, est en quatrième position sur la liste de la maire sortante.


Comment un narcotrafiquant condamné à deux ans d’emprisonnement et débiteur de 600 000 euros envers la collectivité, peut-il figurer en bonne place sur une liste municipale ? C’est la question que soulève la candidature de Chiacap Kitoyi, présenté en quatrième position sur la liste de Léonore Moncond’huy, maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Poitiers, pour les prochaines élections municipales.

Les faits sont accablants et documentés. Chiacap Kitoyi a été condamné à deux ans d’emprisonnement par la justice française. Au-delà de la peine privative de liberté déjà effectuée, la condamnation l’oblige à rembourser la somme considérable de 600 000 euros à la collectivité (somme qu’il daigne rembourser à hauteur de 50 euros par mois). Une dette contractée envers les deniers publics, ceux-là mêmes qu’il prétend aujourd’hui être en mesure de gérer au nom des Poitevins.

Cette condamnation n’est pas une affaire privée, puisqu’elle concerne directement la probité exigée d’un candidat à l’exercice d’un mandat public. Lorsqu’un individu a été jugé coupable par les tribunaux et qu’il reste redevable d’une telle somme à la collectivité, sa candidature à la mairie d’une ville comme Poitiers pose un problème éthique et démocratique fondamental. Un maire qui met en avant un tel profil sur la liste ne le fait évidemment pas « gratuitement » : il achète l’électorat des quartiers, quoi qu’il en coûte pour son image.

« Les fourmis » des Couronneries : le communautarisme comme levier électoral

Pour comprendre la présence de Chiacap Kitoyi sur cette liste, il faut remonter aux élections municipales de 2020. À cette époque, M. Kitoyi était le leader d’un mouvement, « les fourmis », né dans le quartier difficile des Couronneries. Ce groupe, structuré autour de « leaders » du quartier, dont cet ancien chef du trafic de drogue, a joué un rôle déterminant dans l’élection de Léonore Moncond’huy à la tête de la mairie de Poitiers.

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Les fourmis ont su mobiliser massivement dans les quartiers populaires de Poitiers pour faire basculer le scrutin en faveur de la candidate EELV. Cette mobilisation, aussi efficace soit-elle, reposait sur une logique communautariste : voter en bloc selon une appartenance identitaire de quartier et d’origine. Le résultat politique fut au rendez-vous : le maire PS Alain Claeys fut battu par la gauche radicale. Mais à quel prix pour la cohésion républicaine ?

Le communautarisme, dans notre République laïque et universaliste, est devenu l’arme de guerre électorale de la gauche radicale, à Poitiers comme ailleurs. Ce clientélisme fracture le corps civique en sous-groupes antagonistes, il instrumentalise les appartenances pour en faire des bulletins de vote, il dévalue le débat politique en le réduisant à des calculs d’allégeance. Que la liste de Madame Moncond’huy — par ailleurs soutenue, toute honte bue par le président de Région PS Alain Rousset contre le candidat local de la gauche républicaine —  récompense aujourd’hui cet acteur en lui réservant une place de choix en est la pitoyable confirmation.

Une démocratie abîmée

Qu’un candidat condamné pénalement, endetté à hauteur de 600 000 euros envers la collectivité qu’il prétend servir, puisse se présenter sans que cela ne suscite un tollé en dit long sur la perte de repère civique de notre pays. Dans de nombreux pays démocratiques, une telle condamnation aurait suffi à écarter toute candidature. En France, la loi permet techniquement à certains condamnés de se présenter selon la nature de leur peine. Mais le narcotrafic tue. Et la légalité n’est pas la légitimité.

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La démocratie ne se résume pas au respect formel des règles. Elle exige aussi une éthique de la responsabilité de la part de ceux qui sollicitent le suffrage universel. La maire écologiste Léonore Moncond’huy, en validant le profil de ce narcotrafiquant, fait preuve d’une légèreté qui confine à l’indécence vis-à-vis des citoyens et de leurs impôts. En plaçant Chiacap Kitoyi en quatrième position, une place éligible, symboliquement forte, la maire sortante fait un choix délibéré : celui du clientélisme et du communautarisme, en s’essuyant les pieds sur les valeurs de la République. 

Déjà membre du conseil d’administration d’Ekidom, le bailleur social de la ville de Poitiers

Mais cette place sur la liste n’est pas le premier cadeau de la maire au caïd des Couronneries. La question des compétences se pose avec une acuité particulière lorsqu’on sait que M. Kitoyi a été nommé en 2020, au début du précédent mandat (en remerciement pour son rôle de chef des « fourmis »), membre du conseil d’administration d’Ekidom, l’organisme chargé d’attribuer les logements sociaux à Poitiers. Confier à Chiacap Kitoyi une responsabilité quelconque dans la gouvernance d’un tel organisme était déjà irresponsable. La gestion du logement social requiert probité, impartialité et compétences administratives solides. Or, comment un ex-dealer condamné par la justice et débiteur de 600 000 euros à l’État pourrait-il incarner la neutralité et l’intégrité indispensables à l’attribution équitable de logements ?

Au-delà du cas individuel de Chiacap Kitoyi, c’est une question de principe qui se pose à Poitiers. Quelle idée de la République veut-on défendre ? Celle où le casier judiciaire importe peu ? Celle où le communautarisme est un outil de gestion électorale toléré ? Ou bien celle où l’exemplarité des élus est une exigence non négociable, et où chaque candidat à un mandat ou à un poste est évalué sur ses compétences et mérites réels ? Les électeurs poitevins ont le droit de savoir. Ils ont le droit de mesurer ce que signifie voter pour « Poitiers Collectif », la liste de la maire écolo Léonore Moncond’huy, dont l’ADN politique relève du communautarisme anti-républicain le plus assumé.

Diriger une ville est une charge trop sérieuse pour être laissée à des profils qui, objectivement, ne présentent pas les garanties minimales d’honnêteté et de compétence attendues d’un élu de la République.

Maxwell, pas la peine d’en rajouter

Affaire Epstein : Ghislaine Maxwell se révèle être un piètre maître chanteur


Le 9 février 2026, Ghislaine Maxwell a comparu par visioconférence devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sans prononcer un mot.

Par la voix de son avocat, l’ex-compagne de J. Epstein a affirmé être prête à « parler complètement et honnêtement » à condition d’obtenir une grâce. Elle se disait notamment disposée à témoigner que ni Donald Trump, ni Bill Clinton n’étaient coupables d’actes répréhensibles. En matière de chantage, il semble qu’on ait vu mieux. Donald Trump peut en effet déjà se considérer comme blanchi par cette seule proposition : « Vous voyez bien que je suis innocent, elle le dit elle-même. » Quel intérêt supplémentaire aurait-il à accepter de la gracier ? Bien au contraire, on lui reprocherait désormais la clémence dont bénéficierait la complice du Diable, dans le seul but de concrétiser cette disculpation. Si elle s’était contentée de promettre publiquement toute la vérité sur les puissants mouillés dans l’affaire, tout en s’engageant discrètement à blanchir Trump, peut-être aurait-elle augmenté ses chances de parvenir à un accord avec la justice américaine. À ce stade toutefois, la Maison-Blanche n’a ni accepté, ni officiellement rejeté l’offre. Elle maintient un suspense calculé, suggérant que la grâce ne sera accordée que si Maxwell livre des informations « explosives » et véridiques. Notamment celles qui serviraient le récit politique de l’administration actuelle.

Pablo Neruda, Trump, «Bibi» et nos élites

Guerre en Iran. « C’est une guerre que nous n’avons pas choisie. Notre action et les appuis que nous apportons restent entièrement défensifs. Quant aux bases situées sur notre sol, la France a exigé qu’aucun des avions ravitailleurs qui y stationneraient ne participe à des opérations menées en dehors du droit international. Elle en a obtenu la garantie complète », affirme Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement. S’ils ne rejettent pas l’atlantisme et le sionisme avec autant de virulence que les lfistes ou Dominique de Villepin, bien sûr, les macronistes, en refusant de prendre leur part dans la guerre, finissent selon notre chroniqueur par faire preuve d’une certaine bienveillance à l’égard d’une pensée totalitaire.


Emmanuel Macron ne viendra pas au secours des Iraniens opprimés. Le terrorisme des ayatollahs tétanise le matamore de l’Elysée.
L’assaut israélo-américain lancé le 28 février contre la dictature apocalyptique des mollahs laisse voir la peur du président d’affronter semblablement le totalitarisme du XXIe siècle.

« Une guerre que nous n’avons pas choisie »

L’ennemi s’est pourtant introduit également en France. Cependant Macron juge plus valorisant de jouer à la guerre nucléaire avec la Russie de Poutine. Hier, dans le JDD, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a réaffirmé le refus français d’ouvrir les bases militaires aux avions de chasse américains : position identique à celle de l’Espagne du socialiste Pedro Sanchez, qui « sauve l’honneur de l’Europe » selon Dominique de Villepin (BFMTV, dimanche). Ce dernier, exalté par son rejet de l’atlantisme et du sionisme, en est à souhaiter l’échec du duo Trump-Netanyahou.

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« C’est une guerre que nous n’avons pas choisie », explique pour sa part le gouvernement en retrait. La violation du droit international est l’autre argument des défaitistes. Il est celui des « pacifistes » qui donnent raison à un régime théocratique qui, depuis 47 ans, tue son peuple quand il se révolte, les femmes en première ligne. En France, la communication officielle insiste sur les efforts, logistiques et militaires, mis en place pour protéger les Français au Moyen Orient. C’est bien le moins. Mais rien n’insupporte plus Macron, et les antisémites de tous bords, que le courage du petit Etat d’Israël (10 millions d’habitants) à se débarrasser une fois pour toute du nazislamisme, qui a juré sa perte et celle du Liban.
L’Occident est la prochaine cible. Pourtant, ce totalitarisme renaissant recueille beaucoup de bienveillance. Elle est d’abord la marque de l’extrême gauche communiste, qui a pactisé avec l’islam anti-occidental. Toutefois, ce monde manichéen attire aussi les faibles et les paresseux.

Gamineries

Ils sont pléthore parmi les « élites » françaises. Celles-ci s’horripilent de voir deux dirigeants du monde libre – Trump et « Bibi » – oser défier par les armes l’obscurantisme djihadiste qui fait trembler les pleutres. Or l’islamisme est rejeté par le peuple iranien, lui-même musulman de tradition à commencer par l’ancien shah. En fait, Macron a gardé une fascination d’adolescent rebelle pour la pensée stalinienne. Lors de son intervention du 3 mars il avait exposé sur son bureau un épais recueil des œuvres de Pablo Neruda (Résidence sur la terre), avec un visible marque-page suggérant une lecture quasi-complète. Il se trouve que j’ai eu comme ami cher, aujourd’hui disparu, le poète franco-uruguayen Ricardo Paseyro, qui fut son adjoint alors que Paseyro était lui-même jeune communiste débarquant en France.

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Ayant vite coupé avec le PC, il ne cessa de dénoncer par la suite « Le mythe Neruda » (Cahier de l’Herne, 1965) en reprochant notamment au prix Staline (1952), puis au prix Nobel, ses odes soviétophiles dont son « Staline, plus savant que tous les hommes ensemble ». Paseyro a expliqué[1] que Neruda se faisait payer ses poésies au nombre de lignes, ce qui explique que les vers de Chant général (568 pages), qui compose en partie le livre de Macron, sont « débités en tranches de trois ou quatre mots pour s’achever sur un ridicule A mon Parti ». Comment l’admirateur d’un homme faux peut-il avoir un jugement clair sur le monde ?

La révolution des oubliés

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[1] Ricardo Paseyro, Toutes les circonstances sont aggravantes, le Rocher, 2007

Quand les missiles parlent et que les mythes mentent

Les nuits de Tel-Aviv sont désormais rythmées par les sirènes et les abris. Mais au-delà de la guerre des drones et des missiles, une autre guerre se joue: celle des récits. Et dans cette bataille symbolique resurgit un vieux mythe, celui qui fait du Juif — aujourd’hui de l’État juif — la source du mal qu’on lui inflige.


La nuit commence par une sirène. À Tel-Aviv, ce son est devenu familier. Il déchire soudain l’air de la ville, traverse les rues, les appartements, les cafés encore ouverts. En quelques secondes, tout change. Les conversations s’interrompent, les pas s’accélèrent, chacun sait exactement ce qu’il doit faire.

On ne regarde pas le ciel.

On descend les escaliers, on pousse une porte blindée, on se serre dans un abri. Les enfants se taisent. Les adultes attendent. La ville entière retient son souffle derrière des murs de béton.

Au-dessus, dans l’obscurité, passent les drones et les missiles.

Ils viennent parfois de très loin, de l’Iran lui-même, ou de ces territoires où Téhéran a installé, année après année, les instruments de sa guerre indirecte : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, les milices chiites disséminées dans la région. Dans ce ciel nocturne se croisent les trajectoires d’un système militaire construit patiemment : un réseau de forces capables de frapper Israël depuis plusieurs directions.

Parmi ces armes apparaissent désormais des missiles d’une nouvelle génération, comme le Khorramshahr-4, parfois appelé Kheibar. Deux mille kilomètres de portée. Une ogive lourde capable de se multiplier en plusieurs charges explosives. Une vitesse qui rend l’interception plus difficile.

Mais ces missiles ne sont qu’un élément d’un ensemble plus vaste : drones lancés par essaims, arsenaux balistiques en expansion, programme nucléaire poursuivi obstinément depuis des années. Il faut partir de cette réalité matérielle. La puissance de destruction iranienne n’est plus une hypothèse stratégique. Elle existe déjà. Et selon toute logique militaire et technologique, elle était appelée à croître.

Mais cette puissance ne s’arrête pas aux frontières de l’Iran. Elle s’étend à travers un réseau d’organisations armées qui forment aujourd’hui un véritable système de confrontation régional. Hezbollah, Hamas, Houthis : autant de fronts possibles, autant de vecteurs de guerre. Ainsi se dessine un encerclement stratégique.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’histoire d’Israël. Depuis sa naissance en 1948, l’État juif a vécu dans un environnement où ses voisins musulmans refusait sa légitimité même. Les guerres qui ont marqué son existence — de 1948 à aujourd’hui — furent d’abord des guerres existentielles.

La puissance militaire israélienne est née de cette réalité. Non comme une promesse de domination, mais comme une protection. Une conclusion tirée d’une histoire plus longue encore : celle d’un peuple qui, pendant des siècles, fut privé de la possibilité de se défendre lui-même.

Car la menace antisémite, elle, n’a presque jamais disparu. Elle change de langage, de justification et d’idéologie, mais elle demeure remarquablement constante à travers les siècles. Tantôt religieuse, tantôt raciale, tantôt politique, elle revient toujours aux mêmes images : le Juif conspirateur, manipulateur, puissance cachée qui contrôlerait les peuples.

Cette permanence explique en partie la singularité de l’expérience israélienne : un État fondé aussi pour empêcher que l’histoire de la vulnérabilité juive puisse se répéter sans défense possible.

Mais le paradoxe de notre époque est frappant. Car, dans la guerre contemporaine, les images comptent presque autant que les armes — et les apparences semblent souvent jouer contre Israël. La destruction de quartiers entiers à Gaza, les bombardements actuels au Liban contre le Hezbollah, les infrastructures détruites, les populations civiles déplacées : ces images dominent l’espace médiatique mondial. Elles nourrissent l’idée d’une puissance militaire écrasant des populations vulnérables. Pour beaucoup d’observateurs, la scène paraît simple : un État puissant face à des populations meurtries. Mais la réalité stratégique est plus complexe. Le Hamas à Gaza comme le Hezbollah au Liban ont construit leurs infrastructures militaires au cœur même des zones civiles : tunnels sous les quartiers habités, dépôts d’armes dans les immeubles, tirs de roquettes depuis des zones densément peuplées. Dans ces conditions, toute riposte militaire produit inévitablement des destructions et des victimes civiles.

À cette dimension s’ajoute une autre source de polémique : la confrontation avec l’Iran lui-même. Les frappes ou opérations préventives envisagées ou menées par Israël — parfois avec l’appui ou l’ombre portée des États-Unis — contre les installations militaires ou nucléaires iraniennes sont souvent perçues, dans le débat international, comme des initiatives offensives.

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Ainsi se construit un récit puissant : celui d’un Israël devenu la principale force de guerre de la région.

Mais c’est précisément ici que commence la guerre des récits.

Car ces images ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’autre partie concerne l’environnement stratégique dans lequel Israël se trouve : un réseau d’acteurs armés soutenus par l’Iran — Hamas, Hezbollah, Houthis et milices régionales — dont l’objectif déclaré est la disparition de l’État juif.

Dans cette guerre des récits, les mêmes événements produisent des interprétations opposées. Les uns parlent de résistance, les autres d’agression. Les uns annoncent des victoires, les autres des défaites.

Mais dans le cas d’Israël, cette bataille narrative rencontre un imaginaire beaucoup plus ancien.

À mesure que l’Iran accumule missiles et drones et que ses alliés encerclent Israël, le soupçon se déplace paradoxalement vers Israël lui-même. On affirme alors que l’État juif chercherait à dominer la région pour créer « un grand Israël » du Nil à l’Euphrate, qu’il manipulerait les puissances occidentales, qu’il pousserait les États-Unis à la guerre.

Ce discours se présente comme une analyse géopolitique. Il reproduit en réalité un schéma très ancien.

Depuis des siècles, l’antisémitisme attribue aux Juifs une volonté de domination universelle. Au début du XXᵉ siècle, cette fiction prit la forme grotesque des Protocoles des Sages de Sion, faux document fabriqué dans la Russie tsariste et repris ensuite par la propagande nazie ainsi que la création de faux talmuds qui prêtaient aux rabbins juifs des paroles monstrueuses sur les « goys », traités de sous-hommes ou d’animaux que les juifs, peuple élu, auraient le droit d’exploiter et de dominer.

Aujourd’hui, la vieille accusation a simplement changé d’échelle. Ce n’est plus seulement « le Juif » qui serait censé dominer le monde : c’est l’État des Juifs.

Dans certains milieux militants européens, ces thèmes circulent désormais sous des formes nouvelles, mêlant rhétorique complotiste, anti-impérialisme radical et dénonciation obsessionnelle du « sionisme ». Des discours naguère confinés aux marges — ceux popularisés par des polémistes comme Alain Soral — ont contribué à diffuser ces cadres d’interprétation bien au-delà de leurs cercles d’origine, jusque dans certaines franges de la gauche radicale et dans une partie de la jeunesse politisée issue de l’immigration musulmane.

Ainsi se produit une inversion presque parfaite du réel. Un régime qui développe missiles, drones et programme nucléaire tout en proclamant depuis des décennies la disparition d’Israël devient, dans certains récits, un acteur secondaire. L’accusé principal reste Israël. C’est le mécanisme classique du bouc émissaire. Dans des sociétés traversées par des crises, par des humiliations ou par des fractures internes, il devient tentant de projeter ses propres échecs sur une figure extérieure. L’Occident en crise morale comme certaines sociétés du monde islamique trouvent parfois dans Israël — et derrière lui dans les Juifs — une explication commode à leurs propres impasses. Ainsi la guerre que nous voyons aujourd’hui possède plusieurs dimensions à la fois : une guerre militaire faite de drones et de missiles, une guerre stratégique entre États et organisations armées, et une guerre des propagandes où chacun proclame ses victoires et annonce les défaites de l’autre.

Mais pendant que ces récits s’affrontent, pendant que chacun réécrit les événements à l’avantage de sa cause, une chose demeure. Les drones continuent d’être produits. Les missiles continuent d’être assemblés. Et l’histoire possède une ironie tragique : les mythes peuvent survivre très longtemps, mais les armes, elles, finissent toujours par parler.

La société malade

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Y’a pas de débat!

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© Sipa

Favorite pour l’alternance dans la capitale, Rachida Dati réalise une fin de campagne mitigée, avec le petit caillou Knafo dans sa chaussure. Imitant le socialiste Emmanuel Grégoire, elle déçoit en refusant de débattre avec ses concurrents. Et semble pressée de voir arriver le jour du scrutin. En tout cas, plus qu’elle ne l’avait été de quitter le ministère de la Culture pour faire campagne…


Les campagnes électorales municipales ont leurs rituels : quelques polémiques, beaucoup de promesses et, autrefois, des débats. Cette année, à Paris, les débats sont devenus optionnels.

Estimant que leurs candidats avaient davantage de coups à prendre que de points à gagner dans une confrontation télévisée, les états-majors des deux principaux prétendants à l’Hôtel de Ville, Emmanuel Grégoire et Rachida Dati, ont préféré décliner les invitations des journalistes.

Invitée de la matinale de France info hier matin, Mme Dati s’en est expliquée à sa manière. Elle ne voulait pas « participer à un pugilat », prétend-elle. On la comprend, et c’est d’ailleurs bien connu : l’élue de droite parisienne n’a jamais aimé les confrontations en direct, comme le savent tous les programmateurs des soirées électorales à la télé ! «Contrairement à la gauche, je n’ai jamais opposé les Parisiens les uns aux autres. Je ne suis pas dans l’invective. J’essaie de réconcilier», expliquait-elle par ailleurs dans les colonnes du Parisien le 1er mars. Tant pis pour les amateurs de joutes télévisées.

Un débat… sans les favoris

Mercredi 4 mars, le débat organisé par France 3 et Ici ressemblait donc à ces dîners où les invités principaux annulent à la dernière minute. Les seconds rôles se retrouvent à table, un peu gênés, mais bien décidés à profiter de l’occasion.

Sarah Knafo, créditée de 13,5 % dans le dernier sondage Elabe pour La Tribune Dimanche, ne s’est pas privée d’ouvrir les hostilités dès qu’on lui a offert la parole : « Avant de répondre à votre question, permettez-moi de remercier les candidats qui sont là et qui respectent la démocratie. J’aurais aimé savoir ce que font Mme Dati et M. Grégoire. Ont-ils à cette heure quelque chose de plus important à faire que de se confronter à la comparaison des projets ? »

L’eurodéputée Reconquête ! sera rejointe dans sa critique par M. Bournazel (Horizons) quelques instants plus tard : « Refuser le débat, c’est un déni de démocratie. Ce soir, je pense qu’ils sont disqualifiés pour devenir le prochain maire de Paris. » Face à eux, le regard lassé et les cheveux curieusement coiffés, la socialiste Lamia El Aaraji, venue remplacer Emmanuel Grégoire sur le plateau, a tenté une défense aussi classique que circulaire : si le candidat socialiste n’est pas là, c’est parce que Mme Dati refuse les débats depuis des semaines. Autrement dit, si personne ne débat, c’est la faute de l’autre.

Scène de rue dans le Ve arrondissement

Quelques jours plus tôt, samedi après-midi, sur les quais de Seine baignés de soleil, Emmanuel Grégoire improvisait une séance de questions-réponses avec des habitants du Ve arrondissement. Une scène presque idyllique, jusqu’à ce qu’un invité inattendu s’empare du micro : Pierre-Yves Bournazel. « C’est Pierre-Yves Bournazel, mon ami, qui arrive », grince d’abord le socialiste, tandis que quelques huées montent dans son public. « C’est très courtois et républicain de venir à mes côtés », tente-t-il, visiblement mal à l’aise. Flanqué de l’ancienne ministre Marlène Schiappa, Bournazel, lui, ne s’embarrasse pas de diplomatie : « Quand on croit à la force de sa candidature et de son projet, on vient débattre. C’est le moindre respect envers les Parisiens. » A l’issue de cette joute verbale virile comme de mémoire d’électeur parisien on n’en avait pas vu depuis longtemps, les deux hommes finiront par s’accorder sur un point : si le débat n’a pas lieu, c’est la faute de Rachida Dati. Sur ce consensus inattendu, le centriste repartira aussi vite qu’il était venu.

Questions sans réponse

Reste que cette absence de confrontation avec les deux favoris demeure effectivement problématique. Et les sujets de discorde ne manquaient pas. Pourquoi Emmanuel Grégoire refuse-t-il d’armer la police municipale ? Pourquoi veut-il porter la part de logements sociaux à 40 % dans la capitale, contre 25 % aujourd’hui, transformant un peu plus Paris en gigantesque office HLM ? Que pense-t-il des scandales récents dans la gestion de ces logements ? Comment justifie-t-il l’explosion de la taxe foncière qui frappe les propriétaires ? Et pourquoi son programme est-il le seul à ne pas évoquer le sujet de la prolifération des rats ? Autant de questions auxquelles les électeurs n’auront pas eu la chance d’entendre répondre le successeur désigné d’Anne Hidalgo.

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En tant que figure politique nationale de premier plan, la candidate LR bénéficie certes d’une notoriété bien supérieure à celle d’Emmanuel Grégoire. Mais son absence sur le plateau n’a pas permis de lever quelques interrogations qui pourraient aussi troubler les électeurs de droite de leur côté. Rachida Dati avait un autre rendez-vous le soir du fameux débat : un iftar avec la communauté berbère. Qui a murmuré « clientélisme communautaire » ?

C’est que de la télé !

Ses potentiels électeurs ont donc dû se rabattre sur le grand « entretien vérité » promis par le JDNews ce weekend. Quatre pages d’entretien, dont il ressort essentiellement une recommandation répétée à trois reprises : voter pour elle dès le premier tour si l’on veut l’alternance à Paris. Pour le reste, l’ancienne ministre sarkozyste puis macroniste y enchaîne des généralités sur la propreté, la sécurité et la « mobilité apaisée », et se révèle incapable de citer une seule mesure phare qui pourrait « transformer la vie des Parisiens dans les cent premiers jours de mandat ». Nos confrères ont tout de même évoqué un sujet plus embarrassant: le procès qui attend Mme Dati en septembre pour « corruption et trafic d’influence passifs » dans l’affaire Renault-Nissan / Carlos Ghosn. Réponse classique : la présomption d’innocence est bafouée à mon égard. Enfin, les adversaires de Mme Dati auraient peut-être aimé l’entendre clarifier en direct ses déclarations récentes devant la commission Alloncle sur l’audiovisuel public. L’ancienne ministre y avait accusé l’émission Complément d’enquête d’avoir proposé de l’argent à un membre de sa famille pour obtenir un témoignage à son sujet — tout en refusant de produire les preuves qu’elle disait posséder. Le proche en question souhaiterait qu’on le laisse « tranquille ». Mme Dati en campagne aussi, visiblement.

Au fond, tout cela n’est peut-être que de la télévision, des petites querelles de plateaux et d’agendas. Ou pas. Les électeurs parisiens, eux, attendaient de voir leurs candidats se confronter, expliquer leurs projets et répondre aux critiques. Savoir, par exemple et en face-à-face, les yeux dans les yeux, lequel des deux favoris pourrait convaincre en direct Pierre-Yves Bournazel de le rejoindre au second tour. Le candidat de la macronie n’a en tout cas pas franchement tenté de draguer la candidate LR sur France 3, déclarant lors de sa déclaration finale que Grégoire et Dati avaient tous deux « abimé Paris » et « je suis un homme honnête, et pour moi l’honnêteté ça compte », allusion à peine voilée aux déboires judiciaires de ses adversaires.

Attention : à force de refuser le débat, les électeurs de droite pourraient aussi finir par se demander si Mme Dati est réellement aussi décidée qu’elle le dit à tourner la page de la gabegie financière à la Mairie. Pire, ils pourraient finir par croire qu’elle n’est finalement qu’une « Hidalgo de droite ». Certains observent déjà que si elle a dénoncé sans relâche au Conseil de Paris les politiques folles de gauche (développement délirant du logement social et chasse à l’automobiliste, notamment) son programme ne revient en réalité pas dessus, à la différence de Mme Knafo.

A Paris, la campagne aura ressemblé à ces matchs de boxe où les deux combattants tournent longtemps autour du ring sans jamais se toucher. Rachida Dati semble visiblement plus pressée que jamais d’arriver au jour du scrutin.

Patrice Jean contre le prêt-à-penser

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© Hassah Assouline / Causeur

Chez l’écrivain, ami de Causeur, la satire devient diagnostic de notre temps, observe notre contributeur, qui a lu tous ses livres. Kafka au candy-shop apporte d’utiles clés de lecture à l’ensemble de son œuvre.


À mesure que la littérature contemporaine se rapproche du commentaire moral, certains romanciers prennent le risque inverse : écrire sans chercher à plaire au tribunal de l’époque. Patrice Jean appartient à cette minorité. Depuis plusieurs années, son œuvre avance à contre-courant d’une tentation devenue dominante – transformer le roman en instrument pédagogique, voire en certificat de vertu. Ses livres rappellent une chose simple et presque subversive : la littérature n’est pas là pour approuver le monde, mais pour le regarder.

Ironie lucide

De L’Homme surnuméraire, qui l’a imposé auprès d’un large public, à La Vie des spectres, La Poursuite de l’idéal, Rééducation nationale et l’essai Kafka au candy-shop, une même interrogation traverse son travail : que devient l’individu lorsque les discours collectifs prétendent définir à sa place ce qu’il doit penser, dire ou ressentir ? Chez Patrice Jean, le conflit n’est jamais spectaculaire. Il est diffus, quotidien, presque imperceptible. Ses personnages découvrent qu’ils vivent dans une époque qui parle sans cesse de liberté tout en redoutant la dissonance.

Dans L’Homme surnuméraire, l’ironie agit comme une méthode d’observation. Le narrateur contemple le théâtre culturel contemporain avec un mélange de lucidité et d’amusement inquiet. Rien n’est frontal, tout passe par le décalage. Le lecteur rit, puis comprend que ce rire vise moins des individus que l’air du temps lui-même – cette manière moderne d’imposer des conformismes au nom de l’ouverture.

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La Poursuite de l’idéal prolonge cette exploration sur un mode plus intime. Patrice Jean y décrit l’écart entre les ambitions spirituelles et la réalité ordinaire des existences. Le roman refuse la posture cynique autant que l’illusion romantique : il montre simplement la fatigue des idéaux lorsqu’ils rencontrent la vie réelle. Cette attention aux désillusions silencieuses constitue l’une des signatures les plus fortes de son écriture.

Fracture sociale

Avec Rééducation nationale, le romancier s’aventure dans un territoire explosif : l’école. Enseignant lui-même, il aurait pu écrire un pamphlet. Il choisit le roman. Le résultat est plus dérangeant encore. À travers le professeur Bruno Giboire, il décrit une institution gagnée par la peur diffuse de mal penser, où la transmission du savoir s’efface peu à peu derrière le langage administratif et moral. Personne n’y est monstrueux ; chacun agit au nom du bien. Mais l’ensemble produit un climat d’autocensure douce, presque invisible, qui finit par étouffer la liberté intellectuelle. La satire devient alors diagnostic.

L’essai Kafka au candy-shop donne la clé de lecture de cette œuvre. Patrice Jean y défend une conviction rare aujourd’hui : la littérature disparaît lorsqu’elle accepte de devenir un outil idéologique. « La littérature considère la totalité de l’expérience humaine, pas uniquement la question sociale », écrit-il[1] Le roman ne saurait se réduire à l’illustration de causes, car ce qui fonde l’existence – le désir, la jalousie, la solitude, l’angoisse – échappe aux catégories politiques.

En convoquant Kafka, il rappelle qu’un livre digne de ce nom doit être « la hache qui brise la mer gelée en nous »[2] Autrement dit, la véritable subversion n’est pas militante mais intérieure. Elle dérange le lecteur avant de confirmer ses convictions.

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C’est sans doute pourquoi l’œuvre de Patrice Jean suscite des malentendus. L’ironie envers certains réflexes progressistes lui vaut parfois des étiquettes rapides. Pourtant, il revendique explicitement l’humanisme, la liberté et la tolérance. Ce qu’il refuse, ce n’est pas une idéologie particulière, mais la réduction de la littérature à une morale obligatoire. Dans Kafka au candy-shop, il insiste : le mal que le roman explore est d’abord métaphysique, inscrit dans la condition humaine elle-même[3].

Ses livres ne proposent aucune solution et c’est précisément leur force. Ils réintroduisent le doute dans un espace culturel dominé par la certitude. Là où beaucoup de récits cherchent l’adhésion immédiate, Patrice Jean rend au lecteur une expérience devenue rare : celle de penser sans consigne.

À une époque fascinée par les prises de position instantanées, cette fidélité au roman apparaît presque comme une forme de courage. Non pas le courage bruyant des manifestes, mais celui, plus discret, de continuer à écrire comme si la littérature devait encore explorer la complexité humaine plutôt que la simplifier.

Et si la véritable audace, aujourd’hui, consistait simplement à ne pas détourner les yeux ?

KAFKA AU CANDY SHOP (La Littérature face au militantisme)

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[1] Patrice Jean, Kafka au candy-shop, Éditions Léo Scheer, 2024.

[2] Citation de Franz Kafka reprise et commentée dans l’essai.

[3] Ibid., passages consacrés à la dimension métaphysique du mal.

Liège: une condamnation à hauteur de la déflagration?

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Liège, Belgique, hier © Valentin Bianchi/AP/SIPA

Dans la nuit du dimanche 8 au lundi 9 mars, une explosion a retenti devant la synagogue de Liège, en Belgique, brisant le silence, ravivant de sombres souvenirs mais ne faisant heureusement aucun blessé. Le gouvernement belge a immédiatement dénoncé « un acte antisémite abject » et une enquête a été ouverte. Dans un contexte international marqué par l’affrontement entre Israël, Trump, et ce qu’il qualifie d’« islamo-nazisme » de la République islamique d’Iran, cette attaque rappelle que l’antisémitisme demeure un poison tenace pour le monde libre, explique notre contributeur.


C’est un ignoble et nouvel acte antisémite qui vient de frapper, dans cette nuit du 8 au 9 mars 2026, le cœur de l’Europe et, plus précisément, le centre de Liège, l’une des principales villes francophones – mais aussi ma propre ville natale – de Belgique.

Bilan ? Pas de victimes humaines, fort heureusement, mais de conséquents dégâts matériels. Avec une indignation, dans tout le pays, à la hauteur de la déflagration !

Certes, l’actuel conflit au Proche et Moyen-Orient – celui mettant aujourd’hui aux prises la coalition israélo-américaine dans sa volonté d’éradiquer l’abominable régime des mollahs de la République islamique d’Iran, ainsi que l’un de ses plus redoutables proxis, le Hezbollah au Liban – n’est pas étranger à ce que l’on peut donc également qualifier, dans cet odieux attentat à la bombe à l’encontre de la synagogue de la cité liégeoise, d’acte terroriste !

L’antisionisme, abject et hypocrite alibi idéologique de l’antisémitisme

Mais, par-delà même cette explicite et ferme condamnation, sans appel ni réserve, du terrorisme islamiste, comme par ailleurs de tout type de terrorisme, de racisme ou de xénophobie, à travers le monde, il ne sera guère superflu de rappeler ici, afin de mieux en sonder le danger planétaire, à quel point l’antisionisme (la haine de l’Etat d’Israël en tant que tel) n’est jamais, et de plus en plus avéré en ces sombres temps présents, que l’idéologique alibi, hypocrite et sournois, de l’antisémitisme (la haine des Juifs en général) en ce qu’il a, malheureusement, de plus virulent. 

C’est là, précisément, ce que donne à voir, et surtout à comprendre sur le plan plus strictement intellectuel, une philosophe aussi incisive, à cet épineux et douloureux sujet, que Hannah Arendt dans un essai emblématiquement intitulé Sur l’antisémitisme (1951), premier volet de ses magistrales Origines du totalitarisme (œuvre répartie en trois tomes): « l’antisémitisme, une insulte au bon sens », y affirme-t-elle, en effet, à juste titre.

Critique psycho-philosophique de l’antisémitisme selon Hannah Arendt

Hannah Arendt, dans la substantielle préface qu’elle a rédigée pour cet important opus, Sur l’antisémitisme donc, distingue par ailleurs, d’emblée, plusieurs formes d’antisémitisme, de diverses natures à travers les différentes époques historiques, bien que toutes irrationnelles et comme issues, tout aussi funestes dans leurs conséquences les plus extrêmes, de préjugés tenaces au sein de l’imaginaire populaire.

Elle y observe, donc, à raison : « Il faut bien se garder de confondre deux choses très différentes : l’antisémitisme, idéologie laïque du XIXe siècle, mais qui n’apparaît sous ce nom qu’après 1870, et la haine du Juif, d’origine religieuse, inspirée par l’hostilité réciproque de deux fois antagonistes. On peut même se demander jusqu’à quel point l’antisémitisme tire son argumentation et son aspect passionnel de la haine religieuse du Juif. L’idée d’une succession ininterrompue de persécutions, d’expulsions et de massacres depuis la fin de l’Empire romain, tout au long du Moyen Âge, des temps modernes et jusqu’à l’époque actuelle souvent assortie de cette autre idée que l’antisémitisme moderne n’est qu’une version laïcisée de superstitions populaires médiévales, n’est pas moins fallacieuse, encore que moins pernicieuse, bien entendu, que l’idée antisémite qui lui fait pendant : celle d’une société secrète juive qui aurait gouverné, ou aspiré à gouverner le monde depuis la plus haute antiquité. »

Affinant ensuite, dans le corps proprement dit de son texte, sa réflexion, Hannah Arendt pose alors, en des termes plus clairs encore, le problème, y mettant dès lors en relation directe, de manière plus spécifique cette fois, l’antisémitisme idéologique avec, au XXe siècle, la barbarie nazie, qui perpétra ce crime unique et absolu, dans les annales de l’(in)humanité, qu’est la Shoah.

Elle y stipule, critiquant au passage cet aveuglement, aussi coupable qu’incompréhensible, dont fit preuve, de sinistre mémoire en ces obscures années-là, l’opinion publique en son ensemble: « Nombreux sont ceux qui pensent encore que c’est par accident que l’idéologie nazie s’est cristallisée autour de l’antisémitisme, et que la politique nazie s’est fixé pour but, délibérément et implacablement, la persécution puis l’extermination des Juifs. Ce n’est que l’horreur de la catastrophe finale, et plus encore le sort des survivants, déracinés et sans patrie, qui ont donné à la ‘question juive’ la place essentielle qu’elle a occupé dans notre vie politique quotidienne. »

Elle poursuit, non moins opportunément: « Les nazis prétendaient avoir découvert le rôle du peuple juif dans la politique mondiale ; ils proclamèrent leur but : la persécution des Juifs dans le monde entier. L’opinion publique ne voulut voir là qu’un moyen de gagner les masses ou un intéressant artifice démagogique. »

L’islamo-nazisme de la République Islamique d’Iran : une menace existentielle pour Israël et, plus globalement, pour les juifs

Paroles, certes, on ne peut plus tragiques mais pourtant lucides, par-delà même leur indicible douleur, en ces temps où l’actuelle République Islamique d’Iran s’inscrit pleinement, le fondamentalisme islamique en plus, dans ce honteux héritage nazi pour en faire, précisément, l’islamo-nazisme !

Ainsi, cet antisémitisme que l’on voit à nouveau poindre aujourd’hui aux quatre coins de la planète – dont l’abominable pogrom de nature génocidaire perpétré, le 7 octobre 2023, par les terroristes islamistes du Hamas à l’encontre des Juifs d’Israël – ne se révèle finalement être que la manifestation la plus tragiquement tangible et visible, depuis la Shoah, de cette haine, aussi viscérale qu’irrationnelle, des Juifs.

Le plus féroce de cet antisémitisme, précisément : celui ouvertement affiché aujourd’hui, depuis la tristement célèbre « révolution islamique » de l’ayatollah Khomeiny en 1979 à l’encontre du Shah, par l’actuelle République Islamique d’Iran, pourvoyeuse et commanditaire à la fois du terrorisme international de surcroît, avec, à sa criminelle suite, ses affidés les plus sanguinaires, que ce soient, fanatiques entre tous, le Hezbollah au Liban, le Hamas dans la bande de Gaza, les Houthis au Yémen ou les milices chiites en Irak.  

L’antisémitisme : un poison pour le monde libre, sinon l’humanité tout entière, la sauvegarde de la démocratie et l’avenir de la civilisation

Conclusion ? Oui, c’est de ce poison qu’il faut, de toute urgence aujourd’hui, se débarrasser, pour le bien du monde libre, sinon de l’humanité tout entière, et, en dernière instance, l’avenir de la civilisation en ses principes universels, valeurs morales et idéaux les plus nobles (la démocratie, la tolérance des idées, les droits de l’homme et de la femme), par-delà même la menace existentielle qu’il représente pour Israël comme pour les Juifs en leur ensemble, ainsi qu’on vient donc effectivement de le voir avec ce dramatique attentat à l’encontre de la synagogue de Liège.

C’est là, de fait, un enjeu de civilisation tout autant qu’un combat pour la paix !

Un combat pour la paix du monde

Et, à propos de cet hypothétique bien que souhaitable renversement de cette tyrannique théocratie iranienne, que ce soit par l’intervention israélo-américaine ou par la contestation populaire interne, a-t-on remarqué que l’inversion du mot « mollahs » donne exactement en hébreu, à une consonne redoublée près (l), « shalom », signifiant littéralement « paix » justement ? A méditer, et non seulement sur le plan linguistique, mais, plus extraordinaire encore, à un niveau hautement symbolique !

Curtis président!

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Image d'illustration Unsplash

Affaire de la mort d’Elisa Pilarski: le chien Curtis passe aux aveux… « Ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé » répond Elisabeth Lévy aux « amis des animaux » qui refusent qu’il se fasse piquer. Nous vous proposons d’écouter sa chronique.


Une pétition réclame la grâce de Curtis, pitbull qui a tué la compagne de son maitre.

Le 16 novembre 2019, Elisa Pilarski, 29 ans et enceinte de six mois est retrouvée morte dans l’Aisne, le corps lardé de 56 morsures dans une forêt où elle se promenait avec le petit molosse (deux ans et 20 kilos, quand même). Son compagnon et le maître du chien, Christophe Ellul, accuse des chiens de chasse à courre mais les expertises désignent Curtis.

Decision attendue le 11 juin

La semaine dernière, M. Ellul était jugé pour homicide involontaire – il a dressé Curtis pour mordre. La procureure a requis quatre ans de prison avec sursis. Et réclamé l’euthanasie de Curtis qui, depuis six ans, vit dans un chenil en Haute-Garonne, avec une courette de six mètres carrés mais aucun contact humain ou canin.

A lire aussi, éditorial: L’inclusivité n’est pas un dîner de gala

Cette perspective enrage les défenseurs des animaux, toujours prompts à « manger de l’homme ». Des crétins numériques proposent de piquer plutôt le maître. Et il y a déjà deux pétitions, dont l’une comptabilisait ce matin près de 35000 signatures. « Curtis a déjà payé un prix immense : six années de sa vie enfermé » peut-on lire. Il ne doit pas finir sa vie isolé ou euthanasié. Une association veut l’accueillir. On ne sait pas ce qui est prévu pour sa réinsertion…

N’ironisons pas, ce chien n’est pas responsable de la façon dont il a été dressé…

C’est ce que disent les avocats et sociologues de l’excuse sur les voyous. Je n’ironise pas sur ce pauvre chien. Mais sur ces grandes âmes qui oublient un détail. Curtis n’est pas un homme ni une personne morale. Il ne peut pas être déclaré coupable ni condamné ni contraint de se soigner. Il ignore qu’une proc demande sa mort. Les animaux peuvent souffrir mais ne savent pas ce qu’ils font. Et on ne déclare pas non plus coupable le lion qui mange l’antilope. Cette différence, je dirais cette supériorité humaine mais c’est très mal, ne nous autorise certainement pas à les torturer mais à les tuer, les faire travailler ou se reproduire sans consentement.

Le chien Curtis ne sait pas qu’il fait le mal. Après avoir tué Elisa, il a d’ailleurs attaqué Ellul et sa sœur – c’est sa nature ou ça l’est devenu. Il ne s’agit pas de punir un chien mais de protéger les hommes. Evidence partagée même par Aymeric Caron : si vous devez choisir entre la vie de votre enfant et celle de votre chien, vous sauverez l’enfant. Nous avons des devoirs envers les animaux. Pas celui de les considérer comme nos égaux et encore moins comme nos semblables.


Cette chronique a été diffusée sur Sud radio

Retrouvez Elisabeth Lévy dans la matinale au micro de Patrick Roger

L’imposture antifasciste

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Jean-Luc Mélenchon au meeting de Sophia Chikirou à Paris, hier soir © Stephane Lemouton/SIPA

« Mal nommer les choses, c’est ajouter à la misère du monde » (Camus)


Un spectre hante l’Europe, le spectre du fascisme. Mystérieux, maléfique, son centre est partout, sa circonférence nulle part. Il enflamme les Agités du bocal en mal d’émotions fortes, Potemkine de méga-bassines, « Spartaccuse » autoproclamés « antifascistes ».

Hier soir, à la Maison de la Mutualité, Jean-Luc Mélenchon et Sophia Chikirou ont réchauffé pour leurs aficionados conquis, un cris d’armes convenu : ¡No pasarán! La bataille de Paris est sanglante, fratricide, indécise. L’amour sublime du Caudillo insoumis berce les électeurs ; Et, regardant enfler sa trotskyste mamelle ; Sur son festin de mots il s’affaisse et chancelle ; Ivre de volupté, de promesses et d’horreurs. Il cible Sarah Knafo qui a le vent en poupe. « Quel que soit son score, elle est dangereuse … Tout le monde au bureau de vote, tout le monde contre les fachos! ». Une insulte comme un hommage. « Le monde est sous les mots, comme un champ sous les mouches » (Hugo).

Loup y es-tu ?

« Fascisme : 1. Régime établi en Italie de 1922 à 1945, fondé sur la dictature d’un parti unique, l’exaltation nationaliste et le corporatisme. 2. Doctrine ou tendance visant à installer un régime autoritaire rappelant le fascisme italien ; ce régime lui-même. 3. Attitude autoritaire, arbitraire, violente et dictatoriale imposée par quelqu’un à un groupe quelconque, à son entourage »(Larousse). 

Stricto sensu, le fascisme et le nazisme n’existent plus. Mussolini est exécuté en avril 45, Hitler se suicide dans son bunker à Berlin, quelques jours plus tard. Pas un politicien ne se réclame aujourd’hui du fascisme. La loi du 29 juillet 1881 sanctionne l’apologie des crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Largo sensu, l’autoritaire pèse comme un couvercle sur les esprits gémissants, oppresse, partout. La langue est fasciste, le pouvoir est fasciste, de Gaulle est fasciste, le patriarcat est fasciste, la police est fasciste, CRS-SS …  

La belle immonde n’est pas morte. Protégée par une légion de féroces Numides recrutés à Lampedusa, une pile de pilum, des amphores d’huile de ricin, Giorgia Meloni fait régner l’ordre dans le Palais Montecitorio. Les Allemands et les Danois vont-ils boucler leurs frontières au pas de l’oie ? Trump le Maudit, braqueur Maximo, Picsou libertarien de Mar-a-Lago, a-t-il « l’étoffe » d’un Benito ?

Ironie de l’histoire, l’héritage mortifère des révolutions du vingtième siècle, ce sont des empires totalitaires, Etats concentrationnaires : la Russie, la Chine, la Corée du Nord, l’Iran. La décolonisation et l’émancipation ont accouché de fatwas, foulards, ayatollahs. La peste brune et les fascistes sont à l’est et au sud, les antifascistes sont à l’ouest.

La fabrique de l’antifascisme 

Le camp du progrès est à la peine. L’avenir n’est plus radieux, les lendemains déchantent. La dictature du prolétariat et les « sans-dents » donnent la colique à Thomas Piketty et Dominique Méda, stakhanovistes des RTT, du compost citoyen et de l’impôt sur les os. La gauche s’est repliée dans le flou, la moraline bio, les slogans bienveillants, un sfumato attrape-toutous.

L’antifascisme, c’est une fin, un moyen, une posture, une aubaine, une entéléchie sublime permettant de ressouder les tronçons du glaive progressiste. Un tiers Manouchian, un tiers Louise Michel, un tiers Sans-culottes, des effluves de Woodstock, flagrances Bella Ciao. Le Red Bull antifasciste enivre les miliciens de la Jeune Garde, les black blocs. So Long, Marc Bloch… Ciment et bouclier, l’antifascisme est aussi une arme fatale qui délégitime, disqualifie les opposants, « vipères lubriques », « hyènes dactylographes », « hitlériens » aux cinquante nuances de noir. L’antifascisme Soulage ; c’est l’art de faire passer les anchois avariés pour des produits exotiques.

Pas d’antifascisme sans fascistes. L’offre fasciste étant notoirement inférieure à la demande, il importe de multiplier les ennemis à combattre. Le « fasciste » a des cousins maléfiques, « les nazis », « les racistes » et une jumelle diabolique, « l’extrême droite », plus dangereuse que le cobra royal et la grenouille à flèches empoisonnées, l’unique objet du ressentiment des médias publics aux prophéties auto-réalisatrices. Par extension, capillarité, l’extrême droite, c’est la droite, dure, demi-molle, néo-libérale, illibérale, populiste, réactionnaire, les sociaux-traites, valets de l’impérialisme, les blancs, l’Occident. L’affiche noire, de barbe et de nuit, hirsute, menaçante, cherche un effet de peur sur les passants. Le chagrin et la pythie.

Le fascisme antifasciste

Le fasciste, c’est celui qui ne pense pas comme moi. « La vérité est une, seule l’erreur est multiple. Ce n’est pas un hasard si la droite professe le pluralisme » (Simone de Beauvoir). Au mitan du siècle dernier, l’antifascisme c’était déjà le cri de ralliement du camp du « bien », l’anticommunisme, un crime inouï. L’imposture, orchestrée de Moscou, ravissait l’intelligentsia progressiste. Dans l’effroi et la famine, l’agitprop, au Palais d’Hiver, à Cronstadt, Rome, en Bavière, le rouge et le noir s’inspirent, s’aspirent, se fécondent, signent des pactes, se font la courte échelle.

Les Tartuffe renifleurs de « nauséabond » ont la mémoire courte, les alliances sélectives, barrages à géométrie variable. Les leçons de morale et d’humanisme de l’union des gauches, insoumise islamo-gauchiste, communiste, socialiste, écologiste, qui n’ont jamais renié un Panthéon de tyrans criminels – Robespierre, Marat, Trotski, Lénine, Mao, Castro, Maduro, le Hamas, le Hezbollah -, n’abusent personne.

LFI est un parti fascistoïde. Ligueur Maximo, Camelot du Moi, Jean-Luc Mélenchon, s’obstein eptsigne des oukases complotistes, défendu par des compagnons de déroute, une jeune garde de vieilles grognardes, influenceuses, Mad Marx, Raphaël Arnault, Mathilde Panot, Sandrine Rousseau, Annie Ernaux, Maeva Ghennam. Les silentiaires insoumis purgent les traîtres (Raquel Garrido, Clémentine Autain, François Ruffin), défendent les assassins de Quentin Deranque. France info noie le poison dans les euphémismes, la « brutalisation » de la vie publique. Les groupes WhatsApp de Sciences-Po adorent la botte à Staline. En 1968, Lacan expliquait aux gauchistes de Vincennes qu’ils finiront par trouver le maître auquel ils aspirent.

Les rentiers du Grand-Guignol antifasciste, les instrumentalisations politiciennes, salissent la mémoire de Jean Moulin, des Résistants, des millions de victimes qui ont souffert dans leur chair du totalitarisme, déportées et assassinées par les fascistes, les communistes, les nazis.

Crier au loup, ad nauseam, c’est obscène et criminel. « Una mattina », un morne matin, quand les véritables fascistes, rouges, noirs ou verts, seront aux portes du pouvoir, plus personne ne se lèvera, ne prendra les armes ; il sera trop tard. Postures, poutures, impostures, les défaites ne sont jamais étranges.

« Il semble bien que la demande en matière de liberté soit, pour l’humanité prise dans son ensemble, de beaucoup en dessous de l’offre que nous lui en faisons. Il est à craindre que le marché ne soit pas du tout ce que nous avions supposé. Nous risquons fort de rester avec notre stock sur les bras » (Jacques Rivière).

La mémoire du chaos

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A Tel Aviv, deux personnes qui étaient sur la plage se dirigent vers un refuge alors que retentit l'alerte aérienne de missiles iraniens imminents, 3 mars 2026 © Leo Correa/AP/SIPA

Allongée dans l’herbe sous les missiles…


L’avertissement avait sonné depuis plusieurs minutes sur mon téléphone vibrant et il annonçait que l’alerte serait imminente. Un missile était sur le point de survoler nos têtes et si l’alerte sonnait, cela signifiait que le missile allait tomber près de notre localisation.

Depuis quelques jours, les avertissements ne sont pas nécessairement suivis d’alertes, alors, une sorte de nonchalance s’est installée, chacun de nous faisant des arbitrages, ou pariant que peut-être, cette fois-ci, l’alerte ne sonnera pas.

Pour ma première sortie à vélo depuis le début de la guerre, j’étais gâtée. L’alerte était en train d’hurler alors que j’étais près de mon domicile ; mais pas assez proche pour y arriver dans les temps ; il fallait donc que je me mette à l’abri au plus vite.

A peine le temps d’abandonner mon vélo au milieu de la route, je réalise que même trouver un abri public est ambitieux, je vais devoir aviser. Heureusement, je ne suis pas seule, ce matin, je suis accompagnée de Zwicka.

Un carré d’herbes nous tend les bras, casques de vélo encore vissés sur la tête, c’est de circonstance, nous nous allongeons à même le sol, comme il l’est demandé dans les instructions adressées à la population civile. Les yeux rivés vers le ciel, je suis obligée d’avouer que cet instant n’est pas si désagréable, un doux rayon de soleil caressant nos visages.

Le ciel d’Israel nous a habitués à ses changements d’humeur, hésitant encore en ces jours de début mars entre le printemps et l’hiver, ou oscillant en l’espace de quelques minutes de la quiétude à l’hostilité soudaine. La guerre ici n’a pas le visage que nous lui pensions. Elle se loge dans des menus détails, se lit sur les mines fatiguées des nuits coupées, dans les sursauts quand, au moindre bruit, nos corps trahissent l’état d’hyper vigilance dans lesquels ils sont plongés depuis toujours.

Il n’empêche que le corps posé sur l’herbe, je ne peux m’empêcher d’observer ce ciel parfait : les nuages y voilent ce matin les missiles, tandis que leurs détonations nous ôtent d’un doute, s’il en demeurait encore un, sur l’existence d’une menace réelle au-dessus de nos têtes.

Cela dure plusieurs minutes, les oiseaux se dispersent dans tous les sens, sans unanimité claire sur la direction à prendre, le chaos ne se trouve pas seulement sur la terre ferme, il existe aussi dans les airs. Zwicka garde le silence puis, pour dédramatiser, me dit, pendant que la sirène hurle, qu’il faut relativiser. C’est quand le climat d’urgence s’abat sur nous que la sagesse israélienne est la plus bavarde ; et ce matin, elle se résume en un mot, presque intraduisible : proporziot.

Oui, me dit-il, pendant la Deuxième Guerre mondiale, les populations civiles n’avaient pas notre chance d’avoir un système anti-missile aussi robuste, ainsi que des habitations, des villes aussi bien équipées en abris publics. Nos téléphones sont devenus nos gardiens, ils nous préviennent en temps et heure des missiles qui sont lancés et nous montrent sur la carte quelles parties du pays ont été visées.

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Selon les rumeurs du moment, cette guerre sera longue. Plusieurs semaines. Plus longue que nous voulons bien le croire et c’est avec cette perspective d’une guerre d’usure qui s’annonce que j’ai décidé ce matin de ne plus vivre confinée et dans la peur panique des alertes. C’est aussi ce qui explique que c’est la première fois que je n’ai pas le temps de gagner un abri dans les temps. Je manque d’expérience en la matière. Ce matin, les détonations sont tellement fortes que Zwicka est sûr qu’il s’agit du dernier joujou iranien, à savoir des missiles à fragmentations qui semblent plus difficiles à arrêter que les précédents.

La raison en est qu’à une certaine altitude, le missile s’ouvre pour libérer des dizaines ou parfois des centaines de petites bombes appelées sous-munitions, qui se dispersent dans l’air et explosent en touchant le sol ou bien juste au-dessus du sol pour causer le maximum de dégâts matériels et humains.

Les yeux rivés vers ce ciel déserté par les oiseaux, alors que Zwicka me dit que nous ne vivons pas dans un pays normal, mais que c’est le prix à payer pour l’avoir, je réalise que je n’ai pas peur. Est-ce parce que les détonations se sont arrêtées ou qu’elles étaient lointaines ? Est-ce parce que je sais que notre système anti-missile est robuste ? Je ne crois pas.

Il y a dans la peau de chaque Israélien, y compris chez les enfants, une mémoire du chaos que le monde confond avec de la « résilience ». Depuis deux ans et demi, nous n’avons cessé d’être soumis au tumulte de l’histoire. Nous avons appris à nous détourner des plaisirs occidentaux pour habiter le moment présent, aux côtés de ceux qui partagent notre condition. Cette guerre a laissé une marque supplémentaire dans les corps déjà traumatisés des Israéliens. Au-delà de la menace physique, elle a creusé davantage la rupture d’avec le reste du monde. Depuis le 7-Octobre, chaque alerte réveille une mémoire plus profonde, comme si chaque Israélien portait en lui l’empreinte silencieuse de toutes les catastrophes traversées ou à venir.

Allongée dans l’herbe, je prends conscience que mon corps porte déjà beaucoup de cette mémoire collective. Je ne tremble pas, je ne ressens pas la peur, je vis dans une forme de confiance un peu inconsciente, et je réalise sous ce grand palmier qui me toise que cette guerre ressemble à la guerre des douze jours, tout en s’en distinguant pourtant.

En juin 2025, nous étions seuls. Douze jours suspendus, intenses mais contenus, que nous avons vécus comme une tentative herculéenne pour détruire les installations nucléaires et ballistiques du régime iranien, qui menaçaient notre survie. Une guerre éclair, presque chirurgicale, où seule la frappe finale des B2 américains est venue rompre notre solitude.

Celle-ci est différente. Depuis le mois de juin 2025, non seulement l’alliance avec l’Amérique de Trump s’est renforcée, mais un nouveau pacte silencieux s’est noué entre le peuple israélien et le peuple opprimé d’Iran, pris en otage par un régime qui a fait de la confrontation avec Israël sa colonne vertébrale idéologique.

Cette fois-ci, les messages de soutien venant d’Europe et du reste du monde se sont faits plus rares, comme si l’idée qu’il revenait au minuscule Etat d’Israël de combattre seul (ou presque) au nom de la liberté s’était peu à peu normalisée. Comme si le monde avait fini par croire que nous pouvions nous passer de son soutien et de son empathie.

La sirène finit par se taire et les oiseaux reviennent. Nous nous levons, nous reprenons nos vélos, prêts à nous élancer à nouveau, jusqu’à la prochaine alerte, jusqu’au prochain missile, jusqu’au prochain décompte des blessés ou des morts, qui, dans ce monde pourtant si prompt à se mobiliser pour des causes à la mode, ne semblent émouvoir personne d’autre que nous-mêmes.

Poitiers: un ex-trafiquant condamné en position éligible sur la liste de la maire écologiste

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A Poitiers, le communautarisme des Verts n’a rien à envier aux pires Lfistes: Chiacap Kitoyi, ex-trafiquant de drogue qui fut condamné à deux ans de prison, est en quatrième position sur la liste de la maire sortante.


Comment un narcotrafiquant condamné à deux ans d’emprisonnement et débiteur de 600 000 euros envers la collectivité, peut-il figurer en bonne place sur une liste municipale ? C’est la question que soulève la candidature de Chiacap Kitoyi, présenté en quatrième position sur la liste de Léonore Moncond’huy, maire Europe Écologie Les Verts (EELV) de Poitiers, pour les prochaines élections municipales.

Les faits sont accablants et documentés. Chiacap Kitoyi a été condamné à deux ans d’emprisonnement par la justice française. Au-delà de la peine privative de liberté déjà effectuée, la condamnation l’oblige à rembourser la somme considérable de 600 000 euros à la collectivité (somme qu’il daigne rembourser à hauteur de 50 euros par mois). Une dette contractée envers les deniers publics, ceux-là mêmes qu’il prétend aujourd’hui être en mesure de gérer au nom des Poitevins.

Cette condamnation n’est pas une affaire privée, puisqu’elle concerne directement la probité exigée d’un candidat à l’exercice d’un mandat public. Lorsqu’un individu a été jugé coupable par les tribunaux et qu’il reste redevable d’une telle somme à la collectivité, sa candidature à la mairie d’une ville comme Poitiers pose un problème éthique et démocratique fondamental. Un maire qui met en avant un tel profil sur la liste ne le fait évidemment pas « gratuitement » : il achète l’électorat des quartiers, quoi qu’il en coûte pour son image.

« Les fourmis » des Couronneries : le communautarisme comme levier électoral

Pour comprendre la présence de Chiacap Kitoyi sur cette liste, il faut remonter aux élections municipales de 2020. À cette époque, M. Kitoyi était le leader d’un mouvement, « les fourmis », né dans le quartier difficile des Couronneries. Ce groupe, structuré autour de « leaders » du quartier, dont cet ancien chef du trafic de drogue, a joué un rôle déterminant dans l’élection de Léonore Moncond’huy à la tête de la mairie de Poitiers.

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Les fourmis ont su mobiliser massivement dans les quartiers populaires de Poitiers pour faire basculer le scrutin en faveur de la candidate EELV. Cette mobilisation, aussi efficace soit-elle, reposait sur une logique communautariste : voter en bloc selon une appartenance identitaire de quartier et d’origine. Le résultat politique fut au rendez-vous : le maire PS Alain Claeys fut battu par la gauche radicale. Mais à quel prix pour la cohésion républicaine ?

Le communautarisme, dans notre République laïque et universaliste, est devenu l’arme de guerre électorale de la gauche radicale, à Poitiers comme ailleurs. Ce clientélisme fracture le corps civique en sous-groupes antagonistes, il instrumentalise les appartenances pour en faire des bulletins de vote, il dévalue le débat politique en le réduisant à des calculs d’allégeance. Que la liste de Madame Moncond’huy — par ailleurs soutenue, toute honte bue par le président de Région PS Alain Rousset contre le candidat local de la gauche républicaine —  récompense aujourd’hui cet acteur en lui réservant une place de choix en est la pitoyable confirmation.

Une démocratie abîmée

Qu’un candidat condamné pénalement, endetté à hauteur de 600 000 euros envers la collectivité qu’il prétend servir, puisse se présenter sans que cela ne suscite un tollé en dit long sur la perte de repère civique de notre pays. Dans de nombreux pays démocratiques, une telle condamnation aurait suffi à écarter toute candidature. En France, la loi permet techniquement à certains condamnés de se présenter selon la nature de leur peine. Mais le narcotrafic tue. Et la légalité n’est pas la légitimité.

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La démocratie ne se résume pas au respect formel des règles. Elle exige aussi une éthique de la responsabilité de la part de ceux qui sollicitent le suffrage universel. La maire écologiste Léonore Moncond’huy, en validant le profil de ce narcotrafiquant, fait preuve d’une légèreté qui confine à l’indécence vis-à-vis des citoyens et de leurs impôts. En plaçant Chiacap Kitoyi en quatrième position, une place éligible, symboliquement forte, la maire sortante fait un choix délibéré : celui du clientélisme et du communautarisme, en s’essuyant les pieds sur les valeurs de la République. 

Déjà membre du conseil d’administration d’Ekidom, le bailleur social de la ville de Poitiers

Mais cette place sur la liste n’est pas le premier cadeau de la maire au caïd des Couronneries. La question des compétences se pose avec une acuité particulière lorsqu’on sait que M. Kitoyi a été nommé en 2020, au début du précédent mandat (en remerciement pour son rôle de chef des « fourmis »), membre du conseil d’administration d’Ekidom, l’organisme chargé d’attribuer les logements sociaux à Poitiers. Confier à Chiacap Kitoyi une responsabilité quelconque dans la gouvernance d’un tel organisme était déjà irresponsable. La gestion du logement social requiert probité, impartialité et compétences administratives solides. Or, comment un ex-dealer condamné par la justice et débiteur de 600 000 euros à l’État pourrait-il incarner la neutralité et l’intégrité indispensables à l’attribution équitable de logements ?

Au-delà du cas individuel de Chiacap Kitoyi, c’est une question de principe qui se pose à Poitiers. Quelle idée de la République veut-on défendre ? Celle où le casier judiciaire importe peu ? Celle où le communautarisme est un outil de gestion électorale toléré ? Ou bien celle où l’exemplarité des élus est une exigence non négociable, et où chaque candidat à un mandat ou à un poste est évalué sur ses compétences et mérites réels ? Les électeurs poitevins ont le droit de savoir. Ils ont le droit de mesurer ce que signifie voter pour « Poitiers Collectif », la liste de la maire écolo Léonore Moncond’huy, dont l’ADN politique relève du communautarisme anti-républicain le plus assumé.

Diriger une ville est une charge trop sérieuse pour être laissée à des profils qui, objectivement, ne présentent pas les garanties minimales d’honnêteté et de compétence attendues d’un élu de la République.

Maxwell, pas la peine d’en rajouter

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Affaire Epstein : Ghislaine Maxwell se révèle être un piètre maître chanteur


Le 9 février 2026, Ghislaine Maxwell a comparu par visioconférence devant la commission de surveillance de la Chambre des représentants sans prononcer un mot.

Par la voix de son avocat, l’ex-compagne de J. Epstein a affirmé être prête à « parler complètement et honnêtement » à condition d’obtenir une grâce. Elle se disait notamment disposée à témoigner que ni Donald Trump, ni Bill Clinton n’étaient coupables d’actes répréhensibles. En matière de chantage, il semble qu’on ait vu mieux. Donald Trump peut en effet déjà se considérer comme blanchi par cette seule proposition : « Vous voyez bien que je suis innocent, elle le dit elle-même. » Quel intérêt supplémentaire aurait-il à accepter de la gracier ? Bien au contraire, on lui reprocherait désormais la clémence dont bénéficierait la complice du Diable, dans le seul but de concrétiser cette disculpation. Si elle s’était contentée de promettre publiquement toute la vérité sur les puissants mouillés dans l’affaire, tout en s’engageant discrètement à blanchir Trump, peut-être aurait-elle augmenté ses chances de parvenir à un accord avec la justice américaine. À ce stade toutefois, la Maison-Blanche n’a ni accepté, ni officiellement rejeté l’offre. Elle maintient un suspense calculé, suggérant que la grâce ne sera accordée que si Maxwell livre des informations « explosives » et véridiques. Notamment celles qui serviraient le récit politique de l’administration actuelle.

Pablo Neruda, Trump, «Bibi» et nos élites

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La porte-parole du gouvernemnet Maud Bregeon, Paris, 4 mars 2026 © J.E.E/SIPA

Guerre en Iran. « C’est une guerre que nous n’avons pas choisie. Notre action et les appuis que nous apportons restent entièrement défensifs. Quant aux bases situées sur notre sol, la France a exigé qu’aucun des avions ravitailleurs qui y stationneraient ne participe à des opérations menées en dehors du droit international. Elle en a obtenu la garantie complète », affirme Maud Brégeon, porte-parole du gouvernement. S’ils ne rejettent pas l’atlantisme et le sionisme avec autant de virulence que les lfistes ou Dominique de Villepin, bien sûr, les macronistes, en refusant de prendre leur part dans la guerre, finissent selon notre chroniqueur par faire preuve d’une certaine bienveillance à l’égard d’une pensée totalitaire.


Emmanuel Macron ne viendra pas au secours des Iraniens opprimés. Le terrorisme des ayatollahs tétanise le matamore de l’Elysée.
L’assaut israélo-américain lancé le 28 février contre la dictature apocalyptique des mollahs laisse voir la peur du président d’affronter semblablement le totalitarisme du XXIe siècle.

« Une guerre que nous n’avons pas choisie »

L’ennemi s’est pourtant introduit également en France. Cependant Macron juge plus valorisant de jouer à la guerre nucléaire avec la Russie de Poutine. Hier, dans le JDD, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, a réaffirmé le refus français d’ouvrir les bases militaires aux avions de chasse américains : position identique à celle de l’Espagne du socialiste Pedro Sanchez, qui « sauve l’honneur de l’Europe » selon Dominique de Villepin (BFMTV, dimanche). Ce dernier, exalté par son rejet de l’atlantisme et du sionisme, en est à souhaiter l’échec du duo Trump-Netanyahou.

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« C’est une guerre que nous n’avons pas choisie », explique pour sa part le gouvernement en retrait. La violation du droit international est l’autre argument des défaitistes. Il est celui des « pacifistes » qui donnent raison à un régime théocratique qui, depuis 47 ans, tue son peuple quand il se révolte, les femmes en première ligne. En France, la communication officielle insiste sur les efforts, logistiques et militaires, mis en place pour protéger les Français au Moyen Orient. C’est bien le moins. Mais rien n’insupporte plus Macron, et les antisémites de tous bords, que le courage du petit Etat d’Israël (10 millions d’habitants) à se débarrasser une fois pour toute du nazislamisme, qui a juré sa perte et celle du Liban.
L’Occident est la prochaine cible. Pourtant, ce totalitarisme renaissant recueille beaucoup de bienveillance. Elle est d’abord la marque de l’extrême gauche communiste, qui a pactisé avec l’islam anti-occidental. Toutefois, ce monde manichéen attire aussi les faibles et les paresseux.

Gamineries

Ils sont pléthore parmi les « élites » françaises. Celles-ci s’horripilent de voir deux dirigeants du monde libre – Trump et « Bibi » – oser défier par les armes l’obscurantisme djihadiste qui fait trembler les pleutres. Or l’islamisme est rejeté par le peuple iranien, lui-même musulman de tradition à commencer par l’ancien shah. En fait, Macron a gardé une fascination d’adolescent rebelle pour la pensée stalinienne. Lors de son intervention du 3 mars il avait exposé sur son bureau un épais recueil des œuvres de Pablo Neruda (Résidence sur la terre), avec un visible marque-page suggérant une lecture quasi-complète. Il se trouve que j’ai eu comme ami cher, aujourd’hui disparu, le poète franco-uruguayen Ricardo Paseyro, qui fut son adjoint alors que Paseyro était lui-même jeune communiste débarquant en France.

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Ayant vite coupé avec le PC, il ne cessa de dénoncer par la suite « Le mythe Neruda » (Cahier de l’Herne, 1965) en reprochant notamment au prix Staline (1952), puis au prix Nobel, ses odes soviétophiles dont son « Staline, plus savant que tous les hommes ensemble ». Paseyro a expliqué[1] que Neruda se faisait payer ses poésies au nombre de lignes, ce qui explique que les vers de Chant général (568 pages), qui compose en partie le livre de Macron, sont « débités en tranches de trois ou quatre mots pour s’achever sur un ridicule A mon Parti ». Comment l’admirateur d’un homme faux peut-il avoir un jugement clair sur le monde ?

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[1] Ricardo Paseyro, Toutes les circonstances sont aggravantes, le Rocher, 2007

Quand les missiles parlent et que les mythes mentent

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Un religieux parle au téléphone devant des missiles exposés lors d’un rassemblement annuel marquant l'anniversaire de la Révolution islamique de 1979 sur la place Azadi, ou place de la Liberté, à Téhéran, en Iran, le mercredi 11 février 2026 © Vahid Salemi/AP/SIPA

Les nuits de Tel-Aviv sont désormais rythmées par les sirènes et les abris. Mais au-delà de la guerre des drones et des missiles, une autre guerre se joue: celle des récits. Et dans cette bataille symbolique resurgit un vieux mythe, celui qui fait du Juif — aujourd’hui de l’État juif — la source du mal qu’on lui inflige.


La nuit commence par une sirène. À Tel-Aviv, ce son est devenu familier. Il déchire soudain l’air de la ville, traverse les rues, les appartements, les cafés encore ouverts. En quelques secondes, tout change. Les conversations s’interrompent, les pas s’accélèrent, chacun sait exactement ce qu’il doit faire.

On ne regarde pas le ciel.

On descend les escaliers, on pousse une porte blindée, on se serre dans un abri. Les enfants se taisent. Les adultes attendent. La ville entière retient son souffle derrière des murs de béton.

Au-dessus, dans l’obscurité, passent les drones et les missiles.

Ils viennent parfois de très loin, de l’Iran lui-même, ou de ces territoires où Téhéran a installé, année après année, les instruments de sa guerre indirecte : le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza, les Houthis au Yémen, les milices chiites disséminées dans la région. Dans ce ciel nocturne se croisent les trajectoires d’un système militaire construit patiemment : un réseau de forces capables de frapper Israël depuis plusieurs directions.

Parmi ces armes apparaissent désormais des missiles d’une nouvelle génération, comme le Khorramshahr-4, parfois appelé Kheibar. Deux mille kilomètres de portée. Une ogive lourde capable de se multiplier en plusieurs charges explosives. Une vitesse qui rend l’interception plus difficile.

Mais ces missiles ne sont qu’un élément d’un ensemble plus vaste : drones lancés par essaims, arsenaux balistiques en expansion, programme nucléaire poursuivi obstinément depuis des années. Il faut partir de cette réalité matérielle. La puissance de destruction iranienne n’est plus une hypothèse stratégique. Elle existe déjà. Et selon toute logique militaire et technologique, elle était appelée à croître.

Mais cette puissance ne s’arrête pas aux frontières de l’Iran. Elle s’étend à travers un réseau d’organisations armées qui forment aujourd’hui un véritable système de confrontation régional. Hezbollah, Hamas, Houthis : autant de fronts possibles, autant de vecteurs de guerre. Ainsi se dessine un encerclement stratégique.

C’est dans ce contexte qu’il faut comprendre l’histoire d’Israël. Depuis sa naissance en 1948, l’État juif a vécu dans un environnement où ses voisins musulmans refusait sa légitimité même. Les guerres qui ont marqué son existence — de 1948 à aujourd’hui — furent d’abord des guerres existentielles.

La puissance militaire israélienne est née de cette réalité. Non comme une promesse de domination, mais comme une protection. Une conclusion tirée d’une histoire plus longue encore : celle d’un peuple qui, pendant des siècles, fut privé de la possibilité de se défendre lui-même.

Car la menace antisémite, elle, n’a presque jamais disparu. Elle change de langage, de justification et d’idéologie, mais elle demeure remarquablement constante à travers les siècles. Tantôt religieuse, tantôt raciale, tantôt politique, elle revient toujours aux mêmes images : le Juif conspirateur, manipulateur, puissance cachée qui contrôlerait les peuples.

Cette permanence explique en partie la singularité de l’expérience israélienne : un État fondé aussi pour empêcher que l’histoire de la vulnérabilité juive puisse se répéter sans défense possible.

Mais le paradoxe de notre époque est frappant. Car, dans la guerre contemporaine, les images comptent presque autant que les armes — et les apparences semblent souvent jouer contre Israël. La destruction de quartiers entiers à Gaza, les bombardements actuels au Liban contre le Hezbollah, les infrastructures détruites, les populations civiles déplacées : ces images dominent l’espace médiatique mondial. Elles nourrissent l’idée d’une puissance militaire écrasant des populations vulnérables. Pour beaucoup d’observateurs, la scène paraît simple : un État puissant face à des populations meurtries. Mais la réalité stratégique est plus complexe. Le Hamas à Gaza comme le Hezbollah au Liban ont construit leurs infrastructures militaires au cœur même des zones civiles : tunnels sous les quartiers habités, dépôts d’armes dans les immeubles, tirs de roquettes depuis des zones densément peuplées. Dans ces conditions, toute riposte militaire produit inévitablement des destructions et des victimes civiles.

À cette dimension s’ajoute une autre source de polémique : la confrontation avec l’Iran lui-même. Les frappes ou opérations préventives envisagées ou menées par Israël — parfois avec l’appui ou l’ombre portée des États-Unis — contre les installations militaires ou nucléaires iraniennes sont souvent perçues, dans le débat international, comme des initiatives offensives.

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Ainsi se construit un récit puissant : celui d’un Israël devenu la principale force de guerre de la région.

Mais c’est précisément ici que commence la guerre des récits.

Car ces images ne racontent qu’une partie de l’histoire. L’autre partie concerne l’environnement stratégique dans lequel Israël se trouve : un réseau d’acteurs armés soutenus par l’Iran — Hamas, Hezbollah, Houthis et milices régionales — dont l’objectif déclaré est la disparition de l’État juif.

Dans cette guerre des récits, les mêmes événements produisent des interprétations opposées. Les uns parlent de résistance, les autres d’agression. Les uns annoncent des victoires, les autres des défaites.

Mais dans le cas d’Israël, cette bataille narrative rencontre un imaginaire beaucoup plus ancien.

À mesure que l’Iran accumule missiles et drones et que ses alliés encerclent Israël, le soupçon se déplace paradoxalement vers Israël lui-même. On affirme alors que l’État juif chercherait à dominer la région pour créer « un grand Israël » du Nil à l’Euphrate, qu’il manipulerait les puissances occidentales, qu’il pousserait les États-Unis à la guerre.

Ce discours se présente comme une analyse géopolitique. Il reproduit en réalité un schéma très ancien.

Depuis des siècles, l’antisémitisme attribue aux Juifs une volonté de domination universelle. Au début du XXᵉ siècle, cette fiction prit la forme grotesque des Protocoles des Sages de Sion, faux document fabriqué dans la Russie tsariste et repris ensuite par la propagande nazie ainsi que la création de faux talmuds qui prêtaient aux rabbins juifs des paroles monstrueuses sur les « goys », traités de sous-hommes ou d’animaux que les juifs, peuple élu, auraient le droit d’exploiter et de dominer.

Aujourd’hui, la vieille accusation a simplement changé d’échelle. Ce n’est plus seulement « le Juif » qui serait censé dominer le monde : c’est l’État des Juifs.

Dans certains milieux militants européens, ces thèmes circulent désormais sous des formes nouvelles, mêlant rhétorique complotiste, anti-impérialisme radical et dénonciation obsessionnelle du « sionisme ». Des discours naguère confinés aux marges — ceux popularisés par des polémistes comme Alain Soral — ont contribué à diffuser ces cadres d’interprétation bien au-delà de leurs cercles d’origine, jusque dans certaines franges de la gauche radicale et dans une partie de la jeunesse politisée issue de l’immigration musulmane.

Ainsi se produit une inversion presque parfaite du réel. Un régime qui développe missiles, drones et programme nucléaire tout en proclamant depuis des décennies la disparition d’Israël devient, dans certains récits, un acteur secondaire. L’accusé principal reste Israël. C’est le mécanisme classique du bouc émissaire. Dans des sociétés traversées par des crises, par des humiliations ou par des fractures internes, il devient tentant de projeter ses propres échecs sur une figure extérieure. L’Occident en crise morale comme certaines sociétés du monde islamique trouvent parfois dans Israël — et derrière lui dans les Juifs — une explication commode à leurs propres impasses. Ainsi la guerre que nous voyons aujourd’hui possède plusieurs dimensions à la fois : une guerre militaire faite de drones et de missiles, une guerre stratégique entre États et organisations armées, et une guerre des propagandes où chacun proclame ses victoires et annonce les défaites de l’autre.

Mais pendant que ces récits s’affrontent, pendant que chacun réécrit les événements à l’avantage de sa cause, une chose demeure. Les drones continuent d’être produits. Les missiles continuent d’être assemblés. Et l’histoire possède une ironie tragique : les mythes peuvent survivre très longtemps, mais les armes, elles, finissent toujours par parler.

La société malade

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